11 – Révélations

Le flot de souvenirs défilait dans mon esprit à une vitesse folle. J'essayai de tout lui montrer, même les choses dont je ne saisissais pas le sens, comme mes rêves ou mes hypothèses farfelues. Je plissai les yeux et serrai un peu plus ma main sur son bras glacial. Je ne devais rien oublier, pas le moindre détail… Car j'étais le tableau noir aux milles équations et lui était l'homme qui allait réussir à le déchiffrer et en trouver la combinaison. Une barre douloureuse vint se placer devant mes yeux et j'interrompis le contact au moment ou les souvenirs de notre arrivée en Transylvanie s'écoulaient de moi.

- Nessie tout va bien ?!

Mon oncle me rattrapa entre ses bras et me soutint le temps que je cesse de vaciller. Je ne maitrisais pas assez bien mon don et faire ressurgir toute une vie de souvenirs pendant une heure entière m'avait complètement anéanti. Vlad n'avait cessé de sourire, le visage légèrement relevé, comme s'il humait un quelconque fumé les yeux fermés. Lorsqu'il les rouvrit il posa ses prunelles rougeâtres sur moi avec un intérêt presque indécent. Puis se fut au tour de Ryan d'être méticuleusement détaillé. Mon oncle me chuchotait des paroles rassurantes à l'oreille et j'acquiesçai en me frottant l visage de la main.

- J'ai rencontré un vampire possédant un don similaire il y a environ quatre siècles. Commença-t-il en ne lâchant pas mon ami du regard.

Un espoir jaillit au fond de mon cœur et la faiblesse me quitta bien vite alors que je contemplais Ryan avec curiosité. Alors il n'était pas le seul à posséder un tel contrôle du corps ! Je mourrais d'impatience de connaitre la suite.

- Cette vieille humaine avait le même genre de capacité que votre ami, du genre à ne jamais tomber malade, à soigner par le toucher et toutes ces balivernes. Ce n'était que de vagues signes de guérisseuse bohémienne de bon marché dont les humains se moquaient… Mais pas nous. De mauvais types l'avaient repéré et ils ne s'étaient pas trompés. Une fois devenue vampire, elle pouvait par un simple contact modifier la structure ADN d'un individu, et de ce fait le transformer physiquement en une toute autre personne. Continua-t-il sur un ton monocorde. Un long silence s'en suivit, et j'étais trop curieuse et impatiente pour attendre.

- Que s'est il passé ensuite ? Demandai-je doucement. Vlad se tourna vers moi avec ce même visage dur et dénué d'expression.

- Je l'ai tué de mes propres mains. Lâcha-t-il dans un souffle.

Je retins un gémissement et Ryan manqua de tourner de l'œil. Le vampire sourit de toutes ses dents devant nos réactions.

- Que les vampires puissent contrôler l'électricité, les pensées, la souffrance… Tout cela fait partie de l'ordre des choses, mais une telle abomination devait être détruite. Acheva-t-il avec gravité en se tournant vers Ryan.

- Attendez ! Lança mon oncle en se précipitant devant Ryan qui venait de reculer si vivement qu'il était tombé de sa chaise.

Je me jetai également à ses cotés et le relevai en émettant un feulement protecteur. Vlad ne sembla même pas réagir et n'avait toujours pas décroisé ses doigts de la surface de la table. Ryan se débattait de notre emprise pour fuir et je pouvais entendre son cœur battre à tout rompre, son beau visage déformé par la peur. L'illustre vampire daigna enfin lever une main pour nous demander de revenir à la table. Emmett se raidit mais il consentit à se rasseoir en tenant fermement le bras de mon ami fuyard, j'en fis de même.

- Ils étaient venu me voir tout comme vous, avec cette vieille femme. Eux aussi avaient pensé à moi lorsqu'ils s'étaient rendu compte qu'ils ne pouvaient pas la transformer eux-mêmes. Carlisle à bien sûr du mentionner un jour que notre venin devenait plus puissant avec les siècles, je me trompe ?

Emmett me regarda vivement alors que mes joues s'empourpraient. En effet Carlisle m'avait expliqué que nos dons et nos capacités devenaient plus fortes avec l'âge. J'avais alors de suite pensé à Vlad Basarab, le vampire de toutes les légendes, hantant le château des Carpates depuis des siècles.

- Je devrais le tuer sur le champ pour ne pas risquer une nouvelle catastrophe. Mais contrairement à ces autres vampires, j'ai pu lire vos intentions, remercions pour ça votre incroyable talent très chère.

- Vous voulez dire que vous allez nous aider ? Insinuai-je timidement en envoyant un regard à Emmett avant de reposer mon attention sur Vlad.

- Je n'ai pu lire en vous que l'ébauche d'un vaste plan, un plan pour le moins démentiel, mais comment ne pas résister à l'appel au secours d'une créature si rare et somptueuse ? Dit-il en étirant un sourire qui devait se vouloir sympathique, mais qui n'en restait pas moins effrayant.

- Nos intentions ne sont pas mauvaises, ma nièce pense pouvoir utiliser à bien le don de cet humain. Si jamais ce n'était pas le cas nous ferions en sorte que son pouvoir ne soit jamais divulgué.

- Je n'en doute pas. Je suis moi-même curieux de nature, et ses maladroites hypothèses m'intriguent au plus haut point. Mais avant d'engendrer quoi que se soit, j'aimerai beaucoup savoir quels sont les motivations de l'intéressé.

Le vampire posa ses prunelles flamboyantes sur mon ami et j'en fis de même. Je me posai toujours cette même question, qu'est-ce qui pouvait bien le motiver à endurer toute cette histoire lui qui quelques semaines plus tôt ne se doutait même pas de notre existence. J'aurai aimé que mon père soit là et qu'il puisse fouiller à volonté dans son esprit. Mais d'un autre coté, il aurait également lu les miennes et m'aurait empêché de tenter cette abominable expérience. Ryan frémit et son regard se fit fuyant.

- Mes motivations ne regardent que moi… Balbutia-t-il en essayant de paraître sûr de lui.

Sa remarque déclencha les rires du vieux vampire qui claqua des doigts. Deux serviteurs s'empressèrent de se pencher près de leur maître. Je me demandai quelle folie leur était venue de travailler pour le compte d'un vampire… Carlisle m'avait dit que les Volturi travaillaient également en compagnie d'humains, mais je ne comprenais toujours pas pourquoi ils risquaient leur vie comme ça. Vlad échangea des paroles en roumain avec eux et ils quittèrent prestement la salle dans un grincement de porte.

- Puisque nous sommes d'accord sur le principe, passons aux choses sérieuses. Amenez votre ami à l'étage, vous trouverez des chambres. Choisissez celle que vous désirez, de toute façon votre ami n'aura pas vraiment envie de détailler la pièce durant ces trois prochains jours ! S'esclaffa le vampire en se relevant. Dieu qu'il était grand.

- Par contre je dois m'entretenir avec vous pour nous mettre d'accord sur les termes du contrat. Je ne tiens pas à ce qu'il ait de malentendu si jamais la situation nécessite… intervention. Reprit-il en s'adressant à mon oncle.

Je frémis sous le sens de ces paroles et Ryan glissa sa main dans la mienne, le cœur toujours emballé. Mon oncle hocha la tête et prit la direction que lui indiquait Vlad, vers une autre porte plus petite. Quant à nous, nous nous dirigeâmes vers la grande porte et une fois de l'autre coté nous grimpâmes les immenses escaliers. La première chambre ferait l'affaire, et Ryan s'assit sur le lit à baldaquin avec une mine de déterré. Je fermai la porte et m'empressait de m'agenouiller devant lui.

- Si tu ne veux pas le faire je ne t'en voudrais pas ! Clamai-je sur un ton suppliant en serrant ses mains.

- Depuis ce fameux soir où tu t'es réveillée en sursaut, je me suis résolu à t'accompagner. Soupira-t-il les épaules affaissées.

- Mais pourquoi Ryan ?! Explique-moi !

- C'est si difficile à comprendre que ça ? Sourit-il faiblement, ses beaux yeux azur plongés dans les miens.

Je sentis un nœud se former dans ma gorge et les larmes me picoter. Les souvenirs brûlants de ses baisers sur ma nuque m'apparurent devant les yeux et je secouai la tête pour les faire partir. Je me sentais si coupable, moi qui ne connaissait rien à l'amour. M'aimait-il au point de risquer sa vie et nous suivre aveuglement ?

- Quand tout ça sera fini nous pourrons être ensemble, pour toujours ! Souris-je en serrant ses mains.

Il acquiesça légèrement, mais il ne semblait pas partager la même vision des choses que moi. Comme si je devais le lui prouver, j'avançai doucement mon visage vers le sien, fermant les yeux et frôlant ses lèvres, mais il se recula. Etonnée j'ouvris les yeux, et l'expression qu'il arborait me figea. Une sorte d'hésitation mêlée à une déception profonde. Je sondai son regard pour comprendre son refus et il sourit tristement.

- Ce n'est pas la peine de m'acheter Nessie, j'ai déjà pris ma décision.

- T'acheter ? Mais… Je croyais que nous… Enfin que tu…

- Je t'aime, ça personne ne peut dire le contraire. Mais toi, tu ne m'aime pas. Continua-t-il en caressant mes mains doucement. Le nœud de ma gorge se fit plus violent, tout comme mon incompréhension.

- Mais c'est faux ! Pourquoi dis-tu ça ! Clamai-je vexée.

- Parce que si tu m'aimais vraiment nous ne serions jamais venus ici…

Il avait parlé avec une telle douceur alors que ses mots étaient si durs. Je le contemplai figée. Puis des larmes coulèrent le long de mes joues, car je réalisai qu'il avait raison. Si je l'avais aimé autant que lui, jamais je n'aurai accepté qu'il endure ces atrocités, jamais je n'aurai accepté qu'il risque sa vie pour un plan chimérique. J'avais tellement envie de lui dire que je m'en voulais, que je me détestais… Seuls mes sanglots parvenaient à sortir. Il enserra mon visage entre ses bras et mes pleurs s'étouffèrent contre son torse. Au bout d'une dizaine de minutes je relevai mon visage pour le regarder.

- Pourquoi fais-tu tout ça alors ? Sanglotai-je.

- Nessie, je ne suis rien… Je n'ai pas de famille, pas de maison, aucune raison de me réveiller le matin. Vous m'avez offert la chance de renaître, de devenir quelqu'un, de pouvoir montrer ce que je suis vraiment.

- Tu es quelqu'un de merveilleux. Répondis-je en me serrant contre lui. Il me caressa les cheveux, puis une nouvelle fois je reculai pour lui parler.

- Nous pourrions tout de même vivre ensemble, l'amour viendrait j'en suis sûre ! Dis-je avec détermination.

- Au détriment de quel autre amour Nessie ? Sourit-il en rejetant en arrière une boucle qui me cachait les yeux.

Je le fixai avec étonnement. Que voulait-il dire par cette phrase ? Qu'en essayant de construire notre amour, je négligerai quelque chose d'autre ? Mais la porte s'ouvrit alors et je me retournai vivement. Vlad venait d'entrer, suivi par deux assistants. Il me toisa un instant puis reporta son attention sur mon ami. Celui-ci soupira puis me releva. Je voulu m'écarter et rester près du lit mais il me repoussa en secouant son beau visage.

- S'il te plait, je ne veux pas que tu me voies comme ça.

De nouvelles larmes coulèrent silencieusement le long de mes joues, et face à cette expression si tendre et déterminée, je ne pu lutter et quittai la pièce. Quand la porte se referma sur moi les sanglots tentèrent de me dévaster mais je ne les laissai pas faire. La respiration saccadée je dévalai les escaliers, cherchant l'odeur de mon oncle. Je le senti plus loin sur la droite et je me précipitai à son encontre. Il se tenait derrière une baie vitrée, au milieu d'une large terrasse surplombant les montagnes. Il se retourna et quand il me vit arriver son visage devint triste et inquiet. Je n'arrivai pas jusqu'à lui car un hurlement horrible déchira le silence du château et je me laissai tomber à genoux sur le marbre.

- Nessie… Dit-il d'une voix suppliante.

Il me souleva dans ses bras et traversa la terrasse aussi vite que l'éclair avant de sauter par-dessus la terrasse. Les cris de douleur de Ryan m'arrachaient le cœur, et mon oncle du vraiment s'éloigner pour que nous ne puissions plus les entendre. Il me posa sur un coin d'herbe, à l'abri d'un couvert d'arbres, puis se mit à faire les cents pas devant moi. Je savais qu'il devait penser que toute cette histoire ne rimait à rien, que ce n'était qu'un rêve que je prenais pour réalité, un caprice effroyable. Je désirais tant qu'il me le dise…

Mais encore une fois il n'en fit rien. Il se laissa tomber sur les genoux fasse à moi et me prit le visage entre ses paumes froides, m'obligeant à le regarder. Le corps parcouru de sanglots je relevai les yeux pour contempler ses prunelles d'or. Il essaya de parler, poussant des grognements quand il n'y parvenait pas, secouant le visage, mais rien ne sortit de sa bouche.

- Je dois partir chasser. Lâcha-t-il alors en se redressant.

- Ne bouge pas de là, et je t'interdis de retourner au château !

J'acquiesçai timidement, glissant mes doigts dans les brins d'herbe. Il refit quelques allers-retours devant moi avant de lâcher une nouvelle exclamation de rage et disparaitre dans les fourrés. Mes doigts serrèrent si fort les herbes qu'elles furent broyées. Je ne pouvais pas connaître la raison de sa colère, mais je me doutais bien que j'en étais la cause. Il était même obligé d'aller chasser de peur que son emportement ne devienne dangereux pour le sang qui refluait de mes veines.

Son odeur se fit lointaine, très lointaine, jusqu'à ce que je ne puisse plus le sentir. Je m'allongeai dans cette herbe sombre de montagne et contemplai le ciel nuageux. Ryan devait souffrir atrocement et hurler de toutes ses forces en ce moment même… Je tentais de penser à autre chose pour que les sanglots ne remontent pas. Je repensai à ce qu'il m'avait dit avant que Vlad n'entre. Au détriment de quel autre amour Nessie… Une légère brise remua les arbres, et mes pensées m'entrainèrent dans un sommeil trop longtemps écarté.

Mon cœur se serra lorsque je reconnu la végétation qui m'étouffait… Toujours ce même endroit dans la forêt. L'endroit de mes prémonitions. Vu qu'aucun vampire ne se trouvait près de mon corps endormi, je m'étais donc enfoncée dans cet étrange pouvoir dont j'ignorais tout… Qu'allait-il essayer de m'expliquer cette fois ? Je me mis à courir de toutes mes forces, ignorant les branchages qui me lacéraient le visage et l'air qui brulait mes poumons. La racine approchait, je savais que j'allais tomber… Mes bras frappèrent le sol avec violence et le choc me fit rouler sur le flanc. Je levais le visage et le cherchais des yeux. Emmett n'était pas là.

Je me relevai alors seule, inquiète de ce mauvais présage, et reprenais ma course folle. L'aveuglante lumière de la clairière me fit plisser les yeux mais je luttais pour regarder quand même. Jacob n'était pas là, ni Rosalie. Ma gorge se serra et je priais pour qu'elle apparaisse, qu'elle me dise que j'avais eu raison… Qu'elle me dise que j'étais en train de la ramener. Je savais où regarder. Lorsque je la vis sortir du couvert des arbres je poussai un gémissement de douleur et me précipitai sur elle. Comme toujours elle m'accueillit dans ses bras et me caressa les cheveux.

- J'ai compris ce que tu me montrais ! Je te ramène maman ! Je te ramène ! Pleurai-je contre sa poitrine.

« Je sais chérie, je sais »

- Je vais tous vous ramener ! Sanglotai-je de plus belle.

Ma mère ne répondit pas et je relevai la tête pour la regarder. Son expression semblait attristée. Elle n'en dit pas plus puis un tendre sourire se dessina sur son visage.

« Tu dois voir Nessie, tu dois ouvrir les yeux »

- Que dois-je voir maman ? Suppliai-je, réalisant que la vision se troublait lentement.

Mais ma mère s'évapora, emportant mon rêve avec elle. Je sursautai en jetant mes bras en avant, comme pour la retenir, mais je ne sentis que l'air glacé de la nuit. Je regardai tout autour de moi haletante. On m'avait recouverte d'une couette épaisse, et je ne sentais plus la dureté du sol car j'étais assise sur une autre couverture. De nombreux coussins jonchaient tout autour de moi. J'avais du mal à croire que je me trouvais toujours dans ce même plateau de la montagne… Pourtant les mêmes arbres m'entouraient, et l'odeur était similaire. Je sentais mon oncle, proche, très proche.

- Emmett !

Des pas se mêlèrent aux bruits ambiants de la montagne et mon oncle sortit des buissons. Il vint s'asseoir prés de moi et posa ses avant-bras sur ses genoux. Je me penchai quelque peu et fut soulagée de voir que ses cernes avaient disparues et que son regard s'était coloré d'ambre. Il avait réussi à chasser quelque chose. Il était retourné au château pour prendre toutes ces couvertures. Tout ça pour que moi je n'y remette pas les pieds et n'entende pas les cris de Ryan. Son visage semblait épuisé et terrassé.

- Merci pour tout ce que tu fais pour moi. Murmurai-je en posant ma joue contre son bras. Son odeur m'apaisa et je fermai les yeux.

- C'est normal. Après tout tu es ma nièce.

Je rouvris les yeux, étonnée, et me reculai pour pouvoir le regarder. Jamais je n'avais entendu une telle intonation dans sa voix… Cette si belle voix grave toujours empreinte de malice et d'ironie. Là, c'était comme si sa voix s'était éteinte, comme si cette dernière phrase, il l'avait dite pour lui-même. C'en était trop pour moi, il fallait que je sache pourquoi il souffrait tant… Ma mère m'avait dit de « voir ». Je devais ouvrir les yeux sur ce qui était trop évident pour que je n'y fasse vraiment attention : la souffrance de mon oncle.

- Justement ! C'est pour ça que tu devrais me dire ce qui te torture ! Clamai-je avec détermination.

- Ces choses ne regardent que moi Nessie. Marmonna-t-il en me relevant la couverture pour me l'enrouler autour des épaules. Je la rejetai vivement.

- Oh bien sûr elles ne me regardent pas ! Par contre mon père, lui, ça le regarde ! Rétorquai-je virulente en le forçant à me regarder. Cette fois je n'allais pas le laisser s'esquiver ! Mon rêve avait été clair, je devais le travailler au corps !

- Ce qui se passe entre lui et moi ne te suffit pas ?! Toi aussi tu veux partager sa colère envers moi ?! Tu serais plus heureuse en ignorant tout ! Cracha-t-il en se raidissant.

- Je suis ta nièce et j'ai le droit de sav… Commençai-je.

Mais je ne pu finir ma phrase car il se redressa d'un bond en lâchant une exclamation de rage. Surprise, je relevai la couverture devant ma bouche, le regardant fracasser un arbre du poing. Je réalisai que ma respiration s'était coupée. Quand il se retourna, son visage était déchiré par la colère et la souffrance.

- C'est justement parce que tu es ma nièce que j'ai si mal ! Tu es ma nièce Nessie ! Je t'ai vu naître et je t'ai vu grandir ! Cria-t-il d'une voix étranglée.

Mon cœur battait si vite maintenant, j'avais la sensation que toute cette scène m'échappait. Mon oncle se prit alors la tête entre les mains et tomba genoux à terre. Cet homme que je croyais indestructible, celui qui me protégeait depuis mon enfance, cette figure de puissance et de force venait de s'écrouler devant moi. Tout se passa très vite alors, mes souvenirs, mon rêve, mon cœur… J'avais réussi à terrasser les barrières de mon oncle, et maintenant, comme me l'avait dit ma mère, je voyais. Je voyais tout ce que j'avais occulté ces derniers mois. Ce que mon cœur n'avait pas voulu dévoiler. Je comprenais maintenant cette répulsion qu'il me vouait depuis que je m'étais figée dans l'âge adulte, pourquoi il ne pouvait plus dormir avec moi, pourquoi il haïssait tant Ryan. Et je comprenais enfin mes propres réactions et cette peur qu'il ne me surprenne dans ses bras. Oui, je venais de voir.