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Chapitre 5 : Prêts pour une nouvelle journée ?
Comme ils l'avaient prévu la veille, ils se levèrent aux aurores. Ce fut un peu la pagaille pour les préparations. Il avait beau y avoir plusieurs salles de bain, ce n'était pas suffisant pour eux tous. Il y avait peu de place aussi. Ils se bousculaient – par inadvertance ou exprès – , se disputaient, se saluaient. Le manque d'organisation et d'espace leur fit perdre un temps incroyable. Quand ils eurent tous fini de se préparer, ils s'installèrent dans le salon et eurent droit à un repas préparé par Kyosha, comme la veille. Ses talents de cuisinier ne cessaient d'impressionner Ginga. La nourriture qu'il leur servit, bien que cela ressemblait plus à un déjeuner qu'à un petit déjeuner, était délicieuse. Cette fois-ci, même Kyoya se laissa tenter. Il aurait besoin de forces pour explorer la ville et combattre. S'affamer était contre-productif. Ils mangèrent en silence. Chacun réfléchissait dans son coin à des idées pour la suite des événements. Ne trouvant rien d'intéressant, ils ne partageaient pas leurs pensées.
Quand ils finirent de manger, ils se sentaient repus et dans de bonnes dispositions pour affronter une nouvelle journée qui sera assurément emplie d'action et de bizarreries en tout genre.
Kyoya se leva en s'étirant. Il avait hâte des combats avenirs : il avait besoin de se défouler sur quelque chose et ils feraient un bon échauffement avant son futur duel contre Ginga – celui qui les départagerait enfin. Il l'écraserait de façon spectaculaire la prochaine fois. Il le sentait.
- On y va ?
Ses Wild Fang se levèrent d'un même mouvement. Ils arboraient des expressions différentes – de la détermination, de l'inquiétude, de la nonchalance – mais ils étaient tous prêts à le suivre. Ginga se mit aussi debout. Kyoya eut un sourire fier. Même son rival voulait le suivre.
- Il faut attendre la fin du couvre-feu, déclara Hyoma.
Kyoya lui adressa un regard agacé. Cette histoire de couvre-feu était ridicule. Ils ne savaient pas quels dangers rôdaient dans la ville, ni même s'il y avait de véritables dangers ou si c'était simplement un conte sans fondements auquel les habitants d'Hansha croyaient – ce qui ne le surprendrait pas de leur part. De plus, ça lui faisait perdre du temps et il détestait ça.
- Le couvre-feu finit automatiquement avec le levé du soleil, expliqua le double de Ryûga.
Kyoya n'en avait rien à faire. Tout ce qu'il voulait, c'était agir. Les ignorant, il se dirigea vers la porte, Benkei sur les talons.
- Nous devons nous mettre d'accord sur ce que nous allons faire, intervint Tsubasa. Nous ne pouvons pas sortir sans plan précis d'abord.
- Faites ce que vous voulez, déclara-t-il avant de franchir le seuil.
Il n'avait aucune envie de se retrouver au milieu de leurs délires sur le travail d'équipe. En partant de son côté, il avancerait à sa manière, et aurait plus de chance d'arriver à un résultat qu'en étant accompagné par un de ces fardeaux qui servait d'ami à Ginga.
La porte claqua derrière eux.
- Celui-là ! soupira Yû.
Ginga eut un sourire. Du moment que Kyoya leur prêtait main forte, son attitude lui convenait parfaitement.
- C'est qui ton plan d'attaque ? demanda-t-il à Tsubasa.
Le double de Ginga se plaça au centre de la pièce et les toisa avec animosité. Ginga se crispa. Il ne pensait vraiment pas pouvoir s'habituer à lui un jour. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles était l'antithèse même de ce qu'il était et de ce en quoi il croyait.
- C'est notre monde ! Pourquoi ce serait à vous de décider ?
Les sourcils de Tsubasa se froncèrent. Son agressivité constante le fatiguait. Elle poserait de nombreux problèmes par la suite. Il en était certain. Au moins, Kyoya n'était pas là pour répliquer et envenimer la situation. Ce n'était peut-être pas plus mal qu'il soit parti de son côté.
- De nouvelles idées nous aideront, répliqua calmement Ryûsha. Tout ce que nous avons fait jusqu'à présent n'a pas fonctionné.
La colère déforma le visage de Ginsha. Il tourna la tête pour ne plus avoir à les regarder.
- Alors ? reprit le double de Ryûga en se tournant vers Tsubasa.
- Nous devons former plusieurs groupes. Il faut interroger les gens de la ville et chercher des indices.
- Tu crois que nous n'y avons pas pensé ?! s'énerva de nouveau Ginsha.
- Ce sera un regard neuf, contra Ryûsha.
Tsubasa continua en ignorant leur échange :
- Il faut aussi former un groupe qui cherchera Ryûga. Nous devons le retrouver pour lui expliquer ce que nous savons et l'empêcher de causer des problèmes.
Il ne se trouvait pas très convaincant dans la deuxième partie de sa phrase mais il parvint à conserver son calme. En même temps, personne ne pouvait l'en blâmer : c'était bien plus facile à dire qu'à faire.
- On est nombreux, constata Ginga. Ça ne devrait pas poser de problèmes.
Tsubasa ne commenta pas même si, selon lui, le fait même de constituer des groupes posait problème. Il fallait jongler avec les personnalités et les désirs de chacun pour que personne n'ait de raison de se plaindre.
Au moins, Kyoya n'était plus dans les parages et il n'aurait pas à essayer de le convaincre du bien fondé du travail d'équipe. Le connaissant, ça aurait pris des heures – et ça, s'il était de bonne humeur.
- Pourquoi dédier un groupe spécialement à la recherche de Ryûga ? demanda Hyoma. Vu qu'on sera tous dispersés à travers la ville, tout le monde devrait penser à surveiller sa présence. Ça nous fera gagner du temps et de l'énergie.
- ...D'accord.
Tsubasa savait qu'il avait raison – c'était l'évidence même – mais l'idée que des personnes comme Yû ou Masamune puissent voir Ryûga en premier et l'interpeller laissait présager une catastrophe. Voilà la raison pour laquelle il aurait préféré dédier un groupe entier à sa recherche, composé des quelques personnes qui ne gafferaient pas en le rencontrant. Seulement, s'il le disait devant les concernés, ça les énerverait et déclencherait de nouvelles disputes difficiles à calmer, ce qui, dans la situation actuelle, les handicaperait tous.
Ils réfléchirent ensuite à la composition des équipes. Ils devaient les faire équilibrées au cas où il y ait des problèmes et des questions. Les quatorze personnes présentes devaient être équitablement dispersées. Masasha ne voulait pas quitter la maison. Il avait encore des recherches à y faire d'après ce qu'il disait. Madoka se proposait de l'aider grâce à toutes les informations qu'elle avait amassé et enregistré dans son ordinateur. Cela ne faisait plus que douze bladers à caser.
Pour plus d'efficacité, il fut décidé que chaque équipe devait au moins compter un habitant d'Hansha. Ces derniers pourraient expliquer de nombreuses choses aux étrangers sur leur monde et les empêcher de commettre des impairs.
À part Kyoya et Ryûga, évidemment, qui étaient lâchés en pleine nature et libres de leurs actes.
Misère.
- Je... Hm...
Comme à son habitude, le double de Kyoya rougit et baissa les yeux lorsque l'attention générale se reporta sur lui.
- Vu qu'il n'y a que trois groupes, je pourrai rester ici... ma présence n'est plus indispensable.
À vrai dire, l'idée le soulageait. Les responsabilités l'angoissaient et devoir apprendre aux étrangers son monde lui semblait d'une importance capitale. Cette mission serait mieux menée par quelqu'un d'autre. C'était certain. Il n'avait pas les épaules pour la mener à bien.
La main de Ryûsha se posa au milieu de son dos. Il leva des yeux timides sur lui. Il fut soulagé de le voir arborer un doux sourire. Il ne lui reprochait pas sa faiblesse, contrairement à d'autres... Son soulagement s'effaça tandis qu'une pointe de tristesse lui poignardait le cœur. Il espérait qu'il allait bien, malgré tout, et qu'il le reverrait bientôt...
- C'est pas en restant ici que tu t'amélioreras !
Il tressaillit en entendant la pure colère présente dans la voix de Ginsha. Lui, par contre, ne se gênerait pas pour lui faire payer sa décision. Il déglutit, soudain effrayé. L'envie de se cacher sous sa capuche le démangeait mais il se retint. Il n'allait pas ajouter des raisons à la colère de Ginsha.
- Tu dois venir aussi, déclara Ryûsha.
- Quoi ?!
- Nous faisons trois groupes mais Ginga n'aura jamais la patience de donner des explications.
Le maître de Pegasus cilla. C'était toujours déstabilisant d'entendre son nom prononcé par une voix familière sans que les paroles ne lui soient destinées.
- Je ne suis pas obligé de venir ! s'énerva son double.
Ryûsha le regarda.
- Tu es un excellent blader. Ta force sera utile.
Il lui adressa un regard plein de suspicion, ne lui faisant clairement pas confiance.
- Vois le bon côté des choses, tu n'auras pas à jouer aux guides touristiques, toi, ajouta le double de Madoka visiblement ennuyée par sa mission.
Un sourire tordu s'afficha sur le visage du rouquin d'Hansha qui croisa les bras.
- Vous n'avez pas tort. Ce sera plus intéressant.
Ce fut sur ces paroles que les groupes furent formés. Les doubles de Ginga et de Madoka furent mis dans la même équipe vu que la jeune fille semblait être la seule personne qu'il supportait à peu près. Leur équipe fut complétée par Nile et Damure. Tsubasa s'en voulait de leur imposer ça mais ils faisaient partie des rares personnes qui avaient une chance de ne pas déclencher une guerre avec le rouquin maléfique. La deuxième équipe se composait de Ginga, Kyosha, Kenta et Hyoma. Au moins pouvait-il être sûr qu'elle ne causerait pas de problème. La dernière équipe comprenait Ryûsha, Tsubasa, Yû et Masamune. Tsubasa se serait bien passé de la présence de ce dernier mais il ne pouvait l'intégrer à aucune équipe sans causer problèmes et altercations.
Les équipes formées se placèrent devant la maison, toutes prêtes à partir. Madoka les regardait depuis le perron, protégée des rayons brûlants du soleil par une douce ombre.
- On se retrouve ici à midi, d'accord les gars ?
Ils acquiescèrent tous, brûlants d'enthousiasme. La technicienne regarda les trois groupes partir dans des directions différentes. Elle espérait que tout se passerait bien pour ses amis.
Elle retourna à l'intérieur et ferma la porte pour empêcher la chaleur d'envahir le refuge protecteur de la maison pleine de fraîcheur. Elle devait se mettre au travail elle aussi. Elle ne comptait pas rester sans rien faire pendant que ses amis se mettaient en danger pour sauver ce monde et trouver un moyen de retourner chez eux.
Masasha ne se trouvait plus dans le salon mais la porte de son bureau était ouverte. Madoka s'y dirigea tout naturellement. Elle eut le souffle coupé en en franchissant le seuil. Des bibliothèques bourrées à craquer de livres occupaient tous les murs. Il n'y avait pas une seule place de libre. Un bureau était casé dans un coin, près de la porte. Il croulait sous les livres. Ses pattes ployées donnaient l'impression de pouvoir céder et éclater à n'importe quel moment. Des piles de livres éparpillées à même le sol compliquaient les déplacements dans cette salle exiguë et encombrée.
- C'est le bazar mais normalement je travaille seul, s'excusa le double de Masamune.
- Ce n'est rien, murmura-t-elle, toujours choquée par ce qu'elle voyait.
Il extirpa une liasse de papiers d'un tiroir et la lui tendit.
- Ce sont toutes les informations dont nous sommes sûrs.
Sa déclaration choqua Madoka. À côté de tous les livres réunis dans cette salle, cette liasse semblait minuscule.
- Mais...
Elle ne put s'empêcher de regarder les étagères remplies. Masasha comprit immédiatement son trouble.
- Ils répètent souvent la même chose. C'est tout ce que nous avons, répéta-t-il en montrant les papiers qu'elle tenait.
Elle s'installa au bureau et commença à en feuilleter les pages.
- Ce n'est pas suffisant pour attaquer les dirigeants ?
- Non. Nous ne savons presque rien sur eux. Là-dedans, il y a surtout des informations sur la ville.
Madoka laissa son regard défiler sur les pages. Chacune avait un titre évocateur et une explication claire. Elle ne les lut pas en détails. Ils n'avaient pas le temps pour ça, même si sa curiosité était terriblement titillée. Une feuille en particulier attira son attention. Le titre, déjà, l'interpellait. De plus, c'était tout ce que la page contenait : elle était blanche.
- Qu'est-ce que "Bey-Ruins" ?
Le double de Masamune lisait les informations qui s'affichaient sur l'écran de son ordinateur.
- Nous supposons que c'est l'endroit où vivent les dirigeants.
- Vous n'en êtes pas sûrs ?
Il leva les yeux sur elle.
- Nous avons seulement ce nom écrit sur de vieux documents. Il n'apparaît pas sur les plus récents. Ça pourrait être une ville disparue. Ma théorie, c'est que les dirigeants ont cessé de le communiquer pour qu'on ne puisse pas les retrouver.
- C'est logique.
Elle termina sa lecture. Masamune d'Hansha continuait de faire défiler des informations sous ses yeux.
- Comment tu as eu tous ces livres si tous les moyens d'avoir accès à l'information sont bloqués ?
- On me les donne ou vend. Les rares magasins ont toujours les mêmes ouvrages en stock. On me les donne généralement. Le Refuge sait que j'adore lire et quand ils ont des nouveautés ils me le mettent de côté. La rébellion a un voyageur parmi ses rangs. Il revient de temps en temps et parfois il me rapporte un ou deux livres. Mais le plus important ce sont les témoignages qu'il me fournit.
Madoka était surprise d'apprendre qu'il y avait des magasins à Hansha. La ville avait un aspect tellement fantomatique que ces deux données ne collaient pas.
Son évocation du voyageur intrigua Madoka. Elle avait cru qu'elle avait déjà rencontré tous les rebelles – en tout cas, tous ceux qui n'avaient pas mystérieusement disparu.
- Qui est-ce ?
- Quelle importance ?
- Je connais peut-être son double.
Les yeux de Masasha s'éclairèrent de compréhension. Elle ne verrait jamais une telle expression sur le visage de son coéquipier. Elle en était certaine.
- Kakeru.
- Ça ne me dit rien...
Comme elle connaissait tous les autres, elle avait imaginé que ce serait le double d'un de ses amis ou, du moins, d'une connaissance. Ça la décevait quelque peu.
- Tu ne peux pas connaître tout le monde, répliqua Masasha en haussant les épaules. Même si...
Il plongea dans un silence songeur.
- Même si quoi ?
Il secoua la tête.
- Rien. Ce ne sont pas mes affaires. Par contre, c'est bizarre qu'il ne soit pas encore revenu.
- Pourquoi ?
- Ça fait plus d'une semaine qu'il aurait dû revenir. Il y a toujours quelques jours de décalage par rapport à la date prévue de son retour mais jamais autant.
- Et... vous n'essayez pas de le retrouver ?
- Qu'est-ce qu'on peut faire ? Il voyage au-delà du désert. Nous n'avons aucun moyen de le rejoindre.
Ils replongèrent dans le silence. Madoka se sentait un peu mal à l'aise. Finalement, elle n'aidait pas autant ses amis qu'elle l'avait imaginé. Elle avait même l'impression de ralentir le double de Masamune dans son travail. Elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire pour arranger ça...
Une idée illumina son regard. Elle se leva d'un bond, serrant toujours les feuilles dans ses mains.
- Et si nous essayons de trouver des informations nous aussi ?
Le double de Masamune la dévisagea par-dessus ses lunettes, les yeux ronds.
- Pardon ?
- Tu as déjà lu tous les livres qui sont ici. S'il y avait un indice, tu l'aurais trouvé, non ?
- Si.
C'était d'autant plus vrai qu'il les avait tous lus plusieurs fois.
- Allons chercher d'autres informations. Tes amis penseront à aller chercher des livres au... au...
- Au Refuge.
Madoka opina, souriante.
- Non, ils ne penseront pas non plus à les demander dans les boutiques. Ils se focaliseront sur leur mission.
- Allons-y alors.
Le double de Masamune n'aimait pas sortir mais il se laissa convaincre. C'était la meilleure chose à faire pour l'instant.
- D'accord.
Un peu à contrecœur, il sortit de son cher bureau qu'il ne quittait pratiquement pas après avoir rendu son ordinateur à Madoka. La technicienne lui emboîta le pas, son enthousiasme de nouveau haut. Elle n'était pas une aventurière, loin de là. Elle serait incapable d'épauler directement ses amis pendant les combats. Par contre, elle pouvait faire ce qu'elle savait le mieux : amasser des informations et les partager avec eux pour faciliter leurs aventures. Elle se sentait gonflée à bloc.
- Tu veux que je les pose où ? lui demanda-t-elle en montrant les documents.
- Fais-en ce que tu veux. J'en ai plusieurs exemplaires.
Madoka décida de garder les feuilles avec elle. Elle pourrait avoir l'occasion de les lire plus en détail plus tard. Elle voulait en apprendre le plus possible sur le monde d'Hansha.
Elle suivit Masasha dehors. L'intense et étouffante chaleur lui fit presque regretter sa décision mais elle ne revint pas sur ses pas. Le brun ferma la porte puis arrangea ses lunettes sur son nez.
- On devrait laisser un mot aux autres, non ? demanda-t-il.
Madoka haussa les épaules.
- On ne va pas partir longtemps. Tels que je les connais, ils n'arriveront jamais à l'heure convenue.
Sur ces mots, ils s'éloignèrent de la maison. Madoka avait l'impression que la ville était encore plus délabrée que lorsqu'elle l'avait vue pour la première fois. Elle savait que ce n'était qu'un effet de son imagination. Il lui avait suffit d'un après-midi dans le confort de la maison pour oublier l'aspect inquiétant d'Hansha, la poussière irritante qui recouvrait ses rues et la chaleur étouffante qui y régnait, les bâtiments qui semblaient tous à l'abandon...
Elle suivit le double de Masamune, sans savoir comment il parvenait à s'orienter dans les rues. Pour elle, elles se ressemblaient toutes. Elle serait incapable de s'y orienter seule. Au bout d'une quinzaine de minutes, ils s'arrêtèrent devant une maison de deux étages, à l'allure assez imposante, et qui faisait tache dans la ville. Elle ressemblait à une véritable maison. La devanture était bien entretenue, tout comme sa terrasse couverte entourée d'une barrière et le perron qui se situait juste en face de l'entrée. Madoka se sentit mieux quand ils atteignirent la zone ombragée. Elle ne pensait pas qu'il existait un lieu aussi agréable à Hansha. Même le parc que ses amis et elle avaient traversé à leur arrivée était sinistre.
Ils avancèrent jusqu'à la porte d'entrée sur laquelle Masasha donna trois coups secs. Ils n'eurent à patienter que quelques secondes avant qu'on ne vienne leur ouvrir. Un gamin adorable et souriant se tenait sur le perron. Le souffle de Madoka se bloqua dans sa gorge. Il s'agissait du double de Damian. Elle en était sûre, malgré son expression avenante. C'était une chose d'entendre les descriptions faites par ses amis, c'en était une autre de le voir en vrai. Il semblait aussi adorable que Yû l'avait décrit.
- C'est pour quoi ?
- Vous avez reçu des livres récemment ?
- Je crois pas... Peut-être...
Il ouvrit la porte en grand. Ses immenses yeux gris brillaient avec douceur.
- Vous voulez entrer le temps que je vérifie ?
Alors que Madoka allait accepter, le double de Masamune secoua la tête.
- Non. Mais merci.
Le double de Damian disparut à l'intérieur. Elle lui lança un regard interrogateur.
- La dernière fois que j'ai accepté, je me suis retrouvé à discuter avec tous les gens qui vivent ici. Ils avaient des tas de questions et d'avis à me donner. Ça a pris tant de temps que le couvre-feu a sonné et que je me suis retrouvé bloqué ici. J'ai dû y dormir.
- Carrément ?
Il hocha solennellement la tête. Madoka comprenait son refus : ils n'avaient pas de temps à perdre avec ça pour l'instant. Même si elle aurait aimé voir ce que donnait l'intérieur de la maison. Au moins, se trouvait-elle à l'ombre.
Sur ces pensées, elle entreprit de lire plus attentivement les documents.
XXX
Nile jeta un regard ennuyé au double de Ginga qui n'arrêtait pas de marmonner. Bien sûr, il s'arrêtait de temps en temps pour leur adresser un commentaire bien cinglant ou pour échanger quelques moqueries à leur sujet avec le double de Madoka, qui ne se montrait pas tellement plus utile que lui. Nile arrivait plutôt bien à les remettre à leur place – ils n'aboyaient plus qu'ils ne mordaient – et avec facilité. Ce qui entraînait des regards noirs et des discussions à voix basse où ressortaient, comme par hasard, certains mots-clés. Même s'il ne les avait pas vraiment côtoyés, il préférait de loin les originaux, surtout avec ce qu'il avait pu apprendre de Ginga par l'intermédiaire de Kyoya. Bien que son ancien leader n'était pas adepte des longues discussions, quelques phrases qu'il lâchait par-ci par-là lui avaient permis de se faire une idée des principales caractéristiques de Ginga et de leur relation de rivalité.
En pensant à Kyoya, Nile se demanda ce qu'il faisait à cet instant. Il aurait préféré partir avec lui, comme à l'époque – pas si lointaine – des Wild Fang mais ils devaient bien faire avancer la situation s'ils voulaient rentrer chez eux. Et il était hors de question que Nile reste coincé dans ce monde-ci.
- Quelque chose ne va pas Damure ?
Son ancien coéquipier avait l'air complètement renfermé. La présence des deux autres devait aussi le mettre mal à l'aise – même si Nile, lui, n'en laissait rien paraître.
- Je préférai les Championnats du Monde. C'était plus tranquille.
Nile haussa un sourcil. Que Damure trouve plus tranquille leur voyage aux côtés de Kyoya et leur assaut contre l'Académie HD voulait tout dire.
S'il avait été quelqu'un d'autre, ça l'aurait sûrement fait rire.
- Des Championnats du Monde ? intervint le double de Madoka.
Pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté leur maison, il n'y avait pas une once d'agressivité dans son ton. Même le double de Ginga s'était tu et les regardait avec ce qui ressemblait à de la curiosité.
- C'est bien ce qu'il a dit.
- Il y a des Championnats du Monde chez vous ?
- Il y en a eu un, organisé quelques mois plus tôt. Il y en aura sûrement d'autres à l'avenir.
- Et... vous y avez participé ?
- Oui, dans l'équipe Wild Fang, avec Kyoya et Benkei.
Même si ce dernier s'était invité tout seul.
Les doubles de Ginga et de Madoka échangèrent un regard puis ils se tournèrent vers eux.
- Vous voulez bien nous en parler ?
Ça ne disait pas grand chose à Nile mais il n'avait pas de véritable raison de refuser. Alors, il commença à leur parler des Championnats du Monde, des différentes équipes et des combats, sans entrer dans les détails. Pourtant, cela suffit. Les habitants d'Hansha l'écoutaient avec des yeux brillant d'envie. Peut-être que, après, ils voudraient bien leur parler de leur monde.
Mais Nile en doutait.
XXX
- Est-ce qu'il y a des gens que nous pourrions interroger ? demanda Tsubasa.
Ils avaient quitté la maison des rebelles depuis de longues minutes déjà. Même s'il se concentrait sur sa mission, Tsubasa ne pouvait s'empêcher de chercher le moindre indice qui pourrait trahir la présence de Ryûga. Si jamais l'Empereur Dragon se trouvait dans les parages, il valait mieux qu'il soit le premier de leur groupe à l'interpeller.
Son imagination, la traîtresse, s'emballa et lui montra plusieurs situations que pourraient causer Masamune et Yû. Il eut un frisson d'horreur. Peut-être que, s'il apercevait Ryûga, il ferait en sorte de détourner l'attention des deux bladers en question en attendant qu'il s'en aille, laissant le soin à d'autres de le prévenir...
Mais il y avait aussi Kyoya, quelque part en ville, si prompt à lancer des provocations et des défis sans se préoccuper de rien d'autre.
Tsubasa s'efforça de se calmer. Il ne pouvait strictement rien y faire. Il aviserait le moment venu sur la situation à adopter.
Ryûsha haussa les épaules.
- Peu de personnes acceptent de nous écouter ou de nous répondre quand nous parlons.
Tsubasa le savait. Les doubles de Damian et de Jack – surtout ce dernier en fait – s'étaient montrés particulièrement méfiants en apprenant qu'ils traînaient avec les rebelles.
- À quoi ça sert de rester ici ? s'agaça Masamune.
Tsubasa décida de l'ignorer. Ils n'avanceraient pas s'il devait s'arrêter toutes les deux minutes pour expliquer la situation à son ancien coéquipier.
- Et si on allait manger des glaces en réfléchissant ? C'est une bonne idée non ?
Il se tourna vers Yû, un peu agacé.
- Bah quoi ? On n'est pas obligés de s'ennuyer pendant que vous essayez de trouver un plan.
L'enfant se tourna vers le double de Ryûga, les yeux brillants d'espoir.
- Alors ? On peut trouver des glaces où ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
L'expression de l'enfant se décomposa et ses yeux - déjà immenses – s'agrandirent de stupeur.
- Tu plaisantes là ? Tu veux dire...
Il déglutit.
- ...qu'il n'y a pas de glace dans ce monde ?
Yû semblait complètement dévasté. Tsubasa poussa un profond soupir. Ce serait une longue, très longue journée.
Fin du chapitre 5
