Chapitre 2 : Des amis inquiets.

Le lendemain, Rukia passa de bonne heure chez Ichigo pour espérer faire le chemin ensemble jusqu'au journal. Mais en frappant à sa porte, personne ne répondit. Elle se demanda si son ami était déjà partit et appela sur son portable. Elle entendit la sonnerie du jeune homme à travers la porte de son appartement. Elle resta un instant perplexe et fronça les sourcils. Quelque chose ne tournait pas rond! Ichigo était un garçon routinier, qui n'oubliait jamais son portable, toujours à l'heure et qui répondait toujours lorsqu'il était chez lui. Rukia connaissait par chance le numéro de la porte de l'immeuble mais ne possédait pas de double des clefs de son appartement. Ichigo lui en avait prêté un double lorsqu'il avait eut cette dispute avec Aizen, plusieurs mois auparavant, pour que Rukia puisse venir le soutenir à tout moment. Mais le jeune homme avait repris les doubles depuis. Rukia se maudissait de ne pas les avoir gardés au moment où elle entendit la voix d'Ichigo de l'autre côté de la porte :

_Allez-vous en!

La voix était trainante, lointaine, presque éteinte. Rukia sentit son cœur faire un bond.

_C'est moi, Rukia! Ouvre!

_Je ne vais pas travailler aujourd'hui!

Elle entendit des pas, ce qui signifiait qu'Ichigo était repartit et que la conversation était close. Les yeux tristes et la tête basse, Rukia s'en alla. Elle ne put s'empêcher de raconter la détresse de son ami à Renji et Shuuhei. Ces deux derniers furent encore plus inquiets.

_Ca sent pas bon, nota Renji en fermant les yeux. Vous vous souvenez de la dispute avec Sosuke il y a plusieurs mois?

_Oui, je te signale que c'est moi qui me suis occupée d'Ichigo! Lui rappela Rukia.

_Vous vous rappelez ce que j'avais trouvé dans la salle de bain d'Ichigo un jour?

Shuuhei plaqua sa main contre sa bouche d'effroi. Ils y avaient trouvé des boîtes de médicaments par dizaines, et ce genre de médicaments ne laissaient pas de deuxième chance à ceux qui en dépassait la dose!

_J'ai jeté tous ces médocs! S'exclama Shuuhei. J'ai pris bien soin de tous les dégager!! J'ai même fouillé partout, sous son lit… partout!!

_Quoi, vous croyez vraiment qu'il va… qu'il va…? Demanda Rukia en ouvrant de grands yeux.

Mais les deux autres ne lui répondirent pas, leur regard étant attiré par quelqu'un derrière la jeune femme. Rukia se retourna et aperçut la silhouette grande et fière d'Aizen disparaître dans son bureau.

_Il fait ses cartons, commenta Shuuhei, il part…

_Alors c'est vrai, hein? Demanda Renji en soupirant. Ce salaud se barre! Et il quitte Ichigo comme ça? C'est pathétique…

_D'après ce que j'ai entendu, reprit Shuuhei, c'est Ukitake qui va prendre la direction temporairement?

_Oui, acquiesça Rukia, en attendant que la propriétaire du journal trouve un autre directeur!

_Mais… qu'est-ce qu'ils vont faire d'Ichigo? Demanda Renji. Ils ne vont pas le virer quand même? Pas après ce qu'il a vécu!

_Je ne sais pas…

Les trois amis échangèrent un regard encore plus inquiet. Si Ichigo perdait son travail en plus, il sombrerait définitivement! Il ne fallait pas que ça arrive! Rukia décida de prendre les choses en main et d'en savoir un peu plus. Par chance, son patron, Jyuushiro Ukitake était celui qui allait diriger le journal temporairement, et par chance également, elle s'entendait très bien avec lui, le voyant comme un père.

_Dites, je peux vous poser une question?

Elle entra timidement dans le grand bureau écru d'Ukitake. L'homme aux longs cheveux blancs la regarda avec un sourire amical. Tout était si doux chez lui, réconfortant, réchauffant…

_Mais oui, ma petite Rukia! Répondit-il d'un ton léger.

_Est-ce que… est-ce que Ichigo va perdre son travail?

Ukitake fronça les sourcils. Il joignit ses mains sur son plan de travail et se racla la gorge bruyamment :

_Pourquoi dis-tu cela? Demanda-t-il. Pourquoi Ichigo perdrait-il son travail d'assistant?

_Je ne sais pas! C'était bien Aizen qui l'avait embauché, non?

_Oui, c'est vrai, affirma Ukitake avec un sourire léger, mais pour l'instant Ichigo conserve son poste.

Rukia baissa les yeux.

_Pour l'instant, répéta-t-elle, je vois.

_Ichigo vit pas mal de choses compliquées, hein? Demanda l'homme plus âgé. Et en temps qu'amie, tu t'inquiètes pour lui? C'est très gentil, je suis sûr qu'Ichigo sait combien il a de la chance d'avoir de tels amis!

Rukia se sentit un peu mieux en entendant les paroles de son patron. Ses yeux marines rencontrèrent les yeux profonds et noirs d'Ukitake. Et même s'ils étaient sombres comme la nuit, une étrange lumière y régnait, une lumière chaude, salvatrice et amicale.

_Mais s'il y a un nouveau directeur, reprit Ukitake, je ne peux pas te garantir qu'il gardera Ichigo. Peut-être voudra-t-il choisir lui-même son assistant?

Rukia soupira et acquiesça d'un signe de tête, elle s'était attendue à une telle réponse.

_Je vous remercie pour votre franchise, dit-elle en se retournant vers la porte.

_Ichigo est absent, n'est-ce pas?

Rukia s'arrêta et se retourna, stressée.

_Oh ne t'en fais pas! Lança Ukitake avec un clin d'œil. Je ne compte pas lui faire de remontrance, je ne suis pas, moi non plus, un saint! Mais je veux juste savoir s'il va bien et quand il reviendra!

_En fait, pour tout dire, je ne sais pas s'il va bien. Je crois qu'il va mal… Et je ne sais même pas s'il reviendra travailler…

Ukitake laissa passer une expression de surprise et d'inquiétude sur son visage. Il acquiesça d'un signe de tête et Rukia sortit de son bureau et sentit deux personnes la tirer par le bras.

_Alors? Qu'est-ce qu'il a dit? Demanda Renji, précipitamment.

_Allez, dis tout!! La pressa Shuuhei.

Devant le silence de Rukia, ils comprirent que Ukitake n'avait pas pu rassurer la jeune fille.

_Ca sent pas bon, ajouta Renji.

_Il dit que le prochain directeur décidera de son sort…

_Alors prions pour que le nouveau directeur soit comme Ukitake!! S'écria Renji.

_Ouai… On peut pas rêver meilleur patron, hein, Rukia?

_Lache-moi avec ça, toi! S'indigna la jeune fille.

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Ichigo resta au lit toute la journée, suçotant un bout de son drap bleu bruyamment. Les larmes continuaient de couler, presque inconsciemment. Ichigo ne les sentait même plus, il avait tellement pris l'habitude d'avoir les joues mouillées qu'il ne sentait plus rien! Son portable sonna plusieurs fois dans la journée mais il ne se leva même pas pour répondre. Vers dix-huit heures, il se décida tout de même à se lever, une envie pressante à soulager (oui, même avec tout ce qu'il a pleuré!! XD), et prit une douche bien chaude qui le fit un peu déconnecter de la réalité pendant plusieurs minutes. Lorsqu'il sortit de la douche, son portable se remit à sonner et cette fois-ci il s'approcha de l'appareil, dans son peignoir blanc et y découvrit un numéro qu'il n'avait pas en mémoire. Sans arrière-pensées, il répondit :

_Allô?

_Ichigo Kurosaki?

Ichigo fronça les sourcils en entendant la voix douce et légère au bout du fil.

_Oui, répondit-il, qui est-ce?

_Oh pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté! C'est Jyuushiro Ukitake, responsable de la partie « Finances internationales » du journal!

_Oh… Bonsoir.

_Oui, bonsoir. Pardonnez-moi encore, j'en oublie les politesses d'usage!

Ichigo eut un très léger sourire en entendant le ton de l'homme au bout du fil. Il se rappela son visage fin, ses yeux harmonieux et noirs, ses longs cheveux blancs et un sourire paternel…

_Que puis-je pour vous? Demanda Ichigo.

_Disons qu'ayant noté votre absence aujourd'hui, je me demandais quand vous reprendriez votre poste! Etant donné que je suis le directeur temporaire du journal, j'aime prendre des nouvelles de mes employés, surtout lorsqu'ils vont mal.

_Oh, merci, Mr Ukitake, de vous inquiéter. Ne vous en faites pas, je reviens dès demain au journal!

_Vraiment? Voilà qui est bon à entendre, lança joyeusement Ukitake. J'aurais besoin de vous et de votre savoir-faire. Je sais que vous êtes un employé très sérieux, Kurosaki, j'espère que nous aurons une collaboration fructueuse ensemble. Tout du moins pendant que je serai au poste de directeur.

_Bien sûr, répondit Ichigo, nous nous verrons demain pour en parler?

_Très bien, dit Ukitake. Je vous souhaite donc une bonne soirée!

_Merci, de même.

_A demain!

_A demain!

Ichigo raccrocha et resta quelques instants interdit. Ukitake était vraiment comme l'avait décrit Rukia : amical, plaisant, réconfortant et amusant! Il n'avait eut que peu d'occasions de connaître ce journaliste brillant! Il avait une admiration sans bornes pour lui. Il avait reçu tant de prix, et sa carrière de reporter en ferait pâlir plus d'un!

Le lendemain, Ichigo débarqua au journal vers 8h30, un peu plus tard que ses horaires habituelles. Il se dirigea vers la machine à café où Shuuhei, Renji et Rukia discutaient déjà. Ils furent ravis de le voir enfin de retour.

_Ca va, je ne suis resté qu'un jour chez moi! Leur lança Ichigo en prenant un café.

_Mais tu nous a manqués! Lui lança Shuuhei avec un clin d'œil.

_Ouai! Et puis j'en ai marre de me tapper tout ton boulot! Ajouta Renji.

Ils éclatèrent de rire et Ichigo rit de bon cœur. Rukia lui lança un regard inquiet :

_Tu es sûr que tout est rentré dans l'ordre?

_Disons que je m'y fais, répondit Ichigo. Je vais peut-être mettre du temps à cicatriser, mais le boulot m'aidera sûrement! Oh! Tiens, ton patron m'a appelé hier!

_Tu veux dire, notre patron rectifia Renji.

_Oui, Ukitake, acquiesça Ichigo. Il veut qu'on travaille ensemble, apparemment, il prend son job très au sérieux!

_Oh oui, il est très sérieux dans son travail, affirma Rukia en dodelinant de la tête. Mais c'est aussi un homme super cool! Il sera toujours à l'écoute, et il prend l'avis des autres très au sérieux également! C'est un homme génial!

_Dis, tu ne serais pas amoureuse, toi?! Lui lança Ichigo avec un coup de coude.

Rukia devint rouge pivoine et balbutia quelque chose comme « pasdutoutqu'est-cequevousallezchercherlà ».

A 9h, Ichigo se mit au travail. Il avait quelques petites choses à faire pour commencer, comme ranger le bordel que Renji avait laissé dans ses affaires! Il sourit en faisant le ménage, Renji était un ami excellent! Sans lui, son travail aurait prit un retard dingue! Il passa la matinée au téléphone, et juste avant d'aller déjeuner, se dirigea vers le bureau d'Ukitake pour lui transmettre certains messages importants :

_Je vous dérange? Demanda-t-il en frappant doucement à la porte.

Ukitake étira un large sourire et lui fit signe d'entrer.

Ichigo fut touché par la simplicité des lieux, un bureau si zen, si tranquille. Dans un coin, une petite fontaine laissait échapper des clapotis relaxant, un peu partout, des tableaux apaisant, des paysages verts et doux, à l'image de l'homme face à lui. Ce bureau contrastait fortement avec le bureau d'Aizen, constamment en désordre, aucune décoration, pas d'âme, aucune sensibilité…

_J'ai des messages importants, dit Ichigo en lui tendant plusieurs notes.

Ukitake les pris et les lut l'un après l'autre.

_Très bien, dit-il, je m'en occupe cette après-midi. Oh, Rukia est déjà partie déjeuner!

_J'ai vu, répondit Ichigo avec un sourire. De toute façon, je n'ai pas le temps, je retourne travailler…

_Très bien.

Le roux sortit du bureau de son supérieur et ne sentit pas le regard insistant qui le suivait. Il retourna tranquillement derrière son bureau, la rédaction étant vide à cette heure-ci. Une demi-heure plus tard, il sentit quelqu'un derrière lui et se retourna pour voir Ukitake, un sourire sincère aux lèvres lui tendre un sandwich :

_Tu ne vas pas te laisser mourir de faim, quand même?

Ichigo, incrédule, prit le sandwich qu'il lui tendait et murmura un « merci » gêné.

_Je suis impressionné par ta conscience professionnelle, Ichigo.

_J'ai besoin de ce travail. Enfin, je veux dire, sur le plan personnel c'est très important pour moi.

_Je vois.

Ichigo mordit dans son sandwich avec appétit. Il remerciait le directeur temporaire du regard et celui-ci appréciait de le voir manger avec appétit.

_Ichigo, il y a quelques petites choses dont j'aimerais parler avec toi. Des choses concernant des projets de Sosuke…

Ichigo déglutit avec difficulté. Il s'était attendu à ça, mais il n'avait pas vraiment prévu sa réaction, et comme il l'avait craint, son estomac s'était contracté au nom qu'Ukitake avait prononcé. Il ressentait encore quelque chose de très fort pour son ex-patron. Ichigo baissa les yeux d'un air coupable.

_Bien sûr, je comprendrais que cela te dérange et…

_Non, l'interrompit Ichigo, c'est mon travail et je me dois de vous aider!

_Très bien, accorda le plus vieux avec un regard inquiet.

Ukitake se retourna, près à retourner dans son bureau lorsqu'il s'arrêta et demanda :

_Que dirais-tu de dîner avec moi ce soir? Nous pourrions parler de tout ça tranquillement?

_D'accord, répondit Ichigo avec un sourire.

_En général je ne quitte pas le bureau avant dix-neuf heures…

_Moi non plus!

_Parfait! Alors, disons que l'on se retrouvera dans le hall aux environs de dix-neuf heures?

_Très bien.

Ukitake lui lança un dernier sourire et s'éloigna d'un pas léger. Ichigo le suivit des yeux jusqu'à le voir disparaître au coin d'un bureau. Il soupira et termina son sandwich sans penser à rien. C'était la première fois depuis plusieurs jours qu'il ne pensait à rien. Enfin, son calme fut de courte durée car les employés ayant fini leur pause déjeuner reprirent le travail et la salle de rédaction fut un vrai brouhaha comme à son habitude. Ichigo passa une après-midi banale comme d'habitude, pendu au téléphone d'un côté et naviguant entre le bureau d'Ukitake et celui de l'imprimerie pour la sortie du nouveau numéro du journal quotidien. Dans la salle de réunion, Renji et Shuuhei avaient rejoint un groupe de journalistes et s'étaient branchés sur le chaîne du câble dédiée aux finances et à la bourse pour suivre les actualités. Ichigo entendi lointainement plusieurs exclamations et des éclats de voix dans la salle mais n'y fit pas attention. Quand enfin vers 16h, quelqu'un vint poser une main sur son épaule, sa journée prit une toute autre tournure :

_Salut, mon amour!