Chapitre 12
Enveloppée d'un drap immaculé sur un lit d'urgence, Aria s'éveilla doucement, une perfusion au bras gauche. Sa vue encore brouillée, elle cligna à plusieurs reprises des yeux avant d'enfin stabiliser sa vue. Au dessus d'elle, un plafond gris. Elle se redressa, sujette à d'horrible maux de tête, et scruta tranquillement la pièce. Elle ressemblait un peu à une salle d'opération… Sans pour autant rien lui inspirer en particulier. Elle tenta de se souvenir de ce qui lui était arrivé, chose vaine sur le coup.
La porte s'ouvrit alors, laissant place à un adolescent châtain, la coupe en pétard, en quelque sorte. Il portait un uniforme de lycéen et paraissait des plus innocents avec son inquiétude clairement visible. Aria le dévisagea un moment puis il s'avança, lâchant un soupir de soulagement.
- Je suis si heureux que tu n'es rien ! Quant on t'a retrouvé, j'ai eu si peur qu'il ne soit trop tard…
- Pardon ?
- Tu ne te rappelles pas ?
Baissant les yeux, la brune hocha négativement la tête. Son esprit était encore bien embrumé… Le jeune homme lui expliqua alors la situation : Chrome avait reçue un « appel » de Mukuro, celui-ci lui indiquant une ruelle perdue dans la ville. De là, ils l'avaient trouvé…
- Tu es… Tsuna ? demanda alors la brune, des yeux grands ouverts de surprise.
- Oui, sourit-il. Enfin, je viens de dix ans dans le passé…
Ouvrant alors comme jamais ses yeux et prise d'une angoisse soudaine, Aria agrippa les vêtements de Tsuna. Venant tout juste de récupérer chacun de ses souvenirs, elle tenta d'aligner ses mots, vainement… Sa panique ne cessait de s'accroître, l'empêchant toute réflexion posée, elle ne savait par où commencer.
C'est alors qu'arrivèrent les amis de Tsuna. Tous de plutôt bonne humeur, ils remarquèrent l'état de folie de la jeune femme, celle-ci face au dixième Vongola. Ils s'approchèrent tous, tentant de la calmer et de comprendre ce qu'elle voulait dire. Tsuna la regarda longuement sans rien dire. Elle ne faisait que le regarder. Ses yeux reflétaient ses sentiments et, bien plus encore, les moments qu'elle avait passé dans la base ennemie… Spectateur de pareilles scènes, l'adolescent finit par comprendre, et même ressentir, tout ce qu'Aria éprouvait. Il s'approcha alors, tremblant. Il savait parfaitement ce qu'elle voulait savoir, mais il ne savait quoi lui dire. Il voulait la rassurer, mais comment faire si, même lui, n'avait la certitude de rien du tout ? Il était bouleversé…
Tout doucement, près d'elle, il s'empara de ses mains et ne la quitta pas des yeux, cherchant à la calmer. Il savait que, tout comme lui, elle pouvait comprendre en un regard, mais encore fallait-il qu'il sache comment lui démontrer… Il avait peur. Peur qu'elle comprenne de travers. Peur qu'elle ne devienne de plus en plus folle. Peur de la perdre sous ses yeux.
Spectateurs d'un pareil spectacle, les autres les regardaient sans rien dire, n'ayant véritablement rien compris de ce qu'il se passait… Tsuna ouvrit alors la bouche, conscient qu'il ne pouvait, de toute manière, pas lui cacher.
- Désolé Aria, mais… Nous n'avons aucune nouvelle de Mukuro…
Vidée sur place, et en un instant, la jeune femme sentit tous ses muscles la lâcher. Elle tenta de dénicher la moindre lueur de malice dans le regard de Tsuna, lui montrant ainsi qu'il s'agissait d'une mauvaise blague, mais il n'en fut rien… Elle baissa alors le visage et se laissa tomber contre son lit, contemplant le plafond de la pièce, un sourire aux lèvres. Tous la regardèrent, inquiet de son état. Ce n'était pas un sourire heureux, loin de là même.
Quelques minutes s'écoulèrent dans le silence le plus plat et oppressant possible. Personne n'osait dire quoi que se soit quant, enfin, Aria ouvrit la bouche.
- « Un feu qui brûle en éteint un autre ; une douleur est amoindrie par la vivacité d'une autre douleur »… Plutôt vrai, vous ne trouvez pas ? commença-t-elle en fermant les yeux. J'ai à nouveau risqué ma vie pour finalement revenir sans lui…
Rouvrant tout doucement ses yeux, elle laissa quelques larmes perlées le long de ses joues, son sourire faussement heureux ne quittant ses lèvres. Personne ne savait ce qu'était devenu Mukuro et c'était bien à cause de cette incertitude qu'elle pleurait. Elle était angoissée, elle craignait d'avoir perdu l'être qui lui était le plus cher au monde… Celui qui l'avait, en quelque sorte, sauvé de ses propres ténèbres. Elle ne parvenait à se dire qu'il était encore en vie, elle avait peur. Peur que ses pressentiments ne soient vrais, peur que cet appel d'urgence pour la récupérer n'est été donné avant sa propre fin…
Elle craignait le monde sans lui, tout simplement.
