Et bien voici la partie 3 de cette histoire.

Sur ce, bonne lecture et on se retrouve dans les commentaires :)


Chapitre 3


Pour ce dernier jour à Grasse, les professeurs avaient prévu une journée un peu plus détente pour les élèves, qu'ils puissent découvrir par eux-mêmes les merveilles que l'on pouvait trouver au coin d'une rue.

Le matin, les deux classes de troisième avaient été visiter la cathédrale qui surplombait la ville. Les rayons du soleil frappaient la pierre de plein fouet et plongeaient la ville dans des tons dorés et orangers des plus chaleureux. Marinette regretta de ne pas avoir emporté son carnet avec elle. Plus habituée à dessiner des croquis de vêtements, elle aurait bien aimé immortaliser ce paysage. Mais elle pouvait compter sur Alya et ses photos pour conserver ses souvenirs.

Suite à la visite de la cathédrale, les élèves avaient été regroupés sur une place où leurs professeurs leur avaient fait l'exposé du livre Le Parfum. Beaucoup d'élèves choisirent ce temps de près de deux heures pour piquer un petit somme à l'ombre, d'autres jouaient à des jeux sur leurs téléphones, et des plus rares étaient intéressés par l'histoire. Marinette tenta à plusieurs reprises de parler à Adrien du livre qu'elle avait commencé la veille, mais elle se heurta à Mademoiselle Bustier qui, placée non loin d'elle, leur intimait de bien vouloir se taire. La collégienne fit alors une croix sur ce potentiel rapprochement.

Elle ne comptait même plus ses échecs qui avaient eu lieu depuis qu'ils étaient partis du collège. Elle s'en sentit même... démoralisée. D'habitude au collège, Marinette arrivait la plupart du temps à avoir un semblant de conversation avec Adrien (même si cela relevait plus du bafouillage la plupart du temps). Or, depuis leur arrivée à Grasse, elle n'avait jamais pu lui parler personnellement, en face à face, seul à seule. Alya avait vu trop loin dans le car il y a deux jours : ce voyage ne permettrait clairement pas à Marinette de passer du temps avec celui qu'elle aime. Quand il n'était pas accaparé par Chloé, c'était les professeurs qui se mettaient en travers de sa route. Elle ne fit plus attention à la leçon que leur dictait le professeur de l'autre classe. Elle n'entendait plus rien. Elle ne fit même pas attention aux remarques d'Alya à côté d'elle, haussant simplement les épaules pour montrer qu'elle l'avait entendu.

Ses pensées se dirigèrent alors vers Chat Noir.

Elle le revoyait ce soir, et elle était certaine que cela donnera une note finale joyeuse à sa journée et à ce séjour. A bien y réfléchir, à sa manière, Chat Noir avait toujours été là pour elle. Comme elle, elle avait été là pour lui. Certes, la plupart de leurs échanges étaient limités lors de combats contre les larbins du Papillon, mais la confiance était là.

Et elle avait été instantanée. Cette confiance qui lui permettait d'affirmer que Chat Noir et elle, en tant que Ladybug, formaient une équipe surmontant toutes les épreuves. Cette confiance avait également fait naître une certaine forme de complicité. Après tout, même si elle trouvait les jeux de mots de son équiper plus que douteux dans leur hilarité, elle aimait le reprendre. Elle aimait le taquiner. Elle aimait rire de lui, mais surtout avec lui.

Et elle aimait découvrir que, sous ses airs de faux dragueur, un cœur en or se cachait et sous le masque. Quelqu'un prêt à tout pour lui venir en aide, pour la protéger, la mener par le bout du nez. Marinette se souvint alors, pour une raison inconnue, que lors du combat dans le métro contre Audimatrix il y a quelques mois, elle avait surpris Chat Noir en train de ronronner. Certes, elle avait été surprise d'entendre un tel son émanant d'un humain ! Mais elle reconnaissait que, avec le recul, cela était assez mignon. Voire même très mignon...

Comme réalisant enfin jusqu'où ses pensées semblaient vouloir la conduire, Marinette se figea dans un premier temps, rougit dans un deuxième, et secoua violemment sa tête dans un dernier. Alya remarqua l'attitude étrange de son amie et lui demanda ce qui se passait. Marinette lui mentit en disant qu'elle avait cru voir une mouche voler près de son visage, cet aveu faisant doucement rire son amie.

Qu'est-ce que son esprit semblait vouloir lui faire comprendre ? Qu'elle semblait partager plus avec Chat Noir qu'avec Adrien ? Que le super-héros était accessible et pas le collégien ? Que le chat était prêt à tout pour elle et pas le mannequin ? Qu'il avait toujours été à ses côtés...

Marinette se prit la tête entre les mans, priant de toutes ses forces pour que ses pensées incongrues et insensées cessent. Ce tourbillon de réflexion lui donnait mal à la tête. Ses amis, remarquant sa détresse fort peu discrète, la firent s'éloigner de quelques pas en arrière pour se placer à l'ombre. Nino sortit une bouteille d'eau de son sac-à-dos et la tendit à Alya.

– Marinette, ça va ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette, lui demanda-t-elle inquiète.

– J'ai mal à la tête, répondit-elle avec un peu de mal.

– Ça doit être la chaleur. Avec un soleil pareil, ce n'est pas étonnant que tu ne te sentes pas bien, déduisit Adrien.

– Tiens, bois ça devrait t'aider, dit Alya en lui donnant la bouteille.

Marinette s'exécuta machinalement, et elle dut reconnaître que cela allait déjà un peu mieux. Ses amis avaient raison c'était la chaleur qui lui donnait mal à la tête... Du moins, c'est ce qu'elle se dit pour se convaincre elle-même.

– Et bah, ma vieille, qu'est-ce que ça sera pendant les vacances d'été si déjà en mai tu ne te sens pas bien, rigola Alya, ce qui entraîna le rire des trois autres adolescents.

– On devrait retourner avec les autres, je crois qu'on ne va pas tarder à bouger, fit remarquer Nino en rangeant la bouteille.

Tous les quatre se dirigèrent à nouveau en direction des autres élèves, Alya ayant pris soin d'affubler Marinette d'une casquette rose bonbon qu'elle avait trouvé dans son sac. « Comme ça, tu risques pas de nous refaire un malaise », avait-elle souligné avec un clin d'œil.

Nino avait eu raison ; presque aussitôt qu'ils aient rejoint le groupe, les professeurs annoncèrent que, après la pause déjeuner, les élèves seraient libres. Totalement libres. Ainsi ils pourraient profiter par eux-mêmes de la ville et l'explorer chacun à leur façon. Les professeurs indiquèrent le point de rendez-vous pour dix-neuf heures, heure à laquelle ils devraient tous se rassembler pour rentrer à l'auberge afin de préparer leurs affaires pour le départ du lendemain.

Aujourd'hui, c'était samedi, et l'Exporose pouvait dévoiler tous ses charmes. Des affiches de spectacles avaient été placardées sur tous les murs, des invitations à des concours étaient distribuées gratuitement, des centaines de vases étaient remplis de roses de toutes les couleurs possibles.

Après la pause déjeuner, Adrien entraîna vite ses trois amis au plus loin des autres élèves, pour notamment échapper à Chloé. Les trois autres avaient ri de sa démarche, trouvant que cette situation pouvait s'apparenter à un cache-cache. Une fois assez loin de Miss Pet-sec, ils purent souffler un coup. Adrien avait dégoté des brochures dans lesquelles étaient répertoriés l'ensemble des événements de la journée. Les filles voulurent aller à la roseraie, mais les garçons leur firent remarquer que celle-ci était fermée. Déçues, elles reportèrent leur attention sur un spectacle de magie qui ne tarderaient pas à avoir lieu. Les garçons approuvèrent, et tous les quatre partirent en direction de l'événement.

Le spectacle de magie en question avait pour particularité que la magicien se servaient uniquement de roses pour effectuer ses tours de magie, les faisant disparaître ou même changer de couleur.

Après ce spectacle qui leur avait mis des étoiles plein les yeux, les quatre amis choisirent d'assister à un concours de dessin et apparemment, les inscriptions de dernière minute étaient prises en compte. Tous pressèrent Marinette pour qu'elle s'inscrive et celle-ci, sous la pression, craqua et accepta.

Alors qu'ils descendaient une pente, manquant à plusieurs reprises de trébucher à cause des pavés, ils se firent arrêter par des vendeurs ambulants. Des vendeurs de roses bien sûr. L'un d'eux les avaient interpellé en déclarant qu'ils formaient deux très jolis couples et que ces Messieurs devraient offrir des fleurs à leurs Demoiselles. Tandis que Marinette rougit violemment et que Adrien réfuta cette affirmation, Nino décida d'offrir une rose à Alya. Elle le remercia en l'embrassant sur la joue, et le garçon dût remettre en place ses lunettes après cette démonstration affective, avant qu'ils ne reprennent leur marche.

Marinette ne put s'empêcher d'être déçue, même un peu jalouse. Adrien était à côté d'elle, mais ils n'étaient pas ensemble. Et en ce moment, ils partageaient autant de choses que deux inconnus. Certes le cadre était magnifique, l'ambiance était joyeuse dans les rues, tout sentait la rose – la fleur de l'amour, bien sûr ! … Et pourtant, la jeune fille se sentait plus éloignée d'Adrien qu'elle ne l'avait jamais été. Le fait de ne pas pouvoir être seul avec lui n'aidait à rien. Et comme le garçon semblait tellement pris par les événements, souhaitant découvrir le plus de choses possible, elle ne souhaitait pas le distraire. Il avait l'air tellement heureux si loin de Paris, si loin de son père et de sa maison hostile... Elle ne voulait pas gâcher ça en se plaignant de ne pas passer de moments plus personnels avec lui.

Ça, elle le fera ce soir avec Chat Noir.

A nouveau en réalisant la présence de cette minuscule pensée qui venait de se loger dans son esprit, Marinette se frappa le front. Comme ses amis marchaient devant elle, ils ne pouvaient la voir ainsi et elle s'en rassura. Elle ne voulait pas passer pour plus folle qu'elle ne l'était réellement.

Tikki, visiblement inquiète de son état, sortit du petit sac de Marinette et lui chuchota si cela allait. Prise de panique de peur que quelqu'un aperçoive son kwami, la collégienne l'avait vite attrapée et remit dans son sac. Une fois la crainte passée, elle lui adressa un sourire et un hochement de tête avant de refermer son sac.

Un nouveau vent de panique souffla lorsqu'elle sentit son téléphone vibrer dans la poche de son pantalon. Elle avait toujours peur d'une notification annonçant une attaque du Papillon à Paris ! Mais comme d'habitude depuis deux jours, ce fut une fausse alerte. Marinette souffla de soulagement, avant de rejoindre ses amis.

Quand ils arrivèrent au lieu où se déroulaient le concours de dessin, les collégiens découvrirent plusieurs feuilles de papier suspendues à des fils sur lesquelles étaient dessinés plusieurs bouquets de roses. Le concours était simple en soi : chacun devait représenter ce qu'était la rose pour lui. Pour certains, c'était un immense bouquet, pour d'autres une seule fleur, et les couleurs variaient inexorablement. Entraînée par Alya, Marinette alla s'inscrire. On lui dit qu'elle n'avait que, comme les autres participants, vingt minutes pour réaliser son dessin de rose, et qu'elle était chanceuse car il restait moins d'une heure avant la fermeture du concours. La jeune fille put alors rejoindre les autres participants réunis dans une boutique où elle pourrait disposer de tout le matériel nécessaire. Aquarelle, craie, gouache, crayons, pinceaux : tout était réuni pour lui permettre d'exprimer sa créativité.

Marinette griffonna vite fait le modèle au crayon de papier avant de remplir sa fleur avec des touches de rose, plus claires par ci, plus foncées par là, à l'aquarelle. Elle réussit à respecter le temps imparti de vingt minutes puis alla remettre son œuvre à un homme chargé de les récolter. Et cette fois-ci, elle n'avait pas commis la même erreur que d'autres fois : elle avait bien signé le dos de la feuille. Quand elle sortit, elle constata que Nino, Adrien et Alya l'avaient attendue. Ils décidèrent d'attendre jusqu'à l'annonce des résultats dans une demi-heure avant de poursuivre leur visite.

Durant ce temps d'attente, ils étaient restés à proximité de l'estrade du concours tout en se baladant dans les boutiques de souvenirs. Chacun se devait de ramener un petit souvenir à leurs parents ou ceux-ci leur reprocheraient sûrement « de ne pas avoir pensé à eux ». Même Adrien tenta de chercher une petite bricole pour son père, mais sans grande joie, se doutant bien qu'il n'en aurait rien à faire. Marinette et Alya avaient décidé de ramener à leur mère respective une petite fiole de parfum semblable à celles qu'elles avaient reçu la veille durant l'atelier de création.

Cet arrêt shopping avait permis de faire passer le temps et les résultats du concours furent présentés. Participante de dernière minute, Marinette réussit à se hisser à la troisième place ! Elle fut appelée à monter sur l'estrade par l'animateur. Toute gênée et tremblante, elle eut peur de trébucher ou de laisser tomber son prix, à savoir une collection de parfum avec pas moins de douze odeurs différentes... de rose.

« Un peu plus, et je ne pourrai plus voir cette fleur en peinture... ni la sentir ! », se dit la jeune fille. Mais bon, en sachant que c'était un événement exceptionnel ici, elle choisit d'en profiter. Quand elle rejoignit ses amis, elle leur promit de leur faire sentir toutes ces fragrances, mais une fois qu'ils seraient rentrés sur Paris à l'abri de cette cohue et surtout quand ils auraient plus de place que dans leurs chambres à l'auberge.

Dans la dernière heure qu'ils leur restaient avant de retourner au point de rendez-vous, Alya avait presque forcé les trois autres à faire des photos. Ainsi, pendant près d'une heure, la jeune fille dégainait son téléphone et prenait toutes les photos possibles et inimaginables de ses amis, prenant la pause pour elle dans la ville qui se paraît d'orange à mesure que le soleil amorçait sa descente. Elle leur promit d'en imprimer certaines et de leur donner les plus belles. Elle adressa un clin d'œil à Marinette à cet instant, et cette dernière comprit le sous-entendu : elle aura droit à une photo parfaite d'Adrien en exclusivité !


Une fois que tous les élèves étaient rassemblés au point de rendez-vous, tous étaient heureux de pouvoir enfin rentrer se reposer à l'auberge. Cette journée à marcher, monter et descendre, le tout sous un soleil de plomb ne leur réussissait pas. La douche et le repas furent accueillis avec grand plaisir. La préparation de leurs affaires dans la chambre de Marinette, Alya, Juleka, Rose et Mylène ne fut pas se tout repos. Entre deux vêtements rangés, il y en avait toujours une pour venir en massacrer une autre à grands coups d'oreiller. Au bout d'un moment, la fatigue les gagna mais Marinette se devait de rester éveillée. Malgré la fatigue, il ne fallait pas qu'elle loupe son entrevue avec Chat Noir (dans sa tête, elle refusait d'employer le terme "rendez-vous"). Elle décida de reprendre sa lecture du Parfum là où elle l'avait arrêté la nuit dernière, mais au bout de quatre pages seulement, elle se sentit fatiguée.

Elle devait dormir au moins un peu avant de rejoindre Chat Noir, et elle ne pouvait pas demander à Tikki de la réveiller le moment venu, ses amies étant encore réveillées. Alors elle programma une alarme en mode vibreur sur son portable pour la réveiller à minuit, et elle plaça ensuite le téléphone sous son oreiller. Elle savait que c'était mauvais de faire cela, mais il y avait urgence.

Elle savait que Chat Noir lui en voudrait terriblement si elle ne venait pas. Déjà qu'ils avaient réussi à rester en bons termes il y a trois semaines alors qu'elle n'était pas venue à sa surprise avant l'attaque de Glaciator, elle ne voulait pas tenter le diable.

Contrairement à la nuit dernière, Marinette fut la première des filles à s'endormir, les autres ne tardant pas à la suivre. Et quand deux heures plus tard, elle fut réveillée par les vibrations de son portable, Marinette grogna dans sa couette. Elle voulait encore dormir !

– Marinette, aller, la secoua Tikki en chuchotant. Tu as promis à Chat Noir de venir.

Pour tout réponse, elle remonta un peu plus la couverture, se cachant complètement de son kwami. Tikki afficha une mine désespérée.

– Aller, plus vite que ça ! répéta-t-elle en retirant la couverture.

Tikki put alors constater les yeux fatigués de sa maîtresse, et elle réprima un sourire.

– Pas drôle, Tikki, chuchota la collégienne avec un regard haineux, énervée d'avoir été dérangée dans son sommeil – elle aurait pu dormir des heures.

– Une promesse est une promesse, et tu ne peux pas décevoir Chat Noir.

Refoulant une nouvelle plainte, Marinette sortit doucement de son lit. Elle se munit de sa lampe de poche pour se guider dans la chambre. Les autres dormaient à point fermer, c'était sa chance pour sortir sans déranger. À moitié endormie, elle se dirigea vers les toilettes et opéra le même manège que la dernière fois avant de demander à Tikki de la transformer.

Après être passée par la fenêtre, Ladybug fut pleinement réveillée par l'air frais mais lourd de la nuit. Elle sauta les deux étages de l'auberge et décida de courir le long de la route. Hors de question de se balancer d'arbre en arbre, elle était tellement fatiguée qu'elle avait trop peur de rater son coup, tomber de plusieurs mètres et se casser une jambe. Autant faire le trajet à pied et ne prendre aucun risque. Elle n'en aurait que pour dix minutes si elle allait vite.

Une fois qu'elle avait parcouru la distance qui la séparait de la ville, Ladybug put constater qu'une ambiance festive régnait à Grasse. Elle avait beau avoir rejoint les champs à côté de la colline, elle entendait d'ici les habitants qui faisaient la fête, la musique battant son plein. Elle se surprit même à battre la mesure en claquant des doigts.

– Ha ma Lady, j'ai eu peur que tu m'abandonnes.

La jeune héroïne sursauta avant de regarder derrière elle. Chat Noir était présent, visiblement de très bonne humeur, et il s'approcha d'elle tout en faisant tourner son bâton entre ses doigts (Pendant combien l'avait-il attendu, au fait ?)

– Désolée, j'avais d'autres chats à fouetter.

– Oh, alors comme ça, je ne suis pas le seul chat que tu côtoies.

– Si l'autre chat dont tu parles est mon lit, alors je suis navrée pour toi. Il y a un autre chat dans ma vie, finit-elle en lui donnant une pichenette sur l'épaule.

– Non ! Mon cœur saigne à cette idée ! s'exclama-t-il comme si il venait d'apprendre la plus terrible des nouvelles.

Ladybug devina l'ironie dans l'attitude de son partenaire et cela l'amusa.

– Ma Lady est donc trop fatiguée pour aller s'amuser un peu.

– Désolée de t'avoir fait attendre, Chat, mais j'ai eu une journée assez épuisante et je me suis endormie comme une pierre. Mais j'avais programmé mon portable pour me réveiller... Je n'avais juste pas prévu que le réveil serait aussi dur.

– Tu es toute pardonnée. L'important, c'est que tu sois là. Avec ou sans retard.

Ladybug se retint de justesse de dire à Chat Noir que cela faisait partie de ses très mauvaises habitudes d'arriver systématiquement en retard.

– Alors, qu'est-ce que tu as prévu, pour ce soir ? Tu as dit que tu t'occupais de tout.

– Et bien figure-toi que je n'ai pas passé ma journée à dormir, moi, et je pense avoir trouvé un endroit tranquille d'où on profitera de la musique, de la lumière, des décorations, et tout ça sans se faire remarquer.

– Alors qu'est-ce qu'on attend pour y aller !

Chat Noir fit signe à Ladybug de le suivre. Il l'entraîna au pied de la colline à quelques mètres et lui expliqua qu'ils devraient escalader ici pour atteindre la ville – en passant par la voie principale, ils prenaient le risque de se faire repérer par les habitants, et ils voulaient à tout prix restés discrets. Ladybug lança son yo-yo qui s'enroula à un poteau au sommet. Elle invita Chat Noir à s'agripper à elle avant qu'ils ne montent la paroi. Et durant cette montée, Ladybug ne put s'empêcher de penser que c'était la toute première fois qu'elle et son partenaire étaient si proches – si l'on ne comptait pas les combats où leur vie était en jeu. Et à le voir de plus près, sans la pression de réussir à capturer l'akuma, elle dut admettre que Chat Noir était plutôt mignon dans le style ado rebelle avec ses cheveux ébouriffés. Et puis, elle devait également reconnaître que la nature l'avait gâté avec ses yeux vert perçant, si vif et si lumineux qu'elle aurait juré qu'ils brillaient dans le noir...

Pour la énième fois de la journée, Ladybug dut se reprendre et se concentra sur l'escalade. Une fois arrivés au sommet, elle suivit Chat Noir qui l'entraîna dans plusieurs petites rues, celles où ils avaient le plus de chance de ne croiser personne. Ils se dirigeaient vers les hauteurs de la ville. Au détour de plusieurs chemins, la jeune héroïne put admirer quelques spectacles de rue. Ce n'est pas parce qu'il était plus de minuit que la fête devait s'arrêter. On aurait dit que plusieurs danses populaires avaient été organisées aux quatre coins de la ville, et les habitants s'amusaient à se jeter des pétales de fleur blanc, rose et violet.

Les deux héros montèrent par la suite sur les toits ; de cette manière, ils iraient beaucoup plus vite. Chat Noir n'avait pas donné un seul indice à Ladybug sur l'endroit où ils se rendaient. Puis, enfin, au bout de plusieurs minutes et de plusieurs immeubles escaladés, ils s'arrêtèrent devant un bâtiment que la jeune fille reconnut...

– Tu m'emmènes au musée ?! dit-elle surprise. (Elle s'était attendue à tout, sauf à ça).

– Pas exactement. Je t'emmène derrière le musée. Viens, on est presque arrivé.

Ils firent le tour du bâtiment jusqu'à arriver devant une grande grille vert sapin, sur laquelle était apposée une pancarte disant « Fermer au public ».

– Chat, on n'a pas le droit d'aller là ! le sermonna-t-elle.

– Techniquement, on est tombé un jour où on n'a pas le droit d'y aller. Sinon ça peut aussi être ouvert au public.

– Mais même, c'est … interdit ! dit-elle en ne trouvant aucun autre argument.

– Aurais-tu peur, ma Lady ? lui demanda-t-il en se rapprochant d'elle et la bousculant un peu.

Ne lui laissant pas le temps de répondre, Chat Noir entreprit d'escalader la grille. Il était si agile qu'il n'eut aucun mal à atteindre le sommet.

– Viens, je te promets que ça va te plaire, lui dit-il d'en-haut d'un ton sérieux doublé d'une moue que l'on pourrait qualifiée d'adorable.

Bien que souhaitant à tout prix respecter l'interdiction, Ladybug ne put s'empêcher de penser que Chat Noir risquait de faire une bêtise si elle le laissait tout seul ici. Alors, elle se força à aller contre sa volonté et escalada à son tour la grille, non sans avoir auparavant lancer son yo-yo pour l'y aider. Dès qu'elle commença sa montée, Chat Noir disparut de l'autre côté. A croire qu'il l'avait fait exprès ! Ladybug sauta au sol après être arrivée au sommet et elle rangea son yo-yo, se préparant à sermonner Chat Noir.

Mais quand elle releva les yeux, les mots moururent sur ses lèvres.

Elle était stupéfaite par le spectacle qui se tenait devant ses yeux, et elle était heureuse que l'éclairage public soit toujours activé.

Devant elle s'étendaient des centaines – peut-être des milliers – de roses. Roses en bouquet, roses en pots, roses enroulées autour de structures métalliques, roses entourant un kiosque. Roses rouges, roses roses, roses jaunes, roses blanches et tant d'autres encore. Elle aurait pu rester ici à contempler cette merveille durant des heures. Elle en oublia même que leur visite était prohibée par l'écriteau à l'entrée.

Chat Noir l'avait emmenée à la roseraie.

Finalement, ce n'était pas si mal de voir toutes ces roses.


– J'en déduis que j'ai fait mouche, vu que tu me grondes même pas.

Complètement incapable de sortir la moindre parole, Ladybug n'eut aucun mal à deviner l'air fier qu'avait pris Chat Noir.

– J'ai cherché toute la journée un lieu où on pourrait être tranquille, et ça m'a semblé parfait. On entend toujours la musique, on n'est pas complètement dans le noir, et bonus on reste dans le thème du parfum avec toutes ces fleurs, déclara le jeune héros en commençant à marcher devant Ladybug. Par contre, je n'avais aucune idée de si tu aimais ce genre d'endroit, genre tout ce qui est rose, mignon, ce genre de chose... Mais bon, le risque a payé vu que tu es sans complètement voix.

Chat Noir souriait, mais il ne souriait pas comme d'habitude. Il semblait presque... timide ? Gêné ? Elle en déduit qu'il devait avoir peur de la faire fuir avec un endroit pareil, mais sa réaction montrait qu'elle était sous le charme, des étoiles brillaient dans ses yeux. Elle ignorait cependant que le cœur de Chat Noir, en voyant sa Lady ainsi charmée, s'était mis à brusquement accéléré.

Enfin, après ce qui semblait plusieurs minutes, Ladybug dit tout simplement avec son plus beau sourire :

– Je donne ma langue au chat.

Chat Noir ne peut s'empêcher de littéralement éclater de rire face aux paroles de sa partenaire.

– Alors, tu admets que mes jeux de mot sont pas mal.

– C'est moi qui aie dit celui-là, pas toi. Donc techniquement, ta remarque ne marche pas.

– Allons, je sais que tu voulais me rendre un petit hommage en disant ça.

– Hum, peut-être bien.

Ladybug entama quelques pas pour rejoindre son partenaire qui s'était placé au milieu d'un chemin bordé de buissons de roses rouges et blanches.

– Et pour ta gouverne, j'aime beaucoup tout ce qui est rose, mignon, ce genre de choses comme tu l'as si bien dit. (Elle continua sa marche sur le sentier, Chat Noir la suivant à ses côtés.)

– Parfait, maintenant je saurais vers quoi me diriger pour te trouver un cadeau d'anniversaire.

– Chaton, tu ne connais même pas ma date d'anniversaire.

– Pas encore... conclut-il tout sourire.

Par cette petite allusion, Ladybug comprit où Chat Noir voulait en venir avec cette soirée.

– Tu veux qu'on fasse connaissance, c'est ça...

– Je sais que le fait de garder nos identités secrètes est très important pour toi, ma Lady, et je le respecte totalement. Mais... on fait équipe depuis le début de l'année, et on ne sait pas grand chose l'un sur l'autre. Alors je pensais qu'on pourrait parler de plein de trucs ! Pas forcément en rapport avec nos vies privées, mais des choses du genre... c'est quoi ton dessert préféré ? Ton sport préféré ? Ton chanteur préféré ? Je ne trouve pas que ce genre de questions renseigne véritablement sur nos identités. Tu n'es pas d'accord ?

– C'est vrai que... la réponse peut être assez commune, dut-elle reconnaître. Ça ne permettrait pas de... savoir qui on est.

Chat Noir était prêt à tout pour en savoir plus sur elle. Bien sûr, il ne comptait pas lui poser de questions trop personnelles. Il espérait avoir une conversation normale avec elle. Juste une conversation simple et basique comme il en avait avec ses amis.

Même si Ladybug était un peu mal à l'aise face à cette idée, elle devait admettre que sa curiosité avait aussi été piquée au vif. Tout comme son équipier, elle était également très curieuse de qui pouvait bien se cacher sous ce masque, mais elle connaissait le prix à payer si ils venaient à connaître leurs identités. Ils seraient à la merci du Papillon, car si eux l'avaient découverts, leur ennemi ne tarderait pas à faire de même. Pour leur bien à tous les deux, ils ne devaient rien savoir. Mais Chat Noir avait raison. Rien ne les empêchait d'en apprendre plus sur leur personnalité, leurs goûts, leurs envies, leurs passions.

Eux-mêmes, tout simplement.

Ce petit instant de réflexion avait complètement sorti Ladybug de la réalité. Elle se rendit enfin compte que Chat Noir et elle marchaient au milieu des roses sans but précis.

– Tu veux qu'on s'installe où ? lui demanda-t-elle un peu confuse.

– La-bas, si tu veux, dit-il en désignant l'un des rares carrés d'herbe du lieu.

Elle acquiesça et ils partirent s'asseoir sur l'herbe. Entourés par des buissons entiers de fleurs, ils purent enfin profiter de leur doux parfum.

– Alors qu'est-ce que tu veux savoir, mon chaton ? questionna Ladybug avec un regard de malice, scrutant la réaction du garçon.

– Ah euh-et bien... Hum... Bon vu que je n'ai pas d'idée sous la papatte, je vais reprendre mes exemples. Donc dis-moi, quel est ton dessert préféré, ma Lady ?

Ladybug se plongea alors dans une intense réflexion. Elle, fille d'un boulanger-pâtissier... Comment ne pouvait-elle choisir qu'un seul dessert !

– Tu me donnes encore ta langue au chat, ma Lady ?

– Roh pardon, Chat ! Mais il y en a tellement, c'est trop dur de choisir ! s'exclama-t-elle désespérée.

Voyant que son partenaire la prenait pour une folle, elle se calma un peu avant de reprendre :

– Je suis beaucoup trop gourmande. J'aime tous les desserts possibles. Si je le pouvais, je ne mangerais que du sucré. Alors en choisir un seul... C'est trop difficile !

– Bon bah alors, je reformule. Si tu ne devais manger que un seul dessert pour le reste de ta vie, lequel ça serait ?

– Hum... La tarte au citron ? Oui, ça ! La tarte au citron meringuée ! J'aime tellement ça, dit-elle des étoiles plein les yeux.

– Je sais comment te récompenser pour notre prochaine victoire maintenant. Je reconnais que c'est un bon choix.

– Et toi, Chat, tu choisirais quoi ?

– Mon estomac me dit que rien ne vaut une bonne petite tarte aux fraises. Donc, tarte aux fraises pour moi, ma Lady, lui répondit-il assez suavement.

– Attention à tes manières, Chat. Sinon la tarte elle finira sur ta tête, plaisanta-t-elle.

– Non, tu n'oserais pas !

– Chiche ?

Devant l'expression plus que sérieuse de son équipière, Chat Noir déglutit et décida de rendre les armes. Puis il constata que Ladybug battait le rythme de la musique que l'on entendait au loin.

– Tu aimes cette chanson à ce que je vois, dit-il en désignant ses doigts qui battaient le tempo sur sa cuisse.

– Si j'aime ? Tu rigoles, j'adore ! En même temps, Jagged Stone est le meilleur !

– Tu aimes Jagged Stone ?! demanda-t-il surpris.

– Bah oui, pourquoi ça te surprend tant ?

– On n'en a pas vraiment discuté pourtant vu le nombre de fois où on l'a sauvé. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est le dieu du rock ! s'extasia Chat Noir en imitant l'accès du chanteur et en levant les bras vers le ciel.

– He, tu l'imites pas mal.

– Merci ma Lady, c'est l'un de mes nombreux talents.

Les deux héros passèrent le reste de la chanson à chanter, tout simplement. La chanson qu'ils entendaient au loin était suffisamment dynamique pour leur permettre d'improviser des petits mouvements sans bouger de leur place, les faisant éclater de rire par moment, ou les rendant plus complice par d'autres. Ladybug ne fut pas étonnée que Jagged Stone soit aussi le chanteur préféré de Chat Noir. Toute sa classe – si ce n'est tout le collège – adulait Jagged Stone. Ainsi, il n'était pas étonnant à ce qu'un garçon de son âge soit aussi un fan.

Ladybug et Chat Noir chantaient parfois juste, parfois faux (ce qui fut plus le cas), mais ils s'en fichaient complètement. Tout ce qui comptait, c'était que pendant ce petit intermède musical, ils s'amusaient véritablement, oubliant complètement leurs obligations.

La jeune héroïne reconnut pour elle-même qu'elle s'amusait beaucoup ce soir. De plus, même si elle comprenait le petit jeu de Chat Noir qui tentait de la séduire, elle le trouvait différent. Il était moins … lourd, plus naturel. Plus lui-même peut-être. Plus enclin a véritablement lui faire passer un bon moment.

Et Ladybug se rendit enfin compte à ce moment-là qu'elle avait totalement occulté Adrien de ses pensées. Lui qui occupait son esprit à 99,9999999999 % du temps, elle fut étonnée de cela. L'expression de son visage changea du tout au tout sans qu'elle ne puisse le contrôler, et malgré la distraction, Chat Noir le remarqua bien. Il n'eut aucun mal à comprendre le fond de la pensée de sa Lady. Ce visage était similaire au sien lorsqu'il pensait à elle.

– Tu penses au garçon que tu aimes, c'est ça, dit Chat Noir, l'air penaud en commençant à arracher quelques brins d'herbe de la pelouse.

– Hein ?

– Celui que tu aimes ! Tu m'as dit la dernière fois que tu ne pouvais pas être avec moi car tu aimais un autre garçon. C'est à lui que tu penses, je me trompe ?

– Oui, admit-elle dans la douleur. Mais pas de la manière que tu penses, continua-t-elle après quelques secondes.

Chat Noir planta son regard dans celui de Ladybug, espérant une réponse plus claire.

– Je pense à lui maintenant car...

Ladybug hésita dans sa tête. Devait-elle vraiment dire cela ? Et puis même qu'est-ce que cela voulait dire ! Cela pouvait avoir une certaine signification, comme son total opposé. Mais, au fond d'elle-même, elle sentit qu'elle devait lui dire.

– Car je viens de me rendre compte que je n'ai pas pensé à lui depuis qu'on est ensemble ce soir.

D'abord surpris, Chat Noir fut ensuite peiné. Le regard bleuté de sa Lady exprimait une profonde tristesse, et cela lui faisait mal.

– Tu es triste, ma Lady ?

– Quoi, triste ? Non, non, non. Juste... C'est compliqué, répondit-elle en vraiment savoir quoi dire.

– Ce garçon te fait du mal ?

– Pas du tout, il est même super gentil avec moi. Mais c'est comme qui dirait... à son sens unique. Pour lui, je ne suis qu'une bonne amie...

Ladybug réalisa alors qu'elle avait parlé trop vite et sans réfléchir.

Cette phrase, cette simple phrase, résumait non seulement sa situation envers Adrien, mais aussi et peut-être encore plus la situation de Chat Noir envers elle-même.

Et c'est très certainement à ce moment-là qu'elle comprit le mieux les sentiments de Chat Noir. Qu'elle le comprit véritablement.

Ladybug offrit un sourire tinté de tristesse à Chat Noir avant que le silence ne vienne s'installer entre eux. Une nouvelle chanson de Jagged Stone se faisait entendre au loin – une ballade qui plus est – et cela ne rendait l'ambiance que plus tendue. La jeune fille savait que c'était de sa faute, c'était à elle qui réparer.

– Merci de toujours être là pour moi, chaton. Vraiment, merci, insista-t-elle en voyant qu'il allait protester.

– De rien, c'est normal. On est partenaires, répondit-il assez sèchement.

– Tu es bien plus que ça, Chat Noir. Tu es... mon complice. Celui que je comprends qu'un seul regard, continua-t-elle plus enthousiaste afin de ramener la bonne humeur chez son partenaire.

Prenant conscience de qu'elle venait de dire, Ladybug détourna un peu le regard et se sentit rougir. Heureusement que la lumière n'était pas envahissante, ou Chat Noir aurait une vue parfaite sur ses joues si rouge que l'on pourrait les confondre avec son costume.

Puis la jeune fille entendit Chat Noir se lever. Quand elle le regarda enfin, elle constata qu'il était parti en courant à l'autre bout de la roseraie. Intriguée et complètement perdue, elle le suivit sans se poser de question. Quand elle arriva à mi-chemin, au niveau d'une arche métallique recouverte de roses, elle vit au loin que son coéquipier faisait marche arrière et revenait vers elle en courant. Il souffla longuement lorsqu'il revint près d'elle, comme si il avait couru un marathon.

– Pour égayer cette ambiance toute triste, j'ai quelque chose pour toi, ma Lady, dit-il maître de lui-même tout sourire.

Sans qu'elle ne puisse dire le moindre mot, Chat Noir se saisit de la main de Ladybug et y déposa une petite boîte en velours. La jeune héroïne lança un regard remplis de questions.

– Bah quoi, j'ai bien le droit de te faire des cadeaux.

– Quand as-tu trouvé ça ? lui demanda-t-elle sitôt qu'il avait fini sa phrase.

– Euh... Avant que tu arrives tout à l'heure. Et je l'ai caché ici en attendant. J'ai pensé que ça te ferait plaisir.

Relevant qu'il avait buté au début de sa réponse, elle prit tout son temps pour ouvrir la boite. Elle prenait son temps car ça l'amusait de voir à quel point Chat Noir était excité qu'elle découvre son cadeau. Rien que ce petit geste la touchait profondément, alors même qu'elle ignorait le contenu de la boite. Concentrée sur son geste, elle n'avait pas remarqué que Chat Noir s'était discrètement rapproché d'elle.

Puis, elle en sortit une petite fiole de parfum.

Une petite fiole en verre, semblable à celles qu'on avait remis à sa classe lors de l'atelier de parfumerie ou à celles qu'elle avait vu dans différentes boutiques.

Chat lui avait acheté une petite fiole de parfum.

– Chaton, c'est... C'est absolument adorable. Merci, le remercia-t-elle sincèrement en serrant très fort le flacon.

– Je me disais qu'il fallait en profiter tant que nous passions par ici.

– C'est quel parfum ?

– Haha, devine ma Lady ! Je l'ai... choisi spécialement pour toi. Mais ne t'en fait pas, si tu ne trouves pas, je te dirai ce qu'il y avait écrit sur l'étiquette.

Relevant le défi, Ladybug ôta délicatement le capuchon de la fiole et versa une goutte du liquide sur son poignet. Malgré le fait qu'elle porte son costume, l'odeur devrait être présente. Elle porta ensuite sa main à son visage et sentit.

Une odeur sucrée l'envahit, et elle écarquilla les yeux.

Ce parfum, c'était elle, elle le sentait.

– Je sens, commença-t-elle à dire en se concentrant sur les arômes. C'est difficile, je sens plein de choses. Mais ça sent tellement bon. Tu as très bien choisi, Chat.

– Ça veut dire que, finalement, je te connais bien on dirait, releva-t-il.

– Pour moi, ça sent... les fruits rouges. C'est ça ?

– Gagné, ma Lady ! Mure, framboise, fraise, groseille pour la vivacité, et un soupçon de vanille pour la douceur... C'est ce qu'indiquait l'étiquette.

– Et bien... il est parfait. Merci, encore, Chat. Ton geste me touche beaucoup.

Après avoir relevé la tête suite à sa contemplation de la fiole, Ladybug sembla enfin se rendre compte de la proximité entre elle et Chat Noir. Cela ne devrait plus la gêner depuis le temps, vu toutes les aventures qu'ils avaient vécu, et toutes les fois où ils s'étaient retrouvés collés l'un à l'autre durant un combat. Elle l'avait même embrassé pour le sauver, c'était pour dire à quel point le cap de la proximité physique avait été franchi entre eux !

Pour autant, et comme tout le reste de la soirée, cette fois-ci, tout était différent.

Leur entente.

L'ambiance.

Le lieu.

Le contexte.

Lui.

Elle ?

Ladybug cligna plusieurs des yeux, interloquée de constater que Chat Noir semblait pour une fois aussi perdu qu'elle. Elle sentit son cœur battre à une vitesse extrême sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Elle ne sentait plus rien autour d'elle. Elle était comme hypnotisée par le regard de Chat Noir qui la transperçait. Elle n'avait plus envie de réfléchir, de penser, de se prendre la tête. Elle voulait lâcher prise, suivre son instinct, suivre son cœur.

Elle voulait l'embrasser.

Chat Noir sembla sur la même longueur d'onde. Elle le vit déglutir (« Peut-être est-il nerveux ? » se dit-elle à cet instant) avant de constater qu'il se rapprochait d'elle. Doucement.

Encore une fois, tout était différent. Les autres occasions où Chat Noir avait tenté de lui voler un baiser, c'était toujours sous ses airs de charmeur incorrigible et en pleine bataille ! Elle lui avait toujours répondu que « ce n'était pas le moment. »

Ce soir, il s'était comporté en prince avec elle. Et c'était le moment. Son cœur n'attendait que ça : qu'il l'embrasse, elle. A cet instant, elle ne voulait rien d'autre.

Mais alors qu'elle commençait à sentir le souffle chaud de Chat Noir passer sur ses lèvres, un bruit sourd les interrompit.

Ladybug et Chat Noir s'écartèrent aussitôt l'un de l'autre, se bouchant les oreilles à l'entente du son.

Le son d'une cloche.

Le bruit ne s'est fait entendre qu'une seule fois, mais il n'avait pas été prévu par les deux adolescents.

Un son de cloche d'église. Un son représentant une heure.

Un son. Une heure du matin.

Quand ils réalisèrent que le bruit ne referait pas son apparition, Ladybug et Chat Noir se fixèrent plusieurs secondes dans le blanc des yeux, visiblement en train de redescendre sur terre et de prendre conscience de qui avait failli arriver.

Totalement perdu pour l'un. Totalement paniquée pour l'autre.

– Euh... Il-il... Il est... Il-il, bafouilla Ladybug, ses airs de Marinette semblant reprendre le dessus.

– Il est tard ? compléta Chat Noir.

– Oui ! Et il-il faut qu'on... qu'on rentre ! Toi sur la Côte, et c'est loin ! Et-et-et moi-

– Toi au village ?

Ladybug se retourna afin que Chat Noir ne la voie plus et prit une grande inspiration. Puis une deuxième. Et ainsi de suite. Au bout de la septième, elle se sentit enfin redevenir maîtresse d'elle-même (ou à peu près en tout cas). Elle put à nouveau faire face à son coéquipier qui n'avait pas bougé.

– Je vais y aller la première. Donc, ça sera bien si tu pouvais partir dans genre... vingt minutes. Le temps que je ne sois plus visible pour toi.

– Ça me semble... bien, eut-il du mal à dire.

La frustration était décidément très dure à gérer pour l'un comme pour l'autre. Intérieurement, tous deux maudissaient la cloche de la cathédrale qui avait indiqué l'heure !

– Aller, Chat, ne t'en fais pas. On se revoit très vite à Paris... Et encore merci pour cette soirée. Ça m'a... ça nous a fait beaucoup de bien, insista-t-elle.

Elle savait pertinemment que ces au revoir seraient particulièrement amers. Il fallait faire au plus vite, ou tous les deux resteraient éternellement ici.

Alors que Ladybug commençait à reculer, Chat Noir l'interrompit.

– Attends ! Juste deux petites secondes.

Il courut à dix mètres à peine, se pencha sur l'un des nombreux buissons de roses.

Et cueillit une fleur rose clair.

Chat Noir s'empressa ensuite de revenir vers sa Lady.

Rosa Centifolia, dit-il en la lui tendant avec un triste sourire, et Ladybug s'en saisit visiblement émue. Essaye de faire en sorte qu'elle ne fane pas cette fois.

– Je vais tout faire pour.

Ladybug sentait que le moment était venu de partir. Alors, avant qu'elle ne parte à l'opposé, elle se hissa sur la pointe des pieds et embrassa la joue de Chat Noir, avec douceur et légèreté, telle une plume qui aurait caressé sa peau. Interloqué, la dernière chose que Chat Noir vit de sa Lady avant qu'elle ne parte fut un clin d'œil malicieux qu'elle lui adressa. Il resta de longs instants immobile, à fixer du mieux qu'il pouvait la silhouette rouge qui se balançait dans la ville. Puis, quand elle disparut de son champ de vision, il attendit le temps nécessaire pour partir à son tour. Quand il se décida enfin à lever le camp, les lumières de Grasse s'éteignirent.


– Tiens, Marinette. J'ai trouvé plusieurs sacs en papier au petit-déjeuner. On ne sait jamais, je pense qu'ils seront utiles.

– Alya, je n'ai pas été malade à l'aller. Et je n'ai même pas vomi ! protesta Marinette.

– On ne sait jamais ! Discute pas !

Marinette fut contrainte et forcée par Alya à mettre ses fichus sacs en papier dans son sac-à-dos de voyage juste avant qu'elles ne quittent leur chambre avec leurs affaires.

Son amie pensait à tout. Le retour en car devrait autant réussir à Marinette que l'aller. Soit très très peu.

Pourtant, quand elle montait dans le car, Marinette ne se sentit aucunement stressée à cause du voyage. Elle était si fatiguée qu'elle pensait même dormir une bonne partie du voyage.

Elle avait de quoi. Dès qu'elle était revenue à l'auberge après sa soirée avec Chat Noir, elle n'avait tout simplement pas fermé l'œil de la nuit. Enfermée dans les toilettes pendant près d'une heure, elle avait raconté à Tikki la soirée dans ses moindres détails. Tous les détails. Marinette s'était attendue à toutes les réactions possibles de son kwami face à son récit, mais certainement pas à ce qu'elle éclate de rire. A croire que cela l'amusait de voir la jeune fille aussi perdue.

C'était le mot qui résumait le plus l'état d'esprit de Marinette. Perdue. Elle se croyait complètement folle. Elle voulut se convaincre qu'elle n'avait jamais voulu embrasser Chat Noir, et qu'elle avait mal réagi sur le coup. Mais elle avait du admettre au bout d'un temps que ces mensonges n'étaient qu'une façade.

Elle l'avait voulu. Elle avait voulu embrasser Chat Noir. Elle avait voulu embrasser un autre garçon qu'Adrien.

Toutefois, quand le garçon blond était venu la saluer au petit-déjeuner ce matin, alors qu'elle avait une tête de déterrée en raison de sa nuit blanche, elle s'était retrouvée dans le même état que d'habitude avec lui : toute retournée et ne sachant pas aligner trois mots dans la même phrase.

Marinette était tellement fatiguée qu'elle n'avait pas remarqué les cernes qui marquaient le visage d'Adrien...

La jeune fille s'installa côté fenêtre dans le car, et Alya la rejoint juste après en se plaçant à ses côtés. Peu après eux avaient suivi Nino et Adrien. Ce dernier s'était assis sur le siège devant les filles et avait supplié Nino de le cacher de façon à ce que Chloé ne le trouve pas.

– Tu ne veux pas retenter le voyage à côté de Chloé ? l'avait taquiné Alya.

– J'ai subi un enfer à l'aller. Il est hors de question que ça recommence. Et puis j'ai trop besoin de dormir, et ce n'est pas avec elle que je réussirai.

Marinette, qui n'était pas encore intervenue, sembla subitement intéressée par le sujet. Nino attendit que Chloé passe dans les rangs du car avant de s'asseoir à côté d'Adrien.

– Voyons, mec, pourquoi t'as pas dormi ?

– Mais c'est toi, Nino, ria le blond. Tu parlais hyper fort dans ton sommeil, continua-t-il en passant une main sur son visage.

– Ah bah désolé, Adrien, c'est la première fois qu'on me le dit.

– C'était peut-être exceptionnel. Mais pardon je vais dormir maintenant si ça vous dérange pas. Je suis complètement K.O.

Ses amis ne protestèrent pas et Adrien enroula un pull qu'il plaça sur la baie vitrée, se fabriquant ainsi un oreiller de fortune. Il s'endormit dès que le car commença à rouler.

Et Marinette ne put s'empêcher de le trouver mignon quand il dormait. Elle le contempla du mieux qu'elle put comme si il était la plus belle personne sur Terre, son cœur ratant plusieurs battements. Elle était définitivement follement amoureuse d'Adrien Agreste. Et quoi qu'il ait pu se passer avec Chat Noir la veille, cela n'avait été qu'un moment de faiblesse. Un moment d'égarement...

Mais au fond d'elle-même, Marinette sentait que Chat Noir avait lui aussi une place dans son cœur, mais elle n'arrivait pas à la définir. Pour elle, il était impossible d'aimer deux personnes en même temps, alors bien qu'elle soit sure d'être amoureuse d'Adrien, elle n'arrivait pas à pointer du doigt sa relation avec son coéquipier, de quelle nature elle pouvait être...

C'en était trop pour sa petite tête. Elle aussi elle avait besoin de sommeil. Toutefois, juste avant, elle vérifia que, dans son sac, la rose était intacte, et la fiole cachée dans une petite poche.

Tout était en ordre, à sa place.

Tout, excepté son cœur.

Marinette ne put réfléchir plus longtemps qu'elle tomba de fatigue sur l'épaule d'Alya. Cette dernière, bien que surprise, décida de ne pas la déranger et de la laisser dormir. Elle avait interrogé son amie le matin face à son extrême état de fatigue et elle lui avait avoué qu'elle avait fait un insomnie.

L'esprit bien que tourmenté de Marinette ne souffrit d'aucune interrogation durant ce sommeil réparateur.

Tout le contraire d'un autre esprit, à un siège devant elle, qui, lui, baignait dans une immense joie. Car il avait pu offrir en avance, avant même son retour à Paris, le parfum qu'il avait fabriqué lors de l'atelier de création spécialement pour l'élue de son cœur.


Et voilà, c'est la fin! Et je sens d'ici votre immense frustration à vous aussi XD Ah mais que voulez-vous, je suis une sadique!


Sachez que ceci était la fin initiale, mais suite à vos messages de "c'est cruel, on veut une suite"... et j'ai décidé de vous la faire XD Un ultime chapitre pour vous guérir de cette frustration :)