7 Le prix du désespoir

Je fis un drôle de rêve… J'avais retrouvé mon corps d'enfant et je courais dans notre forêt. Je ne savais pas pourquoi mais je courais comme si ma vie en dépendait, ou peut être la vie des autres. Les feuilles me giflaient le visage et le sang de mes plaies venaient se mêler à mes larmes. J'étais humaine ! Aussi vite que mon petit corps me le permettait je me faufilais sous les branches, sautaient les bosquets et repoussait les ronces avec mes bras repliés. Mon cœur battait si vite et mes poumons me brulaient. Je trébuchai et m'étalai en pleurant sur le sol fourragé. Je n'avais plus la force de continuer et je restai allongée en pleurant.

Une main m'attrapa doucement le bras et m'obligea à me relever. Emmet me remit sur pied et avec un tendre sourire essuya mes larmes. Il m'indiqua la direction de son bras musclé et de l'autre me poussa. Je me remis à courir en écartant les branches sur mon passage. J'arrivai tout à coup dans une clairière… La clairière. Jacob était là, beau et souriant comme dans mes souvenirs. Ses pupilles sombres me dévisagèrent avec amour et quand je voulu le rejoindre il m'arrêta en levant une main et en secouant la tête. Un vampire venait de poser une main sur son épaule et le tirait vers la forêt. Je voulais pousser un hurlement, le prévenir que c'était Caïus et qu'il allait le tuer, mais dans ce rêve il n'y avait pas de place pour les paroles. Cependant sa voix résonna dans ma tête alors qu'il disparaissait derrière le couvert des arbres.

« Mourir pour te sauver fut la plus belle des choses que j'ai faite de ma vie »

Un bruit me fit faire volte-face et je me retrouvai face à Rosalie, souriante elle aussi. Elle m'empêcha elle aussi d'approcher, car un second vampire apparaissait également à ses cotés. Je me souvenais d'elle-même si je ne la connaissais pas… Ses cheveux roux flamboyants et ses petits yeux plissés sous cet horrible sourire. C'était l'une des recrues des Volturi. Son don n'était pas des plus puissants, mais il était le plus craint des vampires. Comme pour affirmer ce que je disais elle claqua des doigts et un feu éclata juste aux pieds de Rosalie. Je voulu me jeter pour la repousser de ce bucher, mais toutes deux avaient déjà disparu.

« Prend bien soin d'Emmet »

Non non et non ! Pourquoi devais-je subir de telles horreurs ! Je devais me réveiller ! Il le fallait ! Car je savais dans toute mon horreur ce qui allait se passer maintenant et j'aurai préféré mourir plutôt que de la voir. Malheureusement elle était déjà là, au milieu de la clairière, aussi belle et souriante que les autres. Cette fois je me précipitai sur elle en hurlant de toutes mes forces. J'atterris dans ses bras et si mes pleurs n'avaient pas secoué tout mon petit corps je l'aurai supplié de vite s'échapper. Mais je pouvais à peine respirer. Elle me caressa les cheveux et me serra contre elle. Mais tout à coup on la tira en arrière et ses bras me lâchèrent. Un vampire imposant avait posé sa main sur son épaule et la tirait vers l'autre vampire aux cheveux flamboyant. Etrangement la femme était salement amochée contrairement à tout à l'heure, comme si elle était à l'article de la mort mais attendait d'accomplir sa mission.

« Ramène-moi Renesmée ! Trouve le et ramène moi ! »

Le vampire venait de la jeter aux pieds de la rouquine terrifiante. Je hurlais de douleur face au visage si serein et tendre de ma mère. La rouquine claqua des doigts et un autre feu éclata aux pieds de ma mère avant qu'elle ne disparaisse sous mes yeux.

« Réveille-toi vite avant qu'il ne soit trop tard ! »

- NOOOONNN !!!! Hurlai-je en me redressant en sursaut dans le lit de l'hôtel.

J'étais transpirante et terrifiée par la clarté de ce rêve. Ce n'était pas normal ! Jamais mes rêves n'avaient été aussi puissants ! C'était comme si leurs voix m'avaient réellement parlés. Seigneur le jour tombait déjà, j'avais dormi toute la journée ! Je mis plusieurs minutes à m'en remettre, me remémorant chaque détail et chaque parole. « Trouve le et ramène moi » « Réveille-toi avant qu'il ne soit trop tard ». Qui devais-je trouver ? Et pourquoi devais-je me réveiller avant qu'il ne soit trop tard ?

- Papa ! Criai-je en me jetant hors du lit.

J'enfilai les premiers vêtements qui me tombèrent sous la main et attraper un billet au passage avant d'ouvrir la fenêtre de ma chambre et de sauter. Je n'avais pas le temps de rester discrète. Quelque chose d'une importance vitale était en train de se dérouler ! Je me jetai sur la route en écartant les bras, un taxi pila et s'arrêta à quelques centimètres de moi. J'ouvris la portière et attrapai une pauvre femme que je tirai en dehors du taxi sans ménagements. Elle m'insulta et cria qu'on vienne l'aider mais j'étais déjà à l'intérieur. Pour toute explication je jetai un billet de 100 dollars au nez du conducteur qui appuya sur l'accélérateur avec un large sourire.

Comme s'il n'y avait pas de place pour le hasard, il était 23h17, et je compris qu'Alice s'était trompée ! Je ne savais pas encore ce que ça signifiait, ni si son erreur était volontaire, mais je n'avais plus le temps de chercher à comprendre. Quand le taxi s'arrêta devant le Bella Vista Parc je le quittai sans même un mot et pénétrai dans le parc la peur au ventre. Les 23h17 étaient dépassées et ma panique ne cessait d'augmenter alors que je fouillais le parc. Je le trouvai enfin.

- NON !!! PAPA !!! Hurlai-je quand je vis qu'il était penché sur un humain.

Je fis un bond en avant et repoussai mon père violement. Derrière moi il y eut des gargouillis ensanglantés, mais je moquais éperdument de la vie de ce misérable humain. Mon père me regardait avec une angoisse mêlée à de la honte, les genoux au sol. Je lui pris le visage puis de mes mains j'examinai tout son corps, sans trop savoir ce que je cherchai. Je ne comprenais pas, il DEVAIT être en danger ! Pourquoi ma mère m'aurait elle demandé vite de le trouver avant qu'il ne soit trop tard.

- Nessie ! Gémit mon père en me regardant sans comprendre.

Il m'attrapa les mains alors que j'examinai encore une fois s'il n'avait aucunes blessures. Sans doute lisait-il dans mon esprit sans rien saisir de tout ce fatras. Je les rejetais vivement et me redressai en maugréant. Qu'est ce que j'avais raté ?! Qu'est-ce que je n'avais pas vu ?! Un nouveau gargouillis dans mon dos me figea… Oh non… C'était ça que j'avais raté ! Je me retournai pour regarder la victime et mon cœur se serra quand je reconnu la chemise et le jean. Je ne pouvais voir son visage car la plaie de sa gorge avait recouvert celui-ci de sang, mais cela ne faisait aucun doute quant à son identité.

- Ryan !!!

Je me jetai sur son torse et plaquai mon oreille contre son cœur. Il battait toujours, mais très faiblement. J'avais repoussé mon père avant qu'il n'ait eu le temps de le tuer. Un nouveau gargouillis ensanglanté brisa le silence.

- Chut ! Ne parle pas ! Lui dis-je en pressant mes mains contre sa nuque ouverte. Il m'était difficile de repousser l'horrible désir qui me venait de boire le liquide chaud qui s'en écoulait. Mon père me regardait effondré, incapable de dire quoi que se soit. Rageuse je lui lançai mon téléphone portable.

- Appelle Carlisle et dis lui ou nous sommes ! Qu'ils arrivent tout de suite ! Le sommai-je toujours affairée à garder Ryan en vie. Mon père regarda le portable et secoua son beau visage angoissé.

- Fais-le ! Criai-je. Ryan se mit alors à convulser. Après un grognement mon père porta l'appareil à son oreille.

- Tu vas t'en sortir Ryan, le venin va te soigner ! Tu dois tenir jusqu'à ce qu'il fasse effet ! Murmurai-je paniquée.

Le malheureux suffoquait et serrait les mains qui faisaient pressions sur sa nuque. Mon père parlait avec Carlisle imperceptiblement, j'aurai pu les entendre si j'avais prêté l'oreille, mais je luttai pour retenir les convulsions de Ryan. Tout à coup mon père s'agenouilla près de moi et posa ses mains à la place des miennes avant de me donner le téléphone. Je le collai à mon oreille, tremblante.

- Carlisle ! Gémis-je les yeux écarquillés.

- Si son cœur s'arrête de battre relance le jusqu'à ce que le venin prenne le dessus ! Sa voix était comme à son habitude calme et maîtresse d'elle-même. Il me redonna la bouffée d'oxygène dont j'avais besoin.

- Je ne sais pas pourquoi mais il faut qu'il vive ! Couinai-je un peu honteuse.

- Nous arrivons ! Dès que le venin aura commencé à faire effet, mettez-le à l'abri. Nous serons là dans quelques heures ! Acheva-t-il en raccrochant. Je laissai tomber le téléphone dans l'herbe et rejoignis mon père.

- Ça commence ! Me dit' il en retirant ses mains de la plaie du malheureux qui avait tout à coup arrêté de saigner.

En effet, le jeune homme convulsait toujours, mais ce n'étaient plus les mêmes convulsions… Son corps tressaillait d'une brûlure insupportable. Ses cris débutèrent alors, déchirant le calme du parc. Mon père plaqua une main sur sa bouche, mais le beau blond désirait vraiment hurler car il planta ses dents dans les doigts de mon père. Celui-ci eut un faible sourire, qu'il chassa vite devant mon regard.

Ne pas ameuter les foules ne fut pas chose facile… Mon père avait beau le serrer de toutes ses forces, le diable se débattait comme pas possible. La scène était incroyable. Mon père serrait son torse et emprisonnait ses bras tout en le soulevant un peu pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Moi je serrai mes mains contre sa bouche pour l'empêcher de hurler. Nous nous étions refugiés au fin fond du parc et priions pour que personne n'ait des envies de promenades nocturnes.

- Désolée d'avoir dit tout ça papa. Soufflais-je au bout de deux heures de silence, enfin, deux heures de notre silence à nous. Il me regarda tristement, mais un faible sourire se dessina sur son visage angélique quand il lu mes pensées et que c'était sincère.

- C'est moi qui devrait être désolé… regarde ce que je suis devenu.

Il voulu lever les bras pour montrer ses pupilles mais l'autre en profita pour balancer ses poings partout. Il referma vite son emprise autour de lui.

- Tu as fait comme tu as pu… Je ne voulais pas réaliser ce que tu endurais. Achevai-je enfin dans un murmure. Ce furent là nos dernières paroles, car tout ce que j'avais à dire à mon père ne se passa que par les pensées et des hochements de tête.

Un bruit de moteur puissant brisa le calme du lever du jour et un bruit de palissade arraché retentit, faisant s'envoler une nuée d'oiseaux. En moins de temps qu'il fallut pour le dire des phares illuminèrent le parc désert et un énorme 4x4 surgit hors des arbres. Emmet et Alice avaient déjà sauté et accouraient vers nous. Il se jeta sur moi et me fit tournoyer entre ses bras. Mon père n'osait pas les regarder dans les yeux.

- Imbécile ! Lui siffla Alice. Mais elle ne devait pas vraiment le penser car mon père était déjà dans ses bras en souriant.

Carlisle était déjà sur Ryan et le maintenait au sol. Esmée soupira d'aise en voyant que nous étions tous là et ses yeux pétillèrent quand ils se posèrent sur le fils qu'elle avait perdu. Trop honteux pour faire le premier pas c'est elle qui vint l'embrasser sur le front et lui dire à quel point elle l'aimait. Emmet se contenta d'une tape sur son épaule. Il devait encore un peu lui en vouloir surement.

- Allez monte vite. Me dit Jasper en me prenant les épaules et en m'entrainant derrière le 4x4. Les autres garçons avaient déjà soulevé Ryan et l'avaient balancé sans ménagement sur la banquette arrière du gros engin. Esmée Alice et moi montâmes dans le cabriolet de Carlisle.

- Tes visions sont foireuses Alice ! Nous avons passé un jour entier ensemble et toi tu ne vois que le moment ou il se fait bouffer ! Génial le timing ! Crachai-je une fois assise près d'elle. Elle me tira la langue et fit une moue offensée.

- Ce n'est pas facile ! Dès que toi tu es impliquée, je ne vois plus rien. La seule fois ou je l'ai vu c'est quand il n'y avait que lui et Edward.

- Quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'il se passe ? Demanda doucement Esmée qui conduisait. J'envoyai un regard noir à Alice puis me penchai vers le siège avant.

- J'ai fait une sorte de rêve prémonitoire, un truc du genre, ou on me disait de vite sauver quelqu'un. J'ai cru que cela concernait papa, mais il s'agissait de l'humain.

- Moi j'avais vu ce type roder dans les parages, comme s'il cherchait quelque chose et…

- C'est parce qu'il savait que je m'angoissais pour un truc à Burnside Street ! La coupai-je.

- Bref ! J'ai vu ça, puis quand Edward l'attaquait. Je pensais que ce n'était rien, après tout cela fait des années qu'il chasse des humains.

Je déglutis difficilement et elle roula des yeux d'un air désemparé. Je n'arrivais pas à croire que toutes ces années elle avait suivi mon père dans ses moindres faits et gestes sans qu'on ne me dise rien.

- Mais quand Nessie a insisté pour aller le trouver, toutes mes visions se sont chamboulées et j'ai compris qu'un truc pas net se préparait. Finit-elle dans un souffle.

- Que vois-tu d'autre ? Lui demandais-je alors. Elle haussa les épaules.

- Plus rien, vu que maintenant tu es impliquée.

- Pour résumer, vous savez toutes les deux que ce jeune homme est important, bien que vous ne sachiez pas du tout pourquoi. Sourit Esmée. Comme deux bonnes élèves nous acquiesçâmes penaudes.

- Carlisle adore les mystères ! Son sourire maternel s'était agrandi et je m'apprêtais à le lui rendre quand un coup sourd sur le toit nous fit sursauter. Je senti l'odeur de mon oncle. Alice ouvrit la portière et il se glissa à l'intérieur.

- Je déteste ton fils ! Grogna-t-il à l'adresse d'Esmée. Il me souleva pour me mettre sur ses genoux et je le regardais avec angoisse. Il avait vraiment l'air en colère. Alice riait dans barbe.

- Lequel de fils ? S'amusa Esmée

- Celui qui mange les humains ! Crachat-il d'un air furibond. Esmée lâcha un rire cristallin, rejointe bien vite par Alice. Je voulu rire aussi mais me retint quand il me toisa, mauvais.

- Quelle idée d'essayer de lui faire la morale aussi !

- Alice je croyais que tes visions ne marchaient pas quand Nessie est là ! Répliqua-t-il vexé.

- Pas la peine de me servir de mes visions, tu es trop prévisible Emmet…

- Finalement j'étais mieux dans l'autre voiture…

Sa remarque nous fit partir en éclats de rires, et après un court instant il finit par rire lui aussi. Ce fut dans cette même ambiance que nous rejoignîmes Forks.