Chapitre 8

Les deux minutes qu'accorda Aria à Byakuran s'écoulèrent et ce dernier s'en retourna à ses appartements. Il n'avait rien dit, mais elle ne s'inquiétait pas vraiment sur ce qu'il allait arriver. Elle verrait bien assez tôt se disait-elle.

Le reste de la nuit s'écoula rapidement et la jeune fille redevint Rei. Arrivé au bureau du décoloré, elle prit une grande inspiration avant d'y entrer. Comme bien souvent par le passé, personne n'était présent dans la pièce… Elle s'avança alors auprès du bouquet de roses et de lys qu'elle huma avant de s'en occuper, remarquant le manque d'eau et les quelques fleurs fanées.

L'heure s'écoula, et personne n'arriva. Elle déposa son rapport sur le bureau de son supérieur, puis s'en alla. De la journée, elle ne fit que ça, le décoloré n'étant jamais présent, même après une heure d'attente… La semaine même passa, et ce, sur ce même schéma.

Arrivé au matin de la semaine suivante, elle se décida à s'aventurer là où personne n'avait le droit de venir, à savoir : La chambre de Byakuran. Elle était tout simplement agacée de ne plus lui faire face, tout comme elle en avait assez d'empiler les rapports sans jamais pouvoir transmettre les ordres… S'avançant donc jusqu'au fond du bureau, elle ouvrit une première porte la menant à une sorte de bibliothèque. Elle regarda tout autours d'elle et se prit de curiosité pour ce qu'il pouvait bien lire… Prête à attraper un premier livre à l'aveuglette, elle en remarqua un posé avec un marque page sur la grande table au centre de la pièce. Elle l'examina un moment : Il était couvert d'une pochette en velours pourpre avec, brodé en dorée, « Roméo & Juliette – William Shakespeare »… Surprise d'une telle lecture, elle l'ouvrit à l'endroit où se trouvait le marque page. « Un feu qui brûle en éteint un autre ; une douleur est amoindrie par la vivacité d'une autre douleur ».

Une porte un peu plus au loin grinça alors. Sursautant, car trop plongée dans ses songes, Aria faillit en perdre le livre des mains. Arrivant dans la pièce depuis une autre, Byakuran la dévisagea, l'air bien fatigué, voire déprimé.

- Que fais-tu ici ? lança-t-il.

- Ne vous ayant vus depuis une semaine, je commençais à m'inquiéter. Je m'apprêtais simplement à aller m'informer de votre état.

- Tu n'es pourtant pas sans savoir qu'il est interdit d'entrer ici. Encore plus pour toi.

- Ainsi, vous lisez du Shakespeare, dit-elle, indifféremment, le livre tendu.

- Est-ce si surprenant ?

- Pas vraiment.

Sans plus rien ajouter, et sans même le regarder à nouveau, Aria reposa le livre et se dirigea vers la porte menant au bureau. Toutefois, avant qu'elle n'ouvre la porte, et sans qu'elle ne se rende conte de rien, elle fut retenue. Sa main droite sur la poignée de la porte, elle ne la tourna pas et resta immobile, son bras tout juste attrapé par Byakuran.

- Qui a-t-il ? demanda-t-elle sans se retourner, d'une voix posée.

- Rien. Reste juste comme ça quelques minutes.

- Seriez-vous, en vérité, un faible, boss ? enchaîna-t-elle de cette même voix.

- Qui sait, soupira-t-il.

- Vous ne devriez pas vous montrez ainsi face à moi.

- C'est pour cette raison que je t'interdis de te tourner.

Elle ne répondit pas et resta ainsi un certain temps. Il se détacha et repartit à sa chambre, sans rien dire. Ce n'est qu'après avoir entendu le claquement de sa porte qu'Aria se décida à retourner dans le bureau, l'attendant près des fleurs, comme toujours. Byakuran n'apparut qu'une vingtaine de minutes plus tard, l'air de rien. Elle-même fit comme ci de rien n'était et lui fit son rapport, comme par le passé. Elle lisait machinalement, sans aucune faute et de manière régulière. Elle semblait toujours aussi détachée que le premier jour, impassible et inaccessible. Son supérieur, quant à lui, la dévisageait sans expression notable, comme s'il était perdu ailleurs et qu'elle s'était postée comme ça, dans son champ de vision.

Son monologue achevé, elle regarda brièvement le décoloré et s'en alla. Celui-ci regarda sa silhouette disparaître derrière la porte avant de se plonger dans une contemplation du paysage… Néanmoins, la porte se rouvrit.

- Aurais-tu oublié un détail ?

- En quelque sorte, et cela fait plus d'une semaine que je souhaite vous en parlez.

- Tu peux arrêter de jouer un rôle, personne ne t'entendra.

- Où est Mukuro ? lança-t-elle sévèrement et assurément.