Disclaimer : MFB ne m'appartient pas plus qu'au chapitre précédent.

Re-Salut ! Comme promis, voici le chapitre 1 publié en même temps que le prologue. C'est ici que l'aventure commence vraiment.


Chapitre 1 : La ville de sable


Plus ils approchaient de la ville, plus ils ralentissaient. Non seulement la fatigue pesait avec force sur les épaules de certains et alourdissait leurs membres, mais l'aspect lui-même de la ville les décourageait. Les bâtiments étaient délabrés, voire en ruines. Il n'y avait aucune route, seulement de larges espaces entre les immeubles, recouverts de sable et de poussière. Le paysage était uniforme les couleurs ternes de la ville contrastaient avec le bleu aveuglant du ciel. Elle semblait abandonnée.

Quand Ginga en franchit le seuil, ce qui le frappa le plus fut le silence. Il n'y avait aucun bruit. Même leurs pas étaient étouffés par le sable. Les silhouettes squelettiques des immeubles faisaient peser un sentiment de menace sur lui. Il se sentait mal à l'aise. Il n'avait qu'une envie : traverser cette ville et la laisser derrière lui. Sauf que ce ne serait pas pour tout de suite...

Un coup d'œil à ses amis le lui confirma. Madoka semblait sur le point de tomber. Kenta et Yû avançaient à pas lents et alourdis, comme si la fatigue entravait leurs jambes. Les autres s'en sortaient mieux, même si la fatigue commençait à transparaître sur certains. Par contre, Kyoya, Ryûga, Benkei, Tsubasa et Hyoma avaient l'air en pleine forme. Ils étaient trop habitués aux efforts extrêmes pour se fatiguer pour si peu.

Ginga avançait à un rythme régulier, cherchant des yeux un endroit où ils pourraient se reposer. Il avisa un petit parc... Enfin, ce qui devait être un parc. Il s'agissait d'un espace sans immeubles, entouré d'une barrière rouillée. Il y avait plusieurs préaus sous lesquels étaient réunis des bancs qui promettaient repos et fraîcheur.

Il se passa une main sur le front. Il y ferait plus frais que sous ce soleil de plomb en tout cas.

Ginga se retourna vers ses amis et le leur indiqua.

- On devrait s'arrêter là un moment.

Kyoya croisa les bras.

- On ne risque pas de découvrir quoi que ce soit si on fait déjà une pause !

- Si on s'écroule non plus, lui fit remarquer Madoka.

- Vous n'avez qu'à mieux vous entraîner.

- Quel sale caractère, soupira Yû.

Alors que Kyoya allait répliquer, Tsubasa intervint avec le calme qui le caractérisait.

- Faire une pause nous permettra de faire le point sur les événements.

- Comme si on avait appris quelque chose de nouveau, marmonna Kyoya.

Mais il cessa de protester.

Ginga enjamba la barrière – il était impossible de l'ouvrir à cause de la rouille qui la rongeait. Il attendit de l'autre côté pour aidder Yû, Kenta et Madoka à la franchir. Il se dirigea ensuite vers les kiosques. Une agréable fraîcheur l'enveloppa quand il fut à l'abri des rayons du soleil. Respirer était aussi plus facile. Ils s'installèrent tous sous le même préau pour pouvoir discuter plus facilement. Certains s'assirent à même le sol, d'autres restèrent debout car il n'y avait pas assez de place pour tout le monde sur les bancs. Certains se laissèrent tomber avec un soupir de soulagement. Ils n'auraient pas tenu tellement plus longtemps. Ginga doutait même qu'ils auraient supporté quelques secondes de marche supplémentaires.

- Qu'est-ce que nous savons ? demanda Tsubasa.

- Nous sommes dans une dimension parallèle, déclara Madoka.

- Et dans une ville fantôme ! ajouta Yû avec un grand sourire. Il n'y a personne. C'est super flippant.

Son ton, plein d'enthousiasme, ne s'accordait pas vraiment à ses paroles.

- Tu as raison, c'est étrange qu'il n'y ait personne.

- Peut-être que des monstres les ont fait fuir ou, pire, les ont mangé.

- Quoi ? s'apeura Kenta.

- Ne dis pas n'importe quoi Yû, tenta de les calmer Tsubasa. Il n'y a pas de monstres ici.

- Qu'est-ce que tu en sais ? On est dans une dimension parallèle. Il peut y avoir tout et n'importe quoi !

Les yeux verts s'éclairèrent d'intérêt.

- Peut-être qu'il y a des créatures fantastiques, comme des dragons ou des pégases. Ce serait trop cool.

Ginga trouvait aussi cette idée géniale – surtout pour les pégases – mais ça l'étonnerait. Ce monde avait quelque chose de déplaisant. Il ne pourrait pas abriter des créatures aussi merveilleuses.

- On perd du temps là, s'agaça Kyoya.

- Il faut qu'on comprenne ce qui arrive, contra Tsubasa.

- On n'apprendra rien en restant ici.

- On a qu'à attendre que Ryûga amène le type qui est là-bas, déclara Yû en pointant la direction de laquelle ils venaient.

Ils se tournèrent comme un seul homme. Un adolescent avançait à pas lents et hésitants. Il portait un sweat-shirt d'un vert sombre qui flottait autour de son corps et dont la capuche rabattue cachait la moitié de son visage. Les manches longues ne laissaient entrevoir que le bout de ses doigts. Son jean gris était lui aussi trop large.

Ginga observa avec inquiétude Ryûga s'approcher de l'inconnu. Il fit quelques pas vers la barrière instinctivement.

L'Empereur Dragon interpella l'inconnu qui se tourna vers lui. Contre toute attente, un sourire un peu timide étira ses lèvres. Il franchit la distance qui les séparait avec un peu plus d'assurance.

- Qu'est-ce que tu fais là Ryûga ? Je pensais que tu restais à la base aujourd'hui.

Les yeux de Ginga s'écarquillèrent. La voix de l'inconnu ressemblait énormément à celle de Kyoya. Elles auraient pu être identiques, même, sans les intonations plus douces et hésitantes qu'utilisait l'inconnu.

À côté de lui, Kyoya se crispa. L'Empereur Dragon haussa un sourcil.

- Pourquoi tu me parles comme ça ?

- Il y a un problème avec ma façon de parler ? demanda-t-il d'une voix soucieuse.

Yû explosa de rire.

- Vous entendez ça ? Il a la même voix que Yoyo !

- Arrête de m'appeler Yoyo !

L'inconnu reporta son attention sur eux. Sa bouche s'arrondit de surprise. Il esquissa un pas en arrière, comme s'il comptait s'enfuir, mais Ryûga attrapa son poignet et l'entraîna vers eux.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Ryûga le lâcha et le poussa vers eux. L'inconnu manqua de perdre son équilibre mais il se rétablit de justesse. Il se tourna vers chacun d'eux, de plus en plus inquiet, se recroquevillant de plus en plus. Sa capuche recouvrait ses yeux et les bords retombaient sur ses joues mais Ginga avait l'impression qu'il ressemblait à Kyoya.

L'inconnu essaya de nouveau de faire un pas en arrière mais il se cogna contre Ryûga.

- Alors, vous les posez vos questions ?

- Il ne nous répondra pas s'il est trop effrayé, répliqua Tsubasa.

Ginga partageait son avis. L'inconnu s'était mis à trembler. Ils devaient vraiment lui faire peur.

Il se pencha vers lui, un sourire chaleureux aux lèvres.

- Ça va ?

Son intervention n'eut pas l'effet escompté. L'adolescent couina et tenta de reculer une nouvelle fois. Il contourna Ryûga pour partir. Le blanc attrapa sa capuche et le tira en arrière, découvrant son visage. Le souffle de Ginga se bloqua dans sa gorge. Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à Kyoya. Un Kyoya apeuré et mal dans sa peau, des larmes à grand peine retenues au coin de ses yeux. De plus, il n'avait pas de cicatrices sur les joues.

Même Yû en était sans voix.

Ryûga ne le lâcha pas, même si la surprise se peignit fugacement sur son expression.

L'inconnu recula et, avec ses deux mains, rabattit sa capuche sur sa tête. Ginga n'apercevait plus que sa bouche tremblante.

- Pourquoi tu as fait ça ? murmura-t-il.

Il avait les mains crispées sur sa capuche, comme s'il craignait qu'elle ne découvre de nouveau son visage.

- Il ressemble à Kyoya, murmura Benkei, choqué.

- Ce sont peut-être des jumeaux séparés à la naissance, commenta Yû, pensif.

- Ne dis pas n'importe quoi !

Kyoya se dirigea à grands pas vers l'encapuchonné, bousculant Ryûga au passage. Il attrapa le col de son sweat-shirt et l'obligea à se relever.

- T'es qui toi ?!

- Je... je...

Ginga décida d'intervenir. Il s'approcha de son rival et posa sa main sur son bras pour attirer son attention.

- Tu lui fais peur.

- Et alors ?!

- Il ne nous parlera pas si tu continues.

Kyoya ancra son regard au sien, hésita, puis poussa un grognement. Il lâcha brusquement l'encapuchonné qui atterrit assis. Sa capuche se défit. Il fixait le sol, les lèvres tremblantes, les yeux embués.

Kyoya s'éloigna en grognant tandis que Ginga tendait la main à l'inconnu qui leva les yeux sur lui. Il n'aurait jamais cru que Kyoya puisse avoir l'air aussi innocent.

- Pourquoi vous ne me laissez pas tranquille ? lança-t-il avant d'éclater en sanglots.

- Waaaahhh... J'aurais jamais cru voir Yoyo pleurer un jour...

- Ce n'est pas moi ! Et arrête avec ce surnom ridicule !

Ryûga attrapa sa capuche et l'obligea à se relever. Il le fit aussi facilement que s'il ne pesait rien. Le double de Kyoya avait le dos voûté et le cou rentré dans les épaules. Des larmes continuaient de couler sur ses joues. Il renifla pathétiquement.

Kyoya marmonna quelque chose qui n'augurait rien de bon à Ginga, même s'il n'en saisissait pas le sens.

- Comment tu t'appelles ?

Il hésita, baissa les yeux, puis murmura :

- Kyoya Tategami.

Ils s'exclamèrent de surprise.

- C'est pas possible !

- Ça rejoint une théorie... murmura Madoka, plongée dans ses réflexions.

Ginga se tourna vers son amie.

- Laquelle ?

- À ce qu'il paraît, l'univers serait constitué d'innombrables couches collées les unes aux autres et, dans chacune d'entre elle, il y aurait une autre version de nous.

- Tu veux dire qu'il existe peut-être des milliers de Yû Tendo ?

- Ne parle pas de malheur.

- Il a l'air complètement inutile.

- On devrait lui expliquer la situation, dit Madoka. Ça le perturberait peut-être moins.

- Qui croirait une chose pareille ? intervint Nile.

Yû s'avança du nouveau venu. Il lui offrit un sourire lumineux et lui tendit la main.

- Salut, je m'appelle Yû Tendo. Mes amis et moi on vient d'une dimension parallèle.

Le groupe en question attendit la réaction du double dont les yeux s'écarquillèrent.

- Vraiment ?

Ils manquèrent de tomber à la renverse.

- Oui. On voudrait en apprendre plus sur ton monde.

- C'est normal, répondit-il en hochant la tête.

Le regard de l'autre Kyoya se posa timidement sur le rouquin.

- Ça veut dire que vous n'êtes pas le Ginga que je connais.

- C'est ça.

Les épaules du sosie se détendirent avant de se crisper à nouveau. Il glissa un regard vers Ryûga et déglutit.

- Et que... tu... vous n'êtes pas Ryûga...

Cette constatation, contrairement à l'autre, parut l'inquiéter.

Certain qu'il ne tenterait plus de fuir, Ryûga le lâcha et laissa son bras retomber contre son corps. Le sosie s'éloigna subrepticement de lui pour se rapprocher de Ginga.

- Alors, tu veux bien nous aider ?

- Bien sûr. Que voulez-vous savoir ?

Yû pinça ses lèvres avant de se remettre à rire, déconcertant le sosie.

- Vous avez entendu ça ? Il ressemble à Yoyo et il est serviable.

Il recommença à rire, provoquant des grognements chez Kyoya. Du coin de l'œil, Ginga vit Madoka réprimer un sourire. Elle s'approcha de l'autre Kyoya.

- Comment s'appelle cette endroit ?

- Bey-Ruins, danss le pays d'Hansha.

- Et d'autres personnes que toi y vivent ?

- Oui. Tous ces bâtiments sont occupés.

Des exclamations surprises résonnèrent. Ginga observa de nouveau les immeubles bien plus attentivement. Ils lui semblaient toujours aussi déserts.

- Vous... voudriez-vous que je vous accompagne chez une connaissance ?

Les rires de Yû redoublèrent, le déstabilisant un peu plus.

- Ça nous aiderait ?

- Il connaît mieux l'endroit que moi alors...

Il laissa sa phrase en suspens et rabattit sa capuche sur sa tête.

- Merci, intervint Tsubasa. Peux-tu nous y emmener maintenant ?

Le sosie de Kyoya opina. Il repartit avec hésitation, jetant des regards derrière lui comme s'il pensait – voire espérait – qu'ils ne le suivraient pas. Ginga le rejoignit en quelques pas et avança à sa gauche. Ce monde finissait par devenir intéressant. Malgré sa mauvaise première impression, il avait hâte de découvrir le reste de cette dimension. D'après ce que l'étranger avait dit, au moins deux d'entre eux avaient des doubles dimensionnels – Ryûga et lui. Le Ryûga d'ici devait être sympa si l'autre Kyoya l'appréciait autant. Par contre, il n'avait pas très envie de rencontrer son double. Il n'était pas sûr de l'apprécier...

- Cette aventure promet d'être intéressante, commenta Yû, faisant écho à ses propres pensées.

L'habitant d'Hansha s'orientait sans mal dans la ville. S'il hésitait quelques fois, ça semblait plus lié à sa personnalité qu'à sa capacité à s'orienter. Ginga se demanda comment il faisait. Pour lui, toutes ces rues étaient identiques.

- Hey !

Le cri résonna dans la ville déserte.

Le double de Kyoya se figea si soudainement que Yû lui rentra dedans et que Ginga fit encore quelques pas avant de s'arrêter. Il avait perdu toutes ses couleurs.

- Qu'est-ce que tu fais dans les rues ?

Ginga releva la tête en se rendant compte que la voix provenait d'au-dessus. Il vit une silhouette bondir d'un balcon du premier étage et atterrir à côté de l'autre Kyoya. Elle passa un bras autour de ses épaules.

- Alors, tu réponds pas ?

Ginga fut complètement stupéfait. Son double se tenait à côté de l'autre Kyoya. Il avait été surpris de voir celui de Kyoya, bien sûr, mais c'était tout autre chose de faire face au sien. Un certain malaise l'envahissait tandis qu'il le détaillait. C'était comme regarder une image pervertie de soi-même. Ses cheveux roux étaient lâchés et méchés de noir. Il portait des vêtements en cuir, de son cou à ses pieds. Ses épaules et son dos étaient nus. Une ceinture cerclait sa taille où étaient suspendus son propulseur et une boîte pour ranger sa toupie. Il ne comprenait pas comment le Kyoya d'Hansha avait pu les confondre. Lui ne pourrait jamais le confondre avec son Kyoya.

- Je les amène à la maison.

Ce fut alors que l'autre Ginga les remarqua. Il les toisa les uns après les autres avec un mélange de mépris et de méfiance.

- C'est qui ceux-là ?

- Nos doubles dimensionnels.

Il dévisagea le Kyoya de son monde avec incrédulité.

- Tu peux répéter ?

- Ils viennent d'une dimension parallèle...

- Comment tu sais ça ?

- Ben... ils me l'ont dit...

- Et tu les as cru ? Tu es vraiment trop naïf.

Sa voix dégoulina de mépris. L'autre Kyoya se recroquevilla. Le double de Ginga leur lança un regard avant d'entraîner son Kyoya à l'écart. Il lui expliqua quelque chose qui réussit à le faire pâlir davantage.

- Tu crois ? s'exclama-t-il d'une voix pointue.

L'autre se contenta d'opiner en réponse.

Ginga s'approcha d'eux.

- Mais ils ont l'air si gentils...

- Il y a un problème ?

Ils se tournèrent vers lui. Kyoya d'Hansha semblait inquiet tandis que l'autre Ginga le toisa avec hauteur.

- Rien qui ne te regarde, déclara son double en le détaillant.

- Tu ne veux plus nous aider ? demanda Yû en les approchant.

L'autre Kyoya semblait hésiter sur la marche à suivre. Il regarda son Ginga comme s'il attendait sa permission.

- Fais ce que tu veux, s'agaça-t-il.

Un sourire mauvais étira ses lèvres tandis qu'il les dévisageait.

- Quoique... si c'est bien ce que je crois... ça pourrait être divertissant.

Il attrapa l'autre Kyoya par la nuque et l'obligea à reprendre sa route. Quand ils avancèrent, il lui retira sa capuche.

- Je t'ai déjà dit que cette manie m'agace. C'est ridicule.

- Désolé.

- Arrête de t'excuser.

- Désolé.

- Kyoya...

Le double de Kyoya se tut et se ramassa un peu plus sur lui-même. Il marcha plus lentement, rechignant à arriver à destination.

- C'est dingue, commenta Yû. Tu ne ressembles pas du tout à notre Gingy.

Il adressa un regard méprisant à l'enfant.

- Pourquoi tu me parles toi ?

Yû ne sut quoi répondre. Le double de Ginga appuya sur le bas du dos de son Kyoya et le poussa légèrement. Le vert se mit à marcher plus vite.

- Il est vraiment pas sympa, fit Yû.

- Tu sais ce que j'ai fait pendant que tu perdais ton temps avec eux ? demanda le double de Ginga à son compatriote. J'ai écrasé Ryûga. Encore. Il n'y a vraiment aucun adversaire qui en vaille la peine ici.

- Désolé.

- Tu le fais exprès ?!

Il secoua timidement la tête.

- Bien sûr que tu n'as pas fait exprès. Tu n'as pas assez de cran pour contrarier quelqu'un volontairement.

Le vert rougit honteusement et baissa la tête, des larmes perlant au bord de ses yeux.

- Tu vas pas recommencer à chouiner.

L'autre Kyoya ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. Il avait failli s'excuser de nouveau.

- Vous... vous parliez de votre duel contre Ryûga.

- Ah oui. Je l'ai écrasé. J'aurais peut-être dû détruire sa toupie.

Ginga s'arrêta, choqué. Ses amis furent dans le même état que lui.

- Les gens faibles ne devraient pas avoir le droit de jouer au Beyblade, tu en penses quoi ?

- Ce... Si vous détruisez tous vos adversaires, il ne vous restera plus personne à combattre...

L'autre Ginga émit un reniflement méprisant.

- Combattre est un bien grand mot mais je vois ce que tu veux dire.

Ils continuèrent leur route dans le silence. Ginga se laissa quelque peu distancer par les citadins d'Hansha. Comme il l'avait craint, son double ne lui plaisait pas du tout. Celui de Kyoya, même s'il était terriblement différent de son rival, avait l'air sympa au moins.

Quelque chose s'agrippa à sa veste et le tira légèrement. Ginga baissa la tête. Kenta marchait à côté de lui, l'air inquiet. Il plaça sa main à côté de sa bouche, comme s'il voulait ne pas être entendu des autres.

- Tu crois qu'on devrait continuer à les suivre ? Le faux-toi ne m'inspire pas confiance.

Yû s'appuya de l'autre côté de Kenta pour se mêler à la discussion.

- Ne dis pas n'importe quoi Kéké. C'est vrai qu'il n'est pas sympa mais tu n'as pas envie de rencontrer les autres ? On n'aura pas l'occasion de voir une telle chose deux fois.

- Peut-être mais... s'ils sont tous comme lui ?

- Ça m'étonnerait : t'as vu l'autre Yoyo ?

Kenta opina sans être convaincu pourtant.

- Nous n'avons pas d'autres choix, intervint Tsubasa en les rejoignant. Nous devons en apprendre plus sur ce monde pour pouvoir rentrer chez nous.

- Tu as sans doute raison...

Yû accéléra, se retourna et s'arrêta, une moue sur le visage, obligeant leur petit groupe à s'arrêter.

- Allez... Soyez un peu plus enthousiastes... Une grande aventure nous tend les bras ! On ne va tout de même pas abandonner alors qu'elle n'a même pas commencé !

Ginga sentit un sourire s'afficher sur son visage. Son coéquipier avait parfaitement raison. Ils ne devaient pas se décourager. Il y avait toujours quelques aspects négatifs à une aventure – ici, il s'agissait clairement de son double – mais ça comptait si peu comparé au reste. En plus, pour une fois, son rival serait obligé de rester avec eux du début à la fin. Même lui n'était pas assez inconscient pour faire cavalier seul dans un monde inconnu.

Enfin... il l'espérait.

Tsubasa dévisagea l'enfant avec un air soupçonneux.

- Tu as juste envie de rencontrer d'autres doubles, n'est-ce pas ?

Yû se mit à rire et frotta ses cheveux.

- C'est un bonus non négligeable.

- Vous pouvez arrêter de parler qu'on en finisse, s'agaça Kyoya.

Yû le regarda, un éclat rieur dans les yeux.

- Tu boudes juste parce que ton sosie ne te plaît pas.

Kyoya grogna puis les devança. Les citadins d'Hansha continuaient d'avancer sans donner l'impression d'avoir remarqué qu'ils s'étaient arrêtés. Ginga fit signe à ses amis de reprendre leur route. Ils ne devaient pas se laisser distancer.

Une dizaine de minutes plus tard, leurs guides s'arrêtèrent devant un bâtiment qui ne se distinguait en rien des autres. Le double de Kyoya s'approcha de la porte, s'apprêtant à frapper. Son geste se suspendit et il se mit à hésiter. Avec un soupir agacé, le double de Ginga le bouscula, manquant de le faire tomber. Kyoya d'Hansha recula tandis qu'il frappait énergiquement sur le battant. Il attendit moins de deux secondes avant de se remettre à frapper. Il poussa un nouveau soupir agacé.

- C'est pas vrai... Qu'est-ce qu'ils foutent ?

Alors qu'il allait frapper encore, la porte s'entrebâilla.

- Pas trop tôt ! s'énerva-t-il avant de se faufiler à l'intérieur.

Le double de Kyoya demeura en bas des escaliers, penaud. Il attrapa sa capuche, hésita, mais finalement la lâcha et ne sembla plus savoir quoi faire de ses mains.

- On peut y aller ? demanda poliment Tsubasa.

Le double de Kyoya sursauta et se retourna. Il s'écarta, leur laissant suffisamment de place pour passer.

- B-bien sûr. Allez-y.

Il arrangea de nouveau sa capuche sans oser la mettre, le regard rivé sur le sol. Son attitude était toujours aussi perturbante. Néanmoins, Ginga s'approcha de lui et posa doucement une main sur son épaule pour attirer son attention sans l'effrayer.

- Merci pour ton aide.

Le double de Kyoya leva légèrement la tête et lui adressa la timide copie d'un sourire.

- C'est normal.

La porte claqua contre le mur, les faisant sursauter. Le double de Ginga réapparut.

- Qu'est-ce que tu fous ? lança-t-il en regardant son concitoyen.

- Je...

Le double de Kyoya fit un pas en arrière.

- Je dois partir...

Le rouquin leva les yeux au ciel puis descendit les escaliers en claquant des pieds. Il attrapa sa capuche et l'entraîna à sa suite.

- C'est toujours pareil avec toi.

- Désolé...

- Arrête de t'excuser ! La prochaine fois que j'entends ce mot sortir de ta bouche, je t'éclate et je réduis Leone en miettes.

Cette fois-ci, l'autre Kyoya ne répondit pas.

Le groupe les regarda avec ahurissement rentrer dans la maison délabrée.

- Euh... Vous voulez toujours qu'on les suive ? demanda Madoka.

Son ton laissait entendre qu'elle n'en avait aucune envie. Ginga se retourna. Hormis Yû, aucun de ses amis ne montrait d'impatience à l'idée d'entrer dans le bâtiment et de découvrir ce qui les attendait.

- Plus que jamais ! répondit Yû, les yeux étincelants.

- Le contraire m'aurait étonné, soupira Tsubasa.

Ginga prit une profonde inspiration, rassemblant tout son courage, et leur sourit avec tout l'enthousiasme qu'il put.

- Allons-y !

L'air suspicieux arboré par Kyoya lui indiquait qu'il n'avait pas réussi à donner le change. Tant pis. Il avait fait de son mieux.

Quelque chose le bouscula.

- Hé !

Masamune l'avait poussé pour pouvoir passer en premier. Ginga se pencha vers lui, les dents serrées. Il percuta son front.

- Qu'est-ce qui te prend ?

Masamune le poussa.

- Tu nous fais perdre du temps. On devrait déjà y être.

Ginga reprit la main, son agacement augmentant d'un cran.

- J'essaye d'encourager nos amis ! Tu t'en rendrais compte si t'étais un peu moins égoïste !

Masamune le repoussa.

- T'as juste honte parce que ton double est un sale type !

- Qu'est-ce que t'as dit ?!

Kyoya l'éloigna de Masamune d'un geste, les yeux chargés de reproche.

- Pourquoi t'as fait ça ? S'indigna Ginga, un peu plus calmement.

Le regard de son rival le poussa à se taire et à mieux se tenir. Il se redressa.

- Tu n'as pas à te conduire de façon aussi ridicule.

Derrière lui, Masamune se mit à ricaner. Ginga fit la moue.

- Je ne suis pas le seul à me conduire comme ça...

Kyoya lui fit face.

- J'en ai rien à faire de cet abruti. Quoiqu'il fasse, il est ridicule de toute façon. Toi, tu es mon rival. Essaye de ne pas me faire honte.

Ginga le dévisagea, clignant de ses yeux écarquillés. Alors que Masamune s'exclamait d'indignation, un sourire s'afficha sur son visage.

- D'accord !

- Je savais que c'était une mauvaise idée de le laisser « apaiser les esprits », commenta Nile.

Madoka s'exclama, attirant l'attention sur elle. Elle semblait complètement ahurie.

- Tu as quelque chose à ajouter ? se vexa Kyoya.

Elle leva un bras tremblant et pointa tant bien que mal la porte.

- C'est vrai que c'est plutôt perturbant, lança la voix de Madoka dans leur dos.

Ginga se retourna. Une adolescente les toisait depuis le sommet des marches, un demi-sourire aux lèvres, les poings sur les hanches. Elle portait un jean troué aux genoux et des chaussures de randonnée. Son débardeur pourpre arborait des motifs gris. En les regardant plus attentivement, il remarqua qu'il s'agissait du symbole de toupie Gasher. Des lunettes d'aviateur au sommet de son crâne maintenait ses cheveux en place et empêchaient sa coiffure de se défaire. Elle pencha la tête sur le côté, les détaillant d'un regard perçant.

- Je pensais que c'était une blague mais il faut croire qu'ils étaient sérieux.

Elle fit un quart de tour.

- Venez. Vous attendez quoi pour entrer ?

Ginga échangea un regard perturbé avec ses amis tandis que la double de Madoka entrait dans la maison.

Madoka se ratatina sur elle-même.

- Je suis une racaille...

Il fit un pas dans la maison.


Fin du chapitre 1


Note : Le double de Madoka a beaucoup changé, n'est-ce pas ?