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Chapitre 7
Sam tourna la tête vers Catherine. Il semblait complètement ailleurs, comme déconnecté de la réalité. Visiblement, l'annonce de la créature l'avait sérieusement secoué. Catherine quant à elle n'en menait pas large. Et elle ne comprenait pas du tout ce que comptait faire la... personne qui l'avait kidnappée.
Sam cligna plusieurs fois des yeux, pour se remettre les idées en place. Le regard de Catherine posé sur lui lui permit de se reconcentrer sur la réalité.
— Comment vous sentez-vous ? demanda le chasseur.
— Hum, comment dire ? Disons que je n'ai pas vraiment l'habitude de me faire enlever par une femme après qu'elle m'ait planté ses dents dans le cou ! répondit la jeune femme de manière un peu hystérique.
Les yeux de Sam se posèrent sur la blessure de Catherine. Bien que son tee-shirt soit taché, le sang ne coulait plus de la morsure. La créature avait sans doute voulu l'apeurer.
«C'était juste l'apéro !» voila ce que Dean aurait dit.
Le jeune chasseur soupira pour la énième fois. Les mâchoires serrées, il regarda tout autour de lui, à la recherche d'une quelconque échappatoire. Mais ce n'était pas ficelé comme il l'était qu'il parviendrait à sortir de la situation dans laquelle il se trouvait. Il se résolut donc à... expliquer certaines choses à Catherine.
— Bon, je sais que ce que je vais vous...
— Je t'en prie Sam, tutoie-moi, on est dans une situation délicate tous les deux, pas la peine de s'embarrasser avec des convenances à deux balles.
Le jeune chasseur lui adressa un regard surpris. C'était bien le genre de choses que Dean aurait pu dire.
— Euh... donc ce que je vais v...te dire va te sembler complètement fou, mais tu dois me croire. reprit Sam.
— Vas-y toujours. De toute façon je n'ai que ça à faire de t'écouter, répondit-elle sarcastique.
— Okay, euh, Dean et moi ne sommes pas venus à Rawlins pour faire du tourisme... ou je ne sais quoi d'autre.
— Voyons Sam ! Je sais très bien reconnaître un couple quand j'en vois un ! Pas la peine de me raconter des histoires. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Je le sais ! s'exclama Catherine, la peur ayant totalement fait place à une extase sidérante.
— Bref, reprit le cadet des Winchester en levant les yeux au ciel, ce que j'essaye de te dire, c'est que nous sommes ici pour nous occuper de celle qui s'en est prise à toi.
— Euh, tu veux dire que Dean et toi saviez qu'elle allait m'attaquer ? réfléchit-elle. Mais alors pourquoi n'avez-vous rien fait ?
— On ne savait pas exactement à qui elle s'en prendrait, mais on savait qu'elle agirait, corrigea Sam. On a tenté de la neutraliser, mais elle s'est révélée beaucoup plus coriace que prévu.
— Comment une femme comme elle pourrait tenir tête à deux jeunes hommes musclés et impressionnants comme vous l'êtes ? demanda Catherine incrédule.
Aïe. C'est là que ça devenait compliqué.
— Ben... Parce que c'est pas vraiment une femme... répondit Sam, incertain.
Les yeux de Catherine s'arrondirent comme des soucoupes :
— Et qu'est ce qu'elle est dans ce cas là ? Trois schtroumpfs montés les uns sur les autres dans un déguisement ?
— Ah ah, ça serait marrant tiens... Non. En fait, Dean et moi sommes des chasseurs. On traque les... monstres et toutes les créatures qui s'en prennent aux humains. Et je puis t'assurer que la femme qui nous a enfermés ici n'est pas humaine.
Sam voyait bien dans les yeux de Catherine qu'elle ne le croyait absolument pas. Il insista donc :
— Tu crois vraiment que les Hommes peuvent avoir des crocs comme les siens ? Tu as déjà vu quelqu'un mordre une autre personne et la vider de son sang ?
La jeune femme devint blême et Sam se dit qu'il était allé trop loin. Un silence gêné s'installa. Le cadet des Winchester pinça les lèvres et réfléchit à quelque chose à dire lorsque Catherine prit la parole :
— Et tous ces gens que l'on a retrouvés ces derniers jours ont été... tués par... elle ? demanda-t-elle d'une petite voix.
Bien conscient que sa réponse allait avoir un impact sur la vie de la jeune fille, Sam la regarda très sérieusement et répondit fermement :
— Oui.
L'agent Frickers resta interdit quelques secondes devant son interlocuteur. Il se ressaisit finalement et s'avança vers lui, se voulant le plus menaçant et le plus impressionnant possible :
— Vous quoi ?
— J'ai pourtant été très clair agent Frickers. Je prends l'affaire Winchester en main, répondit tranquilement l'homme se trouvant en face de lui.
— Vous êtes hilarant, répondit Tom sans aucune once d'humour. Il n'en est pas question. Je m'occupe des Winchester, et vous n'allez pas interférer dans cette affaire. Il s'agit de mon enquête maintenant ! reprit l'agent avec orgueil.
Son interlocuteur esquissa un sourire.
— Et bien, dites-le lui, répondit-il en tendant un téléphone portable vers l'agent du FBI.
L'agent Frickers saisit le téléphone tout en fronçant les sourcils. Il apposa l'appareil à son oreille et entendit une voix bourrue à l'autre bout du fil. Au fur et à mesure, les collègues de l'agent Frickers purent le voir perdre ses couleurs :
— Hum, non je... Euh je... Bien.
Finalement, il raccrocha après avoir répondu :
— Bien monsieur le directeur.
Les agents Ross et Broos se regardèrent, étonnés. Le directeur du FBI en personne les avait contactés pour donner ses ordres à propos de Dean Winchester.
Ce jeune homme était vraiment quelqu'un !
A quelques centaines de kilomètres de là, un homme raccrocha son téléphone en grommelant. Mais dans quel bordel les deux frères se trouvaient-ils encore pour que cet homme lui demande un petit coup de pouce ?
Rajustant sa casquette, Bobby se promit de le leur faire payer dignement lorsqu'ils rentreraient.
— Puisque l'ordre émane «d'en haut», je vais vous mener à m... à votre prisonnier, reprit l'agent Frickers les dents serrées.
— Je croyais que vous aviez quitté le navire ! s'exclama Marty Ross en se tournant vers le nouveau détenteur du dossier Winchester.
— Disons simplement que j'avais besoin de faire le point, répondit évasivement son vis-à-vis.
— Enfin bref, nous ne sommes pas ici pour parler de ça, reprit Tom Frickers en levant les yeux au ciel.
L'agent se sentait extrêmement frustré de devoir remettre ce dossier si passionant. Les frères Winchester étaient deux jeunes hommes très énigmatiques, et, bien qu'il pouvait suivre leur trace grâce aux cadavres qui s'accumulaient derrière eux, Tom Frickers adorait jouer au chat et à la souris avec Sam et Dean.
Il remit donc solennellement le dossier Winchester à son nouveau détenteur, les mâchoires encore plus serrées qu'auparavant, si cela était possible. Puis il ouvrit la porte qui menait à la pièce où Dean se trouvait menotté :
— Suivez-moi agent Henricksen.
Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois et pénétra dans la salle. En entendant la porte s'ouvrir de nouveau, Dean leva les yeux vers elle. Si elle avait été désolidarisée du reste de son visage, sa mâchoire serait tombée par terre. Ses yeux verts reflétaient une surprise absolue. Puis rapidement, un sourire goguenard apparut sur ses lèvres. L'agent Frickers mourait littéralement d'envie de le frapper jusqu'à ce que cet exaspérant sourire disparaisse.
— Quelle bonne surprise ! Victor ! Comment ça va ? s'exclama Dean soudainement très enjoué.
Les trois autres agents du FBI se regardèrent, les yeux ronds.
— Dean... soupira l'agent Henricksen. Ton frère et toi êtes vraiment doués pour vous retrouver dans des situations délicates.
— C'est ce qu'on appelle le talent, tout simplement ! répondit Dean.
On pouvait presque percevoir une bouffée d'orgueil dans sa voix.
Les agents Frickers, Broos et Ross clignèrent des yeux plusieurs fois, complètement hébétés. Depuis quand ce meurtrier était-il ami avec l'homme qui l'avait traqué si longtemps ?
— Bon, raconte-moi ce qu'il s'est passé. Qu'est ce que vous faites là ton frère et toi ? reprit Victor en s'asseyant en face de Dean.
— Parce que vous croyez qu'il va vous dire la vérité ? glapit l'agent Frickers. Il nie toute implication dans les meurtres !
— Je veux entendre sa version, voila tout. Ah, et virez-moi ces photos, c'est assez glauque, répondit l'agent Henricksen.
Dean regarda les trois agents du FBI, un air moqueur plaqué sur le visage. Il semblerait que la chance soit au rendez-vous pour une fois ! Mais le chasseur reprit rapidement son sérieux. Il fallait qu'il retrouve Sam. Et sans l'agent Henricksen, cela lui serait impossible.
— Sam et moi sommes arrivés il y a deux jours environ. On a entendu parler des morts étranges qui se déroulaient ici. Depuis notre arrivée, une autre femme a été tuée, et Sam s'est fait enlever.
— Et qu'est ce que vous chassez ?
Dean jeta un rapide coup d'œil vers les autres agents avant de répondre :
— On pensait au premier abord à un vampire. Mais on s'est confronté deux fois à elle, et il est clair que ce n'en est pas un. La créature est beaucoup trop rapide et très puissante. Sam avait découvert ce qu'elle était réellement lorsqu'elle nous a attaqués et que ces trois abrutis me sont tombés dessus. Je ne sais pas comment la tuer, mais mon frère oui.
Il fallut quelques instants à l'agent Henricksen pour assimiler les informations. Les trois autres se regardaient sans comprendre. Des vampires ? Et puis quoi encore ?
— Okay, le principal est donc de trouver Sam, reprit Victor en se levant.
Il s'approcha de Dean et sortit des clefs de sa poche. En voyant ce qu'il comptait faire, l'agent Frickers lui sauta dessus :
— Non mais ça ne va pas ? Vous comptez libérer un homme accusé de meurtres, de profanation de tombes, d'exhumation de cadavres, de satanisme et j'en passe ?
Victor Henricksen sembla réfléchir quelques instants à ses paroles.
— C'est à peu près ça oui, répondit-il finalement en insérant les clefs dans les menottes du jeune Winchester.
Une énorme satisfaction parcourut chaque fibre de Dean losqu'il entendit le clac ! libérateur. Il se mit debout, un peu chancelant tout de même. Puis il massa ses poignets meurtris. Il se tourna ensuite vers l'agent Henricksen :
— Je sais où on va pouvoir trouver Sam. Toutes les morts se sont déroulées dans un même périmètre, autour de la maison de la première victime. Je suis persuadé que Sam se trouve là-bas.
— Très bien, allons-y, répondit Victor en faisant signe aux trois autres.
— Euh... Ces mecs viennent avec nous ? demanda Dean incrédule.
Les agents du FBI se regardaient, sans savoir que faire. Depuis quand les méchants se trouvaient être les gentils ? Depuis quand avaient-ils basculé dans la quatrième dimension ? Voyant leur perplexité, l'agent Henricksen se tourna vers eux :
— Bon, écoutez les gars, vous allez faire tout et strictement ce que je vous dit, c'est clair ? J'ai suffisamment traqué les frères Winchester pour m'être rendu compte que le FBI faisait fausse route sur toute la ligne à leur sujet. Faut dire aussi que l'expérience a été convaincante... murmura-t-il pour lui même. Ce type, continua-t-il en désignant Dean du doigt, est le seul mec capable de nous débarrasser de ce qui rôde dehors. Et croyez-moi, j'aurais préféré avoir affaire à un psychopathe plutôt qu'à ce qui nous attend.
Les trois agents restèrent silencieux.
— Okay, répondit finalement l'agent Frickers. Je vous fais confiance agent Henricksen, car vous avez été mon supérieur pendant quelques années et que vous êtes un homme brillant. Mais ce n'est pas pour ça que je lui fais confiance à lui ! s'exclama-t-il en dégainant et en pointant son arme vers Dean.
Le jeune chasseur leva les bras en guise d'apaisement :
— Très bien, ne me faites pas confiance et gardez votre flingue braqué sur moi si ça vous chante. Mais ne m'empêchez pas de sauver mon frère et les habitants de cette ville !
Les yeux de Dean avaient pris une teinte foncée.
Le jeune homme tourna les talons et s'engagea à l'extérieur du commissariat, les quatre hommes sur ses traces. Il dut fermer les yeux lorsqu'il se retrouva à l'air libre. Le soleil qui se levait l'éblouissait. Il avait donc été gardé ici pendant toute la nuit ! Génial. Et qu'était-il arrivé à Sam pendant tout ce temps ?
Dean se tourna de nouveau vers l'agent Frickers :
— Et mes armes, où sont-elles ?
— Donnez-les lui Tom, insista Victor.
Celui-ci hésita quelques instants, avant de finalement remettre à Dean les armes qu'ils avaient trouvées sur lui, autrement dit deux machettes et un pistolet. Dean examina son chargeur. Il lui restait quelques balles. Ce devrait être suffisant pour éloigner la créature s'il y avait besoin.
Le petit groupe, guidé par Dean, arriva bien vite devant l'ancienne demeure de Maria Dillings. L'instinct de Dean était en ébullition. La créature devait se trouver dans les parages.
— Bon écoutez-moi bien, s'exclama-t-il en se tournant vers les autres, mon frère doit se trouver quelque part dans cette maison. Et la créature doit y être aussi. Peut-être même que d'autres personnes sont emprisonnées là-dedans. Notre but est de retrouver tout le monde. Si vous voyez quelqu'un ou croyez voir quelque chose de menaçant, tirez. Ne vous faites pas avoir. Si vous trouvez mon frère, vous me prévenez, c'est clair ?
Les agents du FBI hochèrent la tête comme un seul homme.
— Alors allons-y.
Dean et les quatre hommes pénétrèrent dans la demeure. La porte principale n'était pas verrouillée, ce qui confirmait l'hypothèse de Dean. La perspective de retrouver son frère donnait au Winchester une dose d'adrénaline. Les agents Ross, Broos et Frickers s'engagèrent dans l'escalier qui menait aux étages supérieurs. Victor et Dean se séparèrent dans les pièces du rez-de-chaussée.
Tout comme les agents du FBI, l'aîné des Winchester se déplaçait sans bruit. Il visita chaque pièce mais ne rencontra que des monceaux de poussière. Finalement, l'agent Henricksen et lui se retrouvèrent au pied des marches de l'escalier. Le rez-de-chaussée était vide.
Soudain, ils entendirent distinctement des coups de feu provenir de l'étage supérieur. Montant les marches quatre à quatre, malgré la douleur qui se réveillait dans ses côtes, Dean arriva bien vite à la source du bruit, Victor sur ses talons. Les trois agents du FBI observaient horrifiés la créature qui avançait lentement vers eux, prenant un malin plaisir à les terrifier.
— Hé ! hurla Dean à l'attention de la créature.
Celle-ci tourna la tête vers lui et reçut trois balles dans le torse. L'impact des coups la projeta contre la fenêtre. Dean tira une nouvelle fois et la vitre se brisa. L'aîné des Winchester se précipita vers la fenêtre et chercha la créature des yeux. Elle avait chuté jusqu'au sol et s'enfuyait maintenant vers la forêt environnante.
Sachant pertinemment qu'il ne pouvait rien faire de plus, Dean reconcentra son attention sur ce qui se trouvait dans la pièce. En voyant son frère ficelé comme un saucisson à une table, Dean bondit vers lui et dégaina sa machette. Il trancha en quelques instants les cordes qui maintenaient son frère prisonnier. Les agents du FBI s'occupaient des liens de la pauvre Catherine.
— Hey, Sammy. Comment tu te sens ? demanda l'aîné des Winchester en prenant le visage de son frère entre ses mains pour déceler une quelconque blessure.
— Ça va, ça va, ne t'inquiète pas, répondit Sam avec un petit sourire fatigué.
En voyant que son frère se trouvait plutôt en bonne santé, Dean se tourna vers Catherine :
— Et vous, comment allez-vous ?
La jeune femme leva vers lui des yeux que Dean ne connaissait que trop bien. Son regard avait perdu toute innocence. Sa vie ne serait plus vraiment la même maintenant qu'elle avait découvert ce qui se cachait dans l'ombre.
Dean soupira, puis il tourna la tête vers son frère.
L'heure des explications était venue.
TBC...
Ah ah ! Il fallait forcément que Henricksen revienne. Je vous ai dit que j'adorais ce type ?
