CHAPITRE 3 : INQUIETUDE
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Je me retins pour ne pas envoyer un coup de poing à Emmett quand il s'assit près de moi et me demanda pour la dixième fois avec un sourire jusqu'aux oreilles :
- Rappelle-moi ce que vous faisiez avec Edward pour ne pas remarquer que la petite était partie manger du chien ?
Comme je l'avais prédit, mon beau-frère avait tout de suite adoré le puma et il s'était amusé à le lancer d'un bout à l'autre du salon comme une balle de base-ball, avant de simuler une partie de chasse qui s'était terminée lorsque, hilare, il avait planté ses crocs dans la jugulaire de l'animal en peluche.
Apparemment, lui et son frère n'étaient pas trop bouleversés par l'incident du magasin, contrairement au reste de la famille.
- C'était juste un chiot, Bella, m'avait dit Jasper en me tapant sur l'épaule. Personne n'est mort et surtout, notre secret n'a pas été ébruité. Ce qui signifie : pas de Volturi. C'est le principal.
- Jasper…
- Détends-toi, Bella, m'avait-il coupée. Nessie est encore très jeune, c'est normal qu'elle ne sache pas se maîtriser.
Jasper était celui qui avait eu le plus de mal à réfréner ses envies de sang humain lorsqu'il avait rejoint la famille, il était donc normal qu'il soit le plus à même à comprendre ce que vivait Nessie en ce moment. Ma fille devait se sentir aussi mal que lui lorsqu'il m'avait attaquée le soir de mon anniversaire quelques années plus tôt. Il avait rapidement quitté le salon pour rejoindre Alice et Edward.
Ce dernier, qui avait réussi à garder son calme pendant tout le trajet du retour, avait explosé dès son arrivé à la maison et s'en était pris violemment à Alice, qu'il avait accusée de ne pas avoir su prédire l'incident. Alice s'était vexée et était partie s'isoler dans sa chambre. Edward était avec elle depuis plus d'une demi-heure pour s'excuser.
Rosalie avait gardé un air impassible pendant que je racontais mon histoire, mais Carlisle et Esmé n'avaient pas caché leur inquiétude.
Jacob, qui s'était invité car tout ce qui concernait Renésmée le concernait également, avait fait la grimace et Emmett s'était moqué de lui en lui disant qu'il aurait mieux valu que Nessie ne s'habitue pas trop au goût du chien… dans son intérêt.
Je sentis la main de Carlisle effleurer mon bras tandis qu'il essayait une nouvelle fois de comprendre ce qui s'était passé.
- Tu es certaine que la propriétaire du chien n'a pas fait le lien avec vous ?
Je soupirais.
- Non, je ne pense pas.
- Elle a peut-être cru qu'il avait été tué par un autre chien, me rassura Rosalie sans se départir de son air impassible.
Elle était debout et nous tournait le dos, absorbée dans sa contemplation du paysage derrière les baies vitrées. Emmett eut un petit rire.
- Oui, bien sûr, Rose, dans une cabine d'essayage.
Rosalie tourna la tête pour lui lancer un regard noir, et il redevint sérieux. Il s'approcha d'elle et passa un bras autour de ses épaules. Jacob faisait les cent pas dans le salon et je mourrai d'envie de lui demander de s'asseoir. J'étais tendue, à fleur de peau. Contre ma poitrine, Renésmée s'était enfin endormie. Pendant tout le trajet du retour, elle n'avait cessé de tendre la main vers moi pour s'excuser. « Pardon, maman, » avait-elle répété encore et encore. Je l'avais rassurée : je n'étais pas en colère contre elle mais contre moi-même. J'avais surestimé ses forces, j'aurais dû la protéger, elle n'aurait pas dû vivre ça. Je passai distraitement une main dans ses cheveux tout en fixant les baies vitrées. J'avais envie de rentrer au cottage.
- Il n'y a pas de raison de s'inquiéter, Bella, reprit Carlisle. Je préfère savoir qu'elle s'est attaquée à un chiot plutôt qu'à un bébé dans une poussette.
Esmé et Rosalie hochèrent la tête pour acquiescer et je fermai les yeux en soupirant. Il avait raison. Il n'y avait pas grande différence entre les pumas ou les biches que nous chassions et ce chiot dont Renésmée s'était abreuvée. Sa propriétaire finirait par s'en remettre, je l'espérais. Je devais admettre que ma fille était encore jeune et que ni elle ni moi ne pouvions tout contrôler.
Jacob était toujours en train de faire les cent pas autour de la table, se rongeant les ongles. N'y tenant plus, je l'implorai :
- Jacob, s'il te plait, assieds-toi.
Il s'arrêta et regarda autour de lui comme s'il venait seulement de se rendre compte de la présence des autres.
- Il faut que je te parle.
- Nous sommes en train de parler, répondis-je de façon un peu sèche.
Je m'en voulus de lui parler sur ce ton, mais j'étais trop tendue pour avoir une voix normale.
- Dehors, Bella. Juste toi et moi.
Comme j'hésitai, il insista :
- S'il te plait ?
Je levai un sourcil en signe d'incompréhension, mais décidai d'obéir. Je fis glisser Nessie dans les bras tendus de Rosalie et me levai pour suivre Jacob sur le porche de la maison. Aussitôt que la porte fut refermée derrière nous, Jacob se tourna vers moi.
- Je m'inquiète pour Renésmée.
Toujours aussi sarcastique, je répondis :
- Quel scoop.
Jacob fit la grimace mais continua :
- Je ne pense pas que c'était une bonne idée de l'emmener au centre commercial avec vous. C'était idiot.
Je levai la main pour l'interrompre :
- Merci, j'avais compris. Je ne suis pas complètement débile, je sais que nous avons fait une erreur, cela ne se reproduira pas.
- C'est juste que…
Il s'interrompit et me regarda sans oser finir sa phrase. Je soupirai :
- Crache le morceau, Jacob.
- C'est juste que je ne suis pas sûr que vous, enfin, Edward et toi… que vous sachiez comment élever Nessie.
J'eus le souffle coupé par sa déclaration, ce qui m'empêcha de lui répondre immédiatement. Comment osait-il ?
- Tu as eu combien de temps pour te préparer à sa venue ? Deux mois ? Pour un enfant que tu ne voulais même pas au départ ?
Complètement hors de moi, je sentis ma voix partir dans les aigus.
- J'aime Nessie !
Je reculai d'un pas, comme si j'avais peur qu'il me porte un autre coup.
- Je suis une bonne mère, je… je t'interdis de penser le contraire, tu m'entends Jacob Black ?
- Mais elle grandit vite, et je sais que ça te fait peur. Tu ne sais même pas comment gérer ça, Bella.
- Parce que toi, tu le sais ? (Comme il ne disait rien, je repris) Oh, oui, tu le sais, bien entendu, tu sais mieux que les autres, puisque tu t'es, rappelle-moi comment on dit, déjà ? Imprégné d'elle ?
- Oui, imprégné, répéta-t-il.
Je levai les yeux au ciel :
- Et donc tu penses que ça te donne le droit d'avoir ton mot à dire dans son éducation ?
- C'est moi qui vais la récupérer après, dit-il avec un sourire.
Je ne pense pas qu'il vit venir le coup de poing que je lui assénai avec force dans la mâchoire. Le bruit ressembla à celui du tonnerre qui claque, mais il n'eut pas l'air d'avoir très mal. Alors je continuai, je martelai sa poitrine de mes poings, encore et encore. Il ne fit pas un mouvement pour s'écarter, il me laissa faire jusqu'à ce que je me calme que je finisse par m'écarter et m'adosser à la porte d'entrée. Nous nous regardâmes sans un mot pendant une longue minute, puis il brisa le silence.
- Je n'ai pas dit ça pour te faire de la peine, Bella. Moi-même, je serais bien incapable de savoir comment élever un enfant. Je pense qu'il faudrait être plusieurs à se concerter pour prendre la meilleure décision concernant Nessie, comme ça, si on a un doute, on peut en discuter.
- Qu'est-ce que tu suggères ?
- J'aimerais avoir mon mot à dire dans l'éducation de Nessie.
Je secouai la tête.
- Hors de question.
Il fit un pas vers moi mais je l'arrêtai en tendant mon index vers lui.
- Non. Est-ce que tu comprends ? Je ne veux pas que tu aies ton mot à dire concernant la façon dont nous l'élevons. Edward et moi sommes ses parents, et nous prendrons les meilleurs décisions pour elle tous les deux.
- Comme quand vous avez planifié cette sortie au centre commercial ?
- Ferme-la, Jacob, le coupai-je. Cette discussion est close, rentre à La Push.
Il ouvrit la bouche pour répondre mais avant qu'il ait eu le temps de protester, je m'étais réfugiée dans la maison en claquant la porte derrière moi.
Edward était redescendu dans le salon avec Alice et Jasper. Il fit un pas vers moi.
- Comment vas-tu ?
Je me serrai contre lui.
- Je me suis disputée avec Jacob.
Edward embrassa le sommet de ma tête.
- Rentrons au cottage.
Je réussis à hocher la tête contre sa poitrine.
***
Note de l'auteur : Après avoir abandonné cette fic pendant quelques temps, j'ai eu envie de la reprendre. J'avais écris quelques chapitres, mais je n'étais pas vraiment inspirée et je les trouvais tellement mauvais que je ne voulais pas les poster. Je travaille actuellement sur le nouveau chapitre, et j'espère le poster très bientôt. Merci à toutes les personnes qui ont laissé des reviews !
