N/A. Merci à tous pour vos commentaires, ça me fait plaisir que vous appréciez mon histoire.

Et voilà un nouveau chapitre.

Pour les besoins de l'histoire il y a un petit anachronisme puisqu'il est mentionné la mort de Jenny Shepard alors qu'elle est morte après l'épisode Requiem.

Chapitre 4

Au bout d'une heure il fut réveillé par des gémissements, il s'approcha de Tony qui se redressa brusquement le souffle court et les yeux écarquillés. Il était trempé de sueur et tremblait. Gibbs posa une main sur son épaule et lui dit doucement « Tony, ça va ? ».

Le contact fit sursauter le jeune homme qui se dégagea et alla se placer à l'autre bout du canapé, le plus loin possible de son boss. Alors Gibbs leva les deux mains en rassurant son agent

« Eh Tony, tout va bien, c'est moi, personne ne va te faire de mal. Tu m'entends ? Tu es avec moi DiNozzo ? ».

Les yeux de l'agent accrochèrent le regard de Gibbs puis il passa sa main sur son visage en disant « Désolé, Boss ».

Gibbs pouvait voir que le jeune homme était tendu et sur la défensive alors il adoucit son approche et répondit

« Il n'y a rien à excuser. Aller DiNozzo, viens boire et manger quelque chose, tu n'as rien avalé depuis ce matin. »

Gibbs voulait détendre un peu l'atmosphère et laisser à son agent un peu d'espace pour qu'il reprenne ses esprits.

Tony hocha la tête puis se leva pour se diriger vers la cuisine. Il avait l'esprit encore un peu embrumé par son cauchemar mais il se sentait mieux.

Gibbs leur prépara à chacun un sandwich et ils mangèrent en silence. A la fin du repas, il demanda « Tu veux en parler ? »

Il vit Tony se raidir et répondre « Non »

« Pourquoi ? » insista-il

« Laisse tomber s'il te plait, Gibbs » lui dit Tony sur un ton sec. Puis pour clore le débat il se leva et retourna dans le salon. Gibbs ne pouvait pas le laisser se retrancher derrière ses barrières une fois de plus alors il décida de le pousser un peu. Il le suivit dans le salon en lui répondant.

« Je suis désolé mais je ne peux pas faire ça »

« En quoi ça t'intéresse ? » lui rétorqua son agent avec colère

Gibbs sentait qu'il jouait un jeu dangereux. Tony cherchait à le repousser par la colère. Mais il était bien décidé à ne pas entrer dans le jeu du jeune homme qui s'attendait à ce qu'il réponde également par la colère.

Alors Gibbs répondit sur un ton calme et rassurant.

« Ca m'intéresse parce que je m'inquiète pour toi et que je veux t'aider. Je peux te jurer que rien de ce que tu ne me diras ne changera mon opinion sur toi. Parle-moi Tony. J'ai besoin de comprendre ce qui t'es arrivé ».

Tony regarda son boss avec intensité comme pour juger si ce qu'il disait était vraiment sincère. Il avait confiance en Gibbs et il voulait tout lui dire mais il était terrorisé de ce qui allait arriver. Il se disait qu'après il ne pourrait plus revenir en arrière et que plus rien ne serait comme avant, qu'il ne pourrait plus se retrancher derrière aucun masque pour se protéger. Il pourrait toujours partir mais il savait qu'il en serait incapable car comme l'avait dit Gibbs, il les aimait déjà plus qu'il ne l'aurait voulu. Il avait trouvé sa place.

Gibbs pouvait voir le débat intérieur qui animait son agent alors il lui mit une main sur l'épaule pour le faire revenir à la réalité et l'encourager à se confier. C'est ce simple contact physique ainsi que l'affection et la confiance que Tony pouvait voir dans les yeux de Gibbs qui finirent de le convaincre, alors il s'assit sur le canapé et prit la parole.

« Ma mère est morte quand j'avais 10 ans. Un soir je suis rentré de l'école et je l'ai trouvé inanimée en bas des escaliers. Elle était couverte de bleus. Mon père l'avait battue et en tentant de se soustraire à ses coups elle était tombée dans les escaliers. Mon père est un homme puissant, alors il a réussi à étouffer l'affaire. »

« Est-ce qu'il te battait aussi ? » demanda Gibbs

Tony avait la gorge nouée et ne put que hocher la tête. Il prit une grande inspiration puis ajouta

« Après la mort de ma mère il buvait de plus en plus. La plupart du temps je réussissais à me faire discret et à éviter les coups mais parfois il se souvenait que j'existais et là sur un prétexte même infime il me battait et m'enfermait dans le placard. Tout le monde savait mais personne n'osait se dresser contre mon père. Dès que je m'attachais à une nourrice il la renvoyait. J'étais seul. A l'âge de 12 ans il en a eu marre de moi alors il m'a déshérité et m'a envoyé dans une école militaire, je n'ai plus jamais entendu parler de lui à part dans les journaux. Ca a été une vraie délivrance. Les gens là-bas étaient durs mais justes par contre j'évitais de me lier avec les autres gamins. Un soir que je trainais dehors j'ai entendu des cris. Il y avait une bande de petits durs qui passait à tabac un jeune garçon de ma classe. Alors j'ai foncé dans le tas et j'en ai mis trois à terre. Le garçon s'appelait Joshua et après ça on est devenu inséparable. Il avait remarqué que je restais seul pendant les vacances alors il m'a invité chez lui. Il était devenu ma famille. On faisait pleins de projets pour aller en fac ensemble et puis environ deux mois avant notre diplôme lors d'un exercice il a fait une mauvaise chute et il est mort. Ce jour là j'avais été puni pour insolence et je faisais des corvées au lieu d'être avec les autres. Si j'avais été là….. »

Le visage de Tony était crispé et Gibbs pouvait y lire une pure agonie devant la violence de ces souvenirs. Avant qu'il ne puisse réagir au dernier commentaire de Tony, celui-ci reprit d'une voix détachée

« Après je me suis juré de ne plus jamais permettre qu'une telle chose se reproduise et que plus jamais je ne perdrais quelqu'un à qui je tenais. J'ai réussi à obtenir une bourse grâce à mes aptitudes sportives et je suis allé à l'université. J'étais très populaire mais je me suis toujours arrangé pour que les gens voient uniquement ce que je voulais qu'ils voient. Ensuite je suis entré à l'académie de police, je crois que je voulais faire ce que personne n'avait fait pour moi et ma mère, je voulais aider les gens. Et puis je t'ai rencontré…. Et Ducky et Abby…. Ma tête me disait qu'il fallait que je reste loin de cette équipe. Je sentais que la façade serait difficile à maintenir et que vous alliez finir par voir plus profondément. Mais j'avais toujours ce besoin irrépressible de trouver ma place et d'appartenir à quelque chose. Alors je me suis dit que je n'allais rester que quelques mois et que je partirais si je sentais que la situation m'échappait. Ensuite Kate est arrivée et je me sentais en sécurité. Comme j'avais l'impression de toujours gérer les choses je suis resté, mais Kate est morte. Je n'avais pas réussi à la protéger…. La douleur était tellement intense que je me suis rendu compte que j'étais resté trop longtemps. J'avais encore permis que ça se reproduise. Je me suis promis que dès qu'Ari serait hors d'état de nuire je partirais. Et puis Ziva est arrivée, Abby était toujours bouleversée, je ne voulais pas qu'elle souffre plus à cause de moi. Alors j'ai essayé de me détacher de l'équipe mais tu as eu ton accident. Je me suis dit que ça recommençait et qu'il fallait que je déguerpisse vite. Mais tu es parti et tu m'as laissé l'équipe, tout le monde avait l'air tellement perdu que je ne pouvais pas partir. Ensuite tu es revenu mais il y avait la mission et Jeanne. C'est à ce moment que Paula s'est sacrifiée sans que je puisse la sauver… Ma tête me criait que tout commençait à m'échapper mais je n'arrivais pas à me résoudre à tout quitter. Et quand ma mission sous couverture m'a explosé à la figure, j'étais tellement désemparé que je ne savais plus quoi faire. Alors j'ai tout fait pour cacher mes sentiments et m'isoler des autres et de toi. Et puis il y a eu Jenny…. Si j'avais été là…. J'avais laissé ça se reproduire encore… »

Tony parlait à toute vitesse, sa respiration se faisait plus difficile et il tremblait. Gibbs se plaça devant son agent, le prit par les épaules et lui demanda

« Qu'est ce que tu avais laissé se reproduire ? »

Alors Tony se dégagea de l'étreinte de son boss et devint encore plus agité

« Jeanne, sa vie a été gâchée et elle a perdu son père à cause de moi. Ma mère, Josh, Kate, Paula, Jenny…. Ils sont morts parce que je ne les ai pas protégés, s'ils ne m'avaient pas connu peut-être seraient-ils encore en vie….. Et quand j'ai vu ta voiture plongée dans l'eau je me suis dit que je ne permettrais pas que tu meures aussi sans que je ne puisse l'empêcher. J'aurais préférer mourir que de vivre ça à nouveau et de voir l'équipe se désintégrer…. Parce que les autres fois ça aurait dû être moi…. J'aurais dû mourir à la place de ma mère, de Josh, de Kate, de Paula, de Jenny parce qu'ils avaient une famille et des gens qui les aimaient plus que tout, parce que ma vie n'a pas d'importance et que la douleur de perdre les personnes qu'on aime est trop forte…. Je ne peux plus… C'est trop dur ».

Alors Tony se mit à sangloter, il n'avait plus de forces, il était comme un navire à la dérive.

Gibbs était bouleversé par ce que lui avait dit Tony. Il savait que le jeune homme avait de la culpabilité mais il n'avait pas imaginé à quel point sa souffrance était grande.

Alors il prit Tony dans ses bras en lui murmurant des mots rassurants à l'oreille. Le jeune homme continuait à sangloter et se mit à trembler, il s'accrochait à Gibbs comme s'il était la seule chose qui l'empêchait de se noyer. Gibbs était désemparé par la douleur de son agent et il ne savait pas quoi faire. Les sanglots avaient cessés mais Tony n'avait pas bougé, sa respiration disait à Gibbs qu'il était toujours éveillé. Alors il resserra son étreinte sur le jeune homme et lui dit

« Rien de tout ce qui s'est passé n'est de ta faute, Tony. C'est horrible mais se sont des choses qui arrivent. Tu ne peux pas passer ton temps à fuir par peur de voir disparaître les gens que tu aimes ou tout simplement pour ne t'attacher à personne, j'ai essayé mais cela ne marche pas. Cette douleur dont tu parles est la contrepartie du bonheur qu'on reçoit de l'affection que nous porte les autres. Tu n'as pas à être seul, Tony. On est tous là pour t'aider et pour t'aimer. Pense à quel point Abby tient à toi, elle a tellement peur que tu t'en ailles, et Ducky, tu aurais dû voir comme il était inquiet quand tu as eu la peste. Quand on a tous cru que tu étais mort Ziva et McGee étaient anéantis et j'ai ressenti comme si une partie de moi était morte dans cette explosion. Ta vie a de l'importance pour nous. Quand Kate est morte, on était tous très triste mais en aucun cas ça n'aurait été moins douloureux si ça avait été toi qui étais mort sur ce toit. Je suis même sûr que ça aurait été pire. Tu n'es responsable d'aucune de ces morts et tu n'aurais rien pu faire pour les empêcher, tu m'entends !!! Je suis sure qu'ils n'auraient pas voulu que tu souffres autant à cause d'eux et encore moins que tu te sacrifies pour eux ou que tu t'isoles du reste du monde. »

Alors Gibbs serra Tony avec force et ajouta avec fermeté « Arrêtes de courir DiNozzo, tu l'as trouvé ta place. »

Les sanglots avaient repris et Gibbs continuait à étreindre son agent en lui caressant les cheveux dans un geste d'apaisement. Ils restèrent dans cette position pendant un moment puis Tony finit par s'endormir dans les bras de Gibbs.