A/N : Après vous l'avoir promis, je l'ai fait... J'ai vraiment finit ce chapitre. Nombre d'entre vous avaient trouvé qu'il se terminait brutalement, ce qui n'est pas faux. Mais bon, la mort d'Anna en elle-même est assez brutale, donc bon... Le seul problème, c'est que quand je l'ai relu, j'ai vu un grand absent, a.k.a Kratos... -__- Comme il est l'un des personnages principaux, je n'allait pas le laisser tomber !
Alors j'ai continué à écrire un peu plus, juste pour vous. Ce sera probablement la dernière chose que j'écrirai sur ce couple... Sauf si je souhaite tomber dans le Mary-Suesque. Bref. Merci à tous ceux qui ont prit le temps de me lire et encore plus à ceux qui m'ont laissé des reviews. Encore plus ? Bah, oui, soyez reconnaissant les autres, sans eux, je n'aurai pas eut le courage pour retravailler ce chapitre...
Alors je vous cite : Marina, Alienor, Ludovikka, IA Sakura et Akina-Bazooka (parce que tu es anonyme voilà mon petit blabla de réponse ^^ : avant toute chose : merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiii de tes reviews ! Elles m'ont toutes faites plaisir ! Pour la suite... je suis désolée de t'avoir donné de faux espoirs, mais elle n'existera pas. Sauf coup d'inspiration divine - mais j'ai d'autres projets en cours et j'aimerai tenter de les terminer avant d'en chercher de nouveaux...). Et puis, merci à Florianne aussi (même si tu as dû remarquer que je n'ai toujours pas corrigé les fautes -__-. Gomen ^^)
Acte final : tragédie
"Kratos ? Est-ce que tu voudrais bien me montrer tes ailes ?"
L'ange la considéra en haussant un sourcil.
"Pourquoi me demander ça maintenant ?"
Anna haussa les épaules. Ils voyageaient encore dans les montagnes qui bordaient le désert de Triet après avoir tenté une nouvelle fois d'aller à Isélia. Mais Kratos avait sentit trop de Désians et ils avaient fait demi-tour avant d'être repérés. Leur bivouac était dressé près d'une trou d'eau d'une rivière, dans un replis de la roche qui les cachaient des yeux inquisiteurs.
"Si tu ne veux pas, enchaîna Anna, ce n'est pas grave. C'était juste par curiosité."
Elle sourit, posa son assiette pour lui voler un baiser et retourna à son repas.
"C'est magnifique, reprit-elle. Ce serait bien si nous pouvions y rester plus d'un soir...
-C'est possible.
-Merci."
.
La nuit était tombée et la jeune femme s'était allongée près de la rivière et regardait les étoiles. La lune était presque pleine et éclairait son visage serein d'une lumière bleutée. Elle n'entendait que le chant de la rivière, celui des grillons et les hululement occasionnels d'oiseaux de nuit, et puis il y eut des pas et une main caressa sa joue. Elle soupira de bien-être.
"S'il y a un paradis quelque part, il doit ressembler à ceci."
Kratos s'assit à côté d'elle et laissa le silence les baigner.
"Tu voulais voir mes ailes ?, demanda-t-il soudain."
Anna se dressa à demi.
"Seulement si tu le veux toi, répondit-elle."
Un halo pâle, violacé et bleuté fit concurrence à la lumière de la lune. La jeune femme tendit une main hésitante vers les ailes qui venaient d'apparaître et qui frissonnaient, les effleura.
"Elles sont si chaudes, murmura-t-elle émerveillée."
Elle osa une seconde caresse un peu plus appuyée, beaucoup plus longue.
"Arrives-tu à sentir mes doigts ?, demanda-t-elle sans oser lever la voix.
-À peine. C'est agréable."
Du bout des doigts, elle en dessina le contour, puis osa passer ses doigts à travers. Kratos se tendit contre elle, elle retira sa main.
"T'ai-je fait mal ?
-Non... Tu m'as surpris.
-Tes ailes sont comme un rayon de soleil, chuchota Anna en reprenant sa caresse. J'aime cette sensation."
Ils restèrent ainsi un moment, à écouter leurs souffles respectifs, puis Anna commença :
"Je me demande..."
Elle s'interrompit et pivota sur ses genoux pour se placer face à Kratos, l'embrassa rapidement, s'éloigna un peu de lui et commença à défaire la veste qui cachait son buste. Son cœur battait à toute allure et il la laissa faire, immobile. Sa peau frissonnait quand elle la touchait, et elle oublia un moment son désir de voir la naissance de ses ailes. Elle rougissait mais oubliait sa gène, consciente que ce moment était un tournant pour tous les deux. Elle savait que Kratos était toujours mal à l'aise dès que leur relation prenait un tour physique, mais juste pour cette fois, elle décida de ne pas s'en préoccuper.
Dans le silence, Anna défit la dernière attache. Elle leva les yeux vers Kratos, qui la fixait, toujours silencieux, toujours immobile, comme émerveillé. Leurs regards se croisèrent, s'attachèrent. Le vêtement tomba à terre, puis elle tira sur ses gants pour leur faire suivre le même chemin. La main nue de l'épéiste monta vers sa joue, il la caressa avec douceur en traçant la courbe de son cou avec son pouce, effleura ses lèvres.
"Anna..."
Elle posa un doigt léger sur sa bouche pour le faire taire, les remplaça par la sienne, puis s'écarta, pour voir son visage tandis que ses mains osaient explorer son dos. Elle découvrit la forme de ses os à travers sa peau, les cicatrices qui le parcourrait, le jeu de ses muscles qui ondoyaient à cause de sa respiration rapide. Il frissonna quand elle s'aventura à toucher la naissance de ses ailes. Anna blottit son visage contre sa poitrine, l'oreille contre son cœur qui battait à toute allure. Les mains de Kratos s'animèrent alors et l'une se perdit dans sa chevelure brune, l'autre entoura sa taille.
"Je t'aime."
Anna leva la tête, lui offrit un sourire rêveur.
"Moi aussi, répondit-elle."
* * *
La rumeur était née en un coup de vent. Anna était allée au marché en compagnie de Noïshe et écoutait d'une oreille inquiète, mais discrète, le poissonnier raconter que les voyageurs qui venaient de l'est avaient vus les Désians lancer des patrouilles en direction de la ville. Ils semblaient rechercher des personnes bien précises. En quelques heures, les marchands étaient devenus plus méfiants, et les étrangers étaient pointés du doigt. Anna se comporta comme elle en avait l'habitude, ils demeuraient à Hima depuis un mois, et les gens avaient eu le temps de noter leur routine. Le visage, elle réfléchissait à ce qu'ils pouvaient emporter, ce qu'ils laisseraient à la ville –pour qu'on puisse noter qu'ils étaient partis. Elle calcula la nourriture qu'il leur restait, ce qui se conserverait, ce qu'ils devraient consommer rapidement et bénit Kratos d'avoir insisté pour qu'ils prennent un studio indépendant de l'auberge.
Quand elle rentra dans leur petit appartement, son amant était déjà en train de faire leur valises.
"J'ai entendu les employés parler, expliqua-t-il brièvement."
Elle hocha la tête et s'activa à ses cotés, ne choisissant que ce qu'il leur serait nécessaire pour la route. Elle s'arrêta tout à coup, serra les dents tandis qu'un éclair douloureux traversait sa main où était fixée son exsphère. Kratos se tourna vers elle, inquiet.
"Rien d'inhabituel, l'assura-t-elle."
Quand tout fut prêt, l'endroit rangé nettement, leurs affaires qu'ils abandonneraient posées avec évidence dans le salon et au-dessus le règlement de leur séjour, Anna se saisit de son sac, Kratos du sien et des fontes que Noïshe porterait.
"Nous voilà encore sur les routes, soupira Anna."
Le Séraphin ne répondit rien et harnacha Noïshe puis le conduisit sur un sentier qui s'éloignait de la ville et qui était désert à cette heure.
"Dis, fit la jeune femme pendait qu'ils s'enfonçaient dans la forêt, tu penses que quand tout sera fini, nous pourrons avoir une maison à nous ? Pas quelque chose de très grand, mais un endroit où nous pourrions poser nos bagages et laisser tout ce qui peut encombrer nos sacs... Un lieu qu'on aurait choisi nous et qui nous plairait... À l'écart de tout...
-Pourquoi pas ?"
Anna soupira, le regard rêveur.
"Il y aurait un jardin d'herbes folles parce que je ne pourrais jamais m'en occuper, et de grandes fenêtres qui laisseraient passer le jour... Surtout une grande dans le plafond de notre chambre, comme ça nous pourrions regarder les étoiles..."
Kratos embrassa l'épaule d'Anna.
" Ce serait magnifique."
* * *
La pluie battait contre les ouvertures de la cabane vide de chevrier que Kratos et Anna avaient découvert pour passer la nuit. Il y avait des trous dans la charpente et l'eau gouttait par terre, sur la peau nue d'Anna qui se réveilla, frissonnante. Kratos avait déjà quitté leur couche de fortune, constitué de deux couvertures superposées et de leurs capes de voyage. Malgré tout, son dos était parcouru de courbatures et le sol était toujours trop dur. Sans compter que la douleur née de son expshère était obsédante, remontait dans son bras, puis disparaissait avant de revenir.
Anna avait la chair de poule et elle se dépêcha de se lever pour enfiler ses vêtements de la veille qui étaient froids, humides et rêches. Frictionnant ses bras, elle sortit de la petite pièce pour trouver Kratos en train d'alimenter un feu de fortune qui crépitait à peine. Le froid la frappa de plein fouet. Il se retourna à son arrivée, mais elle ne lui sourit pas. Loin de se vexer, il passa son bras autour de ses épaules et l'enlaça. Elle se laissa aller contre sa chaleur et demanda :
"Quand partirons-nous ?
-Pas tant que l'averse sera aussi violente."
Elle s'appuya un peu plus contre lui.
* * *
Certes, depuis son séjour à la ferme, ses règles étaient irrégulières. Ils n'était pas rare que cinq semaines s'écoulent entre ses cycles et que le prochain arrive deux semaines plus tard. C'était gênant, mais Anna ne pouvait rien y faire. Certes, elle était au courant que n'importe quoi pouvait perturber ce cycle sans qu'on sache exactement pourquoi.
Mais bon, ne pas avoir se règles pendants huit semaines commençait à inquiéter la jeune femme, même si elle tentait de ne rien en faire paraître à Kratos. Elle ne savait pas vraiment pourquoi. Pour ne pas l'inquiéter lui aussi, lui imposer son incertitude, lui offrir un faux espoir... Ou peut-être par peur que la nouvelle subite, et les responsabilités qui en découlaient puisse les séparer.
Mais elle avait peut-être un enfant de lui. Une vie grandissait peur-être dans son ventre, peu à peu, une vie née de leur amour. Peut-être. Mais comment réagirait-il ? Serait-il heureux immédiatement ? Mettrait-il du temps à réaliser tout ce que cela impliquait ? Accepterait-il un enfant, une vie si fragile qui pourrait s'éteindre à tout moment, qui ralentirait leur fuite... ? Accepterait-il de l'aimer en sachant cela ? Il avait mit tant de temps avant d'accepter de la faire rentrer de son cœur pour ces raisons là... Alors un enfant... Mais voilà, ce serait aussi, peut-être, son fils, sa fille, leur fils, leur fille...
Et puis, ils arrivèrent dans une maison du Salut et Anna ouvrit son cœur à la vieille femme qui s'occupait des chambres, sans en avoir parlé à Kratos. Celle-ci, qui en avait vu passer d'autres, l'ausculta et annonça en souriant qu'elle était bien enceinte, en y rajoutant les félicitations d'usages. Voyant qu'Anna lui répondait du bout des lèvres, la grand-mère baissa la voix pour lui indiquer qu'elle connaissait une recette si elle ne voulait pas garder l'enfant, mais qu'il fallait qu'elle se décide vite. La jeune femme la remercia faiblement et lui promit de lui apporter sa réponse sous peu.
"Que se passe-t-il ?, interrogea Kratos en la voyant rentrer pâle dans leur chambre."
Elle ne répondit rien d'abord et accepta son étreinte, respira son odeur, puisa la force de ses mains réconfortantes dans son dos. Elle songea à un discours, pour le sonder, qu'elle oublia au fur et mesure. Alors elle murmura simplement, sans oser le regarder :
"Je suis enceinte."
Elle le sentit se figer, s'éloigner pour voir son visage inquiet.
"Tu veux dire, bredouilla-t-il et Anna songea que c'était la première fois qu'elle l'entendait buter sur ses mots, tu veux dire que tu attends un enfant ? De nous deux ?
-Bien sûr de nous deux !, s'écria Anna laissant parler son angoisse. De qui veux-tu qu'il..."
Le reste de la phrase fut oublié, comme sa colère quand elle se sentit soulevée et qu'elle tournoya entre les bras de Kratos, qui avait tout de même fait attention de ne pas toucher sa main gauche.
Jamais elle ne l'avait vu aussi heureux.
* * *
Le rendez-vous avait été donné à la fontaine Luin, la ville où Anna, Kratos et un Lloyd de sept mois résidaient. Le couple s'était installé sur le rebord de pierre, le bébé endormi entre les bras de Kratos et fixaient les arrivants. Anna se mordait machinalement les lèvres et Kratos passa une main réconfortante dans son dos quand elle se redressa pour aller à la rencontre d'un couple vieillissant, qui la dévisageait avec attention, le regard un peu perdu jusqu'à ce qu'elle leur parle avec familiarité. Cela faisait plus de trois ans qu'Anna et ses parents ne s'étaient pas rencontrés et comme la jeune mère l'avait deviné, ils ne s'étaient pas reconnus immédiatement. Les embrassades furent affectueuses, mais un peu ampoulées. Kratos se leva, Lloyd toujours entre ses bras, se présenta de nouveau, même si les parents l'avaient identifié rapidement. Leurs regard se firent tout de suite plus insistants sur le bébé qu'il portait entre ses bras. Anna plaqua un sourire incertain sur son visage.
"Maman, Papa... Voici Lloyd..."
Elle hésita un instant, ses parents pendus à ses lèvres :
"Notre fils, compléta calmement Kratos."
Lloyd dormait toujours, inconscient des regards qui se focalisaient sur lui. Anna ne s'était pas attendue à des explosions de joie de la part de ses parents, mais leur expression oscillant entre surprise et joie forcée la remplissait d'appréhension. Elle se força à continuer :
"Il est beau, n'est-ce pas ? Il aura huit mois dans deux semaines... Il né ici.
-Je vois, murmura sa mère avec quelques secondes de retard."
Son père ouvrit la bouche, le visage plus sévère, mais hésitant, encore :
"Tu ne nous as pas dit que vous étiez..."
Sa phrase resta en suspension, et Anna se mordit les lèvres avant d'avouer à regret :
"Nous... Kratos et moi ne nous sommes pas mariés..."
Il y eut un long silence. Le couple vieillissant considéra leur fille, l'étranger qui tenait son fils dans ses bras. Et puis sa mère tenta un hésitant :
"Et combien de temps cela fait-il que vous êtes... ensemble ?
-Bientôt un an et demi, annonça Kratos qui n'avait pas encore ouvert la bouche depuis les présentations.
-Oh, si tôt...
-C'est vrai que l'arrivée de Lloyd a été une surprise pour tous les deux, enchaîna Anna pour combler le silence. Mais tout se passe très bien... Kratos est très doué avec lui et nous arrivons à nous occuper de tout sans aide."
Les deux parents considérèrent le mercenaire avec incertitude, puis l'enfant entre ses bras. Ce fut le moment où Lloyd ouvrit les yeux, et observa un moment les visages penchés vers lui avant de gazouiller joyeusement et de tendre ses mains vers l'un d'eux.
"Je peux le prendre dans les bras ?, osa la mère d'Anna.
-Bien sûr, répondit-elle avec soulagement."
Il ne fallut pas longtemps au couple vieillissant pour se prendre au jeu de leur nouvel état de grand-parents, et le jeune couple osa s'éloigner pour chercher de quoi manger.
"Par Martel, murmura Anna en s'appuyant contre Kratos, sans Lloyd les choses auraient été horribles.
-Ils se sont montrés plutôt compréhensifs, tenta le mercenaire.
-M'man a toujours rêvé de me donner une petite sœur, plaisanta à moitié Anna. Alors s'occuper d'un enfant... Et puis Papa..."
Elle soupira.
"J'ai eu un fils. Les choses auraient été plus difficiles si j'avais eu une petite Laëticia... Il est un peu à cheval sur les traditions et..."
Kratos posa une main autour de sa taille et embrassa sa tempe.
"Il les a envouté, rassure-toi.
-Et c'est sa première victime qui parle, rit-elle.
-C'est notre fils, répondit-il avec simplicité."
Le reste de la journée se déroula sans heurts, les parents d'Anna ayant décidé de remettre à une autre rencontre les reproches qu'ils gardaient. Ils préférèrent partir dès que l'enfant fut couché.
"Tu es sûre que vous allez pouvoir vivre avec Lloyd, même pendant vos voyages ?, insistait sa mère au moment des adieux. Un enfant petit comme celui-là, cela va vous ralentir...
-Ça ira, affirma Anna avec force.
-Tu es sûre de toi ? Nous pouvons le garder, tu sais ? Cela ne nous dérangera pas...
-Oui. C'est gentil à toi, mais tu sais, j'ai bien peur de ne pas vouloir me séparer de lui à cause de ça... surtout longtemps... Et Kratos non plus.
-Ah... en parlant de lui... Tout va bien ? Il était plutôt... réservé avec nous."
Anna rit :
"Il est timide.
-Donc Lloyd sera avec vous quand vous reprendrez la route, reprit sa mère.
-Oui. C'est notre fils.
-Mais un bébé... Cela risque de l'affecter, une telle vie... Ne serait-ce pas plus facile si nous l'élevions nous ?
-Je te promet Maman, si les choses deviennent trop compliquées, nous ferons appel à toi plus qu'à tout autre. C'est très gentil à toi de te proposer... Mais vraiment, je suis certaine que tout se passera bien.
-Bien sûr, c'est normal... N'oublie pas, d'accord ?"
Les deux femmes s'embrassèrent.
"Tu as bien changé, Ann', conclut son père avec une pointe de regret et après une brève étreinte. Passe nous voir quand tu veux, ajouta-t-il néanmoins.
-Bien sûr..."
Quand le couple disparut sur la charrette qui les ramènerait chez eux, Anna s'autorisa à soupirer de soulagement.
* * *
Anna retint un éclat de rire tandis que Lloyd battait des mains avec de petits cris de joie devant la grimace de Kratos, penché au dessus de son lit. Celui-ci croyait être seul avec son fils, et Anna s'était appuyée contre la porte pour le regarder plus longtemps, souriant aux diverses face qu'il imaginait pour faire rire leur fils, qui gazouillait et essayait d'attraper les mèches auburn du visage en face de lui.
Qui aurait pu deviner que son amour devienne un papa-gâteau ? Anna elle-même n'avait pas osé y croire. Elle savait qu'il était un homme réservé, un homme qui refusait de s'attacher aux autres, elle le savait mieux que personne. Elle avait eu peur qu'il reste distant, comme son propre père avec elle, du moins dans ses souvenirs, malgré tout l'amour qu'il pouvait porter à son fils. Mais l'inverse s'était passé, et elle voyait les deux jouer avec joie, même quand elle n'y participait pas.
Une douleur subite traversa son bras et son épaule gauche, et Anna ne put retenir un hoquet tandis qu'elle agrippait son exsphère dans une tentative vaine d'arrêter son tourment. Kratos l'entendit, se tourna vers elle et elle parvint à lui sourire. Lloyd la vit aussi et tendit ses bras vers elle avec un son qui ressemblait à :
"'Ma ! 'na !"
Elle vint le prendre sans ses bras, et ce fut au tour du Séraphin de les observer échanger des paroles sans sens, avec un sourire rêveur.
"À quoi penses-tu, mon amour ?, demanda la jeune femme.
-Au fait que j'étais bien ignorant avant de te rencontrer.
-Ignorant ?, répéta-t-elle sans comprendre.
-Oui. Je croyais connaître la vie alors que je ne connaissais que la mort..."
Anna tendit la main vers lui en souriant sans trouver quoi répondre, et Kratos les rejoignit dans leur étreinte. Ils restèrent ainsi un moment, Lloyd restant immobile. Mais déjà, il se mit à s'agiter de nouveau et à gémir doucement. Anna s'écarta de l'ancien Séraphin avec un sourire contrit :
"Il va falloir que je le change, annonça-t-elle.
-Je commence le repas, alors ?"
* * *
Le ciel était dégagé, la lune absente, les étoile brillantes. Un vent taquin d'automne soufflait un air frais et Anna frissonna. Elle se pelotonna contre Kratos. Ils étaient assis dans une plaine anonyme, proche de la terre de Kharlan. C'était la première fois qu'ils voyageaient aussi longtemps, avec un Lloyd de deux ans, sans s'arrêter dans une ville, à cause des Désians. Anna voyait avec soulagement que tout se passait aussi bien que possible. Certes, Lloyd les ralentissait, certes il y avait toujours le risque qu'il se mette à pleurer quand des Désians passeraient près d'eux, mais rien de tel n'était arrivé.
Ils profitaient d'un moment de calme, la nuit était trop belle et la petite famille n'avait pas sommeil. Alors ils s'étaient installés pour regarder les étoiles.
"Là ! Là !, s'écria soudain Lloyd en faisant sursauter sa mère."
Il pointait le ciel du doigt et babilla :
"N'étouale f'lante !"
Anna sourit. Oui, pour le moment tout allait bien. Mais déjà, la douleur bien connue traversait son bras gauche.
* * *
"Kratos ?"
Il se tourna vers elle et comprit immédiatement de quoi elle voulait parler. Lloyd dormait dans la pièce adjacente, et il savait qu'elle avait attendu qu'il dorme d'un sommeil profond pour aborder ce sujet-là.
"Nous devons repartir, déclara-t-elle.
-Je sais, murmura-t-il."
Bien sûr qu'il le savait. Il n'était pas aveugle. Il voyait son visage se creuser, se vieillir plus rapidement qu'il ne le devait, il la voyait s'amaigrir, s'affaiblir, il la voyait quand elle sursautait soudain et qu'elle attrapait son bras gauche à cause de la douleur que la traversait et qui gagnait chaque jour du terrain, qui devenait de plus en plus aiguë. Il le savait, et elle aussi, même si elle tentait de le rassurer avec de moins en moins de conviction à chaque fois.
Et puis, les paroles qu'elle avait murmuré, le jour de ses vingt-quatre ans n'avait pas fini de le hanter. Il lui avait offert un petit médaillon, avec leur image à tous les trois peinte à l'intérieur. Elle l'avait remercié avec effusion et puis avait ajouté :
"C'est très beau... Et Lloyd saura à quoi je ressemble quand il l'ouvrira lui aussi..."
Anna répéta, le ramenant au présent :
"Nous devons y arriver coûte que coûte.
-Je sais, répéta-t-il. Je demanderai à Yuan de nous y aider."
Jusqu'à présent, il n'avait jamais voulu mettre le demi-elfe en danger. Mais cette fois-ci, il était trop tard pour reculer.
* * *
Le voyage s'était plutôt bien passé. Kratos devinait qu'ils étaient suivis, mais tant qu'il n'y aurait personne pour leur barrer la route, ils ne s'arrêteraient pas. Il savait de Yuan que Mithos était concerné par la venue au monde d'un nouvel élu, qui semblait avoir une signature de Mana très proche de celle de sa sœur.
Anna était fatiguée, mais elle avait toujours refusé de se plaindre et ne commencerait pas maintenant, alors qu'ils touchaient au but.
Malheureusement, le plus dur restait à venir. La ferme d'Isélia était dirigée par Forcystus et il se doutait que le Demi-Elfe devait être sur ses gardes, même sans les ordres de Mithos. Le héros demi-Elfe n'était pas de ceux qui acceptaient les traitres, même s'il ne connaissait pas Kratos. Il ne restait plus que deux jours avant d'atteindre le village et Kratos avait fait un détour qui leur permettrait de prendre un peu de repos, car il devinait que son seul espoir une fois qu'ils auraient enlevé l'exsphère, résidait dans ses ailes.
Ils avaient évité Isélia pour ne pas se faire remarquer et traversaient maintenant la forêt qui les mènerait au logement du nain. C'était la partie la plus dangereuse du voyage car Kratos devinait qu'ils pourraient se faire prendre dans une embuscade n'importe quand.
Un craquement, puis deux confirma brusquement ses craintes. Noïshe gémit, et Kratos entraîna Anna tandis que l'animal se mettait à courir derrière eux. Mais le combat était inévitable, Anna dégaina tandis que Noïshe se reculait lentement, Lloyd sur son dos, pour ne pas gêner son maître. En temps normal, l'animal aurait participé à la bataille, mais le protozoaire savait que sa tâche était autrement plus importante.
Le combat fit rage, mais malgré la formidable force de Kratos, ils étaient en train de reculer le long d'un chemin de terre. Kratos devinait qu'il menait à la ferme et n'hésita pas à faire sortir ses ailes et à déclamer :
"Par les pouvoir sacrés... Purifiez ces âmes corrompus par votre divine lumière... Reposez en paix, pêcheurs ! Jugement !"
Son invocation lui avait prit du temps, mais le résultat fut satisfaisant. Les désians s'étaient effondrés et il saisit la main d'Anna pour repartir de l'autre côté. Bien vite, des renforts apparurent, et ils furent forcés de reculer une fois encore. Kratos déchaînait toute sa puissance, et Anna faisait de son mieux derrière lui, cela ne suffisait toujours pas, les demi-elfes arrivaient toujours plus nombreux, toujours plus déterminés par la mort de leurs camarades.
Bientôt, la ferme apparut dans leur dos dans toute sa masse imposante, Kratos jura en voyant le ravin qui bloquait toute tentative de fuite : même s'il utilisait ses ailes, il ne pourrait pas emporter tout le monde avec lui.
Il n'avait plus le temps d'invoquer un autre jugement, et entendait Anna haleter, probablement épuisée par les efforts qu'elle devait fournir. Il se concentrait devant lui, et Flamberge continuait à faire des ravages, il vit soudain une opportunité de remporter cette bataille quand un cri perçant, dans son dos le figea pendant une seconde.
Le Séraphin se retourna pour voir Anna à genoux, la main sanglante, une bille violette dans sa paume. À côté, un désian agonisait, un sourire distordu sur ses traits. Déjà, le corps de la jeune femme se transformait et elle avait cessé de hurler –et son silence était pire encore. Il courut à ses côtés, incapable de penser à autre chose. Il ne restait que quelques Désians tous fatigués par le combat et la poursuite, mais des renforts pouvaient arriver à tout moment.
Juste à côté d'elle, il put voir avec précision son visage se teinter de marbrures violettes, et ses vêtements éclater sous la pression de sa chair. Ses mains devaient des griffes, et il ne pouvait rien faire, il ne pouvait rien faire, sauf la regarder souffrir, se transformer et déjà il ne restait plus rien d'humain dans son apparence. Il entendait encore ses cris de douleur, il n'entendait plus que cela, et ne sentit qu'à peine le coup qu'elle lui lança dans la mâchoire.
"Anna !, appela-t-il dans l'espoir fou qu'elle entendrait sa voix."
Mais la jeune femme n'était plus. Seul un monstre subsistait, incapable de faire autre chose que de vouloir du sang et de la violence. Anna était...
"Kra... tos... Il faut que tu..."
Sa voix était faible et le monstre s'était immobilisé. La jeune femme se battait pour que sa conscience tienne encore un peu. En elle, la haine naissait de partout en une multitude de point rouges qui réclamaient du sang, encore du sang, encore et encore du sang. Son regard distordu se fixa sur Lloyd et Noïshe, puis sur Kratos qu'elle venait de blesser. Du sang, du sang qui coulait et qui en appellait un autre, un gazouillement sur sa droite, elle voulait faire couler le sang. Du sang, non, elle ne pouvait pas... Pour son fils... son amour...
"Tues-moi...
-Anna...
-Il n'y a pas... de temps... à perdre !... Si tu ne... le fait... pas... je... je..."
Et ce n'étaient plus des paroles mais un rugissement de haine. Kratos ne put cligner des yeux alors que le monstre s'élançait vers Lloyd. Il ne sut pas réagir à temps, il y eut une gerbe de sang, un gémissement. Noïshe s'était interposé, permettant à Anna de reprendre ses esprits. Elle s'immobilisa un instant, se tourna vers Kratos qui se relevait lentement.
"Kratos, gémit-elle."
Il la fixait et se relevait. Son visage était un masque d'amertume et de résignation, de dégoût contre lui-même. Sa main fermée sur Flamberge tremblait. Anna se battit pour rester immobile, pour ne pas respirer le sang, le sang qui l'appelait, là juste à côté d'elle, elle se battit pour ne pas songer à la douleur, à son désir de faire ressentir au monde entier sa propre douleur, qui lui prenait le corps, ce n'était pas juste qu'elle soit seule à la sentir les autres devaient payer, payer, dans le sang, la douleur, les autres devaient aussi... Non, non, elle ne devait pas, elle était Anna, elle. devait ne pas bouger...
pourquoi ? Elle ne savait plus, elle ne devait ne pas bouger, juste ça, et pas de sang pas de sang pas de sang... Quelqu'un devant, du sang, ne pas bouger, une épée, ne pas bouger... Ne pas bouger tandis qu'il brandissait Flamberge et l'enfonçait dans sa chair verte et monstrueuse. Ne pas bouger quand, le visage tordu par sa haine envers lui-même, il retira l'épée.
La blessure n'était pas mortelle, le sang, la douleur, les autres devaient sentir sa douleur ce n'était pas juste... Non, non, non, non, non, elle ne devait pas, Lloyd... Lloyd, son petit Lloyd qui ne savait pas se qui se passait mais qui respirait la peur et la panique... Oui, il devait sentir sa douleur ce petit être, il devait, le sang, il devait, non non non non... Non, Lloyd, non, elle ne pouvait pas elle ne devait pas, elle ne ferait pas... Elle était trop près de lui pour s'arrêter, tant mieux, elle devait tomber, mais le sang, le sang, le petit devait sentir ce qu'elle sentait, la douleur, la chute... Non non non non ! D'un dernier mouvement, elle se débrouilla pour que Noïshe rattrape l'enfant. Et elle ferma les yeux et imagina l'image dans son pendentif. Une image de bonheur...
La douleur, la chute. Anna, elle était Anna, le monstre était plus calme... Savait-il qu'il allait mourir ? Une ombre au-dessus d'elle, de l'aide, Kratos ? Non, un nain, le nain... Lloyd, où était son petit, son agneau ? Il ne devait pas mourir...
"Lloyd..., murmura-t-elle en relevant la tête. Il faut que... Lloyd..."
Le nain avait déjà saisi l'enfant et son attention revint vers l'inconnue qui était en train de mourir.
"Votre nom ?, demanda-t-il doucement.
-Anna... S'il vous plaît... cachez... l'exsphère... Désians... veulent..."
Elle ferma les yeux, souhaitant que la douleur s'arrête, ou qu'elle puisse voir Kratos une dernière fois... Si elle ne le voyait pas, si elle ne lui pardonnait pas, il se damnerait encore... Elle se battait pour ne pas tomber dans le puits noir de l'inconscience, mais le nain déplaçait son corps et la douleur fut trop forte.
Elle ne reprit jamais connaissance.
Kratos retira Flamberge et le dernier Désian s'écroula. Il ne reprit pas son souffle et se précipita comme un fou vers le ravin, sauta, utilisa ses ailes pour amortir sa chute. Il balaya les environ d'un regard affolé. Il n'y avait que des cadavres de désians... Où était Anna ? Lloyd ? Où ? Il n'y avait rien. Rien. Il n'y avait plus rien.
Un scintillement attira son regard. Il se baissa, retrouva un médaillon à la forme bien connue, teinté de sang. D'un geste machinal, il en ouvrit le couvercle. La peinture n'avait pas été abîmée. Mais Anna était tombée là, Lloyd aussi avec... Pourquoi... pourquoi ne pouvait-il pas retrouver juste leurs corps... Au moins... Voir leurs visage...
Il tomba à genoux, et les larmes se mirent à rouler sur son visage. Des sanglots amers s'échappaient de sa poitrine qu'il ne tentait pas de retenir. À quoi bon ? Ils étaient morts. Morts. Il n'y avait plus rien... Rien du tout, sauf le silence et cette douleur qui lui empoignait le cœur pour ne pas le lâcher, sans le tuer. Il aurait préféré mourir... Oui, mourir et oublier. Rien n'avait d'importance. Ils étaient morts. Ils étaient sa vie... Un reste de fierté, de dignité lui interdisait de se suicider. Anna n'aurait pas voulu qu'il finisse ainsi... Anna n'aurait pas voulu... Il ne le ferait pas alors.
"Cette humaine n'est pas là ?"
La voix surgit, trop connue pour ne pas percer dans son esprit. Kratos releva la tête pour se confronter à un regard glacial, aux prunelles distendues par la folie. Mithos se tenait là, bras croisés, les lèvres pincées dans un rictus dédaigneux. Le Demi-Elfe détourna les yeux et observa le carnage sans trahir d'autre émotion que cet ennui exaspéré que Kratos lui connaissait.
"Où est l'exsphère ?"
Kratos ouvrit la bouche pour répondre, un réflexe probablement, né de quatre milles ans d'habitude.
"Je ne sais pas."
Oui, il ne savait pas. Peut-être que Mithos penserait à un mensonge, pour protéger un reste de sa fuite, mais il ne restait rien, sauf peut-être le médaillon qui le brûlait entre ses doigts. L'ange l'observa encore.
"Vas-tu m'abandonner ?"
La voix avait perdu pour un instant sa dureté d'acier.
"Vas-tu partir ? Loin de moi ? Vas-tu... me laisser seul ?"
Les prunelles furent distendues par la folie, par cette folie née de la solitude. Kratos sut qu'il avait dans ses yeux la même émotion. Il restait silencieux.
"Reviens vers moi. Je te promets que je réunirai les mondes dès la resurrection de Martel... C'est cela que tu souhaites, hein ? Tu reviendras si je te promets ça ? Et... ensuite, quand Martel sera vivante... tout redeviendra comme avant. Tu oublieras cette femme. Et tu seras avec nous... Ce sera bien, tu verras... Comme au passé..."
Lentement, Kratos se releva. Réunir les mondes ? C'était une hérésie qu'il avait souhaité avec Anna. S'il aidait à les réunir, il pourrait être pardonné. Et il pourrait mourir en paix. Cela suffirait. Il n'y avait rien d'autre, de toute façon, alors...
Il suivit Mithos quand celui-ci se téléporta sur Derris-Kharlan.
