Chapitre 2 : Potion de Serpentard
Disclaimer : Harry Potter, son histoire, ses personnages ne m'appartiennent pas (heureusement pour eux !) : ils sont la propriété de J. K. Rowling et de la Warner Bros (en ce qui concerne le film). Je ne fais que les emprunter à des fins non commerciales.
Ron lança sa plume sur la table d'un geste las et saisi le parchemin sur lequel il était en train de faire son devoir de Potions. En effet, Harry avait vu juste : Rogue les avait retenu à la dernière minute pour leur donner un essai à faire sur les propriétés de l'orchidée vénéneuse.
"J'ai l'impression que depuis que nous avons moins de matières, Rogue en profite pour nous donner deux fois plus de devoirs !" s'exclama-t-il en se laissant tomber dans le dossier de son fauteuil.
Hermione lui jeta un regard sévère, avant de replonger dans son propre devoir, déjà deux fois plus long que la longueur demandée.
"Tu sais bien que les élèves de sixième année sont spécialisés dans leurs matières. Il est donc normal que Rogue nous en demande plus." dit-elle d'un ton absent, relisant son parchemin.
Ron grommela quelque chose entre ses dents qui ressemblait fort à "Mais moi j'ai rien demand" et se remit à griffonner sur son devoir.
"Allons, Ron, vois les choses du bon côté !" dit Harry d'un air encourageant.
L'interpellé leva la tête vers lui, l'air sceptique.
"Au moins...Nous ne sommes plus obligés de prédire notre mort pour les devoirs de Trelawney !" poursuivit-il.
Il est vrai que depuis qu'ils s'étaient orientés pour leur ASPICs, Harry et Ron avaient abandonné leurs cours de Divination et d'Herbologie. Hermione avait en revanche gardé toutes ses matières, tout en se spécialisant en Arithmancie. Quant à Harry et Ron, tous deux avaient privilégié les cours de Défense contre les Forces du Mal.
Après encore quelques heures de travail, Harry s'étira paresseusement et jeta un dernier coup d'œil à son devoir de Sortilège avant de le ranger dans son sac. Jetant ce dernier sur son épaule, il se dirigea vers le dortoir des garçons, éreinté. Il lança un "B'nuit" vague en direction d'Hermione et risqua un clin d'œil discret à Ron, qui lui répondit par un timide sourire. Harry le savait, cela faisait des semaines que Ron essayait de se déclarer à Hermione, sans y parvenir. Il espérait que cette fois-ci, il réussirait à lui avouer ses sentiments ; il serait vraiment heureux pour eux. Cependant, alors qu'il ralentissait en montant les marches, il entendit et put même sentir le lourd silence qui s'était installé entre eux. Harry sut alors que cela ne serait pas pour ce soir. Soupirant, il finit de gravir les marches et parvint à son dortoir où Seamus, Neville et Dean étaient déjà profondément endormis. Il jeta son sac au pied du lit et posa sa cape sur le dossier de la chaise à côté de son chevet. Se déshabillant, il mit son pyjama et s'apprêtait à se mettre au lit, quand son regard se posa sur sa cravate, reposant sur cette même chaise. Pendant un cours instant, le vêtement ne lui parut pas avoir du tout la couleur or et rouge des Gryffondors, son esprit lui projetant un souvenir qu'il avait mis dans un recoin de sa mémoire. Mais maintenant, des bribes d'images lui parvinrent clairement, comme un vieux film qu'on rejouait sur un écran aussi ancien.
Harry fronça les sourcils et se pencha pour atteindre sa malle, sous son lit. Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne ne le surprendrait et ouvrit doucement sa valise. En allant chercher tout au fond de cette dernière, il en retira un long tissu, émeraude et acier : une cravate de Serpentard...
Harry essaya de rassembler les images fugaces de sa mémoire, mais elle semblait résolue à ne pas vouloir se souvenir de cette partie de sa vie. Pourtant, elle était tellement récente ; cette nuit où il a crut qu'il allait perdre la vie, quelqu'un l'avait sauvé. Mais il était inconscient et elle avait déjà disparue quand il s'était réveillé, trouvant seulement à ses côtés cette cravate de Serpentard. Dans l'espoir de découvrir un indice supplémentaire sur l'identité de cette personne, mis à part le fait qu'elle était à Serpentard - Harry eut un sourire amer - il porta inconsciemment la cravate près de son visage, espérant y distinguer un quelconque signe de reconnaissance, comme des initiales.
C'est alors qu'il ressentit une émotion étrange l'envahir, celle que l'on ressent lorsque l'on vit quelque chose de familier, quelque chose de lointain mais qu'on aimerait redécouvrir : là, à l'endroit où on nouait le tissu autour du cou, se dégageait une légère odeur de fleur. Harry était sûr que la seule fois où il avait senti pareille fragrance, c'était ce fameux soir d'octobre. Bien sûr, elle était aujourd'hui atténuée par une odeur d'herbe mouillée et d'air ambiant, mais elle était encore distinguable, comme dans sa première essence, pure et chargée d'émotions, chaude et fraîche à la fois. Harry se laissa emporter par le flot de sentiments qui affluait dans son cœur à ce moment, sans savoir pourquoi il les éprouvait.
A cet instant, il ne put s'attarder dans ses pensées plus longtemps car la porte du dortoir s'ouvrit, laissant rentrer un Ron plus que dépité. Harry se jeta sur son lit et feignit de dormir, ne voulant pas avoir à écouter les plaintes de son ami. Il l'avait, après tout, conseillé du mieux qu'il le pouvait - autant que sa médiocre expérience avec les filles le lui permettait - et jugeait qu'à présent, c'était à lui de jouer. En temps normal, il savait qu'il se serait levé pour aller encourager Ron, mais ce soir...son cœur battait encore trop vite pour qu'il puisse se comporter avec mesure. Il se retourna dans ses draps et, se calmant, il s'endormit en se promettant qu'il irait voir son ami le lendemain.
Alberforth Dumbledore agita sa baguette magique d'un geste souple du poignet, laissant apparaître la leçon sur le tableau noir. Il s'en suivit un grand silence dans la salle de classe, excepté le bruit des plumes parcourant les parchemins. Le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, s'assit à son bureau pour observer les élèves, ses mains croisées posées sur la table. Harry trouva que dans cette position, il ressemblait trait pour trait à Albus : tous deux émanaient d'une sorte de puissance, pouvant aussi bien être bienveillante que terrible, comme Harry en avait été témoin il y a quatre mois. En fait, les deux frères auraient été indifférenciables l'un de l'autre, si ce n'était que le directeur de Poudlard avait souvent cet éclat de malice dans les yeux, ce dont Alberforth était dépourvu.
Harry s'échappa dans ses pensées, laissant sa plume recopier la leçon sur les vampires à sa place, comme il l'espérait. Mais apparemment, ce n'était pas le cas, puisque Hermione, d'un grand coup de coude dans les côtes, lui montra furieusement de la tête son parchemin resté vierge. Harry soupira et se mit à recopier le cours d'un air absent. Il se demanda s'il réussirait un jour à mettre un nom sur le parfum qu'il avait senti la veille, question qui le harcelait depuis. Il s'étonna d'ailleurs qu'il ait réussi à dormir en étant dans un tel état. Finalement, il mit ce miracle sur le compte de l'épuisement, l'entraînement de Quidditch ayant été particulièrement rude la veille.
Après le déjeuner, les Gryffondors de sixième année se rendirent dans les cachots pour leur cours de potions, qu'ils avaient en double avec les Serpentards. Il semblait que Rogue prenait un malin plaisir à critiquer et ridiculiser les élèves du professeur McGonagall devant ceux de sa maison. En effet, ce jour-là, une nouvelle idée venait de germer dans son esprit. Faisant apparaître sur le tableau le protocole de préparation pour une potion de Révélation, Rogue se tourna vers ses élèves, un sourire mauvais difficilement dissimulé sur les lèvres.
- "Bien. Aujourd'hui, vous allez préparer la délicate potion de révélation. Comme je ne tiens à voir aucun dégât aujourd'hui - non que la vue de certains élèves sous l'effet d'une potion ratée me déplairait", dit-il en dirigeant son regard vers les rangs des Gryffondors, "je vais former des groupes de deux entre Serpentard et Gryffondor."
Les concernés se lancèrent mutuellement des regards de dégoût et de haine, mais Rogue continua, imperturbable.
- "Monsieur Longdubat, tâcher d'apprendre quelque chose cette fois-ci, vous irez avec monsieur Zabini. Weasley, avec Goyle. Miss Granger, à côté de Miss Parkinson. Monsieur Finnegan, avec Crabbe..."
Il continua ainsi sa répartition, sous les regards courroucés des élèves, furieux de devoir passer un cours avec une personne détestée. Harry savait depuis le début que Rogue lui avait réservé le pire, incarné sous le nom de...
- "Et enfin monsieur Potter", finit-il, un sourire machiavélique sur le visage, "veuillez vous asseoir à côté de monsieur Malfoy."
