1 – L'attaque
- Joyeux mensualiversaire ! Claironna Alice en me tendant une housse scintillante, le regard éclairé.
Je roulai des yeux et attrapai l'objet en faisant mine d'être la plus comblée du monde. Seul mon père déchiffra ce que je pensais réellement et détourna ses prunelles de miel en retenant un sourire. Je trouvais ça stupide qu'on m'offre chaque mois un cadeau en justifiant que c'était parce que je prenais des années humaines.
- Il ne fallait pas Alice ! Souris-je en ouvrant la housse qui dissimulait, comme toujours, une robe digne d'une princesse. - Elle est somptueuse, merci ! Merci à vous tous !Finis-je en rassemblant entre mes bras l'amas de cadeau qu'ils m'avaient offert. Alice sembla ravie et trépigna en tapotant des mains.
Tour à tour ils vinrent m'enlacer, avec chacun leur habitude. Ma mère me serra tendrement et m'embrassa sur le front, mon père me prit le visage entre ses paumes pour m'embrasser sur le front, Emmet me fit tournoyer dans ses bras de titan, Rosalie me répéta à quel point elle m'aimait, Esmée et Carlisle m'enlacèrent en même temps, tout comme Jasper et Alice. Jacob et Charlie attendaient patiemment leur tour, un peu en retrait comme toujours. Je me jetai au cou de mon grand-père qui me tapota l'épaule et Jacob m'accueilli entre ses bras brulants.
- Tu es de plus en plus jolie ! Me dit Jacob en me toisant de la tête au pied de ses pupilles sombres. Je lui souris de toutes mes dents puis le serrai de nouveau. Il avait beau être très grand, je commençais à le rattraper sérieusement, et cela me réjouis. J'avais tellement hâte de sortir de ce corps de fillette. Il m'ébouriffa les cheveux en riant, derrière, j'entendis ma mère soupirer.
- 12 ans, c'est important ! Se justifia Alice envers ma mère, qui la contemplait avec amusement et agacement à la fois.
- Comme ses 9 ans, ses 10, puis ses 11… Lança-t-elle en envoyant un regard entendu à mon père qui haussa l'épaule toujours aussi amusé. Il semblait dire comme toujours que « Alice était Alice ». Un silence s'installa dans la nuit sombre.
- Quoi qu'il en soit 12 ans c'est encore jeune pour veiller aussi tard ! Reprit ma mère en me prenant la main avec un sourire. Etonnée, je m'accrochai de mon autre main à celle de Jacob.
- Déjà ??? Mais… Commençais-je à râler en m'agrippant toujours à Jacob qui fit une moue triste, comme toujours quand nous devions nous quitter. Je n'eus pas le temps de râler bien longtemps car mon père venait de m'attraper à son tour pour me hisser sur ses épaules. Avec mon père ça se passait toujours de paroles. Vaincue, je fis une moue terrible quand même, ce qui fit rire l'assemblée.
Perchée sur ses épaules je dominais toute la famille Cullen ainsi que Charlie et Jacob. Ils me regardaient avec toujours autant d'amour et d'émerveillement qu'au premier jour. Grandir et évoluer leur manquaient il autant ? Ils me firent tous des signes de la main et mes parents et moi rejoignîmes notre propre maison.
- Je n'aime pas dormir… Râlais-je alors que mon père me bordait. Je suis la seule qui dort c'est injuste !
Mon père s'assit sur mon lit, tout contre moi, et joua avec mes longues boucles sombres. J'étais sûre qu'il lisait mes pensées pour voir si je râlais pour de vrai ou si je faisais mon habituelle capricieuse. Vivre avec autant de gens à mes petits soins ce n'était pas bon pour mon éducation sociale, j'étais une vraie princesse et je m'en régalais. Ce ne devait pas être qu'un caprice car son si beau visage s'empli d'une étrange émotion.
- Tu n'es pas différente mon trésor. Me dit-il avec sa douce voix, répondant à une question que je n'avais même pas posée.
Il me rassurait tout le temps sur mon étrange existence, mais je ne me sentais pas moins à l'écart de leur race. Comme pour lui prouver ce que j'avançais, je posai ma main contre sa joue et lui envoyai de plein fouet la conversation que j'avais surprise entre Carlisle et lui. Ils avaient un jour parlé de leur inquiétude sur la façon dont j'étais sensé me stabiliser dans ma fulgurante croissance. Carlisle, qui avait fait des tests et des recherches sur un autre enfant demi-vampire, lui avait expliqué que l'âge auquel je me stabiliserai était aléatoire, et que la logique voudrait que je devienne à mon tour immortelle dans l'âge par la suite, mais que rien n'était similaire d'un enfant hybride à l'autre. Edward avait soupiré, ses traits angéliques se raidissant, puis la conversation avait continué par la pensée de Carlisle, ponctuée de hochements de têtes de mon père.
J'interrompis alors le souvenir en posant mes jeunes mains en boule contre ma bouche. Mon père cligna des yeux puis soupira. Il du lire qu'il était impossible de me faire changer d'avis car il n'essaya même pas de me dire quoi que se soit. Il me sourit avec amour et je me sentis obligée de le lui rendre, car je l'aimais trop pour le rendre triste. Il se leva et quitta la pièce pour rejoindre ma mère. Ma tête recommença à bouillonner de frustration, puis comme tout les soirs, je m'endormis en songeant que ma famille allait continuer à vivre sans moi pendant une dizaine d'heure.
Ce matin là je m'amusai à maquiller Rosalie tandis qu'Alice me coiffait, toutes trois assises devant le canapé du salon. A l'étage résonnaient les rires d'Emmet et de mon père qui discutaient sport. Esmée, Jasper, Carlisle et ma mère étaient partis chasser. Ils chassaient à tour de rôle pour ne pas éveiller les soupçons des humains. Nous étions bien trop nombreux maintenant pour pouvoir y aller tous en même temps. Je me mis à rire de ma voix d'ange devant la bouche rouge vif et dégoulinante que je venais de faire à Rosalie. Celle-ci s'essuya vite le bas du visage en ronchonnant, mais ne m'empêcha pas le moins du monde de recommencer avec une autre couleur.
- Ca manque de perles ! S'exclama Alice tout à coup en toisant mon chignon relevé d'où coulait des cascades de boucles et de rubans. Chantonnant et sautillant, elle alla chercher d'autres petits trucs qu'elle pourrait fourrer dans mes cheveux. Rosalie loucha quand je voulu lui mettre du mascara, ce qui me fit repartir dans mes rires cristallins. Alice revint alors dans le salon.
- Bon j'ai fini le stock de perles mais j'ai trouv… Elle ne finit pas sa phrase car son visage se figea et ses yeux vrillèrent tandis que ses mains lâchaient le coffret qu'elle tenait. Celui-ci vint s'écraser au sol, libérant des centaines de fines broches en argent qui glissèrent comme une pluie scintillante sur le carrelage.
Eberluée, je contemplai avec frayeur le corps de ma tante qui s'était pris de faibles convulsions. Rosalie sauta sur ses pieds alors qu'Emmet et mon père dévalèrent les marches pour venir attraper les bras d'Alice.
- Qu'est-ce que tu vois Alice bon dieu !!! Cria Emmet en la secouant, mais elle continuait de trembler, le visage horrifié et figé. Je me tournai alors pour voir mon père, et réalisai que son visage s'était lui aussi décomposé.
Nul mot ne pouvait décrire l'horreur qu'il éprouvait en lisant les pensées d'Alice. Il se reprit soudain et m'attrapa le bras avec violence alors qu'Emmet et Rosalie en firent de même avec Alice pour la trainer derrière Edward. Celle-ci revenait à elle et haletai avec une panique démesurée, incapable de parler. Je compris alors en voyant leur visage que quelque chose d'affreux allait se dérouler, et je fixai tour à tour leur visage quand nous quittâmes la villa blanche.
- JACOB !!!! Hurla mon père en continuant à me trainer derrière lui alors qu'il s'était mis à courir.
Jamais je ne l'avais vu comme ça ! Sa main me serrait si fort qu'il me fit mal et que, submergée par la peur, je me mis à pleurer tout en essayant de courir aussi vite que lui sans que me jambes ne trainent sur le sol de la forêt. Emmet, Alice et Rosalie étaient déjà loin devant, je pouvais sentir leur terreur. Mon père n'avançait pas aussi vite qu'il le pouvait, hurlant le nom de mon ami à travers la forêt. Sans doute voulait-il me confier à Jacob avant de rejoindre les autres.
Je me mis alors à regarder vers l'endroit ou les autres avaient filé et je tendis l'oreille pour écouter. Des sons de pas et d'exclamations m'apparurent alors, et je découvris qu'en plus des autres membres de ma famille partis chasser, d'autres personnes étaient présentes.
- JACOB VITE !!! Hurla mon père tandis qu'il me jetait littéralement sur le dos du loup qui venait de surgir des feuilles. J'entendis alors les premiers cris et des bruits de lutte. Mon père n'était déjà plus là.
Mon ami loup voulu faire volte face et courir de toutes ses forces mais quelque chose nous frappa sur le coté avec une telle violence que nous décollâmes du sol. J'atterris lourdement contre un tronc d'arbre qui s'arracha à mon contact et Jacob alla s'étaler en gémissant à 10 mètres plus loin. Tétanisée et les yeux trop remplis de larmes, je ne parvins pas à bouger. Un vampire, surement celui qui nous avait infligé ce coup, sortit des buissons et je reconnu immédiatement son visage. Caïus le vampire des Voltari. Au loin le hurlement d'Esmée retentit.
Jacob se redressa et se jeta à la gorge de celui qui s'approchait maintenant pour m'attraper. Une violente bataille commença entre eux deux. Dans un cri je me remis sur mes jambes et tentai de m'enfuir à l'opposée du vampire. Courant de toutes mes forces j'atterris au milieu d'arbres arrachés et de poussière. Haletante, je vis Rosalie se battre avec fureur contre une autre femme. De l'autre coté Carlisle se débattait au milieu de deux autres vampires. Les cris de ma famille m'arrachaient les oreilles. Puis celui de Jacob résonna alors, mais un hurlement affreux, mi-loup mi-humain. Une main se ferma alors si fort sur mon bras qu'il me coupa le souffle.
Un gigantesque vampire me toisait avec puissance sous ses prunelles rouges et je me remis à crier en me débattant de tout mon être. Je le mordis si fort qu'il du me frapper au visage pour que je cesse. Mais à ce moment là Emmet venait de s'emparer de lui et lui arracha le bras qui me tenait. Derrière nous Caïus, la bouche ensanglantée, venait de rejoindre le champ de bataille et de se dirigeait vers moi avec un sourire horrible.
- COURS NESSIE !!!
Suivant les ordres de mon oncle je m'éloignai une nouvelle fois de cet homme et traversai le champ de toute ma vitesse. Mais à mi-chemin je m'attrapai la tête de mes mains en hurlant alors que mon corps lâchai et tombai au sol. La douleur me rongea le corps alors que je me mis à convulser violemment. Jamais je n'avais éprouvé une telle souffrance. Puis tout à coup la douleur s'envola comme elle était venue et j'entendis le cri de ma mère sur la droite des arbres arrachés. Elle me fixait avec terreur et ses mains tendues en avant expliquèrent pourquoi la douleur avait disparu. Elle venait de lancer son bouclier pour nous protéger.
Je me relevai de nouveau alors qu'un feulement de femme résonna dans mon dos. Le bouclier ne sembla pas lui faciliter la tâche car elle recula dans l'ombre. J'entendis mon père se battre sur ma gauche, dans la forêt, et mes larmes ne purent s'arrêter alors que j'essayai de rejoindre ma mère qui me protégeait de son don, immobile au fond de la clairière. Mais son immobilité l'empêcha de parer l'attaque physique qui lui arriva dans le dos et je senti le bouclier éclater. La douleur reprit alors de plus belle et de nouveau je tombai dans les convulsions. Cette fois je n'en sorti plus jusqu'à ce que je sombre pour de bon dans l'obscurité. Mes sens s'effaçaient tandis qu'une odeur de fumée m'apparu faiblement.
Quand je rouvris les yeux, faiblement, la douleur semblait s'être envolée. Ma tête était si endolorie et lourde que je ne pouvais pas la soulever. Pourtant je savais qu'il fallait que je le fasse, je devais être forte pour aider ma famille… Mais quand l'inconscience s'évapora finalement, il n'y avait plus aucuns bruits. La forte odeur de brulé me fit froncer le nez et me donna la nausée. J'étais toujours allongée sur le sol fourragé de la forêt et mes sens m'indiquèrent que j'étais dans la même clairière crée par la lutte. La bataille était finie ? Pourtant je percevais encore des cris ! Mais quand ma fébrilité me quitta complètement, je compris que ce n'était pas des cris de lutte, mais des cris de tristesse.
Alice se matérialisa alors à mes cotés et m'aida à soulever doucement mon dos pour que je puisse m'asseoir. Dieu que son visage était triste. Je tournai les yeux vers la clairière et contemplai les quelques feux qui se mourraient. Ils devaient bruler depuis des heures. Avions-nous gagné ? Ils étaient morts et brulés ? Alice cacha alors son visage entre ses mains, et si son corps lui avait permis de pleurer, j'étais sûre qu'elle l'aurait fait.
Je contemplai la scène comme si je n'étais pas présente. Je voyais Emmet hurler de rage et frapper des arbres en les réduisant en miettes, Jasper essayait de le contenir, mais à sa posture je vis qu'il était trop anéanti pour faire quoi que se soit.
De l'autre coté Carlisle essayait de garder mon père serré dans ses bras. J'entendais ses murmures, je sentais la force qu'il employait pour empêcher mon père de se débattre. Il se laissait frapper violemment le torse sans rien dire, serrant le visage de son fils entre ses bras. Seuls les cheveux de mon père dépassaient de son étreinte, mais j'entendais ses cris de souffrances, j'entendais la douleur, l'injustice… Je perçus des bribes de phrases comme « Je ne peux pas ! » « Tue-moi Carlisle ! » « Je n'y arriverai pas ! » Je compris alors, aussi clairement que si l'on venait de me le dire, ce qui s'était passé pendant que j'étais dans l'obscurité, et les larmes explosèrent sur mon visage.
- Nessie ! Murmura Alice, sa voix était trop tremblante et faible pour qu'elle ne parvienne à me dire quoi que se soit, elle se reprit de nouveau le visage entre les mains.
Mon père venait d'entendre mes pleurs et il releva le visage, à moitié dissimulé sous le bras de Carlisle. Seigneur… Ce ne pouvait pas être les yeux de mon père… Ces yeux là ne reflétaient que de la douleur et de la haine. Maintenant je ne parvenais même plus à respirer tant les sanglots s'amoncelaient dans ma gorge. Je ne pouvais croire la vérité, non c'était impossible. Ma mère ne pouvait être morte ! Non elle ne pouvait pas !!!
- P-p-pa p-a-a ! Pleurais-je en tendant les mains vers lui.
Il repoussa Carlisle et accouru près de moi. Il m'attrapa si vite dans ses bras et avec tellement de force qu'il me fit mal, mais je ne le lui montra pas et enroulai mes bras d'enfants autour de sa nuque. Quand je relevai les yeux par-dessus son épaule, Carlisle s'était laissé tomber au sol, appuyé sur ses mains et la tête lâche sous ses épaules. Trop de larmes envahirent mes yeux et il me fut impossible de les laisser ouverts. Emmet arracha un nouvel arbre en hurlant et l'envoya dans la forêt. Des pas feutrés se firent entendre dans la clairière, je reconnu ceux d'Esmée ainsi que ceux des loups. Tous poussèrent un gémissement de deuil, et dans tous ces pleurs je ne parvins pas à entendre celui de Jacob…
