A/N : Ceci est un OS écrit dans le cadre des Nuits du Fof, où nous avons une heure pour écrire à partir d'un mot, ici « tituber ». J'avais envie de jouer sur les thèmes de Odd girls and twilight lovers sur les lesbiennes de classes moyenne et leur invisibilité.
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Tituber
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Elle ne sut pas quand ça devint un jeu, mais ça en devint un. C'était un peu risqué, ça l'avait toujours été, mais elles savaient qu'elles avaient l'air de femmes très sages et très respectables, alors quel mal y avait-il à cela ? Personne ne se douterait de rien. Ou les gens douteraient juste assez pour ne pas trop y penser.
C'était plus simple l'été : Mane laissait glisser sa sandale de travers, la semelle se courbait et elle poussait un petit cris pour se raccrocher à l'épaule de Shige et lui prendre le bras pendant quelques secondes. L'hiver, l'illusion était difficile à rendre. Shige faisait semblait de buter sur des cailloux et Mane la rattrapait au vol. Pendant une seconde, elles étaient l'une contre l'autre en plein milieu de la journée et de la rue.
Elles avaient de la chance. A quarante ans passé, elles savaient à quoi ressembler pour passer pour les bonne bourgeoises qu'elles étaient. Leurs maris étaient toujours absents pour faire la guerre, elles étaient proches… Y avait-il besoin d'imaginer plus ?
Évidement, ce n'était pas aussi simple que ça. Il fallait faire attention de froisser le lit dans lequel elles n'avaient pas dormi pour que la femme de chambre ne se doute de rien. Elles avaient pris l'habitude, contraintes et forcées, de se lever avec l'aurore pour cela. Il fallait faire attention, quand elles recevaient des proches et des amis de respecter une bonne distance et de ne pas se toucher pour éviter les questions et les allusions diverses. Il fallait être discrètes jusqu'à la paranoïa pour éviter d'attirer l'attention ou des chantages.
Pourtant, elles continuent ce petit jeu : l'une titube, l'autre la rattrape, elles échangent un sourire et sentent la peau de l'autre contre la leur.
Et elles savent qu'elles continuerons jusqu'à la fin.
