Honesty

Disclaimer : Les personnages utilisés ici ne m'appartiennent pas, tout est l'oeuvre de JKR....

Note : Le sempiternel message d'excuse… J'ai mis beaucoup plus de temps à écrire ce chapitre que prévu. Mais j'ai aussi une vie à côté, et parfois ce n'est pas facile de conjuguer les deux. Je suis vraiment désolée pour les mois d'attente, mais ça ne m'a pas fait plaisir non plus…

Merci beaucoup tout le monde pour vos reviews, ça me fait toujours très plaisir et propulse mon moral au 7ème sommet ! :-) (Je ne parle pas du sourire idiot qui ne me quitte jamais pour la journée. Ahem.)

Merci aussi à Shoupito, Juliette, Lulunacy, Tiff et Anaïs pour leurs reviews.


Résumé, ou espace VIP de cette page. Je laisse la place à Zoomalfoy :

C'est un réveil difficile qui accueille les fêtards (une MacGo folle de colère, croyez-moi, c'est hard). Ils apprennent par la suite qu'ils devront nettoyer les restes de la beuverie alors que Draco s'en sort sans aucune punition et que Blaise fait chier son monde, enfin, les Gryffondors : c'est sa raison de vivre après tout.

Alors que Draco déprime comme un fou à propos de Harry (il est pas le seul), un hibou déboule dans la grande salle, lui déchiquette sa robe de sorcier et lui plante une aiguille dans le cœur (et pas dans le poumon). A l'autre bout de la salle, Harry se met à convulser de douleur - tout à fait - en se prenant la poitrine dans les mains. Draco, remis de ses émotions, se jette vers Harry, non pas pour lui rouler la pelle de sa vie mais pour soulager son atroce souffrance.

Et là, merde, ça fonctionne pas ! C'te connerie !

En fait, Lulu voulait savoir si son fiston chéri partageait son lien, et même qu'il a tout suivi à travers les yeux de son piaf, et il continue à faire chier son monde en cachant la réelle nature du lien à l'aide d'un sort super balaise.

Là Dumby et Sevy évoquent la conne possibilité de détruire le lien ! Les cons !!

Et puis Draco et Harry, ils ont très peur (le lien c'est quand même la preuve de leur amour merde quoi ! Comment ça nan? On m'aurait menti !?). Et Blaise il est le seul intelligent de l'histoire, parce qu'il trouve que détruire le lien c'est une idée à la con !


Ne dis rien, surtout pas, ne dis rien suis-moi
Ne dis rien, n'ai pas peur, ne crains rien de moi
Suis moi jusqu'au bout de la nuit
Jusqu'au bout de ma folie
Laisse le temps, oublie demain
Oublie tout ne pense plus à rien

Ne dis rien, Serge Gainsbourg et Anna Karina


Chapitre 26

[ Déstabilisations multiples ]

Draco s'arrêta devant la porte de la salle sur demande, incertain. La force lui manquait soudain. Il se surprit à regretter la sécurité relative de ses quartiers serpentards, sombres et reculés. Trop fatigué pour de nouvelles confrontations, trop blasé pour oser espérer encore, et certainement trop las pour faire bonne figure, il avait l'envie irrépressible de retourner s'enfouir sous ses couvertures et d'oublier ses ennuis pour quelques heures.

Il posa sa main sur la poignée presque à contrecoeur, s'efforça de maintenir son expression neutre, et entra. Il se détesta lorsque ses yeux tombèrent sur Harry et que son cœur manqua un battement ; puis il s'avança malgré lui, tel un éphémère attiré par la lumière.

Harry semblait nerveux. Il évitait son regard, et essuyait ses mains, à l'évidence moites, sur son jean.

Quelques secondes s'écoulèrent en silence, sans qu'aucun d'entre eux ne bouge, laissant Draco plein de perplexité.

« Tu n'as rien prévu pour cet entraînement ou… ? » demanda-t-il, haussant un sourcil.

« Oh, euh, si si, désolé » Le gryffondor marqua une pause, puis reprit avec empressement : « C'est juste que j'ai… J'ai quelque chose pour toi » Il se tordit les mains.

« Comment ça ? De l'Ordre ? » s'enquit le blond, confus.

« Non, non ! » Harry sourit avec gêne. « De ma part… C'est pour ton anniversaire. Très en retard, je sais, mais… Et sûrement pas aussi bien que ce que tu m'as offert, mais… » Il s'interrompit, passant une main fébrile sur sa nuque.

Draco ne put s'empêcher de sourire.

« Tu n'étais pas obligé… Surtout deux mois après » dit-il, au fond ravi.

Le brun l'observa d'un air clairement sceptique, et le serpentard haussa les épaules, amusé.

Harry se saisit d'un coffret posé sur la table derrière lui, et le tendit au blond.

« Joyeux anniversaire » souhaita-t-il d'une voix peu assurée.

« Merci » Draco accepta le cadeau avec curiosité.

« Je n'avais pas de papier cadeau, et je ne connais pas de sort » s'excusa le gryffondor.

« Pas grave » éluda le blond.

« Et je ne sais pas du tout si ça va aller… Je voulais… Enfin, je ne connaissais pas de métal assez gracieux alors… Hum » poursuivit le brun anxieusement.

« Harry. Je peux l'ouvrir maintenant ? » interrompit Draco, moqueur.

« Bien sûr ! Désolé » Le gryffondor rougit et baissa la tête.

Le serpentard souleva le couvercle du coffret et resta sans voix.

« Ça ne te plaît pas » soupira Harry, déçu.

« Non ! C'est superbe, c'est juste que… Où as-tu trouvé ça ? Je n'en avais jamais vu avant » souffla le blond, stupéfait.

Il avait sous les yeux un bracelet presque transparent, d'environ un centimètre de largeur, semblant fait d'eau et d'air en mouvement constant.

« Je l'ai fait moi-même. Je travaille dessus depuis pas mal de temps, mais sur une deuxième version, feu et terre, qui était pour moi. Le bracelet permet un contact facile avec son élément. Je sais que tu ne maîtrises pas l'air, mais je n'arrivais pas à manier l'eau sans un deuxième support… Et comme je te l'ai dit, je ne trouvais aucun métal assez gracieux. J'ai fait en sorte que tu puisses utiliser des sorts mineurs d'élément air en passant par le bracelet… Il est relié à moi en fait. » expliqua Harry.

« C'est incroyable. Comment tu… ? Ça a du te prendre des heures et des heures » dit Draco, émerveillé. Il effleurait la surface du bracelet du bout des doigts.

« Ça en valait la peine. Et grâce à ça, tu peux normalement utiliser ton élément sans avoir besoin de grande source d'eau à proximité. Il repère toutes les particules d'hydrogène environnantes … Tu aimes bien alors ? Je n'avais pas d'autre idée… » interrogea le gryffondor, peu sûr de lui.

« Tu plaisantes ? Évidemment que j'aime ! » s'extasia Draco, passant le bracelet à sa main droite. Il sentit un courant de rivière froid courir brièvement sur sa peau, suivi d'un doux Zéphire, puis d'une vague salée et d'un vent glacé, avant que les sensations ne s'estompent. Il ne restait plus qu'un mince filet d'eau et un invisible tourbillon d'air se livrant bataille et s'entrecroisant, tout en épousant les contours de son poignet.

Le serpentard offrit un large sourire au gryffondor.

« Merci ! Merci énormément » le gratifia-t-il.

« De rien » répondit le brun, soulagé.

Draco fit doucement tourner l'ornement autour de son poignet, son visage se peignant d'affection. Il leva finalement la tête, trouvant Harry qui l'observait avec intérêt, et contentement. Son regard glissa sur les coins légèrement relevés de la bouche du gryffondor, s'attardant captivé.

« Que - Quel est le programme ? » demanda-t-il brusquement, retenant une grimace au ton de sa propre voix.

Harry parut vaguement surpris à cet éclat, mais n'y prêta pas d'attention particulière.

« Je pense que nous devrions essayer de coordonner nos mouvements. J'ai visionné notre combat contre Hermione, Ron et Neville, et nous étions très vulnérables à certains moments. On essaye de se défendre l'un l'autre, ça se voit, mais il y a toujours un décalage » déclara-t-il.

« Visionné ? Comment ? » l'interrogea le serpentard, curieux.

« Une pensine qui montre les mémoires de la salle » expliqua le brun. « Le problème, c'est qu'il nous sera impossible d'atteindre une symbiose des mouvements sans des mois et des mois d'entraînement. Et il nous faudrait plus que deux ou trois heures par semaine. »

« En clair, on n'y arrivera jamais » ironisa Draco.

« C'est ce que je me suis d'abord dit. Mais on a un avantage » contredit Harry. « Le lien nous donne une perception accrue l'un de l'autre, ce qui peut déjà nous servir. Mais le plus important c'est ton don pour la danse. Tu pouvais contrôler tous mes mouvements la dernière fois. Je pense qu'on peut dériver cette forme de magie. Après tout, les duels ne sont qu'une autre forme de danse… »

Le blond écouta patiemment, et prit quelques secondes pour évaluer l'idée avant de donner son avis.

« En théorie, ça pourrait fonctionner. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir utiliser la magie de Terpsichore comme ça… » dit-il pensivement.

« Terpsichore ? »

« La magie de la danse » développa le serpentard. « Il me faut de la musique. Un rythme. Le bon point c'est que ça ne me prend pas d'énergie de faire ça, c'est instinctif. Ça ne me fatiguerait pas normalement. »

« Mais tu n'as jamais essayé sans musique, et imaginer un rythme constant te demanderait beaucoup de concentration » conclut Harry.

« Je crois, oui. Enfin ce n'est pas sûr, puisque comme tu l'as dit, je n'ai jamais essayé » acquiesça Draco.

« Il y a une première fois à tout » Le gryffondor haussa les épaules. « On n'a qu'à commencer avec de la musique. Mais concentre-toi sur la magie, et tente de la maintenir une fois la chanson terminée »

« Tu veux que… je danse ? Et que je continue sans la musique » Le serpentard fronça les sourcils avec incrédulité.

« Oui. Je verrai si ça fonctionne grâce aux étincelles que ça produit. Ensuite il faudra faire un deuxième essai, et que tu m'inclues dans la sphère d'influence » annonça le brun, décisif.

« Hum. Ok. Mais je n'ai pas de musique là » s'entêta le préfet.

« … On est dans la salle sur demande Draco » se moqua Harry.

« Exact. Je n'ai rien dit » soupira le blond, vaincu.

Il réfléchit un instant avant qu'un fin sourire ne s'installe sur ses lèvres. Un air de musique envahit aussitôt la salle. Le gryffondor chercha un moment à reconnaître la chanson, puis il éclata de rire.

« Sex machine ? Je sais pas pourquoi ça ne m'étonne pas ! » s'exclama-t-il.

« Tu n'as pas précisé le genre de musique » ironisa malicieusement le serpentard, se mettant à danser.

Harry se tut, s'installant sur un rebord de fenêtre afin de regarder. Il se demanda un moment comment Draco pouvait être aussi à l'aise. A sa place, il aurait été tout simplement mortifié à l'idée de devoir danser seul ainsi. Pourtant, il lui semblait naturel de voir le serpentard se mouvoir au milieu de la pièce sans aucun problème. Ses yeux repérèrent au bout de quelques secondes les étincelles argentées, témoins de la magie en action. Ils voguèrent ensuite sur celui qui les émettait, captivés.

La chanson prit fin, et Draco cessa tout mouvement. Harry sembla soudain revenir à lui, et sentit ses joues se réchauffer.

« Tu es censé continuer » dit-il après s'être éclairci la voix.

« Je sais » se renfrogna le serpentard. « Je n'ai pas réfléchi » Il soupira. Une deuxième chanson, inconnue au gryffondor, retentit soudain.

Do it, do it, do it, do it, do it, do it, do it now.

Le serpentard entama de nouvelles séries de pas, rapides, saccadés. I am ready, I am ready for a fall. Harry se surprit à répéter les paroles étrangement prenantes, suivant des yeux avec engouement les mouvements du blond. I'm hoping a chance, you might take this dance. You're my number one guy. Il coupa tout à coup le son, guettant la réaction de Draco. Ce dernier sembla brièvement déstabilisé, mais continua à bouger. Il maintint la magie de Terpsichore une minute avant de perdre sa concentration.

Il lui fallut trois autres essais avant de trouver une solution.

« Ce n'est pas sur la magie qu'il faut que je me concentre » déclara-t-il, essoufflé. « C'est sur mes mouvements. Le reste vient tout seul après. Je suis obligé d'instaurer un certain rythme dans mes gestes. C'est ça qui créée la magie. Le rythme de mes pas, de mon corps, de mon cœur. » se rendit-il compte. « Même si c'est plus facile avec la musique. » admit-il cependant

Il esquissa des pas à l'improviste, et fut immédiatement illuminé d'argent. Il adressa un sourire vainqueur à Harry, qui le contemplait, réalisa-t-il, avec admiration. Il s'arrêta et tendit une main enjoignant le brun à le rejoindre.

« On peut essayer à deux je pense » annonça-t-il.

« Et je fais quoi ? » demanda le gryffondor, se postant devant lui avec hésitation.

« Tu suis » répliqua le blond.

Harry leva les yeux au ciel.

« Je mets de la musique d'abord. J'ai comme l'impression que ça va être plus compliqué à deux » l'informa Draco.

« De la valse ? » s'étonna le gryffondor, aux premiers violons.

« J'avais envie d'essayer » sourit le serpentard.

« Et j'imagine que je fais encore la fille ? » grogna le brun.

« C'est pas comme si tu savais danser. Je me rappellerai toujours de la tête de Parvati en quatrième année.. » dit-il avec nostalgie. Il plaça la main d'Harry sur son épaule, la sienne dans le dos du brun, et les deux restantes se lièrent.

Ils commencèrent à tourner lentement, sur un rythme ternaire.

« Je connais cette musique.. » murmura le gryffondor, remarquant avec une joie enfantine son corps parcouru d'étincelles.

« Tchaïkovski. La valse de la Belle au bois dormant » lui révéla le blond, chuchotant presque, avant de l'entraîner dans une suite de virevoltes incroyablement rapides et étourdissantes.

Le moment laissa Harry presque chancelant ; la salle défila sous ses yeux à vive allure, avant que la gravité ne rétablisse ses droits sur quelques notes plus douces. Il fixa son regard sur Draco, découvrant finalement qu'il appréciait cette manière de voguer dans la pièce, sans aucun repère pour sa part. La musique se faisait douce et entêtante, accélérant peu à peu son rythme cardiaque.

« Tu penses y arriver alors ? » demanda-t-il à voix basse.

« Je ne sais pas » répondit le serpentard, partageant son regard avec délice. Draco avait terriblement conscience de la cambrure du dos sous ses doigts, de la tension délicate dans celle-ci. « Je ne suis pas du tout concentré. »

Le murmure étonné du gryffondor face à cette admission se perdit dans la musique, qui accéléra alors, le son des violons exigeants, entraînant de nouveaux tourbillons de valse, des gestes amples et gracieux. Le morceau ralentit une deuxième fois, mais Harry, grisé, ne saisit pas l'occasion pour parler. Il se laissa faire, autorisant le vertige à prendre possession de lui.

Le final impétueux rendit sa vision floue, ne laissant de distinct que le visage de Draco, incroyablement sérieux et attentionné ; les tours et pas au rythme fulgurant atteignirent leur apogée, le menant avec passion et puissance, l'étourdissant, l'emplissant d'un sentiment de légèreté, d'enivrement qu'il n'avait jusque là connu que dans les airs, sur un Éclair de feu. Il se trouva soudain immobile. Le vertige s'estompa progressivement, mais pas l'emprise des frémissements sur son corps. La main qui était posée sur son dos coula jusqu'à sa hanche puis glissa sur sa poitrine, s'installant en son milieu.

Il déglutit difficilement.

« Draco ? » Sa voix était incertaine.

« J'ai besoin de sentir le rythme de ton cœur » souffla le serpentard, l'air appliqué.

« Oh. » Harry pensa que son cœur battait certainement beaucoup trop vite comparé à d'habitude, et se demanda vaguement s'il devait retirer sa main droite de celle du blond.

Puis Draco fit un pas en avant, l'obligeant à reculer. Un, deux, trois. Ils se remirent à tourner tranquillement sur une valse imaginaire. Le blond perdit ensuite son expression d'intense concentration, et afficha à la place une satisfaction paisible.

« Je devrais y arriver. » annonça-t-il sereinement.

Le gryffondor hocha la tête, n'interrompant pas leur allure. Ils continuèrent presque avec automatisme, progressant doucement sans y faire attention.

« Harry ? »

« Oui ? » s'enquit-il, intrigué par le changement soudain de son partenaire.

« Je ne veux pas qu'ils détruisent le lien. » avoua le préfet, les paupières à moitié fermées.

Le brun ne répondit pas.

« Je sais que ça pourrait être dangereux, qu'on ne sait rien dessus mais… » poursuivit difficilement le serpentard. « Je ne veux pas. »

« … Moi non plus » soupira Harry, les yeux las.

« J'ai peur. » murmura presque Draco.

Pour seule réponse, le gryffondor resserra brièvement l'étreinte de leurs mains. Ils continuèrent leurs pas quelques minutes en silence, avant de s'arrêter et de s'écarter l'un de l'autre.

Harry inclina à peine la tête sur le côté, et esquissa un fin sourire.

« Je crois que j'aime beaucoup la valse » déclara-t-il.

Draco rit, amusé, et lança un nouveau morceau de musique classique.

« Ce n'est pas une valse, mais ça peut être pas mal pour des mouvements de combat » donna-t-il pour toute information.

Des mannequins articulés apparurent, les encerclant. Les deux garçons se mirent dos à dos, préparant leur défense. Sur un geste de Draco, les mannequins prirent vie et les attaquèrent en dignes répliques de mangemorts. Ils reprirent alors leur entraînement habituel, tentant de compléter leurs mouvements et parades, leurs cœurs battant vivement au son de la neuvième symphonie de Beethoven.

oOoOoOoOoOoOoOo

Le samedi soir trouva les gryffondor de septième année installés confortablement dans leur salle commune, occupant les fauteuils, canapés et souvent le sol lui-même. Ils avaient semble-t-il décidé d'étudier, mais l'ambiance se révélait plus propice aux plaisanteries et conversations qu'aux révisions.

Harry était allongé sur le sol devant la cheminée, son livre d'histoire posé en travers de sa poitrine, et riait avec Ron, ignorant les regards mi-désapprobateurs, mi-indulgents d'Hermione.

La jeune fille finit par fermer son lourd ouvrage, vaincue, et s'assit aux côtés de Ron, posant sa tête sur son épaule. Celui-ci enroula un bras autour de sa taille, un sourire radieux étirant ses joues.

Harry les observa avec contentement, avant de laisser son regard voguer autour de lui, s'attardant sur Ginny, enfoncée dans un canapé avec ses amies. Il la contempla un moment, fixant son visage rieur, et se demanda soudain depuis quand la vue de la jeune fille ne condensait plus de chaleur en lui. L'image fugace de deux yeux gris s'imposa à lui ; il la chassa d'un mouvement de tête, un mince sourire aux lèvres. Il se retourna vers Ron, prêt à lui faire remarquer que, curieusement, Ginny évoquait de plus en plus Blaise dans leurs conversations. Il s'interrompit pourtant, sentant comme une brûlure sur sa clavicule. Il y porta la main, sentant la plume en métal que Draco lui avait donné.

« Harry ? » La voix le surprit, tant parce qu'elle résonna tout à coup dans sa tête, que parce qu'elle était teintée d'anxiété.

« Draco ?! » Son exclamation lui attira les regards éberlués de toute la salle commune. Il se sentit soudain très seul.

« Hum, ça va Harry ? » demanda Ron, dubitatif.

« Oui oui, désolé. C'est le cercle de parole, tu sais ? » expliqua-t-il, gêné. Hermione acquiesça, semblant comprendre. Le brun s'éloigna quelque peu, s'asseyant dans un coin isolé près du feu. Il reprit plus bas « Draco ? »

« Oui. Désolé, je n'ai pas pensé que ça pourrait être surprenant pour toi » répondit aussitôt la voix du serpentard.

« C'est pas grave. Qu'est-ce qu'il y a ? » s'enquit Harry, tentant de s'habituer au phénomène étrange des cercles de parole.

« On peut se voir ? »

« C'est-à-dire que… Je suis censé réviser mais… » Il s'interrompit, ayant entendu une longue inspiration du serpentard. « Qu'est-ce qu'il se passe ? Ça n'a pas l'air d'aller.. » insista-t-il, légèrement inquiet.

« J'ai reçu une lettre de Greg. Au sujet de Pansy. »

Harry écarquilla les yeux sous la surprise, des scénarii peu optimistes envahissant son esprit.

« J'arrive ! » souffla-t-il. Il se releva brusquement, causant un regain d'attention de ses amis.

« Tu vas où ? Tu comptes pas échapper aux terribles révisions de l'effrayante préfète en chef quand même ? » l'interpella Seamus, soulevant exagérément les sourcils pour mimer l'épouvante. Hermione renifla fortement.

« Je dois y aller. Je vous expliquerai » coupa court le brun, pressé. Il sortit sans plus attendre, laissant derrière lui un groupe de gryffondors perplexes.

Harry descendit deux étages avant de réaliser qu'il ne savait pas où il allait. Il effleura à nouveau le cercle de paroles, avec l'intention de joindre Draco.

« T'es où ? » murmura-t-il aussitôt, espérant ne pas croiser Rusard.

« Dans le parc »

« Quoi ?! Mais qu'est-ce que tu fais ? C'est interdit ! » s'exclama Harry, avant de jeter des regards alarmés autour de lui, puis de reprendre sa marche

« Comme si ça t'arrêtait. Je te signale que les couloirs aussi sont interdits à cette heure-ci. » répondit Draco, sarcastique.

« Tu sais très bien ce que je veux dire. Ça pourrait être dangereux. » siffla Harry, anxieux.

« Je suis près du lac. Pas moyen qu'un intrus arrive jusqu'ici vu les barrières. » l'apaisa le blond.

« Ok. » admit le gryffondor. « Je me dépêche. » Il atteignit le rez-de-chaussée et se précipita vers les grandes portes, qu'il ouvrit et referma derrière lui le plus silencieusement possible. Il s'adossa un bref instant et scanna le parc des yeux, repérant Draco au loin, tourné vers le lac.

Il s'avança dans sa direction, à pas pressés, augmentant sa cadence à chaque enjambée. Le gryffondor franchit les trente derniers mètres en courant, s'arrêtant brutalement derrière le blond, vaguement essoufflé. Il posa une main hésitante sur l'épaule du serpentard et Draco se retourna finalement. La lassitude de son expression glaça le brun.

« Elle est blessée ? » demanda-t-il anxieusement.

Le blond le regarda quelques secondes sans rien dire avant de secouer légèrement la tête. Une mèche de cheveux vint effleurer sa pommette.

« Non, mais je me demande si ce n'est pas pire. » soupira-t-il, s'écartant d'Harry pour faire à nouveau face au lac. « Tu devrais simplement lire la lettre je suppose. Ce n'est pas long. » dit-il en sortant une feuille de sa poche.

Harry la parcourut des yeux, bloquant sur certains passages.

« … Déterminée à gravir les échelons ?… Engouement apprécié par Voldemort ?! » lut-il à voix haute, éberlué.

Draco acquiesça froidement, la mâchoire serrée.

« Je n'aurais jamais cru qu'elle… Enfin.. » Harry ne réussit pas à finir sa phrase. Il déglutit nerveusement. Le serpentard récupéra la lettre d'un geste vif et la remit à sa place.

« Pansy a toujours voulu être… acceptée. Et haut placée. Quelle que soit la situation. Elle ne se serait pas contentée d'être un mangemort de bas étage. » déclara-t-il, impassible.

« … Peut-être qu'il y a une autre raison. Gregory dit qu'il s'inquiète pour elle. On pourrait la forcer ou … Je ne sais pas, autre chose. » proposa le gryffondor, incertain.

Draco renifla avec dérision.

« Peut-être. Mais je ne veux pas imaginer ce qu'elle peut être forcée à faire. » dit-il froidement.

Harry se mordit la lèvre nerveusement. Il ne connaissait certes que très peu Pansy Parkinson, mais il savait qu'elle comptait énormément pour Draco. Il avait du être affreusement choqué, quoiqu'il en dise.

« Draco… » Il le saisit par l'épaule et l'incita à lui faire face. « Regarde moi. » Le serpentard releva les yeux avec réticence, révélant deux iris dépourvus d'émotions. « Ne fais pas comme si ça ne t'atteignait pas. Je sais que ce n'est pas le cas. » énonça lentement Harry, fronçant les sourcils.

« Et qu'est-ce que tu veux que je dise ? » siffla Draco, les traits soudain marqués par la colère. Il se dégagea violemment de la poigne du brun. « Que je n'arrive pas y croire ?! Qu'elle n'aurait jamais du se retrouver là-bas ? Que j'aurais pu l'en empêcher ?! » s'exclama-t-il, venimeux. « Que si je n'avais pas été aussi - aussi con, je lui aurais dit de ne pas partir, au lieu de rester là, sans rien faire, juste parce que c'était à elle de décider, pas à - moi … » Sa voix se brisa. Il ferma les yeux furieusement, tournant le dos à Harry.

Le gryffondor s'approcha malgré tout, et l'entoura de ses bras. Le blond se tendit, mais Harry ne relâcha pas l'étreinte, la resserrant au contraire. Draco expira fortement, décontractant finalement ses muscles.

« C'était ma meilleure amie. » dit-il, la voix rauque.

« Elle n'est pas morte Draco. » murmura tristement Harry.

Le serpentard ne répondit rien. Il s'appuya un peu plus lourdement sur le brun.

oOoOoOoOoOoOoOo

Harry rejoignit lentement sa salle commune, morose. Il avait proposé à Draco de le retrouver le lendemain pour un autre entraînement improvisé, ce que le serpentard avait accepté avant de disparaître en direction des donjons.

Le jeune homme n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire pour réconforter le blond. Ce dernier avait décidé de ne rien dire à Blaise avant d'en savoir plus. Harry coopérerait, à contrecœur. Il avait toujours détesté qu'on lui cache des informations de ce genre et se sentait mal de devoir en faire de même.

Ses pensées dérivèrent malgré lui vers Dumbledore, qui les convoquerait d'une minute à l'autre, concernant leur lien et sa possible destruction. Il espérait que l'Ordre ne le jugerait pas dangereux au final. Mais il se trouvait bien trop optimiste. Sans lien, ses entraînements avec Draco deviendraient inutiles… Une boule d'anxiété se logea dans son ventre. Il s'était attaché à ces moments.

Il retrouva avec soulagement Ron et Hermione, qui l'avaient visiblement attendu, inquiets. Il leur exposa brièvement la situation, se sentant mieux rien qu'au regard calme et attentif de sa meilleure amie.

« … Mais… Je ne comprends pas, il devait bien envisager quelque chose de ce genre non ? » demanda prudemment Ron. « On savait tous qu'elle était partie pour devenir mangemorte. »

Hermione se redressa dans son fauteuil, poussant un soupir.

« Ron. Malfoy est l'un des seuls serpentards à s'être rangé de notre côté. Il va devoir faire face à toute sa famille. Pansy est sa meilleure amie, et ils vont peut-être devoir s'affronter un jour. Tous ceux qu'il - aime, sont désormais contre lui. C'est comme une… une sorte de trahison, de la savoir partisane. » développa-t-elle.

Harry baissa les yeux. Je crois que le pire, c'est qu'il est seul. Abandonné, pensa-t-il. Blaise ne sait même pas ce qu'il va faire après Hogwarts...

« Je ne pense pas que tu puisses faire grand-chose Harry. » déclara finalement Ron, après quelques secondes de silence. « Il faut juste… Attendre, j'imagine. »

« Je suis d'accord. » approuva Hermione. « Sois simplement présent. Tu ne peux rien changer à la situation. »

« Je sais. » soupira le brun. « C'est juste qu'il arrive toujours à me remettre les idées en place. J'aimerais bien en être capable aussi. J'ai l'impression qu'il se sent coupable pour Pansy… »

« Je suis sûre que tu trouveras un moyen de l'aider. » le rassura Hermione, passant un bras autour de ses épaules.

« Ouais… » dit-il sans grande conviction, reposant sa tête contre elle. « J'espère. Vous en êtes où des recherches sur Malfoy ? »

« Pas grand-chose. Ce n'est pas comme si on pouvait demander à Dumbledore s'il savait où trouver Lucius Malfoy. » grimaça la jeune fille.

« On a identifié le sort qu'il a lancé sur Malfoy - euh, Draco - grâce à ce que tu nous as dit. » continua Ron. « Et effectivement, la seule solution c'est qu'il annule le sort, ou que son fils meure. Sinon on n'aura jamais d'informations sur votre lien. »

« Son père n'annulera jamais le sort… » soupira Harry. « Mais si on n'apprend rien de plus, l'Ordre va détruire le lien. »

« Tu peux toujours tuer Malfoy. » rigola le roux.

« T'es con. » renifla Harry, un sourire luttant sur ses lèvres.

« Surtout que ça nous servirait vachement, les infos, s'il était mort. » fit remarquer Hermione en roulant des yeux.

« Vous n'avez pas d'humour. » se moqua Ron.

« Ça doit être ça. » rétorqua le brun, amusé, lançant un mince jet de flammes vengeur vers son ami. Le roux le stoppa cependant en récupérant le feu dans sa paume. Harry haussa les sourcils. « Tu t'es amélioré depuis la dernière fois. » constata-t-il.

« Fallait bien. » grimaça son ami. « Mon sourcil a toujours pas fini de repousser. » remarqua-t-il piteusement.

« Vous devriez utiliser vos éléments avec plus de prudence. » reprocha Hermione. « Le feu est le plus volatile. Ne venez pas vous plaindre quand vous aurez des problèmes à cause de ça. »

« C'est pas comme si on avait incendié une salle 'Mione. » la taquina Ron.

« C'est pas l'envie qui manque pourtant. » grimaça Harry. « Je crois que la nouvelle déco de Trelawney m'a traumatisé »

« C'est vrai que c'est… » commença le roux, cherchant ses mots.

« Flashy » frissonna le brun.

« Chargé » ajouta Ron.

« Étouffant tu veux dire » rectifia Harry. « Et les rideaux et les voiles retiennent l'odeur du thé, de l'encens, et de tous les trucs qu'elle peut faire brûler et dont je ne veux pas connaître le nom. »

Les deux garçons se turent un moment, avec commisération. Ron vint appuyer sa tête sur l'épaule libre d'Hermione, qui leva les yeux au ciel.

« Je crois qu'arrêter la divination a été la plus sage décision de toute ma vie. » songea-t-elle à voix haute.

Ses deux amis acquiescèrent de concert. Elle ne put que sourire à leurs expressions. Ils maintinrent un moment leur position, puis la brune bailla, et repoussa faiblement les garçons.

« J'suis fatiguée. Debout ! Vous êtes lourds ! » geignit-elle.

Ron grogna, peu coopératif. Harry se redressa et s'étira lentement.

« Tu as raison. » marmonna-t-il. « Je vais me coucher. Bonne nuit. »

« Bonne nuit 'Ry » grommela le roux, Hermione se contentant d'un sourire avant de tenter de déloger Ron. Lorsque ce dernier entra dans son dortoir quelques minutes plus tard, son meilleur ami dormait déjà à poings fermés.

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Draco se réveilla péniblement le dimanche matin. Il demeura une bonne demi-heure entre ses draps, peu résolu à se lever. Il grogna finalement en passant une main fatiguée sur ses yeux, et s'assit. Il ouvrit les rideaux d'un mouvement de baguette, un rayon de soleil vint illuminer sa chambre.

Il s'extirpa calmement de son lit, attachant un drap autour de sa taille, puis, un verre d'eau à la main, alla s'accouder à la fenêtre. Il cala son menton sur sa paume, les yeux perdus au loin. Il se sentait vide.

Il ne pensait plus à rien. C'était peut-être mieux ainsi. L'apathie glacée qui avait pris possession de lui l'empêchait de ressentir trop intensément. Il adoptait souvent ce mécanisme de préservation.

Une volute d'eau vint soudainement effleurer son poignet. Ses yeux tombèrent sur le bracelet qu'Harry lui avait offert. Il esquissa un fin sourire. Il n'y avait que le gryffondor pour le sortir de son détachement. Comme la veille, un court instant. Il avait été pitoyable.

L'amertume déforma son sourire. Il regagna sa salle de bain d'un pas lourd. Le miroir lui renvoya l'image de son visage et son corps pâles, de ses yeux obscurcis. Il se trouvait affligeant à pleurer. Il porta presque inconsciemment la main à l'éclair doré sur sa clavicule. Puis il laissa retomber son bras, inspirant avec dérision. Il ne se permettrait certainement pas de se reposer sur Harry. Il ne pourrait jamais se le pardonner.

Il entra sous la douche en espérant ne pas croiser Blaise de la journée. Il devrait simplement éviter les repas de la Grande Salle, supposa-t-il. Il se sécha et s'habilla négligemment, puis sortit avec l'intention d'aller se perdre dans le verger peu fréquenté de l'école.

Il fut pourtant interrompu dans sa quête. Il se heurta à quelqu'un au détour d'un couloir, et leva des yeux agacés, qui virèrent rapidement vers l'étonnement.

« Professeur Lupin ? »

Rémus fut très certainement surpris à la vue de son ancien élève, autrefois toujours impeccable, aujourd'hui vêtu d'un jean et d'un t-shirt moldus froissés, les cheveux à moitié ébouriffés, les yeux légèrement cernés. Il remarqua un étrange bracelet à son poignet, semblant fait de liquide en mouvement constant, et haussa les sourcils. Il venait d'en voir un autre semblable sur Harry. La situation avait dû changer depuis la dernière fois qu'il était venu à Hogwarts.

« Monsieur Malfoy. » salua-t-il d'un mouvement de tête. « J'allais justement vous chercher. »

Draco fronça imperceptiblement les sourcils, déstabilisé, et attendit que l'homme s'explique.

« Dumbledore souhaite que vous le rejoigniez dans son bureau. » expliqua Lupin.

Le serpentard sentit une sueur froide dévaler son dos.

« L'Ordre a pris sa décision, j'imagine ? » interrogea-t-il.

« Effectivement. » confirma son ancien professeur, d'une voix basse et apparemment déçue. Il incita Draco à le suivre, ce que celui-ci fit avec découragement. Il aurait dû se douter que ça ne pouvait pas être une bonne journée.

« Je voulais vous dire… » reprit Rémus, après avoir passé la gargouille menant au bureau. « J'étais contre la destruction du lien. Je comprends ce qui les pousse à la vouloir, en toute logique, mais je ne pense pas que ce soit une solution. »

Le serpentard hocha la tête, l'air absent.

« Aussi… Harry m'écrit souvent. Et je ne pensais pas pouvoir dire cela un jour, mais je crois que vous avez une bonne influence sur lui. » Draco leva des yeux. « Il semble enfin vouloir se battre pour lui-même. » développa le loup-garou, pesant ses mots. « Je ne pense pas que ce soit une coïncidence. Alors merci. »

Le blond opina du chef une fois de plus, étourdi.

Ils pénétrèrent dans le bureau et tombèrent sur un tableau peu commun. Le directeur était debout derrière son fauteuil, les professeurs Snape et Flitwick à ses côtés. Harry se tenait de l'autre côté de la pièce, les sourcils froncés et la mâchoire crispée, le poing droit serré et entouré de flammes. Le bureau de Dumbledore était noir de cendres, et susceptible de s'écrouler à chaque instant. Snape et Harry se fusillaient du regard; Dumbledore se massait les tempes avec lassitude, et Flitwick s'éloignait prudemment.

Rémus s'arrêta sur le seuil, bouche bée, et Draco ouvrit des yeux incrédules.

Le gryffondor tourna la tête à leur arrivée, et s'avança vers eux sans plus faire attention aux autres occupants. Il se posta aux côtés du serpentard et fixa un regard défiant sur le directeur.

« Monsieur Malfoy. » accueillit finalement Dumbledore. Il sembla envisager de les inviter à s'asseoir, puis se ravisa en constatant l'état branlant du mobilier. « Comme je l'expliquais à Harry, nous avons décidé de supprimer votre connexion. »

« C'est totalement stupide ! » s'écria brutalement le gryffondor. « Vous ne pouvez pas simplem- ! »

« Monsieur Potter » grinça Snape. « Votre avis nous importe peu pour l'instant. Nous nous efforçons de maintenir votre sécurité. Je crains que nous calciner ne soit pas une méthode de remerciement appropriée. » Les joues du professeur rougissaient dangereusement.

« Severus. » interposa calmement Dumbledore.

« Ça ne vous aurait pas atteint, je ne suis pas débile. » renifla fortement Harry, ignorant le directeur.

« On pourrait se le demander ! » aboya Snape, ayant visiblement craqué.

Le gryffondor vit rouge.

« Espèce de- ! »

Draco éclata de rire. C'était nerveux, mais la scène était trop improbable ; et cela eut le mérite de mettre un terme à la dispute. Harry se tourna vivement vers lui, interloqué. Il eut soudain l'air gêné. Les flammes autour de son avant-bras se concentrèrent sous la forme d'un fin bracelet bleu et blanc. Le brun posa une main sur l'épaule du serpentard, qui étouffait son rire derrière sa main.

Dumbledore se racla la gorge. Draco se calma rapidement, passant une main désabusée sur son front.

« Comment va-t-on s'y prendre ? » demanda-t-il finalement.

La main d'Harry se crispa sur son épaule.

« Le professeur Snape a préparé une potion que vous devrez boire. Elle annulera les possibles réactions de défense de votre lien. Ensuite le professeur Flitwick et moi-même prononcerons l'incantation visant à le diminuer et le couper. Monsieur Lupin sera là pour guérir vos possibles 'manques', les vides laissés par la perte de la connexion, visibles à ce moment-là. » expliqua Dumbledore.

Draco acquiesça.

« Ce n'est pas dangereux ? » persista Harry, anxieux.

« Draco devrait se sentir faible certainement, mais il ne devrait pas y avoir de problème conséquent. » intervint Flitwick. « Il faudrait que votre lien soit plus puissant que notre incantation pour que des répercussions physiques soient possibles ; et nous avons choisi l'enchantement le plus puissant qui soit. De plus nous serons deux à le performer. »

Le gryffondor acquiesça avec réticence.

« Quand voulez-vous… procéder ? » interrogea le blond, la gorge sèche.

« Dans la soirée. » annonça Snape, guettant ses réactions.

« Soyez là à 18 heures. » précisa Dumbledore.

Les garçons acquiescèrent, comme engourdis. Ils se retrouvèrent bientôt dans les escaliers, silencieux.

« J'arrive pas à y croire. » soupira finalement Harry.

« Que tu as cramé le bureau de Dumbledore ? Moi non plus. Mais j'aurais bien aimé voir ça. » le nargua Draco.

Le gryffondor interrompit sa marche, dévisageant le blond avec incertitude, puis sourit faiblement.

« Maintenant que tu le dis… Ça valait le coup d'œil. » Il émit un bref éclat de rire, secouant la tête. « Je n'ai même pas fait exprès. »

« J'imagine. Tu aurais quand même pu t'arranger pour viser sa barbe. Ce n'est plus possible. » déplora le serpentard.

« J'y penserai la prochaine fois. » lui accorda Harry, luttant pour garder le sourire. « Tu sais… Si je pouvais changer leur décision, je - »

« Ça nous dépasse Harry » le coupa Draco. « On ne maîtrise rien. Tout ce sur quoi on se base… C'est purement instinctif. J'imagine qu'ils ont raison, au fond. »

« Mais… » Le brun enfonça ses mains dans ses poches nerveusement. « Ce n'est pas que je veuille continuer à t'infliger mes blessures, loin de là. Je n'ai jamais vraiment voulu partager ce lien après tout. Mais je - » Il fronça les sourcils. « Je le sens mal. J'ai vraiment un mauvais pressentiment. »

Le serpentard le contempla un moment, ne laissant rien transparaître.

« Je ne suis pas rassuré non plus… Mais j'imagine qu'ils ont pris toutes les précautions possibles. » répondit-il finalement. « Je voudrais juste qu'ils abandonnent leur projet. Ce qu'ils ne feront pas. Ça ne sert à rien de tergiverser. » conclut-il, reprenant sa marche.

Harry le regarda s'éloigner, confus et peiné. Il le rattrapa en quelques enjambées, et glissa ses bras autour de sa taille, le stoppant net.

« Tu sais. » murmura-t-il, le visage contre son omoplate, « ça ne change rien. » Il expira longuement, indécis. « Ne t'éloigne pas. »

Le blond se dégagea et se retourna, les yeux tristement vides.

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? » demanda-t-il, le ton neutre.

« … Que tu me fasses assez confiance pour me montrer que ça ne va pas » répondit Harry d'une voix calme, le fixant sans détourner le regard.

Draco sentit un vague frisson lui parcourir l'échine. Il cilla.

« Soit. » Il déglutit difficilement et admit finalement, les mots lui écorchant la gorge. « Je vais horriblement mal. » Il baissa les yeux. « Je crois. Je suis fatigué. J'ai l'impression que… Je souffre tellement que ça m'engourdit. Que je n'arriverai jamais plus à ressentir quoique ce soit. » Il renifla avec ironie. « C'est stupide pas vrai ? Je dois être tombé plus bas qu'une poufsouffle qui vient de se faire jeter. J'arrive pas à croire que je dis des choses pareilles. » Il porta ses mains à ses tempes, blasé. Harry les intercepta, attirant son attention et l'étonnant vaguement. Il récupéra ses mains et les enfouit dans les poches de son jean, nerveux. « Alors, tu as une solution miracle ? » s'enquit-il, un rictus narquois aux lèvres, les iris emplis d'une sinistre détresse.

Harry se tut quelques secondes, puis lui offrit un surprenant et affectueux sourire.

« Pour commencer, je crois qu'on a besoin de chocolat. D'un énorme gâteau au chocolat. » déclara-t-il.

Il y eut un grand moment de silence. Draco le regarda d'un air éberlué. Puis il cligna lentement des yeux, et un mince sourire finit par se dessiner sur son visage.

« Tu sais quoi ? » Il passa pensivement sa langue sur ses lèvres. « Je crois que ce n'est pas une mauvaise idée. »

Le gryffondor rit avec soulagement et enroula un bras autour de ses épaules, l'entraînant vers les cuisines. Son bras ne s'appuyait quasiment pas, et sa présence, son soutien symbolique, apaisait la peine acerbe qui lui bouffait l'intérieur. Il n'y avait pas de recette miracle, mais qu'est-ce qu'Harry aurait pu lui dire d'extraordinaire à la place ? Que tout allait s'arranger ? Ça aurait été risible. Et puis la perspective d'un chocolat doucement amer le séduisait toujours, il devait l'avouer.

« C'était quand même déloyal de m'appâter comme ça. » grogna Draco, pour la forme.

« Mais non. » éluda le brun, désinvolte.

« Les gens normaux proposent plutôt deux ou trois bonnes bouteilles de Firewhiskey. » fit remarquer le serpentard.

« Tu aurais préféré ? » Harry arqua un sourcil, le regardant de biais.

Le blond fit mine de réfléchir quelques secondes, puis tourna légèrement son visage vers son acolyte.

« Je ne sais pas. C'est toujours l'excuse pour faire des choses que la morale réprouve… » répliqua-t-il finement.

Le souffle d'Harry s'accéléra brièvement, ce que Draco pouvait percevoir à cette distance, et il attacha de nouveau son regard droit devant lui.

« C'est dommage alors. » répondit-il finalement, retirant son bras des épaules du serpentard afin d'aller ouvrir les cuisines.

Le blond fixa le dos du gryffondor avec énormément de confusion et de questions. Question numéro un : les gryffondors étaient-ils capables de sous-entendus ? Il ferma les yeux et chassa la voix de Blaise de sa tête, agacé. Il n'osait interpréter les paroles d'Harry, mais…

« Draco ? Tu viens ? » Le gryffondor maintenait ouverte la peinture de la corbeille de fruits. Ses joues étaient vaguement rosées.

Le serpentard déglutit difficilement et obtempéra. Évidemment, il pouvait toujours compter sur Harry Potter pour lui faire oublier et reléguer tout le reste au deuxième plan.

A suivre…


Voilà pour ce chapitre. Il aurait du contenir plus de choses, mais je le sentais bien de l'arrêter là, et puis comme ça je peux poster maintenant et ne plus rallonger le délai. J'espère qu'il vous a plu, qu'il n'était pas trop « longué ».

Mel

Liste des musiques utilisées :

Sex machine - James Brown

Ready for the floor - Hot chip (ok, anachronisme, mais honnêtement, on n'est plus à un détail près )

Sleeping Beauty Waltz - Tchaïkovski

Symphonie n°9 - Beethoven (Hymne à la joie)