A/N : Cet OS est la conséquence directe des pages 50 et 51 de Turf Wars/Guerres de territoires, le comic qui se passe à la suite de Legend of Korra. Kya y explique que les tribus de l'Eau demandent à ce que l'orientation reste un sujet personnel, que la nation du Feu acceptait tout jusqu'à Sozin et que la Terre, malgré Kyoshi, réprimait l'homosexualité.
Je vais le dire ainsi : ce n'est pas une histoire des personnes LGBT qui est donnée là, c'est une histoire de l'homophobie et de la répression, ce qui est (au mieux) hyper biaisé comme approche. Et en plus, avec aussi peu de contexte, la moitié de ce qui est affirmé n'a juste absolument aucun sens. Sans compter que bon, la situation qui s'arrange sans raison, sans Stonewall ou même un Magnus Hirschfeld (puisque l'inspiration visuelle, ce sont les années 20), ça me choque un peu.
Du coup, sous les encouragements d'Aqualys et le rire machiavelique d'Ahélya, j'ai retroussé mes manches et j'ai tenté de donner plus de sens au tout. Globalement, tout est inspiré de faits historiques avérés que j'ai recombiné et recontextualisé… Du coup, n'hésitez pas à demander les références et le pourquoi du comment s'il y a quelque chose qui semble bizarre ou vous choque.
Dernier mot de contexte : j'utilise le noms des ères tel qu'il apparaît et a été traduit par le wikia. Il faut compter les ans des aires à partir du moment où l'avatar est connu.
-l'ère Yuan Zheng : Kyoshi est l'avatar (qui ne dure pas 230 ans, on va supposer l'erreur de calendrier)
-Zuo Guang : Roku est l'avatar
-Ri Wu : Aang est l'avatar.
Nous ne nous sommes jamais tus
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J'existe dans la seconde où mon maquillage s'étale sur ma peau
Ni mise à nue, ni couverte de mon apparence publique
Je suis dans l'interstice tremblant de l'être : l'une et l'autre et aucune à la fois
La main qui me couvre et me découvre n'est jamais mienne.
Avatar Kyoshi, Poèmes du couchant.
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Ce projet a commencé dans un bar où j'avais retrouvé des collègues de travail. Firelord Zuko venait alors d'abolir l'édit sur l'asociabilité morale, et avatar Aang avait confirmé plus ou moins publiquement que Kyoshi avait eu des amants des deux genres. Même aujourd'hui, il m'est difficile d'évaluer l'impact de cette annonce : je sais seulement que pour mes collègues historiens, la nouvelle avait réglé des querelles parfois aiguës entre collègues, et que pour mes amis cette confirmation touchait quelque chose d'informulé.
Dans ce bar, un collègue s'est tourné vers moi et m'a demandé :
« C'est une bonne nouvelle pour les gens comme toi, non ? »
Les gens comme moi. C'est une expression que j'ai toujours entendu parce que je n'ai jamais fait mystère d'être en couple avec une autre femme. J'ai la chance d'exister dans un milieu plutôt ouvert d'esprit, et dans une période plus romanesque de ma vie, je considérais qu'être visible comme je l'étais – c'est-à-dire, connue comme lesbienne au-delà de mon cercle restreint – était un acte fondateur de mon identité. Donc : les gens comme moi. C'est-à-dire dans le même sac, les habituels gays, lesbiennes, prostitués travestis, drag-queen et finalement tous les gens dont les mœurs semblaient porter en eux la possibilité de défrayer ce qui est assumé comme normal par la plupart des gens.
Pouvais-je seulement parler en leur nom ?
Je n'ai répondu qu'avec mon ressenti d'historienne : cette annonce confirmait que Kyoshi était au moins l'inventrice de l'expression que nous utilisions entre nous sur ranger et sortir nos éventails. Elle désigne la série de changement que nous faisons entre les moments où nous affichons ou pas nos préférences sexuelles en public. Cela conceptualise une des rares choses qui relie « les gens comme moi », parce que la question d'être reconnu, c'est aussi la possibilité de se faire insulter ou agresser, mais c'est aussi un acte de puissance et de fierté profonde… Et généralement un mélange des deux. Pour que cette expression survive dans un état proche de son sens d'origine, il avait fallu que suffisamment de personnes la répètent de manière ininterrompue pendant deux cent ans, alors même que la bisexualité de Kyoshi était au mieux doutée par une majorité d'universitaires. Cela supposait qu'il y avait eu pendant tout ce temps assez de « gens comme moi » pour hériter de ce mot et le partager en retour.
C'était une perspective vertigineuse pour moi-même et pour l'historienne que j'étais. J'ai contacté des amis historiens, lettrés et autodidactes dont je me doutais qu'ils se posaient des questions similaires, ils en ont contacté d'autres, et le mot s'est répandu. Nous avons ouvert la Société du Savoir et de la Recherche et nous nous sommes attelés à ce mystère. Je ne saurais dire combien nous avons été, combien on envoyé des lettres et des journaux intimes qu'ils ont retrouvés, combien nous on contacté avec des légendes familiales et amicales ou des indications de lieux, à recopier en douce les archives de police qui nous étaient refusées… Nous avons été une cinquantaine à nous atteler uniquement à cette tâche – parce que nous avions le temps et les moyens de le faire – et au moins le triple à accumuler, trier et analyser les documents et à multiplier les conférences et les interventions dans les villes et les villages.
« Les gens comme moi » sont les enfants et les petits-enfant d'un traumatisme qui a été peu à peu refoulé et oublié, d'une culture lentement asphyxiée lors de l'ère Zuo Guang et la guerre de cent ans. Mais pour le comprendre, il faut au moins remonter à l'ère Yuan Zheng et examiner ce qu'il s'est passer durant toute l'ère Zuo Guang qui aboutit à la guerre de cent ans.
Il serait facile de dire que la guerre de cent ans et le génocide des nomades de l'air – seuls à l'époque à ne pas faire de discrimination contre notre communauté – sonnent le glas d'une période de libéralisation des mœurs qui a donc duré un siècle et demi. En effet, la fin des nomades de l'air marque l'impossibilité d'accéder à un imaginaire d'acceptation, quand bien même les autres pays recouvraient la réalité par des couches de fantasmes exotiques. Cependant, si coup de grâce il y a, il n'est que la dernière action d'une politique répressive qui s'est construire pendant l'ère Zuo Guang et qui répond à la militarisation croissante des peuples de la Terre et du Feu. En cela, dans l'imaginaire des contemporains de la première partie de la guerre, l'ère précédente est vue sous un éclairage nostalgique d'un paradis perdu.
Il serait plus juste de dire que la guerre de cent ans a instauré une ère du silence généralisé, mais où subsistent des îlots de résistance et de rassemblement. Souvent fragiles et restreints, ils n'en sont pas moins la preuve que nous n'avons jamais été condamné à une vie de honte secrète et de haine de soi, même au pire de notre histoire. Cependant, et c'est là son effet pervers, le silence a conduit à voir nos vie comme seulement personnelle et nous a coupé d'une grandes parties des rapports intracommunautaires qui étaient en train de se construire précédemment.
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Le point de départ de cette construction commence environ deux cent ans plus tôt lors de la courte ère Zhang Shun. Les utopistes qui fleurissent au royaume de la Terre sont les premiers à nommer notre communauté et à tenter de la décrire. Ils cherchent à élaborer des moyens de penser des systèmes idéaux, généralement à l'échelle d'une ville ou d'une cité état. Tous ou presque remettaient en question l'hégémonie des monarques de la terre et la centralisation croissante du royaume. Passionnés des sciences, ils ont tenté d'élaborer un idéal rationnel de ce que devait être l'homme dans la vie politique et pour cela ont élaboré plusieurs classifications et type d'individus. Parmi eux, l'uranien, terme qui rassemble à la fois les personnes à l'identité sexuelle ou genrée qui dévie de la norme. Cette classification est au centre de plusieurs disputes sur leur utilité sociale et leur place dans la société. Dans ce cadre, les premiers textes des nomades de l'air à ce sujet ont été traduits et on constate un intérêt général du public.
La révolte de Chin le Conquérant s'appuie sur le mécontentement de ces élites – qui s'écartent pourtant rapidement de lui en le trouvant trop autoritaire et ambitieux.
Après la mort de Chin, on observe avec prudence ces théories associées avec la rébellion passée. Cependant, la relative prospérité de la période ouvre le champ à une libéralité morale bienvenue et le respect accordé à Kyoshi retardent énormément toute répression.
Kyoshi n'a jamais caché ses relations : à cause de cela, elle a été une figure tutélaire qui a marqué l'imaginaire de manière durable. J'ai parlé des expressions autour de l'éventail, mais on peut aussi citer la formulation désuète des « femmes aux grands pieds ». Elle refuse le terme d'uranisme, mais elle n'a de cesse de se poser en tant que figure visible, inévitable et respectable de l'amour entre femmes et des transgressions de la vision essentialiste du genre. Sa position en tant qu'avatar lui assure une impunité totale et lui assure de ne jamais être mise de côté des affaires politiques et humaines. Son impact est d'autant plus puissant qu'elle insiste pour faire en sorte que toutes les personnes qu'elle rencontre soient capables de s'organiser pour défendre physiquement et idéologiquement lorsque ses responsabilités l'appelleront ailleurs. Elle n'aura jamais un effet aussi important qu'elle ne l'a eu sur les guerrières de Kyoshi, car la communauté est encore trop divisée et trouve assez peu de point d'entente qui pourraient donner lieu à des revendications politiques. En effet, même si le travail des utopistes de l'ère précédente ont permis de nommer et de classifier une partie des notions autour des préférences sexuelles et de l'identité de genre, elles se heurtent toujours aux histoires personnelles et aux enjeux de classe et de pouvoir des différentes strates sociales et politiques : sans doute est-elle arrivée trop tôt pour cela. Malgré tout, le message qu'elle fait passer sur la possibilité d'être accepté est très puissant.
Cependant, il est compliqué de voir une acceptation facile de la part de la société et des institutions. Les amants et amantes de Kyoshi sont connus, mais souvent détournés dans le cadre de la propagande impériale du royaume de la terre. D'abord plutôt positive, après l'attitude très ambiguë de Kyoshi devant Chin le conquérant et les révoltes paysannes, le contenu devient de plus en plus sévère. On trouve alors une richesse de pamphlets dénonçant la perversion de Kyoshi et les orgies de son île, dont une partie sont certainement l'œuvre du monarque qui souhaite la voir démissionner de son poste de chef du Dai-Li. S'il est certain que beaucoup de femmes et d'hommes se sont trouvés confortés et encouragés dans leur vie personnelle et affective grâce à cette figure presque mythique, elle a toujours été accompagnée d'une parfum de souffre et de scandale. Après sa mort, ses biographes ne mentionnent ses amantes que sous des termes hypothétiques. Il faudra l'intervention d'avatar Aang pour remettre en lumière cette partie de sa vie pour le grand public.
Plus largement durant l'ère Yuan Zhen, on voit notre culture devenir visible dans le royaume de la Terre comme dans la nation du Feu. Les lieux de rencontre se multiplient, les écrits aussi, et on voit naître une sociabilité qui dépasse la seule recherche d'un partenaire sexuel ou des pratiques personnelles. Il est difficile de parler d'une contre-culture, puisqu'une partie des mœurs visibles se calquent sur un modèle hétéronormé, dont il est difficile de savoir s'il est ironique ou pas et qui dissocie rarement la question du genre et de la sexualité.
Les allusions sont de plus en plus claires dans les romans, les chansons et les pièces de théâtres. La question du genre et du travestissement donnent lieu à des histoires d'amour ou à une redéfinition des êtres sont centrales dans les histoires. Huang Li remporte un grand succès en chantant « si vous ne me trouvez pas de femmes, amenez-moi un homme à l'éventail fleuri ». Bien sûr, une partie de ce succès s'adresse à des gens à la recherche d'un peu de scandale et à la représentation d'une altérité qui finit par renforcer leur propre identité… Mais d'autres sont clairement écrit par et pour notre communauté. On sent dans plusieurs déclarations d'intentions qu'il y a une envie réelle de penser un « nous » global qui traverse les frontières et les classes sociales. C'est objectivement une tâche impossible tant ces vécus se pensent encore en terme de pratique personnelle et non collective, mais cela montre bien l'optimisme qui règne à ce moment-là. Ainsi on observe un énorme travail de traduction et de vulgarisation des textes des nomades de l'air. Ce sont les seuls à cette période qui proposent une vision spirituelle de l'être et du couple en dehors des normes de genre. Une partie des traducteurs méconnaissent les questions mystiques et les traduisent parfois maladroitement, et la plupart ignorent les passages qui fustigent la passion amoureuse pour atteindre un contenu plus proche de leur intention. Plus largement, de vieux classiques sont relus et réécris pour permettre une lecture plus large et des exemples auxquels il est possible de s'identifier.
Dans le royaume de la Terre, on voit une culture du travestissement se répandre à la fois dans les classes les plus pauvres et les plus riches. Pour les premières, changer le genre visible est un moyen de contourner l'impensé de l'homosexualité, idée qui imite les théories de l'uranisme où le désir homosexuel est la preuve d'une âme de femme dans un corps d'homme et inversement. Nous n'avons pas pu établir cependant de lien direct entre les deux. Dans ce cadre, les jeux de séductions dans les lieux publics se font toujours selon une norme hétérosexuelle. Selon ces couples et les personnes, cette séparation continue ou se détend dans l'espace privé. Certains, comme Ma Fen vont jusqu'à changer leur nom et demander aux esprits de compléter leur transformation. D'autres utilisent le travestissement comme un code. Dans son journal, Lu An explique qu'il lui faudra plusieurs semaines pour intégrer les groupes dans un bar de Ba Sing Se où elle et voit des femmes qui partagent ses goûts. Finalement, une serveuse lui dira de s'habiller de manière plus féminine ou masculine : tant qu'elle ne le fera pas, on supposera qu'elle est un indic de la police ou un possible maître-chanteur. Malgré ces risques, cette culture savourait sa visibilité. Ainsi, Wen Ruogang raconte dans plusieurs de ses lettres qu'il s'amuse avec d'autres de ses amis de venir en robe dans les concours de beauté masculin qui sont organisés tous les étés à Omashu.
Au niveau des élites, le travestissement répond à d'autres enjeux et sont généralement le signe d'une grande libéralité d'esprit et le reste de la défiance qu'il existe à propos de l'empereur de la Terre. Par exemple Xiang Zhelan imagine une cité nouvelle, où il modifie les habits féminins et masculins pour les rendre plus androgyne et encourage activement le travestissement comme une expérience qui permet de rencontrer sa véritable identité. Il refuse aussi les notions de mariage et même de fidélité amoureuse et sexuelle. Plus largement, sa cité se veut un laboratoire d'expérimentation qui continue l'œuvre des utopistes. Il réussi à avoir assez de fonds pour lancer la construction en l'an 66 de l'ère Yuan Zheng. Cependant, deux ans après la mort de Kyoshi, la ville sera évacuée par le Dai Li pour incitation à la révolte.
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Dans la Nation du feu, si on observe aussi une certain pratique du travestissement, notamment au niveau de la prostitution et des classes populaires, elle n'a pas le même impact dans l'imaginaire collectif. En effet, l'ère Yuan Zheng est une période de stricte séparation entre homme et femmes, ce qui va plutôt favoriser le mythe des amitiés passionnées qui empreinte aisément le vocabulaire amoureux et sont chargés d'un homoérotisme latent. Ceci est particulièrement visible dans l'armée et dans les écoles des hauts fonctionnaires, qui sont des lieux où la mixité est totalement absente.
Dans ces deux institutions, les hommes et les femmes sont encouragés à s'éloigner de leurs familles – dernier symbole de leur enfance – pour s'épanouir dans un univers entièrement féminin ou masculin. Ils y constituent un réseau d'amitiés qui sera la base de leur relations professionnelles. Les jeux de séduction se font alors entre partenaires du même genre, selon une injonction paradoxale : les flirt sont largement encouragés mais leur réalisation stigmatisée. Ce modèle fonctionne justement parce qu'il s'établit à la limite d'un impensé homosexuel latent. Il est difficile de savoir combien dépassent cette injonction à la chasteté, tant les témoignages divergent. Cette éducation contribue par la suite à des mariages où la communication est difficile : pour beaucoup l'intimité et la passion avec un conjoint ou lors d'une affaire sont beaucoup moins gratifiantes que le souvenir des amitiés passionnées adolescentes. On constate dans bien des romans une nostalgie certaine de ces amitiés intenses et des compagnonnages d'études qui résistent aux temps. Il faut noter que malgré cela, ceux qui continuent d'entretenir des relations homosexuelles après leurs études sont bien moins nombreux et discrets. On peut compter cinq sociétés secrètes pendant toute l'ère Yuang Zhen qui les rassemblent et facilitent les rencontres, que ce soit pour trouver un conjoint complice ou des conquêtes. Certaines se targuent de vouloir promouvoir l'homosexualité, mais leurs actions sont souvent limitées à tenter de parler clairement de sexualité en public, dans le but de libérer leur auditoire de leurs inhibitions. Néanmoins, même dans la vie professionnelle de ces élites et des fonctionnaires, la mixité est tellement rare qu'elle contribue là encore à des relations passionnelle où le désir est latent – mais rarement réalisé. Un des poncifs de la littérature à ce sujet reste la déchéance des amis qui succombent au désir pendant que ceux restés chastes ont un futur glorieux devant eux – en compagnie de leurs conjoints. Andou Koretake s'amusera à détourner ces codes dans ses Contes du désordres et dans ses Aphorismes, qu'il publiera anonymement et qui rencontreront un beau succès de scandale.
Pour les gens de la classe moyenne, l'imaginaire est plus peuplé par le royaume de la Terre et les possibilité de rencontres offertes dans ses grandes villes, chose que l'on retrouve aussi dans les peuples de l'Eau.
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Seuls les peuples de l'Eau semblent en retard sur ce mouvement général, et on observe une migration assez importante depuis les deux pôles pour les grandes villes de la terre et du feu ou les nomades de l'air par des homosexuels à la recherche d'un espace de liberté où exister. Les rares histoires qui nous sont parvenues montrent beaucoup de prudence à ce niveau.
Au pôle nord, où la séparation des genres est encore plus marquée, on trouve plusieurs récits qui se concentrent sur le changement de genre. Ainsi, la légende d'Ivik-Ivinnguak raconte l'histoire d'une jeune femme, Ivinnguak, qui s'éprend follement d'une amie d'enfance. Effrayée par la force de ses sentiments, elle fuit sa ville et erre pendant des semaines sur la banquise où elle finit par rencontre un esprit de l'océan avec qui elle conclut un marché et revient en tant qu'Ivik (prénom masculin qui signifie « petite feuille » son diminutif en Ivinnguak « cher petit Ivik » le transforme en prénom féminin) pour courtiser puis épouser sa compagne.
Si de tels récits permettent de former un imaginaire qui, dans certains cas, qualifie et explique les désirs, ils sont souvent compliqués à traduire dans une vie personnelle. En effet, cela n'empêche pas le silence presque totale sur cet aspect de la vie, dont parlera la poétesse Atuqtuaq dans son recueil posthume L'attente sans nom. Le départ vers le royaume de la Terre est un échappatoire bienvenu : on trouve une lettre d'un certain Aippak qui est parti dans une expédition commerciale au royaume de la terre. Il supplie un ami de le rejoindre en ces termes : « ce que je savais de moi – ce que je pense que tu sais de toi – est vague et informulé comme un rayon de lune à travers l'eau. Viens me rejoindre à Ekpa : il y a là-bas une évidence, une clarté dans mon être… Les gens ici n'ont pas peur je reçois des œillades insensées de la part des plus timides, et je n'ose coucher sur le papier ce que les plus courageux osent faire dans l'ombre. J'ai l'impression d'être pour la première fois en accord avec mon être. »
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L'ère Zuo Guang marque un net infléchissement de cette dynamique, qui s'accélère vers la fin et éclate après la mort de l'avatar Roku. Il est habituel de dire que la nation du Feu n'a réprimé l'homosexualité qu'à partir de Sozin et de l'édit de l'an 11 sur l'asociabilité morale, mais la réalité est largement plus compliquée. En effet, les personnes les plus flamboyantes pouvaient être arrêtés pour trouble de l'ordre public, par exemple, et certaines années, la répression de la prostitution se concentre uniquement contre les travestis, accusé de voler le travail des autres. L'édit est ainsi tout autant la preuve d'un changement de l'opinion publique et un acte qui sert d'autres desseins politiques.
De plus, l'homosexualité instituée dans une partie des hauts-fonctionnaires et des militaires est de plus en plus connue par le reste de la société. Lentement mais sûrement, il est compliqué pour les commentateurs de voir dans ces liens seulement une amitié chaste. On voit déjà des procès pour outrages aux mœurs qui généralement aboutissent à des non-lieux, mais qui témoignent de la suspicion générale. Même au sein des haut fonctionnaires et des hauts gradés, il est d'usage de trouver un ou une épouse, quelque soit les préférences de partenaires afin de maintenir un couvert de respectabilité. Les pièces les plus osées, écrites durant l'ère Yuan Zheng, ne sont presque plus jouées suite à l'influence de groupes de pressions de plus en plus nombreux qui attaquent toutes les productions qu'ils estiment contraire aux mœurs. Ce changement de position est à la fois du à la visibilité accrue de l'homosexualité et à la manière dont Sozin a organisé la propagande qui a mené à la colonisation du royaume de la Terre et à la guerre, qui s'appuyait entre autre sur l'idée de moraliser la société.
Les écoles militaires et des hauts-fonctionnaires ont une réputation sulfureuse qui fascine et répugne la plupart des gens. Entre l'an 7 et 10 de l'ère Zuo Guang éclatent plusieurs scandales qui, par leur retentissements, vont sonner le glas de ces institutions. Les familles Kagesue et Kujo font un procès à l'école de magistrature, soutenant leurs héritiers qui accusent des élèves plus âgés de les avoir violés. L'accusation est inouïe : les modes de fonctionnement laissent peu de place en soit au consentement, mais jusqu'à présent, personne n'avait osé porter cela dans la place publique. L'enquête grandit pour englober toute l'école et les langues se délient. L'opinion publique s'épouvante des description orgiastiques et sado-masochistes que font divers témoins – au demeurant moins nombreuses que ce qui est relaté dans les minutes du procès car beaucoup d'élèves et de professeurs insistent sur l'importance d'avoir des relations chastes. Le corps enseignant est congédié et l'école est fermée pendant un an. Dans les années qui suivent, Hojou Fume, directrice de l'école agronomique et deux enseignantes Li Mineko et Sano Tsuna sont toutes les trois accusées d'avoir eu des liaisons avec leurs élèves et de les avoir favorisé durant leurs études. Elles sont elles aussi renvoyées. Ces affaires figent dans l'opinion publique le besoin de mixité afin de ne pas encourager des goûts pervers, mais aussi la figure des homosexuels comme prédateurs de jeunes gens innocents.
Sozin va utiliser ces actions largement médiatisées pour faire passer en l'an 11 l'édit pour prévenir « l'asociabilité morale », terme qui recouvre toute personne refusant de se conformer aux normes sociales en vigueur. Cette opération a, avant tout, une visée politique. Dans les trois ans qui suivent l'édit, il s'en sert pour faire démettre le daimyo Ishino Shikenao et une partie de ses collaborateurs, et fait du chantage sur plusieurs autres hauts-gradés pour qu'ils continuent d'appuyer son projet de colonisation du royaume de la terre.
Dans le même temps, il propose une réforme du service militaire pour qu'il soit mixte et fait de même pour les écoles de fonctionnaires dans les internats et les dortoirs. Ces mesures rencontrent beaucoup d'approbation. Elle traduit tout autant l'impact des procès sur l'opinion générale que l'espoir de la classe moyenne d'accéder enfin à ces formations prestigieuses dont ils ne parvenaient pas à briser l'entre-soi. Évidement, la réforme s'accompagne aussi d'une purge politique afin de s'assurer que ces institutions soient fidèles au Firelord. Il pose ainsi les bases de la société durant la guerre de cent ans : largement militariste et avec une politique nataliste importante. Dans ce cadre, les amours homosexuelles visibles sont la preuve d'un manque de patriotisme – soit parce que les personnes ont un rapport nostalgique avec l'ancien système, soit parce qu'elles refusent de participer à l'effort de guerre.
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Dans le royaume de la Terre, l'ascension du quarante-huitième monarque en l'an 15 de l'aire Zuo Guang est marqué par un retour vers les valeurs traditionnelles et une aristocratie moins flamboyante. Le laisser-faire politique du quarante-septième empereur est passé de mode. Malgré quelques interventions de Roku, les bars et les lieux de mauvaise réputation sont fermés peu à peu. Ceux qui restent ouverts connaissent régulièrement des descentes des milices locales qui servent de police. Les femmes et les hommes qui s'habillent de façon trop androgyne ont de plus en plus de peine pour trouver des emplois stables. Si quelqu'un se fait arrêter, il est fréquent de voir les policiers prévenir les employeurs et la famille que les personnes arrêtées l'ont été pour outrages aux mœurs. Alors que le travestissement permettait une certaine flamboyance, les communautés qui s'étaient créés dans les grandes villes s'effritent peu à peu sous l'impératif de la discrétion et du secret. Ne subsistent généralement que la prostitution, et si quelques cités font office de refuge, elles sont de plus en plus rares et correspondent à des lieux de trafic en tout genre. À Omashu par exemple, une partie des prostitués ont recours au chantage sur leurs clients homosexuels pour avoir assez d'argent pour vivre.
Li Wuan et Jia Xinyue apparaissent comme une dernière incarnation de cet ordre passé. Ouvertement homosexuels, ils ne font pas mystère que leur mariage est de convenance – ceci étant d'autant plus marqué parce que Xinyue conserve son nom de jeune fille toute sa vie. Couple charismatique, esthètes et libres-penseurs, ils entretiennent autour d'eux des cercles de « femmes aux grands pieds et en peinture de guerre et de jeunes hommes fins et souples comme des roseaux », mais aussi des artistes et des philosophes à qui ils servent de mécènes. On jase beaucoup sur leur statures similaires et leur habitude de paraître dans les vêtements de leur conjoint – à tel point que certains les accusent d'être frère et sœurs. Hélas, l'heure n'est plus à troubler les représentations de genre : ils doivent un sursis pendant quelques années en se présentant d'abord comme des artistes et des amateurs de beauté, ce qui permet d'excuser leur excentricité et de ne pas la rendre menaçante. Mais peu à peu, leurs provocations suscitent de plus en plus d'irritation et ils perdent peu à peu tous les soutiens qui les avaient protégés. En l'an 27 de l'ère Zuo Guang, Li Wuan sera emprisonné pour démoralisation de la jeunesse, au terme d'un procès humiliant qui le laissa épuisé et dépressif. Jin Xinyue choisit d'éviter le procès et acceptera d'être assignée à résidence jusqu'à sa mort. Seule, elle composera des poèmes qui ne seront découvert qu'après plus d'un siècle. Les deux procès marqueront durablement les esprits et serviront d'avertissement à tout ceux qui partagent leurs goûts : l'heure est à la conformité…
La colonisation des terres par la nation du feu commencée en l'an 29 et l'incapacité de Roku à obtenir le renvoi des troupes de Sozin rajoute une dimension patriotique à cette question pour le royaume de la Terre. En effet, les procès et des scandales qui ont touché la nation du Feu font apparaître l'homosexualité comme un vice typique de l'autre pays. Les hommes maniérés et les femmes viriles, figures emblématiques du cercle de Li Wuan et de Jia Xinyue et de l'ancien temps, deviennent des figures menaçantes. Non seulement ils pervertissent et affaiblissent la jeunesse, mais ils sont aussi fondamentalement inutile car incapables de remplir le rôle que la société attend d'eux. Il faut que les gens aillent selon leur essence : toute déviation de la norme affaiblit la race, ce qui explique pourquoi l'armée de la terre sera uniquement masculine, à l'exception des guerrières de Kyoshi.
Pourtant, en parallèle, l'effort de guerre conduit à une séparation plus marquée des genres, et fait ressurgir une partie de la gestion de l'homosexualité telle qu'elle s'exprimait dans la nation du Feu. D'un côté, la conscription et la propagande de guerre amène à héroïser la figure du militaire. Le jeune et beau soldat en uniforme est presque fétichisé, et on retrouve des plaisanteries explicite sur plusieurs nouveaux costumes dont les plis permettent discrètement et facilement d'atteindre le sexe. On trouve ainsi une pétition de plusieurs petites villes qui demandent à ce que la paie des soldats soit augmentés. Parmi les raisons que l'on cite, l'arrestation de plusieurs soldats pour prostitution. Les archives de police recensent beaucoup de témoignages où ces hommes affirment vouloir économiser des sous pour se marier par la suite.
Après les premières années de guerre, le mythe du camarade à vie devient de plus en plus présent et de plus en plus empreint de sensualité. Un journal écrit :
« ils viennent par deux, comme si trois devaient distendre leurs liens. Ils se battent et dorment côte à côte et veillent l'autre lorsqu'il est blessés. La guerre est cruelle et glorieuse : leur amitié est une récompense et une raison de continuer à se battre. Ils se jurent de ne pas laisser la mort les séparer et de pousser leur dernier soupir ensemble. Parfois, le destin est assez clément pour les laisser mourir dans une dernière étreinte. »
Du côté féminin, l'homosexualité réintègre la sphère privée et on voit aussi se développer le thème des amitiés passionnées. Lorsque les frères et les maris sont en guerre, il n'est pas rare de voir des femmes se regrouper à deux pour affronter plus facilement les aléas de la vie, généralement quand la famille proche n'est pas assez riche pour les aider. Difficile de savoir ce qui est de l'ordre de l'amitié et de l'ordre de l'amour dans ces relations, tant le silence est total. Un journal anonyme mentionne la difficulté de trouver du soutien après avoir rompu avec sa compagne : enfermée dans le silence, l'auteure ne sait trouver à qui se confier.
Une variation de cette sociabilité se trouve autour des femmes « aux semelles de poussière ». Femmes célibataires, généralement à la recherche d'un peu d'indépendance, elles suivent la carte des conscriptions militaires qui se font de province en province pour remplacer les hommes. Recherchées parce qu'il s'agit d'ouvrières qualifiées, elles portent des robes féminines à la coupe nouvelle, qui leur permettent de se déplacer plus librement sans ressembler à ces femmes « en habit d'homme » dont la silhouette est signe de honte. Elles sont souvent hébergées par des femmes mariées en recherche d'un complément financier, avec qui elles peuvent former des liaisons, et disparaissent dès que les hommes commencent à revenir. Celles qui cherchent à rester par affection se voient humiliées ou expulsées, sauf dans de rares cas.
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Les tribus de l'eau connaissent un développement similaires, surtout au pôle sud : les raids d'Azulon et d'Ozai conduisent les hommes à des expéditions militaires de plus en plus longues. Là aussi, les mythes des amis et des amies à vies qui se soutiennent pendant ces périodes de séparation est très présent. Néanmoins, il est difficile de savoir combien de ces amitiés passionnées ont débouchés sur des liaisons, d'autant plus qu'il s'agissait d'une forme de sociabilité pré-existante et codifiée socialement de manière très rigide.
Ainsi, les personnes s'éloignent dès la réunion des époux, et personne ne parle de ce qui a pu se passer pendant la séparation. Chez les femmes, les familles observent de loin mais avec attention ces couples et peuvent intervenir très tôt ou prévenir l'époux absent. Dans les bataillons d'hommes, les frères des épouses occupent le même rôle pour convaincre le mari de prendre de la distance lorsqu'il devient trop proche d'un autre. Il n'est pas impossible d'avoir des relations pendant le mariage, mais plusieurs personnes m'ont expliquées qu'elles étaient vécu comme un besoin physiologique : leurs conjoint gardait leur fidélité amoureuse et ils se contentaient de rencontres brèves plus ou moins régulières qui n'ont pour but qu'une jouissance rapide.
Si le pôle sud entretient moins de rigidité sur les rôles genrés, ce qui permet parfois une certaine fluidité, le pôle nord, de plus en plus isolé, renforce la séparation des tâches. On repensera à aux réactions devant l'histoire d'Iliuak, un maître de l'eau qui s'est travesti toute sa vie pour apprendre la guérison et a épousé un homme qui meurt un peu avant lui. Lorsque Iliuk meurt, la personne en charge de la toilette du défunt dévoile le sexe d'Iliuak : certains affirment avoir toujours su, d'autres nient tout en bloc et accusent les autres de vouloir injurier la mémoire du mort. L'absence de trace écrite condamne au mystère.
Cette culture du silence a un impact très précis sur la vie des personnes : si certaines sont conscientes très tôt de leurs désirs, d'autres au contraire peinent longtemps, voire jusqu'à leur mort, à comprendre ce qu'elle sont. L'une d'elle m'a écrit : « nous étions des oies blanches, toutes. Le mariage, c'était une évidence, les enfants aussi. Alors j'étais mariée à vingt ans, et j'ai eux quatre enfants. Et puis mon mari est mort, et il a fallu que je gagne de l'argent. J'ai du aller faire du commerce à Ekpa… J'y ai rencontrée mon amie, qui était à l'époque avec une autre femme… C'est en les voyant ensemble que j'ai compris. Maintenant, je suis heureuse et mes enfants aussi, mais si le destin ne s'en serait pas mêlé, je crois que je serais morte étrangère à moi-même ».
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Durant la guerre de cent ans, les villes commerciales du royaume de la Terre sont les points de rassemblement pour nos semblants de communauté. Villes de passage, les rencontres se font et se défont facilement. Villes de commerce, l'attrait du gain vainc une partie des tabous sociaux : les propriétaires choisissent de fermer les yeux ou de se spécialiser pour cette clientèle de niche peu regardante. En effet, malgré la relative liberté des docks et des entrepôts, qui servent le soir comme lieu de rencontre et de trafic, ce sont aussi les lieux les plus exposés aux décentes de police. Malgré les risques objectifs qui existent dans ces lieux, ces villes représentent des espaces où tout semble possible dans notre imaginaire.
La nécessité du secret conduit à la création d'un vaste répertoire de code parfois universels, parfois propre à une seule ville, qui peuvent inclure la couleur des volets, la forme de l'enseigne ou l'apparence du réceptionniste. Par exemple, le fait de porter une ceinture tressée rouge est presque universel et assure qui la porte de recevoir des propositions après quelques mètres dans la bonne rue. On trouve aussi plusieurs références à des chaussures à la pointe en fer comme signe de reconnaissance entre lesbiennes et à des bracelets de cuir pour les gays. Pour les bâtiments, les volets verts ou rouges sont aussi des indices que l'on mentionne souvent. À Gao Ling, on trouve des auberges qui ont des jalousies qui représentent des pénis ou des vulves grandement stylisées et qui n'attirent l'œil que des spectateurs informés, tous signés par le même maître de la terre. La plupart de ces codes disparaissent très rapidement lorsqu'ils sont découverts dans une ville, même s'il peuvent persister longuement dans une autre.
Certaines haltes, comme le port de Gao Ling au sud du continent, de Xia Bei et Ekpa au nord sont connues pour avoir un nombre important d'auberges où on peut louer des chambres à l'heure. Certains propriétaires peu scrupuleux percent des trous dans les cloisons de certaines chambres où s'installent les voyeurs qui acceptent de payer.
Misty Palm Oasis connaît une place de choix dans la mythologie de ces lieux de rancontre grâce à l'ouverture d'un établissment de bain, Au repos des voyageurs. Plutôt que de proposer un large espace, il propose des petites piscines et des saunas qui accueille au maximum une vingtaine de personnes. Certaines salles sont réservées à la communauté, grâce à la complicité du personnel qui prévient de l'arrivée des indics et guident les nouveaux venus. Elles sont toujours pleines. La vapeur des saunas est plus intense qu'ailleurs et dissimule ce qu'il s'y passe. Beaucoup de contemporains, hommes comme femmes, s'arrêtent dans leurs descriptions sur la possibilité de s'installer sur des coussins et de se caresser pendant des heures – chose alors extrêmement rares hors d'une relation suivie.
Cependant, dès qu'un établissement devient trop visible par le reste de la société, la police veille. Tous ces établissement ont des durées de vie très courtes : il suffit d'une dénonciation pour qu'ils soient fermés. Au repos des Voyageurs sera visité par la police à trois reprises et les personnes qui n'auront pas eu le temps de s'enfuir condamnés à deux ou trois ans de prison. Lors de la quatrième visite, l'établissement sera définitivement fermé après vingt-trois ans d'existence.
Ce système de bouche à oreille permet aux personnes qui ont suffisamment de facilité à naviguer le monde homosexuel de pouvoir très rapidement s'adapter aux changements et de limiter les risques qu'ils prennent. Cependant, les néophytes y sont extrêmement isolées et beaucoup plus fragiles. Certains témoignages soulignent qu'il est fréquent que les habitués de la scène observent les nouvelles têtes et les éduquent dès qu'ils sont raisonnablement certains qu'ils ne travaillent pas pour la police.
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Cette culture du secret, que j'ai moi-même connu est essentiellement personnelle et égocentrée. Elle existe d'abord pour nous protéger, protéger nos espaces de rencontre et si elle est la preuve qu'il y a quelque chose comme une identité et des codes communs, elle reste aussi très superficielle. C'est peut-être là qu'est l'impact le plus pernicieux de la guerre de cent ans : nous avons pris l'habitude de penser nos expériences comme quelque chose de privé, de l'ordre du hasard et des rencontres. Nous avons oublié qu'il y a moins de deux siècles, nous avons tenté de nous organiser de manière visible et revendicative, en refusant de craindre un châtiment. Avatar Aang nous a, peu-être involontairement, offert des miettes lorsqu'il a confirmé que Kyoshi était bisexuelle, tout comme il nous a permis de fouiller les archives des temples de l'air. Firelord Zuko, conscient que l'édit de Sozin de l'an 11 était une arme légal pour n'importe que souverain totalitaire, l'a abolit.
Mais laissez-moi vous posez cette question : est-ce suffisant ? Je me souviens de ma jeunesse à Ba Sing Se et des moments de panique lorsque je croisais des gardes et où je vérifiais que rien ne me différenciait à leurs yeux. Aujourd'hui, avec d'autres dirigeants moins bienveillants, nous serions tous en danger. Il faudrait, après tout, seulement que notre mode de vie visible soit considéré comme du trouble de l'ordre public pour détruire une partie de nos acquis. Il suffirait que l'une des nations décide que la synthèse que je vous ai donné soit un danger pour la jeunesse ou que sais-je pour qu'elle soit censurée. Peut-être devrais-je payer une amende ou faire de la prison et mon imprimeur aussi. Comment pouvons-nous être sûrs que l'histoire ne se répétera pas ? Au fil de cette enquête, j'ai acquis la certitude qu'il y a un besoin urgent de nous rassembler, d'échanger nos histoires et nos informations et de nous convaincre que nous sommes beaucoup plus nombreux que ce que nous pensons. À terme, nous serons capable de nous unir et de participer aux débats de société d'une seule voix pour être reconnus et assurer que les générations futures ne connaîtront pas ce que nous avons connu.
