14 – Déjouer la mort
Encore une fois, je n'avais pas pu retourner au château. Mes minces tentatives s'étaient finies en crises de panique dès que les cris de la femme m'arrivaient aux oreilles. Je repartais alors en sens inverse en maugréant avec virulence. Emmett me suivait à la trace, mais à distance quand même de mes accès de rage. Une journée entière venait de défiler avant que ma soupape de sécurité n'ait enfin cessé de siffler. Je sentais ma colère et ma panique s'éloigner, bien que ce ne soit pas la grande forme tout de même. Je m'assis sur un rocher en soupirant et il me rejoignit en entourant mes épaules de son bras protecteur.
Il fallait que je retourne au château, car maintenant que j'avais eu le temps de mettre bout à bout ce qui s'était passé, je me doutais de ce qu'il se passait là bas. Ils ne m'avaient pas dit en quoi consistait réellement le don de Ryan, mais j'avais senti cette onde me parcourir le corps avant de se rendre dans celui de la femme. Je n'avais pas halluciné la couleur de ses cheveux qui s'assombrissaient… C'était horrible et inimaginable, mais c'était en train de se passer… Ryan avait envoyé je ne sais quoi dans le corps de cette femme et elle était en train de se transformer. Un je ne sais quoi qu'il avait tout d'abord pris dans mon propre corps par le biais de ma blessure. Elle ne se transformait pas uniquement en vampire après la morsure de Vlad, non, son corps se transformait pour devenir celui de ma mère.
- Qu'est-ce qu'il a bien pu faire avec nous… Marmonnai-je doucement.
Je savais qu'il ignorait aussi pas mal de choses, mais lui au moins avait eu le droit de voir Ryan et d'assister à certains exploits en compagnie de Vlad. J'espérais qu'il puisse un peu m'éclairer.
- Sans Eleazar on ne peut pas mettre de nom sur ce dont il est capable… Mais d'après ce qu'il a dit à Vlad, lorsqu'il est en contact avec le sang, c'est comme si un livre s'ouvrait devant ses yeux et qu'il pouvait « lire » aussi clairement qu'un bouquin la constitution d'un corps vivant.
- Il peut donc voir nos cellules, notre ADN et tout ce qui va avec ?
- C'est ce que nous croyons… Et bien plus encore. Acquiesça Emmett, en laissant tout de même la fin de sa phrase en suspend. Je relevai les sourcils pour l'inciter à continuer.
- Mais ?
- … Mais pour ce qui est du reste nous ignorons tout. Il a essayé d'expliquer ce qu'il ressentait lorsqu'il touchait le sang des précédents humains. Pour lui c'était comme si d'une main invisible il pouvait contrôler tout ce qui l'intéressait, tels que les gènes, l'ADN et certaines autres cellules.
- En quoi cela diffère-t-il du pouvoir de la vieille femme vampire que Vlad avait détruit ?
- Il diffère en tout ! La vieille femme pouvait uniquement modifier la structure ADN des vampires, leur changer la couleur des cheveux, la forme du visage… Ryan lui, possède un accès total au sang humain ! Et ce qui le rend si incroyable c'est qu'il est capable de transmettre des informations retenues dans un autre corps vivant ! Un don pareil, c'est effrayant…
- Que crois-tu qu'il ait fait sur nous ? As-tu une hypothèse ?
- Je pense qu'il a d'abord lu ton sang… Il a fouillé dans tes gènes, a séparé ceux qui provenaient d'Edward et sélectionné ceux de Bella. Ensuite je crois qu'il les a transféré dans le corps de l'humaine. Un truc de ce genre du moins.
Je retins un gémissement, les yeux écarquillés. Ses explications tenaient la route, et la scène dans la chambre prenait tout son sens maintenant. Mais tandis qu'une de mes théories prenait vie, toutes les autres s'écroulèrent et mon ventre se serra… Ryan contrôlait le corps via le sang, et c'était grâce à ça qu'il pouvait ramener des défunts. Il pouvait les recréer par le biais d'informations existantes, comme cette partie de ma mère coulant le long de mes veines. C'était logique, à quoi avais-je pensé en imaginant que d'un claquement doigt il pourrait ramener qui bon lui semblait… C'était impossible. Ce qui voulait dire que Jacob et Rosalie…
- Il ne pourra pas les ramener… Murmurai-je la voix brisée de sanglots.
Je tournai vivement le visage, cherchant dans le regard de celui que j'aimais une unique preuve du contraire, une simple lueur qui m'aurait assurée que je me trompais… Mais son regard d'or ne reflétait qu'une profonde tristesse. Son visage était résolu, comme s'il avait écarté depuis longtemps déjà cette possibilité de pouvoir les ramener. Il s'était douté qu'un tel pouvoir ne pouvait exister sans posséder un support existant… Aucun vampire n'avait la chance de pouvoir transmettre ses gènes, comme l'avaient fait mon père et ma mère ainsi que de très rares élus. Les vampires étaient en quelque sorte génétiquement tous orphelins. Quant à Jacob, il n'était pas humain, et si jamais il y avait eu une chance de pouvoir le ramener, Emmett en aurait parlé. Ces injustices me frappèrent au ventre et les larmes coulèrent sur mes joues livides.
- Ne craque pas maintenant bébé, il te reste encore du boulot. Me dit-il en me secouant doucement les épaules.
J'acquiesçai en sanglotant, frottant mes yeux et me forçant à respirer calmement. Cette fois il n'attendit pas que je me calme de moi-même et employa les grands moyens, conscient que le temps pressait. Il se releva et me fit face avant de me soulever contre lui. J'enserrai mes jambes autour de sa taille et passai mes bras autour de son visage. Il déposa un baiser sur la naissance de ma poitrine et inclina la tête hors de mon décolleté pour voir où il posait les pieds. Je serrai un peu plus mes bras autour de sa tête et fourrai mon visage dans ses cheveux. Je ne voulais pas y retourner, mais cette fois je n'avais pas trop le choix…
Je fus étonnée de ne pas entrer dans la même chambre, mais au final je supposais qu'ils l'avaient déplacé pour nettoyer l'autre. Emmett ouvrit la porte et je retins une exclamation en me plaquant les mains sur la bouche. Vlad se tenait de l'autre coté de la pièce et regardait le lit sans ciller, ce même lit ou était allongée la victime, bâillonnée et maintenue par des sangles… Mais ce ne pouvait pas être la même humaine que ce matin, c'était impossible… Ses cheveux raides et blonds que j'avais vu s'assombrir imperceptiblement étaient devenus bouclés et sombres. Ses traits s'étaient modifiés, et pas uniquement sous l'effet du venin. Même sa voix était radicalement différente, je pouvais m'en rendre compte malgré le bâillon.
- Merveilleux n'est-ce pas ?
Je rivais mes yeux vers l'illustre vampire, dégoutée qu'il se délecte autant de cette atroce expérience, mais c'était le deal. Emmett glissa ses doigts dans les miens, comme pour me demander de ne pas faire d'esclandres. J'obéi et desserrai la mâchoire. Ce vampire avait entre les mains la vie ou la mort de mon ami, ce n'était pas le moment de faire pencher la balance… D'ailleurs, ou était-il ?
- Ou est Ryan ? Demandai-je avec inquiétude.
- Dans la bibliothèque, il n'a toujours pas la force de tenir dans la même pièce que vous. Répondit-il sans jamais détourner ses pupilles rougeoyantes du lit.
Je baissai le visage, déçue de ne pouvoir être près de lui. Je ne l'avais vu qu'une seule fois depuis sa transformation, et je n'en gardai pas un très bon souvenir. Il m'arrivait d'oublier que mis à part ma mère, les vampires nouveau-né avait besoin d'une bonne année voir deux avant de se contrôler. Cette perspective me noua le ventre. Je ne pourrais donc pas revoir mon ami… Je ne pourrais pas l'aider à surmonter cette nouvelle vie. J'étais inutile. Je me tournai alors vers Emmett avec une expression suppliante.
- Je vais le voir. Lâcha-t-il avec une pointe de déception, comme si l'idée de me laisser là ne lui plaisait pas tant que ça.
Il quitta la pièce tandis que j'avançai vers la malheureuse bâillonnée qui se tortillait de douleur. Je m'assis contre elle, sous le regard excité de Vlad. Je posai ma main sur son front et elle ouvrit des yeux exorbités par la souffrance. Même ses pupilles autrefois bleu foncés s'étaient coloré de marron. Une pointe d'or brillait en son centre, mais il était encore trop tôt pour qu'elles n'en soient entièrement recouvertes. Je contemplai son visage en respirant difficilement. Si je ne savais pas ce qu'il s'était passait, j'aurai pu croire que ma sœur était allongée là. Mais ce n'étaient pas des traits fraternels qui modifiaient peu à peu son visage…
- C'est impossible… Chuchotais-je en la regardant.
- Mais c'est pourtant vrai. Vous avez sous les yeux la copie parfaite, la jumelle sans défaut, avec les mêmes traits physique, la même maladresse, la même façon de réagir… Sourit Vlad.
- Elle ne se souviendra de rien… Murmurai-je en caressant son front trempé.
- Malheureusement on ne transmet pas sa mémoire dans ses gènes.
- C'est pour ça que vous m'avez fait venir. Pour que je lui rappelle sa vie de vampire. Mais pour son autre vie ? Charlie, Renée, Phénix, la rencontre avec mon père…
- Elle aura tout le temps d'écouter vos histoires. Il ne faut pas en demander trop à la vie, ce que nous faisons là et déjà assez contre-nature.
- Vous avez raison… Soupirai-je en reposant mes yeux sur ma mère, enfin sur ce qui était en train de le devenir.
J'avais du mal à l'accepter, car la vision de l'ancienne humaine hantait encore mes souvenirs, et j'avais si peur de ne pas ressentir de sentiments pour cette copie conforme après tout ça.
- Combien de temps vous faudra t'il pour lui transmettre tout ses souvenirs ?
Je réfléchis un instant, évaluant le nombre de souvenirs que je possédais avec elle, même ceux ou elle n'était qu'en arrière plan, la moindre de ses apparitions. Je voulais qu'elle se rappelle le plus petit détail, la plus insignifiante parole échangée avec un membre de ma famille. Tout comme Ryan, je pouvais « lire », et mes souvenirs défilaient en accéléré, se triant d'eux-mêmes, écartant ceux ou elle n'apparaissait pas et calculant le temps de chacun. Je relevai tout à coup la tête.
- Six heures et quarante-trois minutes. Déclarai-je alors quand mon analyse cessa.
- Formidable ! Siffla le vampire avec un regard avide et pétillant.
Je lui lançai un regard noir, énervée qu'il s'amuse autant de ce qui arrivait à ma mère. Ma mère ? C'est moi qui avais songé à ce mot ? Je venais de le penser sans m'en rendre compte, sous le coup de l'instinct protecteur. Tout n'était donc pas perdu… Elle pouvait redevenir celle que j'aimais. Je souris tendrement et posai ma seconde main près de la première sur son front. J'inspirai profondément et fermai les yeux.
- Tu vas te souvenir à quel point nous t'aimions maman. Murmurai-je alors que le flot se déversait déjà devant ses yeux, qu'elle figea dans le vide entre deux gémissements de douleur.
Plusieurs fois je manquai de m'effondrer, mais je retenais mon corps au dernier moment, mes yeux se retournant et devenant blancs. Jamais je n'avais utilisé mon don avec autant de puissance et aussi longtemps. C'était comme si les milliers de films qui s'échappaient de moi entrainaient dans leur course une partie de mon flux vital. Mais dès que je me sentais partir, je me concentrai au dernier moment sur le souvenir que je lui transmettais actuellement, et sa vision me redonnait du courage. Vlad s'était assis contre moi et me soutenais depuis plus de deux heures, il m'avait même donné à boire. Je ne savais pas si je devais le remercier ou lui en vouloir. Car je savais qu'il se moquait de mon état, tout ce qu'il désirait était de connaître le résultat final de l'expérience.
Emmett le relaya pour les trois heures suivantes, me chuchotant de tendres paroles à l'oreille et posant ses mains sur les miennes, comme s'il désirait m'aider. Je n'avais toujours pas rouvert les yeux, concentrée sur l'énorme travail que j'effectuais, relayant un à un les souvenirs pour que le montage soit parfait, pour que ma mère ait la simple sensation de se réveiller après avoir fait un long rêve. Je supposais que son corps avait continué durant toutes ces heures à se modifier, ressemblant de plus en plus à la silhouette qui défilait en ce moment dans mon esprit, et même si le désir ardent me brulait de regarder, je ne le fis jamais. Je ne voulais pas risquer de recevoir un choc et briser la chaîne de mes souvenirs.
La dernière heure fut la plus horrible, premièrement car je n'avais plus aucune force, et deuxièmement car je devais lui insuffler les souvenirs horribles de sa mort, de la souffrance de mon père, du deuil de notre famille… C'est au moment où je retombai dangereusement dans les pommes que je sentis tout à coup l'odeur de Ryan. Il rodait autour de la chambre, sans avoir la force d'y entrer de peur de me blesser. Mais il était tout de même là ! Il me soutenait ! Il s'était battu jusqu'au bout contre ses pulsions pour sauver ma mère, je n'avais pas le droit d'abandonner maintenant. J'émergeai une nouvelle fois de ma faiblesse, entendant les paroles inquiètes de mon amour mêlées à celles de Vlad. Je trouvai les dernières forces de soutenir ma tête, n'ayant jamais lâché le front de ma mère, et achevai dignement la dernière ligne droite.
J'ouvris tout à coup les yeux, sans rien comprendre. Tout était flou et différent. Ou était ma mère, Ryan, Vlad, l'autre chambre… Que se passait-il ?! Ou étais-je ?! Je tentai de me redresser mais je n'avais plus de forces, et mon dos retomba lourdement sur le matelas. Emmett m'embrassa doucement et ses lèvres froides ma rassurèrent. Je regardai tout autour de moi, perdue, et il me sourit en me caressant la joue.
- Tu m'as fait peur gamine.
- Qu'est-il arrivé ? J'ai échoué ?! Murmurai-je avec faiblesse et inquiétude.
- Tu as été fantastique. Sourit-il avec un regard pétillant de fierté.
Je lui rendis son sourire, fascinée par la beauté de ses traits et la perfection de son visage. Il m'expliqua calmement ce qu'il s'était passé, me laissant le temps de récupérer. J'avais réussi à lui insuffler tout mes souvenirs, et quand j'avais enfin retiré mes mains de son visage, je m'étais effondrée, je ne respirai presque plus, mais Vlad et lui s'était occupés de moi. Emmett m'avait ensuite porté jusqu'ici et il avait veillé sur mon sommeil. Je lui attrapai la nuque pour attirer son visage et l'embrasser, reconnaissante.
- Je dors depuis combien de temps ? Marmonnai-je la voix raillée.
Je vis Emmet faire la moue, comme s'il redoutait ma future réaction. Pourtant je pouvais lire quelque chose de nouveau dans son expression, une sorte d'étincelle qui m'était jusque là inconnue. Il se lança enfin à parler.
- Environ vingt-et-une heure…
- QUOI ?!!! Explosai-je en envoyant valser les couvertures et en bondissant hors du lit.
Il me soutint quelque peu le temps que j'arrête de chanceler, mais ne m'empêcha pas de quitter la chambre, au contraire, il se précipitait à mes cotés. Si j'avais presque dormi 24 heures, alors cela signifiait qu'elle était réveillée depuis longtemps, que sa transformation était achevée. Et si jamais cela n'avait pas fonctionné ?! Oh seigneur ! Et si ce n'était qu'une pâle copie de ma mère ?! Une coquille vide ??? Dans l'escalier je me retournai tout à coup pour sonder l'expression de mon amoureux, et mon corps s'embrasa quand il acquiesça avec un sourire ému. Elle était vivante ! Nous avions réussi ! Son odeur me sauta au nez et je manquai de retomber dans les pommes.
J'ouvris la porte le cœur battant à tout rompre... et je tombai à genoux en lançant un gargouillis étranglé. Les sanglots secouèrent mon corps violemment et ma vision se troubla, alors que j'aurai tout donné pour pouvoir encore contempler son visage. Elle était là, immobile et superbe au milieu de la pièce, les mains jointes et ses belles boucles retombant en cascade sur son corps parfait. J'entendis ses pas se précipiter vers moi et je lançai un nouveau gémissement de douleur quand ses bras glacés enserrèrent mon visage. J'avais tant de fois rêvé de ce moment, tant de fois elle m'avait serré contre elle… mais cette fois c'était réel ! Je ne parvenais presque plus à respirer désormais.
- Mon bébé, ma petite fille ! Calme-toi mon trésor !
Mais sa voix cristalline si familière m'arracha de nouveaux sanglots, et je me sentais si pitoyable de ne pas réussir à me contrôler. Je parvins tout de même à entourer mes bras autour d'elle et la serrer de toutes mes forces. Son odeur, sa voix, son corps… Tout était pareil, à la différence près que désormais je la serrai avec un corps d'adulte. J'ouvris mes yeux emplis de larmes et contemplait son magnifique visage. Ses prunelles étaient rouges, mais cela n'avait aucune importance. Nous avions réussi, elle était là, et je la tenais fort contre moi. Elle me regardait avec tant d'amour.
- Emmett ! Dit-elle timidement en essayant de se reculer de mon étreinte tout à coup.
Il attrapa mes bras et les retira de ma mère alors qu'elle se reculait le visage rayonnant et attristé à la fois. Mon amour prit place dans mon étreinte, pour m'empêcher de la rejoindre, alors que je contemplai ma mère s'éloigner et m'envoyer des baisers du creux de sa main.
- Je t'aime chérie ! Me dit-elle une fois arrivée à l'extrémité de la pièce.
Je comprenais qu'elle ne puisse pas encore me serrer très longtemps, c'était déjà fantastique que son don lui offre une si grande maîtrise d'elle, et je lui souris avec tout l'amour dont j'étais capable.
- Je crois qu'elle t'aime aussi Bella ! Ajouta Emmett à l'adresse de ma mère en se moquant de moi.
Elle rit de bon cœur tandis qu'il m'ébouriffait les cheveux, et j'avais du mal à me rendre compte de la réalité de cette scène. Lui aussi paraissait comblé de bonheur, il regardait ma mère avec cet amour fraternel intense, qui ne semblait ne s'être jamais éteint. Vlad se rapprocha de ma mère et tout deux commencèrent à parler tranquillement, le regard du vieux vampire toujours aussi avide et émerveillé. Je priais pour qu'il ait eu sa dose d'expérience, et accepte enfin de nous laisser en paix. Mon regard se posa alors sur Ryan, immobile dans un coin. Je lui envoyai un signe de la main et un sourire radieux.
- On s'est bien débrouillé pas vrai ? Dit-il doucement avec une expression heureuse malgré son effort pour se contrôler.
- C'est grâce à toi Ryan ! Répliquai-je en voulant faire un pas en avant, mais mon amoureux passa un bras ferme autour de ma taille pour m'en dissuader. Ryan semblait si fragile et seul, son beau visage tendu par l'effort mais également empli de tristesse.
- Que vas-tu faire maintenant ? Essayai-je ensuite en relevant le visage vers lui.
Il était si loin et si proche à la fois. Ses prunelles rouges m'observèrent longuement, puis un mince sourire se dessina sur ses traits divins.
- Attendre, Nessie… Attendre.
Ma mère sortit de sa discussion enjouée pour regarder mon ami avec respect et gratitude, il lui rendit un regard tout aussi aimable, comme si un lien profond s'était tissé entre eux. J'avais du rater tellement de choses… je me demandais comment s'était passé son réveil. Quelle panique et quelle incompréhension elle avait-du avoir. Vlad avança avec grâce vers Ryan et nous fit face en posant une main amicale sur son épaule.
- Je veillerai sur lui jusqu'à ce qu'il puisse se contrôler. Je pourrai en même temps veiller à ce que son pouvoir reste inconnu de nos confrères.
Finalement ce vieux Comte Dracula ne m'avait pas déçu. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'éprouvais de l'affection pour lui, mais je lui devais le retour de ma mère, et ça, ça n'avait pas de prix. Le vieux bougre devait avoir eu une bonne dose d'excitation cette semaine, et l'on pouvait lire à ses traits que cela faisait de longues d'années qu'il ne s'était pas autant amusé. Chacun avait eu sa part, et je ne craignais plus de laisser mon ami en sa compagnie. Celui-ci quitta d'ailleurs précipitamment la pièce, non sans m'avoir jeté un dernier regard affectueux. Je savais que je n'allais plus revoir son visage avant une longue année. Ma mère le regarda partir en soupirant, puis croisa ses mains sur son cœur, ne me lâchant jamais des yeux. Je la regardais à mon tour, ne réalisant pas encore tout ce qu'il s'était passé dans ce château lugubre.
