Bonjour à tous-tes ! Tout de suite, le quatrième chapitre de ma fic. J'espère qu'il vous plaira. Merci beaucoup pour vos reviews, elles me font trop plaisir. Bonne lecture !

C.

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Disclaimer : seule l'histoire est sortie de mon cerveau, le reste appartient encore et toujours à JKR.

RAR : Guest : merci pour ta review, je suis trop contente que tu aies aimé. Et oui, je suis prévisible… Voilà la suite !

Inconnue 122 : merci de me l'avoir fait remarquer : j'avais compté en mois, c'est pour ça. Je suis contente de savoir que tu apprécies, voici la suite.

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Deuxième trimestre, partie 2

17 janvier 1999

— Hermione !

Le cri apparu, il refusa de s'en aller, se répétant toutes les dix secondes environ. Au bout de six minutes et vingt secondes, Hermione hésita à se retourner, juste pour qu'il se taise, puis renonça. Elle n'avait pas envie de le voir. Elle continua donc son chemin comme si elle n'avait rien entendu. Arrivée à une intersection, elle se stoppa un instant. Aurait-elle pensé qu'il arrêterait son appel pour conserver son intimité, elle aurait pris la direction de sa destination première : la Grande Salle. Ne voulant pas que l'ensemble de ses camarades prenne conscience de la relation qu'elle entretenait avec Draco avant le début du souper, elle préféra se diriger vers la volière. Elle se rendit compte de sa bêtise lorsque, au tournant d'un couloir, elle manqua entrer dans un torse qu'elle connaissait bien : celui d'Harry. Elle recula brusquement, chancela. Il l'attrapa par les épaules afin de lui éviter une chute, et elle se souvint.

Il voulait envoyer une lettre à Molly Weasley. Elle sourit vaguement en se rappelant l'expression de Ginny quand il lui avait annoncé… puis la voix de son meilleur ami la ramena à elle.

— Hermione ? s'étonna-t-il. Qu'est-ce que tu fais là ?

— Harry ! Je…

Elle s'interrompit. Bonne question. Elle esquissa un petit sourire gêné.

— Eh bien, je venais te voir !

Harry haussa les sourcils et s'apprêtait à demander de plus amples explications lorsque l'appel se fit entendre une nouvelle fois.

— Hermione !

Ses sourcils montèrent un peu plus haut.

— Hermione !

— Mais qu'est-ce que…

Il se tut : tout en lançant une fois de plus son appel, Draco avait tourné au coin. Il n'avait pas prévu qu'Hermione se soit arrêtée en si bon chemin et lui rentra dedans. Elle poussa un petit cri et, comme Harry une seconde plus tôt, il lui attrapa les épaules pour la stabiliser, mais elle se dégagea aussitôt.

— Hermione… marmonna-t-il devant le regard furieux de la brune.

Visiblement, il n'avait pas prévu ce qu'il dirait.

— Je t'ai dit de ne plus t'approcher de moi !

— Et moi, je t'ai dit que j'étais désolé et que je voulais être là pour vous deux.

— Et moi, j'ai répondu que…

Mais elle fut coupée par un bégaiement extérieur à la conversation. Tous deux se tournèrent aussitôt vers le voyeur.

— Potter. Que fais-tu là ?

Harry ne répondit pas. Ses sourcils étaient désormais si hauts sur son front qu'Hermione se demanda un instant s'ils ne lui faisaient pas mal. Elle réalisait avec gêne qu'il l'observait, des interrogations pleins les yeux, lorsque, à son côté, Draco esquissa un mouvement qui la poussa à s'écarter d'un pas encore, et ses mains se posèrent instinctivement sur son ventre. Il n'avait pas intérêt à l'approcher.

La voix de Harry s'éleva à nouveau et elle vira à l'écarlate en se rendant compte qu'elle avait oublié sa présence, en à peine quelques secondes. Draco avait une mauvaise influence sur elle. Justement, le brun s'intéressait au Serpentard.

— J'aimerais savoir ce que, toi, tu fais là.

Draco s'apprêtait à répondre vertement à celui qu'il considérait comme son ancien ennemi lorsqu'il surprit le regard suppliant d'Hermione. Alors, il comprit.

— C'est pas vrai… Tu ne leur as même pas dit à eux ?

Il éprouva à l'instant cette sensation étrange qui vous prend lorsque la situation atteint des piques de désespoirs quasiment comiques et vous donne l'impression de vouloir rire et pleurer en même temps.

— Est-ce que c'est du déni, ou ta décision est vraiment prise ?

— Tu le sais très bien.

Draco hocha lentement la tête, devant un Harry qui ne comprenait pas ce qu'il se passait.

— Le truc, c'est que j'ai mon opinion, mais je doute qu'elle soit en accord avec la tienne.

Au lieu de répondre, Hermione détourna le regard et Harry se décida à tenter une nouvelle question. À cet instant précis, une quatrième voix s'éleva, venant du coin. Draco s'écarta prudemment et ne manqua pas de tirer avec lui Hermione. Il fut surpris de voir qu'elle ne résistait pas.

— Vraiment, je ne comprends pas ce qu'il fabrique… On ne met pas un demi-siècle pour envoyer une simple lettre ! Je lui ai pourtant dit qu'il n'y avait pas besoin d'envoyer un mot à maman tous les jours, mais il n'en fait qu'à sa tête… Et je lui ai proposé de l'accompagner, mais non, Mister ne veut pas, soi-disant que je suis fatiguée et plus fragile que d'habitude. Mais bien sûr ! et puis quoi encore ? Ces mecs, vraiment… Je comprends qu'Her… Mais ! qu'est-ce que vous faites tous ici ?

Ginny, sa chevelure flamboyante se dressant à moitié sur sa tête et ses mains sur son ventre rond, se stoppa soudain. Elle observa Draco, qui avait posé une main sur le bras d'Hermione Hermione, presque collée au blond, qui ne semblait pas mécontente de cette position et enfin, Harry, qui faisait passer son regard incrédule de l'étrange couple à sa petite-amie.

— Oh, lâcha finalement celle-ci. Bon… je crois qu'on va vous laisser, tous les deux. Harry, tu viens ?

Harry ne bougea pas, trop hébété pour ça. Elle finit par le tirer par le bras sur un : « Ton gamin est sur le point de mourir de faim. » Juste avant qu'ils ne disparaissent, elle se tourna pour lancer un regard encourageant à Hermione et un clin d'œil au blond, à la grande surprise de ce dernier. Tous deux fixèrent quelques secondes le coin déserté par le couple, puis Hermione sembla prendre conscience de la proximité de son ex. Le contact de sa main, rassurante et protectrice, était agréable.

Elle se dégagea aussitôt : pas question qu'il remarque quoi que ce soit. Pour faire bonne mesure, elle ajouta même une grimace dégoûtée. Draco n'attendit pas une seconde pour reprendre ses supplications.

— Hermione, je suis tellement désolé… Laisse-moi être là pour notre enfant. Laisse-moi être un père exemplaire…

Il n'ajouta rien, mais Hermione le connaissait assez pour comprendre l'allusion. Il lui avait tant parlé, à l'époque, de son enfance partagée entre les coups et les absences, son adolescence passée dans la crainte de dire le mot qui lui vaudrait un Doloris. Un père volage, violent, manipulateur, quand il était là – voilà tout ce qu'il avait eu. Quant à sa mère, elle n'était guère mieux : mère aimante, elle était surtout soumise entièrement à son époux, allant jusqu'à fermer les yeux sur la brutalité dont il faisait preuve envers leur enfant.

Draco avait toujours exprimé son désir d'être un meilleur père et un mari fantastique.

— Un mari exemplaire ne fait pas ce que tu m'as fait. Au lieu de tenter l'impossible, va jouer au super-papa avec le mignon garçon d'Astoria.

Sans un mot de plus, elle le contourna et disparut à son tour.

CcC

— Hermione !

L'appel résonna à nouveau, semblable au jour précédent. Hermione sentit soudain sur elle le poids d'une vingtaine de paires d'yeux, tandis que chaque élève présent dans le couloir tournait la tête vers la destinataire du braillement, ses amis en tête.

— Hermione ! appela une deuxième fois Draco.

Sur un soupir, elle enjoignit ses amis à poursuivre leur route. Ils le firent les yeux écarquillés, tirés par une Ginny souriant étrangement. Draco, à seulement quelques mètres d'elle, entonnait à nouveau son nom lorsqu'elle se retourna finalement.

— Malfoy. Laisse. Moi. Tranquille.

En retour, Draco se contenta de secouer la tête. Il était presque parvenu à sa hauteur, à présent, et recommençait son fichu cri. Les élèves autour d'eux le regardaient avec curiosité. Hermione le savait : avant la fin de la journée, l'école tout entière parlerait de Draco Malfoy hurlant le prénom d'Hermione Granger à travers tout le collège. Bon sang, même les professeurs en auraient entendu parler !

— Hermione ! lança-t-il une dernière fois en s'arrêtant devant elle.

Elle le fusilla du regard, l'attrapa par le bras et le tira dans le premier couloir vide qu'elle vit. De là, elle gagna une salle de classe abandonnée qu'elle insonorisa. Enfin, elle se tourna vers lui. Il semblait particulièrement fier de l'avoir fait craquer aussi vite.

— Qu'est-ce que tu fous ?!

— J'ai réalisé hier que tu étais incroyablement bornée. Sérieux, même tes meilleurs amis ne connaissent pas la vérité ! Je me demandais pourquoi Weasley n'était pas encore venu m'insulter…

Fait incroyable, il paraissait attristé, comme s'il avait espéré recevoir quelques insultes ou même, pourquoi pas, un coup de poing de ses pires ennemis. Hermione fit semblant de ne pas sentir le pincement qui lui saisit le cœur à la vue de son air de chien battu.

— Comment lui as-tu expliqué qu'il n'était pas le père du gosse ?

— Nous sommes un peu en froid, se contenta-t-elle de répondre. Mais tu n'as toujours pas répondu à ma question : qu'est-ce que tu fous ?

— Je fais ce que j'aurais dû faire il y a deux ans. Je jette ma famille, ma fiancée et toutes les valeurs qui m'ont façonné pendant plus de quinze ans et j'officialise notre relation.

En échange de sa réponse, il reçut une claque mémorable.

— Aïe ! Mais ça va pas ? Je suis en train de faire ce que tu voulais absolument que je fasse, tu devrais être heureuse.

— Ce que je veux, c'est que tu me laisses tranquille. Non, mais tu te rends compte ? Traverser le collège en hurlant mon nom ! Comment crois-tu que les autres vont réagir ?

— Ils vont en discuter des jours et des jours, avertir toutes les personnes qu'ils connaissent et bientôt, tout le monde saura pour nous et notre bébé. Tu ne trouves pas ça génial ?

Pour toute réponse, il eut droit à une seconde gifle. Hermione ne put dire si sa main avait agi d'elle-même, comme la première fois, ou si c'était un acte parfaitement prémédité en tout cas, c'était jouissif.

— Ne t'avise plus jamais de recommencer. Ce n'est pas parce que je suis enceinte que je suis une incapable.

Après quoi, Hermione enleva le sortilège jeté sur la salle et sortit à grands pas, manquant rentrer dans les fouineurs collés à la porte. Dans la pièce, Draco arborait une mine joyeuse autant que décidée. Ainsi qu'une trace rouge sur sa joue gauche.

Le chemin du retour ne se fit guère dans la discrétion pour la brune, la rumeur progressant dans le château presque aussi vite qu'elle. Quand elle entra dans sa salle de sortilèges, elle fut accueillie d'un concert de murmures. Harry, Ginny et Coleen – elle trainait avec eux depuis quelques semaines, s'étant éloignée d'Elea et Lou, qui avaient avorté – ne se trouvaient pas au fond de la classe et Hermione en fut soulagée. Ce devait être Ginny qui avait insisté pour que les grandes révélations soient annoncées dans un cadre plus intime.

Cadre qui ne tarda pas à arriver puisque quelques heures plus tard seulement, ils se retrouvaient tous les quatre dans le dortoir de Harry. Ginny et Harry étaient enlacés sur le lit du garçon, Coleen et Hermione se partageaient celui de Seamus, juste à côté. Ils discutèrent quelques minutes et, évidemment, la conversation tourna vite autour des bébés. Ginny se révolta de la remarque de leur professeur de DCFM, qui lui avait demandé d'être plus impliquée.

— Je viens, j'écoute, je réponds aux questions et je fais tous les exercices qui ne mettent pas en danger le bébé. Qu'est-ce qu'il veut que je fasse de plus, hein ?

— Tu sais bien que Mr Grunge est de ceux qui étaient pour qu'on demande à toutes les femmes ayant pris la potion d'avorter, lança Harry comme une évidence.

— Il en faisait partie ? s'étonna Ginny.

Quant à Coleen, elle ignorait jusqu'à l'existence d'une telle initiative. Les trois autres lui confirmèrent gravement que certains grincheux avaient demandé quelques semaines plus tôt l'avortement obligatoire pour toutes les femmes dans leur cas.

— Mais pourquoi ? Notre grossesse n'est différente à aucune autre. Les mères ne risquent rien et les bébés ne représentent aucun danger.

— Le souci de la paternité, répondit simplement Ginny.

La bouche de Coleen s'arrondit et elle hocha la tête.

La paternité avait été un sujet particulièrement discuté, les mères ayant pu choisir l'identité du père sans en référer au principal concerné. Finalement, il avait été décidé que ce serait au père de faire son choix. S'il voulait reconnaître l'enfant, il devait se rendre à Ste-Mangouste avec la femme enceinte et, ensemble et en compagnie d'un spécialiste, ils rempliraient un document officiel. Mais, une fois la signature apposée au bas du parchemin, la décision étant irrévocable, peu étaient les couples qui se lançaient. Harry et Ginny avaient déjà pris rendez-vous et la rumeur courait que Draco et Astoria également.

À la pensée de Draco, Hermione baissa vivement la tête vers son ventre rond et aperçut Coleen en faire autant. Car Coleen faisait partie de ses nombreuses filles qui, plus admiratives qu'amoureuses, avaient écrit le nom d'Harry Potter sur leur bout de papier. Hermione ne parvenait d'ailleurs pas à comprendre comment le couple parvenait à passer ses journées auprès de la jeune fille, mais la rousse affirmait que la situation avait déjà été éclaircie. Aussi, Harry avait tout de suite annoncé qu'il ne prendrait la charge que d'un bébé : celui de la benjamine des Weasley.

Si Draco était également surchargé de grossesse, lui n'avait fait aucune déclaration publique. Hermione ne savait qu'en penser.

Comme s'il avait lu dans son esprit, ce fut ce moment que choisit Harry pour demander :

— Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Malfoy ?

Ginny et Coleen qui, la robe relevée, comparaient leurs gros ventres, cessèrent soudain leurs gloussements et tournèrent la tête, la première afin d'adresser un sourire encourageant à son amie, la deuxième visiblement dévorée par la curiosité. Hermione s'agita sur le lit, attrapa un oreiller pour le tordre entre ses doigts, parcourut la pièce du regard, le posa sur son ventre, puis sur Ginny, prit une profonde inspiration et, enfin, se lança.

— Il y a deux ans, quand j'ai fêté mes dix-sept ans, j'ai rejoint l'Ordre.

— On a tous rejoint l'Ordre, répondit Harry sur le ton de l'évidence.

— Je veux dire que je participais aux réunions, je donnais mon avis, je faisais des comptes-rendus…

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent. Coleen ne semblait pas vraiment comprendre ce qu'il y avait de spécial à ça.

— Pourquoi ? Tu ne nous as jamais rien dit…

— C'était prémédité. Nous savions tous que si vous aviez été au courant, Ron et toi, vous auriez voulu faire de même.

— Evidemment ! Nous…

— Vous n'aviez pas atteint la majorité, c'étaient à vos tuteurs de décider. Je trouvais ça injuste aussi, ajouta-t-elle rapidement en voyant Harry ouvrir la bouche, les sourcils froncés. Mais je ne pouvais rien changer et Molly ne voulait pas, pour aucun de vous deux. Du coup, j'ai accepté de garder le secret. Je ne savais pas que ça irait aussi loin !

Harry la dévisageait sans comprendre et elle chercha un peu de soutien auprès de Ginny, qui quitta son lit pour venir s'appuyer contre sa meilleure amie, sans prononcer un mot.

— Un jour, j'ai été convoquée chez le directeur. C'était tard le soir, personne n'en a rien su. Dans son bureau, Dumbledore m'a révélé le vrai plan de Voldemort : le faire tuer par Draco.

Le regard de Harry s'assombrit comme il repensait à cette terrible nuit. La tour, les Mangemorts ricanant et Malfoy. Malfoy, verdâtre, la main tremblante, et son horrible tante qui l'encourageait, qui le menaçait. Malfoy qui recevait un Doloris, Malfoy qui lançait un Avada Kedavra pour sa survie, Malfoy qui en perdait connaissance.

— Il savait… Il savait et il n'a rien fait ! Mais qu'est-ce qui lui a pris…

— Il se savait condamné, Harry ! Il le savait depuis le début, à cause de cet affreuse bague, de cette affreuse pierre, de cet affreux Horcruxe.

Harry tremblait de tout son corps à présent, de colère ou de tristesse, elle n'aurait su le dire. Ginny embrassa rapidement la joue pâle d'Hermione puis le rejoignit et il l'enlaça avant de poser doucement ses mains sur le ventre rond. A côté de la brune, Coleen tentait de comprendre les explications d'Hermione avec les maigres informations répandues par la presse à la mort du Lord.

— Ce qui comptait plus que tout, pour lui, c'était de sauver un maximum de gens avant sa mort. En priorité ses élèves. Mais il ne pouvait tout faire tout seul… Il m'a donc confié la tâche ardue de sauver Draco Malfoy.

— Pardon ?

Le cri avait été instinctif. Ginny lui pressa le poignet et posa sa tête sur son épaule, souriant tristement à Hermione.

— Je ne savais pas comment faire. Il m'avait toujours détestée, méprisée, et je ne l'appréciais guère plus. À ma grande surprise, c'est lui qui est venu à moi.

Harry semblait près de l'implosion Hermione se mordit nerveusement la lèvre avant de poursuivre. Ses doigts, autour de l'oreiller malmené, avaient viré au blanc.

— Il avait besoin d'aide. Il avait peur, il était seul… et il ne voulait pas le faire. Je te jure qu'il ne le voulait pas !

— Il l'a fait pourtant, remarqua Harry d'un ton qui frôlait le grognement.

Sa colère baissa cependant d'un cran lorsque, soudain, Hermione éclata en sanglots. Ginny changea une fois de plus de lit et ce ne fut qu'au bout de plusieurs longues minutes que la jeune femme poursuivit son histoire. Elle ne sanglotait plus, mais sur ses joues coulaient encore en continu des larmes.

— Oui, il l'a fait… Nous avions passé des semaines ensemble, dans le secret de la Salle sur Demande.

— Tu… tu savais comment y entrer ?

Hermione se contenta de détourner le regard et continua son récit.

— Quand nous n'étions pas dans cette pièce, nous travaillions à la bibliothèque sous couvert des exposés en tous genres que les profs, membres de l'Ordre, nous donnaient…

— Parce qu'ils étaient au courant, eux aussi ! Pourquoi ne sont-ils pas intervenus ?

Hermione releva la tête et il découvrit une telle culpabilité dans son regard qu'il ne fut pas étonné par la phrase qu'elle prononça ensuite.

— C'est ma faute.

Elle se tut quelques secondes, puis, comme Ginny l'encourageait d'un geste à reprendre, entra dans les détails.

— Au fil des semaines, j'ai appris à connaître Draco. De simples alliés, nous sommes devenus de vrais camarades, des coéquipiers. J'ai compris qui il était vraiment. Un garçon sensible.

— Malfoy, sensible ? Laisse-moi rire ! Ce n'est qu'un Sang-Pur raciste adorateur de mages noirs.

Cette fois, ce fut Hermione qui se mit en colère.

— Tu n'as pas entendu une miette de tout ce que j'ai appris sur lui, Harry Potter ! As-tu été éduqué par une mère absente et un père qui te bat si tu as le malheur d'avoir une mèche qui rebique ? As-tu grandi au milieu de gens riant du malheur des autres, crachant sur toutes les personnes ne faisant pas partie de « leur race » et priant le retour d'un grand Seigneur disparu ?

Harry se ratatina sous le regard foudroyant d'Hermione. Étrangement, ainsi, avec ses yeux de feu, ses cheveux en bataille et ses joues mouillées, elle était belle.

— Donc, je me suis rapprochée de Draco et c'est là que j'ai commencé à assurer aux membres de l'Ordre qu'il nous rejoindrait, qu'il serait un merveilleux agent double, qu'on aurait toutes les informations nécessaires à la défaite du Seigneur des Ténèbres avant la fin de l'année. Ils ont été convaincus par ma sincérité : j'y croyais dur comme fer. Et Draco aussi, je peux te l'assurer. Nous étions sûrs de nous, nous étions rassurés et nous étions amis. On s'appelait même par nos prénoms.

— Qu'est-ce qui a foiré, alors, dans ton merveilleux plan ?

— Je suis tombée amoureuse de lui.

Au moment de sa déclaration, un bruit sourd résonna à l'autre bout de la pièce, mais le cri de surprise d'Harry le masqua et personne ne remarqua rien.

— Tu es quoi ?

— Je suis tombée amoureuse de Draco Malfoy.

Elle hocha gravement la tête et un petit sourire naquit sur son visage plein de tristesse.

— Le plus drôle, c'est que Draco est tombé amoureux de moi aussi.

Le visage d'Harry n'exprimait plus rien, tant il était dépassé par ce qu'il entendait.

— Mais évidemment, ça ne pouvait être aussi simple que cela. J'étais une né-moldue, lui un sang-pur. J'étais à Gryffondor, lui à Serpentard. Enfin, il était aux ordres du plus grand ennemi de mon meilleur ami. Nous ne pouvions pas être ensemble.

Elle s'interrompit une seconde pour laisser échapper un gloussement qui stupéfia Harry plus encore qu'il ne l'était auparavant.

— Autant te dire, en se voyant deux heures chaque jour de chaque semaine, on n'a pas tenu longtemps et on s'est embrassé.

Harry ferma les paupières, un rictus de dégoût sur les lèvres.

— C'était… merveilleux. Et ça a duré un bout de temps, sans que personne sans doute. On était tellement fiers, et il y avait de quoi ! Enfin, c'est ce qu'on pensait. Car les secrets finissent toujours par être ébruités et le nôtre n'a pas fait exception.

Elle fit une pause et son regard se voila tandis que défilaient dans son esprit une multitude de souvenirs.

— Astoria Greengrass a appris pour nous – aujourd'hui encore, je ne sais pas comment. Elle a fait en sorte que ses parents et ceux de Draco précipitent leurs fiançailles. Et elle est venue s'en vanter devant tout Poudlard.

Harry hocha la tête : il connaissait cette partie.

— Malfoy a accepté les fiançailles avec joie et il est parti vivre sa parfaite vie de Mangemort.

— Il n'avait pas le choix ! S'il n'avait pas accepté le chantage d'Astoria, elle aurait tout révélé à Voldemort. Il aurait été torturé et tué, de même que toute sa famille, et il m'aurait traquée comme il t'a traqué, Harry ! Il m'aurait capturée afin de me faire vivre les pires tortures existant sur cette planète. Il te l'aurait même fait payer !

Elle s'arrêta quelques instants, le regard floué par les larmes autant que surprise par son besoin soudain de défendre Draco. Quand elle reprit la parole finalement, elle avait fait un bond prodigieux dans le temps.

— Alors, ce soir-là, quand nous nous sommes saoulées et que nous avons pris cette fichue potion, j'ai tenté de résister, j'ai tenté tout ce que j'ai pu. Je pourrais le jurer sur tout ce que l'on peut trouver dans cet univers. Mais je l'aimais encore. Donc j'ai pris cette plume et en faisant gaffe pour que personne ne puisse rien voir, j'ai écrit très vite sur ce petit bout de parchemin « Draco Malfoy ». Ensuite, je l'ai glissé dans la fiole, j'ai mélangé le tout et je l'ai avalé.

— Tu veux dire que tu es… tu es… de…

— Je suis enceinte de Draco Malfoy et il veut s'occuper de notre bébé.

Dans la pièce, il n'y eut plus un bruit, plus un mouvement, pendant un long moment.

Tout à coup, dans le dos de Harry, les rideaux s'ouvrirent brusquement sous les yeux effarés des quatre Gryffondor. Apparu derrière les pans de tissu un rouquin aux traits défigurés par la rage. C'était Ron Weasley.

Il sauta du lit comme un lion enragé mais, lorsqu'il ouvrit son immense gueule, il n'en sortit pas un rugissement. Seulement un « Traîtresse ! » prononcé avec tant de force qu'il s'étrangla et qu'au final, on n'entendit qu'un miaulement de chaton.

Plusieurs choses se passèrent alors en même temps. Harry tomba de son lit sous le coup de la surprise. Ginny éclata d'un rire nerveux. Hermione fondit en larmes.

Ron rouvrit la bouche, mais il n'en sortit rien de plus qu'un souffle furieux avant qu'il presse ses lèvres l'une contre l'autres. Il tenta l'expérience une fois, deux fois, trois fois. Puis il adressa un regard interrogateur à Harry, qui se contenta de hausser les épaules. Il passa sur Coleen sans la voir pour fixer son regard sur sa sœur. Il plissa ses paupières en la voyant consoler son amie éplorée et elle lui retourna un regard de défi. Enfin, il crucifia de ses prunelles furibondes Hermione, qui sembla enfouir un peu plus son visage dans l'épaule de la rouquine. Après quoi il quitta la pièce à grands pas rageurs, le visage plus rouge à chaque seconde la porte claqua violemment derrière lui. Coleen et Harry échangèrent un regard indécis avant de se tourner vers Hermione et Ginny, à présent pleurant autant l'une que l'autre.

— Mais, Ginny…

— Les… Les horm-mones… réussit à expliquer Ginny avant de sangloter plus fort que jamais.

À ce moment précis, un hibou frappa la vitre la plus proche de son bec acéré. Harry en profita pour s'éloigner un peu des deux filles – il détestait voir les gens pleurer, car il ne savait jamais vraiment comment se comporter alors. Dès qu'il eut ouvert la fenêtre, un immense hibou grand-duc entra dans la pièce pour se précipiter sur Hermione. La jeune fille l'accueillit d'un sourire et d'une caresse Harry reconnut alors l'oiseau de Draco Malfoy.

— Merci Silv', lui murmura-t-elle en récupérant le bout de parchemin dont il était chargé.

Le hibou poussa un hululement, quatre fois plus fort que le miaulement de Ron, puis s'envola sans attendre. Hermione le regarda disparaître dans la nuit avant de déplier le bout de parchemin. Elle sentit quelque chose s'échapper du papier pour tomber sur son ventre et atteindre, enfin, le matelas. Elle n'y prit pas garde, se concentrant sur le mot qu'elle venait de déplier.

« Comme tu le sais, je suis obstiné et je continuerai jusqu'à ce que tu m'acceptes. En espérant que ce présent t'aidera à faire le bon choix…

- D. »

Ses pleurs redoublèrent, sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Draco, Ron, le bébé, elle… Tout se mélangeait.

— Hermione…

Elle quitta des yeux la lettre, déjà imbibée de ses larmes, pour découvrir Ginny, qui lui tendait une bague. Juste à côté, Harry regardait le bijou d'un air perplexe. Elle l'attrapa sans trop comprendre ce que c'était.

— C'était avec le message.

Elle y jeta un nouveau coup d'œil et se figea soudain. L'anneau d'argent était surmonté d'un diamant blanc gigantesque qui chatoyait sous les lumières de la chambre. Elle reconnut l'ensemble aisément : c'était l'alliance de fiançailles d'Astoria.

Plus tard, Hermione serait incapable d'expliquer ses actes mais, sur le moment, ils lui parurent d'une logique imparable. Se dégageant de l'étreinte rassurante de Ginny, elle quitta le lit, contourna Coleen et se précipita hors du dortoir. Elle passa en trottinant devant les élèves présents dans la salle commune, sans prendre garde aux regards étonnés qui la suivaient. Elle traversa en courant le collège, décidée à se rendre au plus vite à l'endroit où elle le trouverait : la bibliothèque.

Elle y entra en trombe dix-huit minutes avant la fermeture, sous le regard sévère, comme toujours, de la bibliothécaire, et s'enfonça dans les rayonnages à la recherche de leur table, dans le secteur « droit et justice magique », peu visité par les élèves. Elle n'avait pas bougé, à moitié dissimulée derrière une plante en pot, entourée de deux sièges rembourrés.

Il était assis sur celui du fond, le regard penché sur un pavé concernant les sisymbres, et elle se crut une seconde repartie deux ans en arrière. Puis elle renifla, il releva la tête, ses yeux s'écarquillèrent et elle revint au présent. Elle se demanda quelle allure elle avait, avec son pull remonté suffisamment pour dévoiler son bedon arrondi, ses cheveux emmêlés, ses yeux rouges et gonflés et son visage couvert de larmes. Pourtant, il ne posa aucune question, se contentant d'ouvrir grand les bras, comme par le passé, comme si rien n'avait changé : pas de guerre, pas de meurtre, pas de fiançailles et pas de grossesse. Ce fut tout naturellement qu'elle se glissa dans ses bras, prenant tout simplement plaisir à le sentir contre elle. Il caressait ses cheveux, ou tentait de les remettre en ordre, elle ne savait pas trop. Rapidement, elle sentit ses paupières s'alourdir, puis se fermer complètement. Alors, ce fut le trou noir.

CcC

Vert. Ce fut sa première pensée. En une nuit, sa literie rouge avait viré au vert. Au vert et à l'argenté. Comme chez les Serpentard.

Hermione se redressa d'un bond dans son lit, pour découvrir une pièce inconnue. Trois lits en tout ; le premier, elle l'occupait, le deuxième avait les rideaux tirés et le troisième avait été comme fait à l'aide d'une règle et d'une équerre. Trois tables de chevet, chacune porteuses d'un réveil sorcier aux aiguilles en forme de serpent et d'un verre. Hormis trois malles sagement rangées dans un coin, la moquette verte était vierge. Mais que faisait-elle là ? La porte, à l'autre bout de la pièce, s'ouvrit et la jeune femme plongea sous les couvertures.

— Hermione, tu es réveillée ?

La voix de Draco. Elle repoussa les couvertures pour le découvrir, qui traversait la pièce chargé d'un petit-déjeuner de roi.

— Qu'est-ce que je fais ici ?

Il grimaça devant son ton mordant, et elle vit une lueur d'incompréhension passer dans son regard.

— Je ne savais pas trop quoi faire hier soir, alors je t'ai ramenée ici. Dans la plus grande discrétion : personne ne sait que tu es là, parmi les Serpentard.

— Et les Gryffondor ?

— J'ai mis Ginny au courant.

Il lui fit un petit sourire timide et tendit le plateau couvert de nourriture.

— Tu as faim ?

Elle s'apprêtait à répondre que non, mais sentit son estomac gargouiller et décida de passer par-dessus sa colère. Elle tendit les bras, mais il posa directement le plateau sur les draps. Il prit au passage un flocon de céréales.

— Qu'est-ce qui s'est passé hier ? demanda-t-il après qu'elle eut avalé à toute vitesse trois petits pains.

Elle plissa les paupières : la soirée de la veille était si floue… Puis ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle lui revint en tête, d'un coup.

— Je… J'ai tout raconté à Harry, en ce qui concerne… notre histoire. Ron était là, aussi. Il a mal réagi.

Elle repensa au visage cramoisi du rouquin, à son cri de fureur et à ses yeux furibonds et les siens se remplirent de larmes. Elle vit du coin de l'œil Draco tendre la main pour la réconforter, puis se rétracter. Visiblement, entre l'Hermione de la veille et l'Hermione du matin, il ne savait plus comment se comporter en sa présence. Tout en continuant à parler, elle fouilla au fond d'elle, cherchant la conduite à adopter.

— Et puis, j'ai reçu… la bague d'Astoria.

Elle releva les yeux pour croiser le regard d'un Draco aux joues rougissantes.

— Qu'est-ce que tu as fait ?

— Je voulais m'excuser.

— Tu l'as déjà fait.

— Non, pas pour ça. Je voulais m'excuser d'avoir voulu te forcer à révéler notre relation du jour au lendemain, après tout ce que je t'ai fait.

Les sourcils d'Hermione se haussèrent. Elle n'avait jamais entendu Draco Malfoy s'excuser aussi régulièrement. Une fois de plus, elle remarquait à quel point il avait changé, depuis leur séparation. Sans faire cas de son expression, il poursuivit.

— Je réalise que tu as absolument le droit de ne plus vouloir de moi dans ta vie… et dans celle du bébé. Mais je resterai toujours à proximité, au cas où tu changerais d'avis. J'ai annoncé à Astoria, hier, que je rompais nos fiançailles et que je voulais récupérer ma bague. Je te la laisse, même si je sais que ce n'est pas une alliance pour toi.

— Et le garçon ?

— Quel garçon ?

Draco semblait sincèrement perplexe.

— Celui d'Astoria.

Son regard s'éclaira, signe qu'il avait compris, et il secoua la tête avec consternation.

— La plupart des rumeurs nous concernant sont fausses, lui révéla-t-il. Il me semble même que c'est elle qui les a répandues. Je ne lui ai rien offert, mis à part la bague, je n'ai signé aucun document d'aucune sorte et je ne l'ai pas accompagnée à une échographie spéciale pour connaître le sexe du bébé.

Hermione le dévisagea quelques secondes, bouche bée.

— Si tu connaissais les rumeurs, pourquoi ne pas les avoir démenties ?

— Une magnifique connaissance m'a un jour dit que démentir une rumeur équivaut à confirmer son authenticité.

Hermione détourna les yeux. Elle se rappelait très bien cette journée. La rumeur courait qu'ils avaient fait plus que réviser à la bibliothèque et ce, quelques jours seulement après l'échange de leur premier baiser. Draco voulait nier les accusations, Hermione l'avait convaincue du contraire. Au final, la rumeur était morte et Draco avait reconnu qu'Hermione avait vu juste. Une première pour le blond.

— Comment vais-je retourner dans mon dortoir, dis-moi ?

Draco montra du menton le réveil.

— Le déjeuner vient de commencer. On est dimanche : ils doivent tous se rendre à la Grande Salle. On est encore tranquilles pour deux bonnes heures.

— Tu as tout prévu.

Elle réussit, malgré son allégresse grandissante, à retenir un sourire : il n'était pratiquement jamais pris au dépourvu. Comme s'il avait lu ses pensées, il répliqua avec arrogance :

— Evidemment. Et si on parlait de hier soir ?

— Hier soir ? murmura-t-elle en baissant la tête. Je t'ai déjà dit ce qui est arrivé hier soir.

— Pas du pourquoi tu t'es soudain précipitée dans mes bras pour me fusiller du regard le lendemain.

— Je n'en sais rien, avoua Hermione après quelques secondes de silence. Ça paraissait… la chose à faire. Mais…

Elle ne termina pas sa phrase, se contentant de détourner à nouveau le regard. Draco n'ajouta rien ni ne tenta de la relancer, se contentant d'attraper un petit pain et de le couper en petits morceaux de ses longs doigts pâles. Hermione, perdue dans ses pensées, l'écouta vaguement faire. Elle ne savait plus comment se comporter. Elle l'aimait, c'était un fait, mais il l'avait trahie.

« Il n'avait pas le choix ! Il aurait été tué ! »

Ses propres pensées l'assaillaient. Était-elle convaincue, la veille au soir ?

Elle jeta un coup d'œil dans sa direction, détourna aussitôt les yeux, les joues en feu. Tout en grignotant son petit pain, il l'observait, ainsi que son ventre rond. Alors, elle comprit : elle ne pourrait que lui pardonner, si ce n'était pas déjà fait, d'ailleurs, ce qui ne l'empêcherait pas de le tester avant de le lui avouer. Et cela commençait tout de suite.

Elle quitta le lit et remarqua par la même que Draco suivait chacun de ses mouvements. Une fois debout, elle arrangea sa robe, enfila ses ballerines, posées sur la malle fermée du blond et passa une main dans sa masse de boucles. Elle grimaça en sentant ses doigts traverser un véritable amas de nœuds. Tout démêler prendrait une bonne éternité.

— Hermione ?

Elle se tourna sans un mot vers Draco, qui hésitait visiblement à s'exprimer. Une fois de plus, elle fut frappée par le changement opéré depuis leurs derniers contacts.

— Hermione, je t'aime, lâcha-t-il finalement.

Pendant quelques temps, elle ne bougea pas, puis elle lui répondit d'un sourire franc qui sembla le soulager.

— Je sais.

Et, sans attendre une seconde de plus, elle quitta la pièce.

CcC

— La blondasse fait la tête… et ton chéri t'observe, murmura Ginny à l'oreille de sa meilleure amie.

— Tu as reçu la date pour ton échographie ? se contenta de répondre Hermione.

Ginny tourna la tête pour l'observer : elle tenait entre ses mains ce qui devait être sa propre carte de rendez-vous et tâchait visiblement de contenir sa joie.

— Oui, elle est prévue pour dans deux semaines… et toi ?

— Trois.

— Sera-t-il suffisamment pardonné pour avoir le droit d'y assister ?

Hermione haussa les épaules, mais Ginny devina qu'elle savait très exactement ce qu'elle voulait.

— Sais-tu que tu rayonnes littéralement ?

— Le plus important est qu'on ne sache pas pour quoi, répondit Hermione en souriant malicieusement.

Une seconde plus tard, cependant, comme elle relevait la tête, ses yeux se remplirent de larmes. Ginny suivit son regard, découvrant son frère qui les crucifiait du regard, assis à l'autre bout de la table. À côté de Lavande.

— Il s'en remettra, tu le connais.

Hermione acquiesça et ses lèvres se crispèrent. Elle lança au rouquin un tel regard qu'il se ratatina sur place.

— Maintenant, ton chéri te regarde avec admiration et un brin d'inquiétude.

La brunette resta immobile pendant un instant puis, machinalement, elle se tourna vers la table des Serpentard. Elle passa rapidement sur Pansy Parkinson qui, au vu de son expression victorieuse, avait appris l'annulation des fiançailles, s'attarda un court moment sur le visage contrarié de son ancienne rivale et suivit le regard assassin de la blonde pour croiser celui de Draco. Elle lui adressa un sourire furtif qui illumina le visage du blond, puis retourna à son petit-déjeuner.

Oui, elle avait pris sa décision.

CcC

— Miss Granger ? Vous pouvez venir, annonça cordialement Mrs Pomfresh.

En toute autre circonstance, Hermione se serait extasiée sur son ton neutre. Elle se souvenait parfaitement de la moue de l'infirmière lors de sa première échographie, elle qui devait penser inconscientes toutes ces adolescentes refusant d'avorter. Pourtant, à ce moment précis, ce n'était pas ce qui attirait son regard, mais plutôt le couloir donnant sur l'infirmerie, dorénavant équipé de quelques chaises. Et vide.

— Miss Granger ? répéta l'infirmière.

La brune secoua la tête et se tourna vers son interlocutrice en affichant un sourire forcé.

— Oui, excusez-moi, je vous suis.

Cependant, juste avant d'entrer, elle se retourna une dernière fois. Personne. En poussant un dernier soupir, elle se dirigea vers les rideaux tirés, laissant Mrs Pomfresh fermer la porte à sa place. Elle s'assit sur la table d'examen et observa l'infirmière sortir son dossier, l'ouvrir, le parcourir et lui poser les questions protocolaires. Elle l'ausculta avec efficacité, prononça quelques formules compliquées et, enfin, lui demanda de s'allonger. Hermione s'exécutait quand un bruit alarmant résonna de l'autre côté de la pièce. Elle se redressa tandis que Mrs Pomfresh s'approchait des rideaux tirés pour les écarter… révélant un Draco Malfoy essoufflé.

— Désolé, j'étais… chez McGonagall. Vous n'avez pas encore commencé ?

L'infirmière plissa les lèvres face à l'intrusion de l'élève, Hermione soupira de soulagement. Le rendez-vous, bien sûr. Il lui en avait parlé.

.

J'ai entendu parler… de l'échographie. La tienne a lieu dans deux jours, c'est ça ?

Hermione acquiesça faiblement en se demandant comment il avait pris connaissance de la date. Sûrement grâce à Ginny…

C'est la deuxième, pas vrai ?

Nouvel hochement de tête. Hermione attendit silencieusement qu'il poursuive, se demandant ce qu'il avait encore appris.

Tu pourras demander le sexe du bébé, n'est-ce pas ? Tu vas le faire ?

Toi, tu en penses quoi ?

Il parut heureux qu'elle lui pose la question.

Cette grossesse est spéciale, non ? Je continuerais sur cette voix en ne le demandant pas. De toute façon, tu finiras bien par savoir.

Nous. Nous finirons par savoir. Tu veux le connaître, non ?

Oui… Mais toi, tu ne veux pas… Si ?

Hermione se contenta de hausser les épaules et une petite voix en elle hurla son incompréhension. « Tu ne vas pas le laisser entrer dans vos vies ainsi… Tu n'es pas en train de l'y autoriser ? Hermione ! » Mais déjà, Draco reprenait, de sa voix timide à laquelle elle s'était habituée, plus ou moins.

Puis-je… venir ? A l'échographie.

Elle le regarda en gardant une expression neutre qui dissimulait ses hésitations. Elle ne parvenait pas à croire qu'elle le laissait avancer ainsi, après des jours passés à le repousser. Il plongea son regard dans le sien et elle eut le sentiment qu'il lisait en elle. Elle ne sut pas quoi exactement, mais le regard du blond se fit soudain décidé.

Je viendrai, Hermione.

Elle ne répondit pas, mais un petit sourire naquit sur ses lèvres tandis qu'elle s'étirait avec volupté sur le canapé rouge qui l'accueillait. Elle sentit un petit frisson de plaisir parcourir son corps à la pensée que Draco l'avait métamorphosé pour elle. Ce n'était pas grand-chose, mais ça la touchait, plus qu'elle ne le laissait voir.

Je veux m'impliquer au maximum dans votre vie, Hermione. Parce que je vous aime.

Elle reposa ses yeux écarquillés sur lui. Il les répétait sans cesse depuis le début de leurs rendez-vous, mais ces trois petits mots lui faisaient toujours le même effet. Et il les prononçait avec tant de conviction… à ce moment précis encore, il lui adressait un regard tendre, si différent de celui du Draco de seize ans, et elle se sentit fondre.

Elle se remémora brièvement l'après-midi passée dans les cuisines de Poudlard, où il lui avait préparé un à un tous les plats qu'elle avait demandés. Elle se souvint de la cape qu'il avait placée sur ses épaules alors qu'ils observaient les étoiles du haut de la tour d'astronomie, restant ainsi en simple t-shirt, et des deux jours suivants, qu'il avait passés dans son lit, malade. Elle se rappela leur ballade dans le parc, à l'aurore, lorsqu'elle l'avait réveillé à quatre heures du matin parce qu'elle n'arrivait plus à dormir. Elle revécut les dimanches matins passés dans son lit, profitant de l'absence des autres Serpentard pour déjeuner à trois, lui, elle, et le bébé. Elle songea enfin à son offre de la semaine précédente, quand il lui avait proposé de donner l'argent nécessaire à la location d'une chambre individuelle pour la fin de sa grossesse.

Elle le sentait capable d'exaucer tous ses souhaits. Il se rendrait à Ste-Mangouste dans la journée pour reconnaître son bébé si elle le laissait faire, il l'épouserait dans la semaine si telle était son vœu. Mais elle le repoussait.

Elle vit son regard descendre pour se fixer sur le ventre rond, dénudé et caressé par ses mains, et l'amour qui transparaissait dans le bleu-gris atypique la décida. Elle redressa la tête, il fit de même et leurs regards se croisèrent pour ne plus se lâcher.

Tu veux…

Elle montra vaguement son ventre et le regard du garçon s'arrondit.

Je peux…

Il montra de la même manière son bedon et elle acquiesça, les joues en feu. Bien qu'il semblât intimidé, sa main ne tremblait pas quand il la posa sur le ventre rond. Il ne bougea pas pendant plusieurs secondes, se contentant de la garder sur le ventre de la jeune fille. Leurs regards arrimés laissaient transparaître la même joie hésitante quand il promena lentement sa paume, découvrant après des semaines d'attente la bosse qui contenait leur bébé.

Il ne bouge pas encore ?

Il ne devrait plus tarder. Tu viendras, pas vrai ?

Elle n'eut pas à préciser où pour qu'il comprenne. Il hocha la tête avec ferveur. Pour la première fois depuis leur rupture, ils se comprenaient parfaitement.

.

— Mr Malfoy, je suis occupée. Si vous avez besoin de me voir, veuillez repasser dans quelques heures…

— Laissez, Mrs Pomfresh, c'est moi qui l'ai invité.

Draco passa devant l'infirmière, bouche bée, avec un petit sourire victorieux. Il rejoignit Hermione, l'aida à s'allonger, puis s'assit sur la chaise installée à côté du lit, précisément pour le père du bébé. Mrs Pomfresh ne parut pas en croire ses yeux et il lui fallut plusieurs secondes pour s'approcher d'Hermione. La jeune fille, bien que rassurée par la main de Draco dans la sienne, s'inquiéta de la réaction du collège si même l'infirmière de l'école était au courant de la haine existant supposément entre eux.

« Ils vont vous lyncher. Tous. » reprit la petite voix dans son esprit, perfide.

Comme s'il l'avait entendue, Draco serra plus fort sa main et lui adressa un regard encourageant. Mrs Pomfresh s'installa sur son propre siège.

— Aujourd'hui, vous avez la possibilité de connaître le sexe du bébé. Le souhaitez-vous ?

— Non.

Elle sentit vaguement Draco sourire à son côté. L'infirmière hocha la tête et, comme lors de la première échographie, étala sur le ventre rebondi un gel froid. Hermione fut frappée par la similitude entre les méthodes moldues et sorcières. Encore une formule marmonnée, quelques secondes d'attente et alors apparut, sur le mur blanc à côté de Mrs Pomfresh, l'image en noir et blanc bien connue. Tout en leur décrivant le bébé, ici la tête, là les jambes, elle scrutait chaque centimètre visible à la recherche d'éventuelles anomalies, mais devait admettre que, comme les autres jeunes femmes auscultées, le bébé semblait parfaitement formé.

De leur côté, Hermione et Draco ne se rendaient même pas compte de l'observation attentive de l'infirmière. Bien sûr, en bonne première de classe, Hermione avait dévoré tous les ouvrages à disposition et aurait pu faire un exposé sur la deuxième échographie de grossesse, mais elle n'y pensait vraiment pas en ce moment. Elle se concentrait plutôt sur son bébé, parfait même sur un écran, sur la joie qu'elle ressentait, la main de Draco dans la sienne, tant serrée que cela lui faisait presque mal, et l'expression émerveillée du blond, qui quittait parfois furtivement l'écran des yeux pour fixer le ventre d'Hermione comme s'il venait de découvrir le trésor qu'il renfermait. Et Hermione, bien qu'ayant déjà ressenti cela lors de la première échographie, était envahie de ce même sentiment à nouveau. Elle pria un instant pour que sa grossesse se finisse ainsi, dans une admiration sans borne, et qu'elle s'extasie sur le petit être qu'elle portait à chaque moment de leur vie.

Enfin, trop vite au goût des deux parents, le rendez-vous toucha à sa fin et l'infirmière interrompit son sortilège. Quelques minutes plus tard, une mince enveloppe dans une main et la paume de Draco dans l'autre, Hermione quitta l'infirmerie. Elle s'arrêta devant les portes closes et laissa échapper un gloussement.

— Je pense que Mrs Pomfresh aurait fait une crise cardiaque si je te l'avais donnée là-bas, alors…

Elle sortit de l'enveloppe le double de l'échographie qu'elle avait réclamé pour le tendre à Draco. Le blond l'accepta avec les yeux brillants.

— Tu ne voulais pas le donner à tes amis ?

— On est tous à la même, tu sais, maintenant. Je crois que Harry et Ginny préfèrent les leurs, expliqua-t-elle à mi-voix en refermant consciencieusement l'enveloppe.

À sa grande surprise, elle ne reçut aucune réponse. Elle releva la tête, juste à temps pour croiser le regard brûlant du blond. Du coin de l'œil, il lui parut surprendre une ombre mouvante, mais elle n'eut pas le temps d'analyser quoique ce soit : Draco attrapa son visage entre ses mains et l'embrassa. Une seconde, elle songea à le repousser, à le gifler… mais elle en avait envie depuis si longtemps. Elle enroula donc ses bras autour du cou du blond pour approfondir le baiser et se pressa contre lui, son ventre rond en avant. Elle sentit qu'il glissait une main sur celui-ci, et elle sourit contre ses lèvres.

Enfin, elle était prête à lui pardonner.

.

CcC

.

Voilà ! J'espère que ça vous a plu. Si c'est le cas (ou pas), une 'tite review pour me dire ce qui est bien et ce qui ne l'est pas me fera très plaisir.

Qu'avez-vous pensé d'Hermione, dans ce chapitre ? Des gifles qu'elle donne à Draco ? De Draco, de sa vie ? Du comportement d'Harry et de Ginny ? Appréciez-vous Coleen ? Et Ron ?

Que pensez-vous du début du chapitre ? De sa fin ? Je suis curieuse, je veux tout savoir !

Bises, en espérant vous revoir bientôt, pour… la fin !

C.