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Chapitre 4
— Youhou ! Allo Sammy ! Ici la réalité ! Reviens sur terre, mec ! s'exclama Dean en secouant une nouvelle fois la main devant le visage de son frère.
Sam et Dean venaient de quitter l'hôpital, après avoir remercié le docteur de sa coopération et en lui demandant de les prévenir au cas où d'autres choses «suspectes» attireraient son attention. Les Winchester retournaient à leur motel, pour continuer leurs recherches. Mais depuis qu'ils avaient quitté le Docteur Matchoui, Sam était perdu dans ses pensées.
— Je me demande bien ce qui te passe par la tête... On n'a pas croisé de si jolies minettes. Sauf cette infirmière qui nous a salué en sortant. Héhé, je suis persuadé qu'elle a succombé à mon charme. Les femmes ne peuvent résister à mon sex appeal !
— Tu ne penses vraiment qu'à ça hein ? soupira Sam en pénétrant à l'intérieur du motel.
— Eh ben ! Je croyais que tu avais perdu ta langue !
— Je réfléchissais...
— Oui, j'ai bien remarqué... Mais si ce n'est pas à propos des filles alors ce doit être à propos de notre chasse, reprit Dean de manière plus sérieuse.
Les deux frères entrèrent dans leur chambre et Dean posa, lança plus exactement, les dossiers sur la table. Il défit sa cravate - Dieu qu'il détestait ces machins ! - et s'affala sur le lit, tandis que Sam prenait place sur la chaise.
— Allez Sam, dis-moi ce qui te tracasse !
— ... Cette histoire me parait vraiment bizarre.
— Ça tombe bien, c'est pour ça qu'on est là.
— Ce que je veux dire c'est que le vampire, car c'est presque évident que c'est la créature que l'on cherche, agit différemment des autres.
Dean se redressa sur le lit, pour se mettre en position assise. Il passa une main sur son visage avant de plonger ses prunelles dans celles de son frère.
— Dans l'absolu, il n'y a pas eu énormément de victimes, commença Sam.
— Pas énormément ? Je trouve que cinquantes personnes vidées de leur sang, ça fait déjà un beau paquet ! s'étrangla Dean.
— Oui, mais sur une longue période !
Sam s'empara des dossiers avant de poursuivre :
— D'après ces rapports que l'on a déjà étudiés, la toute première attaque a eu lieu il y a dix ans déjà. Et depuis, c'est tous les six mois qu'un nouveau corps est retrouvé.
— Okay, je vois ce que tu veux dire. Le vampire qui agit ici n'attaquait que deux personnes par an. Ca fait peu pour subsister aussi longtemps.
— Oui, reprit Sam en déposant les dossiers.
Il saisit ensuite son ordinateur et pianota quelques instants dessus, sous le regard attentif de son aîné.
— Et on ne signale aucune attaque étrange sur les bêtes, qui pourrait expliquer pourquoi il y a «aussi peu» de victimes.
— C'est aussi étonnant qu'il n'y ait pas de disparitions en-dehors de ces morts, réfléchit Dean en commençant à faire les cent pas. Ça veut dire que notre vampire ne cherche pas à se créer un clan. Donc, nous avons affaire à un vampire qui arrive à vivre en pompant le sang de deux personnes par an, qui ne cherche pas à avoir de nouveaux copains, mais qui s'est mis à attaquer plus de gens depuis quelques mois, récapitula-t-il.
— La question est de savoir comment il fait pour vivre en buvant cette quantité de sang, et aussi pourquoi il s'est soudainement mis à faire plus de victimes.
— Peut-être qu'il est allergique au sang et qu'il fait une réaction super poussée quand il en boit ? Genre il se met à avoir de vilaines cloques sur le visage et sur les mains. Mais comme il faut bien qu'il se nourrisse de temps en temps, il tue une ou deux victimes histoire de pas dépérir, proposa l'aîné des Winchester.
— Dis donc, quelle imagination ! Et comment tu expliquerais les dernières morts ?
— ... Peut-être qu'il est guéri ! Ou alors des potes à lui sont venus le rejoindre ! continua Dean en voyant son frère rouler des yeux.
— Mouais... Quoi qu'il en soit, on n'est pas plus avancé. Bon, je vais continuer les recherches et...
— Bonne idée ! Moi je vais chercher de quoi manger ! l'interrompit Dean d'un air enjoué.
Sam leva les yeux au ciel, un sourire au coin des lèvres.
— Le contraire m'aurait étonné. Allez, en avant Garguantua !
— Qui ça ? demanda Dean en souriant avant de franchir la porte de leur chambre.
— Aaaaaah ! Ça, c'est ce que j'appelle un vrai repas ! s'exclama Dean en soupirant d'aise.
L'aîné des Winchester se frotta le ventre, l'air heureux, après avoir englouti deux cheeseburgers, une dizaine de cookies - mais pour sa défense, c'étaient des petits cookies - et deux bières. Sam lui, avait fini depuis bien longtemps, et continuait les recherches pour la chasse.
— Si tu continues à manger autant de verdure, tu deviendras une girafe plus vraie que nature Sammy ! reprit l'aîné en se levant et en contournant l'Impala pour rejoindre son cadet.
Peu après son départ du motel à la recherche de la nourriture salvatrice, Dean était revenu en maugréant. Il n'avait pas eu de souci pour trouver de fast food, il en avait trouvés pas moins de cinq en l'espace de dix minutes, mais à chaque fois qu'il faisait mine de pénétrer à l'intérieur, une horde de jeunes gens longilignes et maigrichons lui sautaient dessus pour lui faire comprendre à l'aide de grands gestes inutiles que la bouffe grasse, c'était mal.
Hors de lui, il avait donc embarqué Sam, et tous deux avaient pris la route pour s'éloigner un peu de Rawlins.
— Mais oui, mais oui. Tiens, viens plutot voir ça.
— Oh, alors ça c'est intéressant...
Sam avait fait apparaître sur l'écran de son ordinateur une carte de la ville de Rawlins. Et sur celle-ci, il avait symbolisé par des petits points les lieux où les corps avaient été retrouvés. On pouvait très clairement percevoir que toutes les attaques s'étaient déroulées dans un périmètre relativement restreint, et autour d'un endroit précis.
— Ce terrain correspond à quelque chose de particulier ? demanda Dean en pointant le lieu en question.
— Oh oui... C'est la maison de Maria Dillings, notre toute première victime.
— Hum... Il faudrait qu'on en sache plus sur elle.
— Pour cela, le mieux à faire est d'interroger ses anciens voisins, amis, ou proches s'il y en a, suggéra le cadet des Winchester.
— Et on devrait faire un tour vers sa baraque ce soir.
— Oui, bonne idée, étant donné que la créature attaque de plus en plus de personnes, on peut penser qu'elle agira cette nuit, termina Sam.
Les deux frères remballèrent les restes de leur repas et retournèrent à Rawlins.
Ils consacrèrent tout leur après-midi à obtenir des informations sur la première victime du vampire. En tant qu'agents du FBI, ils n'eurent aucun mal à engager la discussion.
Bien que la jeune femme soit décédée depuis plusieurs années, les souvenirs des gens la concernant restaient très vivaces. La chose qui avait visiblement le plus marqué ses voisins, était que Maria Dillings possédait une beauté que le temps ne semblait pas affecter ; ce que Dean n'avait pas démenti en voyant quelques anciennes photos. Mais en dehors de cette information, les deux frères n'entendirent rien de bien intéressant avant la tombée de la nuit.
Sam et Dean ne s'encombrèrent pas de trop pour leur virée nocturne. Puisqu'ils avaient affaire à un vampire, ils s'équipèrent chacun d'une machette et ils glissèrent dans une de leurs poches une fiole de sang d'un mort, qui empoisonnerait le vampire. Et comme ils n'étaient jamais trop prudents, ils prirent aussi avec eux un couteau en argent et un pistolet chargé en gros sel.
Juste au cas où.
Les Winchester décidèrent de se rendre à pied au terrain ayant appartenu à Maria Dillings, inoccupé depuis la mort de sa propriétaire. Ils ne rencontrèrent pas grand monde sur le chemin - pour ne pas dire personne.
Maria Dillings avait habité une magnifique demeure, agrémentée d'un jardin autrefois florissant. De l'extérieur, on aurait pu penser que la maison était toujours habitée, s'il n'y avait pas eu deux vitres cassées à l'étage, et si le jardin avait été entretenu. Un chemin en terre serpentait depuis le bord du terrain jusqu'à l'entrée de la maison, au bord duquel de grands arbres avaient été plantés, dispensant une ombre agréable lors de très chaudes journées d'été.
— Piou ! Maria Dillings habitait une sacrée maison ! siffla l'aîné des Winchester en s'engageant sur le chemin à la suite de son frère.
— C'est d'ailleurs assez étonnant qu'une jeune femme de son âge ait eu assez d'argent pour vivre dans une telle demeure, murmura Sam.
Le cadet des Winchester fit lentement le tour de la maison, à la recherche du moindre petit indice pouvant le mettre sur la piste de la créature. Dean quant à lui s'éloigna un peu du terrain, et fureta dans les rues adjacentes, sans aucun résultat.
Mais, alors qu'il revenait vers la demeure, il entendit comme un froissement. Tous les sens aux aguets, Dean sortit sa machette et prononça le nom de son frère de manière discrète, mais ferme. Sam était revenu devant l'entrée de la maison lorsqu'il entendit son frère.
C'est en se tournant vers lui qu'il la vit.
La créature se trouvait à quelques centimètres de Dean, prête à enfoncer ses ongles démesurément longs dans le dos de l'aîné des Winchester.
— Dean !
Mu par la voix de son frère, celui-ci se retourna vivement, prêt à trancher la tête du vampire, mais les griffes lui déchirèrent tout de même l'épaule. Dean poussa un petit grognement de douleur et son arme s'abattit dans le vide.
La créature sembla esquisser un sourire puis elle envoya valdinguer Sam contre un arbre, alors qu'il fonçait vers elle. Il avait beau être un jeune homme grand et bien bâti, elle n'avait eu aucun mal à éviter la courbe de son arme et à le projeter à plusieurs mètres. Sam s'étala sur le chemin terreux, complètement sonné.
Furieux que le vampire s'en soit pris à son frère, Dean sortit la fiole de sang qu'il possédait, mais avant qu'il n'ait eu le temps d'en faire quoi que ce soit, la créature se glissa de nouveau derrière son dos et attrapa en un geste rapide son pistolet, qu'elle fit tournoyer entre ses mains. Puis elle poussa un cri sinistre, qui ressemblait à un ricanement, et bondit vers une ruelle. Dean s'élança à sa poursuite, mais en pénétrant dans la ruelle où le vampire avait disparu, il ne vit rien.
Les bras ballants, la machette dans une main et la fiole dans l'autre, Dean ne put que constater avec effarement que la créature s'était enfuie.
Ils s'étaient faits avoir comme des bleus !
L'aîné des Winchester rangea son arme et passa une main précautionneuse sur son épaule gauche poisseuse de sang. C'était douloureux mais supportable. Mais si Sam n'avait pas hurlé son nom...
Il préférait ne pas y penser.
Dean revint en de grandes enjambées vers son frère, qui était maintenant assis sur son séant, couvert de terre, la bouche ouverte et clignant des yeux. Dean s'assura que Sam avait juste pris un bon coup sur la tête avant de l'aider à se mettre debout. Ce fut seulement quelques minutes plus tard, les idées remises en place et les derniers évènements repassant dans sa tête que Sam se tourna vers son frère:
— Mais c'était quoi ÇA ?
Dean haussa les épaules, de mauvaise humeur. Le «vampire» avait joué avec eux.
Les frères rentrèrent au motel, dans le plus grand des silences. Tous deux repensaient à ce qu'il venait de se passer, et une chose était sure, aucun vampire n'aurait pu les surprendre à ce point, autant par la rapidité des gestes que par la puissance.
Complètement las, Sam alluma la lumière de leur chambre et vit le sang qui tachait les vêtements de son aîné :
— Montre-moi ton épaule Dean, je vais soigner tout ça.
— Va te doucher Einstein. T'es couvert de terre, tu ne voudrais pas que mes blessures s'infectent si ? répondit son frère.
— Oh ! Euh... T'as raison, excuse-moi, répondit Sam en rougissant, honteux de ne pas y avoir pensé.
Dean attendit que frère soit rentré dans la salle de bain et qu'il entende l'eau couler pour ôter sa veste et son tee-shirt. Il les balança à travers la pièce, en grommelant car sa veste était déchirée, puis passa doucement sa main sur les griffures. Il grimaça quelque peu au contact mais ce n'était visiblement pas très grave. Les plaies ne saignaient plus.
On frappa discrètement à la porte. Dean alla ouvrir, se demandant qui pouvait bien venir les déranger à une heure aussi avancée. Il fut étonné de voir Catherine, les mains jointes dans le dos et les jambes croisées, avec un sourire de petite fille sur le visage.
— Bonsoir, comment allez-vous ? demanda-t-elle.
Quelque peu surpris, Dean ne réagit pas tout de suite. Il ne s'agissait plus de la jeune femme fatale, mettant ses atouts bien en valeur. Catherine avait troqué mini-jupe et top moulant pour un vieux jean délavé, une paire de basket ayant déjà bien vécu et un pull tout ce qu'il y avait de plus banal.
— Euh, bien merci. Que faites-vous là ?
— Je voulais vous présenter mes excuses pour hier. Je n'aurais pas du réagir comme je l'ai fait. Mon esprit a tendance à s'emballer rapidement. Surtout quand je rencontre deux beaux jeunes hommes comme vous et votre ami, répondit la jeune femme en entrant dans la pièce sans attendre une quelconque invitation de la part de Dean.
— Je vous en prie, il n'y a pas de mal.
Le principal pour Dean était que le quiproquo soit réglé.
— Euh... Vous voulez boire quelque chose ? proposa le chasseur en se dirigeant vers le petit frigo.
— Volontiers. Oh mon Dieu, que vous est-il arrivé ? s'écria Catherine en apercevant les griffures qui s'étalaient sur l'épaule gauche de Dean.
— Hein ? Ah ça ! Euh rien du tout, rien du tout, ne vous inquiétez pas.
— Mais si, vous êtes blessé ! Comment cela vous est-il arrivé ? Vous...
La jeune fille s'interrompit en voyant Sam sortir de la salle de bain dans un nuage de vapeur. Ses yeux s'arrondirent lentement, ses sourcils se haussèrent et ses lèvres rétrécirent jusqu'à former un O parfait. Puis elle porta de nouveau le regard sur Dean, un sourire mille volts sur les lèvres :
— Excusez-moi. Je crois que je vais vous laisser... gloussa-t-elle. Bonne soirée ! finit-elle avec un regard entendu.
Dean n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit avant que la jeune femme ne s'en aille. Il regarda la porte d'un air interrogateur pendant quelques secondes. Puis son regard se posa sur la chambre. Et sur Sam.
Le lit était défait, Dean n'ayant pas eu la motivation nécessaire pour le faire le matin, car Sam l'avait «levé aux aurores», selon ses propres termes. Des vêtements gisaient un peu partout, des livres et des documents étaient posés pêle-mêle sur la table et sur une chaise, leurs sacs reposaient négligemment au pied du lit, l'ordinateur portable de Sam dépassant de l'un d'entre eux. Sam, qui regardait son frère sans comprendre non plus ce qui avait bien pu passer par la tête de Catherine, une serviette autour de la taille, et des gouttelettes d'eau glissant sur son buste parfaitement sculpté. Et Dean se trouvait au milieu de la pièce, torse nu et des griffures suspectes sur l'épaule.
Le chasseur pinça les lèvres et ses épaules s'affaissèrent.
Leur réputation était faite.
TBC...
