A/N : Ceci est un OS écrit dans le cadre des Nuits du Fof, où nous avons une heure pour écrire à partir d'un mot, ici « coupable ».
Donc, pour accompagné le chapitre 1, j'ai tenté de faire des histoires personnels qui complètent la construction historique générale… J'espère que cela vous plaira !
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Coupables
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Xingyue se souvient vaguement de la soirée. L'alcool avait coulé à flot, les prostituées étaient enchanteresses et la musique entêtante. Elle se souvient de lui parce que son accent l'avait trahi, un accent policé et pointu qui disait avec certitude qu'il venait des mêmes cercles que les siens. Il suffirait… Elle le regarda. Il la regarda, la reconnu. Sourit avec effronterie.
Elle sourit.
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Ils se marient d'abord avec leurs familles. La cérémonie est courte, intentionnellement. Eux avaient hâte de rejoindre leurs amis pour la véritable fête, et leurs familles semblaient désespérées pour limiter tous les faux pas qu'ils ont choisi d'accumuler.
Elle ne prendra pas le nom de Li – il a rit en disant « pourquoi prendrais-tu le nom le plus ennuyeux que la terre ait porté ? ». Ils ne se sont pas juré fidélité « est-ce qu'on a vraiment besoin d'en discuter ? », a-t-elle demandé avec amusement. Et puis Wuan a tenu à ce que sa tenue soit coupée exactement comme son envie, et elle a fait de même pour la sienne. Il en résulte un mélange délicieux dans les deux cas : il a privilégié des étoffes aériennes qui flottent dans l'air et rendent sa silhouette floue et androgyne. Elle a pris des étoffes de lin pour la rigidité des lignes droites qu'elles traces par dessus son corps et dont la seule négation se trouve dans les fleurs de sa coiffure.
Un véritable scandale. On les congratule du bout des lèvres. Wuan se penche à son oreille :
« Combien pincent les lèvres en rêvant de nous suivre ? »
Elle sourit, lui prend le bras et annonce d'une voix qui résonne dans la salle :
« Tout le monde est bienvenue dans la fête que nous organisons avec nos amis ! »
Il y a un silence merveilleusement choqué, mais elle sait bien que certains viendront. Juste pour voir, diront-ils. Et ils resteront.
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Elle ouvre les yeux avec lenteur, le crâne douloureux. Le soleil passe par la fenêtre : il est trois heures passées. Le sein de Huang est un oreiller inconfortable songe-t-elle en se redressant. Elle se dégage lentement du corps qui l'enlace, se verse de l'eau qu'elle avale d'un trait et enfile un peignoir de soie avant de quitter la pièce. La maison est encore silencieuse : il est trop tôt pour que les autres se réveillent et les invités de la veille ont du rentrer chez eux depuis le temps. Elle se dirige lentement vers la bibliothèque et découvre Li assis à un bureau. Son pinceau trace des idéogrammes avec délibération sur la feuille. Des brouillons sont empilés par terre. Poliment, elle attends qu'il ait fini pour se racler la gorge.
Li sursaute, se retourne.
« Madame, je ne savais pas que vous… »
Elle secoue la main négligemment et s'assoie à l'angle du bureau. Les yeux de Li s'attardent sur la chair dévoilée par son peignoir. Elle le rajuste brusquement. Elle sait qu'il n'osera jamais rien, mais elle n'a jamais aimé sentir le désir des hommes sur sa peau et les excès de la veille ne la prédisposent pas à la compréhension.
« L'inspiration a été riche ?, demande-t-elle à la place. »
Les yeux de Li se mettent à briller avec beaucoup plus de vie.
« Oui ! »
Et il part dans une longue explication sur son projet. Xinyue sourit : une belle journée commence.
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« Xinyue, il faut que tu sois plus prudente… »
Elle secoue la tête.
« Nous sommes des esthètes, répond-elle avec obstination. En quoi faisons-nous du mal à quelqu'un ? »
Sa sœur lui lance un regard suppliant :
« Ce n'est pas comme ça que ça marche. Je ne dis pas – si vous étiez nés sous Kyoshi, peut-être mais… Les gens parlent de plus en plus.
-Il ne font que ça, ma chérie !
-Oui, mais le ton est en train de changer. S'il te plaît… »
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« Que personne ne panique, lance Wuan avec un calme affecté. Ces messieurs ne sont pas là pour rester… sauf si quelqu'un veut se joindre à notre petite fête, évidement. »
Sa provocation est ignorée, mais Xinyue voit plusieurs militiens se tendre. Elle imite son mari et affiche le même calme. Elle aimerait savoir ce qu'ils sont venus chercher cette fois, quelle preuve ils espèrent trouver dans leurs tiroirs.
« J'espère que vous serez assez gentil pour ne rien brûler cette fois, lance-t-elle d'un ton léger. C'est de l'art. S'il vous offense tant que cela, emportez-le chez vous et vous verrez que dans quelque années, cela doublera votre salaire ! »
On lui jette quelque regards noirs, mais ses invités ont l'air amusé. Tant mieux. Il faut conserver cet état d'esprit.
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« Oh, va te faire foutre ! »
Les mots sont prononcés avec haine. Xinyue ne sait pas ce qui les a amené. Elle regarde Wuan dont le visage est pâle de fureur, et Lin qui est écarlate. Et puis Wuan se force à sourire, quelque chose d'horrible qui traverse sa figure. Il se déhanche et porte suggestivement une main à sa ceinture.
« Mon chéri, tu sais très bien que j'adore ça et que je ne dirai jamais non ! »
Les mots, prononcés d'une voix faussement lascive sont pleins de morgue. Lin recule d'un pas et puis se détourne sans un mot. Xinyue le regarde partir.
« Tu ne vas pas le rattraper ?, demande-t-elle finalement. Lin est…
-Ah, non ! Lui et sa pudibonderie peuvent aller crever pour tout ce que j'en ai à carrer ! Il se sent insulté ? Mais qu'il aille donc se faire enculer lui-même, ça le décoincera ! »
Elle n'insiste pas. Lin est un vieil ami, il connaît Wuan, ses provocations et ses colères. Il pardonnera.
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Trahison après trahison après trahison. Le visage de Wuan est translucide, ses yeux cernés. Il a maigrit. Elle lui envoie des douceurs, mais elle presque certaine qu'elles finissent toutes dans l'estomac des gardes. Ils sont trop heureux de les voir tomber et jouissent de leur puissance retrouvée.
Elle ne comprend pas pourquoi. Certains, les prostitués à la recherche d'argent, ceux qui ont fini par ne plus supporter leur maison, oui. Mais les derniers jours ont cumulé les visages d'anciens amis qui témoignent en ayant l'air honteux. Elle est presque certaine qu'ils le font pour ne pas être pris dans leur naufrage.
Tant de colère. Tant de joie nauséabonde sur le visage de Gao qui semble presque jouir de pouvoir enfin les accuser en public. Tant de satisfaction dans la salle à les voir détruits. Elle voit les mains de Wuan trembler quand il tente de boire. Elle voit des marques sur sa peau que personne ne mentionne. Elle voit…
Comment pourra-t-elle seulement, quand ce sera son tour ?
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La maison est trop grande. Elle n'a pas le droit d'avoir même une femme de chambre. Ce sont les gardes qui lui apportent de quoi manger. Ils ne lui adressent pas la parole. Leurs regards la traversent comme si elle n'était pas là. Elle peut leur dire tout ce qu'elle veut, ils agissent comme s'ils étaient sourds.
Elle a de la peine à se nourrir. Sans Wuan, sans leurs amis, elle est toute petite dans le silence. Elle lit, mais les mots ne comblent pas le vide qui l'habite.
Elle se demande si elle n'aurait pas du prendre une autre décision, et puis elle se souvient de la fin du moment où elle a pensé qu'elle n'y survivrait pas.
Elle dédie les poèmes qu'elle compose d'une main tremblante – il semble dérisoire de s'accrocher à la beauté quand le monde extérieur est aussi laid – à Wuan. « Mon compagnon, dit-elle, mon double. ». Elle se souvient de la première fois où ils ont échangés leurs vêtements. Elle avait fait son maquillage très épais et il était resté fasciné depuis par la sensation de la poudre sur sa peau. Il avait séduit quelqu'un en se faisant passer pour elle… qui ? Un homme qui avait cru pouvoir la ramener sur le droit chemin, sans doute. C'était lui qui avait découvert d'autres voies plus sinueuse. Quand à elle, elle avait recontré Huang.
Huang, partie depuis si longtemps. Ses accusations l'avaient blessée, elle se souvient. Elle n'était pas encore consciente que c'était ce qu'on disait. Ce qu'on avait dit de plus en plus.
Sans Wuan, sans leurs amis, les mots ne comblent pas le vide qui l'habite.
