Voici la suite.
Je crains malheureusement de ne pas pouvoir mettre à jour régulièrement.
Merci aux deux personnes qui ont laissé un commentaire. Cela faisait longtemps que je n'avais pas posté et j'étais nerveuse. J'espère que cela vous plaira.
Pour la seconde fois en deux jours, elle courait dans les couloirs du lycée. La veille, elle s'était endormie très tard et, épuisée, n'avait pas entendu son réveil. Etant donné l'heure à laquelle elle était arrivée ce matin, elle avait juste le temps de se rendre en classe à l'heure exacte où la cloche sonnait, sans pouvoir chercher Usui pour lui parler. Durant les deux heures suivantes, elle consulta l'horloge une bonne centaine de fois, pestant contre les aiguilles qui ne bougeaient pas.
Aussi, fut-elle la première debout quand la cloche sonna la pause du matin. Mais pour sa plus grande malchance, elle fut retenue par le professeur qui non seulement avait remarqué son presque retard du matin mais avait également noté son manque d'écoute évident. Honteuse, elle s'excusa, espérant qu'il la laisserait partir. Mais il ne semblait pas décidé à la laisser s'en aller et n'y consentit qu'à la sonnerie indiquant la reprise des cours. Résignée, elle retourna à sa place, prête à subir deux heures supplémentaires de cours qu'elle ne retiendrait pas. Elle soupira en regardant par la fenêtre. Que lui arrivait-il ? C'était si inhabituel de sa part de se laisser déconcentrer ainsi. La manager Satsuki en premier lieu, avait noté son manque de concentration. Les professeurs par la suite. Elle devait se ressaisir. Elle ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire de la sorte.
C'est avec soulagement qu'elle entendit la sonnerie indiquant la pause déjeuner. Sans perdre une seconde, elle alla droit vers la classe 2-2 d'où des élèves sortaient en discutant tranquillement. Elle passa la tête par la porte de la classe, mais Usui n'était pas là.
- Que se passe-t-il, Présidente ? demanda une élève de la classe 2-2.
- Bonjour Aiko. Peux-tu me dire si Usui était présent aujourd'hui ? demanda Misaki en tâchant de contrôler sa voix pour qu'elle ne paraisse pas trop désespérée.
- Oh oui. Tu l'as raté de peu. Il vient de sortir, indiqua Aiko en montrant la direction dans laquelle Usui était parti. Mais il a l'air encore plus taciturne que…
Sans lui laisser le temps de terminer sa phrase, Misaki se précipita dans le couloir, mais elle fut vite gênée par la foule d'élèves qui sortaient de leur classe pour aller déjeuner. Avec difficulté, elle se fraya un chemin parmi les étudiants et ses efforts furent récompensés quand elle aperçut une masse de cheveux blonds noyés dans la foule des jeunes gens devant elle. Soulagée, elle l'appela à plusieurs reprises. Soit il ne l'entendait pas, soit il l'ignorait. Quand elle parvint à sortir de la foule, il avait emprunté un couloir désert. Elle le rattrapa, à bout de souffle.
- Usui, attends, dit-elle, quelques mètres derrière lui.
Il ne s'arrêta. Il ne se retourna pas non plus. Il continua son chemin de cette démarche souple et tranquille qui le caractérisait. Les sourcils froncés, elle franchit alors les quelques mètres qui les séparaient et lui saisit le bras pour le faire se retourner. Elle ne savait pas à quoi s'attendre, mais elle était loin d'être préparée à sa réaction.
Quand il sentit la pression sur son bras, il s'arrêta net avant de se retourner enfin vers elle. D'un geste brusque, il dégagea son bras et lui jeta un regard glacial. Elle fut frappée par la froideur de ses yeux émeraude posés sur elle. Jamais il ne l'avait regardée ainsi. Mais ce ne fut rien comparé au timbre polaire de sa voix quand il prit la parole :
- Que veux-tu, Prés ? Il me manque un bouton ? Ou alors, ma cravate n'est pas faite de façon réglementaire ?
Misaki écarquilla les yeux, effarée. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit.
- Eh bien quoi ? Aurais-tu perdu ta langue ? Ce serait une première !
Son regard impassible la sondait toujours et le sourire ironique qui était apparu sur ses lèvres n'atténuait en rien l'indifférence qu'il lui témoignait. Pire, elle devinait même une certaine colère dans sa façon de plisser les yeux en la regardant.
- Usui ! dit-elle faiblement.
- Pfff, quelle perte de temps ! cracha-t-il avant de reprendre son chemin.
Quand elle le vit lui tourner le dos, elle sembla enfin se réveiller et se rappeler de la raison pour laquelle elle voulait lui parler.
- Usui, attends ! dit-elle en le retenant une seconde fois par le bras.
Cette fois, il ne se contenta pas de se dégager. Il la repoussa avec plus de force que nécessaire. Surprise, elle recula de quelques pas avant de se cogner contre le mur du couloir. Sa tête buta douloureusement contre la paroi et une faiblesse soudaine de ses jambes l'empêcha de rester debout. Elle glissa le long du mur et ferma les yeux pour tenter de contenir les larmes que la douleur à l'arrière de son crâne faisait naitre. Tremblante, elle leva une main et tâta avec précaution la bosse qui se formait déjà au-dessus de sa nuque. Elle fut reconnaissante qu'aucun autre élève n'ait assisté à la scène, même si elle ne comprenait pas encore ce qu'il venait de se passer.
Usui venait-il de la… repousser ? Pire, il l'avait blessée indirectement ? Elle ne pouvait y croire. Pas Usui. C'était un pervers qui prenait un malin plaisir à la harceler et à la tourmenter. Mais il avait toujours répondu présent pour lui prêter main forte. L'idée qu'il lui fasse du mal lui était inconcevable.
Quand la douleur se calma, elle ouvrit les yeux et eut la surprise de découvrir une main tendue à hauteur de son visage. Elle releva la tête un peu trop vite, et fut soulagée de constater que son propriétaire n'était autre qu'Usui. Sans sourire, ses traits s'étaient nettement adoucis et son regard ne la brûlait plus d'une fureur contenue. Malgré la douleur et les larmes aux yeux, elle se permit un sourire avant de lever la main pour saisir celle du jeune homme.
Mais sa joie fut de courte durée car au moment où elle allait la saisir, Usui la lui retira et son regard ironique et mordant refit surface.
- Toujours aussi lente, Prés, lâcha-t-il. Quelle honte pour cette école.
Il se redressa et les mains dans les poches, reprit sa route dans le couloir, sans un regard en arrière. Cette fois, les larmes lui montèrent aux yeux, mais elles n'étaient pas du fait de la douleur à sa tête.
- Ouah… Il te déteste, on dirait ! dit une voix qu'elle n'identifia pas immédiatement.
Son propriétaire sortit de sa cachette et s'avança dans le couloir.
- Kano ! cracha-t-elle quand elle le reconnut.
- C'est moi ! répondit-il, joyeux.
Serrant les dents, elle s'appuya sur le mur derrière elle pour se relever. La tête lui tourna un peu mais elle refusa de montrer davantage ses faiblesses.
- Qu'est-ce que tu lui as fait ? demanda-t-elle, furieuse.
- Quoi ? Tu n'as pas encore compris ? Il a raison, tu sais. Tu es une honte pour cette école, dit-il d'un ton léger. Tu devrais peut-être songer à démissionner…
- Jamais ! rugit-elle en faisant quelques pas vers lui.
Ce qu'elle regretta, car elle vacilla avec l'impression que les murs tournaient autour d'elle. Elle s'immobilisa, luttant pour garder son équilibre.
- Dis-moi ce que tu lui as dit quand tu l'as mis sous hypnose, répéta-t-elle, les poings serrés.
Il soupira, faisant mine d'être blasé.
- Bien, puisque tu n'es pas capable de le comprendre toute seule. Je lui ai ordonné de te détester.
Les yeux de Misaki s'agrandirent d'horreur. Le regard froid, le sourire ironique, les mots durs, l'absence au Maid Latte. Tout faisait sens. Il la détestait !
- Oh, tu es triste, Présidente ? demanda Kano, faussement compatissant.
Luttant contre les larmes, elle releva les yeux vers lui.
- Pourquoi ? demanda-t-elle, simplement.
- N'est-ce pas évident ? Je te l'ai déjà dit. Il est ta faiblesse. Sans lui à tes côtés, je suis curieux de savoir comment tu vas t'en sortir.
Son for intérieur protesta vivement à cette remarque et à ses insinuations. Elle n'avait besoin de personne ! Elle était forte et indépendante. Et pourtant… Pourquoi se sentait-elle si abattue ? Se pouvait-il qu'elle ait eu la faiblesse de se reposer sur Usui ? Non ! lui criait tout son être. Mais si elle était honnête, elle devait admettre qu'elle avait une dette envers lui. Ses conseils et son aide l'avaient déjà sortie des situations les plus complexes.
Cette révélation lui fit un choc car elle n'avait pas réalisé à quel point la présence d'Usui lui avait semblé naturelle. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Et visiblement ce détail n'avait pas échappé à Kano qui le lui faisait admettre bien contre son gré.
- Tout ça pour cette histoire de filles ? demanda-t-elle.
- Ça a l'air de te surprendre ? Toi qui détestes tant les garçons, tu es la plus à même de comprendre mes raisons !
- Ce n'est pas parce que je comprends tes raisons, que j'approuve tes méthodes ! cria-t-elle.
La violence de sa réponse la rappela à l'ordre. Fermant les yeux, elle porta une main tremblante à son visage.
- Tu devrais aller soigner ça, Présidente. Je t'y emmènerai bien, mais… Non, en fait, je n'ai pas envie.
Sans attendre de réponse, il s'éloigna et la laissa seule avec ses pensées. Quand il fut hors de vue, elle se permit la faiblesse de s'asseoir à nouveau, le temps de se remettre de ses émotions et d'attendre que les murs cessent de tourner autour d'elle. Puis au bout de quelques minutes, sans un bruit, elle se leva et partit en direction de l'infirmerie. Elle ne prenait d'ordinaire pas de médicaments si elle pouvait l'éviter, mais elle fit une exception. Elle avait besoin d'un anti-douleur. La journée promettait d'être très longue.
