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Chapitre 10 : Un désert interminable


- On va marcher encore longtemps ? soupira Yû.

Ça faisait des heures qu'ils avançaient dans la nuit froide, avec seulement quelques étoiles qui éclairaient le ciel d'encre et donnaient une illusion de vie. Le sable n'était pas vraiment un problème pour lui – il était le propriétaire de Libra, après tout – par contre ce n'était pas le cas pour tous ses amis. Le sable les piégeait, alourdissait leurs mouvements et, par conséquent, ralentissait le groupe entier. Il leur faudrait sûrement des jours pour arriver à destination.

La situation aurait pu être désespérante mais il était avec tous ses amis. Et leurs doubles bizarres.

Il était certain de s'amuser !

Enfin, ce serait vrai si son esprit ne commençait pas à s'engourdir de fatigue.

Tsubasa soupira avec lassitude.

- Ça ne fait même pas cinq minutes que nous avons quitté la ville, Yû.

- Comment tu sais ça ? Tu as une montre ?

Tsubasa se contenta d'indiquer quelque chose derrière lui. Yû se retourna. La ville se dessinait sur l'horizon, sombre et triste. Même s'il la voyait dans son ensemble à présent – seule encoche qui brisait la monotonie du désert – il pouvait encore distinguer les différents bâtiments et les formes argentées des créatures de métal qui la gardaient.

- Tout ça pour ça ?

Ce voyage durerait des siècles et même la présence de ses amis ne pourrait empêcher l'ennui de s'installer.

- Vous arrêtez de parler qu'on puisse avancer ? s'agaça Kyoya.

Le blader au lion les distançait de plusieurs mètres déjà, suivi de près par ses Wild Fang. Ils devaient avoir l'habitude de s'entraîner dans des lieux aussi perdus. Yû se demanda ce qui se serait passé si Kyoya avait rejoint les Gan Gan Galaxy. Se serait-il montré aussi tyrannique avec eux ? Les aurait-il entraînés dans des lieux aussi dangereux ?

Sans doute. Ou du moins il aurait essayé. Pas sûrs que lui ou les autres se seraient laissés faire.

- C'est pas simple ! On est fatigués, expliqua Madoka.

- C'est pas une raison.

- Qu'est-ce qu'il est énervant !

- Tu pourrais être compréhensif Yoyo.

Kyoya tourna la tête vers lui, le regard teinté d'agacement.

- Arrête de m'appeler Yoyo.

- Si tu veux Yoyo.

- Grrr !

Yû afficha un grand sourire. Il s'ennuyait beaucoup moins déjà.

Nile les dévisagea tour à tour, perplexe. Il ne les avait jamais vu interagir et, jusqu'à présent, ne se doutait pas qu'il existait une personne qui osait taquiner Kyoya – un blader très puissant et encore plus susceptible – sans craindre d'en subir les conséquences..

- Et si on se reposait ? proposa Madoka.

- Maintenant ? fit Ginga.

Son ton laissait entendre qu'il partageait l'avis de Kyoya et qu'il préférait continuer de voyager pour trouver les dirigeants le plus rapidement possible. Madoka se tourna vers lui, furieuse. C'était bien la dernière personne sur Terre qui pouvait se permettre ce type de sous-entendu.

- Ça te pose un problème ? Dois-je te rappeler à cause de qui on en est là ?

Ginga, l'exemple de nombreux bladers, le héros par excellence – il avait quand même sauvé le monde trois fois – se ratatina sur lui-même, l'air inquiet. La colère de Madoka dépassait de loin sur l'échelle de dangerosité des menaces les complots tordus et tortueux de la Nébuleuse Noire et autres organisations voulant conquérir et dominer le monde.

- Non, non. Pas du tout.

La technicienne se redressa, tout sourire. Si Yû ne la connaissait pas aussi bien, il aurait pu croire qu'il venait d'imaginer son éclat de colère. C'était cette capacité à calmer les bladers les plus turbulents qui faisait d'elle le véritable chef de la Gan Gan Galaxy. Bon, elle n'y arrivait qu'à force de menaces, mais on n'avait rien sans rien !

- Je préfère ça. Tout le monde est d'accord ?

La plupart des bladers opina, soit parce qu'ils partageaient l'avis de Madoka, soit parce qu'ils savaient de quoi elle était capable et qu'ils tenaient à la vie.

- On n'arrivera pas assez vite ! s'énerva Kyoya.

Le maître de Leone en avait assez qu'ils fassent tout leur possible pour ralentir cette expédition. Le repaire des dirigeants n'était plus très loin. Ils pourraient en finir rapidement avec cette stupide histoire.

- Si on s'écroule en cours de route, on n'arrivera pas plus vite, répliqua Madoka.

Kyoya poussa un grognement et tourna la tête sur le côté. Ils étaient tous tellement faibles. Il ne comprenait pas comment ils pouvaient prétendre être des bladers s'ils n'étaient pas capables de supporter un voyage aussi facile.

- On pourrait régler dès ce problème ce soir.

Ginga pencha la tête sur le côté, songeur.

- Tu as raison. Si c'est l'endroit auquel on pense ce n'est plus très loin...

- Comment vous pourriez savoir mieux que nous où sont les dirigeants ? s'agaça Ginsha.

- Pas compliqué d'avoir plus d'informations que vous, marmonna Kyoya en lui adressant un regard supérieur.

- Qu'est-ce que tu as dit ?!

Nile croisa les bras. Il commençait à en avoir assez de toute cette agitation et de tous ces cris inutiles. Ils n'avaient plus assez d'énergie pour avancer mais ils en avaient toujours suffisamment pour se plaindre, apparemment.

- Tu ne peux pas arrêter de crier deux minutes ? Tu me donnes mal à la tête.

- De quoi tu te mêles toi ?

Nile se contenta de lui jeter un regard froid. Il le toisa lentement, sans faire le moindre commentaire, redoublant la colère de Ginsha.

- Vous pouvez pas arrêter de vous chamailler une minute ? s'exaspéra Madoka.

Leur comportement lui tapait sur les nerfs. Ils voyageaient pour sauver le monde de Hansha de la tyrannie. Elle ne comprenait pas comment les bladers pouvaient passer leur temps à se chamailler et à se disperser au lieu de se concentrer sur leur véritable objectif. La désagréable impression qu'ils n'avançaient pas lui collait à la peau. Pire, à cause de leurs attitudes immatures, elle avait le sentiment qu'ils reculaient. Elle ne doutait pas qu'ils finiraient par se montrer sérieux. Ils avaient déjà sauvé leur monde à trois reprises en moins de deux ans en contrecarrant le plan de Doji pendant l'Ultime Bataille, en terrassant ceux qui voulaient ressusciter l'Atlantide et en triomphant de l'Académie HD. Il n'y avait aucune raison pour que ce soit différent cette fois.

À part que ses amis mettaient trop de temps pour s'adapter à ce monde. En plus, elle était fatiguée, épuisée même, et elle avait terriblement mal aux jambes. Ce n'était pas l'état idéal pour supporter des bladers qui brûlait de l'impatience de combattre.

Nile haussa les épaules avec détachement.

- Ce serait plus simple si tout le monde restait calme.

Elle ne pouvait pas lui donner tort mais ses interventions empiraient la situation à chaque fois.

- Nous faisons une pause, dit-elle d'un ton qui ne souffrait d'aucun refus. Maintenant.

Le groupe, qui avait ralentit tout au long de la discussion, s'arrêta. Madoka se laissa tomber par terre avec un soupir. Ses jambes ne l'auraient pas soutenue plus longtemps. Kenta s'assit à côté d'elle, l'air tout aussi épuisé. Yû s'étira pour se détendre. Il était un peu fatigué mais il avait l'habitude des longs voyages et des zones désertiques. Il s'assit auprès de Kenta, tout de même heureux qu'ils se soient arrêtés. Une bonne nuit de sommeil et il retrouverait toute son énergie. Ce serait dommage de ne pas pouvoir profiter totalement de leur voyage si exceptionnel.

Un peu à la traîne, Kyosha ne faisait pas d'effort pour accélérer et s'intégrer au groupe qui s'installait. Il ne semblait pas avoir envie de les rejoindre. Il jetait des regards derrière lui, les yeux emplis de regrets.

Kyoya poussa un grognement. Il observa la direction qu'ils suivaient, comme si cela serait suffisant pour faire apparaître le repaire des dirigeants.

- Nous devrions dormir, déclara Tsubasa.

Tout le monde se tourna d'un même mouvement vers l'argenté. Les bras croisés, il arborait un air calme, comme à son habitude. Ses yeux perçants ne laissaient pas transparaître une seule once de fatigue.

- Ça ne servira à rien si l'on s'épuise, répondit-il à la question qui planait dans le silence. Nous devons prendre des forces maintenant pour régler le problème des dirigeants en une fois demain.

Ses paroles parvinrent même à convaincre les plus récalcitrants. Yû vit Kyoya s'asseoir à l'endroit même où il se tenait. L'adolescent ne quittait pas son objectif des yeux. Petit à petit, tout le monde s'installa, plus ou moins confortablement.

- C'est plutôt sympa, fit Yû. On dirait qu'on est tous en train de faire du camping.

Son cœur se gonfla de fierté quand il vit éclore des sourires sur les visages de ses amis.

- C'est vrai, répondit Ginga, amusé.

- Comment vous pouvez vous amusez dans cette situation ? cracha le double de Ginga, toujours là pour gâcher l'ambiance dès qu'elle s'améliorait. Vous ne vous rendez pas compte des problèmes dans lesquels nous sommes !

- Nous avons déjà affronté ce genre de situation, déclara Ginga, une certitude totale dans la voix. Nous vous l'avons dit.

Yû les observa, intrigué. C'était toujours aussi étrange – et divertissant – de voir deux personnes qui se ressemblaient tant et qui avaient la même voix être aussi fondamentalement différentes. Il afficha un immense sourire. Leur Ginga était la meilleure version, bien sûr. En fait, même s'il aimait bien les habitants de Hansha, il préférait ceux qu'il considérait comme les originaux. Il était loin d'être impartial, il le savait : il s'agissait de ses amis, après tout. Même leur Kyoya était la meilleure version de lui-même. Si Yû aimait bien Shasha, il adorait taquiner le maître de Leone.

Il jeta un coup d'œil à Tsubasa et se demanda une énième fois à quoi son double pouvait bien ressembler. Il espérait le découvrir avant qu'ils ne rentrent chez eux.

Ginsha fronça le nez.

- C'est ce que vous dites.

- Arrête ça, soupira le double de Ryûga.

Le rouquin maléfique se tourna vers lui.

- Tu les crois ?

- Je ne vois pas pourquoi ils nous mentiraient sur ce sujet.

Le blanc leva la tête vers le double de Kyoya et tapota la place libre à côté de lui pour l'inciter à s'asseoir. Kyosha hésita un instant avant de s'approcher à contrecœur, en prenant grand soin de rester éloigné de Ginsha, et de s'installer à côté de son ami. Il paraissait complètement épuisé. Ginsha leva les yeux au ciel avec agacement.

Yû décida de reprendre la parole.

- Si on mangeait des trucs autour du feu en se racontant des histoires ?

- Nous avons déjà dîné Yû, lui rappela Tsubasa. Nous n'avons rien pris de toute façon.

L'enfant trouvait ça dommage. Leur repos au clair de lune aurait été bien plus amusant s'ils avaient pu se réunir autour d'un feu de camp pour grignoter et raconter des histoires.

- Tu veux dire qu'on va pas manger demain ? s'inquiéta aussitôt Ginga. Mais comment on va survivre à ça ?

- Tu crois qu'on a eu le temps de préparer nos affaires pendant qu'on vous cherchait ? s'agaça Madoka. Tu aurais dû y penser avant de sortir pendant le couvre-feu !

La répartie de la technicienne fit taire Ginga. Cependant, ses grands yeux miel gardèrent un éclat inquiet.

- Au moins, on n'est plus chez Doji, soupira-t-il, dans une tentative de se réconforter.

Yû et Kyoya opinèrent. La présence du double de Doji, tout comme celle du double de Kakeru, les avait mis mal à l'aise.

- Vous avez un problème avec lui ? demanda Ryûsha.

Les bladers et la technicienne tentèrent des débuts d'explication et, ne parvenant pas à dire ce qu'ils essayaient, se mirent à bafouiller. Kyoya soupira avec agacement. Ils étaient ridicules à se montrer aussi prévenants et à tourner autour du pot.

- C'est une pourriture.

- Kyoya !

Le vert darda un regard provocateur sur la technicienne.

- Quoi ? C'est la vérité.

- Comment ça ? intervint le double de Masamune. C'est une personne aimable, qui fait de son mieux pour aider les autres. Comment pouvez-vous ne pas... ?

Son regard se posa sur Ginga, sur Kyoya puis sur leurs doubles dimensionnels. Son expression se décomposa.

- Oh. C'est comme pour les autres, j'imagine.

- C'est ça, murmura Madoka, un peu mal à l'aise.

Un silence mi-gêné mi-agacé s'installa.

- On devrait dormir maintenant.

Ils acquiescèrent silencieusement puis s'installèrent pour dormir. Kyosha rabattit sa capuche sur sa tête et étendit les manches sur ses doigts avant de se pelotonner dans le sable. Il était tellement fatigué qu'il s'endormit immédiatement.


XXX


- Hé ! Kyoya ?

La voix douce tira Kyosha du sommeil. Il entrouvrit des yeux fatigués. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Puis, tout lui revint d'un coup. La sortie après le couvre-feu, l'attaque des monstres mécaniques, leur arrivée dans le désert...

Il s'assit. Ryûsha se tenait près de lui. Les autres se levaient déjà.

- Bonjour, murmura-t-il.

Son ami lui sourit.

Le double de Kyoya jeta un coup d'œil à la silhouette de Hansha. Même avec la distance qui les séparait, la ville semblait délabrée. Un frisson le parcourut à l'idée de tous les dangers qu'ils allaient affronter.

Il se leva et s'épousseta, enlevant tout le sable qui l'avait recouvert pendant la nuit. En croisant le regard agacé de son compatriote roux, il ôta sa capuche, même si ça le mettait mal à l'aise d'être aussi peu couvert. Il ne voulait pas le mettre en colère.

Il se détendit quand il vit son agacement se porter sur quelqu'un d'autre.

- Nous devrions y aller, déclara Tsubasa.

- Sans manger, se plaignit Ginga.

- Il me semble que nous avons déjà eu cette discussion hier, s'agaça Madoka.

- Mmm...

Puis, soudainement lumineux, Ginga se mit à sourire et une vague de courage se répercuta sur ses amis. Kyosha se demandait comment il parvenait à tous les fédérer autour de lui. Surtout avec une telle facilité. Leurs deux groupes ne fonctionnaient pas du tout de la même façon.

- Allons vaincre ces dirigeants !

Tous les étrangers opinèrent énergiquement.

- Pas trop tôt, marmonna Kyoya avec un demi-sourire.

Yû croisa les bras derrière la tête.

- Quand vas-tu arrêter de t'accrocher à ton rôle de ronchon Yoyo ?

- Arrête de m'appeler Yoyo !

- T'es toujours en train de faire la tête. Ça te fatigue pas ?

- Ce qui me fatigue, c'est de devoir supporter des gamins dans ton genre !

- C'est pas très gentil ça, Yoyo.

- Grr !

Nile les dévisagea, dubitatif, avant de se mettre à marcher, escorté par Damure. Ginga rejoignit son rival.

- Tu penses qu'on arrivera là-bas quand ?

Après un dernier regard agacé à l'enfant qui souriait de tout son cœur, Kyoya reporta de grands yeux sérieux sur son rival. Kyosha ne comprenait pas comment Ginga parvenait à ne pas reculer devant l'intensité de son regard.

- Moins de trois heures si personne ne nous ralentit.

Il avait prononcé la dernière partie de sa phrase suffisamment fort pour que tout le monde l'entende. Kyosha se recroquevilla, affecté, même si cette remarque semblait adressée à tous – la preuve : des murmures indignés s'élevèrent de toutes parts.

Kyoya leur tourna le dos et s'éloigna.

- T'en fais pas pour ça Kyoya mon pote !

Benkei le rejoignit en quelques foulées et, ensemble, ils rattrapèrent les deux autres Wild Fang.

- Qu'est-ce que je disais ! soupira Yû avec amusement.

- Arrête de l'embêter, le réprimanda Kenta sans pouvoir cacher son sourire naissant.

- Je l'embête pas ! J'essaye de discuter avec lui. C'est pas ma faute s'il considère que c'est la même chose.

Kenta cacha un sourire amusé de sa main. Kyosha balaya les étrangers du regard. Ils semblaient particulièrement de bonne humeur pour des gens sur le sentier de la guerre. Il ne comprenait pas comment ils faisaient... Ses compatriotes, eux, étaient terriblement nerveux et cela était visible dans chacun de leurs gestes.

Il tira sur les manches de son sweat-shirt. Lui-même se sentait encore plus mal à l'aise que d'habitude.

Voyant que ses compagnons de voyage se remettaient en route, Kyosha se mit à avancer, prenant soin de rester aux côtés de Ryûsha. Il n'avait aucune envie de subir cette épreuve seul.

La majeure partie du temps, il garda la tête baissée, les yeux fixés sur les grains de sable qui roulaient sous ses pas. Regarder l'horizon était décourageant : tout était uniforme et il avait l'impression qu'ils n'atteindraient jamais leur destination, quelle qu'elle soit. Ça lui donnait envie de rentrer chez lui.

- On ne devrait plus tarder à arriver, commenta Ginga.

- Tu crois vraiment qu'on n'aurait pas remarqué si les dirigeants vivaient aussi près ?

L'agressivité contenue dans le ton de Ginsha fit tressaillir le double de Kyoya.

- Vu que vous êtes trop trouillards pour quitter la ville et sortir la nuit, oui, se contenta de répliquer Kyoya.

Kyosha ralentit. Il n'aimait pas les disputes et ils allaient forcément en provoquer une.

Une main dans son dos l'empêcha de se laisser distancer. Il leva un regard triste et interrogateur sur Ryûsha.

- Ne fais pas attention à eux.

- D'accord...

Il se remit à contempler le sol tandis que la dispute éclatait, comme il l'avait prédit. Il luttait contre l'envie de plus en plus forte de retourner chez lui.

Puis, ça le frappa.

Il n'avait plus aucun endroit où aller.

Il essuya ses yeux avant que des larmes n'aient vraiment le temps d'apparaître. Il ne voulait pas inquiéter son ami plus que nécessaire. Déjà qu'il prenait soin de lui, beaucoup plus qu'il ne le devrait...

Quelqu'un marcha dans leur direction. Il se crispa. C'était le double de Ginga. Il avançait d'une démarche furieuse, comme toujours.

Kyosha se recroquevilla un peu plus, espérant passer inaperçu. Ça ne marchait jamais mais, peut-être qu'un jour, sur un malentendu...

- Ils sont insupportables ! pesta-t-il entre ses dents serrées.

Kyosha se sentait écrasé par le poids de son agressivité.

- Ils se permettent de nous donner des leçons alors que leur monde est parfait.

- Ils n'ont pas eu l'occasion de nous en parler. Il doit avoir des défauts, lui aussi.

Ginsha lança un regard assassin au blanc.

- Ils ont des tournois de Beyblade.

- Nous pourrions sûrement en organiser un.

- Et des bladers puissants.

Kyosha sentit que ça lui coûtait de l'admettre. C'était normal : il était sans conteste le blader le plus puissant de leur monde. Il pouvait écraser n'importe quel adversaire avec une facilité déconcertante. Ça avait dû être un choc pour lui de voir plusieurs rivaux potentiels surgir en même temps d'un autre monde.

- D'ailleurs, en parlant de blader puissant...

Il posa son regard sur Kyosha qui se ratatina un peu plus. Pourquoi avait-il accepté de venir ? Il était bien chez le double de Doji... Non. C'était pire. Le souvenir de son entrevue avec Kakeru lui revint nettement en mémoire, tout comme le regard plein de mépris qu'il lui avait adressé. Il avait l'impression qu'on lui piétinait le cœur. Il n'avait plus qu'une envie : laisser libre cours à son chagrin et se laisser tomber ici, dans le sable.

Un coup violent lui percuta l'épaule. Il conserva de justesse son équilibre. Se souvenant de la présence de Ginsha, il s'efforça de ravaler ses larmes.

- Oui ?

- Tu as commencé ton entraînement ?

Sa question le dérouta. Une flamme de colère naquit dans les yeux jaunes.

- Tu ne te souviens pas de ce que je t'ai dit ?!

La main de Kyosha effleura instinctivement Leone.

- Si mais... je n'ai pas eu le temps...

- Comment ça ?!

Effrayé, il recula et se cogna contre Ryûsha.

- Va embêter quelqu'un d'autre, soupira le blanc.

La colère de Ginsha se reporta brièvement sur le double de Ryûga avant qu'une grimace moqueuse ne vienne étirer ses lèvres.

- Quelqu'un qui est capable de se défendre tu veux dire ?

Le rouquin s'éloigna, fier de son effet.

- Ne fais pas attention. Tu le connais.

Oui, et s'il avait été ne serait-ce qu'un peu plus fort, peut-être qu'ils auraient pu devenir amis, comme les deux étrangers qui leur ressemblaient tant.

Il ne put résister à l'envie de leur jeter un coup d'œil. Ils n'étaient pas ensemble cette fois. Ginga discutait avec Hyoma, plein d'enthousiasme. Il ne montrait pas une seule once de fatigue. Kyoya, lui, marchait un peu à l'écart, en compagnie des Wild Fang. Ses yeux de prédateur glissaient sur le sable et semblaient traquer quelque chose. Yû tira sur la manche de Kenta puis, n'ayant pas réussi à le convaincre, se précipita vers le blader.

- T'as l'air dans la lune Yoyo. Ça va ?

Il avait lancé ça avec un sourire malicieux, mais dénué de duplicité, et suffisamment fort pour que tous l'entendent.

- Hm.

Ses grands yeux verts s'écarquillèrent de surprise. Yû ne s'attendait pas à ce manque de réaction. Le surnom qu'il donnait au vert suffisait à le taquiner, d'ordinaire.

- T'as entendu Yoyo ?

Cette fois-ci, sa voix laissait transparaître de l'inquiétude.

L'adolescent s'immobilisa.

- Il y a un problème ? lui demanda Nile en s'arrêtant à son tour.

Kyoya continuait de regarder au loin, hésitant.

- J'ai l'impression qu'on est suivis...

Ginsha éclata de rire, un son qui n'avait rien d'enfantin ni d'innocent : il s'agissait de moquerie et de mépris purs.

- T'es parano en plus.

Kyoya lui adressa un regard agacé, qui n'était pas aussi agressif qu'il aurait dû. Toute son attention était concentrée ailleurs.

Damure se posta à côté de lui, détaillant la même direction que lui.

- Quelque chose ne va pas...

- Tu t'y mets aussi ?

- Qu'est-ce que tu vois ? lui demanda son leader.

Damure plaça une main en visière et plissa les yeux.

- Du mouvement qui n'a rien à voir avec le vent ou les dunes... Il vient de s'arrêter.

Kyoya eut un sourire féroce. Il dégaina son lancer et y enclencha Leone.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'étrangla Madoka.

- Il y a un seul moyen de vérifier ce que c'est... Hyper Vitesse !

Avant que quiconque ait eu le temps de réagir, il propulsa sa toupie. Elle franchit sans mal une cinquantaine de mètres avant d'être interceptée par un autre bey, sous les exclamations surprises des étrangers et des habitants de Hansha.

Kyoya esquissa un sourire féroce. Il récupéra son Leone d'un mouvement vif puis fixa ses futurs adversaires.

- Voilà qui promet d'être... intéressant.

Des silhouettes apparurent tout autour d'eux. Elles étaient emmitouflées de capes couleur sable. Il était difficile de les distinguer du paysage mais plus elles s'approchaient plus cela devenait facile. Et Kyosha se rendit compte qu'elles étaient nombreuses. Très nombreuses. Bien trop pour leur groupe. Ce serait un massacre.

Les silhouettes encapuchonnées s'emparèrent de leurs lanceurs. Leur groupe les imita. Dans une harmonie parfaite, tous les bladers envoyèrent leurs toupies au combat. Un bref instant, Kyosha songea à les rejoindre mais il abandonna l'idée. Il n'était pas un combattant. Il ne ferait que les gêner.

Alors il se contenta de les observer. Ils combattaient avec hargne et rage, force et courage. Il ne serait jamais capable d'une telle chose. Pendant un instant, il s'en voulut d'être tel qu'il était, un peu plus que d'habitude.

Tsubasa observa les toupies de ses alliés et celles de ses adversaires. Certaines des premières ne parvenaient pas à se battre sur le sable. Il s'agissait d'un terrain difficile, particulièrement dangereux pour les toupies car les grains de sable pouvaient facilement se glisser dans les roues de fusion pour y causer des dégâts qui ne seraient visibles que trop tard. Rares étaient les bladers à maîtriser les combats dans les espaces sablonneux. Heureusement, ils en avaient plusieurs de leur côté : les Wild Fang grâce à leurs habitudes d'entraînement, Yû grâce aux capacités exceptionnelles de Libra, Ginga...

Mais toutes les toupies de leurs ennemis étaient conçues pour supporter les spécificités de ce terrain. Pour s'en rendre compte, il suffisait de voir l'aisance avec laquelle elles parvenaient à se déplacer sur le sable. Ils ne semblaient pas particulièrement forts mais, si ce combat traînait trop, ils auraient l'avantage.

Eagle étendit ses ailes et vola à la surface du sable pour éviter de subir trop de dégâts. Il faucha deux bey ennemis qui, dès qu'ils perdirent un peu de leur équilibre, s'enfoncèrent légèrement dans le sable et s'en trouvèrent ralentis.

- Vous avez vu ça ?

- Leurs toupies ne sont pas construites pour combattre mais pour impressionner leurs adversaires, commenta Hyoma. Le moindre choc les affaiblit.

Kyoya afficha une moue déçue.

- Tu parles d'adversaires...

- Ne sois pas triste Yoyo ! Comme ça, on sera en super forme pour battre les dirigeants !

- Arrête de m'appeler Yoyo ! s'énerva Kyoya en se détournant un instant de ses combats.

Un immense sourire éclaira le visage de Yû. Il le préférait comme ça.

- Si tu veux. Yoyo.

- Grrr !

- Tu signes ta défaite en ne faisant pas attention à ton adversaire ! s'écria un de leurs ennemis.

Kyoya se tourna vers lui en arborant une indifférence totale. Une toupie percuta avec violence Leone qui ne recula même pas d'un millimètre. Une grimace apparut sur la partie visible du visage de leur ennemi.

- J'en ai assez de perdre mon temps, marmonna Kyoya. Rugis Leone !

Une tornade de sable s'éleva à quelques pas de Kyoya, emportant toutes les toupies se trouvant à proximité dans ses rafales. Le Rugissement Tempétueux du Lion était une attaque puissante que la présence du sable amplifiait. Tous les adversaires que l'attaque spéciale prenait au piège avaient d'ores et déjà perdu.

- Il aurait pas dû provoquer Yoyo celui-là, commenta Yû avec un sourire.

Libra s'éloigna de la tornade pour trouver des adversaires à combattre. Yû remarqua que plusieurs d'entre eux encerclaient Sagittario qui se défendait très bien. Seulement, il en arrivait toujours plus pour remplacer ceux qu'il battait et les toupies vaincues encombraient le champ de bataille. Étant une toupie de type endurance, Sagittario pourrait supporter ce traitement longtemps mais Yû était certain qu'un peu d'aide ne dérangerait pas Kenta.

- Libra ! Vagues Soniques !

Des ondes de choc vertes percutèrent des toupies ennemies et les envoyèrent dans le décor. Libra éclaircit le champ de bataille pour que Sagittario dispose de davantage de liberté de mouvement.

- Merci Yû !

- Pas d'quoi.

Yû chercha du regard d'autres ennemis à combattre, laissant ceux qui restaient dans les parages à Kenta qui pouvait enfin exploiter la force de Sagittario.

- En avant Sagittario !

La toupie se lança sur ses adversaires. Le sol sablonneux ne l'avantageait pas mais, comme toutes les toupies de type endurance, il faudrait du temps pour qu'elle subisse des dégâts. Ce temps serait plus que suffisant pour vaincre ses adversaires.

Sagittario décrivit un arc de cercle. Tous les bey se trouvant sur sa trajectoire perdirent une part importante de leur équilibre et commencèrent à s'enfoncer dans le sable. Ils seraient incapables d'esquiver sa prochaine attaque.

Sagittario percuta les toupies qu'il avait affaiblies les unes après les autres. Ce fut le coup de grâce. Elles cessèrent de tourner.

Kenta les regarda avec surprise. Il n'arrivait pas à croire qu'il les avait vaincu si facilement. Yû s'agrippa à son bras, le ramenant à la réalité.

- C'est pas fini Kéké ! Regarde, il en reste plein !

Il indiqua la direction des Wild Fang qui observaient les ennemis toujours plus nombreux qui les encerclaient.

- Ils comptent uniquement sur leur nombre, commenta Nile. Ils n'ont aucune force ni aucune stratégie. C'est pathétique.

- Ils ne prévoient pas leurs attaques à l'avance et n'exécutent aucune formation de combat, renchérit Damure.

Nile soupira.

- Il est temps de mettre fin à ce combat. Horuseus ! Zone mystique !

Une lumière éclatante envahit le champ de bataille. Dès qu'elle se fut dissipée, Kenta vit que tous leurs adversaires étaient hors combat. Ce n'était pas pour rien qu'ils avaient pu être les coéquipiers de Kyoya pendant les Championnats du Monde.

Kenta remarqua alors que tous les combats étaient en train de se terminer. Leurs ennemis avaient beau être nombreux, ils étaient trop faibles pour représenter un défi digne de ce nom. Il fallut moins d'une minute pour que les derniers combats cessent. Le résultat fut flagrant : tous leurs ennemis étaient battus alors qu'aucun des leurs n'était blessé et toutes leurs toupies semblaient en état de fonctionner. Leur victoire était sans appel.

Les habitants de Hansha et les étrangers récupèrent leurs toupies. Ginsha le fit d'un mouvement brusque avant de tourner le dos à leurs ennemis et de foncer sur Kyosha, furieux. Le vert baissa la tête, incapable d'affronter son regard.

- Pourquoi tu t'es pas battu ?

- Je ne voulais pas déranger...

- Tu crois que c'est une raison ? Comment tu vas t'améliorer si tu ne te bats pas ?

Kyosha baissa la tête. C'était là tout le problème. Il ne voulait pas avoir à se battre. Ryûsha se plaça entre eux.

- Tu ne crois pas que nous avons d'autres priorités pour l'instant ?

Le double de Ginga leva un regard empli de rage sur lui.

- Comme quoi ?!

Ryûsha se contenta de montrer d'un geste de la main leurs adversaires qui observaient leurs toupies immobiles avec choc. Le double de Masamune arrangea les lunettes qui glissaient sur son nez.

- Il est vrai que nous pouvons légitimement nous demander qui sont ces personnes.

Le groupe d'ennemis se remit de sa surprise. Avec une grande vivacité, ils leur tournèrent le dos et se précipitèrent dans toutes les directions.

- Hé !

- Ils s'enfuient.

Kyoya les regarda faire avec indifférence. Ils étaient trop faibles pour représenter le moindre intérêt à ses yeux.

- Nous devons en interroger un pour avoir des réponses à nos questions, intervint Hyoma.

- Et comment tu comptes faire ça ? demanda Yû, les yeux écarquillés. Ils courent vraiment très vite.

L'enfant suivait les fuyards des yeux. Il n'avait jamais vu personne se déplacer aussi rapidement. Ils devaient exploser des records, là.

Hyoma se contenta de sourire. L'esprit de sa toupie apparut et barra le chemin du plus lent des fuyards qui s'immobilisa. Il tenta de le contourner mais le bey continua de lui bloquer la route.

- Tu n'avais pas rangé Aries ? Trop cool !

Hyoma eut un sourire énigmatique.

- Je me doutais que nous aurions encore besoin de son aide.

Le groupe put rejoindre leur ennemi en toute tranquillité. Comprenant ce qui lui arrivait, il essaya encore de s'enfuir mais c'était trop tard. Ses poings se serrèrent. Il se tourna vers eux agressivement.

- Qu'est-ce que vous voulez ?

Hyoma s'arrêta à quelques pas de lui.

- Juste que tu répondes à quelques questions.


Fin du chapitre 10