Partie 3
Ce soir-là, Don arriva plus tôt à l'appartement de Danny. Il prépara un bon repas pour se faire pardonner. Il avait gaffé, mais Danny ne lui en voudrait pas éternellement. Quoi que… Comment savoir comment réagissait un Daniel Messer blessé dans son amour propre? Aussitôt arrivé, Danny prit une douche et s'installa le plus confortablement possible sur le divan. Don s'assit sur le fauteuil, préférant garder une distance raisonnable.
— Externes, finit par prononcer faiblement Danny, gêné.
— Quoi?
— Elles sont externes.
— OK.
— Et je n'ai jamais consulté de médecin. Il doit faire un toucher rectal et je refuse de me faire insérer un doigt.
— J'ai déjà inséré beaucoup plus à cet endroit là, remarqua Don pragmatique.
— C'est pas la même chose. T'es pas un inconnu qui fouille en moi.
— Ça t'arrive souvent?
— Cinq ou six par années.
— C'est beaucoup trop. C'est toujours aussi douloureux?
— D'habitude, c'est mieux que maintenant. Mais cette fois-ci, on dirait que ça ne passe pas. C'est dur au toucher et il y a plus de sang que les autres fois.
— C'est peut-être pour ça que t'es aussi fatigué. Tu veux que j'appelle Sheldon?
— J'ai pas vraiment le choix. C'est ses doigts à lui ou ceux d'un inconnu.
— Je m'en occupe. Repose-toi, ajouta Don en déposant un baiser sur le front de Danny.
* * * * *
Sheldon examina minutieusement Danny, qui n'en menait pas large. Il prit quelques notes, consulta un livre, puis s'adressa à nouveau à Danny.
— Tu prends quoi pour la douleur?
— Des Tylénols.
— OK. Avec Don, tu pratiques le coït anal?
— Sheldon!
— Je dois savoir. Désolé.
— Oui, murmura Danny, encore plus gêné.
— T'as pas à avoir honte. Vous formez un beau couple. Évite peut-être ce genre de rapport pour un certain temps. J'vais te donner d'autres conseils, ça devrait t'aider à prévenir les crises pour les prochaines fois. Tu dois consommer plus de fibre pour éviter la constipation. Boire beaucoup d'eau et éviter le café.
— Don m'a déjà tout dit ça.
— Parfait, il est de bon conseil. Écoute-le.
— Ouais.
— Essaie d'aller à la selle régulièrement, ne te retiens pas et ne retiens pas ton souffle en forçant. Ne reste pas assis trop longtemps sur la toilette, ce n'est pas bon pour ton anus, ça relâche les muscles, donc tu feras ta lecture ou tes mots croisés au salon.
— Parfait, merci.
— J'ai pas encore fini.
— Bon sang, t'es pire que Flack!
— Pourquoi tu m'impliques? Je respecte ma part du contrat. J'assiste à l'entretien, j'écoute les recommandations et je reste muet.
— J'trouve ta phrase pas mal longue pour un muet, s'exclama Danny.
Don fit signe de se fermer sa bouche à l'aide d'une fermeture éclair.
— Don fait très bien d'écouter, reprit Sheldon. J'ai plus confiance en lui pour suivre mes ordres.
— Sheldon, j'promets de t'écouter, y a trop en jeu. J'aime Don, je ne peux pas le priver indéfiniment de cette partie de mon anatomie.
— OK, ça me rassure. Alors, termine ta douche avec un jet d'eau chaude pour être certain de tout nettoyer. Évite les frottements avec une serviette, éponge doucement, à la place. De plus, après chaque selle, il faudra que tu te laves soigneusement. Tu peux utiliser les petites lingettes vendues en pharmacie.
— OK. T'as fini, maintenant?
— Dernières indications, c'est pour lorsque tu fais une crise. Bains de siège pendant une dizaine de minutes, quatre fois par jour, avec de l'eau chaude.
— J'ai déjà acheté le bain, intervint Don, tout content.
— Bravo. Combine aussi avec l'application de sacs de glace.
— J'ai aussi acheté le truc qui gèle.
— T'as réponse à tout ! Si tous mes patients étaient aussi dociles que Don, je serais encore médecin. Si la douleur est trop intense, reste allongé quelques heures.
— Rassure-toi, Sheldon, je vais veiller sur lui.
— Une dernière chose avant qu'je parte. Je dois pratiquer une petite incision pour réduire le caillot sanguin.
— QUOI!
— Évidemment, si t'avais pas souffert en silence aussi longtemps, on n'en serait peut-être pas là. Mieux vaut prévenir que guérir.
— Je sais.
Sheldon pratiqua sa petite intervention et laissa les deux amoureux en tête-à-tête.
* * * * *
— C'est douloureux ? Questionna Don.
— À ton avis?
— T'as besoin de quelque chose?
— T'as encore le petit coussin que t'as acheté?
— J'te l'apporte tout de suite.
— Merci. J'suis désolé, Don, j'voulais pas être désagréable.
— Pas de problème.
— Tu penses qu'on a franchi une nouvelle étape dans notre couple ? demanda Danny en s'asseyant délicatement.
— Je pense. Et une étape très importante. J'ai regagné ta confiance ou pas?
— Tu l'as jamais vraiment perdu. En fait, j'trouve ça plutôt flatteur d'avoir un amoureux qui surveille mes arrières…
* * * * *
Un mois plus tard
— T'es vraiment sûr Danny? C'est c'que tu veux?
— Certain!
— T'auras plus autant d'intimité.
— Je n'en ai plus autant besoin, tu connais tous mes secrets.
— Alors, oui, j'accepte qu'on vive ensemble.
— On va devoir fêter ça, mon Donnie chéri.
— Je t'invite au resto.
— J'aimerais mieux qu'on fête ça en toute intimité… dans la chambre à coucher.
— T'as une idée en tête? Questionna malicieusement Don.
— Ça fait plus d'un mois qu'on n'a pas eu de relation complète. J'pense que mon corps est suffisamment remis.
— J'vais vérifier ça. J'ai vu Sheldon te faire un toucher, j'vais m'assurer à mon tour que tout est en bon état de marche.
— Alors, Docteur Flack, qu'attendez-vous pour passer à l'action?
— Suivez-moi! Que je vous montre le chemin qui conduit au plaisir!
Don guida amoureusement Danny vers le lit, l'enlaçant de ses bras musclés, alors qu'ils échangèrent un baiser fiévreux et passionné. Il déplaça ensuite sa bouche vers le lobe de l'oreille de son partenaire, qu'il mordilla tout doucement. Le rire Danny créant un écho de bonheur dans la pièce. Les dents cédèrent le pas, poussées par une langue gourmande, avide de s'émoustiller à son tour. Le scientifique s'écroula sur le lit, le corps rapidement recouvert par celui de son amant.
Lentement, Don entreprit d'ouvrir la chemise de son homme en détachant un bouton à la fois. N'y tenant plus, Danny se saisit de la chemise de Don et l'ouvrit d'un geste brusque, envoyant voler dans tous les coins les petits objets circulaires, maintenant bien inutiles.
— Chéri!
— Contente-toi de suivre mon exemple.
— On a tout notre temps, inutile de se presser.
— Tu veux que ton pantalon subisse le même sort?
— Pas vraiment.
— Alors grouille ! J'ai besoin de sentir et de toucher ta peau.
— C'est comme si c'était fait.
En moins de temps qu'il ne fallut pour l'écrire, Don et Danny se retrouvèrent entièrement nus, allongés l'un contre l'autre. La main droite de l'inspecteur se mit à caresser les fesses de Danny, osant à peine le frôler. Impatient, le scientifique plaqua lui-même fortement la main de son amant sur ses fesses.
— J'suis pas une poupée de porcelaine. Tu peux toucher, j'me briserai pas.
— J'ai peur de te faire mal, ça fait si longtemps.
— Pourquoi reculer l'inévitable? Donnie, fais-moi l'amour. Aime-moi, comme t'as toujours si bien su l'faire…
Tout en embrassant langoureusement Danny, Don s'étira pour atteindre le tube de lubrifiant. Il fit sauter le bouchon d'un mouvement expérimenté et laissa tomber une noisette du produit dans sa main, enrobant ses doigts de cette substance. Sa main glissa ensuite entre les fesses de Danny, les écartant doucement afin qu'un premier doigt puisse s'introduire profondément en lui. Un gémissement d'inconfort franchit les lèvres de l'expert et, pour le faire taire, il s'empressa de donner des baisers sur les lèvres entrouvertes de Don, faisant ainsi taire toute remarque.
Un second doigt fut introduit, ajoutant une nouvelle extase. Le duo ainsi créé vint titiller la prostate de Danny. Un profond soupir de contentement remplit la pièce. Danny se sentit momentanément comblé, mais Don se doutait bien que ce moment ne durerait pas. C'est pourquoi il attrapa tout de suite un préservatif, qu'il déchira avec ses dents. Les doigts de Don se retirèrent de l'antre chaud de son amant, laissant un étrange sentiment de brûlure et de vide au fond de Danny.
Don s'empara une fois de plus du tube de lubrifiant, en sortit une généreuse portion, qu'il étendit sur le préservatif recouvrant maintenant son sexe fièrement dressé. Il se positionna adroitement entre les jambes de Danny, remonta celles-ci sur ses épaules et plaça ensuite un oreiller sous les hanches bouillantes de son amant. Il appuya la tête de son membre tout contre l'ouverture de l'étroit tunnel menant directement à l'extase charnelle.
Un rapide coup d'œil à Danny lui fit comprendre qu'il était prêt. Amoureusement, Don s'enfonça au cœur de l'être tant aimé, s'engloutissant totalement et profondément en lui. Unissant leurs corps et mêlant leurs respirations saccadées, les mouvements s'accélérèrent, et Danny se saisit lui-même de son propre sexe, les mains de Don étant trop occupé à tenir fermement ses hanches. Les contractions des muscles s'accompagnèrent de profonds coups de reins, suivis d'une montée ultime du désir et de la suprême explosion les conduisant à un bonheur transcendant.
Quelques derniers gémissements du pur plaisir se firent entendre, puis les jambes de Danny retombèrent lourdement sur le matelas. Le corps de Don vint rapidement rejoindre celui de son amant. Leurs respirations, ainsi que les battements de leurs cœurs, retombèrent peu à peu à la normale. Toujours incapables de bouger suite à la violence de leurs orgasmes, ils s'accordèrent un instant de repos avant de filer tout droit vers la douche, des draps propres et une merveilleuse nuit dans l'appartement qu'ils partageraient dorénavant.
Une nouvelle étape venait d'être franchie car, au-delà du sexe, de la confiance ou de la vie commune, l'amour prenait tout son sens.
Fin
