Chapitre 5 : Sentiments troublés
Disclaimer : Harry Potter, son histoire, ses personnages ne m'appartiennent pas (heureusement pour eux !) : ils sont la propriété de J. K. Rowling et de la Warner Bros (en ce qui concerne le film). Je ne fais que les emprunter à des fins non commerciales.
La femme se précipita aux côtés de Harry, un verre d'eau dans une main et un médicament dans l'autre.
"Ah, Potter, vous êtes enfin réveillé ! Buvez-moi ça" dit-elle en lui tendant le verre "Ca va vous remettre sur pied après ces deux jours de sommeil."
Elle s'assura que Harry finisse son verre avant de disparaître aussi vite qu'elle était arrivée, lançant un regard entendu au directeur. Celui-ci, jusque-là resté en retrait le temps que Madame Pomfresh prenne soin de Harry, s'avançait maintenant vers le jeune homme. Harry n'avait pas parlé avec lui depuis la fin de l'année dernière, et il lui paraissait plus vieux que jamais, maintenant qu'il lui faisait face. Le temps semblait avoir finalement rattrapé le puissant sorcier, ses traits fatigués et cette lueur dans ses yeux vacillante. Il s'assit sur le bord du lit, à l'opposé de Ron et essaya de prendre un ton jovial, malgré l'inquiétude que trahissait ses yeux.
"Je suis content de voir que tu t'es réveillé, Harry" dit-il finalement. "La nouvelle a bien sûr fait le tour de l'école depuis que Miss Granger est revenue de l'infirmerie, et tes camarades Gryffondor te préparent une surprise-partie pour ton retour" informa-t-il.
Harry sourit en entendant que ses amis avaient été si concernés par son absence.
"Quoique ce ne soit plus une surprise puisque je te l'ai appris" ajouta Dumbledore d'un ton faussement pensif. "Mais je voulais te ménager une syncope devant tant d'agitation."
Harry décocha un large sourire devant le clin d'œil du directeur.
"Cependant", dit-il en reprenant un air grave "avant de te laisser rejoindre tes amis, je voudrais te poser une question."
Harry savait que Dumbledore n'attendait pas de réponse, mais il hocha quand même la tête, montrant qu'il avait toute son attention. A sa gauche, Ron se repositionna confortablement, également à l'écoute.
"Harry, te souviens-tu", commença-t-il "de ce que tu as ressenti lorsque tu étais là-haut, avant de tomber ?"
Harry réfléchit un instant, essayant d'assembler les pièces du puzzle de sa mémoire.
"...J'étais en colère...contre Malfoy" murmura-t-il, presque pour lui-même. "Je voulais savoir pourquoi il s'était comporté aussi étrangement ces derniers jours."
Le jeune homme s'attendait à ce que Dumbledore lui demande en quoi le comportement du Serpentard était inhabituel, mais il n'en fut rien. Il continuait à dévisager Harry à travers ses lunettes en demi-lune, les mains posées sur les genoux.
"Et puis il a vu le Vif d'Or derrière moi, il a foncé et j'ai eu à peine le temps de le voir passer à côté de moi que j'ai perdu connaissance."
Il y eut une pause. Harry hésita longuement avant de reprendre la parole.
"Je...J'ai ressenti beaucoup de trouble...mais je ne vois pas pourquoi...je tombais déjà, mais au fond de moi, il y avait ce sentiment, au-delà de ma conscience, et puis..."
Il ne termina sa phrase que dans son esprit : "ce parfum" qu'il avait reconnu, plus fort cette fois-ci, dans son entière essence.
Il lui semblait avoir capturé et gardé cette fragrance tout le long de sa chute. Et maintenant qu'une partie de ses souvenirs refaisaient surface, la présence de ce parfum était omniprésente dans son esprit. Cependant, il ne lui semblait plus y avoir qu'un élément le composant, mais deux. Car Harry avait finalement pu mettre un nom sur le premier ingrédient, la fleur, pour l'avoir reconnue parmi les nombreux parfums diffusés dans la classe de Divination, un soir de retenue. En effet, c'est alors qu'il devait nettoyer les boules de cristal qu'il vit les rangées de flacons utilisés par le professeur Trelawney pour parfumer lourdement la classe. Par jeu, il en avait senti le contenu et fit bientôt l'association avec le parfum de cette fin d'Octobre : du jasmin.
"Mais ce parfum a été associé à autre chose", pensa Harry "quelque chose de très sophistiqué, un peu poivré peut-être...reste à savoir d'où cette *%£&@ d'odeur provient ; elle arrive et s'en va sans prévenir..."
"Harry", l'interrompis Dumbledore "est-ce que c'est toi, qui te sentais troublé ?"
Ron parut ne pas prendre la question au sérieux, comme si elle paraissait absurde, mais Harry la considéra longuement.
"Non", répondit-il enfin. "Ce n'était pas mon sentiment."
L'esprit de Ron associa rapidement les idées à ce que venait de dire Harry.
- "Tu veux dire que...Tu-Sais-Qui était troublé ?" souffla-t-il, se remémorant la connexion entre son ami et le mage noir.
- "Non" répondit vivement Harry, qui n'avait pas une seule fois envisagé cette explication. "Ma cicatrice ne m'a pas fait mal" nota-t-il.
Dumbledore le dévisageait silencieusement, ses yeux bleus le perçant. C'est alors que Harry, captant ce regard céleste, vit en son esprit se matérialiser un autre regard aux yeux de glace.
"Draco Malfoy", murmura-t-il.
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- "Allez, Draco, viens faire la fête avec nous !" l'encouragea Crabbe.
- "Allez-y sans moi. Je sais que vous mourrez d'envie d'aller vous empiffrer. Je ne vous retiens pas." répondit froidement Draco.
- "Ce n'est pas tous les jours qu'on est à deux doigts de battre les Gryffondors !" remarqua Goyle.
Mais voyant le regard venimeux que lui lança le blond, il se rattrapa - ou du moins, essaya.
"Euh, non pas que cela ait quelque chose à voir avec toi, Draco ! Tout le monde sait que tu es le meilleur joueur de l'équipe !" dit-il maladroitement.
Draco décida de ne pas relever la réplique et retourna indifféremment à son activité première : le rangement de sa garde-robe.
"Vous voyez bien que je suis occup" dit-il sans adresser un seul regard à ses camarades.
Crabbe et Goyle surent par ce ton sans réplique que la discussion était finie. Ils haussèrent donc les épaules et se précipitèrent dans la salle commune, espérant que les autres Serpentards n'aient pas tout mangé.
Une fois la porte refermée, Draco s'interrompit dans son geste. Il plia sommairement la chemise qu'il tenait et la posa sur un fauteuil non loin. Enfin seul comme il le souhaitait, il se laissa tomber les bras en croix sur son lit. Quelques heures s'étaient écoulées après le match de Quidditch, mais beaucoup de choses avaient traversé l'esprit du Serpentard, sans qu'il puisse les saisir pour autant - en tout cas pas aussi facilement qu'il avait rattrapé Potter, pensa-t-il avec ironie.
"Rattraper Potter", répéta-t-il avec dégoût. "Aurais-je pris l'habitude de lui sauver la vie à chaque fois ? C'est répugnant ! Je ne veux pas devenir un des valets de Saint Potter !" cracha-t-il.
Cependant, l'expression de sa haine envers le Gryffondor ne répondait pas à la question qu'il refusait toujours de se poser : pourquoi avait-il fait cela ? Cette question semblait valoir pour beaucoup d'autres choses aussi. Le jeune homme savait que lorsqu'il avait sauvé le Gryffondor, ce soir près du lac, il avait agit par intérêt, élaborant un plan selon lequel tout le monde aurait su qu'il avait sauvé la vie de Harry Potter. Ce dernier, mort de honte, aurait du montrer sa reconnaissance envers le Serpentard en effectuant des tâches qu'il aurait élaborées. Mais là où son plan si génial trouvait sa faille, c'est qu'il n'avait pas prévu qu'il aurait à faire du bouche-à-bouche à son ennemi, quoique cela ne change pas beaucoup de choses.
"En fait, si, ça change tout." murmura Draco.
Et la réalisation de ce fait bouleversait toutes les données du jeu : ce fut lorsque les lèvres du Serpentard goûtèrent à celles de sa Némésis que tous ses projets s'évanouirent. Bien sûr, il n'en avait pas encore pris conscience à ce moment-là, mais seulement bien plus - trop - tard.
Draco ferma les yeux, et le souvenir de cette nuit surgit dans son esprit, clair comme au premier jour ; il pouvait ressentir le vent frais qui soufflait, entendre le bruit de l'eau qui s'écoulait, sentir l'odeur de l'herbe...et celle du Gryffondor. Non pas qu'il ait un parfum particulier - Draco était certain qu'il n'en portait pas - mais il avait une odeur unique : celle du vent que l'on rencontre seulement lorsqu'on est à haute altitude, et qui fouette le visage lorsqu'on accélère sur son balais ; une odeur violente et glacée, mais en même temps pourvue d'une note sucrée, comme un bonbon qui mettrait de bonne humeur dès qu'on l'avalerait, parce qu'il nous rappellerait une enfance rassurante et protégée.
"Mais qu'est-ce qui m'arrive ?!?" hurla presque Draco, se couvrant le visage avec les mains.
Il soupira et se releva, avant de se mettre à arpenter sa chambre de long en large, passant de temps en temps une main fébrile dans ses cheveux, signe chez lui de grande nervosité.
"Réfléchis en Malfoy que tu es, Draco. D'abord, tu sauves Potter des eaux, pensant bien faire - dans le mauvais sens du terme bien sûr - mais cet imbécile ne se réveille pas, et là, tu l'embr...lui fais du bouche-à-bouche." raconta-t-il à mi-mots. "Finalement, il se réveille, recrachant de l'eau et finissant de pouiller ta nouvelle robe par la même occasion. Mais là, tu es pris de court, tu ne te vois pas en train de lui expliquer - ou à qui que ce soit d'autre d'ailleurs - comment il en est arrivé là, alors tu fuis, juste après avoir lancé des étincelles rouges pour qu'un professeur le repère. Résultat : un plan brillant tombé à l'eau -c'est le cas de le dire - une nouvelle robe à la poubelle, et un mini balafré qui hante ta tête jour et nuit !!" conclut-il rageusement. "Bravo, Draco, ingénieux, vraiment. La prochaine fois, j'irai demander à Weasley de me prêter mille gallions, ou à Goyle de me faire une dissertation sur "La Magie : une force transcendantale", ça me paraîtra déjà moins stupide !!!" se lamenta-t-il.
A force de passer la main dans ses cheveux, ils étaient à présent tout décoiffés, mais même s'il s'en aperçut, il ne s'en préoccupa pas. Faire le tour de sa chambre lui donnant mal à la tête, il s'assit dans un fauteuil qui faisait face à la cheminée - la seule de toutes les chambres de préféts-en-chef (on est Malfoy ou on l'est pas !) - et continua à remuer ses idées.
"Ensuite, il y a eu ce cours de Potions" bougonna-t-il, la joue dans la main. "J'étais autant en colère contre Rogue pour m'avoir collé Potter en partenaire que contre Potter pour m'avoir détruit une autre robe ! ... Alors pourquoi me suis-je vengé sur Rogue au lieu de Potter ? Bingo, Malfoy ! Là est tout le problème !!" s'exclama-t-il, au bord de l'hystérie.
Cependant, un autre aspect du problème lui apparut, et il reprit un air grave.
"Et il y a cette potion ratée...J'ignore quel effet elle a précisément eu sur moi et Potter, mais elle en a eu un..."
Il fit une pose et dans son esprit, un pan du voile se leva.
"Car tout à l'heure, ce n'est pas moi qui ressentait toute cette colère..."
