Chapitre 2
Allen et moi retrouvons Kanda sur le quai du train. Debout, il attend impatiemment. Essoufflés, tout les deux avons courut un bon moment avant de trouver la sortie de la forêt. Le challenge, c'est Allen qui l'a gagné. Je dois donc payer ma tournée dans le train.
Épaule à épaule, on se tient mutuellement pour ne pas tomber. La fatigue et le souffle court, les gens alentour nous regardent comme deux jeunes soûlards. Certains prennent leurs enfants par le bras pour les éloignés de notre présence. D'autres jurent. On s'en fout pas mal de ce qu'ils peuvent bien penser. Allen rigole fort. Je l'accompagne. Timcampy nous suit de son vol ; il est devant nous. On se dirige vers Kanda qui, visiblement, à honte de nous connaitre. Il ne s'écarte pas pour autant, mais sa grimace de dégout le fait bien comprendre.
Une fois à sa hauteur, on aperçoit des bancs libres. Je laisse Allen libre de mon étreinte pour me laisser tomber sur le bois sec. Timcampy me rejoins et se pose sur ma tête. Je le titille quelques secondes comme pour lui indiquer qu'il est le bienvenue. Je respire un bon coup et reprend mes esprits. Je regarde le monde autour de moi. Nous sommes toujours les bêtes de foire. Leurs yeux de curieux m'écœurent. Un vieil homme me fixe du regard. Il ne m'a pas l'air très content. Ses rides sur son visage ne sont pas dût à l'âge mais au mépris qu'il m'attribue. Vivement fatigué, je me lasse de chercher une blague pour détendre l'atmosphère et lui tire la langue. Scandalisé, le vieux détourne son regard et jure. Je ris calmement. Leur seule préoccupation est la bienséance. Je ris de leur ignorance. Sans nous, ils ne seraient plus de ce monde depuis longtemps.
Je dévie mon regard de la foule pour contempler le sol. Je remarque que Allen ne m'a pas rejoins. Je lève la tête vers Kanda. Allen est resté à sa hauteur. Apparemment, il tente de réclamer justice avec une voix douce. Ils ne se regardent pas, mais je sens une tension dans l'air. Les yeux plissés et un sourire narquois, Allen semble machiavélique. Agacé et humilié, Kanda regarde droit devant lui, la grimace tenue par ses rides.
Le train arrive en gare. Le bruit des freins des roues sur le fer me perce les oreilles. C'est désagréable d'entendre un grincement aussi long. La fumée du train ancien embrume toute la gare et cache les passagers. Une fois arrêté, les gens descendent. Ils sont beaucoup. Les autres qui attendaient, comme nous pour monter, sont impatient. Je les reconnais bien là. Le temps pour embarquer est court et les gens descendant se fichent pas mal de ce délai puisque, eux, sont arrivés à destination. Un contrôleur tente de régulariser ce contre-temps.
Les portes maintenant libres, nous pouvons embarquer. Nous, les exorcistes, sont reconnaissable par notre insigne brodé sur notre vêtement : il représente la Croix de Rose. Si les contrôleurs remarquent cet insigne, ils se doivent de nous attendre et de faire monter toutes les personnes qui sont avec nous. Le point positif que j'adore, c'est que nous voyageons gratuitement.
« Me suivez pas Microbes ! lance Kanda énervé à notre adresse »
Ce qu'il veut dire par là, c'est que nous ne seront pas les bienvenues dans son compartiment. Il s'avance et monte la première marche pour entrer dans le train. Allen, étonné, ne sait que répliquer. Je me lève difficilement, Timcampy vole au dessus de moi puis rejoins son maître. Je tapote l'épaule de mon ami surpris. Avec un sourire, je m'adresse à Kanda :
« - Allez Yû ! C'est mon tour de payer à boire ! Tu vas bien te joindre à nous ?!
- Eh, le rouquin ! Je ne te le répèterais pas ! NE M'APPELLE PLUS PAR MON PRENOM ! Hurla-t-il en fin de phrase.
- Je prendrais sa pour un non ! dis-je en ignorant sa recommandation. »
Les gens nous regardent avec curiosité. Kanda sait attirer l'attention ! Je les ignore. Seul le visage agacé de Kanda attire ma curiosité. Il nous regarde avec mépris. Comme deux petits enfants qui ont fait une grosse bêtise, on attendait une action ou une parole de sa part pour recommencer à vivre. Il monte la dernière marche puis disparaît derrière la porte. L'atmosphère semble moins tendue depuis qu'il n'est plus dans les parages.
« Bon ! Vient on va à l'autre là-bas. recommande Allen en pointant une porte plus loin »
Le train crache son cri, nous sommes partis. Allen a trouvé deux banquettes libres qui se font face. Il s'est assis le proche possible de la vitre. Il regarde avec lassitude dehors le paysage qui fuit. Timcampy s'est posé sur sa tête. Je ne devine pas ce qui tracasse Allen en ce moment et je n'ose lui demander : le connaissant, il va me dire qu'il n'y a rien ; comme je le lui ai dit quelques heures plus tôt. Je contemple a mon tour la fenêtre, les coudes posés sur la table au milieu des deux banquettes. Je me suis assis en face de lui. Son reflet dans la vitre me fait peine. Le mélange de son visage avec la campagne de l'extérieur me rappelle soudain qu'il devra bientôt combattre contre le comte millénaire.
Non, je ne veux pas retourner dans cette déprime inutile ; car je vais me battre pour être à ses côtés et ceux de Kanda.
« Bon, je vais chercher à boire ! dis-je d'un coup en laissant tomber mes bras sur le bois de la table. Que veux-tu Allen ? »
D'abord surpris de ma soudaine initiative, il me regarde les yeux ronds. Je crois avoir réveillé Timcampy qui bat des ailes. Avec un sourire, il dévie son regard du mien et pose son menton dans le creux de sa main qui fait face à la fenêtre. Pensif, il ne répond qu'un peu plus tard.
« - Une tasse de thé s'il te plait.
- Oh allez Allen ! C'est moi qui paye fait toi plaisir ! Tu veux pas une bière ? lui demandais-je avec amusement.
- Non vraiment merci !
- Bien, comme tu voudras Pousse de Bambou ! dis-je avec un sourire narquois. »
La réaction que je convoitais marche à la perfection. Allen me regarde avec un air sceptique. Ses yeux aussi vide qu'un mort et ses pupilles fixant les miennes, je suis content de l'effet que j'ai fait. Je me lève alors et commence à marcher en direction du bar. Les couloirs sont étroits : sur les côtés, des banquettes qui se font face avec au centre des tables. Peu de gens ont pris se train mais parmi eux je retrouve le vieux à qui j'ai tiré la langue. Il ne me voit pas, submergé par son journal quotidien.
Je franchis une autre porte pour replonger dans une salle remplie de banquettes. Il n'y a pas autant de monde que dans l'autre. Je passe rapidement. Encore une autre. Idem. Puis une autre. Enfin ! Je suis arrivé au bar. La serveuse est mignonne dans son costume de travail. Personne ne fait la queue, je vais donc directement à sa rencontre. Avec un grand sourire de vendeuse, elle me demande ce que je veux. Je commande une bière et un thé chaud. Elle me donne une canette et un verre en plastique thermos accompagné d'une serviette et du sachet d'infusion. Une fois le prix annoncé et les sous au comptant, je prend la marchandise et fait demi-tour. La jeune femme m'adresse encore son sourire de vendeuse tout en me disant à bientôt. Qu'est-ce qu'elle croit elle ? Que je vais revenir pour son beau sourire ? Non, t'inquiète pas je ne reviendrais pas !
Je franchis à nouveau les portes qui me séparent de Allen. Plus que deux portes et j'y suis. D'un coup, j'aperçois le haut de la tête de Kanda. Je ne l'avais pas vu en passant tout à l'heure puisqu'il s'est assis sur la banquette qui me tournait le dos. Je m'avance lentement pour voir s'il me surveille. Il est sur le côté le plus proche du couloir et regarde fixement la table. Il se contrefiche du paysage, lui, la romance c'est pas sa tasse de thé. Plus je m'approche, plus je constate qu'en fait il dors, ou somnole. Sa personne ne s'est pas alarmé en m'asseyant sur la banquette en face de lui. Je pose la tasse de thé sur la table pour y accouder mon bras. Mon menton appuyé sur ma paume de main, je le contemple.
Un souvenir me revint. Le jour où Allen, je commençais à le connaître, ne pouvait plus utiliser son œil gauche : Road lui avait enfoncé un pieu. Alors, Grand Père, expert dans la médecine autrement appelé l'acupuncture (une méthode thérapeutique traditionnelle chinoise), avait posé un carré de pansement pour que son œil guérisse plus facilement. Et dans le train, je lui avait dessiné un œil sur ce pansement, et pleins d'autres petits graphitis qui le rendait ridicule. Je m'étais bien amusé. Peut-être que sur Kanda se serait d'autant plus marrant ?!
Les yeux de celui-ci s'ouvrent lentement mais semble avoir détecté ma position : je ne pas m'échapper. Oups, as-t-il entendu ma pensée ? Quand toute sa conscience l'a rattrapé, il me regarde fixement. D'abord, ses sentiments ne dessinaient rien sur son visage. Quelques secondes plus tard, ses rides se crispent et le voilà lui-même en face du parasite que je suis. Mais j'aime bien l'énerver, c'est marrant. Je garde mon sourire agar pour le décontenancer encore plus.
« Bien dormi mon petit Yû ? »
Il ne dit rien, il me regarde dépossédé de son corps : sa y est je l'ai frustré pour de bon.
« Tu veux du thé ou de la bière pour te réveillé ? »
En voulant anticiper sa décision, je baisse les yeux sur le verre plastique de thé et le prend dans ma paume de main, qui tenait mon menton auparavant, mais en levant mon regard pour croiser ceux de Kanda, je louche sur une lame bien aiguisée. Je me plaque sur le dossier par réflexe. Ma bouche montre mes dents crispées qui tentent de garder mon cris de surprise en silence. Sa rapidité m'étonnera toujours. Sans bruit, il m'avait déjà pris au piège. Son regard mauvais m'indique sans l'ombre d'un doute qu'il fallait que je parte au plus vite. Ce que je fis.
Difficilement mais rapidement, je me lève avec mes boissons, sans un regard, sans mot, j'ai déjà franchis toutes les portes qui m'amènent à Allen. Je vois le haut de sa tignasse blanche posée sur la vitre. Timcampy a pris place sur son épaule. Ils semblent s'être endormis.
Je m'assois alors sur ma banquette, je lui approche sa boisson et j'ouvre la mienne dans la plus grande des discrétions. Tout en buvant je regarde dehors. Mes pensées se mélangent, je n'arrive pas à penser correctement. Kanda m'a ébloui et effrayé tout à l'heure. Je l'adore énervé mais pas quand ça se tourne contre moi. Il était mieux endormis. Il ressemblait à une âme innocente qui avait besoin de compagnie. Un petit enfant égaré.
Le train arrive en gare après des heures de routes. Ce sont le bruit des railles qui m'ont réveillé. Allen a les yeux grands ouverts, il reboutonne sa veste d'exorciste qu'il le gênait pour dormir. Timcampy survole au dessus de sa tête. En me réveillant, après un long étirement, je remarque que Allen a bu sa boisson.
« Merci Lavi pour le thé ! me dis-t-il gentiment avec un sourire. »
Je lui répond alors par un même sourire. Il se laisse glisser sur la banquette pour se lever dans le couloir. Nous sommes seuls dans le wagon. Je me lève à mon tour, vacillant à cause du réveille brutal. On descend les marches du train, Allen devant moi, il n'y a personne aussi dans la gare. Sauf Kanda qui sors à son tour du wagon, une porte plus loin. Nos regards se croisent, Allen le regarde aussi, il nous tourne le dos, Allen s'alarme.
« Attend Kanda ! Je voulais te remercier ... »
Sur ces mots, Kanda commence sa marche et s'en va. Allen ne se sens pas de lui courir après et il comprend qu'en dire plus ne servirait à rien puisqu'il n'écoute pas. Déconcerté, Allen laisse un long souffle sortir de sa bouche.
« Je vous dépose à la congrégation jeune homme ? dis-je à Allen sur un ton joyeux et dans le seul but de lui faire penser à autre chose »
Je suis content de voir qu'il a reçu le message : il se retourne, le sourire aux lèvres, il claque des doigts et me montre un pousse. Timcampy vole en tout sens autour de Allen. Je prend alors mon innocence, le manche en l'air. Allen le tient fermement et moi aussi.
« Attention au décollage ! Attachez vos ceintures ! Meng … Meng … Meng … !!!! »
Meng est le mot qui fait allonger le manche de mon maillet. A une vitesse grand v, Allen, Timcampy et moi sommes propulsés dans les airs. En quelques secondes, la gare nous paraît petite. On survole la ville, assis sur le manche. Le vent nous parcours le visage.
« Dis moi Allen ! Tu penses franchement que Kanda va accepter ton remerciement ? »
Un petit sourire, pensif, il l'ouvre la bouche mais la referme aussitôt. Il paraît incertain de son raisonnement mais très déterminé. Finalement, il réussit à articuler.
« Kanda est quelqu'un de réceptif mais il ne le montre pas ! Je sais qu'il va accepter ! Il suffit simplement de bien s'y prendre ! dis-t-il avec un regard de connaisseur. »
Les derniers mots de sa phrase me font sourire : effectivement, c'est pas en le taquinant ou en l'appelant par son prénom qu'il risque d'accepter quoi que ce soit. Allen se joint à mon amusement, pas pour la même raison mais une bonne partie de rigolade dans les airs entre amis, sa fait toujours du bien.
Quelques minutes après, on fonce droit sur une colline aride d'une hauteur faramineuse. Avec la simplicité de mon innocence, on franchis cet obstacle sans un effort. Une bâtisse apparaît, dominé par l'ombre, à l'allure d'une église gothique privée. Ses grandes façades logent des milliers de petits détails en matière d'architecture : des statues, des fresques, des grandes portes … Pour atteindre le hall, il faut emprunter un petit chemin de terre orné de fleurs desséchées sur le côté, puis se faire identifier par un gardien et si on est enregistrer ou reconnu, les portes s'ouvrent d'elles-mêmes.
Je dépose Allen sur le petit chemin, Timcampy à ses côtés, je me pose à mon tour et mon maillet réduit la longueur du manche. Quelques secondes après, mon innocence redevient comme avant. Je suis Allen qui a déjà commencé la marche. Cet endroit sombre me rassure : je rentre à la maison ! Un peu plus loin, on aperçoit Kanda. Décidément, il est allé plus vite que nous. On le rattrape de notre vive marche, Allen tente de l'appeler mais son nom reste coincé en travers de sa gorge, il se tait.
Une fois que l'on fait face au gardien, une statue représentant un grand visage incrustée dans la façade, nous remarquent. Par un laser, elle nous scannent et nous identifient.
Allen Walker, d'origine anglaise, quinze ans, un mètre soixante-huit, disciple du maréchal Cross.
Yû Kanda, d'origine japonaise, dix-huit ans, un mètre soixante-quinze, disciple du maréchal Tiedoll.
Lavi, dix-huit ans, un mètre soixante-dix-sept, héritier désigné des bookmen, disciple de Bookman.
Annonçant à haute voix nos noms, ils ouvrent la porte en signe de reconnaissance. C'est Kanda qui s'avance le premier. Allen et moi attendons un instant avant d'entrer dans le hall. Mais Timcampy nous ouvre la voie, et Allen le suit. Je fais de même. Nous sommes accueillis par des amis : Lenalee, une jolie fille qui fait souvent équipe avec nous, et son grand frère, Komui, chef de la section scientifique.
Que c'est bon d'être enfin chez soi !
