Je suis en viiiiiiiiiie!
Désolée pour les délais... Désolée. L'école m'a tuée au cours des derniers mois, et j'ai à peine mis le nez hors de ma tanière le temps de m'en remettre. Maiiiiiis -le chapitre est là! Comme promis! Après... Plus d'un an sans publi... Oui... Bon... *fait des ronds pas terre du bout de l'orteil*
Bref, aux lecteurs, s'il en reste -recevez mes plus plates excuses, et vos remerciements larmoyants pour vos gentils commentaires, et votre patience sans bornes (si vous êtes encore là, vraiment, vous recevez une récompense). J'espère que ce chapitre répondra à vos attentes *s'incline longuement*
La première semaine que Sirius passa au Pensionnat fut l'une des plus longues et des plus pénibles de toute son existence, incluant les pénibles vacances familiales en Sibérie de ses onze ans et la colle monstrueuse qu'il avait reçue en quatrième année pour avoir enfermé Severus Snape dans une caisse remplie de crabes de feu et qui avait consisté à crever les boutons d'acné que lesdits crabes de feu avaient attrapés en grignotant du tissu (ou au contact du gras, ainsi que le soutenait James; personne n'avait jamais été trop sûr). Et ce, pour plusieurs raisons.
La première, c'était que la solitude lui pesait affreusement. Toute son existence, Sirius avait été un garçon sociable au possible, devenant systématiquement la vedette de chacune de ses classes, séduisant les filles et attirant les gens cools. Au pensionnat, depuis le passage à tabac qu'il avait subi le premier jour par « Dray » et ses amis, il avait visiblement atteint le statut social d'un individu à éviter à tout prix. En règle générale, il n'aurait mis que quelques jours, tout au plus, à redresser la situation; mais là, les professeurs eux-mêmes semblaient l'avoir pris en grippe, ne cessant d'attirer sur lui les ricanements de ses co-détenus à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. C'était comme si le pensionnat tout entier avait décidé de faire de lui son souffre-douleur.
Quant à ses camarades de chambrée, la situation avec eux ne valait guère mieux. Le type aux cheveux blancs ne lui avait pas adressé la parole depuis leur rencontre. À vrai dire, et c'était une maigre consolation, il n'adressait la parole à personne : les seuls mots que Sirius l'avait entendu prononcer se limitaient à « Va te faire voir », « M'en fous » et « Pas tes affaires ». Il en déduisit qu'il n'avait aucun support à chercher de ce côté.
Lénaël Park, le type aux cheveux noirs qui semblait s'être décidé à suivre Snape comme un chien de poche, avait pour sa part adressé à Sirius quelques tentatives de signes de sympathies; il n'en avait pas davantage, pourtant, tenté de prendre sa défense quand les autres pensionnaires ricanaient en le regardant plus ou moins discrètement. Et Merlin savait que les ricanements étaient nombreux.
Dray, le type qui lui avait tapé dessus comme un sauvage avec ses amis, n'avait pas attendu pour réitérer son « exploit » -et cette fois, le dénommé Daven n'était pas intervenu. S'ils ne lui étaient pas à nouveau tombés dessus directement, le blond et ses deux amis ne l'avaient pas laissé tranquille pour autant. Avant que les bleus qu'il avait reçus le premier jour ne se soient estompés, Sirius avait reçu tellement de coups de coudes dans les côtes qu'il avait dû s'habituer à marcher courbé pour qu'elles ne l'élancent pas à chacun de ses mouvements.
Dans les dents du camp de redressement, il ne pouvait s'empêcher de le penser.
Bref : Sirius était devenu le Snivellus du pensionnat. Et ça ne lui plaisait pas. Du tout.
Surtout dans la mesure où Snape lui-même était là, et aux premières loges, pour le regarder souffrir.
Non pas que le Serpentard ait pu grandement profiter de ce revirement de situation depuis qu'il s'était produit -et c'était bien là la seule consolation que trouvait Sirius à toute cette histoire. Snape avait lui-même, semble-t-il, sa part de problèmes à endurer dans le Pensionnat -trop, visiblement, pour songer à se moquer de son camarade de chambrée quand il en avait l'occasion.
En effet, Westerberg, le gardien, n'avait pas relâché sa surveillance sur Snape depuis l'incident de la claque au petit déjeuner. Or, des claques, il y en avait eu un paquet depuis. Un livre échappé des mains, un soupir blasé, voire même le col d'un pull mal replié, tout était prétexte à hurler à l'insolence et à la provocation -et, par lien causal, à faire rentrer la leçon d'une gifle bien sentie. Parfaitement logique.
Si Sirius avait d'abord été ahuri de ce traitement barbare, il ne tarda pas à réaliser que la grande majorité des enseignants ne voyaient aucun mal à en user et en abuser. Pas un cours ne se déroulait sans qu'une tape sonore ne retentisse sur le crâne d'un élève trop bavard, ou sur la joue d'un autre à la langue trop déliée. Il semblait que le personnel du pensionnat considérait les coups comme un redressement efficace et justifié de la délinquance pour laquelle les jeunes leur avaient été envoyés.
La délinquance, par ailleurs, avait vite constaté Sirius, pouvait être définie par des critères très larges, si on se fiait aux parents des détenus du camp. Comme Walburga qui avait apparemment prétexté son insolence, il suffisait visiblement aux géniteurs de ces adolescents de dire un mot et de sortir leur porte-feuille pour que leur progéniture soit considérée comme « à soigner ». Même si, manifestement, certains des pensionnaires étaient effectivement complètement tordus, s'il se fiait à Dray.
Snape, d'un autre côté, s'était visiblement attiré la haine personnelle de Westerberg. Chacun de ses gestes était susceptible de lui mériter une claque, pour peu que le gardien ait été dans la pièce au même moment. Et, à chaque fois, un sifflement de satisfaction mêlé de dégoût profond : « Exactement comme ton père! »
Le père de Snape, qui qu'il soit, semblait effectivement se mériter une réputation assez notoire dans le pensionnat. Rien qu'à la découverte du nom de Tobias Snape, lors de l'appel d'une de leurs premières classes, l'ensemble des élèves qui côtoyaient son fils avaient décidé, autant que possible, de l'éviter, renversant du même coup le Théorème du Snivy que Sirius croyait pourtant si infaillible (il s'agissait de l'équation découverte par James selon laquelle le Snivellus moyen, lâché en environnement social normal, parvenait à être détesté de l'ensemble dudit environnement en moins de temps qu'il ne lui en fallait pour prononcer cinq phrases).
Snape, du reste, ne semblait pas avoir quoique ce soit à faire de l'espèce de respect tordu qu'il avait acquis dans l'établissement. À vrai dire, il avait l'air tout aussi sinistre et grincheux que Sirius le connaissait d'ordinaire. Seules trois différences témoignaient de leur nouvel environnement : les marques rouges sur les joues de Snape; le regard indifférent qu'il adressait à Sirius; et les vêtements Moldus qu'il s'était mis à porter. Ce dernier point étant sans doute le plus bizarre, il fallait le dire.
Mais plus encore que la bizarrerie de la situation de Snape et la solitude, le pensionnat était tout simplement l'enfer sur Terre pour Sirius, ne serait-ce que parce que, pour la première fois de son existence, il ne savait pas à quoi s'en tenir. Allait-on se mettre à le siffler s'il prenait place à une table? Allait-il se faire enguirlander par ses professeurs devant tout le monde s'il tentait telle réponse à cet exercice incompréhensible? Risquait-il d'être brutalement rejeté s'il tentait de s'installer dans un coin plutôt qu'un autre lors des séance de sports dans la cours?
Sirius Black était tout simplement dans un univers parallèle où, pour la première fois, il n'avait pas sa place -au sens le plus propre du terme. Le prince des Gryffondors était devenu la tête de Turc d'une bande de Moldus.
Oh, comme il était tombé de haut...
Il en regrettait à tel point son monde à lui qu'il en venait à regarder Snape et son habituelle expression renfrognée pour se convaincre lui-même que Poudlard, leur univers, la merveilleuse école où jamais aucun enseignant n'aurait frappé un élève, existait bel et bien, quelque part, hors de cet endroit surréaliste et infernal.
En être réduit à s'accrocher à Snivy...
Si seulement James et Moony avaient été là...
Sirius frotta d'une main lasse ses yeux fatigués -cet endroit lui faisait perdre le sommeil, et avec les réveils brusques et beaucoup trop tôt qu'on leur imposait...- avant de lever à nouveau un regard à la dérobée vers le Seigneur des Graisseux. Ils venaient tout deux de s'asseoir dans la classe de Réflexion où, par un certain miracle, il avait été installé complètement à l'arrière, et Snape, tout à l'avant. Le Serpentard portait un T-shirts noir à manches longues et un jeans usé de même couleur : sinistre un jour, sinistre toujours, le visqueux.
Pourtant, Sirius se devait de constater, possiblement à cause de sa fatigue avancée, que les vêtements moldus allaient curieusement... bien à Snivy. Il avait presque l'air... regardable.
(Enfin, il aurait été regardable, si ça n'avait pas été Snape. Et puis, si sa joue droite n'avait pas persisté dans un rouge irrité -au repas de midi, Snape avait eu l'audace de pointer sa fourchette vers le plafond en mangeant, un crime hautement condamnable, pour ce qu'il en semblait. Sirius aurait parié que les empreintes digitales de Westerberg seraient imprimées sur le visage de Snape avant la fin de l'été, au rythme où le surveillant s'énervait sur lui.)
L'enseignant qui était en charge du cours de Réflexion fit son entrée dans la salle et, aussitôt, le silence se fit et les regards se firent prudemment fuyants. McGonagall aurait dû prendre des leçons de ce Moldu, définitivement, songea le Gryffondor en détournant les yeux de Snape pour les poser sur un graffiti sur son bureau. Aucun des jeunes hommes avec qui Sirius partageaient ses cours n'osait respirer trop fort dans cette classe. Y compris Dray, à deux bureaux sur la droite de Sirius, qui avait promptement lâché le briquet qu'il tenait jusqu'alors pour fixer ses ongles avec une fascination certaine.
Avec raison.
Tous les pensionnaires avaient compris. Dès le premier cours, deux jours plus tôt. Lors de l'introduction du professeur, faite d'une voix calme et doucereuse, comme celle qu'on aurait utilisé pour parler à un débile profond.
« La réflexion sur soi, c'est avant tout la réflexion sur ses défauts et comment faire pour les éliminer. Pour être une personne digne de vivre en société. Et je suis là pour vous faire prendre conscience de ce que vous devez changer. Et vous encourager sur la bonne voie. »
Ce type, leur prof -Mr. Troy, de son nom- était un malade. Un profond sadique. Un complet psychopathe. Et, pire encore, ils étaient tous complètement en son pouvoir, jusqu'à la fin de l'été. Toutes ses actions avaient pour but de les aider à guérir de leurs défauts et de leur délinquance. Peu importe que leurs parents les aient envoyés sur place sans motif justifiable. Ici, ils étaient des malades à soigner. Et cet enseignant, particulièrement, semblait être motivé par sa tâche.
Ils avaient tous très rapidement décidé de garder le chahut pour les autres classes, les chambres ou les repas. Dans cette classe? Ils tenteraient juste de ne pas se faire remarquer.
Ç'avait été la décision tacite et collective quand, lors du premier cours, un garçon maigrichon de la classe, choisi au hasard parce qu'il avait eu l'audace de bâiller pendant le discours de Troy, s'était vu accusé -à grands renforts de hurlements et de propos qui auraient valu plus d'une retenue aux élèves de Poudlard s'ils avaient osé les employer- d'essayer « d'attirer l'attention » en se privant de nourriture.
Le pauvre adolescent, qui ne devait pas avoir plus de quinze ans, avait encaissé les propos pendant une dizaine de minutes, d'abord perplexe puis de plus en plus mal à l'aise, avant de ne plus tenir et de s'énerver à son tour, protestant qu'il ne demandait pas d'attention mais bien une justification à sa présence dans cette « maison de dingues » et que son appétit ne concernait que lui.
Troy, qui n'avait visiblement attendu que ça, avait alors appelé dans la classe un chariot de la cafétéria et avait donné le choix au gamin. Il mangeait, là, maintenant, ou il mangerait avec un entonnoir. La classe, et le garçon, avaient commencé par rire -à l'exception de Sirius, figé d'incrédulité- avant que l'enseignant ne prenne effectivement un entonnoir sur le chariot et n'attrape brutalement le visage du coupable de boycott de nourriture.
Le silence s'était fait. La classe avait été pétrifié. Le gamin s'était débattu et avait consenti à manger de lui-même, à contrecoeur, sous le regard de menaces de Troy et le silence un peu ahuri de ses camarades. Il s'était forcé à avaler presque trois repas entiers, jetant des coups d'oeil nerveux à son tortionnaire, avant d'oser protester à nouveau, se tenant l'estomac avec une expression douloureuse.
« J'vais vomir, m'sieur », avait-il dit, prenant effectivement une couleur de plus en plus pâle. Sa voix était misérable, mais personne dans la classe n'avait osé rire. Un coup d'oeil à Dray avait informé Sirius que même le jeune homme et ses amis fronçaient les sourcils avec un certain dégoût.
Troy avait reniflé avec hauteur, assis à son bureau, sans paraître plus contrarié.
«Va t'asseoir », avait-il ordonné calmement. « Si tu oses essayer de gaspiller cette nourriture, je m'assurerai personnellement qu'elle retourne dans ton estomac et qu'elle y reste. De gré ou de force. »
Même si son estomac à lui ne contenait que son -désormais habituel- bol de gruau matinal, Sirius lui-même avait eu envie de vomir à ces propos. La pomme d'Adam de l'adolescent puni avait tressauté, mais il avait tout de même gardé les lèvres étroitement closes en regagnant sa place d'une démarche tremblante. Troy avait souri, attrapant une pomme défraîchie parmi les aliments restés sur le chariot, et avait croqué dedans en se levant devant sa classe.
-Vous voyez? Avait-il lancé joyeusement, comme si le gamin n'avait pas été occupé à trembler misérablement sur sa chaise, à quelques mètres de lui. Un peu de volonté et les encouragements nécessaire. C'est tout ce qu'il vous faut pour que vous parveniez à être normaux. Vous n'êtes pas différents des autres, et vous n'êtes pas supérieurs. Ce sont des illusions de gamins, et il est temps que quelqu'un vous le rappelle. Vous êtes faits comme tous les autres dans cette pièce, et vous allez vous sortir le contraire du crâne bien vite.
La cloche avait consenti à les délivrer à ce moment, juste comme Troy ouvrait la bouche pour commencer une nouvelle phrase, un large sourire étirant toujours calmement ses lèvres.
Sirius n'avait jamais vécu un cours aussi long et insupportable.
Et ils en avaient un tous les deux jours. Pour l'été entier.
La classe s'était précipitamment vidée, d'un commun accord, en quelques secondes à peine. Sur le chemin pour leur « cours » suivant, personne n'avait parlé; et Sirius avait repéré le gamin puni quand il s'était précipité vers la plus proche salle de bain. Quand il l'avait revu, quelques minutes plus tard, il était toujours aussi livide; et il avait tremblé si furieusement pendant l'heure entière que personne n'avait osé l'approcher.
L'idée de base de la « réflexion sur soi » était aussi évidente qu'alarmante : leur faire réaliser qu'ils n'avaient ni droits, ni pouvoirs dans cet endroit.
Ils devaient être sages. Obéir. Dénoncer leurs mauvais camarades. Admettre qu'ils étaient des délinquants et des malades mentaux. Que tout irait mieux s'ils devenaient un minimum docile.
C'était du lavage de cerveau, purement et simplement, et ça avait l'air beaucoup trop efficace pour que Sirius soit rassuré.
Sirius jeta un nouveau coup d'œil vers Snape, se demandant ce qui ne tournait pas rond dans le crâne du Serpentard pour que celui-ci, pourtant assis tout à l'avant, ne tente pas d'éviter le regard dont Troy balayait à présent la classe. Au contraire, Snape affrontait avec calme le sourire de hyène affamée du professeur, comme s'il n'avait absolument aucune crainte de lui. Il est complètement taré...?
-Toi! Là!
L'aboiement fit brusquement sursauter Sirius, qui se recroquevilla ensuite légèrement sur sa chaise en réalisant que c'était lui, qui était désormais coincé par le regard de Troy comme un vif d'or pris entre deux attrapeurs. Merlin, non...
-...Moi? Demanda-t-il, plus faiblement qu'il ne l'aurait voulu.
-Qui d'autre, petit malin? Lança Troy, jubilant visiblement. Comment tu t'appelles?
-...Sirius...
Oh, comme Sirius aurait voulu pouvoir se transformer en Padfoot et fuir le pensionnat en courant... Ce type avait l'air de vouloir le manger tout cru. Le Sang-Pur jeta un coup d'oeil désespéré à Snape, comme dans l'espoir que le graisseux vole à sa rescousse. Peine perdue, le Serpentard le fixait par-dessus son épaule, indéchiffrable, mais définitivement d'aucun secours.
Allez, c'est un mauvais moment à passer, tenta-t-il de se convaincre en se redressant comme il le put avec un sursaut d'instinct de Gryffondor, alors que le professeur le rejoignait d'une démarche un peu trop précipitée qu'il ne pouvait qualifier que de prédatrice. Autour de lui, les autres élèves échangeaient des coups d'oeil, mi-inquiets, mi-soulagés de ne pas avoir été désigné. Et puis, il n'a rien contre moi. J'ai agi comme un foutu Serdaigle depuis que je suis ici... Pas de blagues, rien...
-Westerberg est au courant qu'il a fait une erreur, Sirius? Lança Troy d'un ton léger, après un instant à le contempler avec un sourire presque doux aux lèvres.
-P-pardon?
-En te plaçant chez les garçons, je veux dire.
C'était si inattendu et si insensé que Sirius eut besoin de quelques secondes pour intégrer les paroles de son enseignant. Le temps qu'il ne le fasse, des ricanements s'élevaient déjà autour de lui.
L'incompréhension s'ajouta à son inquiétude de départ, le laissant une nouvelle fois aussi mal à l'aise qu'enragé. Cet endroit n'était tout simplement pas correct. Les professeurs ne se foutaient pas des élèves dans un endroit correct. Et lui n'avait rien à faire là. Il était le foutu prince des Gryffondors, pas un type dont tout le monde avait le droit de se moquer -pas comme Snivy. Et pourquoi est-ce que ce tordu de Troy le traitait de... de fille? Franchement, d'où sortait cette insulte? Et pourquoi s'appliquait-elle à lui? Il jeta un nouveau coup d'oeil vers Snape, uniquement pour le voir lever les yeux au ciel. Pourquoi est-ce que ce bâtard de sang-pur de Serpentard paraissait comprendre mieux que lui de quoi il retournait dans cette situation...?
-Note que tu n'as pas l'air de t'en plaindre, mmh, reprit Troy, toujours avec un ton mielleux qui aurait fait pâlir d'envie Abraxas Malefoy. Ça te permet de regarder tes camarades masculins de près.
-De... De quoi? Bredouilla-t-il, jetant un coup d'oeil autour de lui en entendant de nouveaux rires, juste à temps pour voir Dray sourire jusqu'aux oreilles. Je ne regarde pas-
-Tu ne regardes pas le maigrichon en avant, peut-être?
Le ton avait été doucereux, mais le sourire cruel du professeur fit sentir à Sirius que, d'une façon ou d'une autre, l'accusation qu'il venait de faire était quelque chose d'inexprimablement honteux. Le Sang-Pur, lui, mit un instant à comprendre exactement où était l'insulte qui avait fait glousser ses camarades, autour de lui. La réalisation était trop ahurissante pour être possible. Son professeur laissait entendre qu'il était gay. Et, apparemment, ce tordu considérait ça comme un crime grave.
Tous dégénérés.
Sirius ne se voyait pas comme gay, loin de là. À seize ans, il avait eu plus de petites amies que l'ensemble des Gryffondors de septième année réunis. Certes, il ne pouvait pas nier avoir apprécié ses expériences avec Alec, le Serdaigle, ou Angus, l'attrapeur de Gryffondor, mais la très large majorité de ses conquêtes avaient toujours été féminines. Moins intimes, à leur façon, ces relations lui avaient toujours paru plus appréciables tant qu'il préférait passer du temps avec ses amis que s'investir ailleurs.
Mais de là à considérer qu'un intérêt pour les garçons était susceptible d'être moqué...? En quoi cela le changeait-il, sérieusement? Jamais un enseignant de Poudlard n'aurait songé à trouver la chose anormale! Même les familles engoncées dans de vieilles traditions s'étaient résignées depuis des siècles à l'idée! Bon sang, même Walburga ne fronçait plus les sourcils sur la question!
Et qu'estimait-il, ce taré de Troy? Que c'était un défaut dont il devait le « guérir »? L'idée paraissait tellement absurde qu'il dut se retenir de sourire. Ça aurait été drôle -s'il n'avait pas eu l'air si sérieux.
Sirius était tellement ahuri par la stupidité de l'accusation de son professeur qu'il mit un instant à réaliser que le « maigrichon » que celui-ci avait désigné n'était autre que Snape, qui le fixait toujours par-dessus son épaule, indéchiffrable.
Troy, prenant apparemment son air incrédule pour du malaise, reprit de plus belle, le ton hautain.
-T'as de la chance d'être tombé sur moi, j'espère que tu t'en rends compte. Je connais des gars qui sont bien moins généreux que moi. Je suis prêt à t'aider à redevenir normal, tu sais. Il suffit que tu fasses le premier pas.
-Il n'y a rien de mal... protesta Sirius, agacé par tant de stupidité.
-Tu crois que c'est correct? Le coupa son professeur, un sourire presque compatissant aux lèvres. Tu crois qu'il apprécie de se faire reluquer par une tapette, le petit brun, peut-être?
Comme s'ils attendaient une réponse au discours absurde de Troy, les élèves tournèrent leur regard vers Snape, pour juger de sa réaction. Sirius ravala un juron aussi ahuri qu'enragé par le discours, et jeta un regard sombre et résigné vers Snape. Allez, profites-en, sale Serpentard. Profite de la foutue situation, bâtard. Ça sera ta seule occasion, je te promets...
Le Serpentard fit passer son regard calculateur de Sirius à l'enseignant, balaya rapidement la classe des yeux puis se reporta à nouveau sur son éternelle Némésis. Il sourit, alors, doucement, d'une façon que Sirius n'aurait jamais imaginée sur son visage et qui aurait sans nul doute causé plus d'un infarctus à Poudlard.
-Encore heureux qu'il ne nous ait pas surpris cette nuit, hein? Lança Snape, avec un ton amusé, léger, comme si toute la situation était une bonne blague.
L'expression de Troy en entendant ces mots valait son pesant de Gallions, pour sûr -mais Sirius n'en sût jamais rien, occupé qu'il était à expérimenter pour la première fois de sa vie, littéralement, l'expression « béer d'étonnement ».
-De... De quoi? Bafouilla-t-il stupidement, les yeux ronds comme des Souaffles.
-Je suis ravi que Sirius me regarde, à vrai dire, professeur, sourit Snape comme s'il n'avait pas été interrompu. J'avais un peu peur qu'il se lasse de moi avec tous ces autres garçons dans les environs...
Il se tourna alors vers Sirius, le sourire toujours accroché aux lèvres, mais plantant un regard toujours aussi froid et calculateur dans celui du Gryffondor. Celui-ci comprit brusquement ce que sous-entendait l'autre. Eux deux... ensembles?
L'image était purement et simplement répugnante.
Mais le professeur fixait maintenant Severus avec une expression confuse au possible, à l'instar des élèves incrédules, et ils avaient l'air si choqués qu'une satisfaction puérile remonta dans la gorge de Sirius. S'il appuyait l'histoire de Snape...
Tous ses instincts de Gryffondor lui hurlèrent qu'il tombait dans un piège, que le bâtard n'avait aucune raison de l'aider, et tous ses instincts de Maraudeurs, qu'il avait là une belle occasion de ridiculiser Snape s'il démentait... Mais à l'heure actuelle, il n'était ni un Gryffondor, ni un Maraudeur.
Il était un sorcier coincé dans un univers Moldu et hostile, et un autre sorcier lui offrait une alliance tordue, pour rabattre le caquet, au moins une seconde, à cette classe entière de dégénérés.
La décision était vite prise.
Le fait que ce soit Snape, il n'en avait rien à foutre. À l'heure actuelle, il détestait davantage ces abrutis qu'il détestait le Graisseux.
Alors il força ses lèvres à s'étirer dans un sourire charmeur destiné à son pire ennemi.
-Voyons, Sev'... Comme si je pouvais regarder quelqu'un d'autre que toi.
Troy fulminait d'une façon si évidente que Sirius s'étonna de ne pas voir de fumée sortir de ses narines. Enfin, le professeur expira profondément et se rendit à nouveau au devant de sa classe, reprenant comme si de rien n'était son expression neutre en expliquant à ses élèves la chance qu'ils avaient d'être des hommes, et le devoir qui était le leur d'en être dignes en aimant les faibles créatures qu'étaient les femmes.
Sirius échangea un coup d'oeil froid mais satisfait avec son allié inattendu. Il se doutait ne pas avoir gagné à long terme contre le professeur, et sans doute Snape lui demanderait-il quelque chose en retour, mais en attendant... c'était une victoire satisfaisante.
Les élèves autour d'eux s'étaient mis à chuchoter avec confusion.
-Extinction des feux dans cinq minutes! Retournez dans vos chambres!
Severus jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule au gardien de sécurité dont il ignorait le nom qui distribuait les avertissements dans le couloir avant de lever sa montre à hauteur d'yeux pour confirmer ses doutes : le couvre-feu était à l'avance d'une bonne demi-heure, pour le coup. Les responsables du pensionnat n'en étaient pas à une irrégularité près, de toute façon, décida-t-il en se reportant avec indifférence sur son livre alors que les pensionnaires qui avaient jusqu'alors occupé le plancher de la chambre se relevaient en grommelant, saluant Lénaël qui rejoignit lui-même son lit en soupirant. Cheveux Blanc le Muet, pour sa part, fixait le plafond en ayant l'air de vouloir creuser un trou dedans avec ses yeux (il répétait l'exercice tous les soirs avec tellement de volonté que Severus commençait à se demander s'il n'allait pas finir par y parvenir). Ne manquait dans la cellule que Black.
Severus n'aurait pas eu d'objection si le Gryffondor n'était pas revenu, mais ça, c'était un détail.
Toute la journée, après le cours de Réflexion, il avait été regardé de travers par l'ensemble du pensionnat -élèves et enseignants confondus. Ça ne l'avait pas déphasé outre mesure, après six ans au même régime à Poudlard. Non, ce qui l'avait déstabilisé, c'était le manque de moqueries verbales ou de commentaires sarcastiques. Depuis qu'il était au pensionnat, il n'arrivait pas à se faire à l'idée que la réputation de Tobias ait pu le suivre jusque là et, surtout, lui soit utile. Il s'était toujours gardé de mettre le nez dans les affaires de son père quand il était à Spinner's End, se doutant qu'il devait tremper dans un domaine plus ou moins louche, mais de là à intimider la bande de jeunes déliquants Moldus du coin?
Pour le coup, les gifles répétées de Westerberg étaient quasiment rassurantes. Un peu plus et il se serait demandé quand une brique allait lui tomber sur la tête pour rééquilibrer son karma. Non pas qu'il soit fataliste, mais il s'appelait tout de même Severus Snape.
Au moment où il se penchait sous le lit pour y déposer l'épais recueil de contes et légendes qu'il avait emprunté plus tôt -la bibliothèque du pensionnat était peu fournie et ses livres avaient tous une odeur de moisi suspecte, mais elle avait le mérite d'exister, et il sentait qu'au moins une partie de sa santé mentale en serait préservée-, le dernier locataire de leur chambre fit son entrée, le faisant se redresser rapidement, juste au cas où. C'était bien inutile cependant, dans la mesure où Black avait l'air en bien trop mauvais état pour représenter le moindre danger. Voire en bien trop mauvais état tout court, à vrai dire. Severus le détailla des pieds à la tête avec un ahurissement grandissant.
Peu importe où le Gryffondor avait passé son temps entre la fin des cours et le couvre-feu, il n'y avait pas vécu une expérience heureuse. Severus leva un sourcil en notant la démarche boitillante de sa Némésis, le sang qui coulait librement d'une coupure au dessus de son sourcil et sa main crispée sur sa hanche. L'état du Maraudeur hurlait au passage à tabac sans pitié, et Severus était bien placé pour estimer que le combat n'avait pas été égal. Du tout.
Une partie de son esprit rugit de contentement et de satisfaction à voir le Maraudeur réduit à un état pareil.
Une autre partie, plus discrète, avait pourtant envie de se dépêcher pour aider Black à rejoindre son lit et de lui montrer comment utiliser des sorts médicaux simples sans baguette, parce que Merlin savait que le Gryffondor aurait des courbatures monstrueuses s'il n'appliquait aucun sortilège avant le lendemain.
Il se flagella mentalement, autant pour une réflexion que pour l'autre, et se contenta de s'allonger sur son lit tout en surveillant chaque geste de Black. Lénaël, en haut du lit, fit aller son regard de l'un à l'autre des sorciers avant de soupirer et de rouler sur le côté. Visiblement, il était toujours aussi vexé de ne pas avoir été mis au courant des histoires -véritables ou fictives- entre Severus et Sirius. Le Serpentard n'en avait franchement pas grand chose à faire. En fait, il était plutôt soulagé que Lénaël le boude, dans la mesure où la conversation à venir serait déjà suffisamment pénible ainsi.
-J'ai deux mots à te dire, Black, annonça-t-il, aussi froidement que possible.
-Tiens donc, grogna le Gryffondor. Et donne-moi une raison de t'écouter, espèce de serpent visqueux? T'as pas intérêt à profiter de la situation p- Ah!
Sirius tenta inutilement de dégager son poignet de la main de Severus, qui l'avait attrapé et avait appuyé sans pitié sur le bleu en formation qui s'y étendait. En temps normal, le Maraudeur n'aurait eu aucun mal à se dégager, mais Severus mit à profit son état pitoyable pour lui tordre le bras et le tirer avec lui derrière le mur où se situait la minuscule salle de bain qu'ils devaient partager. Il n'y avait pas de porte à fermer, mais il espérait pouvoir compter sur l'indifférence de ses deux camarades pour parler en paix.
-Lâche-moi, espèce de bâtard! Grogna Sirius en se débattant.
-Arrête d'agir comme un imbécile, persifla Snape, lâchant sa main mais se plaçant devant lui pour l'empêcher de ressortir. Pour une fois dans ta vie, utilise les quelques neurones que tu as dans le crâne et ferme ton clapet.
Sa voix était ferme et agacée, bien plus confiante qu'il ne l'était en réalité. S'il échouait à convaincre le Gryffondor, il le savait, sa vie de retour à Poudlard serait encore plus difficile qu'elle ne l'avait été au cours des dernières années. Et la probabilité de pouvoir convaincre Black de se plier à son plan était faible, il en avait tout à fait conscience.
Le Maraudeur n'avait pas encore répliqué, cependant, se contentant de masser son poignet en le regardant d'un air furieux. Severus décida qu'il devait s'agir d'un bon signe et enchaîna, la voix aussi contrôlée que possible.
-Je te propose un marché, Black. Rien de plus. Tu n'as rien à perdre à m'écouter. Je ne suggère pas d'être ton ami, ajouta-t-il avec un ton agacé quand l'autre ouvrit la bouche pour protester. Je veux juste obtenir quelque chose que tu peux me donner.
-Et qui serait...? S'enquit le Gryffondor, l'air méfiant et dégoûté à la fois.
-Je veux que toi et tes crétins d'amis me laissiez en paix pour le reste de l'année, une fois de retour à l'école.
Le silence traîna pour quelques secondes, alors que Severus fixait Sirius dans les yeux, attendant sa réponse avec bien plus de nervosité qu'il ne l'aurait jamais admis, tentant d'interpréter les expressions crispées et visiblement agacées de ce visage à la beauté détestable et insolente. Derrière le mur de carrelage sale qui les séparait de la chambre, il pouvait entendre Lénaël fouiller dans ses vêtements, inconscient de l'échange froid qui se déroulait à quelques mètres de lui. Black finit par soupirer lourdement.
-Et ton offre?
-Mon aide pour l'été, répondit immédiatement le Serpentard, tendu.
-Quelle aide?
-Toute celle dont tu peux avoir besoin pour tes cours, pour survivre aux Moldus, et pour les faire enrager autant que tu veux.
-...Toute?
-Tant que ça ne me mettra pas en danger, confirma le Serpentard, tentant de garder un ton ferme.
Le silence perdura à nouveau quelques secondes avant que le Maraudeur, visiblement frustré de ne pas trouver de contre-argument, ne soupire et n'aquiesce. Severus retint de justesse un soupir de soulagement.
-...Si tu sais te montrer réellement utile ici, Snivy, tu n'entendras plus parler de nous, lâcha le Gryffondor avec un ton contrarié, comme si la promesse lui faisait mal. Mais si tu en profites, tu peux préparer ton formulaire d'inscription à Durmstrang. Et n'espère pas m'entourlouper, je saurai si tu essaies d'empirer la situation, ajouta-t-il avec une certaine froideur quand il vit Severus se détendre.
-Je ne veux pas être ton ami, Black, renifla le Serpentard. Je vois à mes intérêts, c'est tout.
-Comme tous les Serpents visqueux dans ton genre, renifla Sirius en reprenant la direction de la chambre. Et je te préviens que si j'entends un mot sur tout ça de retour à Poudlard-
Ce fut le moment que choisit le surveillant, dans le couloir, pour éteindre brutalement toutes les lumières, les plongeant soudainement dans les ténèbres. Severus sursauta et tendit machinalement la main pour trouver le mur, avant de réaliser, quand il agrippa à nouveau le bras de Black, que, peut-être, ça n'était pas la meilleure de ses idées au cours des derniers jours. Il entendit la respiration de l'autre se figer et pouvait presque sentir les hurlements se préparer, le faisant se tendre par anticipation.
Son esprit, toujours fiable, prit néanmoins le Gryffondor de vitesse, et, précipitamment, il agrippa le poignet du Gryffondor avec son autre main. Rapidement, avant que l'autre ne puisse répliquer, il murmura un sortilège anti-douleur, sans baguette. Juste pour donner le change.
Il lâcha ensuite le Gryffondor, le repoussant un peu pour la forme, et se dépêcha de fuir dans la chambre pour trouver son lit à tâtons et s'y cach... s'y installer avant que Black n'ait pu réagir. Il ne se détendit que lorsqu'il entendit les pas de l'autre grimper à l'échelle de son lit.
Et, non, il n'était pas satisfait de l'absence de boitement dans la démarche de l'autre.
Voilà -enfin, on en arrive au sujet principal, mesdames et créatures mythologiques! (les types sur feufeu ont presque atteint ce rang, non?)
Avec mes excuses les plus plates pour ces délais misérables, et mon regard de chiot abandonné et affamé de reviews~
