Bonus n°1 : parce que j'ai fait ce rêve et que je ne pouvais plus m'en débarrasser. J'espère que vous ne serez pas déçus.
Merlin était dévasté. D'abord, il n'avait pas pu sauver Morgane ou Mordred, et maintenant voilà qu'il perdait Arthur et Kilgarrah.
S'il avait su que sa destinée le mènerait à perdre tout le monde, il n'aurait jamais accepté de se sacrifier autant durant toutes ses années. Il n'avait eu que 3 années pour réellement profiter de ce bonheur précaire qu'il avait eu avec Gauvain et Arthur avant que Morgane ne revienne et gâche tout. Et il n'avait jamais réellement été honnête avec aucun des deux pendant ces années, à devoir cacher sa magie.
Il avait été tellement soulagé de voir Arthur lui pardonner ses mensonges récemment qu'il n'avait pas pensé que peut-être c'était là plus un cadeau d'adieu qu'un réel pardon de sa part.
Comment pourrait-il annoncer aux gens de Camelot, à Gauvain et aux chevaliers, à Guenièvre qui les avait tant soutenus, qu'il avait échoué dans son rôle de protecteur ?
Le cœur lourd, il se mit en chemin. Peut-être Gauvain et lui-même pourraient se soutenir mutuellement dans cette épreuve de plus.
Il n'arriva à Camelot que pour voir les chevaliers préparer un bucher funéraire avec un air sombre.
Pendant une horrible seconde, il crut que tout le monde savait déjà qu'il n'avait pas réussi à protéger Arthur et attendait le corps du Roi pour pouvoir faire le deuil.
Puis il vit la joie et l'espoir sur le visage de tous ceux qui le connaissaient.
"Merlin ! On ne t'a pas vu depuis la fin de la bataille! Gaius nous a dit que tu aidais ce sorcier à sauver Arthur, ou est-il? demanda Léon en se forçant à ravaler sa peine. Les nouvelles du retour du roi apaiseraient certainement tout le monde, et il priait pour que le jeune serviteur n'ait pas également perdu son maitre.
Malheureusement, en entendant ces mots, Merlin comprit que personne n'avait encore eu vent de la triste nouvelle, et un sentiment d'effroi le prit.
"Pour qui est ce bucher?" interrogea Merlin avec la gorge serrée. Ses yeux commençaient déjà à le piquer en se préparant à entendre le nom d'un ami.
"Merlin..." souffla doucement Léon, un mauvais pressentiment le faisant s'arrêter en plein milieu de sa phrase. "Tu as fait un long voyage, laisse-moi t'accompagner à tes quartiers et je te dirai tout ce que tu veux savoir."
Léon avait fait signe à quelqu'un qu'il s'éloignait avec Merlin. Il soupira de soulagement quand il vit que Gaius les attendait à la porte. La discussion serait plus facile avec l'homme qui servait de figure paternelle à Merlin depuis si longtemps.
"Merlin, mon petit ! Tu vas bien? questionna Gaius en se jetant presque sur son protégé. Certes il savait que c'était le plus puissant sorcier ayant foulé cette terre, mais l'avoir loin de lui l'avait tout de même inquiété, plus encore que de devoir donner le sceau d'Arthur à Guenièvre.
"Je vais bien. Enfin je crois.
- Oh mon pauvre petit. Tu as fait tout ce que tu as pu," le réconforta le médecin.
Les yeux dans le vague, Merlin ne répondit pas. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour ne pas s'effondrer. Il voulait Gauvain et oublier sa tristesse dans ses bras.
C'est à ce moment là que Léon comprit réellement que son roi ne reviendrait pas. Sous la surprise, il ne se rendit pas compte qu'il lâcha une exclamation que le sorcier entendit.
"Je suis désolé", s'excusa Merlin, ne parvenant finalement plus à retenir ses larmes, "je vous jure que j'ai essayé autant que j'ai pu mais je ne suis pas arriver assez tôt."
"Ne t'excuse pas, Merlin. On savait tous lorsque Gaius nous a ramené le sceau royal que le roi lui-même craignait de ne pas revenir. Sais-tu au moins ce qu'il est advenu de Morgane?"
Merlin ne fit pas mine d'avoir entendu la question, et le chevalier lui laissa le temps. La sorcière était un préoccupation importante mais après la bataille qui venait de se dérouler, elle ne causerait pas immédiatement d'ennuis. Ils auraient tous le temps de faire leur deuil bien avant qu'elle ne revienne en force.
"Elle est morte.
- Tué par le sorcier qu'on a vu?" voulut clarifier Léon.
Merlin lança un regard en coin à Gaius. Il ne savait pas comment répondre à cette question sans mentir, mais il ignorait également comment le chevalier réagirait. Gaius le regarda tendrement avant de prendre les choses en main.
"Il est de nombreuses choses que nous devons éclaircir, et celle-ci en fait partie. Cependant, vous devez promettre de ne rien révéler de ce que nous allons nous-mêmes dévoiler si vous voulez une réponse franche.
- Dame Guenièvre sait-elle ce que vous vous apprêter à me révéler?
- Cela et bien plus encore. Son regard est bien plus affûté de par sa condition pour vouloir détourner le regard comme bien des nobles nés le font.
- Alors je promets de garder vos secrets jusqu'à ce que vous m'en ordonniez autrement", jura le chevalier.
Gaius sourit en voyant le regard du chevalier jusque là perdu se faire plus clair. Oui, tout révéler aux chevaliers les plus proches de son fils de cœur était la bonne solution.
"Alors sachez cela : Merlin et le sorcier que vous avez vu ne font qu'un, bien qu'il n'ait pu intervenir que sous un déguisement afin de ne pas risquer sa vie plus que nécessaire."
Il savait qu'il y avait possibilité que le chevalier réagisse mal, ou appelle les gardes pour faire exécuter Merlin, mais ce n'était pas le premier à être mis au courant, et il avait foi en sa capacité à évaluer les dangers pesant sur tous. Léon ne sembla souffrir d'aucun autre choc que celui d'enfin avoir la dernière pièce du puzzle.
"Cela explique au moins pourquoi Merlin a décidé de quitter Arthur à la veille de la bataille alors qu'il avait fait une habitude de risquer sa vie pour lui. Mais qu'en est-il de Morgane?
- Elle est morte, une épée dans le cœur, répondit Merlin. Elle voulait achever Arthur, et elle était de ma responsabilité alors je n'ai pas eu d'autre choix que de la tuer."
Léon sursauta en entendant le ton plein de regrets de Merlin. Tout le monde savait que la fille d'Uther et le serviteur avait été ami à son arrivée au château, mais il ne pensait pas qu'il porterait le deuil de quelqu'un ayant essayé de le tuer lui et ses amis plusieurs fois.
"Je suis désolé Merlin, que tu aies du voir autant de morts, murmura Léon.
- Je n'ai pas réussi à les sauver, je devrais être celui qui m'excuse.
- Pas de cela entre nous. Serviteur ou sorcier, personne ne peut sauver tout le monde.
- Vous ne m'avez toujours pas dit pour qui est le bucher funéraire dans la cour."
Le silence s'abattit sur la pièce après la remarque de Merlin. Après plusieurs minutes, Merlin comprit que la nouvelle ne serait pas agréable à entendre.
"Pour Gauvain"
Les bocaux explosèrent dans la pièce au moment même où Léon décidait de prononcer ces mots fatidiques. Aucun des trois hommes ne fut blessé, mais la violence des explosions fit venir d'autres chevaliers. Merlin profita de la cohue pour s'échapper de Camelot.
Il savait qu'il n'avait que peu de temps avant que le corps de Gauvain ne soit brulé, et il doutait d'arriver à temps mais il devait essayer. C'est pourquoi il fit quelque chose de très dangereux et poussa sa magie au delà de ses limites.
Il arriva bientôt sur l'ile fortunée, espérant de tout cœur que s'il ne pouvait pas sauver tout le monde, il pourrait sauver au moins une personne.
Le monde spirituel lui refusa ce cadeau.
Il lui refusa aussi le repos.
Quand il eut enfin le courage de rentrer à Camelot pour affronter le regard des autres, il ne s'attendait pas à se faire accueillir par une étreinte protectrice de Léon. Il s'attendait à ce que Gaius se soit inquiété, mais il n'avait pas été particulièrement proche du chef des chevaliers.
Malgré lui, en parlant d'adieu, le roux lui donna même une idée insensée.
Cette fois-ci, il ne partit pas de Camelot. Son plan pouvait ne pas marcher, et il ne voulait pas inquiéter Gaius plus que nécessaire peu de jours avant la révélation officielle à tous de ses pouvoirs.
Après plusieurs heures à fouiller le trésor royal, il trouva enfin ce qu'il cherchait.
Le soir même, isolé dans les caves où Kilgarrah était prisonnier à son arrivée au Château, il était fin prêt.
Prenant une grande inspiration, il souffla dans la Corne de Cathbhadh.
Il fut choqué mais heureux de voir qu'il avait suffisamment de pouvoir pour se passer des Pierres du Néméton.
A voir la tête que faisaient Arthur et Gauvain, ils ne s'attendaient pas à cela non plus.
Après avoir crié tout son saoul pour avoir fait quelque chose d'aussi risqué, Arthur se calma enfin. Son idiot de serviteur n'était peut-être que cela : un idiot, mais il venait au moins de leur donner une occasion de se dire au revoir correctement.
Une fois que tout fut dit ou presque vint le temps des adieux véritables lorsque Merlin dut retourner au monde réel. Gauvain demanda à ce qu'il promette de ne jamais plus utiliser la Corne de Cathbhadh et de vivre pour eux deux, le sorcier promit.
En y repensant, Arthur aurait du se douter que leurs regards brillants à ce moment-là signifiait bien plus, et que si quelqu'un pouvait trouver une faille, ce serait bien ces deux-là.
A contre-cœur, mais apaisé, Merlin quitta le monde spirituel.
Il ne put pour autant s'empêcher de jeter un dernier coup d'œil derrière lui en partant.
Arthur leur pardonnerait bien un jour pensa-t-il avec son sourire en coin habituel.
Voilà pour un petit bonus. Qu'en avez-vous pensé?
