Hello tout le monde ! Voici donc le chapitre final de cette histoire (la vraie fin!). J'ai craqué face à votre frustration, et souhaitant être gentille, je vous ai écrit cette suite (très longue, préparez-vous psychologiquement XD).
On s'éloigne un peu du thème du Voyage car nous sommes après le voyage scolaire... mais bon c'est vous qui vouliez cette suite, alors je m'y suis mise pour vous XD

J'espère que ça va vous plaire.

Bonne lecture!


Chapitre Final


– Vieux, vraiment ! Ton pater il peut pas faire un effort ? Un tout tout petit ?

– Désolé. Déjà qu'il n'était pas favorable à l'idée de me laisser partir en voyage, alors je me dis que la moindre des choses à faire, c'est de me faire tout petit quelques temps.

– Dommage, ça aurait été une super soirée... On fera ça pendant les grandes vacances ! Là il ne pourra rien te dire !

– J'espère... Bon, je dois y aller. A demain, Nino.

Adrien salua son ami avant de se diriger vers son garde corps qui l'attendait devant la voiture. Il monta dedans, l'air dépité, juste avant que la voiture ne démarre. Il se sentait mal à l'idée de décliner l'offre de Nino, à savoir passer la soirée chez lui à jouer aux jeux vidéos.

Mais comme il l'avait dit lui-même, son père ne serait clairement pas favorable à cette idée. Le jeune garçon avait déjà dû se démener pour le convaincre de le laisser partir à Grasse quelques jours, et sans le soutien de Nathalie, il n'aurait clairement pas réussi tout seul. Ainsi, maintenant qu'il était revenu depuis dix jours, Adrien essayait de se faire tout petit. Il acceptait sans rechigner toutes les séances photo de dernière minute, les cours supplémentaires, et même de réellement travailler son piano sans laisser son téléphone imiter le son de l'instrument. Il pensait qu'en se montrant le plus parfait possible, son père accepterait de le laisser sortir plus souvent à la fin des cours et pendant les vacances d'été.

Qu'il puisse sortir à la vue de tout le monde en tant que Adrien Agreste, et pas seulement en cachette en tant que Chat Noir.

Mais même s'il ne pouvait pas encore sortir et profiter d'une totale liberté, Adrien chérissait les souvenirs de ce voyage à Grasse. Enfin, il avait pu partir loin de Paris et de sa lourde ambiance pour passer quatre jours loin de sa maison, et loin de son père, en pleine campagne. Quatre jours où il avait pu goûter à un semblant de liberté. Et bien que le voyage aller ait été extrêmement lent à cause des jérémiades de Chloé qui avait réquisitionné la place à côté de lui, le reste du séjour n'en avait été que plus intéressant, plus amusant, plus joyeux. Il avait pu découvrir une nouvelle région avec ses couleurs, ses arômes, – sa chaleur –, son patrimoine. Ce séjour à Grasse avait été des plus instructifs mais aussi un pur bonheur de partager du bon temps avec ses amis.

Et la cerise sur le gâteau fut sa rencontre surprise avec Ladybug.

Clairement, si on n'avait dit à Adrien qu'il croiserait Ladybug alors qu'il serait en voyage scolaire, il aurait parié toute la réserve de camembert de Plagg que cela n'arriverait jamais. Et heureusement qu'il ne l'avait pas fait sinon son kwami lui en aurait voulu pour le restant de ses jours.

Lors de leur première rencontre dans les rues de Grasse, il lui avait menti en disant se trouver sur la Côte d'Azur. Ce mensonge lui était venu tout seul à l'esprit ; il ignorait pourquoi il ne lui avait pas dit la vérité qui était toute basique pourtant. Mais le résultat, mensonge ou pas, aurait été le même. Car Adrien Agreste, en tant que Chat Noir, ne savait pas encore si la soirée qu'il avait organisé et passé avec Ladybug était l'un des plus beaux instants de toute sa vie, ou l'un des plus décevants.

Beau car il sentait qu'il s'était rapproché d'elle en étant lui-même. Certes, lorsqu'il était Chat Noir, le jeune garçon se lâchait plus, dévoilant une autre facette de sa personnalité qu'il cachait en public. Mais lors de cette soirée, il semble que les personnalités de Chat Noir et d'Adrien aient parfaitement cohabité. Il taquinait toujours sa Lady, mais lui-même s'était trouvé moins entreprenant avec elle. Du moins, il était clair qu'il ne l'avait pas agacé sinon elle serait très vite partie ! Il l'avait écouté, avait essayé de la rassurer, s'était même montré romantique avec elle. Il avait même réussi à lui offrir le parfum qu'il avait confectionné la veille, spécialement pour elle, alors qu'il pensait ne pouvoir le lui remettre qu'à son retour à Paris.

Et décevant car la frustration qu'il ressentait depuis dix jours étaient en train de le dévorer de l'intérieur.

Adrien avait senti que quelque chose se passait entre lui et Ladybug. Même si elle lui avait avoué être amoureuse d'un autre garçon – une histoire compliquée, selon elle – il n'avait pu s'empêcher de se dire que la jeune héroïne commençait peut-être à développer des sentiments pour lui.

Sinon, pourquoi l'aurait-elle laissé l'embrasser ?

Certes, au grand dam du garçon, ce baiser n'eut pas lieu. Mais il était certain que si la cloche de l'église n'avait pas sonné, alors Ladybug l'aurait laissé faire. Il avait pu le voir dans ses yeux...

Mais après la joie mêlée à la frustration, les jours suivant son retour à Paris, Adrien s'en était voulu d'avoir agi ainsi avec elle. Après tout, peut-être se faisait-il des idées sur les intentions de sa partenaire. Elle devait être déstabilisée de parler de sa vie sentimentale à Chat Noir, et elle a dû l'être encore plus une fois qu'il lui avait offert la fiole de parfum. Il l'avait peut-être prise de cours avec ce cadeau. Peut-être que son esprit n'était pas clair, ses pensées complètement perdues.

Il allait profiter de son état de faiblesse pour l'embrasser. Adrien ignorait si cette hypothèse était vraie, mais si c'était le cas, alors il s'en voudrait terriblement. Il ne voulait pas que Ladybug tombe amoureuse de lui de cette façon. Elle devait l'aimer pour lui et en étant saine d'esprit. Ce qui clairement n'avait pas été le cas lors de cette soirée.

Le mal-être d'Adrien n'avait fait qu'augmenter de jour en jour car, depuis qu'il était revenu sur Paris, il n'avait aucune nouvelle de Ladybug. Certes, aucun super-vilain n'avait été envoyé par le Papillon (décidément, il prenait des vacances à rallonge lui aussi) les empêchant ainsi de se revoir. Mais il avait besoin de lui parler. Il avait besoin de savoir. Besoin de comprendre.

Besoin d'être sûr qu'il ne s'était pas fait de film dans sa tête. Qu'il n'avait pas rêvé.

Adrien ne se rendit compte qu'il était arrivé chez lui que lorsque le Gorille grogna d'impatience pour qu'il descende. Quand il entra dans l'immense demeure, Nathalie l'accueillit avec sa tablette à la main.

– Adrien, la séance photo prévue pour aujourd'hui a été annulée – apparemment le photographe aurait eu des soucis techniques. Elle est donc reportée à demain même heure. Et dans ta chambre, tu trouveras de nouveaux vêtements à essayer. Dis-moi avant ce soir si ils sont à la bonne taille pour qu'on puisse les réajuster à temps.

– D'accord, je le ferai, répondit Adrien sans grande conviction tout en montant les escaliers.

Il s'empressa ensuite d'aller dans sa chambre, jeta son sac de cours dans un coin avant de tomber sur son lit et de soupirer dans l'oreiller.

– Ha, enfin tu adoptes une bonne attitude, s'exclama Plagg qui était sorti de sa cachette. Ne rien faire en rentrant des cours ! Finalement, j'ai peut-être de l'influence sur toi.

Plagg dut éviter de justesse l'oreiller que lui avait envoyé Adrien. Le jeune garçon demeura toujours silencieux.

– Oh, j'ai dit quelque chose de mal ? demanda Plagg sans une once de compassion. Allons, gamin, faut te reprendre ! Tu ne peux pas passer toute ta vie à broyer du noir.

– Crois-moi, j'en suis bien capable, lui lança le garçon avant de retourner son visage vers le lit.

– Mais depuis que tu es revenu de je ne sais où, tu es tout patraque ! Souris à la vie. Mange un morceau de camembert, ça te remontera le moral.

– Je ne suis pas assez désespéré pour faire un truc pareil.

– On dirait pourtant que si, pointa le kwami en allant cherchant un morceau de fromage dans un des placards que Adrien avait réservé pour.

– Plagg, s'il te plaît, je... Laisse-moi juste tranquille. Cinq minutes. Juste cinq minutes.

Le kwami noir semblait enfin décidé à ne plus taquiner le garçon. Il prit un morceau de fromage et revient très vite au côté d'Adrien, s'asseyant sur le lit.

– Tu n'arriveras à rien si tu te morfonds comme ça, le sermonna-t-il d'un ton sérieux que Adrien ne lui connaissait pas. Tu es complètement obsédé par Ladybug que tu ne vois même pas ce qui se passe autour de toi.

– Qu'est-ce que tu racontes, Plagg ? Rien n'a changé !

– Tu es bien aveugle mon pauvre, poursuivit Plagg en avalant une bouchée. Tu n'as même pas remarqué que tes amis se font du souci pour toi. Moi qui suis caché en permanence, je remarque bien que tu n'entends que une phrase sur deux quand ils te parlent. Ils se doutent que quelque chose ne va chez toi. Bon d'accord je ne compte que Nino et Alya. Marinette m'a l'air aussi dans la lune que toi ; elle n'a pas du tout remarqué ce changement chez toi. Enfin bref, tu penses agir normalement, mais tu te trompes. Alors reprends-toi, gamin !

Plagg conclut son petit discours en avalant tout cru le reste de camembert qu'il avait pris. Adrien se redressa et s'assit sur son lit en se grattant la tête. La révélation que venait de lui faire son kwami à propos de son comportement l'étonnait beaucoup. Il pensait avoir agi normalement comme à son habitude, assurant la parfaite transition entre lui et Chat Noir. Mais il fallait se rendre à l'évidence : quand son cœur était en jeu, Adrien était incapable de dissocier parfaitement ces deux personnalités. Ses questionnements sur sa vie amoureuse/héroïque avaient des répercussions directes sur sa vie privée. Et si Alya et Nino venaient à suspecter quelque chose, il devait se reprendre au plus vite.

Puis il pensa à ce que lui avait révélé Plagg au sujet de Marinette ; elle aussi semblerait complètement ailleurs. Adrien se demanda bien ce qui pouvait tracasser son amie pour que même Plagg ait relevé un changement dans son attitude. Au quotidien, Marinette a toujours été fraîche, pétillante, faisant rire le garçon à tout va avec ses bourdes. Et maintenant qu'Adrien s'y attardait, il se rendit compte que Marinette ne devait pas être dans son assiette elle non plus depuis un moment. Tout simplement car sa bonne humeur ne s'invitait plus lors de leurs échanges. La jeune fille aurait pu paraître éteinte... et Adrien avait loupé ça. Focalisé sur ses problèmes de cœur, il ne pouvait venir en aide à son amie – bien qu'il pensait Alya plus qualifiée pour ce rôle.

– Je vais allumer la télévision. Ça me changera peut-être les idées, dit le garçon en se levant et se dirigeant vers le canapé.

Mais avant même qu'il n'ait pu atteindre la télécommande, Adrien fut surpris par le bruit... d'une explosion ? D'une chute ? En tout cas, le genre de bruit à détruire les oreilles. Il courut à sa fenêtre et regarda au loin.

Ce qu'il vit le terrifia et cela annonçait bel et bien la fin des vacances pour le Papillon.

Devant les yeux d'Adrien se dressait au loin, tout proche de la pyramide du Louvre à ce qu'il pouvait en juger, un monstre multicolore qui devait être un parfait mélange entre Gozilla, Terminator et un T-Rex.

– D'accord, celui-là, il va être chaud, déclara Adrien, déterminé, avant de se tourner vers Plagg et de lui ordonner de le transformer.

Ce dernier ne put protester plus d'une seconde, puisqu'il fut aspiré dans la bague du jeune garçon. Et celui-ci, une fois devenu Chat Noir, s'enfuit par la fenêtre de sa chambre.


Chat Noir se lança dans une course folle sur les toits de Paris en se servant de son bâton télescopique pour gagner plusieurs mètres. Il entendait au loin les cris des parisiens terrorisés, alors que lui n'avait qu'une chose en tête : se retrouver en face de ce monstre pour n'en faire qu'une bouchée ! Mais il devait reconnaître que celui-ci était étrange. Mesurant plusieurs mètres de haut, rivalisant avec le sommet des immeubles, l'arc-en-ciel de couleurs qui le composait témoignait d'un très mauvais goût de la part du Papillon.

Quand Chat Noir arriva au Palais du Louvre, il resta sur le toit quelques instants afin d'analyser la situation. Le monstre se dirigeait vers les jardins et lançait des boules colorées depuis ses poings. « De plus en plus bizarre » se dit-il. Mais le cheminement de ses pensées fut brusquement interrompu lorsqu'il aperçut Ladybug en contre-bas, cachée derrière une statue, et qui lançait de temps à temps son yo-yo, essayant de ralentir la créature.

Le jeune héros n'attendit pas un instant de plus. Il courut le long du toit du palais, puis se servit de son bâton pour atterrir auprès de sa coéquipière.

– Salut, ma Lady. Alors on fait du coloriage sans moi ?

A son grand étonnement, Ladybug poussa un cri de surprise. Elle n'avait visiblement pas repéré la présence de son partenaire. Et l'expression qu'elle affichait laissa Chat Noir complètement paralysé ; elle paraissait très en colère... contre lui ?

– Ne me refais jamais peur comme ça ! le gronda-t-elle.

– Ne sors pas les griffes, voyons, j'ai pas fait exprès.

– Viens m'aider au lieu de parler, lança-t-elle sèchement avant de lancer son yo-yo vers une statue au loin et de s'éloigner.

Il fallut quelques secondes à Chat Noir pour prendre conscience de la nature de ce bref échange. Comment sa Lady pouvait-elle être aussi énervée contre lui juste parce qu'il l'avait surprise... Cela n'avait rien à voir avec la soirée qu'ils avaient passé à Grasse, ni même à leurs précédents échanges lors d'anciens combats.

Chat Noir laissa cette idée dans un coin de sa tête. La priorité du moment était d'arrêter le monstre. Il rejoint Ladybug sans tarder.

– Okey, alors on l'arrête comment notre super-vilain ?

– J'ai essayé plusieurs techniques comme le faire tomber en tendant un fil, mais rien ne fonctionne. Il passe à travers.

– Tu sais de quoi il fait ?

– De peinture.

Les yeux de Chat Noir s'écarquillèrent tout d'un coup à l'entente de cette réponse.

– Tu peux répéter, mes oreilles ont dû mal entendre ?

Le regard noir que lui adressa Ladybug lui glaça tellement le sang qu'il avait l'impression de devenir tout petit.

– Ce n'est pas lui l'akumatisé, reprit Ladybug après quelques secondes et sur un ton toujours aussi nonchalant. L'akumatisé se trouve au pied de la pyramide, là-bas. Tout ce qu'il peint devient vivant et lui obéis.

– Donc... il a lui-même peint cette chose ?

Ladybug hocha la tête en signe d'approbation.

– Et bien, il a franchement mauvais goût pour un artiste. Y'a vraiment beaucoup trop de couleurs, et puis-

Chat Noir ne put même pas terminer sa phrase que Ladybug était déjà repartie à l'assaut du monstre. Et cette absence de considération lui brisa le cœur. Comment Ladybug avait-elle pu changer du tout au tout en si peu de temps. Était-ce de sa faute à lui ? Peut-être qu'elle ne digérait pas l'épisode de Grasse, mais elle n'osait pas lui dire en face qu'elle lui en voulait... Alors elle décidait de l'ignorer ? Chat Noir voulut se convaincre que c'était autre chose, mais au fond de lui, il sentit qu'il était en partie responsable de l'attitude froide de sa partenaire.

Alors que Ladybug tentait d'arrêter le monstre, Chat Noir décida d'aller s'en prendre à ce mystérieux peintre. Et il dut constater que cet homme était bien moins impressionnant que la bête qu'il avait créé. Il avait peint toute une armée pour le protéger, mais Chat Noir n'eut aucun mal à les réduire à l'état de peinture en passant son bâton à travers leur corps. Il prit le temps d'envoyer un message à Ladybug en lui disant que l'akuma devait être dans son pinceau ou sa palette et qu'il s'occupait de les détruire.

L'homme face à lui était vraiment faible. Le monstre qu'il avait créé n'était qu'une diversion. Il se cachait derrière sa création tel un lâche, alors qu'il était complètement incapable de se défendre. Chat Noir n'eut aucun mal à le bloquer contre un mur et à l'assommer d'un coup de poing bien placé. Il était décidément bien faible, bien loin de leurs ennemis habituels, Chat Noir n'ayant même pas eu besoin d'avoir recours à son cataclysme (le Papillon se relâchait-il dans le choix de ses super-vilains ?). Le héros masqué prit entre ses mains le pinceau et la palette. Le monstre était toujours debout mais semblait en mauvaise posture. Au loin, il vit Ladybug se balancer vers lui. Elle arriva assez rapidement, restant muette quand elle se retrouva face à Chat Noir, et lui prit les objets de force.

Chat Noir voulut protester, mais il s'en sentait incapable.

Ladybug détruisit les deux objets et l'akuma se libéra du pinceau. Elle s'empressa de le purifier avant de le relâcher et d'utiliser son pouvoir pour que tout redevienne comme avant.

L'ancien peintre redevint lui-même et demanda ce qu'il faisait ici.

Espérant que sa Lady accepterait de faire la paix avec lui, Chat Noir tendait sa main avec elle, histoire qu'ils célèbrent leur victoire comme à leur habitude. Les yeux de Ladybug allèrent de sa main gantée à son visage à plusieurs reprises, et l'expression sur son visage changea brusquement. Pour Chat Noir, elle sembla subitement triste et paniquée, et non plus glaciale. Il entendit sa respiration s'accélérer subitement, confirmant son état d'anxiété, puis la jeune fille se détourna simplement et s'envola dans les airs.

Chat Noir ne mit pas longtemps à réagir. Il s'aida de son bâton pour grimper sur le toit du Louvre où s'était réfugié Ladybug. Il ne comptait pas la laisser partir.

– Bon, ma Lady, je sens que toi et moi, il faut qu'on parle.

– Je n'en ai pas très envie, Chat Noir, lui répondit-elle d'une voix toute tremblante.

– Et moi je pense que c'est urgent. Tu as vu comment tu m'as parlé tout à l'heure ! Si j'ai fait un truc qui te déplaît, tu dois me le dire. C'est important pour qu'on puisse bien travailler ensemble.

Un bruit émanant des boucles d'oreille de Ladybug se fit entendre. Chat Noir en déduisit qu'elle avait du utiliser son lucky charm lors de son combat contre le monstre.

– Il faut que j'y aille, déclara Ladybug d'une petite voix alors qu'elle commençait à se préparer à partir.

– Non, s'il te plaît, j'ai besoin de savoir ! lança Chat Noir en la retenant par le bras.

Maintenant qu'il se retrouva au plus près d'elle, Chat Noir put distinctement lire la panique qui avait pris place dans le regard de sa coéquipière. Ses pupilles bleues se cessaient de bouger, signe qu'elle était anxieuse au plus au point. Ses lèvres tremblaient aussi. Chat Noir se sentait mal de la voir ainsi, mais sa curiosité se fit plus forte. Il avait trop attendu. Il devait savoir.

– C'est à cause de ce qu'il s'est passé à Grasse ? Tu trouves que j'ai mal agi avec toi ? Ladybug, tout ça est en train de me tuer à petit feu. Je n'arrête pas d'y penser. J'ai peur de m'être mal comporté avec toi. J'en ai trop fait en te faisant un cadeau ? Il faut que tu me parles ! J'ai besoin de savoir si tout va bi-

– Je suis complètement perdue, Chat Noir ! l'interrompit-elle en hurlant.

Surpris face à cette déclaration, il relâcha sa partenaire. Il pouvait voir son corps trembler de tous ses membres. Il s'en voulut de l'avoir mise dans un tel état.

– Je n'ai rien contre toi, rien du tout, déclara Ladybug presque en sanglotant. C'est moi le problème. Je suis complètement perdue. Certes, c'est en partie de ta faute, mais je n'arrive pas à savoir ce que je veux. Enfin si, mais … Je sais que je suis amoureuse de ce garçon. Je l'aime de tout mon cœur et de toute mon âme... Mais il y a toi à côté ! Je ne sais pas comment interpréter ce qu'il s'est passé la dernière fois. Et ça me ronge depuis ! Je ne sais plus comment je dois te considérer. Je ne sais plus rien ! hurla-t-elle pour finir.

Chat Noir aperçut comme des larmes se former au coin des yeux de Ladybug. Elle était à bout de nerf, elle craquait. Et c'était de sa faute. Il avait foutu un gros bordel dans le cœur de la jeune fille. Lui, il voulait juste qu'elle tombe amoureuse de lui... Il se rendit compte qu'il n'avait pas pensé au prix à payer pour elle. Ce que lui clamait Ladybug ressemblait à l'acception d'un début de sentiments pour lui, mais comme elle l'avait si bien déclaré, elle était amoureuse d'un autre. Et il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'elle soit complètement perdue. Son cœur ne savait visiblement pas quelle direction prendre.

– Alors, s'il te plaît, Chat Noir, reprit Ladybug après avoir pris quelques secondes pour se calmer. Laisse-moi quelques temps encore pour... réfléchir à tout ça. Promis je te parlerai quand tout sera plus clair pour moi. Mais pour l'instant... j'ai encore besoin de temps. Donc si on a besoin de nous pour une affaire, je répondrai présente, je ferai ce qu'il faut... Mais en dehors de ça, il vaudrait mieux qu'on ne se parle plus trop. Tu comprends ?

Le jeune héros ne put que hocher la tête en signe d'approbation. Il n'avait pas vraiment le choix...

Un nouveau bruit émana des boucles d'oreilles.

– Il faut vraiment que j'y aille maintenant, dit Ladybug, un soupçon de tristesse tintant sa voix.

Elle se retourna vers le vide et lança son yo-yo vers un bâtiment au loin. Mais avant de sauter, elle se tourna une dernière fois vers son coéquipier.

– Et, Chat... Je suis désolée d'avoir été méchante tout à l'heure. Je prendrai sur moi la prochaine fois, conclut-elle avec un adorable sourire.

Chat Noir ne put s'empêcher de sourire lui aussi. Elle était si mignonne et si courageuse de prendre sur elle dans une situation pareille qu'il ne pouvait lui en vouloir. Il allait devoir apprendre à être patient.

– Ce n'est rien, ma Lady. Tu es toute pardonnée.

– Au fait, reprit Ladybug avant de sauter. La rose que tu m'as donné... Elle n'est toujours pas fanée.

Le visage de Chat Noir s'illumina tandis que Ladybug lui adressa un dernier sourire avant de partir. Il suivit sa silhouette du regard quelques instants avant qu'elle ne disparaisse complètement. Il rit nerveusement avant d'entamer lui-même le trajet jusque chez lui.


Le lendemain, Adrien n'avait pratiquement pas dormi de la nuit. Et c'est Plagg qui avait du le réveiller en quatrième vitesse alors qu'il venait d'enfin trouver le sommeil ! Les paroles de Ladybug raisonnaient en boucle dans sa tête. Elle le hantait complètement. Plagg marquait un point quand il lui disait qu'il était complètement obsédé par cette fille. Cette fois-ci, cela prenait une toute autre mesure. Maintenant qu'il était certain à 60 % que sa Lady commençait à développer des sentiments pour lui, il ne pouvait s'empêcher de se sentir comme un monstre de l'avoir torturé à ce point.

Indirectement.

Adrien avait fini par penser que, peut-être, auparavant, Ladybug avait des sentiments cachés pour lui mais qu'elle ne s'en rendait pas compte – ou ne l'acceptait pas. Or, on dirait que cette escapade à Grasse avait réveillé des questionnements chez la jeune fille, offrant une séance de torture infinie à son cœur.

Le jeune garçon était partagé. Il se réjouissait d'un côté, et se sentait monstrueux de l'autre. Même si Ladybug lui avait assuré le contraire, c'était de sa faute si elle était dans cet état. Il s'en voulait terriblement. Il n'a jamais eu l'intention de la faire souffrir. Mais cela se produisait devant lui. Il sentait que sa Lady perdait pied peu à peu.

Et il ne pouvait rien faire pour elle. Il devait se contenter d'attendre. Le jeune garçon avait toujours été d'un naturel patient. Mais aujourd'hui, cette part de lui ne semblait plus exister. Il aurait voulu accélérer le temps pour arriver quelques jours, quelques mois, quelques années plus tard... Il voulait arriver au jour où Ladybug lui ferait part de sa décision et de son ressenti.

Positif ou négatif.

Certes, Adrien souhaitait que la balance penche en sa faveur. Mais si Ladybug venait à le rejeter, alors il accepterait. Il voulait simplement qu'elle soit heureuse. Tant pis si elle devait trouver ce bonheur dans les bras d'un autre...

Adrien n'avait envie de rien faire. Il aurait tellement aimé rester dans son lit à ne rien faire. Cette journée de cours promettait de passer très lentement, d'autant qu'il avait cette fichue séance photo ce soir ! Après pris une douche qui ne lui permit pas de se détendre, le garçon descendit machinalement les escaliers jusqu'à la salle à manger. Comme d'habitude, il n'y avait que Nathalie qui le salua brièvement. Il ne toucha même pas à son assiette. Il n'avait pas faim. Nathalie pensa que c'était à cause de l'absence de son père, très loin de se douter de la réelle raison du chagrin du fils Agreste.

– Gamin, rappelle-toi ce que j'ai dit hier ! le réprimanda Plagg une fois qu'il était revenu dans sa chambre pour prendre ses affaires de cours. Tu dois agir normalement auprès de tout le monde. Et vu comment c'est parti ce matin, j'ai peur que ce soit pire.

– T'en fait pas, Plagg, je mettrais mon masque « Adrien est en super forme » quand on sera au collège. En attendant, je préfère ne pas jouer la comédie.

Plagg soupira un bon coup avant qu'il n'aille se cacher dans la chemise d'Adrien. Décidément, si même Plagg commençait à le sermonner, c'est que son problème était plus sérieux qu'il ne voulait l'accepter.

Après un trajet silencieux en limousine, Adrien arriva au collège avec un peu d'avance. Il retrouva Nino à l'entrée qu'il salua avec un grand sourire. Les deux amis commencèrent à parler en se racontant leur soirée de la veille. Cette fois-ci, Adrien ne voulait pas que ses amis s'inquiètent pour lui. Il devait leur faire croire que tout allait bien. Aujourd'hui et durant les jours suivant, il devait incarner Adrien Agreste de la plus parfaite des manières. Déjà que le jeudi était la pire journée de la semaine en raison du nombre d'heures de cours, il allait devoir puiser au plus profond de ses ressources pour tenir le coup.

Quand Adrien et Nino arrivèrent en classe, Alya les salua de sa place. Marinette était à ses côtés, la tête reposant au creux de ses bras. Elle n'avait même pas fait attention à l'arriver des deux garçons. Peut-elle qu'elle dormait, pensa Adrien.

– Les garçons, vous les avez trouvé dures les questions en français ? leur demanda Alya après qu'ils se soient assis en face des filles.

– Ça va, mais je t'avoue que j'ai rien compris à la troisième, s'exclama Nino.

– C'est vrai ! « Rechercher l'opinion de l'auteur à travers les figures de style utilisées. » Y'avait de quoi s'arracher les cheveux !

Adrien laissa Nino et Alya débattre des exercices de français, son attention se portant sur la voisine de table de sa camarade. Marinette avait un temps soit peu relever la tête, mais alors qu'Adrien lui adressa un signe pour la saluer, elle avait de nouveau et précipitamment enfui sa tête dans ses bras. Adrien était habitué aux attitudes parfois étranges de Marinette, mais celle-ci était très différente. On aurait dit qu'elle avait peur de lui, qu'elle ne voulait même pas le regarder...

Adrien ne put réfléchir plus longtemps à cela. Mademoiselle Bustier entra dans la classe puis salua ses élèves avant de commencer le cours.

Deux heures de français plus tard, les élèves purent enfin souffler un peu pendant la récréation. Beaucoup sortirent dehors, tandis que les quatre amis restèrent à leur place.

– J'y ai pensé pendant le cours, lui dit Nino, mais y'a un nouveau film qui va sortir dans pas longtemps. La bande-annonce donne trop envie. Ça serait cool d'aller le voir tous ensemble.

– Il parle de quoi ? demanda Alya curieuse.

– C'est à moitié un film d'horreur, à moitié un film d'action. Les héros doivent se battre contre des zombies et éviter de se faire mordre ou ils deviennent aussi des zombies.

– Dégoûtant... J'adore l'idée ! s'exclama la jeune fille.

– On va essayer de se trouver une date pour qu'on puisse y aller.

Comme tout à l'heure, Adrien laissa parler Nino et Alya, hochant la tête de temps à temps pour montrer qu'il participait à la conversation. Et à sa grande surprise, Marinette demeurait toujours muette. Certes, elle s'était redressée par rapport à tout à l'heure, mais elle semblait si vide. Sa bonne humeur semblait avoir complètement disparu. Le jeune garçon pensa alors que son amie devait avoir un sérieux problème mais qu'elle n'osait pas leur en parler... Après tout, il n'avait pas à être le seul à avoir des dysfonctionnements dans sa vie.

Après la récréation, les élèves de troisième enchaînèrent avec deux nouvelles heures de mathématiques qui furent un véritable supplice pour l'ensemble de la classe. Tous accueillirent la sonnerie et la pause déjeuner avec le plus grand des soulagements.

Lors du déjeuner, Adrien décida de participer un peu plus activement aux conversations, parlant à Nino d'un nouveau jeu vidéo dont il avait fait l'acquisition. Il promit à son ami de l'inviter dès qu'il le pourrait pour y jouer.

Marinette fut un peu plus active cette fois-ci, mais elle ne parlait que si son intervention était nécessaire, et Adrien ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait beaucoup de mal à jouer la comédie face à eux. Il voulait lui venir en aide, lui demander ce qui n'allait pas chez elle. Puis il se dit qu'il ne serait certainement pas d'une aide très précieuse vu son état actuel à lui aussi.

Après avoir mangé, ils allèrent tous les quatre dans la cour de l'école continuer leur discussion. Au bout de plusieurs minutes, juste avant la reprise des cours, Marinette prétexta devoir aller aux toilettes. Elle leur dit de ne pas l'attendre avant de retourner en classe avant de partir.

Puis ce fut autour de Nino de se rendre compte qu'il devait lui aussi partir. Il devait absolument rendre un livre à la bibliothèque et aujourd'hui était son dernier jour pour le faire. Alya parut déçue d'apprendre cela, souhaitant certainement vouloir passer du temps avec son petit-ami. Face à cette détresse, Adrien se proposa d'aller rendre le livre au nom de son ami. Nino le gratifia d'une tape dans le dos, lui disant qu'il lui revaudrait ça. Adrien prit le livre en question, puis partit en direction de la bibliothèque, laissant les deux amoureux bras dessus bras dessous. Ça lui faisait plaisir de leur offrir un petit temps seul à seule.

Le jeune garçon ne mit pas longtemps avant de se retrouver face à la bibliothécaire et de lui rendre le livre. Après quoi, il décida de partir directement en direction du laboratoire de chimie. Les élèves avaient maintenant cours avec Madame Mendeleïev, et celle-ci les avait prévenu la dernière fois, qu'aujourd'hui, ils seront dans les laboratoires pour effectuer quelques expériences.

Les couloirs par lesquels passait Adrien étaient complètement vide. En même temps, il n'y avait jamais croisé grand monde de toute l'année scolaire, les élèves semblant déserter l'étage de la bibliothèque.

Mais alors qu'il circulait dans ce dédale de couloirs, Adrien entendit des pleurs qui semblaient proches de lui. Intrigué, le garçon tournait à un croisement... et aperçut Marinette, assise par terre, à plusieurs mètres de lui. Elle pleurait doucement, semblant se retenir de faire plus de bruit pour qu'on la repère pas.

Adrien se sentit comme un voyeur de l'avoir surprise ainsi. Il devait pas rester ici. Mais l'image de la jeune fille sanglotant de chagrin lui brisa le cœur.

Tant pis s'il n'était pas au mieux de sa forme, il devait l'aider...

Adrien s'avança tout doucement, le pas léger, vers sa camarade qui ne semblait pas l'avoir remarqué.

– Marinette ? l'appela-t-il avec douceur.

La jeune fille sursauta et se tourna vers lui. Adrien put alors constater les ravages des larmes qu'elle avait versé. Son visage était entièrement rouge, ses yeux brillants, et elle tremblait de tout son corps.

Prenant conscience au bout d'un moment dans quelle situation elle se trouvait, une vague de panique passa dans le regard de la Marinette.

– A-Adrien ! bégaya-t-elle tout en se relevant. Euh-euh que-qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle en prenant soin d'essuyer ses larmes du mieux qu'elle pouvait.

– Je... Je reviens de la bibliothèque... Et toi qu'est-ce que tu as ?

– Moi ? Mais-mais-mais...

– Marinette, tu n'as pas à me mentir. Qu'est ce que tu as ?

Adrien n'osait pas s'avancer plus elle. Quatre ou cinq mètres devaient les séparer dans ce couloir étroit, mais il voulait s'y prendre avec douceur. Comme si il devait gagner la confiance d'un animal apeuré. La comparaison était toute trouvée : Marinette semblait paniquée à l'idée qu'Adrien ait pu la surprendre dans un tel état de faiblesse.

– Marinette, je suis ton ami, tu peux me parler si tu as besoin.

– Crois-moi, j'aimerais pouvoir t'en parler, lui dit-elle en refoulant un sanglot. Mais-mais... Je ne peux pas ! C'est trop personnel.

La jeune fille porta sa main sur sa bouche afin de cacher le son de ses sanglots qui revenaient.

– Tu as un problème ? Un problème grave ?

– Ce n'est pas très grave comparé à d'autres trucs... Je vais bien, Adrien. Ne t'inquiète pas pour moi.

– Vu ton état, tu es tout sauf bien... Mais si tu ne veux pas m'en parler, je ne te forcerai pas, dit Adrien déçu de ne pouvoir rien faire.

Le jeune garçon fouilla dans son sac avant de tendre un mouchoir à Marinette. Celle-ci hésita un petit peu avant de le prendre et de le passer sur son visage.

– Merci, souffla-t-elle.

– C'est le minimum que je puisse faire... Essaye de te calmer, d'accord. Le cours de chimie ne va pas tarder à commencer... Tu seras là à l'heure ?

La jeune fille hocha la tête timidement.

– J'espère que tu iras déjà mieux, et que tu trouveras une solution pour... régler ton problème. Ne te laisse pas abattre, Marinette, je t'ai connu plus courageuse, l'encouragea-t-il en souriant.

Adrien put admirer les joues de Marinette qui devinrent plus rouges qu'elle ne l'était déjà, et cela le fit doucement rire. Enfin une réaction « normale » digne de Marinette à chaque fois qu'elle et lui se parlaient.

– On se retrouve tout à l'heure, la salua-t-il avant de repartit en direction du laboratoire de chimie.

Adrien pensa au plus profond de lui qu'il avait été complètement inutile dans cette histoire. En même temps, si Marinette ne voulait rien dire, alors il ne pouvait rien faire pour la conseiller, la consoler. Vu son état, son problème devait être bien pire que le sien. Après tout, depuis qu'il l'avait rencontré, il avait toujours perçu Marinette comme une fille plutôt sensible et maladroite mais aussi très forte mentalement. Mais si, cette fois, elle se retrouvait face à une situation qui la faisait pleurer, alors la situation était bien plus grave qu'elle ne le laissait entendre.

Pour son plus grand malheur, alors qu'il était presque arrivé à la salle de cours, Adrien fut sauvagement abordé par Chloé Bourgeois, qui se jeta à son cou dès qu'il le vit.

– Oh, mon Adrichou, tu sais quoi ? Madame Mendeleïev est déjà arrivée et elle a dit que pour les expériences, nous devons être en binôme. On se met ensemble, hein, dis !

– Euh... Je préfère déjà savoir en quoi consiste l'expérience, lui dit-il en enlevant les bras de la jeune fille qui le serrait très fort.

S'échappant littéralement de l'emprise de Chloé, Adrien courut vers la salle et se réfugia auprès de Nino et Alya, et ces derniers rirent à la vue de la mine enragée de Chloé. Quelques instants plus tard, Marinette fit son entrée dans la salle de cours, comme si de rien n'était. Son visage était redevenu couleur porcelaine, elle s'était recoiffée, et peut-être même remaquillée légèrement car elle avait bien meilleure mine par rapport à il y a cinq minutes. Quand la jeune fille croisa le regard d'Adrien, il vit clairement que tout cela n'était qu'une façade et qu'intérieurement, elle était toujours aussi fragile.

– Silence, s'il vous plaît ! tonna Madame Mendeleïev en tapant dans ses mains. Comme je les dis à ceux qui étaient en avance, pour cette série d'expériences vous serez par binôme, et chaque binôme me remettra à la fin de l'heure un rapport sur ses résultats d'analyse. Et afin d'éviter tout conflit, j'ai moi-même composé les binômes.

Le visage de Chloé Bourgeois s'affaissa complètement, et cela fit doucement rire Adrien.

– Madame, vous n'aviez pas dit que vous les aviez fait ! protesta la fille du maire.

– Il fallait rester jusqu'au bout de mes explications, mademoiselle Bourgeois. Alors arrêtez de vous plaindre pour le reste de l'heure.

Prise de cours, Chloé fut moquée par le reste de la classe. Et comme d'habitude, elle n'en avait rien à faire. Madame Mendeleïev commença à lister les binôme qu'elle avait composé. Et c'est la pauvre Alya qui allait se coltiner Chloé. Les deux filles s'échangèrent des regards noirs dès qu'elles surent qu'elles étaient obligées de collaborer. Nino, lui, se retrouvait avec Juleka.

Et Adrien et Marinette se retrouvèrent ensemble.

Adrien put sentir de sa place que la jeune fille s'était tout à coup tendue. Il était certain qu'avec la scène précédente, travailler ensemble serait pour le moins gênant... Mais Adrien décida de tout faire pour que cela se passe bien !

Chaque binôme s'installa à une table où ils disposeraient du matériel nécessaire. Adrien rit en voyant que Marinette ne semblait pas très à l'aise face aux éprouvettes, béchers et autres liquides. Les élèves enfilèrent blouse blanche et lunettes de protection avant que Madame Mendeleïev ne leur expose les consignes à suivre.

La cohabitation entre Marinette et Adrien s'annonçait déjà chaotique. Elle avait peur de faire tomber le moindre objet – tous en verre –, et lui avait peur de commettre une maladresse dans sa façon d'être. Il n'avait pas envie qu'elle soit mal à l'aise avec lui après ce qu'il avait vu dans le couloir, mais c'était décidément très dur de faire comme si de rien n'était. Tous les deux restaient silencieux la plupart du temps, s'adressant la parole uniquement pour commenter les résultats de leurs expériences et élaborer leur devoir à rendre.

– Euh... pardon... Adrien, s'excusa Marinette. J'ai juste besoin de... ça, là-bas.

Marinette se pencha devant le garçon pour attraper un récipient qui se trouvait à l'autre bout de la table. Adrien se recula un peu pour lui laisser le champ libre, alors qu'il tenait toujours une éprouvette. Mais lorsque la nuque de la jeune fille passa devant lui, il put sentir le parfum qu'elle portait.

Et Adrien se figea complètement.

Cela faisait peut-être deux semaines, mais il aurait reconnu cette odeur entre mille autres.

C'était l'odeur du parfum qu'il avait composé lui-même.

L'odeur de celui qu'il avait offert à Ladybug.

Non... C'était impossible ! Il n'aurait pas pu être aussi aveugle. Si Ladybug avait vraiment été à ses côtés durant tout ce temps, il l'aurait bien remarqué... Non ?

– Il sent bon ton parfum, dit Adrien en se rendant compte après qu'il avait parlé sans réfléchir.

Surprise, Marinette releva la tête et le fixa d'un air suspicieux.

– Euh... merci.

– Tu l'as eu où ? continua-t-il pressé d'avoir une réponse.

– Euh à Grasse, quand on y était... Je l'ai acheté là-bas, lui répondit-elle. Adrien, ça va ?

– Oui ! Oui, oui. T'inquiète ! Aller, on continue !

Marinette retourna dubitative à ses expériences, tandis qu'Adrien regardait dans le vide, serrant sans s'en rendre compte l'éprouvette de plus en plus fort dans sa main.

Son cerveau tournait à plein régime, analysant toutes les similitudes entre Ladybug et Marinette. Il fut d'abord frappé par leurs apparences physiques qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau ; il se sentit idiot de ne pas avoir faire le rapprochement plus tôt. Une taille similaire. Ses mêmes cheveux bruns aux reflets bleutés, toujours attachés en deux couettes. Ses yeux bleus qui brillaient quand elle souriait.

Marinette ne reculait pas à l'idée aider les autres dans le besoin. Combien de fois s'était-elle retrouvée au milieu de conflits entre plusieurs élèves et à chercher une solution pour satisfaire tout le monde. Cela ressemblait à l'attitude combative de Ladybug, prête à tout pour aider Paris et ses habitants. Elle aussi ne reculait rien, aucun obstacle ne lui faisait peur.

Et Adrien n'avait jamais vu les deux filles en même temps au même endroit... Jamais ! Les manières de Marinette de rater plusieurs cours à chaque attaque d'un nouveau méchant, mais comme lui-même n'était pas en classe, il n'avait pas pu le constater de ses propres yeux. Ses nombreux retards...

La coïncidence qu'ils se soient tous les deux retrouvés à Grasse... Car ils faisaient parties du même voyage scolaire. Il avait séduit Ladybug sans savoir qui se cachait sous le masque, l'aimant de tout son cœur peu importe quelle fille se cachait sous le costume. Il avait séduit Marinette sans le savoir. Il lui avait retourné la tête... Il l'avait presque embrassé...

C'est donc elle, Marinette, qui a craqué hier face à Chat Noir.

« Je suis complètement perdue. Certes, c'est en partie de ta faute, mais je n'arrive pas à savoir ce que je veux. Enfin si, mais … Je sais que je suis amoureuse de ce garçon. Je l'aime de tout mon cœur et de toute mon âme... Mais il y a toi à côté ! Je ne sais pas comment interpréter ce qu'il s'est passé la dernière fois. Et ça me ronge depuis ! Je ne sais plus comment je dois te considérer. Je ne sais plus rien ! »

Marinette était amoureuse d'un garçon, mais par sa faute, elle souffrait d'être tiraillée entre Chat Noir et ce mystérieux inconnu.

Une telle souffrance à supporter pour son si petit cœur...

Une souffrance qu'elle ne pouvait plus contenir, qu'elle devait extérioriser.

En criant sur Chat Noir.

En pleurant de toutes ses forces.

Une souffrance qui l'avait conduite à fondre en larme dans les couloirs du collège.

« J'ai fait pleuré Marinette », se dit Adrien. « C'est moi... C'est de ma faute si elle est comme ça ! ... Ma Lady... »

Marinette est Ladybug.

Ladybug est Marinette.

Il lui avait fait du mal.

Et elle est juste à côté de lui !

Adrien sembla enfin revenir dans le monde réel lorsqu'il sentit sa main lui brûler. Il entendit des mots de ses camarades et de sa professeure émanant de toute la salle, mais il mit quelques secondes avant de comprendre.

Il avait réussi à briser l'éprouvette de sa seule force, et sa main était en sang tandis que des morceaux de verre étaient tombés sur la table et au sol.

– Monsieur Agreste !

Enfin les paroles de la classe entière lui parvinrent. Sa professeure semblait l'appeler depuis plusieurs secondes sans qu'il ne l'ait entendu.

– Ne restez pas planter là ! Allez vous faire soigner !

Complètement désorienté, Adrien se mit à fixer Marinette du regard. Elle le regardait, très inquiète de son état on dirait. Il avait besoin de la regarder. Elle était là. Devant lui. Si près...

Et si loin en même temps.

Le jeune garçon remarqua enfin que sa partenaire lui tendait un mouchoir depuis tout ce temps. Il le prit délicatement et l'appuya sur sa main, refoulant un gémissement de douleur. Il enleva ensuite sa blouse et ses lunettes, et partit de la salle de classe sous les regards médusés de ses camarades, non sans manquer de se cogner dans un tabouret.

Les couloirs étaient vides et Adrien alla se réfugier aux toilettes. Il actionna un robinet, mais la première chose qu'il fit ne fut pas de nettoyer sa plaie, mais de s'asperger le visage. Il fallait qu'il se réveille !

– Bon, alors, si tu m'expliquais ton petit numéro, l'interrogea Plagg qui sortit de sa chemise. Hou, belle blessure, constata-t-il en voyant l'état de la main d'Adrien.

– Crois-moi, je n'ai absolument pas mal.

– Même, si tu ne veux pas perdre ta main, il va falloir s'y mettre.

Plagg partit au distributeur de papier chercher plusieurs morceaux afin de panser la blessure. Voyant qu'Adrien ne semblait pas prêt de faire le moindre effort, il positionna lui-même sa main ensanglantée sous le robinet d'eau froide.

– Aïe ! Plagg, t'es malade !

– Et toi qui disait que tu n'avais pas mal.

Cette douche froide un peu extrême avait au moins eu le mérite de faire revenir Adrien sur terre. Enfin conscient de la douleur, il nettoya délicatement sa blessure, se retenant de gémir de douleur tant le contact entre l'eau et le sang le brûlait. Une fois que le sang cessa un temps soit peu de couler, il se servit des papiers pour colmater la plaie. Il prit conscience qu'il devrait passer par l'infirmerie demander un bandage avant de retourner en classe.

– Maintenant que tu es redevenu toi-même, explique-moi ce qui s'est passé.

– Plagg, je...

Adrien se laissa tomber contre le mur de carrelage, à bout de force, son cerveau toujours sous pression.

– Je sais... Marinette... Tout !

– Fais une phrase complète s'il te plaît. J'accepte que tu sois flemmard, mais il faut te faire comprendre .

– Marinette est Ladybug !

Se rendant compte qu'il avait peut-être parlé un peu fort, Adrien fut soulagé de n'entendre aucun bruit. Il était bien tout seul.

– J'en suis sûr. C'est elle. Elle était là pendant tout ce temps, juste à côté de moi ! Je ne suis qu'un idiot ! dit-il en se prenant la tête.

– Ça, je confirme. Tikki et moi n'en pouvions plus d'attendre que vous découvriez vos véritables identités.

– Tikki ? Qui est Tikki ?

– Le kwami de Ladybug. Ou de Marinette si tu préfères.

– Attends... tu savais ! Et tu m'as rien dit ! Tu m'as vu et supporté complètement perdu, affolé, inquiet pour Ladybug et Marinette... et tu ne m'as pas dit qu'elles étaient la même personne.

– Écoute gamin, c'est pas notre rôle. A la base, vos identités devaient rester secrètes même pour vous. Mais lors de la bataille contre le Hibou Noir, quand vous vous êtes détransformés temporairement, et bien Tikki et moi avons pu voir qui vous étiez. Et dans le plus grand des silences, nous avons décidé de ne rien vous dire. Mais si vous le découvriez vous-mêmes, ça arrangerait tout.

– Comment ça, ça arrangerait tout ?

– Ha, non, j'en ai trop dit. Tu dois découvrir par toi-même un petit peu, sembla bouder Plagg.

Adrien passerait ses nerfs sur Plagg plus tard quant au fait qu'il était déjà au courant de l'identité de Ladybug. La priorité pour le moment était de parler à Marinette.

Mais qu'allait-il lui dire ? Comment pouvait-il lui révéler qu'il était Chat Noir ?

Accepterait-elle que Adrien Agreste se cache sous le masque de Chat Noir ? Les débuts de sentiments qu'elle nourrissait à son égard changeraient-ils en sachant qui il était réellement ?

Supporterait-il de la côtoyer tous les jours, de combattre à ses côtés, si elle le rejetait et qu'elle aimait toujours l'autre garçon ?

Adrien ne voulait plus penser à toutes ces questions. Ou en tout cas, pas pour tout de suite. Le garçon souffla, manifestement enfin apaisé, et savoura la joie qui emplit son cœur. Il savait enfin qui elle était. Qui se cachait sous ce masque. Qui il aimait de tout son être, celle pour qui il voulait tout donner.

Adrien rit nerveusement en se disant qu'il avait été bien idiot de ne pas l'avoir compris plus tôt.


Le jeune garçon était parti à l'infirmerie afin qu'on panse sa blessure bien mieux que son travail de fortune. Quand il revint au laboratoire, les élèves étaient en train de ranger le matériel.

– Adrien ça va ?! Montre ! J'espère que ce n'est rien !

A peine arrivé qu'il se fit aborder par Chloé qui arriva d'on ne sait où et qui était déjà en train d'examiner sa main gauche.

– Ça va, lui répondit-il. Plus que peur que de mal. J'ai eu beaucoup de chance.

– Je suis contente alors. Heureusement que tu es droitier, sinon tu aurais été mal.

– Oui, ce n'est pas faux.

Adrien n'en avait que faire des paroles de Chloé, bien qu'il soit touché qu'elle s'inquiète pour lui. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver Marinette, lui parler, la serrer dans ses bras, tout lui avouer. Mais elle était introuvable, de même qu'Alya.

– Mec, je sens que tu seras privé de chimie pour le reste de l'année, le taquina Nino en passant un bras autour des épaules d'Adrien. Comment tu as fait ça ? Il faut y aller pour briser une éprouvette.

– Je... Je sais pas vraiment. J'ai du serrer trop fort sans m'en rendre compte... Où sont Marinette et Alya ?

– Elles sont allées ranger une partie du matériel dans la réserve. Elles nous rejoindront directement en cours d'histoire.

– Ah d'accord, ça marche.

Adrien fit de son mieux pour cacher sa déception. Décidément, le destin semblait contre lui en ce moment. Il savait qu'il ne pourrait pas parler à Marinette en face à face tant que les cours ne seraient pas finis... Et il restait encore deux heures ! Le garçon pressentit déjà que ces deux heures d'attente compteraient parmi les plus longues de son existence.

– Tu viens, Adrien. Il faut qu'on y aille.

– J'arrive, je vais d'abord m'excuser auprès de Madame Mendeleïev pour avoir cassé le matériel.

– Bon ok, mais traîne pas trop.

Tandis que les élèves suivirent le mouvement et quittèrent le laboratoire, Adrien présenta ses excuses à sa professeure qui lui en tint rigueur. Il fut le dernier à partir après avoir récupérer ses affaires. Il avait encore du temps avant que le prochain cours ne commence.

Puis, comme si cette journée (ou plutôt cet après-midi) n'avait pas été assez riche en émotion pour le garçon, il passa devant la réserve et aperçut Marinette et Alya qui discutaient tout en rangeant le matériel de chimie. Trop curieux, Adrien se cacha dans le couloir, non loin de la porte, guettant les deux jeunes filles.

– Franchement, Marinette, je ne comprends pas pourquoi tu ne lui as pas parlé.

– Bah, il s'est blessé, j'étais surtout inquiète pour lui. Il devait aller se faire soigner.

Adrien comprit instantanément que les deux amies parlaient de lui ; sa curiosité fut encore plus piquée au vif.

– Mais tu as été tellement chanceuse sur ce coup-là ! Moi je me suis retrouvée avec Chloé. J'aurais préféré être avec toi ou Nino... Et toi, tu tombes avec Adrien, et tu ne lui dis même pas un mot ! Rien, que dal, nada, alors que les occasions comme ça sont tellement rares !

– Alya, il... Je n'arrivais même pas le regarder. C'était pire que d'habitude. D'habitude, je n'arrive pas aligner trois mots car il... il...

– Il est si craquant ? pointa Alya avec un regard de malice.

– Oui bon oh ! Mais là... Je ne pouvais juste pas...

– Marinette, ça fait des jours que tu ne lui adresses quasiment plus la parole. Depuis qu'on est revenu de Grasse ! Au début, je pensais que tu étais un peu déprimée de ne pas avoir pu passer un moment seule avec lui. Mais je ne te comprends pas ! Marinette, qu'est-ce qui t'arrive ? Ne dis pas que... que tu n'es plus amoureuse de lui ?

– QUOI ? NON ! Bien sûre que non ! Enfin plutôt bien sûr que si !

– Ah, voilà la Marinette que je connais.

– Pardon, Alya. Oui je me sens mal. Je vois bien qu'Adrien me voit que comme une amie, et ça me fait de plus en plus de mal de le voir tous les jours en étant juste... son amie, justement. Je veux tellement plus avec lui... Et savoir que ça n'arrivera jamais est en train de me rendre complètement folle.

– Si tu ne lui dis rien, tu ne pourras jamais savoir.

– Il n'y a rien à dire... Rien... Je le sais, c'est tout.

Alors qu'Alya relançait la discussion avec Marinette, Adrien estima qu'il en avait assez entendu. Il se précipita loin de la réserve, en direction de la salle de classe habituelle. Il arriva complètement essoufflé et partit s'asseoir machinalement à sa place.

– Mec, calmos, le prof est pas encore là, ria Nino en voyant son ami à bout de souffle.

Adrien ne remarqua même pas que quelques minutes après lui, Marinette et Alya étaient de retour. Il n'écoutait même pas les remarques du professeur d'histoire lorsque celui-ci arriva. Il n'écouta rien du contenu du cours, complètement obnubilé par ce qu'il avait découvert.

Son cœur battait si fort depuis ce qu'il venait d'apprendre qu'il s'étonnait que personne autour de lui ne l'entende. Il reconnaissait le comique et l'ironie de la situation. Marinette, Ladybug, était amoureuse de lui, Adrien Agreste, et était aussi perturbée par Chat Noir... Alors qu'ils ne font qu'un. Le garçon dont elle lui parlait n'était autre que lui. Celui envers qui elle se sentait complètement perdue depuis son rapprochement avec Chat Noir. Celui qu'elle a déclaré « aimer de tout son cœur et de toute son âme. »

Lui. Adrien.

« Je suis vraiment con. » pensa Adrien en souriant.

Qu'il ne remarque pas que Ladybug et Marinette n'étaient qu'une seule et même personne, cela passait encore... Mais qu'il n'ait pas interprété les actions et les maladresses de la jeune fille comme une affection, une attirance, un amour qu'elle ressentirait pour lui... Non ce point-là était inexcusable. Adrien repassa dans sa tête tous les petits moments qu'il avait pu partager avec son amie durant cette année scolaire, avec cette fois-ci un regard neuf. Qu'il ait pu passé à côté au début de l'année scolaire, c'était compréhensible, lui et Marinette ne se connaissant que peu. Mais à partir du milieu d'année, il aurait du le voir venir à dix kilomètres. Il devait très certainement être trop obsédé par Ladybug qu'il ne voyait même pas ce qui se passait à côté de lui.

Ladybug. Marinette. A nouveau, elles étaient la même personne. Avec ou sans masque. C'était elle la fille qui l'avait privé de son cœur.

Et désormais, plus rien ne pourrait faire obstacle à leur amour.

Adrien passa le reste du cours d'histoire et du cours d'anglais qui suivit à imaginer un plan pour annoncer tout cela à la jeune fille. Toutes les idées passèrent dans son esprit, mais au final, il se dit qu'il devait aller au plus simple.

Rester lui-même. Il était Chat Noir et Adrien Agreste.

Et elle acceptait les deux. Que demander de plus.


Adrien ne put mettre son plan à exécution que tard dans la soirée, vers vingt-et-heures. La séance photo prévue le soir après les cours s'étaient éternisée au pas possible, tellement qu'il était rentré pour le dîner et n'avait pas pris le temps de faire ses devoirs, trop excité à l'idée de retrouver Marinette.

Enfin si elle répondait présente à son invitation.

Sitôt qu'il devait aller se coucher, le jeune garçon avait obligé Plagg à le transformer. Une fois dans la peau de Chat Noir, il avait envoyé un message à Ladybug, prétextant un problème urgent à régler et qu'il avait besoin d'elle (il avait fait appel à toutes ses compétences d'acteur pour être le plus convaincant possible). À la suite de cela, le jeune héros s'était enfui par la fenêtre de sa chambre et était parti à la recherche d'un endroit à l'abri des regards. Sa blessure à la main l'élançait à chaque fois qu'il agrippait son bâton, mais la douleur était si infime comparée à la légèreté qui baignait son cœur.

Chat Noir avait jeté son dévolu sur le parc Monceau. À l'heure qu'il était, le parc était officiellement fermé depuis un moment, mais pour Chat Noir, l'atmosphère qui y régnait et les massifs de fleurs éparpillés n'étaient pas sans rappeler la roseraie de Grasse. Il priait pour que cet endroit lui porte chance. Après avoir escaladé la grille en toute discrétion, Chat Noir entama une marche en recherche d'un petit endroit tranquille où lui et Ladybug pourraient discuter tranquillement. Son choix se porta sur un petit pont aux allures romantiques qui surplombait une rivière se déversant dans un lac, en face duquel se tenait des colonnes dans le style antique.

Oui, c'était l'endroit parfait.

Presque aussitôt après s'est adossé au pont, le bâton de Chat Noir adopta la fonction téléphone ; il recevait un appel de Ladybug. Après avoir souri, il décrocha et vit l'image de sa Lady entrain de courir dans les rues de Paris.

– Chat Noir, où tu es ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ladybug tout en courant

– Ma Lady, c'est la catastrophe ! Je suis au parc Monceau. Il faut que tu viennes vite ! Je ne vais pas m'en sor-

Chat Noir coupa la communication, donnant l'impression qu'il avait été interrompu dans son échange avec sa partenaire. Il se trouva un temps que soit peu cruel avec elle, mais il devait exagérer les choses. Il savait que sinon, Ladybug aurait refusé de le voir. Il n'avait plus qu'à attendre qu'elle arrive.

Au bout de ce qui lui parut être une éternité, Chat Noir aperçut Ladybug voler dans sa direction. Elle atterrit non loin de lui et courut vers son coéquipier dès qu'elle le vit.

– Tu vas bien ? demanda-t-elle inquiète et complètement essoufflée.

– Oui, oui, ne t'inquiète pas ma Lady.

– Alors, où est le monstre ?

– Il... n'y en a pas.

Ladybug regarda son partenaire avec surprise et suspicion suite à cette révélation.

– Il est possible que... je t'ai légèrement menti, avoua Chat Noir en mimant un petit écart entre ses doigts. Je voulais parler avec toi, et je savais que si je te le disais directement, tu ne serais pas venue.

Ladybug eut l'impression d'être tombée dans une piège ; Chat noir pouvait clairement le sentir. Elle semblait enfin prendre conscience du lieu où Chat Noir l'avait convié. Un parc. De nuit. Officiellement fermé. Remplis de fleurs. Le tout baignant dans un romantisme digne des plus grands romans d'amour.

– Chat Noir, je te l'ai dit hier, bon sang ! J'ai besoin de temps ! Je ne veux pas te voir ! Je ne dois pas te voir ! hurla Ladybug en se reculant.

– Je sais, crois-moi, je n'oublierai jamais ce que tu m'as dit hier. Mais là c'est vraiment important. Ma Lady, tu dois m'écouter.

– Non ! Non, non, non ! Tais-toi ! Laisse-moi tranquille ! cria-t-elle en se retournant, prête à repartir.

Alors, dans un dernier élan, avant que sa Lady ne le quitte définitivement, lui en voulant à tout jamais, Chat Noir avoua.

– Je connais ton identité, Ladybug.

Même s'il ne voyait plus son visage, Chat Noir n'eut aucun mal à deviner que sa Lady s'était figée sur place. Elle ne bougeait plus, et resta muette quelques instants. Puis, au bout d'un moment, elle se retourna et fixa Chat Noir les yeux dans les yeux.

– Dis-moi que c'est faux. Que c'est encore une mauvaise blague !

– Je ne te mentirai jamais sur ce point.

– Mais... Mais tu sais à quel point ça compte pour moi ! Tu avais promis de ne pas chercher à savoir qui je suis !

– Crois-moi, ma Lady, je n'ai pas cherché. Ça m'a juste... frappé. Frappé, oui je n'ai pas d'autres mots.

– Je ne peux pas le croire... Je ne te crois pas ! Oui, c'est ça, tu me racontes des salades, juste pour m'amadouer et qu'on passe la soirée ensemble, encore ! Non, ça ne marche pas comme ça, Chat Noir. Je rentre chez moi.

– Tu es Marinette Dupain-Cheng ! cria presque Chat Noir ayant visiblement atteint ses limites de patience avec la jeune héroïne.

Ladybug vacilla et dut s'accrocher au rebord du pont pour ne pas tomber. Chat Noir y était peut-être allé un peu fort, mais il n'avait pas prévu que Ladybug refuse de le croire aussi fermement. Il sentit et entendit la souffle de sa partenaire s'accélérer, signe clair qu'elle était en train de paniquer. Il y avait de quoi ; Ladybug avait toujours affirmé que le secret de leurs identités était quelque chose de précieux qui ne devait jamais être divulgué. Et aujourd'hui, son secret était percé à jour.

Chat Noir souffla un coup pour se reprendre en main puis commença à s'avancer vers Ladybug.

– Marinette Dupain-Cheng. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises sans que tu me dises ta véritable identité, alors même que je me confiais à toi. Tu es la fille du boulanger le plus réputé de Paris. Tu es élève au collège Françoise Dupont. Ta meilleure amie est Alya Césaire, la fille qui tient le Ladyblog. Et il y a deux semaines, tu es parti en voyage à Grasse, ce qui expliquait ta présence aussi loin de Paris. Et...

Chat Noir ignorait si il devait révéler la dernière information qui finirait d'achever Ladybug, la convaincant définitivement qu'il savait pertinemment qui elle était. Son choix fut rapide : il devait dévoiler cette dernière information, ou la suite des révélations perdrait du sens.

– Et tu es amoureuse d'Adrien Agreste, fils du styliste Gabriel Agreste.

Comme il l'avait deviné, cette dernière phrase finit par avoir raison de Ladybug. Déjà qu'elle ne tenait plus sur ses jambes, cette fois-ci elle tombait à terre, n'ayant plus de force pour tenir debout. Elle commença à sangloter, prête à fondre en larme. Avec tout ce qu'elle supportait depuis plusieurs jours, cette révélation avait fini de l'achever, de briser sa fragile carapace. Chat Noir s'agenouilla devant elle en lui souriant et il lui prit une de ses mains qu'il s'empressa de caresser avec douceur.

– Qu'est-... Qu'est-ce qui m'a trahi ? réussit-elle à dire en sanglotant toujours.

Dans un mouvement rapide, Chat Noir s'avança près du cou de la jeune fille et sentit l'odeur qui en émanait. Quand il s'écarta d'elle, il rit en voyant le visage déconcerté qu'affichait Ladybug.

– Ton parfum... C'est celui que je t'ai offert...

Ladybug secoua la tête, certainement car elle se trouvait idiote d'avoir été trahie par un si petit détail. Elle se calmait peu à peu, c'était déjà ça.

– Je ne l'avais jamais porté depuis mon retour à Paris, dit-t-elle en jouant avec ses doigts. Mais après notre... confrontation d'hier... Je me suis dit que je devais essayer de le porter un peu... Voir comment je me sentais...

– Et alors, comment tu te sens ?

– Toujours aussi perdue, avoua-t-elle d'un sourire triste.

Au fond de lui, Chat Noir mourrait d'envie de lui dire qu'elle n'avait pas à s'en faire, et que d'ici quelques minutes, tout serait de l'histoire ancienne.

– Ce garçon... Adrien... Je l'aime depuis le premier jour, se confessa Ladybug les larmes aux yeux. Mais il ne m'a jamais regardé. Enfin... pas en tant que fille amoureuse. Je ne suis qu'une amie pour lui. Tu vas pas me croire, mais j'ai organisé des plans tordus avec Alya pour essayer de l'approcher et d'être seule avec lui. (Chat Noir et Ladybug rirent à cette phrase). J'avais espéré que, à Grasse, on puisse passer du temps ensemble mais ça n'a pas marché... Et puis... quand je t'ai croisé là-bas... je me suis rendue compte que, toi tu étais toujours là pour moi – à ta manière. Tu me soutiens, tu me sauves, tu m'aides, tu me fais rire. (Chat Noir se sentit rougir sous son masque face à tous ses compliments)... Et quand tu as organisé cette soirée, je … je ne savais pas quoi penser. Tu étais si gentil, tu étais là, et je sais ce que tu ressens pour moi... Alors je me demandais pourquoi je me raccrochais à un garçon inaccessible alors que tu étais à côté de moi. Et...

Ladybug s'interrompit dans son discours, détournant son regard de Chat Noir.

– Et... ?

– Ne te moque pas, mais... Je ne comprenais pas pourquoi j'avais envie de t'embrasser.

Par cette phrase, Ladybug confirma sans le savoir l'hypothèse principale de Chat Noir.

– Aurais-tu du développer des petits sentiments pour moi, ma Lady, la taquina-t-il un petit peu.

Ladybug lui donna un petit coup dans l'épaule, mais rit elle aussi.

– Je ne sais pas... Peut-être ?... J'en sais rien du tout... C'est pour ça que j'ai béni le Papillon pour ne pas avoir lancé d'attaque pendant un moment. Comme ça, je ne te voyais et ça me permettait d'être loin de toi, de me poser, de réfléchir...

Ladybug souffla longuement après parlé. Elle avait enfin dit à Chat Noir, en face à face, tout ce qu'elle avait sur le cœur.

– J'imagine que... maintenant que tu sais qui je suis... ça ne sert à rien que je reste en costume, demanda Ladybug presque pour la forme et en riant nerveusement.

– C'est toi qui vois, ma Lady. Même si je t'avoue que j'ai attendu ce jour pendant très longtemps.

Un sourire sincère apparut enfin sur le visage de Ladybug, et Chat Noir crut même percevoir un sourire se dessiner dans les yeux de sa partenaire. Il mourrait d'envie de la prendre dans ses bras, d'enfin pouvoir l'embrasser : il n'attendait que ça.

Encore un peu de patience, devait-il se répéter intérieurement.

Le jeune héros aida Ladybug à se remettre debout. Juste avant qu'elle ne dise le mot magique...

– Détransformation.

Une douce lumière rouge et blanche enveloppa le corps de Ladybug. Et il ne fallut qu'une seconde pour révéler sa véritable nature.

Marinette faisait désormais face à Chat Noir.

– Bonjour, Chat Noir ! cria une petite voix aiguë.

Une petite créature rouge à pois noirs venait de faire irruption devant le visage du garçon, le surprenant et manquant de le faire tomber en arrière.

– Euh... Bonjour, répondit-il presque timide.

– Moi c'est Tikki. Je suis le kwami de Marinette.

– Enchanté, continua-t-il ne sachant pas où se mettre.

Tikki revint près du visage de Marinette.

– Tu es déçu que ce soit moi sous le masque de Ladybug ?

– Absolument pas. Je ne pouvais rêver mieux, même dans mes rêves les plus fous.

– Je n'ai pas très envie de savoir à quoi ressemblaient tes rêves, chaton. Vraiment pas.

Devinant qu'elle avait réussi à faire rougir Chat Noir, Marinette ne put s'empêcher de rire devant son air si gêné.

– Dis, est-ce que je peux savoir quand est-ce que tu m'as démasqué ?

« Parfait » pensa Chat Noir. Elle lui tendait la perche qu'il attendait.

– Aujourd'hui même, ma Lady, répondit-il tout fier en allant s'accouder sur le rebord du pont, à côté de la jeune fille.

– J'imagine que j'ai du passer à côté de toi dans la rue et que tu as senti le parfum à ce moment-là.

– Absolument pas.

Chat Noir se redressa pour faire face à Marinette. Il pouvait lire tous ses questionnements sur son visage. Le moment était venu...

– Je l'ai bien senti alors que j'étais à côté de toi. Mais ce n'était pas dans la rue... Si tu te souviens bien, je t'ai demandé où est-ce que tu avais trouvé un tel parfum, et tu m'avais répondu que tu l'avais acheté à Grasse justement – ce n'est pas bien de mentir, ma Lady.

Les yeux de Marinette se mirent à cligner à une vitesse folle. On dirait que son cerveau était en train de raccorder toutes les pièces du puzzle, mais il manquait une dernière pièce pour parfaire le tout.

– Et je me suis fait super mal en brisant une éprouvette... parce que justement je venais de réaliser qui tu étais.

Chat Noir ne pouvait l'entendre, mais le cœur de Marinette battait à la vitesse de la lumière. La panique qu'elle avait réussi à calmer venait de refaire son apparition, bien plus forte.

Chat Noir estima que la torture avait assez duré. A son tour, il prononça le mot qui allait mettre un terme à tout ça.

– Détransformation.

La lumière tintée de noir et de vert l'enveloppa moins d'une seconde avant qu'il ne reprenne l'apparence d'Adrien Agreste.

– Ah, enfin c'est pas tôt. Enfin le grand moment à vous deux. Vous m'avez épuisé à vous tourner autour aussi longtemps !

Plagg ne s'était pas fait prier avec ce petit discours ; Adrien n'avait pas prévu ce petit désagrément. Mais quand il vit Tikki rejoindre son ami kwami pour l'entraîner à quelques mètres, il savait qu'elle était de son côté.

Adrien put enfin concentrer son regard sur Marinette. Elle tremblait de tout son corps, claquait des dents, mais tentait de le cacher avec ses mains poser sur sa bouche. Adrien ne saurait deviner tout le florilège d'émotions et de pensées qui devaient traverser l'esprit et le cœur de Marinette. En tout cas, lui se sentait bien mieux depuis que ce petit manège avait enfin pris fin.

– A-A-Ad-A-

Décidément, Marinette ne changerait jamais. Ce petit bégaiement fit rire Adrien qui se rapprocha de la jeune fille. Ce simple rapprochement qui, il le voyait bien malgré la nuit, avait entraîné un rougissement des plus vifs sur le visage de la jeune fille.

– Si tu souhaites devenir aussi rouge que ton costume, tu es très bien partie, ma Lady.

Ne s'attendant pas à cette plaisanterie, Marinette ne put empêcher un son ressemblant à un rire de s'échapper de sa bouche. Adrien avait réussi à détendre l'atmosphère, du moins un tout petit peu, et c'était déjà ça.

– C'est... C'est toi... depuis le début ?

– Oui. Je comprends que tu as du mal à réaliser tout ce que tu es en train d'apprendre. Ça m'a fait pareil tout à l'heure. Tu es sûrement en train de rapprocher mon comportement avec celui de Chat Noir, de réaliser tout qu'il a fait, alors que c'était moi en réalité.

Marinette hocha la tête, Adrien ayant parfaitement deviné à quoi elle pensait. Elle suivait le même chemin que lui plusieurs heures plus tôt. Il décida de lui laisser un petit temps de répit pour qu'elle accepte tout ça. Marinette se massa les tempes, murmurant pour elle-même qu'elle ne rêvait pas. Et puis soudain, elle releva la tête et fixa Adrien comme si il avait été son bourreau.

– Oh c'est pas vrai ! Tout ce que j'ai dit sur toi ! Oh non, la honte ! Je ne suis qu'une idiote !

Elle tenta de cacher son visage après avoir prononcé ces dernières lamentations.

– Mais non, tu n'es pas du tout une idiote, Marinette, dit Adrien en essayant de ne pas rire, tout en posant une main l'épaule de sa camarade.

– Oh si ! Bien sûr que si ! J'ai toujours été idiote. Tu as du bien te moquer de moi en entendant tout ça.

La jeune fille avait largement dépassé le stade du rouge tomate à l'heure qu'il était. Adrien, bien que riant doucement de la situation, ne pouvait s'empêcher de la trouver adorable. Il était tout à fait normal qu'elle ait ce genre de réflexion après tout ce qu'elle venait d'endurer.

– Non, Marinette, je ne me suis pas moqué de toi. Je pensais même avoir été un monstre de t'avoir fait souffrir et pleurer comme ça.

– Toi, un monstre ? Adrien, tu es le garçon le plus gentil de la terre.

– En tant que Chat Noir je veux dire. Tout ce que tu as dit tout à l'heure et même hier, c'est à cause de moi que tu te sentais ainsi... Et c'est aussi de ma faute en tant qu'Adrien... J'aurais du deviner plus tôt ce que tu ressens pour moi.

– Comment... Comment tu as su ?

– J'ai surpris ta conversation avec Alya dans la réserve tout à l'heure. Le timing ne pouvait être plus parfait.

Marinette passa nerveusement une main dans ses cheveux, mais elle fut bloquée par ses éternelles couettes. Elle se contenta alors de jouer avec sa mèche.

– Si tu me le permets, Marinette, il y a quelque chose que j'ai envie de faire depuis très très longtemps... Et j'ai besoin de toi pour ça, lui demanda Adrien avec le plus grand des sourires.

– Euh... Euh oui, c'est quoi ? le questionna-t-elle innocemment.

Adrien sourit de plus belle en voyant qu'elle n'avait pas saisi le petit sous-entendu de sa phrase. Il allait devoir y aller de manière plus frontale.

Adrien déplaça sa main de l'épaule de la jeune fille pour ensuite la poser sur son cou. Il se concentra sur son geste et sur la peau de Marinette qu'elle effleurait à peine. Son cœur battait si vite, mais il aurait tout donner pour qu'on ne l'arrête pas. Après tout, en tant qu'Adrien, il n'avait jamais osé approcher la moindre fille de façon si directe et si proche. En tant que Chat Noir, il n'avait jamais été gêné de se pavaner devant Ladybug.

Ce soir, il fallait qu'il soit les deux à fois.

Quand elle réalisa que le jeune garçon rapprochait lentement et dangereusement son visage du sien, Marinette l'arrêta brusquement en mettant une main entre leurs bouches.

– Adrien, tu... Tu es amoureux de Ladybug... Pas de moi en tant que Marinette.

– Nuance, ma Lady. Je te l'ai déjà répété plusieurs fois. Je suis amoureux de toi, qui que tu sois sous ce masque. Je te suivrai jusqu'au bout. C'est toi que j'aime, toi... Pas ton costume.

Cela relevait du miracle que Marinette tienne encore debout à cette heure-ci. Depuis qu'elle l'avait rencontré, elle avait rêvé qu'Adrien prononce des mots pareils devant elle. Mais justement, cela avait toujours été un rêve. Jamais elle n'aurait cru que ce jour arriverait.

L'émotion transparaissait dans le sourire qu'elle adressa à celui dont elle était amoureuse. Elle n'avait plus à se tracasser la tête pour ces histoires. Adrien est Chat Noir. Chat Noir est Adrien. Rien ne pouvait être plus beau.

Marinette corrigea intérieurement cette pensée quand elle sentit Adrien l'embrasser. Enfin.

Tous deux eurent l'impression de ne plus respirer, le temps semblait suspendu grâce à ce simple contact. Au début gênés par cette sensation nouvelle, les deux adolescents prirent assez rapidement leurs aises et leurs repères, leurs lèvres se mouvant délicatement. Chacun songea à quel point les lèvres de l'autre étaient douces, et qu'ils ne souhaitaient en aucun cas que ce baiser prenne fin. Ils prenaient par ci par là une petite inspiration de temps en temps, se retrouvant toujours à s'embrasser. Ils souriaient dans ce baiser. Adrien se surprit à serrer la prise qu'il avait sur la nuque de Marinette ainsi que sur sa taille. Et cette dernière s'étonna presque d'avoir passé ses bras autour de son partenaire, l'emprisonnant pour qu'il ne lui échappe pas.

Seule l'envie contrôlait ses pulsions soudaines ; la raison n'y avait pas à sa place.

Au bout de ce qui semblait être une éternité et en même temps l'instant le plus court de toute leur vie, Marinette et Adrien se séparèrent. Et il rirent ensemble en réalisant ce qu'ils venaient de faire.

Adrien serra Marinette dans ses bras du plus fort qu'il pouvait. Maintenant qu'il avait trouvé sa Lady, il était hors de question pour lui de la laisser s'échapper. Ses mains vinrent caresser ses doux cheveux, tandis que Marinette se laissa bercer par cette agréable caresse et par les battements de cœur d'Adrien. Elle pourrait rester ainsi à tout jamais.

Si elle avait eu connaissance de ce florilège d'émotions plus tôt dans la journée, elle aurait mis sa main à couper qu'on lui mentait.

Elle dut elle-même se convaincre à plusieurs reprises que non, elle ne rêvait pas. Elle était bel et bien dans les bras d'Adrien – son Adrien –, dans l'un des lieux les plus romantiques de Paris. Et il venait de l'embrasser, elle.

A contrecœur, Marinette s'écarta légèrement de son amoureux pour le regarder.

– Dis, hum, tu te souviens à Grasse, commença-t-elle en se forçant intérieurement pour ne pas bafouiller. Quand on était dans la même... situation, acheva-t-elle en ayant bien réfléchi au terme à employer.

– Oui, je me souviens, lui répondit Adrien qui retenait son rire autant qu'il le pouvait. Pourquoi ?

Marinette laissa plusieurs secondes passer avant de reprendre, se retenant elle aussi de rire en sachant ce qu'elle allait dire.

– Je n'ai jamais été aussi frustrée de toute ma vie.

Comme elle s'en doutait, Adrien n'avait pu retenir son rire plus longtemps, et elle le suivit dedans. Il est vrai que la phrase avait de quoi être comique.

– Moi aussi, Marinette, crois-moi. Je pense même que j'ai été le plus frustré de nous deux.

– Ah bon, et qu'est-ce qui te fait dire ça ?

– Parce que j'ai toujours très très envie de t'embrasser.

Avant même qu'elle ne puisse répondre ou protester, Adrien captura à nouveau les lèvres de sa partenaire. Et cette fois-ci, la douceur du premier baiser laissa place à une nouvelle fougue, une nouvelle vague de chaleur. Encore des sensations nouvelles qu'il tardait aux deux amoureux d'explorer ensemble.

– Je suis impatient de connaître tous les plans que tu as élaboré avec Alya pour passer du temps avec moi, s'exclama Adrien.

– Oh, ça ! Ce ne sont que des détails. N'y fais pas attention, lui dit Marinette en rougissant.

– Tu as raison. J'ai tout le temps pour les connaître, dit-il en étant prêt à l'embrasser une nouvelle fois.

– Attends, Adrien, une question me brûle les lèvres.

– Je t'écoute.

– Le parfum que tu m'as offert. Tu l'as trouvé où à Grasse ?

Adrien ne s'était certainement pas attendu à cette interrogation en tant que première question de Marinette. Mais bon, après tout, elle avait eu toutes ces informations à digérer en très peu de temps, et il serait ravi de répondre à toutes les questions de la jeune fille.

– Je ne l'ai pas trouvé dans une boutique. Je ne l'ai même pas acheté. Je l'ai fabriqué pendant l'atelier de création.

– Tu... Tu as fabriqué un parfum pour moi ! réalisa Marinette.

– Je pensais te l'offrir quand je serais rentrer à Paris... mais le destin a voulu que nous nous retrouvions avant.

À la grande surprise d'Adrien, c'est Marinette qui l'embrassa à son tour. Il sentit tous ses remerciements à travers ce baiser.

– Merci, chaton, acheva-t-elle en lui donnant un léger baiser du bout des lèvres.

– On en est déjà aux petits surnoms mignons ?

– Ils sont tout trouvés, je crois.

– Tu as bien raison, ma Lady. Et si je le pouvais, j'aimerais te garder ici avec moi toute la nuit.

– D'ailleurs, qu'est-ce qu'on va dire aux autres demain ?

Adrien interrogea Marinette du regard.

– Ils vont bien voir qu'il y a... du changement entre nous. Et je ne crois pas que leur avouer qu'on est Ladybug et Chat Noir et tout ce qui s'est passé à Grasse soit un bon plan.

– Hum... Au pire, on laisse passer demain comme une journée normale. Après c'est le week-end, ça nous donnera deux jours supplémentaires pour réfléchir à une histoire à leur raconter.

– Oui mais il y a un petit problème... J'ai moi aussi très très envie de t'embrasser, dit Marinette d'une voix suave en reprenant les termes exactes d'Adrien quelques minutes plus tôt. Et je crois que je ne résisterai pas très longtemps au collège.

– Bon alors au besoin, on improvisera. L'histoire n'est pas très importante. Ce qui compte, c'est ce qu'on est maintenant.

Marinette regarda Adrien avec un air totalement incrédule, ne saisissant pas où il voulait en venir. Percevant cela, Adrien leva les yeux au ciel face à tant d'innocence.

– Un couple, finit-il par lui dire pour qu'elle réalise où ils en étaient.

– Un-un-un-un-un-

– Oui, Marinette, un couple, ria Adrien en voyant sa nouvelle petite-amie en train de littéralement court-circuiter.

La jeune fille regarda autour d'elle comme si elle était perdue, demandant silencieusement à Adrien si elle avait bien compris où il voulait en venir. Il acquiesça une nouvelle fois.

– Moi ? dit-elle en désignant. En couple ? Avec Adrien Agreste ? C'est le plus beau jour de ma vie ! déclara-t-elle en se jetant dans ses bras.

– Et crois-moi, ma Lady, tu n'es pas au bout de tes surprises.

Quand Adrien l'embrassa encore et encore, Marinette se sentit bien chanceuse. Si le moindre petit événement était modifié dans cette ligne temporelle, alors tout ce qu'elle était en train de vivre ne se serait jamais produit. Sa bonne étoile était avec elle. Elle remercia le ciel d'avoir mis sur la route de Ladybug et Chat Noir ce voyage scolaire qui, il fallait le reconnaître, avait retourné leurs cœurs, mais avait également été le déclencheur de ce tout nouveau pan de leur vie.

Ils étaient ensemble, envers et contre tout. Ensemble dans leur vie héroïque. Ensemble dans leur vie privée.

Ensemble, et c'était ça le plus important.


FIN


Et bien voilà ! J'espère que votre frustration aura été comblée par ce long chapitre XD N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé :)

Peut-être nous retrouverons-nous pour de prochains écrits et défi :D