Je trouvais la première partie suffisante mais apparemment je me contente de peu. Comme certains ont été laissé sur leur faim, je vous propose ce court petit moment pour compenser.

Appartement de Kitty au matin :

La tête enfouie au fond d'un oreiller, je grince des dents. Comment cette soirée a-t-elle pu tourner aussi mal ? Je me sens coupable, en désaccord complet avec moi-même, avec ce que j'ai construit ces dernières années. Si je n'avais pas été si idiote, si j'avais su contrôler mes actes, si je n'avais pas autant bu, si … les excuses affluent dans mon esprit. Tout pour justifier ce fiasco, cette soirée qui devait être libératrice. Je serre les poings, me retenant avec peine de marteler le matelas en-dessous de moi. Le lit se creuse, me faisant tanguer légèrement. A ma grande surprise, un corps se presse contre le mien et des bras m'entourent. J'ose à peine ouvrir les yeux. Mais que s'est-il donc passé hier soir ?

Les souvenirs me frappent avec force et je peine à y croire. C'est trop, la réalité ne peut ressembler à un conte de fées. Je me redresse, me dégage de son étreinte et fouille dans le lit. Je vais les trouver, c'est sûr maintenant.

—Kit ?

Je me fige une seconde avant de continuer ma recherche. Ils ne doivent pas être loin, c'est certain. Sinon, je ne serais déjà plus là ou ceci ne serait qu'un rêve ou les deux tiens.

— Kit ? Qu'est-ce que tu fais ?

— Je cherche les œufs.

Le silence dure quelques secondes avant que la question étonnée ne franchisse ses lèvres :

— Les quoi ?

— Les œufs.

Rien en-dessous des oreillers, ça doit être sous la couette, voire peut-être le lit. Décidant rapidement pour regarder d'abord sous le lit – je ne sais pas si je saurais résister à la tentation, si j'enlève la couette – je me penche en équilibre instable et ramène le bas du drap vers le haut. Le sang me monte au visage. J'ignore si c'est parce que la couette a glissé et que je m'expose ou si c'est à cause de ma position. Rien. Ils doivent bien être quelque part, il n'y a pas moyen autrement.

Je me redresse et m'agenouille sur le lit au-dessus des couvertures. Elle me regarde complètement perdue, encore endormie légèrement. Marley n'a jamais été du matin. Ses longs cheveux bruns éparpillés sur l'oreiller, elle cligne des yeux, tentant de faire le point. L'air frais de la chambre apaise la chaleur de mon visage et celui-ci doit être entrain de retrouver une couleur normale. Marley se frotte les yeux puis repose à nouveau sa question :

— Tu cherches des … œufs ?

L'effort d'articulation lui prend toute sa concentration. Elle n'est pas sure de comprendre et cela se voit tout de suite. Je repense à hier soir. Ce n'est pas comme si j'avais voulu que ça soit autrement. Hier soir. Un mince sourire transperce mes défenses. Ça ne durera pas. Elle ne devrait déjà plus être là. Un café, je vais lui offrir un café et puis elle partira. Soudain, ma tête se rappelle à moi et le battement s'intensifie. J'ai besoin d'un verre d'eau. D'urgence.

— Des œufs, oui. Quelqu'un semble m'avoir prise pour une cloche hier soir …

Elle me regarde sans comprendre. Vraiment Marley ? C'est tout ce que tu sais faire le matin ? Et personne ne s'en plaint ? D'ailleurs pourquoi est-elle toujours là ? Je pensais qu'elle serait partie après hier soir, ce matin … Je ne sais même pas quelle heure il était à ce moment-là. Je me gratte la tête en attendant une réponse mais l'incompréhension nage dans ses yeux bleus.

— Cloches ? Œufs ? Lapins en chocolat ? Pâques ? Vraiment Mar ? Laisse tomber.

Un petit rire lui échappe quand elle comprend. Elle se redresse et tend une main vers moi mais je n'attends pas. Je ne peux pas risquer qu'elle me touche encore. Seulement habillée d'un long t-shirt et d'une petite culotte, je me lève avec précaution pour aller me chercher un verre d'eau. L'appartement est vide et presque silencieux. Seuls des murmures s'échappent de la cuisine, peut-être un de mes colocs déjà rentré du week-end familial. Par précaution, je me penche dans l'encadrement de la porte. Immédiatement, je fais quelques pas en arrière et m'appuie sur le mur. Pas le bon moment, Je ferme les yeux, cherchant à chasser les images. Rachel, Quinn, chantilly et glace, le cocktail me fait frissonner. Dommage pour le café, il va falloir trouver autre chose.

Le retour vers ma chambre est plus paisible. Je réfléchis, cherche une porte de sortie à lui offrir. Elle ouvre les yeux dès qu'elle sent ma présence et me suit du regard tandis que je vais à la salle de bain. Je me brosse les dents rapidement et bois directement au robinet. Mon reflet me renvoie toutes mes questions. Droit dans les yeux, il me rappelle que je ne sais pas quoi faire. D'habitude, c'est moi qui m'échappe, je n'ai jamais réfléchi à la situation inverse. Peut-être que si j'attends encore quelques minutes ici, elle sera partie. J'agrippe les bords de l'évier et tente de contrôler ma respiration. Je commence à en compter les expirations comme Sue nous l'a appris. A trente, je me décide à aller voir dans la chambre. Marley est toujours là. Il nous reste au minimum un bon quart d'heure avant que la cuisine ne soit une zone sans danger. Sans bruit, je me glisse dans le lit à côté d'elle. Elle ouvre les bras et je m'y blottis.

Je n'ai pas envie qu'elle parte mais c'est inévitable. Ses doigts se font caressants sur ma peau et écartent quelques mèches de mes cheveux. Je peux sentir son regard inquiet et ne le supporte pas. Je hais ce sentiment qui m'envahit. Ce n'est pas juste. Sans un mot, je m'éloigne sur un autre coussin, une excuse stupide au bord des lèvres. Tournant le dos pour éviter son regard, j'ai trop peur de ce que je pourrais y voir : déception, douleur ou soulagement ? Ma respiration devient saccadée et je lutte pour le contrôle. C'est injuste.

Marley s'enroule autour de moi et me force à lui faire face. Son visage exprime toutes ses interrogations, sa perplexité. Je lui souris faiblement, déjà occupée à fondre, à renoncer pour elle. Je me laisse tomber dans ce piège qu'elle me tend. Son corps suspendu au-dessus du mien me rappelle à la réalité de ce matin. Son visage s'approche du mien. Je murmure sur ses lèvres :

—Ton oreiller va être jaloux et …

Le baiser fait mal, fait du bien, me bouleverse. Court, trop court, à peine un simple contact qui remue la boule à l'intérieur de mon ventre. Elle s'écarte pour murmurer les yeux fermés :

— Qu'il le soit …

Avant de fermer à nouveau la distance entre nous. Mes pensées peinent à s'ordonner. Mon corps agit de son propre chef et enroule mes bras autour de sa nuque. Elle sourit contre mes lèvres mais ne s'écarte pas. Au contraire, elle s'installe confortablement et tire la couverture au-dessus de nous.

—Marley, je …

— Chut, tu restes, je reste, dors.

Le choc s'écrit sur mon visage, ses doigts tracent mes rides, apaisants. Elle m'embrasse la joue avant de poser la tête sur ma poitrine et de fermer les yeux. Le battement de mon cœur s'intensifie encore quand je laisse mes bras glisser le long de son corps pour la tenir plus proche de moi. Un mince sourire aux lèvres, je ferme les yeux à mon tour. Finalement, ce n'est pas si mal ce matin.