14 – Retrouvailles
Le problème de rapatriement de ma mère ne se posa pas, car Vlad se chargea de nous affréter un Jet privé. Ainsi elle n'aurait pas à se retrouver dans un aéroport surpeuplé d'humains. Quand l'avion décolla, ma mère me serra la main avec un sourire, et comme toujours je ne pu détacher mes yeux de ses traits qui m'avaient tant manqué. Emmett n'osait pas trop se montrer amoureux devant elle, comme s'il se sentait gêné. J'étais moi-même quelque peu anxieuse… Aurai-je du attendre un peu ? Mais j'avais plus que jamais besoin de lui, et de le sentir si loin de moi me faisait souffrir.
Ma mère me dévisageait depuis un certain moment déjà, me questionnant du regard. Je cédais enfin pour lui avouer ce qui me torturait. Je lui envoyai alors discrètement un flot d'images sur notre couple, et bien que sa réaction fusse assez choquée dans un premier temps, elle ne pu rester insensible face à ces souvenirs débordant d'amour qui ne pouvaient pas mentir. Elle me regarda avec une expression mitigée, puis se tourna furtivement vers son beau-frère, l'observant avec une curiosité intense. Quand elle ramena ses pupilles dans les miennes elle se mordait la lèvre avec malice et trépignait littéralement sur son siège. Un immense bonheur m'envahit alors que nous nous serrions les mains en étouffant des petites exclamations surexcités. Une fois que notre état euphorique se fut envolé, je fourrai mon visage contre son épaule, priant pour que mon père soit aussi facile à convaincre.
Durant tout le trajet, ma mère se mourrait de curiosité sur sa vie humaine, et bien que je ne connaisse pas toute l'histoire et que mon don ne nous soit d'aucune utilité, je tâchai de lui en dire un maximum. Emmett prit le relais, lui qui en savait plus que moi, et dès qu'il mentionnait le nom d'Edward, elle se mordillait les lèvres et ses yeux se mettaient à pétiller. C'était comme si elle allait le rencontrer pour la première fois, tout en connaissant déjà tout de lui et de leur avenir… Elle était amoureuse de son souvenir, et cela se voyait qu'elle ne désirait qu'une chose, retrouver la vie qu'elle avait quitté. C'était si étrange, mais elle avait très bien accepté la situation, plus que nous deux en tout cas.
Quand la fatigue finit par me gagner, je quittai le siège accroché à celui de ma mère pour venir m'asseoir derrière, sur les genoux d'Emmett, et dissimuler mon visage dans le creux de sa nuque. Je le sentis hésiter, comme s'il jaugeait la réaction de ma mère… Je supposais qu'elle lui avait fait un signe ou quelque chose du genre car il m'entoura ensuite de ses bras et me berça jusqu'à ce que je m'endorme.
Il préféra louer une voiture plutôt que de prendre un taxi, histoire de ne courir aucuns risques. Toutes les deux patientions dans une zone industrielle sombre, à l'abri de toute tentation. Une voiture nous passa sous le nez et je sentis ma mère serrer un peu sa main dans la mienne et se raidir, mais elle ne broncha pas. Ce que j'étais reconnaissante que son don fasse partie de ses gènes, tout comme ses traits de caractères. Je n'osais même pas imaginer dans quelle situation nous aurions été s'il avait fallu patienter comme avec Ryan. Une cabriolet dernier cri arriva à toute vitesse et fit un spectaculaire dérapage devant nous. Ma mère grimpa à l'arrière et je sautai sur le siège passager.
Plus que quelques heures et nous serions chez nous… Ils allaient se retrouver ! L'excitation me rendait folle et ma jambe tressaillait sous une sorte de tic nerveux. Mon amoureux posa sa main sur mon genou, sans quitter la route des yeux, et j'hochai la tête avec un sourire gêné. Lorsque le panneau de Forks nous apparu enfin, mon cœur se serra et je vis que ma mère s'était remise à tortiller ses mains. Une mauvaise manie que j'avais hérité d'elle, et cette petite chose me fit monter un bref sanglot. Emmett se mit à accélérer plus que de raison, comme si c'était sa façon à lui d'exprimer son impatience, et bien vite les murs de notre villa se dessinèrent.
Nous bondîmes hors de la voiture, nous précipitant dans le salon… Mais ils n'étaient pas là, nous ne percevions même pas leur odeur. Bella avançait en frolant le moindre objet, souriant aux souvenirs qu'elle avait d'eux. Un peu perdus, nous fîmes le tour du salon, puis Emmett sortit son portable de la poche de son jean et en ouvrit le clapet. Sans doute voulait-il appeler Carlisle, mais il n'en eut pas le temps. Nous nous tournâmes vers la grande baie-vitrée, fixant un même point à l'orée de la forêt. Leur odeur se rapprochait très rapidement. Nous allâmes à leur rencontre, traversant une bonne partie du jardin quand ils sortirent enfin du couvert des arbres.
Tout se passa alors très vite… Je vis à leur expression qu'ils avaient senti de très loin une odeur qu'ils ne pouvaient croire, qui ne pouvait plus exister. Pourtant elle était bien là, face à eux. Ma famille se figea, et mon cœur se mit à battre la chamade alors que je contemplai un seul visage en particulier… Mon père haletait, le regard exorbité et le teint livide. Alice poussa un gémissement strident en plaquant ses mains contre sa bouche alors que Jasper rattrapait une Esmée faible et vacillante. Carlisle fut le premier à réagir, se précipitant comme jamais pour attraper ma mère entre ses bras. Ils échangèrent des murmures étouffés tout en parcourant le visage de l'autre de leurs mains, comme pour s'assurer qu'ils étaient réels.
Comme si ce geste avait soudainement décongelé ma famille, ils se jetèrent tous sur elle et leurs exclamations de joie mêlée à leurs paroles étranglées emplirent le jardin. Jamais je n'avais vu des vampires parvenir à exprimer physiquement une telle émotion. Seul mon père n'avait pas bougé… Il regardait le petit groupe en tremblant, les poings serrés. Jasper le contempla un instant, sondant ses émotions, puis fit reculer de force une Alice qui s'était maintenant mise à crier et gesticuler en tout sens comme une hystérique. Carlisle en fit de même avec Esmée. Ma mère était maintenant visible. Sa respiration était saccadée et elle ne le lâchait pas de ses yeux apeurés et tendres.
- Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas toi ! S'exclama-t-il avec douleur, le corps maintenant secoué de sanglots invisibles.
- Papa… Pleurai-je doucement en faisant quelques pas vers lui.
Emmett me retint de sa poigne de fer, et vu que je me débattais, il me souleva littéralement pour que mes pieds ne touchent plus terre jusqu'à ce que je me sois calmée. Carlisle regardait son fils avec tristesse, inclinant son superbe visage empli d'affection et de maturité. Ma mère fit un pas en avant, mais lui, en recula d'un autre. Elle tendit les bras vers lui, le visage meurtri, et il poussa un cri de douleur en reculant de nouveau. Je voyais à ses traits qu'il essayait de lire ses pensées, sans y parvenir. Ma mère se mit à pleurer, silencieusement, alors qu'elle faisait un nouveau pas en avant. Mon père secouait la tête négativement, le visage déchiré et le corps tremblant. Jamais je n'avais vu un tel regard, sa douleur était si puissante que toute sa famille se mit à souffrir. Mes larmes n'arrivaient pas à se calmer… Il fallait qu'il la reconnaisse ! Il le fallait ! C'était elle, c'était elle… Une légère brise souleva nos vêtements et les boucles sombres de ma mère voletèrent doucement devant son visage larmoyant. La brise atteignit mon père, faisant frémir sa chevelure de cuivre en bataille, et il se figea.
- Bella !!!!
Il avait crié son nom dans un gémissement, le visage déchiré par trop d'émotions, et il s'effondra au sol, mains en avant. Ma mère se précipita alors et se jeta à ses cotés. Elle serra les tempes de mon père entre ses mains pour lui relever la tête et coller son front contre le sien. Il se balançait d'avant en arrière dans un état d'intense souffrance, incapable de cesser de trembler alors qu'elle lui murmurait tant de choses à l'oreille. Derrière moi j'entendis les geignements d'Alice et d'Esmée alors que Carlisle et Jasper se tenaient mutuellement l'épaule en se secouant avec joie. Emmett me caressa discrètement la hanche, m'envoyant un regard reconnaissant pour tout ce que j'avais fait, pour avoir cru en l'impossible. Je me laissais aller aux larmes lorsque mon père jeta enfin ses bras autour de la taille de ma mère pour l'embrasser avec force.
J'avais été incapable de ramener toute ma famille, mais je savais que j'avais tout de même accompli quelque chose d'extraordinaire… En sauvant ma mère je venais de sauver mon père.
Je luttais pour garder les yeux ouverts, repoussant le sommeil comme je le pouvais depuis des heures. Il était hors de question que je les quitte maintenant ! Ma mère racontait notre histoire avec passion, envoyant de grands gestes dans les airs et imitant à la perfection la voix de Vlad. Elle manqua plusieurs fois de filer des coups de coude à mon père qui esquivait les attaques avec amusement, sous les rires de ma famille. Au bout d'un moment il lui emprisonna les mains et elle rit en faisant mine de râler. Mes yeux se posèrent sur leurs mains entrecroisées, plus particulièrement sur leurs anneaux. Mon père l'avait détaché de son cou la veille, et le lui avait passé au doigt. Qu'ils étaient beaux, elle assise sur ses jambes sur le canapé, se dévorant mutuellement des yeux. Elle le taquina sur sa mauvaise tête, et il fit mine de la faire basculer tandis qu'elle poussait un cri. Alice vint au secours de sa belle-sœur en se jetant sur Edward, bien vite défendu par Jasper et Emmett. Des éclats de rires emplissaient la pièce, sous les regards amusés de Carlisle et Esmée.
Je contemplai la scène avec des yeux pétillants, ne réalisant pas encore complètement le bonheur qui nous submergeait. Je baillai discrètement, mais tous s'en aperçurent évidemment. Ils se lancèrent un regard entendu, conscient qu'avec de tels débordements de joie je n'irai jamais dormir. Ma mère échangea un regard complice avec son mari et celui-ci acquiesça avec un sourire dissimulé. Elle repoussa Jasper qui rejoignit les bras d'Alice sur le sofa, puis elle se posa sur l'accoudoir du fauteuil ou je m'étais lovée. Je secouai vivement la tête, devinant ce que présageait ce sourire. Elle se pencha pour embrasser mon front et me prit le bras.
- Maman… Grommelai-je en me faisant tirer hors du fauteuil.
- Chérie, tu auras toute l'éternité pour regarder tes oncles et tantes se conduire en gamins ! Dit-elle radieuse en tendant son autre main vers mon père qui s'en saisit avidement.
Les Cullens acquiescèrent de bon cœur, la mine complice. Pourtant, comme pour affirmer la remarque de ma mère sur leur gaminerie, Jasper se reçu une balle de base-ball en pleine tête puis se jeta sur Emmett. Leurs rires retentirent de nouveau quand le choc les fit passer par-dessus le dossier du canapé, et Esmée donna un coup de coude dans les côtes de Carlisle pour qu'il cesse de sourire bêtement, me montrant d'un signe de menton. Il se reprit, soucieux que j'aille dormir, et fit mine de ne plus faire attention aux jeux de ses enfants. Je pouvais tout de même sentir la joie qui l'envahissait devant ce bonheur retrouvé.
- Je ne veux pas aller dormir pendant que vous vous amusez ! Râlai-je en tirant sur son bras.
L'ironie du sort voulait que cette même scène se soit passé cinq ans auparavant, lors de mon anniversaire, comme si rien ne s'était jamais passé et que tous avaient reprit leur rôle là ou ils l'avaient laissé.
- Allons, personne ne s'amuse trésor ! Assura mon père, juste au moment ou Esmée rattrapait de justesse le vase qu'une nouvelle balle perdue avait failli renverser.
- De toute façon nous aussi nous allons rentrer avec toi. Reprit ma mère en envoyant un œil sévère en direction de Jasper, qui s'excusa d'un haussement d'épaules de ne pas avoir été très coopératif.
De savoir qu'ils allaient m'accompagner au Cottage me fit baisser les armes, et je m'avouai vaincue tandis qu'ils saluaient les autres en prenant le chemin du jardin. Je me figeai tout à coup dans l'embrasure de la baie-vitrée et ma mère se tourna intriguée. J'inclinai le visage pour contempler le salon. Emmett s'était redressé de derrière le canapé et me fixait avec une expression étrange, les mains posées sur le dossier. Mes pupilles se posèrent dans les siennes et je pu sentir sa déception de me voir partir dormir loin de lui, bien qu'il tenta de ne rien laisser paraitre. Ses bras allaient me manquer, mais je savais qu'il comprendrait, et que nous attendrions le temps qu'il faudrait.
- Nessie pourrait peut être dormir ici après tout, si elle n'a pas envie de les quitter. Lança mon mère l'air de rien, bien que son expression ne trahisse une certaine appréhension.
- Ici ? Pourquoi ? S'étonna Edward, regardant dans le salon d'un air détaché.
Mon cœur se mit à battre rapidement alors que je rivais mes pupilles inquiètes dans celles d'Emmett. Il me répondit de ce même regard, n'osant rien dire. Mon père fronça les sourcils, puis nous dévisagea tout les deux tour à tour. La panique m'envahit, car maintenant que le retour de ma mère avait été bien ancré dans les esprits, il allait se concentrer su un autre point délicat. Comme pour me soutenir dans cette épreuve, Emmett contourna le canapé et vint se saisir de ma main, ne lâchant pas son frère des yeux. Mes joues s'empourprèrent tandis que je baissai les yeux. Les autres membres de ma famille s'éloignèrent en faisant comme si diverses décorations du salon attiraient soudainement leur attention. Mon amoureux croisa le regard de mon père et je frissonnai devant cet échange si puissant. Le contact dura une longue minute, et l'intensité de leur expression me fit frissonner. Je ne saurai jamais ce qu'il lu dans ses pensées à ce moment là, mais quand mon père se détourna enfin, il s'approcha pour embrasser mon front. Emmett esquissa un sourire craquant et baissa les yeux, comme s'il avait du mal à contenir sa joie.
- Passe une bonne nuit. Me murmura-t-il.
Ma mère retint un sourire ému, puis lâcha ma main pour me serrer contre son cœur pour me souhaiter une bonne nuit. Elle se tourna ensuite vers mon père et frôla ses lèvres des siennes avec un regard pétillant avant de se remettre en route. Je la soupçonnai d'effectuer une sorte de feinte pour qu'il réussisse enfin à nous laisser, moi sa fille et lui son frère. Mon père ne la quitta pas des yeux, un sourire béat accroché au visage, et il bafouilla un faible au revoir avant de se précipiter pour la rejoindre. Alors ça y est ? C'était officiel ? Nous pouvions nous aimer ? Emmett pressa sa main dans la mienne et je lui envoyais un regard pétillant. Je ne pensais pas que se serait aussi facile… De toute façon, il avait certainement lu d'étranges pensées à mon égard dans l'esprit d'Emmett lorsque je l'avais ramené de la ville. Maintenant il savait que ce n'était plus que de simples sensations, c'était réel.
Alice roucoula en joignant ses mains devant sa frimousse mutine, puis elle se jeta près de Jasper dans le canapé alors qu'il allumait la télévision. Esmée m'embrassa à son tour avant de se rendre dans la cuisine en chantonnant. Je vis du coin de l'œil que Carlisle avait posé sa main sur l'épaule d'Emmett et que tout deux échangeaient un discours muet, se regardant uniquement dans les yeux avec un sourire. Je grimpai alors les escaliers, un peu émue parce qu'il venait de se passer. Cela faisait deux jours que nous étions rentrés à Forks, et je m'en voulais d'avoir autant négligé mon pauvre corps en me faisant sourde à ses signes de fatigue.
Je retirai mes vêtements en me perdant dans l'émotion de mes nouveaux souvenirs. J'avais l'impression qu'un siècle s'était écoulé depuis la dernière fois ou nous avions sauté par la fenêtre Ryan et moi… Son nom me noua l'estomac. C'était grâce à lui que ma famille avait retrouvé le bonheur, et il ne pouvait pas être là, s'amuser avec nous et partager cet amour familial qu'il cherchait depuis si longtemps. Je n'avais pu échanger que quelques mots dérisoires avec lui, et un immense vide s'était formé dans ma poitrine. J'essuyai du revers de la main mes larmes naissantes et relevai la couverture. Un bruit de papier froissé m'intrigua, et j'en cherchai l'origine. Mon regard se posa alors sur un bout de parchemin glissé entre les draps.
Je m'en emparai hâtivement et portait le papier à mon visage, inspirant les odeurs profondément. Il y avait celle de mon amour, très présentes, car c'était lui qui avait du déposer ce message là, mais il refluait aussi cette douce odeur moins familière mais si chère à mon cœur. Ryan. Tremblante et excitée je dépliais le bout de papier ancien et lu à voix basse ce qu'il contenait.
« Ma jolie poupée,
Ce que j'aurais aimé te parler plus longtemps avant que tu ne t'en ailles. Je devais vraiment avoir l'air pathétique dans mon coin, à serrer les dents avec une mine de chien enragé. Je te dévorais déjà des yeux avant, mais là je me retenais plutôt de ne pas te dévorer un bras. Je ne suis pas sûr que ton gorille aurait apprécié que j'abime un bout de sa princesse. »
Je relevai mes yeux emplis de larmes en riant doucement, serrant la lettre contre mon cœur, puis les replongeai de nouveau à l'intérieur.
« Le peu que l'on s'est vu, je souffrais pour ne pas te faire de mal, et je suis triste que tu n'aies pas de meilleurs souvenirs de mon nouveau moi. Je me sens si bien tu sais, même si tu n'as pas pu le constater, et je te suis si reconnaissant de m'avoir laissé grimper dans ta voiture ce jour là. Je ne pensais pas que devenir un Dracula pouvait être aussi extraordinaire. Bien sûr ce n'est pas facile, et j'ai honte de devenir aussi affreux quand la faim se fait sentir, je prie pour qu'un beau jour je devienne un mangeur de salade comme ta famille. Tu verras, un matin je frapperais à ta porte et je pourrai enfin te serrer dans mes bras. Le temps passera vite, après tout qu'est-ce qu'une ou deux petites années dans une vie de vampire ? Vlad m'enseignera tout ce que je dois savoir, et me protègera. Tu serais étonnée de l'affection qu'il me porte ! Je me sens bien en Transylvanie. Ne te fais donc pas de mourons pour moi ma belle. Sois heureuse avec ton gorille, car s'il y a bien une chose que mes nouveaux yeux ont remarqué, c'est l'amour qu'il éprouve pour toi. J'espère qu'il ne sera pas rancunier et te délivrera bien ce message, si jamais, vérifie dans sa gorge, peut être qu'il l'aura avalé pour dissimuler les preuves !
Avec toute mon affection de vampire,
Ton Ryan. »
J'avais ris, puis pleuré, ris de nouveau, et re-pleuré au fur et à mesure que ses mots défilaient sous mes yeux. Si seulement il se doutait à quel point cette lettre soulageait ma conscience meurtrie. Le vide de mon cœur s'effaça doucement et je portai une nouvelle fois le message à mes narines pour humer son odeur. La porte s'ouvrit alors, et je tournai mon beau visage pour voir entrer Emmett. Il me sourit en contemplant le papier déplié entre mes mains ainsi que les larmes qui coulaient le long de mes joues. Je laissai échapper un petit rire de bonheur en lui tendant les bras. Il s'allongea sur moi et posa doucement sa tête sur ma poitrine tandis que nous contemplions en silence le message que je serrais toujours dans ma main.
- Il dit que tu m'aimes très fort. Souris-je en jouant avec ses cheveux.
- Il a aussi dit que j'étais un gorille. Rétorqua-t-il dans un murmure faussement vexé.
- Il n'a pas tout à fait tord, tu as ratatiné Jasper tout à l'heure et tu as essayé de l'achever avec un vase.
- Mouais… Alors disons que je suis un gorille amoureux ! Acheva-t-il en relevant un peu le visage pour me regarder. Seuls ses yeux dépassaient de ma poitrine, et ils étaient magnifiques.
- Cela me convient parfaitement !
Il hocha la tête en me chatouillant avec son nez et je lâchai un rire cristallin en lui tirant doucement les cheveux. Je cambrai quelque peu le dos pour l'aider quand il voulu passer ses mains autour de ma taille et il ronronna quand je me mis à lui caresser la nuque. J'avais la sensation d'avoir enfin assemblé toutes les pièces du puzzle, et que les énigmes avaient été résolues. Ce nouveau ciel sans nuage m'était inconnu, je n'avais vécu que très peu de temps dans le bonheur étant enfant, et cette perspective m'apeurait tout comme elle me ravissait.
- Arrêtes de cogiter mon cœur, je suis censé t'endormir là je te rappelle. Marmonna-t-il en suivant la courbe de mes seins du bout des doigts.
- Tu crois que mon père est en train de lui remémorer leur rencontre ? Demandai-je avec un sourire. Il rit de bon cœur puis s'appuya sur ses avant-bras pour se redresser au dessus de moi.
- A mon avis ils sont en train de se rappeler d'autres souvenirs beaucoup plus amusants. Ceux là tu n'as pas pu les lui faire voir ! Viens, je vais te montrer à quoi ça ressemble ! Acheva-t-il avec un sourire malicieux alors qu'il rejetait la couverture par-dessus nous, étouffant mes gloussements.
La lettre glissa doucement du lit, puis voleta quelques instants avant d'atterrir sur le sol dans un bruissement froissé.
