CHAPITRE 1 : ROUTINE
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Debout devant la baie vitrée du salon de notre cottage, je regardais le soleil se lever avec une infinie gratitude.
Comment imaginer qu'à peine 24 heures plus tôt, presque toute ma famille et moi-même avions failli mourir à cause d'une incompréhension des Volturi ! A vrai dire, ces six derniers mois avaient été à la fois les plus longs et les plus chargés de toute ma vie. Quel que soit le sens que l'on puisse donner à cette dernière.
A la fin du mois de Juin, j'avais fini le lycée. Personne n'avait compris à l'époque à quel point cette étape avait été importante dans ma vie, car elle avait signifié plus pour moi que pour n'importe qui. Elle avait coïncidé avec la demande en mariage de mon compagnon, mon âme sœur, mon Edward, puis avec notre mariage. Aussitôt la cérémonie terminée, nous avions filé vers l'île d'Esmé pour y célébrer notre lune de miel, scellant ainsi notre amour. Un évènement tout aussi merveilleux qu'effrayant était cependant venu chambouler notre existence, et c'est enceinte d'un fœtus qui grandissait trop vite qu'Edward m'avait ramenée à Forks. J'avais accouché dans une douleur intolérable d'une enfant mi-vampire, comme son père, mi-humaine, et la morsure d'Edward pour me sauver était la seule raison pour laquelle je me tenais debout dans le salon à cet instant précis.
J'étais devenue immortelle, comme je l'avais toujours voulu, pour vivre éternellement auprès de mon mari, et notre fille avait grandi à une vitesse incroyable, tant et si bien qu'aujourd'hui elle aurait pu aisément passer pour une fillette de 1 an, malgré le fait qu'elle soit née trois mois plus tôt. J'avais aimé cette enfant depuis le début, dans mon ventre, quand elle me donnait des coups de pieds susceptibles de me briser les côtes. Elle grandissait si vite que j'avais parfois peur de rater des étapes de son enfance, mais cette inquiétude n'était rien par rapport à celle qui avait animée les Volturi au point qu'Aro, Marcus et Caïus s'étaient déplacés en personne hier, avec toute la garde, pour exterminer ce bébé qu'ils pensaient vampire immortel, ainsi que tout ceux qui l'avaient protégé. Heureusement, nous avions réussi à leur démontrer que Renesmée n'était pas un danger, et ils étaient rentrés en Italie.
Ce matin, ma fille était dehors avec son père, et je les observais tandis qu'Edward lui montrait différents arbres, des insectes et quelques animaux sauvages. Elle avait beau être en avance pour son âge, Renesmée n'en était pas moins une enfant qui avait besoin de découvrir les choses. De temps en temps, elle se penchait vers Edward pour qu'il la prenne dans ses bras et, effleurant sa joue de sa main, elle lui montrait ce qu'elle avait retenu de ce qu'il lui avait montré. Le visage d'Edward s'illuminait alors et il déposait sur son front un furtif baiser. J'aurais pu passer l'éternité entière à les regarder, je ne me serais pas lassée du spectacle, même si la vitre entre eux et moi semblait être le seul obstacle à un bonheur parfait et absolu.
Mais si je n'étais pas avec eux ce matin, c'était pour une bonne raison : je devais m'atteler à une routine dont j'aurais bien souhaité me débarrasser en étant immortelle, à savoir le rangement. Non pas que le cottage ait été un véritable chantier, mais il me semblait nécessaire de faire du tri dans l'immense penderie, cadeau de ma chère belle-sœur Alice, pour faire un peu de place aux affaires de Renesmée. Ainsi, j'aurais suffisamment de place pour ranger tous les nouveaux vêtements que je comptais lui acheter cet après-midi à Seattle. Ma fille grandissait tellement vite qu'il allait bientôt falloir échanger ses tenues de taille 1 an pour la taille du dessus. Edward avait émis le souhait, la veille au soir, d'offrir à sa fille une poupée, et je voulais également acheter de nouvelles pellicules pour mon appareil photo, afin de pouvoir mitrailler ma fille et créer un album photo de son enfance digne de ce nom.
Je me dirigeai donc vers la penderie et commençai à décrocher tous les cintres de leur support. La pièce était immense, et il allait falloir faire preuve d'organisation. Je n'avais même pas encore posé les yeux sur la plupart des vêtements déposés là par Alice. Heureusement, l'immortalité avait le grand avantage de me doter d'une vitesse hallucinante, et il ne me fallut pour décrocher, ouvrir et poser sur le tas approprié chaque house contenant l'une de nos tenues qu'un douzième de seconde. La plupart étaient les miennes, Alice ayant visiblement eu plus de plaisir à choisir mes robes et mes jupes que les chemises de son frère. Toutefois, je découvris au milieu des nombreux vêtements quelques perles rares, comme une somptueuse robe rouge qui étincelait autant que ma peau pouvait le faire quand elle était exposée au soleil. Je remarquais également avec émotion que la robe que j'avais portée le jour de mon mariage avait été soigneusement protégée et rangée avec le costume dans lequel Edward m'avait dit « oui ». Je décidai de classer les habits par thème, et consacrai donc une armoire entière aux tenues décontractées, tandis que les robes de soirées et les costumes seraient suspendus aux barres qui couraient le long du mur opposé. Un coffre en bois massif décoré par Esmé servirait à entreposer les nouveaux vêtements de ma fille dès ce soir. J'entrepris également de faire le tri dans les chaussures, remisant les escarpins à talons hauts que je ne mettrais sans doute jamais tout en haut de l'armoire. J'avais beau ne plus être maladroite depuis que j'étais immortelle, ces chaussures ne me correspondaient tout simplement pas. Je gardais uniquement quelques paires de baskets et de ballerines à portée de main, et je les alignais au sol avec les baskets et les mocassins d'Edward.
Quand enfin je fus satisfaite de l'état de la pièce, je sortis et descendis les quelques marches du perron. Je ne voyais plus Renesmée ni Edward qui s'étaient éloignés, mais je n'étais pas inquiète, car je les sentais. Je sentais leur présence, ou plus encore, je la ressentais. Je n'aurais pas bien su expliquer cette sensation, ils étaient à la fois nulle part et partout, ils envahissaient mes pensées, coulaient dans mes veine comme le sang y avait coulé autrefois.
Je fis glisser lentement mon bouclier mental, permettant à Edward de lire mes pensées.
Je lui montrai la dernière vision de la penderie que je venais d'avoir, bien rangée et ordonnée. Il comprit mon message aussi clairement que si je l'avais crié, et quelques secondes plus tard, je perçus un bruit de pas sur ma droite, les feuilles remuèrent imperceptiblement et soudain, ils furent là.
Renesmée lâcha la main de son père et courut vers moi.
- Maman ! s'égosilla-t-elle.
Elle tenait à la main assez de feuilles et de fleurs pour constituer un herbier, mais au lieu de cela, elle les rassembla en un bouquet et me le tendit. Je le pris en souriant et passai ma main dans ses cheveux.
- Merci, ma chérie, répondis-je.
Edward s'approcha de moi et, passant son bras autour de ma taille, m'attira vers lui et m'embrassa avec passion. Comme toujours, je lui rendis son baiser avec ferveur et, trop tôt, je m'écartai de lui.
- Alors, tu en as fini avec la penderie ?
Cette question était purement rhétorique, car je venais de lui signifier que c'était le cas, cependant il me semblait important que nous exprimions tous nos pensées à voix haute pour qu'aucun malentendu de se crée entre nous trois. Ainsi, j'acquiesçai :
- Oui. J'ai bien cru que l'éternité ne suffirait pas à trier tous les vêtements d'Alice.
Edward rit, de son rire cristallin qui me faisait tant chavirer, et je ris à mon tour.
- Allons, Bella, je parie qu'elle a passé des heures à choisir tes robes. Tu ne voulais pas lui gâcher son plaisir ?
Je secouais la tête.
- Non, bien sûr que non. Tu sais, j'ai même trouvé des tenues de grands couturiers français. Elle t'a acheté au moins trois costumes Armani.
Il sourit à nouveau.
- Pour aller chasser ? demanda-t-il innocemment.
- Non, le taquinai-je. Pour frimer au volant de ta vieille Volvo.
- D'ailleurs, ajouta-t-il alors que je prenais ma fille dans mes bras et que nous commencions à nous diriger vers la maison des Cullen, c'est moi qui conduit pour aller à Seattle.
Je marchais à côté de lui mais ni lui, ni moi n'éprouvions le besoin de courir ou de nous presser. L'éternité avait cela de bon.
- Dis tout de suite que tu n'aimes pas ma façon de conduire.
- Non, je n'ai pas dit ça, se défendit-il. C'est juste que nous risquons de mettre trois heures si tu conduis.
Je levai les yeux au ciel puis les reposai sur Renesmée. Elle était confortablement calée dans mes bras, et je ne pus m'empêcher de penser que bientôt, elle serait trop grande pour y grimper encore. J'aurais certainement eu la force de le faire quand elle aurait atteint l'âge physique de 8 ans, mais cela me semblerait étrange. Je fis une nouvelle fois un calcul rapide dans ma tête. Nahuel avait affirmé qu'il avait atteint sa taille adulte, soit environ une vingtaine d'années, à l'âge de 7 ans, ce qui revenait à dire que (à ce moment-là, je remerciai mon cerveau d'immortelle qui me permettait de faire autant d'opérations à la seconde qu'une calculatrice) ma fille grandissait de deux mois et demi quand il ne s'en écoulait réellement qu'un seul. De plus, Nessie était remarquablement précoce, si bien qu'elle savait à présent marcher et parler, alors qu'elle n'avait physiquement que 7 à 8 mois.
Une partie de moi se rendait compte de l'horreur de la situation. Je voulais voir grandir mon bébé, je voulais partager des choses avec elle, mais dans 7 ans, sans doute moins, elle serait adulte et nous quitterait pour rejoindre Jacob. J'avais vaguement conscience du goût amer que laissait cette information dans ma bouche, mais depuis que les Volturi nous avaient laissé la vie sauve, et depuis que Nahuel nous avait appris que Renesmée n'allait pas mourir quand elle aurait fini sa croissance, je ne pouvais me concentrer que sur cette victoire, et le reste viendrait plus tard.
Tandis que nous approchions de la maison des Cullen, je songeai qu'il serait sans doute plus approprié de garer à présent la Volvo d'Edward et ma Ferrari à côté du cottage, plutôt que de les laisser là. Je fis glisser mon bouclier pour faire part de cette idée à Edward, mais il refusa.
- Les voitures sont d'avantage protégées dans le garage. Et puis, cela nous donne l'occasion de voir nos frères et sœurs, ainsi que Carlisle et Esmé.
Je n'eus rien à redire, mais je notai au passage qu'il avait parlé de « nos » frères et sœurs. Certes, c'est ce qu'ils étaient à mes yeux, mais j'avais du mal à ne pas penser à eux comme à la « famille de mon mari ».
Je fis cependant part à Edward de ma volonté de rappatrier l'ordinateur qui se trouvait chez Charlie, ainsi que son piano, au cottage, ce à quoi il ne s'opposa pas. Tout en parlant, je lui avais montré mentalement qu'il pourrait ainsi enregistrer de nouveaux morceaux et les transférer sur le baladeur MP3 de sa fille, et il sourit à cette idée.
Visiblement, Alice nous avait vu arriver, et elle se tenait debout dehors, souriante. A côté d'elle, son âme sœur Jasper avait l'air tout aussi ravi qu'elle d'être de retour à Forks. Leur absence avait été courte, mais nous avait semblée tellement longue alors que nous nous étions tous trouvés en danger. A travers la baie vitrée du salon, j'aperçus Carlisle et Esmé assis sur le canapé et plongés dans une passionnante discussion avec Huilen et Nahuel. Nul doute que mon beau-père devait les harceler de questions, curieux qu'il était de tout savoir sur les enfants d'humains et de vampires. Edward m'indiqua à voix basse :
- Rosalie et Emmett sont partis chasser.
Il était certainement parvenu à cette conclusion en lisant dans l'esprit de l'un d'eux. Personne ne pouvait rien lui cacher.
- Alice voulait nous accompagner à Seattle mais Jasper l'a convaincue que nous avions besoin d'un peu de temps tous les trois, seulement tous les trois.
Je hochai la tête. J'aimais énormément Alice, mais j'avais en effet envie de passer un après-midi tranquille avec mon époux et ma fille.
A notre vue, Carlisle et Esmé, ainsi que leurs invités, stoppèrent leur discussion et se levèrent pour nous accueillir à leur tour. Alice fut la première à m'enlacer.
- Oh, Bella, comme tu m'as manqué !
Je la laissai s'emparer de Renésmée et lui coller une bise sur chaque joue.
- Et toi, princesse, comme tu as grandi ! Elle va avoir besoin de nouveaux vêtements bientôt.
Je grimaçai.
- N'insiste pas, Alice, la tempéra Edward. Bella veut choisir elle-même les vêtements de Nessie.
Alice éclata de rire et je compris qu'elle n'était pas vexée. Au contraire, elle avait d'autres idées en réserve.
- Tu sais, Edward, je me disais l'autre jour que nous n'avions même pas organisé de fête pour la naissance de ta fille.
Je lui lançai un regard noir, et elle fit une dernière tentative :
- Ou alors une fête pour la victoire de Bella contre les Volturi.
Le grognement qui sortit de ma gorge déclencha l'hilarité générale, et Alice n'insista pas.
- Vous allez toujours à Seattle ? demanda Carlisle à son fils.
- Oui.
- Avant que vous ne partiez, est-ce que je peux…
Il n'avait pas encore fini sa phrase que mon mari hochait déjà la tête. Il connaissait la question avant même qu'elle ne lui ait été posée.
Carlisle prit Renésmée des bras d'Alice et la posa par terre.
- Je vais te mesurer, ma chérie, expliqua-t-il à ma fille alors qu'il sortait un mètre de couturier de sa poche pour joindre le geste à la parole.
Renésmée ne broncha pas, toute habituée qu'elle était à être régulièrement mesurée depuis son enfance. Il ne fallut guère plus de deux secondes pour prendre la mesure de son tour de tête, de poitrine et de hanche, et la toiser de bas en haut. Esmé déposa délicatement au sol un pèse personne, et Renésmée grimpa dessus sans rechigner.
- 9 kg ! annonça ma belle-mère après que l'aiguille se fut stabilisée.
Carlisle sortit un petit carnet de sa poche et y nota tout.
- Elle mesure 75 cm pour 9 kg, ce qui correspond à un bébé moyen de 8 mois, nous expliqua-t-il.
- C'est bien ? demanda ma fille en levant sur son grand-père des yeux anxieux.
- Très bien, ma chérie, la rassura-t-il.
Je soupirai de soulagement. Mes calculs s'étaient révélés exacts, Renésmée grandissait comme je l'avais prévu. Elle me prit la main, impatiente.
- On va faire des courses ?
- Oui, répondis-je distraitement.
Nous prîmes congé de notre belle-famille et de nos invités et nous dirigeâmes vers le garage. Edward souleva d'un geste gracieux la housse de protection de sa Volvo et la plia avec autant de facilité que si elle avait été un simple mouchoir en papier. Sa dextérité me fit sourire.
Je me penchais sur la banquette arrière pour attacher Renésmée à son siège. Elle aurait tout aussi bien pu rester sur mes genoux, car nous n'aurions jamais aucun accident tant qu'Edward serait au volant, mais je voulais éviter d'attirer l'attention d'éventuels policiers sur la route, alors je l'attachai comme n'importe quelle fillette de son âge. Penchée sur elle, je lui répétai les consignes que je lui avais déjà données le matin même quand nous avions parlé de cette virée à Seattle.
- N'oublie pas, chérie, quand nous serons dans le magasin, tu devras rester dans mes bras ou dans ceux de papa. Tu ne dois en aucun cas montrer que tu sais marcher. Tu ne dois pas non plus nous parler, si tu veux nous dire quelque chose tu n'auras qu'à nous le montrer en nous touchant.
Elle leva vers moi des yeux inquiets et effleura mon menton. « Pas normal », pensait-elle. Je tentai de la rassurer.
- Bien sûr que si, ma chérie, tu es une petite fille normale. Mais ces gens, là-bas… ils ne comprendraient pas ce que tu es.
« Pourquoi ? », me demanda-t-elle de la même façon.
Des larmes avaient envahi ses yeux et je les essuyai avec mon pouce.
- Ils ne savent pas que tu es spéciale, ils ne comprendraient pas. Mais nous (je fis un geste nous englobant Edward et moi), nous savons, et nous t'aimons telle que tu es. Nous t'aimons plus que tout au monde.
Je pris son pendentif et le retournai pour lui montrer l'inscription. « Plus que ma propre vie ». Elle hocha la tête pour me rassurer, mais je vis bien qu'elle n'était qu'à moitié convaincue.
Je me redressai et montai à l'avant de la voiture à côté d'Edward.
Nous démarrâmes à toute vitesse et bientôt, la maison des Cullen ne fut plus qu'un minuscule point noir dans le rétroviseur. Avant de quitter Forks, il me sembla apercevoir Jacob, couché le museau dans les pattes sur le bord de la route, à moitié caché par la forêt.
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Note de l'auteur : Merci beaucoup à tous, je ne m'attendais pas à avoir autant de reviews pour le simple prologue ! J'espère que ce chapitre aura été à la hauteur de vos attentes.
Le prochain chapitre ne viendra sans doute pas aussi rapidement, je ne pense pas pouvoir tenir le rythme d'un chapitre par jour, mais je vais essayer de poster régulièrement pour ne pas vous faire trop languir.
