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Chapitre 6 : Explorer Hansha


Kyoya errait sur les docks, en compagnie de Benkei. Comme il l'avait pressenti, la configuration de la ville d'Hansha était très similaire à celle de Bey-City. Il n'avait donc aucun problème pour se repérer.

Il s'était tout naturellement dirigé vers les hangars dans lesquels il avait l'habitude d'errer – il y avait bien moins de monde qu'à Bey-City même là-bas – et où il réunissait les Chasseurs de têtes dans ce qui lui semblait être une autre vie.

Le quai était complètement desséché. Le lit du fleuve était rempli de terre sèche et de sable. Le béton était recouvert de poussière. Les portes des hangars étaient grande ouvertes, laissant le sable et la poussière rouler à l'intérieur et envahir le sol. Il n'y avait rien à l'intérieur, pas même des caisses en bois vides. La plupart des vitres étaient brisées. Le tout avait un aspect bien plus lugubre qu'à Bey-City.

Kyoya réfléchissait à leur monde d'origine. Non pas qu'il ressentait de la nostalgie à son égard : peu lui importait d'en être séparé. Ce genre d'émotion et ces notions d'attachement affaiblissaient les gens. Son rival était ici. Tout comme Leone. Que lui importait les autres ? Il y avait des bladers , ici aussi. Des dangers à courir. De larges espaces sauvages dans lesquels il pourrait s'entraîner seul, comme il le préférait...

Mais ces questions ne se posaient pas. Ginga avait décidé de se lancer dans une nouvelle quête : vaincre les dirigeants et trouver le moyen de retourner dans leur monde. Il réussirait. Il n'avait jamais échouer jusqu'à présent, et il ne perdrait jamais contre quelqu'un d'autre que lui. Kyoya s'en assurerait.

Bref. Il repensait à leur monde d'origine pour essayer de deviner où les dirigeants se terraient. Plus vite il les écraserait, plus vite il pourrait se concentrer de nouveau sur son véritable objectif. À savoir : vaincre Ginga.

Une moue agacée déforma ses lèvres. Il n'y avait rien ici. Il perdait son temps. Moins que les autres avec leur stupide idée d'organisation cependant. S'ils devaient trouver quelque chose, ce ne serait pas grâce à de stupides bouquins ou aux personnes qui vivaient ici. Des trouillards qui restaient cloîtrés chez eux toute la journée n'étaient d'aucune utilité.

Il décida de faire demi-tour. Peut-être qu'ils se cachaient dans les locaux de la Nébuleuse Noire ou, du moins, à leur emplacement. C'était à l'autre bout de la ville. La longue traversée ne l'effrayait pas mais s'ils ne s'y trouvaient pas, il perdrait encore plus de temps et, ça, il ne le supportait pas.

D'un autre côté, si les dirigeants n'y étaient pas, ça voudrait dire qu'ils se trouvaient hors de la ville et au-delà du désert. Il pourrait donc planifier la suite des événements. Enfin... il partirait dans le désert, les trouverait et les écraserait. Ensuite, il pourrait retourner dans son monde pour s'entraîner et enfin battre Ginga.

Cette histoire lui faisait perdre énormément de temps.

Avec un grognement, il se dirigea vers l'autre côté de la ville, Benkei toujours sur les talons. Ils traversèrent les rues désertes, enfouies sous plusieurs couches de sable. Malgré l'absence visible de vie, Kyoya pouvait sentir des présences dans les habitations délabrées et une attention méfiante suivre ses pas.

Il releva la tête avec défi et, sans leur accorder davantage d'attention, poursuivi sa route.


XXX


- Ce n'était pas vraiment une bonne idée, commenta Hyoma. Nous aurions dû réfléchir à une stratégie au lieu de foncer.

- Tu crois ? l'interrogea Kenta.

- Cela fait plusieurs années que nos... hôtes font des recherches à Hansha. S'il y avait des indices, ils les auraient déjà trouvés.

Ginga se tourna vers ses amis. Il continua d'avancer en marche arrière, leur souriant. Hyoma arborait son expression habituelle – un léger sourire, teinté d'hypocrisie – tandis que Kenta avait l'air soucieux. Le double de Kyoya, lui, traînait des pieds à plusieurs pas derrière eux, la tête baissée, tirant sur les manches de son gilet.

- On va découvrir la ville ! lança-t-il avec enthousiasme. Et on doit aussi chercher Ryûga.

Même si cette deuxième partie était bien moins intéressante. Ils ne pouvaient décemment pas l'abandonner ici alors qu'ils avaient trouvé le moyen de retourner dans leur dimension. Même si... en y réfléchissant... ils avaient beau connaître la solution, ils n'avaient encore aucun moyen de l'accomplir.

Mais ils n'avaient aucune raison d'échouer !

Il se retourna et avança d'un pas décidé. Malgré l'enthousiasme qu'il exprimait, Hansha continuait de le mettre mal à l'aise. Ses bâtiments en ruine et le silence constant qui y régnait lui donnaient l'apparence d'une ville fantôme. Il avait beau savoir que les immeubles qui les entouraient étaient occupés, il ne remarquait pas un seul détail qui le prouvait. Il faisait confiance à leurs nouveaux amis – enfin, presque à tous – et ils n'avaient aucune raison de mentir à ce sujet.

Ce qui rendait Hansha d'autant plus inquiétante.

Kenta le rejoignit.

- Tu crois que ça va servir à quelque chose ?

- Évidemment !

L'enfant sembla soulagé.

- Dis Kyosha...

L'interpellé se figea, son corps complètement crispé, avec l'expression d'une proie acculée. Il ne pouvait pas moins ressembler à Kyoya.

- Oui ? répondit Kyosha d'une voix à peine intelligible.

- Tu aurais un endroit à nous conseiller ?

- Euh... Eh bien...

- Nous ne sommes pas ici pour faire du tourisme Ginga, déclara Hyoma.

Mais son sourire démentait sa réprimande et lui donnait beaucoup moins de poids.

- Tu saurais où on peut acheter des hamburgers par exemple ? Ça fait tellement longtemps que je n'en ai pas mangé...

Il bavait déjà à la perspective de délicieux et juteux hamburgers.

- Juste depuis notre arrivée hier, commenta Kenta, un peu gêné.

- Désolé mais...

Ginga franchit la distance qui les séparait, complètement désespéré. Kyosha se recroquevilla sur lui-même et se mit à trembler. Ginga s'arrêta. Il avait oublié à quel point il était impressionnable.

- On ne peut pas en acheter ici ? demanda-t-il d'une voix douce, comme s'il essayait d'amadouer un animal blessé.

- Je...

Kyosha déglutit.

- Je ne comprends pas de quoi vous parlez...

Il fallut un moment à Ginga pour comprendre.

- Quoi ? s'offusqua-t-il. Tu n'as jamais mangé de hamburgers ?!

- D-désolé...

Ginga lui prit les mains, les sourcils froncés par la compassion. Le double de Kyoya s'empourpra.

- C'est horrible.

- Tu n'exagères pas un peu ? le taquina Hyoma.

- Pas du tout ! contra Ginga en serrant le poing. Une vie ans hamburgers est une vie terriblement triste... Au moins, ils ont le Beyblade. C'est déjà ça.

- Leur vie ne vaudrait pas le coup sinon ?

- Tu peux te moquer mais j'ai raison, bouda-t-il.

Kenta s'illumina.

- Peut-être qu'on peut acheter tous les ingrédients pour faire des hamburgers.

- Excellente idée !

- Vous vous souvenez qu'on est ici pour sauver ce monde des tyrans ?

- On ne réussira pas le ventre vide ! On peut bien essayer de faire des hamburgers en chemin !

Hyoma lui sourit avec indulgence. Il avait l'habitude de ce genre de discussion avec son ami. Le pire, c'était qu'à côté il était capable d'accomplir sa quête tout à fait sérieusement. Ce serait même lui qui les guiderait et les mènerait jusqu'à la victoire.

Ginga se retournait déjà vers Kyosha.

- Il faut de la viande, du pain et du ketchup au moins, lista-t-il en comptant sur ses doigts.

- C'est tout ? s'étonna Kyosha.

- Simple mais délicieux !

- Simple, c'est vite dit. Tu ne sais même pas les préparer.

Ginga arbora une moue boudeuse.

- Je préfère les acheter tout prêts. C'est trop long sinon !

- Tu es tellement impatient.

Et ils se mirent à rire. Le double de Kyoya les observait avec perplexité. Il n'avait jamais vu personne se conduire avec autant d'insouciance. Il ne les comprenait pas. Ils avaient l'air de comprendre pourtant la gravité de la situation d'Hansha et même d'avoir survécu à des épreuves similaires. Ils en étaient même sortis victorieux ! C'était perturbant. Surtout qu'il n'avait jamais vu son Ginga sourire ou parler de façon réconfortante. Il n'arrivait pas à s'y habituer.

Il baissa les yeux et recommença à triturer ses manches. Il ne savait pas comment réagir.

- Ça va ?

Il leva les yeux. Ginga le regardait avec inquiétude. Il voulait remonter sa capuche sur son visage mais il suspendit son geste. Ginsha détestait cette manie. Il laissa ses bras retomber le long de son corps et opina.

- Tu es sûr ?

Il opina de nouveau.

- D'accord. Tu connais un magasin où on pourrait acheter tout ça ?

- Oui.

- Tu peux nous y emmener ?

- Bien sûr.

Ce n'était pas compliqué. En réalité, il n'y avait qu'un seul magasin de nourriture dans cette artie de la ville et il n'était pas très loin.

Le double de Kyoya les fit avancer sur la route principale. Il n'aimait pas se trouver à la tête d'un groupe. Mener, ce n'était pas son truc. Ça n'allait pas avec sa personnalité. Il préférait écouter en silence et suivre des consignes. C'était nettement moins stressant.

Il entra dans un magasin à l'allure délabrée. Il faisait sombre et frais à l'intérieur. Il y avait une sorte de hall de moins de cinq mètres carré au fond duquel se dressait un comptoir entouré d'une épaisse cloison de verre. Il avança jusque-là, d'une démarche hésitante. Il s'arrêta devant le comptoir et appuya timidement sur une sonnette. Il n'aimait pas venir là.

- C'est un magasin, ça ? s'étonna Ginga.

Le rouquin trouvait le lieu... vide. Un peu comme les rues d'Hansha.

Le double de Kyoya se tourna vers lui, le front plissé, l'air terriblement gêné, comme s'il venait de recevoir une critique personnelle.

- Je... c'est... oui. Ça se voit, non ? Enfin, ce n'est pas...

Ginga posa une main sur son épaule et il tressaillit.

- C'est à ça que ressemblent les magasins ici, c'est ça ?

Kyosha esquissa un vague geste de la tête pour acquiescer.

- D'accord.

- Bonjour.

Kenta se figea. Il croyait reconnaître cette voix mais il n'en était pas certain. Il leva la tête. Busujima se tenait de l'autre côté de la baie vitrée. Kenta se souvint que le monde étrange dans lequel ils avaient atterri était peuplé de doubles qui avaient des apparences physiques similaires à ceux qu'ils connaissaient mais des personnalités complètement opposées. Kyosha, à quelques pas de là, l'aidait à ne pas l'oublier mais ça ne rendait pas la situation moins étrange. D'ailleurs, en le regardant plus attentivement, il se rendait tout de suite compte que ce n'était pas le busujima qu'il avait rencontré. Il y avait des différences flagrantes. Il n'arborait pas une expression cruelle et sadique mais un air doux, presque gentil.

Le double de Busujima ouvrit une porte et vint les rejoindre dans le hall.

- Bonjour Kyoya, ça faisait longtemps.

- Euh... oui. Bonjour... hm...

Il avait vraiment du mal à communiquer.

- Tu es venu avec de nouveaux amis.

Il opina. Ginga s'approcha, pas perturbé pour un sou. Il s'était déjà habitué aux règles de ce monde étrange et, d'après ce qu'il avait vu du Busujima de leur dimension, celui-ci ne pouvait qu'être sympathique.

- On voulait savoir si vous aviez de quoi faire des hamburgers !

Busujima d'Hansha pencha la tête sur le côté.

- C'est quoi ça ?

Ginga faillit tomber. Rencontrer deux personnes dans la même journée qui ne connaissait pas ce fabuleux plat par contre le perturbait. Chacun avait ses limites.

- Il faut... du pain et de la viande.

- Et du ketchup ! N'oublions pas le ketchup !

Kyosha laissa échapper un minuscule "voilà". Il faisait peine à voir.

- Désolé, mais le dernier chargement a été pauvre. Il n'y avait pas de viande, ni ce que vous appelez ketchup.

Kyosha gardait les yeux rivés sur le sol.

- Oh...désolé de vous avoir dérangé... pas grave.

- Pas grave ? s'étrangla Ginga. On ne va pas pouvoir faire de hamburger !

Comment allait-il prendre des forces pour combattre sans eux ?

- N'exagère pas Ginga, déclara Hyoma avec un amusement non dissimulé. Ce n'est pas la fin du monde.

- Comment tu peux dire ça ?

- D-désolé, sanglota Kyosha.

Ils se tournèrent vers lui d'un même mouvement. Le vert avait ses immenses yeux bleus bordés de larmes. Il se retenait difficilement de pleurer. Ses lèvres tremblaient.

Ginga s'approcha de lui avec un sourire réconfortant et posa doucement une main sur son épaule.

- Tout va bien, d'accord ? Ce n'est pas de ta faute. C'est juste un peu dommage...

Ces derniers mots eurent du mal à franchir ses lèvres. On parlait de hamburgers tout de même ! Mais il ne voulait pas voir son nouvel ami pleurer alors il acceptait de faire des concessions.

Kyosha opina et essuya ses yeux avec la manche de son pull.

- Vous êtes étrangers ? leur demanda le double de Busujima.

- On peut dire ça, répondit Ginga, un brin gêné.

Le double de Busujima plongea dans un silence songeur.

- Il est possible de voyager maintenant ?

Kyosha se mit à se dandiner.

- Euh... Eh bien... C'est... compliqué ?

- Ça a un lien avec votre "travail" ?

Le double de Kyoya s'empourpra.

- On-on peut dire ça...

- Ne dis rien de plus. Je ne veux pas être mêlé à vos histoires de près ou de loin. Ce n'est pas contre vous mais... vous allez finir par vous attirer de sérieux problèmes.

Hyoma était surpris. Tout le monde dans cette ville était au courant pour la rébellion ? Avec toutes les manières que leurs hôtes avaient eu avant de finalement leur avouer leur activité, il avait cru que c'était un secret. Ça devrait être un secret.

Kyosha fit un pas en arrière.

- Encore désolé de vous avoir dérangé.

- Ce n'est rien. Je suis là pour ça.

Avant qu'il n'atteigne la porte, le double de Busujima ajouta :

- Tu penses revenir quand faire des courses ?

- R-Ryûga va s'en occuper. Demain ou après-demain.

- D'accord. Au revoir.

Kyosha marmonna une réponse polie avant de s'éclipser. Les autres lui emboîtèrent le pas. Quand ils se furent éloignés de quelques pas, Ginga soupira, abattu.

- On peut surtout dire au revoir aux hamburgers...

Kenta émit un rire gêné.

- Nous n'étions pas sortis pour ça à la base.

Ginga se redressa.

- Tu as raison : on doit essayer de trouver Ryûga et résoudre leur problème de dirigeants !

- D'ailleurs, fit Hyoma, comment ça se fait qu'autant de personnes soient au courant pour votre rébellion ?

Les trois étrangers se tournèrent d'un même mouvement vers Kyosha qui, étant de nouveau le centre de l'attention, devint écarlate et se mit à fixer ses pieds qui avançaient lentement, traînaient dans le sable et la poussière, faisaient rouler des cailloux.

- Un jour... on voulait essayer d'avoir de nouvelles recrues et hm comme ça prenait du temps Ginga... enfin Ginsha... en a eu assez et hm il a... pris un mégaphone et a traversé toute la ville en demandant qui serait prêt à se joindre à nous.

Un silence choqué lui répondit.

- Et vous n'avez pas eu de problèmes ?

- Non. Les quelques habitants qu'on connaissait se sont juste mis à nous éviter.

- Comme Jack et Damian.

- Entre autres.

Ils marchèrent encore de longues minutes en silence. Rien de nouveau ne s'offrait à leur vue et ils ne trouvèrent aucun indice de la présence ou du passage de Ryûga. Kenta s'arrêta. Quand Ginga s'en aperçut, il cessa de marcher à son tour puis le reste du groupe l'imita.

- Ryûga n'est nulle-part, soupira l'enfant.

- Nous n'avons pas encore fouillé toute la ville.

- Peut-être mais... il y aurait des indices, non ? Comme des ruines fumantes ou des gens qui courent partout en criant avec panique ?

Personne ne trouva rien à répliquer à cela. Kenta avait raison et cela les inquiéta pour la suite.

Des pas claquèrent dans le silence. Ils se tournèrent vers l'origine du bruit. Kyosha fit un pas en arrière et se mit à trembler. Ce que Kenta avait dit de Ryûga l'avait choqué et il était terrifié à l'idée de lui faire face à présent.

Deux silhouettes surgirent d'une ruelle sombre où il ne se serait jamais risqué.

- Kyoya ! s'exclama Ginga avec joie. Et Benkei.

Les deux adolescents s'arrêtèrent. Le premier les regarda d'un air peu concerné tandis que le second leur sourit.

- Salut les amis.

Les trois étrangers se précipitèrent pour les rejoindre. Kyosha décida de rester à l'écart. Il n'aimait pas particulièrement son double. Il le trouvait effrayant.

- Qu'est-ce que vous faites là ?

- On se rend aux anciens locaux de la Nébuleuse Noire.

- Pourquoi ?

- Peut-être que les dirigeants y sont.

Ginga s'illumina.

- C'est une bonne idée. On peut venir avec vous ?

- Fais ce que tu veux, lui dit froidement Kyoya.

Un immense sourire étira les lèvres de Ginga dont la joie de vivre ne fut même pas un tout petit peu refroidie.

- Merci !

Kyoya se remit en route sans les attendre. Le groupe se reforma et dut marcher à grands pas pour ne pas se faire distancer. Kyosha fermait la marche, luttant contre son envie de faire demi-tour. Il se demandait ce qu'était la Nébuleuse Noire pour se changer l'esprit. Il n'en avait jamais entendu parler. S'ils pensaient que les dirigeants vivaient chez eux, ce n'était pas quelque chose de positif.

- S'ils étaient en ville, tu ne crois pas que nos amis les auraient déjà trouvé ?

Kyoya lança un regard agacé à Hyoma.

- Ça fait des années qu'ils sont sur cette affaire et ils n'ont pas avancé.

- C'est compliqué.

- Non. Ils sont faibles et stupides. Nous, on aurait déjà réglé le problème et on serait passé à autre chose.

Même si Ginga n'aimait pas ce qu'il disait sur leurs doubles, il ne put s'empêcher de sourire quand il prononça le "nous". Il admettait si rarement faire partie d'une équipe et il avait parfaitement raison : rien ne pouvait les arrêter quand ils faisaient équipe.

- Tu n'as pas honte de dire un truc pareil devant Kyosha ? le réprimanda Kenta.

Le regard assassin de Kyoya glissa sur son double qui baissa aussitôt la tête et ralentit encore. Il grogna avec mépris.

- C'est exactement ce que je viens de dire.

Il leur tourna le dos et reprit son allure initiale.

- C'est pas sympa ça !

Ginga hésita un instant mais il fit demi-tour et rejoignit Kyosha.

- Ça va ?

Le double de Kyoya opina. Ginga attendit qu'il se calme pour aller rejoindre Kyoya qui était déjà escorté par Benkei. Kenta et Hyoma choisirent de rester avec le citoyen d'Hansha.

- N'y fais pas attention, d'accord ? dit l'enfant. Il dit souvent des trucs comme ça.

- D'accord, soupira Kyosha.

- Ce n'est pas pire que ce que ton Ginga peut dire.

- Oui mais...

- Mais quoi ?

- Rien, répondit le double de Kyoya après un silence.

Il se passa un autre moment de silence.

- Et vous ? Qu'est-ce que vous faites dans le coin ? demanda Benkei.

- On cherche Ryûga, répondit Kenta.

Kyoya siffla avec mépris. Ginga lui donna un coup de coude affectueux sur le bras.

- Perte de temps.

- On cherche aussi un moyen de rentrer chez nous et de vaincre les dirigeants.

- Y'a intérêt.

Ils continuèrent leur route un long moment. Plus ils avançaient, plus les bâtiments étaient petits. Finalement, ils se retrouvèrent au bord du désert. Kyoya grogna.

- Hansha est petite... commenta Ginga.

Hyoma se tourna vers le double de Kyoya.

- Il n'y avait aucun bâtiment ici ?

- Pas que je sache.

Kyoya plissa les yeux et fixa l'horizon. Ginga se demanda s'il voyait quelque chose qui leur échappait. Ses sens étaient très aiguisés.

Il attendit un peu, en silence et à l'écoute, puis il le vit s'avancer.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Ginga se précipita à sa suite.

- Je vais chercher les dirigeants ! J'en ai marre de ces bêtises !

- Mais... comme ça ? Il faut se préparer, non ? Traverser un désert, c'est dangereux.

- C'est pas pire que le Wolf Canyon.

Ginga était presque sûr que ce n'était pas une raison. Quoique, ce devait être un lieu particulièrement hostile vu que son rival y allait tout le temps.

- Nous devons nous préparer pour ce qui nous attend.

Kyoya se tourna agressivement, les babines retroussées. Au moins, s'était-il arrêté.

- Tu ne vas pas t'y mettre aussi !

- Il n'y a aucun mal à prendre son temps et à préparer un plan avant d'agir.

- Tu répètes les paroles de qui là ?

Ginga écarquilla les yeux. Kyoya ne le croyait pas capable d'un aussi grand calme ? Un sourire vint étirer ses lèvres. Non, bien sûr que non. Être aussi raisonnable, ce n'était pas son genre. Son rival le connaissait bien.

Il leva les yeux vers Kyoya qui le toisait, les sourcils froncés.

- Tu as raison : ce n'est pas moi de dire des choses pareilles.

Les épaules de Kyoya se relâchèrent et son expression s'adoucit presque imperceptiblement. Il attendait ce qu'il dirait ensuite.

- Par contre, je reste d'avis qu'on doit attendre les autres.

- Et pourquoi ?

- Imagine qu'on retrouve le double de celui qui nous a envoyé ici : on serait obligés de retourner les chercher.

Kyoya croisa les bras, songeur.

- Ça nous ferait perdre du temps.

C'était une façon de voir les choses. Mais, au moins, il ne semblait pas vouloir les abandonner, contrairement à Ryûga.

- Tu viens ?

Kyoya hésita encore un peu avant de finalement revenir vers la ville. Ginga l'escorta, prêt à le convaincre de nouveau s'il se laissait emporter et changeait d'avis. Benkei, Kenta et Hyoma s'étaient un peu avancé dans le désert. Kyosha, lui, n'avait pas franchi la limite des bâtiments. Il les dévisageait avec choc. Ils avaient dû faire quelque chose de répréhensible dans les lois d'Hansha – elles étaient si bizarres et ils étaient loin de toutes les connaître.

Quand ils furent revenus dans la ville, le double de Kyosha sembla se détendre.

- On a fait quelque chose de mal ? demanda Ginga.

Il sursauta et fit son air de bête traquée.

- Oh... euh... normalement, personne ne va dans le désert.

- Pourquoi ?

- C'est dangereux...

- Quels trouillards.

- Ne commence pas, le réprimanda Ginga.

- Ils ne risquent pas de réussir quoi que ce soit s'ils n'osent même pas quitter la ville.

- Ils doivent avoir leurs raisons.

Kyoya adressa un regard blasé à son rival. Il trouvait trop facilement des excuses et des qualités aux autres. C'était désespérant des fois.

- Tu devrais essayer de te défendre, conseilla Kenta à Kyosha.

L'attention se reporta sur lui. Ses jambes se mirent à trembler. Il n'était même plus capable de reculer. Il déglutit.

- Je... ne vois pas la peine de euh me disputer inutilement.

Kyoya grogna et il tressaillit. Il arbora une grimace méprisante.

- J'arrive pas à croire que cet abruti me ressemble autant.

- Techniquement, c'est toi dans un autre monde, dit Hyoma.

Kyoya détestait le sourire qu'il arborait.

- C'est encore pire.

- Pourquoi vous ne quittez jamais la ville ? demanda Ginga.

Kyosha se raccrocha à ses yeux miel plein de bonté.

- Nous... nous avons quelqu'un qui travaille hors de la ville.

- Ah oui ?

- Il part avec les expéditions de nourriture.

Kyosha s'assombrit.

- Il aurait dû revenir depuis plusieurs jours maintenant.

Silence.

- Vu qu'on ne va pas quitter la ville maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? demanda Kenta.

Hyoma regarda le ciel.

- C'est l'heure du rendez-vous, déclara-t-il.

- Quoi ? s'étrangla Ginga. Déjà ? On va être en retard !

- Ce n'est pas grave. Ryûga – je veux dire Ryûsha – est très compréhensif.

- Ce n'est pas le problème ! C'est Madoka ! Elle va être furieuse !

- Et ? s'inquiéta Kyosha.

- Elle est terrifiante quand elle se met en colère.

Le double de Kyoya se mit à trembler.

- Tu n'as pas peur de Ginga – enfin Ginsha – ni de euh...

Il glissa un regard vers Kyoya, déglutit et se remit à regarder Ginga, le front plissé.

- Elle est bien pire que ça.

Il semblait si sérieux que Kyosha le crut. Il perdit toutes ses couleurs. Contre sa volonté, son esprit se mit à imaginer ce qu'elle donnait en colère et ça le terrifia.

- Ginga ! Tu lui fais peur !

- Je n'y peux rien moi : c'est vrai !

- Madoka peut faire peur quand elle s'y met, appuya Kenta.

Kyoya leva les yeux au ciel, agacé.

- Bon, on bouge ?

- On va aller la voir ? s'étrangla Kyosha.

Il avait si peur qu'il en oubliait d'être timide.

- Plus on attend plus sa colère sera terrible, dit solennellement Ginga.

Ce fut avec les larmes aux yeux que Kyosha les suivit sur le chemin du retour.


XXX


Une silhouette encapuchonnée se faufilait dans les rues de la ville de sable. Enfin, elle allait pouvoir agir. Ils avaient attendu longtemps, bien trop longtemps. Ils auraient dû s'occuper de ce problème dès qu'ils avaient eu vent des rumeurs. Mais ils avaient voulu attendre et observer. Quel plan idiot ! Heureusement, ils avaient fini par s'en rendre compte. Et ils lui avaient donné carte blanche.

Seul son sourire cruel apparaissait. Il avança jusqu'à la maison.


Fin du chapitre 6