Hello ! Voilà le troisième chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Merci pour vos reviews, elles m'ont fait énormément plaisir. Bonne lecture !

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Disclaimer : seule l'histoire est à moi, l'univers et la plupart des personnages appartiennent encore et toujours à la très grande JKR.

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Deuxième trimestre, partie 1

25 novembre 1998

Hermione ne pouvait détacher son regard de son ventre. Rond. Il était rond. Jusque-là, elle avait pu se convaincre que c'était un simple effet de son imagination, une petite prise de poids, une étrange hallucination due à l'anticipation. À présent, elle ne pouvait plus le nier. Son ventre s'arrondissait. Il prenait la forme d'un ventre de femme enceinte.

Hermione passa doucement une main dessus.

Aujourd'hui, cela faisait trois mois, jour pour jour. Douze semaines, sur les trente-six du terme. Un tiers de la grossesse d'une femme. À présent, pour beaucoup de gens, le petit être qui grandissait en elle n'était plus un simple tas de cellules c'était un bébé. Un petit, un vrai, un adorable bébé. Hermione le savait : aujourd'hui, elle passait la date limite d'avortement dans certains pays d'Europe.

La main sur son ventre se crispa légèrement, la deuxième vint la rejoindre, la détendre.

Plus que six mois. Comment allait-elle faire ?

— Hermione, qu'est-ce que tu fais ? demanda Ginny en tambourinant sur la porte de la salle de bain.

La brune sursauta et, comme sortie d'une transe, laissa retomber ses bras le long de son corps.

— J'arrive, Ginny. Juste une seconde.

— Dépêche-toi, ou on n'aura plus le temps de déjeuner.

— J'arrive, je te dis.

Après un dernier regard à son ventre légèrement rebondi, elle rabaissa son T-shirt la courbe se voyait encore, à peine. Elle enfila par-dessus sa robe de sorcière, s'observa sous toutes les coutures. Rien – parfait.

Elle attrapa sa besace qui trainait par terre, enleva la pince qui maintenait, difficilement, son épaisse chevelure brune et celle-ci se déversa dans son dos en un mélange de boucles et de nœuds. Entrevoyant une forme sombre tomber, elle se retourna pour découvrir un chouchou noir, vraisemblablement échappé de sa tignasse. Elle avait oublié l'avoir utilisé.

Ginny se remit à marteler le battant. Hermione ramassa en vitesse son élastique et se précipita vers la porte. Lorsqu'elle l'ouvrit, Ginny manqua lui tomber dessus.

— Enfin ! s'exclama-t-elle d'un ton de reproche. Qu'est-ce que tu faisais là-dedans ?

— Rien de particulier.

Hermione ne lui confiait rien de ce qui concernait sa grossesse. En fait, elle ne lui confiait plus grand-chose, et la rousse non plus. Alors que cette dernière attrapait son propre sac, Hermione jeta un coup d'œil à son ventre. Comment faisait-elle pour ne rien voir ? Elles étaient toutes les deux à trois mois, le ventre de la rousse aurait dû être aussi arrondi que le sien…

— Hermione !

Sortie soudainement de ses pensées, la jeune femme cligna plusieurs fois des yeux, puis se tourna vers Ginny, une expression à la fois désolée et interrogative sur le visage. Son amie soupira.

— Tu es prête ?

Hermione acquiesça et tandis qu'elles se mettaient en route, l'autre reprit.

— Ces temps-ci, tu es vraiment distraite. J'ai l'impression que tu ne profites pas de ta dernière année comme tu le devrais. J'ai une idée : et si on allait à une soirée, ce soir ? J'ai entendu dire par Lorie Johnson que les Poufsouffle organisaient quelque chose… Qu'est-ce que tu en dis ?

— Je suis désolée, Ginny, mais pas ce soir. On a cours, demain, et j'ai une tonne de devoirs à faire. Et puis, je suis très fatiguée, depuis quelques temps.

Son amie grogna, puis se lança dans une explication savante du pourquoi de la fatigue d'Hermione et du comment elle devrait y remédier, selon elle. Hermione décrocha vite.

Quand elles entrèrent dans la Grande Salle, Hermione comprit aussitôt qu'un évènement important s'était produit. Au vu du sujet principal de cette année et du nombre d'élèves penchés sur un journal, elle pouvait parier qu'un nouvel article sur ces étranges grossesses était paru.

Les deux filles atteignirent leurs places habituelles, l'une en papotant, indifférente à l'ambiance lourde de la pièce, la seconde scrutant les visages et tendant l'oreille, à la recherche d'un détail sur l'article paru. Elle n'eut pas longtemps à attendre : elle n'était pas assise que Harry lui tendait son exemplaire de La Gazette.

LES BEBES-POTIONS : PREMIERE ECHOGRAPHIE

Elle s'empressa de lire l'article, qui expliquait que les premières écographies avaient eu lieu quelques semaines plus tôt, révélant des bébés parfaitement normaux. Jusqu'ici, aucune grossesse multiple découverte. D'après les journalistes, qui poursuivaient leur enquête, Potionwiz' reconnaissait possible le lien entre ces multiples grossesses indésirées et leur potion « simulation de grossesse ». Selon des experts en potions et sortilèges, la création d'un lien entre la fille ayant bu la potion et le garçon au nom marqué sur le parchemin ensorcelé aurait permis la mise en place d'une grossesse. Autrement dit, le patrimoine génétique du bébé venait de la mère et de celui qu'elle aurait elle-même choisi.

Hermione interrompit sa lecture, une main sur la bouche, comprenant progressivement ce que cela voulait dire. Son regard dériva lentement et s'arrêta sur Harry, qui la fixait avec inquiétude. Elle tenta de le rassurer d'un faible sourire puis, s'efforçant d'oublier le périlleux sujet du père, elle poursuivit sa lecture.

« Dans les semaines qui suivront, des mesures seront prises afin de retirer ces potions du marché sorcier. En attendant, Potionwiz' assumera les frais liés aux soins des dizaines de mères porteuses des bébés-potions et une solution sera apportée à celles qui ne souhaitent pas garder le bébé. » concluait l'article.

Le regard d'Hermione se porta alors sur la photo accompagnant le texte. Elle n'eut pas besoin de lire la légende pour comprendre ce qu'elle représentait : l'échographie d'une de ces adolescentes. Elle la dévora du regard et posa instinctivement sa main sur son propre ventre. Elle ne parvenait pas à croire qu'il renfermait un tel trésor.

Elle comprit soudain que quoi qu'on lui propose, elle ne se débarrasserait pas de lui.

Elle serait mère quelles qu'en soient les conséquences.

Ce fut cet instant que choisit le directeur récemment nommé, Filius Flitwick, pour demander l'attention de l'ensemble des élèves. Il tenait entre ses petites mains crispées un parchemin qui ne contenait ni discours, ni article, si on en jugeait par le sceau ministériel apposé en évidence dessus.

— Miss et Mister, je suppose que vous avez tous entendu parler de ces bébés-potions. Bien que ce ne soit le vœu de personne, il est désormais incontestable que cette théorie est véridique. La prise de mesures est donc obligatoire. C'est pourquoi je demanderai à toutes les jeunes filles ayant bu cette potion de présenter dans la journée leur identité au professeur McGonagall, accessible à son bureau. Soyez assurées, Miss, que ces informations resteront strictement confidentielles.

Il s'arrêta un petit moment pour promener son regard grave sur la foule d'élèves lui faisant face. Cherchait-il, comme Hermione un instant plus tôt, à savoir qui, parmi cette foule, était concerné ? Elle n'eut pas le loisir de trancher la question : il revint à son discours, d'un ton plus léger.

— A temps exceptionnels, congés exceptionnels : profitez de cette journée pour réfléchir à votre futur. Car cette année, ce ne seront pas une, mais deux promotions qui passeront leurs ASPIC. Une première dans l'histoire de notre belle école.

Il se tut enfin, parcourut la salle de ses yeux sérieux, puis quitta la pièce, aussitôt suivi de plusieurs autres professeurs, dont McGonagall. Les élèves ne tardèrent pas non plus à déserter les lieux, leur préférant, pour la plupart, les salles communes. Hermione ne fit pas exception et, installée dans un fauteuil, Harry, Ginny et Ron autour d'elle, elle observa en silence les allées et venues des élèves. Les plus jeunes, indifférents à l'émoi de leurs aînés, profitaient de leur journée de congé. Quant aux élèves plus âgés, ils discutaient à voix basses et parfois, un petit groupe de filles disparaissait pour quelques minutes. De la vingtaine de filles de cinquième, sixième et septième années, moins d'un quart seulement ne se rendirent pas au bureau de la sous-directrice. Ginny en faisait partie.

Ce fut en milieu d'après-midi qu'Hermione annonça se rendre au bureau, provoquant l'ahurissement de Ron.

— Tu… Tu as pris la potion ? Toi ?

Hermione ne lui répondit même pas, exaspérée par le temps qu'il lui avait fallu pour comprendre.

— Tu viens avec moi, Ginny ?

La rousse, qui lisait un traité sur les pouvoirs des pierres de lune, leva lentement la tête dans sa direction.

— Pourquoi faire ?

— Peut-être pour s'enregistrer ? ironisa Hermione. Je te rappelle que nous l'avons prise, cette potion, et ensemble.

Elle entendit vaguement Ron s'étouffer, sûrement avec sa propre salive.

— Hermione, quand vas-tu le comprendre ? Ils nous font marcher. Ils nous manipulent – pourquoi exactement, je ne sais pas – et si tu vas donner ton nom, tu marches dans leur jeu.

Hermione écarquilla les yeux, médusée.

— Mais… Mais comment peux-tu nier… Enfin… Relève ton pull !

— Pardon ?

— Relève ton pull, s'il te plait, Ginny.

Les trois autres la dévisagèrent comme si elle était folle, mais ce n'était pas le cas. Hermione était parfaitement saine d'esprit. Elle voulait juste comprendre : comment sa meilleure amie faisait pour nier ainsi la réalité ?

Encore stupéfaite, Ginny vérifia que personne ne les espionnait. Puis, sous le regard sérieux d'Hermione, elle souleva sa robe de sorcière, révélant une mini-jupe bleu marine et un top blanc. Encore un coup d'œil alentours et elle remonta ce dernier… révélant un ventre parfaitement plat.

Hermione, et Harry, qui avait finalement compris la manœuvre de son amie, le fixèrent sans y croire.

— Mais… mais comment… murmura la brune. Tu… Tu es enceinte… Tu ne peux pas avoir le ventre… plat.

Elle repensa au sien, chaque jour un peu plus arrondi.

— Je te l'ai dit : je. Ne. Suis. Pas. Enceinte. Je ne sais pas ce qui t'a fait croire le contraire, mais s'il te faut une preuve pour enfin me lâcher avec ça, la voilà !

Hermione hocha la tête et se leva, lentement. Elle échangea un regard de totale incompréhension avec Harry, puis se dirigea vers le portrait. Avant de quitter la pièce, elle se retourna une dernière fois et aperçut Ginny qui arrangeait top et robe sur son ventre dénué de toute grosseur. Dans le couloir, elle caressa le sien, craignant soudain d'avoir tout imaginé. Mais non : même à travers l'épais tissu de son uniforme, elle sentait la bosse dissimulée par son ample robe noire.

Encore un peu sonnée, elle prit la route du bureau du professeur McGonagall.

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— Hermione !

La brunette sursauta et leva la tête de son livre de potion pour découvrir, un peu plus loin, une Ginny Weasley ayant dépassé le stade de la plus folle des colères. Elle fonçait droit devant elle comme un taureau furieux, et Hermione n'entretenait aucun doute sur sa cible : elle. Elle se décala prudemment de quelques sièges, afin de placer entre Ginny et elle la table, puis attendit en silence l'arrivée tonitruante de son amie. Celle-ci s'arrêta dans une glissade, à trois centimètres et demi d'un coin de la table. Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, et il fallut un petit moment à Hermione pour comprendre que sa colère était si grande qu'elle l'empêchait de communiquer. Pour finir, abandonnant le langage, elle fusilla du regard la brune.

À cet instant, le regard rouge de colère et les mains sur les hanches, elle ressemblait tant à sa mère qu'Hermione ne put que se ratatiner sur elle-même, ce qui sembla satisfaire Ginny. Elle patienta quelques secondes puis rouvrit la bouche pour un autre essai, avec succès, cette fois.

— Je ne suis pas enceinte.

— Je… Je le sais.

— Vraiment ? Je n'en ai pas l'impression.

— Ecoute, je t'ai déjà dit que j'étais désolée pour l'autre jour. J'étais tellement persuadée que… enfin, j'ai pris mon cas pour une généralité. Mais je le sais, maintenant : tu n'es pas enceinte.

Il lui sembla que Ginny se calma un peu plus, revenant doucement à son état normal. Ce fut pourtant avec force que la rousse abattit sur le livre d'Hermione une feuille pliée en deux. La brune lança un regard d'incompréhension à son amie, puis attrapa du bout des doigts le parchemin et le déplia. C'était une lettre. D'un regard interrogateur, elle demanda la permission et Ginny ne réagissant pas, elle supposa qu'elle avait le droit de la lire.

« Chère Miss Ginevra Weasley,

Nous requérons votre présence à l'infirmerie cette après-midi, à quinze heure trente précise. Aucun retard ni absence ne sera justifiable.

Minerva McGonagall,

Directrice adjointe »

Hermione releva la tête, et Ginny l'incendia.

— Alors ? Qu'est-ce que tu leur as dit, hein ?

Hermione posa son regard sur le pavé devant elle, croiser le regard furibond de Ginny ne l'aidait pas à réfléchir. Elle n'eut cependant pas besoin de chercher longtemps pour se souvenir de sa discussion avec le professeur McGonagall.

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La porte du bureau était fermée. Elle levait la main pour frapper quand elle s'ouvrit sur deux Serpentard discutant fiançailles, qui se turent en la voyant, pour mieux la fusiller du regard.

Oh, oh ! La petite Granger a fait des bêtises… Qu'est-ce que va dire son petit-ami Poil de Carotte ? lâcha méchamment Pansy Parkinson en passant devant elle, faisant ricaner Daphné Greengrass.

Malgré la haine et la culpabilité qui l'assaillirent à l'entente de ses paroles, Hermione garda un visage parfaitement impassible et attendit de les voir disparaître au coin du couloir pour entrer à son tour dans le bureau. Le professeur McGonagall corrigeait des copies, assise derrière son pupitre. Entendant la porte grincer, elle leva les yeux à son entrée.

Miss Granger ?

Elle avait beau essayer, elle ne parvenait pas à cacher sa surprise. Même si Hermione s'y attendait, cela lui fit mal. Elle n'était plus la parfaite élève modèle elle allait tous les décevoir.

Oui, professeur. Je suis venue m'inscrire, comme le professeur Flitwick l'a demandé.

D'accord. Très bien. Donc, vous avez pris la potion ?

C'est ça.

Et… je suppose que vous savez quand ?

Hermione fut déconcertée par la manière dont elle posait sa question. Certaines filles étaient-elles inconscientes au point de ne pas se souvenir de la date exacte ?

C'était le lundi deux septembre.

Et avez-vous remarqué quelque chose d'inhabituel ?

J'ai des nausées. Je suis fatiguée. Et… j'ai le ventre rond.

Les sourcils du professeur se soulevèrent tandis qu'elle reprenait sa phrase. Hermione acquiesça, mais la directrice adjointe semblait toujours stupéfaite. Qu'est-ce qu'elle pensait, que tout était resté comme avant ?

Et comment est-il rond ?

Eh bien, je suppose, comme un ventre de trois mois.

Et vous n'avez pas jugé bon de nous en parler ?

Je ne vois pas pourquoi je l'aurais fait. Ce que je fais de mon temps libre ne regarde que moi et si j'aurais fini par vous en parler, je pense que j'avais le droit de le garder pour moi le temps de prendre la décision qui s'impose. De plus, je ne suis pas totalement inconsciente, professeur : je me suis déjà documentée sur le sujet. Je connais parfaitement mes droits, mes possibilités et je n'ai à aucun moment mis la vie du bébé en danger.

Son professeur hocha la tête, mais son expression moins pincée laissa penser à Hermione qu'elle posait les mêmes questions à toutes les étudiantes et qu'elle n'était pas celle qui avait le moins bien répondu.

Très bien, Miss Granger. Je vous remercie de votre sincérité.

Elle était congédiée. Pourtant, elle n'arrivait pas à se décider à quitter les lieux. Minerva le remarqua.

Y a-t-il autre chose, Miss Granger ?

Hermione se mordit la lèvre, hésita encore une seconde, puis lâcha :

Ginny a également pris la potion. Mais elle ne semble pas enceinte.

Ginny Weasley ?

Hermione confirma puis, son professeur n'ayant visiblement plus besoin d'elle, elle quitta la pièce.

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— Tu lui as dit quoi ?! hurla Ginny.

— Juste que tu avais pris la potion, Ginny.

— Tu as bien dû ajouter quelque chose, vu qu'elle m'a envoyé cette lettre.

— Rien d'autre, je te le jure.

Après lui avoir lancé un dernier regard noir, Ginny s'en alla sans un mot de plus, mais Hermione devina avec soulagement qu'elle l'avait crue.

Malgré tout, elle espérait que son amie se rendrait au rendez-vous, quel qu'il soit.

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— Qu'est-ce que tu vas faire, toi ?

Hermione attendit quelques secondes avant de détacher son regard de la pilule en face d'elle. Une pilule capable de la débarrasser en quelques heures de son état de femme enceinte. D'une certaine manière, la méthode sorcière était encore plus simple que la méthode moldue.

— Je crois que si je m'étais décidée, elle ne serait pas là, face à moi, répondit-elle finalement.

Elle ne lui retourna pas la question. Depuis l'instant où elle l'avait retrouvée à l'infirmerie, les mains accrochées à sa première échographie et pleurant ces trois mois de déni, Ginny n'avait laissé aucune place au doute. De plus, Harry était confiant et heureux, malgré leur jeune âge. Hermione était persuadée qu'il ferait un père formidable. Ginny avait tant de chance.

A sa connaissance, la rousse était la seule à avoir divulgué l'identité du père de son bébé. Elle-même ne se sentait pas le courage de le faire tout de suite. Peut-être jamais, en fait.

— Tu l'as déjà rendue ?

Ginny hocha gravement la tête et s'installa confortablement sur son lit. Elle releva distraitement robe et chemisier afin de caresser doucement son ventre rebondi, comme elle le faisait dès qu'elle en avait la possibilité, c'est-à-dire dès qu'elle avait les mains libres. Hermione ne lui avait jamais dit, mais, chaque soir, dans l'intimité de son lit à baldaquins, elle s'endormait dans la même position.

Tout à coup, la rousse pouffa et Hermione sursauta, perdue dans la contemplation de la pilule, aussi rose que la potion prise quatorze semaines plus tôt.

— Si tu avais vu la tête de McGonagall ! J'ai cru qu'elle refuserait de la récupérer. Je crois qu'elle ne s'attendait pas à ce que je décide de le garder, après… tout ça.

Hermione hocha distraitement la tête.

— Tu penses que beaucoup vont le faire ? Garder le bébé, je veux dire.

— Je pense que ça ne doit pas nous influencer. Dans quelques mois, nous quitterons Poudlard et alors, nous ne nous reverrons plus et nous devrons vivre seuls avec nos choix, quels qu'ils soient.

— Tu ne seras pas seule, toi, lui fit remarquer Hermione.

Ginny se tourna sur le flan, de façon à pouvoir regarder sa meilleure amie.

— Toi non plus, Hermione. Quelle que soit ta décision, on te soutiendra, affirma-t-elle gravement.

— Je parlais d'Harry.

— Je sais. Mais on ne t'abandonnera pas. Tu pourras toujours compter sur moi, sur Harry, sur ma mère. Et puis, peut-être que si tu lui en parlais…

Elle s'interrompit en voyant Hermione se redresser vivement.

— Je vais faire un tour ! lança-t-elle en attrapant sa pilule.

— Hermione ! tenta de la retenir Ginny.

Trop tard. Déjà, la porte du dortoir claquait en se refermant. Ginny se recoucha en soupirant. Seule confidente de la brune, elle comprenait que celle-ci puisse douter. Pour autant, aimer, c'était en grande partie faire confiance à l'autre…

De l'autre côté du battant, Hermione, soigneuse, n'avait pas attendu longtemps avant de ranger à nouveau la pilule dans sa petite boîte de plastique. Cette dernière placée prudemment dans une poche de sa robe, elle déambula dans le château. Elle commença par sa salle commune. Elle y trouva, outre quelques élèves non concernés et des adolescentes qui murmuraient entre elles, l'air paumé, les autres filles de sa classe : Lou, Coleen, Eléa et Lavande. Cette dernière rêvassait, les mains posées sur son ventre, laissant deviner son choix. Mais les trois autres semblaient se disputer, lèvres et bras agités, comme divisées sur la marche à suivre. Hermione repensa à sa camarade rousse, qui affirmait que la décision devait se prendre seule, et elle comprit qu'elle avait raison. Quoiqu'elles décideraient, ce serait seules qu'elles affronteraient la mort d'un fœtus ou l'éducation d'un bambin.

Elle traversa les couloirs silencieux et arriva à la bibliothèque. Elle pensait s'y installer, puis remarqua un groupe de Serpentard qui riaient sans tenir compte du lieu où ils se trouvaient. Parmi eux, Pansy Parkinson, qui se pavanait avec son gros ventre devant Draco Malfoy. Elle déserta aussitôt les lieux. Par une fenêtre, elle vit des élèves jouer au Quidditch, malgré le froid mordant de l'extérieur. La neige était attendue par tous.

Enfin, elle parvint à la Grande Salle, utilisée pour la plupart des conversations inter-maisons. Partout, des frères et des sœurs, des couples, des amis séparés par la décision du Choixpeau magique. Elle reconnut Ernie McMillan qui conversait avec une Serpentard plus jeune que lui d'un an ou deux ils se ressemblaient énormément. La mine sérieuse de l'adolescent tranchait avec le sourire provocant de sa sœur. Un peu plus loin, un couple constitué d'un Poufsouffle et d'une Serdaigle murmuraient entre eux et, à leur opposé, Padma Patil semblait sermonner sa jumelle, en larmes. Hermione décida de s'éclipser sur cette vision. A chaque instant, les paroles de Ginny résonnaient un peu plus fort dans son esprit.

Elle devait décider, seule, sans imiter personne ni penser aux on-dit. Eclairée ainsi, elle n'eut aucun mal à choisir.

Elle arriva au bureau de McGonagall un quart d'heure plus tard. Comme l'avait annoncé le directeur, elle s'y trouvait, prête à aiguiller des élèves indécises.

— Miss Granger, la salua-t-elle.

— Professeur McGonagall. Je suis venue… vous rendre ceci.

Elle sortit de sa poche la petite boîte contenant la pilule pour la poser sur le bureau. McGonagall l'observa faire en silence, et elle n'aurait pas eu l'air plus étonnée si son élève était arrivée à moitié nue.

— J'aurais besoin d'un rendez-vous avec Mrs Pomfresh.

McGonagall sortit finalement de son mutisme et se pencha, encore perturbée, sur l'agenda qui trônait sur son bureau.

Le rendez-vous rendit le tout beaucoup plus réel. Entendre les battements de son cœur, sentir la magie la recouvrir, la pénétrer d'une façon totalement nouvelle… et le voir. Il était grand, déjà, plus grand que tout ce qu'elle avait imaginé, et encore plus magnifique.

Vinrent ensuite deux problèmes épineux.

Tout d'abord, à présent qu'elle avait passé l'échographie, elle n'avait plus de raisons valables de garder la nouvelle pour elle. Elle devait en parler à ses parents, ce qui lui donnait des sueurs froides rien que d'y penser. Elle venait tout juste de les retrouver, après l'année qu'ils avaient passée en Australie tandis qu'elle courait de missions dangereuses en missions suicides, à la recherche de ces fichus horcruxes. Et voilà qu'elle devait leur annoncer une grossesse surprise. Ils penseraient à Ron, avec qui elle sortait encore peu de temps avant la rentrée, elle leur répondrait que non et la question de l'identité du père serait posée.

Le deuxième problème concernait les autres. Le temps filait, les pilules étaient rendues et les échographies passées. Alors, les filles révélaient l'identité du père du gamin, et la pagaille commençait. Elle ne se souvenait que trop bien de la scène ayant mis fin au déjeuner, plus tôt dans la journée, quand un Serdaigle avait brusquement quitté sa table, hurlant à une Gryffondor éplorée, encore assise sur le banc où il se tenait auparavant, que jamais il ne reconnaîtrait l'abomination d'une inconsciente. Mais il y avait aussi les sourires doux de certains garçons, les couples se promenant main dans la main, et les mélanges d'élèves, que ce soit au niveau des quatre tables ou dans les autres pièces du château, la seule exception résidant dans les salles communes. Puis il y avait elle.

Tout compte fait, ses problèmes n'en formaient qu'un : l'identité du père.

Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Comment avait-elle pu noter ce nom-là sans se douter que ça lui poserait problème, tôt ou tard ?

— A mon avis, tu devrais lui dire, lança soudain une voix.

Elle ne prit pas la peine de tenter de la reconnaître. Elle se redressa immédiatement, baissant sa robe sur son ventre même si l'annonce de sa grossesse avait fuité, personne, autre que Ginny et Harry n'avaient vu son bedon, et elle tenait à ce que cela reste ainsi.

— Du calme, il n'y a personne d'autres que nous deux, ici.

Alors seulement, elle réalisa que la voix appartenait à Ginny. Elle se recoucha en soupirant et reprit ses caresses, sans relever le tissu, cette-fois. Voyant qu'elle s'était calmée, la rousse reprit la parole.

— Tu devrais le lui dire.

Hermione savait parfaitement à qui elle pensait.

— Hors de question.

— Il ne réagira pas forcément mal…

— Il réagira comme il a déjà réagi.

— Pleins de choses ont changé, maintenant.

— Pas sa fiancée. Elle se balade partout avec ses ignobles t-shirts qui lui arrivent aux nombrils et son affreuse bague de fiançailles. On dirait que l'horrible nom de son épouvantable promis est inscrit en abominables lettres rouges sur son…

Elle s'interrompit une seconde, contenant ses larmes autant que cherchant un adjectif raisonnable. Elle grogna et termina finalement :

— Sur son ventre magnifiquement mignon.

La main posée sur le sien se crispa et celle parsemée de taches de son de Ginny la rejoignit.

— Tu es magnifique, et ton ventre n'a rien à envier au sien. Au lieu de le cacher, tu devrais le montrer à tous. Peut-être qu'il se poserait des questions, comme ça.

— Tu parles ! Il déteste les t-shirts de prostituée et encore plus les filles qui défilent avec. Je le remarque à chaque fois qu'ils sont ensemble. Au moins une chose qu'on a en commun. La seule, il faut croire.

Ça y'était : elle pleurait. La main de Ginny serra la sienne plus fort.

— Vous avez pleins de choses en commun, tu le sais bien. Tu n'arrêtais pas d'en rire.

Hermione se retourna de façon à lui tourner le dos. Elle détestait se rappeler cette époque bénie où elle pensait passer sa vie dans ses bras, où ils imaginaient avoir pleins d'enfants ensemble. Pleins d'enfants : ils en riaient tellement, eux qui, avant de se rencontrer, n'en voulaient pas plus d'un.

Finalement, elle le portait, cet enfant. Simplement, rien ne s'était passé comme prévu. Ces rêves s'étaient brisés, autant que son cœur lorsque cette… cette cruche était arrivée avec ses promesses de mariage.

Elle lâcha un autre grognement et Ginny la poussa afin de pouvoir se coucher sur le lit également. Quelques mois plus tôt, il n'y avait aucun souci. A présent, avec leurs deux gros ventres, cela posait plus de problèmes. Hermione n'osait penser à leur huitième mois de grossesse.

— Je le vois bien t'observer. Ça ne peut pas être innocent.

— Ça ne l'est pas : il me demande pardon, confirma Hermione. Moi aussi, je les vois, ces regards.

— Peut-être qu'il te demande pardon parce qu'il regrette. Tu as toujours dit qu'il avait de la peine à faire le premier pas…

Hermione ne pouvait le nier, mais elle savait également qu'il se bougeait, lorsque c'était important. C'était lui l'initiateur de leur première rencontre, quand il lui avait demandé de l'aide. C'était lui qui avait proposé une trêve, il s'était même excusé platement, parce que c'était important. C'était lui qui avait avoué l'aimer plutôt que la haïr. C'était lui qui avait attrapé son visage entre ses mains pour leur premier baiser, lui encore qui avait chuchoté le premier « je t'aime ». Des paroles dangereuses, des paroles mortelles. Mais il les avait dites, parce qu'elles étaient importantes.

Aujourd'hui, elle n'était plus assez importante pour qu'il fasse le premier pas.

Elle contint un soupir. Pas grave, elle avait passé des mois seule, alors qu'il lui avait promis de ne jamais la quitter. Elle avait survécu. Elle survivrait encore des mois entiers, des années. Avec cet enfant, ses meilleurs amis et ses parents.

Elle se leva doucement, croisant au passage le regard plein d'espoir de Ginny. Elle s'empressa de la détromper.

— Il faut que je prévienne mes parents, tout de suite. Ce n'est pas juste de les maintenir indéfiniment dans l'ignorance.

Ginny hocha la tête et lui accorda un sourire triste, qu'Hermione lui rendit. Ensuite, elle quitta la chambre.

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Collées l'une à l'autre devant la fenêtre, Hermione et Ginny firent de grands gestes d'au revoir à leurs amis. Ceux-ci répondirent avec force tout en avançant vers les diligences, direction la maison. Ron agita si bien la main qu'il en oublia de regarder devant lui. Il s'écroula dans la neige fraîchement tombée sous les rires de ses camarades. Il se redressa écarlate et pressa le pas jusqu'aux voitures, non sans tomber encore une ou deux fois. Cependant, juste avant de fermer la portière, il se retourna et envoya un baiser à Hermione, ce qui arracha un sourire forcé à celle-ci.

Elle posa pensivement sa main sur son ventre rebondi. Depuis sa discussion avec Ginny, elle ne le dissimulait plus. Si elle n'allait pas jusqu'à mettre les petits tops de certaines, elle ne se forçait plus à porter, dès qu'elle quittait son lit, sa robe noire d'uniforme. Les élèves avaient été surpris, au début, de la voir se promener avec un simple pull moulant son ventre arrondi, mais ils s'étaient vite faits à l'idée après tout, elle n'était pas la seule. Dorénavant, le regard le plus insistant était le sien.

Elle le sentait, qui la suivait dès qu'elle entrait dans son champ de vision. Mais la réaction la plus surprenante venait sans aucun doute de Ron. Depuis qu'il avait la certitude qu'elle était enceinte, il multipliait les attentions : fleurs, gâteaux, bijoux, tout y passait. Sinon, il la suivait partout comme un toutou, il lui demandait cinq fois par heure comment elle se sentait et ce qu'elle voulait. Il était persuadé que ce bébé était le sien et il le criait sur tous les toits.

Pour elle – non, pour « eux », comme il les appelait désormais – il avait même rejeté la pauvre Lavande quand elle lui avait annoncé que le bébé qu'elle portait était le sien. Depuis, elle passait son temps à pleurer, fuyait tout le monde et fusillait du regard Hermione dès qu'elle le pouvait. Elle restait à Poudlard pour les vacances, comme une grande majorité des élèves enceintes. Hermione aurait voulu ne pas faire de même, et passer ses vacances avec ses parents, anxieux de savoir leur fille unique enceinte et si loin d'eux, ou même au Terrier, mais rester au château était plus sûr. Ici, aucun fanatique déterminé à tuer toutes les femmes porteuses de ces abominations qu'étaient pour certains les bébés-potions. Ici, elle ne craignait pas pour sa vie, celle de ses amies ou des bébés.

Ici, son problème majoritaire était Lavande, furieuse, triste et délaissée, et la culpabilité qui l'envahissait chaque fois qu'elle croisait son regard blessé, sachant qu'elle n'osait pas annoncer clairement à Ron qu'il n'était pas le père, tout simplement parce que le rouquin demanderait le nom de l'autre et qu'elle serait incapable de lui répondre. Tout ça parce que le propriétaire de ce nom invitait chez lui pour les vacances sa très chère fiancée au ventre adorablement arrondi. La rumeur courait à Poudlard que tous ses t-shirts découvrant son nombril étaient des présents et qu'ils avaient déjà demandé le sexe du petit. Un garçon, ce qui comblait son père.

— Ne pense pas à ça, la tança Ginny.

Elle l'observait depuis un petit moment déjà et devinait parfaitement où se dirigeaient les pensées de la brune.

— On a deux semaines sans les garçons, sans gamins qui nous suivent de leurs gros yeux, sans filles qui nous dévisagent de haut parce qu'elles ne sont pas des inconscientes… alors qu'elles ont pris la même potion que nous. On va s'amuser en faisant des tas de trucs spéciaux « femmes enceintes ». Première étape : fraises et chantilly.

Elle lui attrapa le bras et la tira en direction des cuisines du château, un sourire espiègle aux lèvres. Hermione la suivit en s'efforçant d'oublier que, pendant qu'elle se goinfrerait avec Ginny, les deux tourtereaux feraient de même ensemble.

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Une fois de plus, Hermione fuyait Lavande et Parvati, l'une en pleurs et l'autre furieuse. Comme d'habitude, pensaient beaucoup. Lavande subissait les fameux ascenseurs d'émotions, typiques des femmes enceintes comme des adolescents. Quant à Parvati, Hermione ne la comprenait pas vraiment. Elle avait avorté sur conseil de sa sœur – guidées par la logique pure, peu de Serdaigle avaient gardé leur bébé, pour autant qu'elles eussent pris la potion, bien sûr – et si elle semblait parfois sur la même longueur d'onde que sa jumelle, elle passait la plupart de son temps à fusiller du regard toute personne lui accordant ne serait-ce qu'un regard, Padma y compris.

En tous les cas, les joues mouillées de larmes de Lavande la faisaient culpabiliser, bien que le sujet Ron ne soit plus d'actualité. Après deux semaines d'intenses réflexions, elle lui avait enfin annoncé la vérité. Il l'avait mal pris, c'était certain, mais au moins, il ne la suivait plus en se vantant de sa future paternité. Pour autant, il n'était pas retourné auprès de Lavande.

Lavande donc, qui la détestait. Lorsqu'elle l'avait vue, se précipitant vers les toilettes du troisième étage, les épaules secouées de violents sanglots, suivie d'une Parvati Patil fâchée contre le monde entier, elle s'était empressée de faire volteface vers les escaliers, direction le deuxième étage. En plus, ça la rapprochait de son prochain cours, une demi-heure plus tard.

Elle descendait les escaliers lorsqu'elle entendit le cri.

— Hermione, attends !

Elle sentit les battements de son cœur s'accélérer. Elle aurait reconnu cette voix entre mille. Pour autant, elle continua son chemin comme si de rien n'était. S'il voulait lui parler, il devrait faire des efforts. Son nom n'étant pas répété, elle supposa qu'il avait laissé tomber. Elle se mordit la lèvre, fort, et accéléra le pas. Elle voulait atteindre les toilettes avant de laisser couler la première larme. Il lui semblait qu'elle se transformait lentement en une Lavande Brown bis un vrai plaisir.

Elle tourna au coin du couloir. Cet étage était plus tortueux encore que les autres, un vrai labyrinthe ! Et les toilettes se trouvaient au fond de l'un d'eux, au milieu des salles de classes libérées pour les cours de soutien. Elle avait déjà la main sur la poignée de la porte lorsqu'on lui attrapa le bras. Elle sursauta, mais pas de peur – elle ne pouvait avoir peur de ses mains, si familières.

— Hermione…

Son cœur battait follement et des décharges d'électricité partaient de son bras droit pour se répandre dans tout son corps. Elle désespérait depuis si longtemps de ne plus les sentir sur elle.

— Hermione, dit-il une troisième fois.

Hermione s'efforça à une respiration calme et mesurée. Visiblement, il attendait qu'elle se retourne pour poursuivre. Elle s'exécuta au bout de quelques secondes et dès qu'elle le vit, là, devant elle, après des mois de solitude, de tristesse et de désespoir, qui souriait timidement, son sourire forcé disparut. Elle avait tant craint d'éclater en sanglots, mais non : à sa grande surprise, la colère surpassait tout.

— Tu as quelque chose à me dire ? lâcha-t-elle d'une voix glaciale.

Son sourire disparut et il sembla comprendre qu'elle ne serait guère conciliante. Devant son regard furibond, il baissa la tête. Tel le lâche qu'il est, pensa Hermione, et la flamme furieuse dans ses prunelles grandit encore. Il recula d'un pas, comme craintif, puis se décida enfin à prendre la parole.

— Ou-oui, bafouilla-t-il. Je voulais m'excuser, pour… pour tout. Je… je n'aurais pas dû agir comme ça quand Astoria est arrivée.

Hermione ne décolérait pas mais, à la mention de ce douloureux souvenir, elle dut se mordre l'intérieur de la joue pour empêcher l'écoulement des larmes. Elle avait beau le chasser de son esprit, encore et encore, il revenait sans cesse, toujours plus puissant, toujours plus horrible.

C'était un lundi ordinaire. Ils étaient à la bibliothèque, comme chaque soir depuis des jours. Officiellement, ils préparaient leur exposé de potions sur « l'affemera, plante attractive, vénéneuse pour les êtres humains, et ses conséquences lors de son absorption par un animagus sous sa forme animale carnassière ». Un sujet tordu, mais pas le plus monstrueux, quand on voyait celui dont avaient hérité Harry et Daphné Greengrass. En réalité, ils travaillaient sur leur projet top-secret visant à l'échec de la mission du garçon et à la survie de ce dernier.

Elle était arrivée, dans sa robe d'uniforme au grand décolleté. Hermione avait dans l'idée qu'elle les surveillait depuis un moment. Elle savait qu'ils étaient ensemble et qu'ils prévoyaient de l'annoncer à leurs proches, dans la mesure du possible. Elle avait soigneusement choisi son moment. Elle s'était précipitée sur lui, avait entouré son cou de ses bras graciles, frotté sa poitrine généreuse contre son torse et hurlé, assez fort pour que toute la bibliothèque l'entende.

— Oh, Dray ! Ça y'est ! nos parents ont signé les papiers : on est officiellement fiancés !

Elle lui avait souri avec amour, juste avant de se pencher pour l'embrasser langoureusement, devant une dizaine d'élèves ne loupant rien du spectacle. Hermione avait attendu qu'il la repousse, encore et encore. Elle avait enfoncé ses ongles rongés dans ses paumes. Elle s'était mordue la langue jusqu'au sang. Elle avait senti les larmes lui monter aux yeux.

Il n'avait rien fait. Il était resté immobile pendant que cette… cette salope l'embrassait. Lorsqu'elle avait enfin lâché ses lèvres, pour mieux enfouir son visage dans le cou du blond, celui-ci avait lancé un regard désolé à Hermione. Il avait ensuite suivi sa toute nouvelle fiancée lorsqu'elle l'avait trainé hors de la bibliothèque, ses mains fermement accrochées à son bras, sa longue chevelure blonde recouvrant l'épaule du garçon. L'ensemble des occupants de la bibliothèque avaient suivi des yeux ce nouveau couple, personne n'avait remarqué la mine décomposée d'Hermione et ses joues mouillées.

Le lendemain, alors qu'elle rejoignait son cours de métamorphose, il l'avait interceptée. Il lui avait annoncé que les fiançailles étant officielles, il ne pouvait plus rien faire sans être lynché par la société Sang-Pur, renié par ses parents, peut-être tué. Il lui avait adressé un dernier regard désolé et il avait rejoint Astoria. Cette dernière, avant de partir accrochée à son bras, avait lancé à Hermione un sourire mauvais.

Au cours des mois suivants, il avait offert une énorme bague à la blonde afin d'officialiser l'alliance de leurs deux familles. A la fin de l'année, il avait tué Dumbledore comme il était censé le faire dès le départ, devenant la fierté de ses parents et un Mangemort respecté du Seigneur des Ténèbres. A la chute de ce dernier, il était passé devant le Magenmagot et, à la grande colère d'une partie de la population, avait été déclaré innocent, comme la majorité des enfants de Mangemorts, car « manipulé depuis son plus jeune âge, mis sous pression par sa famille et ses proches, menacé de mort ». De ce qu'elle savait, il avait passé ses vacances à faire des travaux d'intérêts généraux, mais c'était tout.

Il ne lui avait jamais reparlé et, si elle avait parfois croisé ses regards désolés, ses excuses n'avaient jamais été verbales – jusqu'à aujourd'hui.

— Tu crois ? lâcha-t-elle d'une voix froidement calme.

Il l'avait touchée, il lui fallait l'avouer. Elle se rendait compte à présent qu'elle pourrait sûrement lui pardonner, avec du temps. Mais il n'était pas question de le lui montrer.

— Oui. Je sais que… J'ai mal réagi. J'aurais dû rejeter Astoria, les rejeter tous et faire comme on avait dit, mais j'étais… j'étais jeune… et stupide. Je n'arrivais pas à m'affirmer et… et j'avais besoin de ma famille… on en a tous besoin, dans ces moments, non ?

Le visage d'Hermione se tordit dans une grimace mêlant souffrance et colère. Draco comprit avoir fait un faux pas.

— Figure-toi que je n'en sais rien. L'échec de notre mission commune a ouvert la guerre et pour la sécurité de tout le monde, j'ai dû me passer de ce soutien.

— Je… je suis désolé, Hermione.

Devant l'impassibilité de la jeune fille, il se remit à bafouiller.

— Je… je ne sais pas quoi te dire d'autre… Je suis tellement… tellement désolé… Que puis-je faire pour que tu me pardonnes ? Dis-le-moi, je le ferai !

— Si tu veux me rendre service, laisse-moi !

— Non ! Je… je veux réparer mes erreurs, je… je veux être là pour toi… et pour le bébé.

— Quoi, le bébé ? demanda Hermione, comme si elle ne comprenait pas.

— Je veux être là pour notre bébé, Hermione, annonça-t-il en montrant le ventre rebondi de la jeune femme.

En réalité, Draco n'avait aucune certitude. Il n'avait fait que réunir les informations et exposer ses hypothèses. Mais la réaction d'Hermione la trahit. Elle tressaillit et recula, comme une bête traquée, percutant la porte des toilettes. La main sur la poignée, elle observa le petit logo représentant une sorcière. Si elle avait été sûre qu'il la laisserait tranquille, elle serait entrée immédiatement, mais elle connaissait Draco : il était têtu et il n'hésiterait pas à la rejoindre. S'il ne le faisait pas, c'est qu'il prévoyait de faire le pied de grue devant la porte jusqu'à ce qu'elle sorte. A ce petit jeu, elle craquerait avant lui. Elle lâcha donc la poignée pour se tourner vers le blond.

— C'est Ginny qui te l'a dit, pas vrai ? couina-t-elle.

Il eut un sourire victorieux et elle comprit son stratagème : lancer des informations au hasard jusqu'à ce qu'elle se trahisse. Contre toute attente, la colère reprit le dessus.

— Tu es aussi manipulateur que ta fiancée ! Va jouer au papa et à la maman avec elle, notre bébé ne s'en portera que mieux.

— Astoria ne m'intéresse pas, il n'y a que toi, Hermione !

Hermione se contenta d'un regard noir. Elle réfléchissait à la meilleure manière de prendre la fuite.

— Hermione, je suis tellement désolé. J'aurais dû te le dire il y a deux ans, mais je…

— Quoi ? Tu avais peur ? Pauvre chou… Ou peut-être que tu ne l'avais pas encore réalisé ? Après tout, mis à part nos deux heures de « révisions », je ne sais rien de ce que tu faisais… Qu'est ce qui me dit que tu ne venais pas que pour obtenir ta dose de câlins, d'encouragements avant de retourner dans ta maudite salle commune avec tes Serpentard d'amis pour te moquer de cette stupide Gryffondor trop naïve pour comprendre ? Qu'est-ce qui me dit qu'après avoir eu mes sourires, tu n'allais pas chercher ceux de ta blonde de fiancée ? Qu'est-ce qui me dit que tu ne profitais pas de ma cécité amoureuse pour arnaquer l'ensemble des rebelles ?

— Hermione, je suis…

— Non ! J'ai passé une année entière à mentir à mes amis, à leur faire avaler des sornettes pour qu'ils te laissent tranquille. J'ai passé une année entière à tenter de convaincre tous les membres de l'Ordre, un par un, qu'on pouvait te faire confiance, que grâce à toi, on sauverait Dumbledore, on trouverait ces fichus Horcruxes, on tuerait Voldemort avant que la guerre ne soit déclarée. Une année ! Et tout ça pour… quoi ? Que tu puisses comploter avec tes copains Mangemorts ? Que tu puisses tuer Dumbledore en toute tranquillité ? Que tu puisses rejoindre Voldemort ?

— Hermione, je suis désolé de ce que je t'ai fait, mais ce n'était pas prémédité ! Je ne t'ai pas menti ! Je ne voulais pas rejoindre Tu-Sais-Qui, je ne voulais pas sortir avec Astoria. Je n'avais pas le choix !

— Qu'est-ce que j'en sais ? Si tu m'as menti avant, comment savoir si ce n'est pas un nouveau mensonge ?

— Enfin, Hermione, tu me connais !

— Non, Malfoy. Je pensais te connaître.

Elle le poussa alors de toute ses forces. Il ne s'y attendait tellement pas qu'il recula en vacillant et alla se cogner au mur derrière lui. Hermione en profita pour partir aussi loin que possible.

— Hermione, je suis désolé ! Je t'en prie, ne t'en va pas ! Hermione… Hermione ! Mia !

La brune, sur le point de tourner à une intersection, s'arrêta net. Elle se retourna lentement, une expression outragée sur le visage. Draco, qui avait commencé à se rapprocher, interrompit aussitôt ses pas.

— Ne m'appelle plus jamais comme ça, Malfoy.

— Je suis désolé, Hermione, ça m'a écha…

Il ne termina pas sa phrase : Hermione avait déjà repris sa route.

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CcC

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Voilà ! J'espère que vous avez aimé, que ce soit le cas ou pas, une 'tite review fait toujours plaisir.

Que pensez-vous des réflexions et des agissements d'Hermione ? Ginny est-elle une bonne meilleure amie, une effroyable adolescente, une future mère exécrable ? Et Lavande ? Que ressentez-vous envers Ron ? Et Draco (Ne le cachons pas, au moins un peu OOC), que vous inspire-t-il ?

Merci d'avoir lu,

C.