Bonjour à tous !
Je suis navrée pour mon retard, mais pas trop quand même : je suis tombée malade deux fois en trois semaines, ce qui n'a pas favorisé ma proportion à l'écriture, vous l'imaginez bien. Quoi qu'il en soit, cela ne change pas la prochaine date d'update, qui se fera le dimanche 5 mai.
Comme d'habitude, pour ce qui est de la dédicace : oOOOmerlette, Lyanna St-Ange, my ch'tite soeur.
Dans ce chapitre, vous verrez la vieille Emer et tous les Campbell pour la dernière fois... En tout cas avant longtemps. Timcampy sera au rendez-vous le chapitre suivant ! Quand à ceux qui se demandent où sont les Noah et les Exorcistes... On retrouve Apocryphos dans ce chapitre, et Kanda revient également pour le prochain. Pour ce qui est des Noah... Vous verrez bien.
Au fait, ce n'est pas un anachronisme ou une erreur : la fin du 19e siècle est effectivement le moment où l'on voit apparaître les premières voitures. Qui bien évidemment diffèrent assez des nôtres.
Toutes ceux qui viennent ici en pensant croiser du slash, de quoi satisfaire leur hormones, peuvent repartir immédiatement. Ceci est un récit théorique, où bien que l'on retrouve une légère touche de Kanda/Alma (bien obligée, c'est canon), et un tout petit peu de Adam/Neah (bien obligée : c'est presque canon), eh bien les couples ne sont pas vraiment au rendez-vous. Ce n'est pas le thème de l'affaire.
Bonne lecture !
POTENTIALITÉ Y – CHAPITRE 2
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Propriété Campbell, entre Lochinver et Lairg, Écosse.
9h.
Johnny était en train de superviser les domestiques qui ramener les différentes valises et paquets dans la voiture, ce qui semblait l'occuper sans l'ennuyer, nota l'albinos. Les Campbell avait fait des pieds et des mains, l'avait harcelé, presque torturé mentalement (le réveillant au milieu de la nuit pour le supplier, quand même), afin qu'il accepte tout d'abord le flot d'affaires qu'on voulait lui offrir, et surtout la voiture qui selon son clan avaient de double avantage d'être rapide et fiable.
Ce n'était pas qu'il souhaitât particulièrement les contredire, mais Allen n'était pas tellement confiant envers ce fameux moteur à explosion... Il y avait quand même le mot "explosion" dans sa définition, ce qui n'était pas de la meilleure augure. Néanmoins, il devait reconnaître que ce moyen de transport était des plus pratique. Le seul désavantage évident qu'il lui trouvât était en réalité son manque de discrétion : seuls les riches personnages avaient assez d'argent pour acquérir un bien si précieux, aussi risquaient-il fortement de se faire remarquer s'ils en utilisaient une.
Les Campbell avaient toutefois insisté pour lui en fournir une. Il n'avait pas eu d'autre choix, après de longues délibérations, que d'accepter. Johnny était très enthousiasmé par l'engin, ce qui avait joué en leur faveur – le traître ! Lui, en revanche, craignait qu'on ne leur prête par trop attention, et que la mauvaise personne ne le reconnaisse. Son compagnon avait cependant aisément contré son argument, prétendant qu'au contraire, personne ne s'attendrait à le voir voyager ainsi, et que toute assimilation entre « Allen Walker » et « le garçon dans la voiture » serait annihilée par simple effet de logique.
Ce devait être pour la même raison qu'il avait pu rester si longtemps chez le clan de Mana : personne ne pensait l'y trouver, n'avait fait le lien entre eux, et ainsi, il n'avait reçu ni la visite d'Apocryphos, ni celle des Noah. Un mois. Un mois entier à paresser au manoir des Campbell, à interroger chaque personne qu'il y avait découvert sur Neah... C'était plus qu'il n'avait seulement rêvé de s'installer depuis qu'il avait quitté les prisons de l'Ordre.
Il avait alors rejoint une vieille amie de son maître, qui lui avait expliqué les ressortissants de l'affaire, le fait qu'il ne pourrait guère se fixer nulle part... Avant de le mettre à la porte, lui prescrivant de toujours rester en mouvement et de ne pas commettre l'erreur stupide de rester trop longtemps en un même endroit. C'était suite à cette recommandation sinistre qu'il avait tenté de fuir les Campbell avec Johnny, il y avait une semaine de cela.
Leur tentative avait été couronné d'un échec monumental : on les avait intercepté avant même qu'il ne croisent les gardes au portail du domaine, puis lui avait-on reproché cet essai jugé ridicule, avant de lui nommer toutes les affaires dont il aurait potentiellement besoin. Graham avait finalement conclu l'affaire, interrompant les babillements des femmes pour déclarer d'un ton très satisfait (trop à son goût) : « Mais le garçon ne va pas nous quitter ainsi au milieu de la nuit, n'est-ce pas ? Nous avons le temps de faire des préparatifs de départ corrects... ». Et Allen n'avait guère eut d'autre choix que de s'incliner devant la proposition-ordre.
Aussi ne quittait-il la demeure Campbell qu'à l'instant, enfin, si Johnny parvenait à tout installer dans la voiture sans trop la ralentir pour autant. L'albinos savait qu'il devait aller visiter la Vieille Emer une dernière fois avant de disparaître dans la nature, il voulait donc la voir juste avant le départ, afin d'éviter la tâche jusqu'au dernier moment. La vieille femme le mettait mal à l'aise, avec sa manie de le confondre avec Neah, malgré ses rappels constants qu'il n'était pas son oncle.
Il l'aimait assez, ce n'était pas le problème : elle était fine mouche et il appréciait cette qualité, seulement, elle était aussi trop intelligente pour prétendre aussi légèrement qu'il n'était pas Allen mais Neah. Et les fariboles qui sortaient de sa bouche lorsqu'elle prétendait que son Noah avait le don de magie – et lui aussi, par voie de conséquence – l'agaçaient quelque peu.
« Tu ne devais pas aller voir la doyenne ? »
La voix dans son dos le fit sursauter ; Allen se retourna brusquement, la main sur son bras... C'était simplement Johnny, bien sûr. Mais il ne l'avait pas entendu arriver, tout plongé dans ses pensées qu'il était, et le fait d'être toujours chez les Campbell au bout d'autant de temps le rendait quelque peu nerveux. Il avait sans arrêt peur d'une attaque, de voir la figure blanchâtre et humanoïde tant haïe surgir au coin d'un mur, ou bien un des puits qui libéraient ces gigantesques akumas s'ouvrir pour massacrer sa famille...
Car hélas, aussi tordus et bizarres et originaux et excentriques et curieux qu'il fussent, il était difficile de nier que les Campbell étaient sa famille. Il y avait trop de Mana en eux, et il y avait eu trop d'eux en Mana pour qu'il puisse le faire. Mana l'avait adopté. Mana avait une famille, complètement hors norme et atypique, mais une famille. C'était donc sa famille à lui également... Malgré tout, contre certaines cousines un peu trop... envahissantes, il ne voyait pas trop l'utilité d'être « de la famille » s'il ne pouvait pas avancer l'argument de la consanguinité pour les repousser.
Johnny lui sourit doucement, compréhensif du haut taux de tension qu'il entretenait depuis deux jours. Même l'un des domestiques lui avait fait remarquer qu'il était effectivement peut-être temps qu'il s'éloigne s'il sautait ainsi à la gorge de tout le monde. L'ancien exorciste se détendit, relâchant la prise sur son Innocence. Le scientifique savait, et comprenait très bien qu'il ait peu de stationner chez les Campbell, au vu de ce qui surgissait à chaque endroit où il osait rester plus d'une semaine.
« Si, tu as raison, assura-t-il. Je vais m'y rendre immédiatement. »
Son compagnon hocha la tête, posa une main sur son bras en signe de soutient, puis retourna à ses activités premières. Allen le regarda s'éloigner et partit à son tour, saluant toutes les personnes qu'il croisaient, venues lui souhaiter bon voyage. A son grand étonnement, il ne lui avait pas fallut tant lutter pour parvenir à faire accepter aux Campbell qu'il comptait bel et bien les quitter sous peu. On lui avait simplement arraché la promesse de rester en vie, de revenir un jour, et d'emporter les aides matérielles qu'ils pouvaient lui fournir.
Il avait peut-être un peu sous-estimé l'envergure des aides en question.
Il avait eu tendance de manière générale à ne pas prendre autant au sérieux son clan qu'il ne l'aurait du. Mine de rien, on l'avait vraiment aidé, filtrant soigneusement chaque personne qui avait connu Neah afin qu'il puisse l'interroger tout son saoul. Il avait lui-même fouillé dans l'ascendance des bâtards afin de vérifier les affirmations du chef de famille, mais, et cela l'avait outrageusement déçut, il avait hélas raison. De toutes les mères encore logées dans les alentours du Manoir, beaucoup avaient gloussé au nom de son Noah, et vantés ses qualités physiques dans un lit (avec force détails qu'Allen n'avait pas demandé, et qu'il se serait bien évité s'il avait pu).
Il fallait bien avouer que l'albinos avait été impressionné de la quantité de femmes de son oncle avait visité. Là encore, il ne s'agissait pas que de filles légères, qu'il aurait rencontré dans une maison de plaisir lors d'une sortie avec ses cousins, mais également de demoiselles plus respectables, et si certaines avaient apparemment la cuisse accueillante, d'autre, clairement, non. Bizarrement, il ne savait trop si c'était l'effet « ce type veut me voler mon corps » ou pas, mais il avait du mal à imaginer le Quatorzième en grand séducteur.
Et malgré cela, son oncle n'avait aucun enfant. Pas un seul. Pas un tout petit bâtard qui aurait échappé à son attention. Au-cun. C'était assez frustrant. A défaut de le connaître, Allen avait pensé pouvoir juger de la nature de son Noah grâce à celle d'un descendant potentiel. Sauf que ce fameux enfant n'existait pas. L'homme avait pris le plus grand soin à ne jamais engrosser aucune femelle, et si nombre de bâtard fleurissaient à la demeure Campbell, nul n'était de lui.
Tous ou presque, avaient semé des enfants non désirés mais acceptés dans la famille, sauf celui-là. Et tout le monde semblait trouver ça normal, ce qui l'ulcérait. L'un de ses oncles avait même plaisanté en précisant que son nom, Allen, avait déjà appartenu à l'un des domestiques, ce qu'il avait aussitôt vérifié. Walker étant le patronyme donné aux bâtards, son prédécesseur avait donc réellement la même appellation. On lui avait gentiment expliqué que si à l'adoption il avait prit le nom de Walker, c'était parce que Mana, en abandonnant ses droits de succession, avait choisit de délaisser Campbell pour Walker, ce que personne n'avait vu utile de lui refuser puisque Neah l'avait déjà fait avant lui. Ce qui apparemment, comme Mana avait officiellement changé de nom mais pas renié ses droits n'altérait rien aux siens, de droits de succession. Hélas.
Il n'avait pas la moindre, mais alors pas la moindre envie de succéder à Graham.
Allen en était arrivé à ce point de non-retour dans sa réflexion lorsque la porte de chêne se dressa devant lui. Il y frappa les trois coups réglementaires avant de rentrer.
« C'est Allen, Emy ! » lança-t-il à la cantonade.
Le surnom, s'il était tout sauf normal dans sa bouche, était devenu si naturel qu'il l'avait adopté à son tour. Bien sûr, qu'il lui soit venu ainsi aux lèvres la première fois était sans doute aucun l'œuvre de son Noah, mais comme cela semblait fait plaisir à son interlocutrice, il continuait de l'employer, très conscient de ne faire que renforcer la conviction de la vieille nourrice qu'il était Neah. Bon, bien sûr, il ne pouvait pas nier que sa démarche avait aussi un sens moins noble dans l'intention que de la manipuler, mais l'ancienne était si roublarde qu'il n'avait pas d'autre choix que de tirer sur chacun de ses atouts.
La vieille femme était installée sur son fauteuil de prédilection, comme de juste, et fit la sourde oreille à son affirmation :
« Ah, Neah, bonjour. Tu as amené de quoi manger ?
– Tu n'as pas déjà déjeuné ? s'étonna-t-il.
– C'est bien ça, toi, de ne penser qu'à toi ! » lui rétorqua-t-elle d'un ton taquin.
Il décida dès lors de contourner cette perche-là, ayant déjà abordé la question de l'égoïsme de son Noah. Il voulait mener la discussion vers quelque chose d'essentiel qu'ils n'avaient jusqu'ici pas débattu. Ils en avaient déjà vaguement parlé, mais il était concentré sur autre chose, et aujourd'hui, il voulait savoir, sentait que c'était important. Aussi ne pouvait-il laisser la conversation glisser dans un sens inopportun, surtout au vu de la grande capacité de concentration de la doyenne, qui avait tendance à dériver sans arrêt en raison de difficultés d'attention. Ou tout du moins faisait-elle mine d'éprouver ce genre de problèmes, elle pouvait après tout très bien les jouer.
« Je suis venu voir si tu as du travail pour moi, se lança-t-il.
– Eh bien, que je saches, non. Je me doute de toute façons que si tu demandes ça, c'est que tu as une idée derrière la tête. »
Allen sourit à la perspicacité de la vieille, quoique son petit complot aille sans aucun doute un peu plus loin qu'elle ne le pensât. D'ailleurs, il ne pensait pas réellement faire quelque chose de sa journée à part quitter le domaine Campbell. Non, la chose était plus simple et tenait en quelques mots. Il avait eu l'idée, il y avait peu, que Neah avait peut-être laissé une part de lui-même dans une sorte de cachette, un repaire de jeu d'enfants où resteraient encore aujourd'hui quelques preuves de son enfance...
« Tu as deviné, Emy. »
Il développa juste ensuite, ne lui laissant pas le temps de reprendre le contrôle de la conversation pour la lancer sur un sujet déjà visité et inutile au possible.
« Est-ce que tu penses qu'il y a un endroit ici qui soit représentatif de qui je suis ? »
La vieille se pencha vers lui, subitement intéressée.
« Qu'est-ce que tu veux dire par là, mon petit ?
– Si tu devais indiquer à quelqu'un où me chercher, où chercher s'il voulait me comprendre, où l'enverrais-tu donc ? » osa-t-il demander, un petit sourire aux lèvres.
La doyenne se rencogna dans son fauteuil, visiblement soulagée pour il ne savait quelle raison. Bien sûr, il savait déjà qu'elle était plus fine qu'elle ne le semblait, mais il lui semblait avoir touché tout près d'un sujet qu'elle préférait éviter. Ce qui pouvait potentiellement l'intéresser.
« Eh bien, au chêne-cœur, bien évidemment. »
Allen eut une petite moue déçue. Il avait déjà pu voir l'arbre en question, probablement le doyen de la forêt qui bordait le domaine du clan. Le végétal était certes impressionnant, gigantesque ; il n'en était pas cependant exceptionnel, et l'albinos voyait difficilement le lien avec son Noah. Quoique. Maintenant qu'il y pensait. Dans ces souvenirs bizarres, où son Noah enfant lui avait semblé parlé au vent avant d'interagir avec sa mère et Mana (enfant aussi, une vision perturbante), Neah n'était-il pas perché sur le même arbre, que les Campbell nommaient avec respect pour son ancienneté « chêne-cœur » ?
Mh. La taille du géant était telle qu'il devait sûrement être possible d'aménager quelque chose, d'y amener une boîte ou des jeux... Oui, cela devait pouvoir se faire. Neah l'avait-il fait ? De l'un à l'autre, il n'y avait qu'un pas qu'Allen se décida à franchir en repartant des appartements de la doyenne. En quête des dernières vérités, il se pencha vers elle, lui susurrant avec affection :
« J'ai encore quelque chose à te demander, Emy... »
Elle l'invita à continuer d'un hochement de tête, aussi ne se priva-t-il pas.
« Est-ce qu'il y a quelque chose à mon sujet que tu n'as jamais dit à personne ? »
La femme se troubla, ce qui lui laissa entendre qu'il avait touché au but. Enfin. Peut-être y avait-il quelque chose qu'elle n'avait pas même mentionné à Neah, et que lui, au courant de cette faiblesse, pourrait utiliser contre lui s'il tentait brusquement de le posséder ? Ce n'était qu'une mince possibilité, mais elle n'était pas à écarter, surtout en prenant en compte la réaction surprenante de la Vieille Emer. Ce qu'elle lui répondit, en revanche, fut bien éloigné de ce à quoi il s'était attendu.
« Tu m'as déjà parlé dans ce sens il y a quelques temps, trésor. Tu veux que je te répète tes mots ? »
Le ventre noué par l'appréhension, ne sachant pas trop ce qu'il allait bien pouvoir entendre, Allen acquiesça.
« Continue de marcher. Ne t'arrête jamais. Continue de jouer, ne t'arrête pas de vivre. »
Un sourire léger fleurit sur ses lèvres, qu'il ne parvint pas à retenir. Certes, jusqu'ici, il n'en avait pas eut la preuve, mais ce n'était, après ce qui lui en avait dit Road, plus une surprise d'apprendre que Neah était à l'origine du leitmotiv qui l'avait toujours guidé. Bien sûr, ça ne le rendait pas particulièrement heureux de savoir que son père l'avait élevé selon la philosophie de son Noah de frère, mais au moins n'en était-il plus étonné.
L'intervention de la doyenne, si elle confirma donc ses soupçons que rien n'avait laissé au hasard (après la partition du Musicien qu'il avait apprit étant enfant, il aurait peut-être du s'en douter, cela dit) lors de son enfance, n'eut donc pas l'impact escompté. Road ayant eut l'extrême gentillesse de le prévenir, il était donc « déjà au courant » et la petite surprise que Neah avait apparemment laissé à son intention... Restait désagréable mais ne le choquait pas le moindre du monde.
Allen inspira profondément, ayant une dernière interrogation pour la vieille femme. Il ne savait trop comment elle allait réagir, mais justement, plus qu'une réponse (qu'il doutait qu'elle puisse l'éclairer), c'était l'attitude que son interlocutrice allait adopter qui l'intéressaient. L'albinos saisit la main de sa parente, prétendant tranquillement :
« Il y a un dernier point, Emy... Peut-être auras-tu une idée qui réponde à ma question ? »
La Vieille Emer serra ses doigts et lui accorda cette faveur, ne sachant visiblement que faire pour le retenir – il avait eu auparavant le temps de lui faire assimiler le concept de « je m'en vais, je ne sais pas quand je reviendrais (si je reviens) ». Il planta ses yeux dans les pupilles mortes et demanda presque froidement, d'un ton clinique :
« Pourquoi Neah a-t-il choisit de devenir un Noah ? »
La vieille poussa un long hurlement, un cri de bête affolée, dans une pure panique qu'Allen pouvait lire aussi bien dans ses yeux qu'à travers sa posture crispée, à demi-relevée comme si son instinct lui intimait de s'enfuir. La doyenne voulu apparemment exprimer quelque chose mais elle ne fit guère que haleter, visiblement encore terrorisée. Il ne savait exactement en quoi le simple nom avait pu causer une telle épouvante, mais il était clair à présent qu'Emer savait ce qu'il signifiait, et qu'elle le redoutait.
L'ancien exorciste soupira alors que ses épaules se relâchaient brutalement. Il lâcha la main de la vieille femme, et se releva en étirant son cou. La laissant se calmer doucement, il effleura sa joue et la remercia chaleureusement avant de la prévenir qu'il quittait les lieux. Emer ne prononça pas un mot de plus, même après qu'il fut sortit de ses appartements.
En s'éloignant du bâtiment principal, il prit le temps de passer par le chêne-cœur et d'y monter avant de rejoindre Johnny et la voiture à l'entrée du domaine pour le départ. Entre les feuilles touffues se trouvaient une boîte de bois, si bien encastrée dans l'une des branches centenaires qu'on aurait pensé, sans s'attarder dessus, qu'elle était naturellement une part de l'arbre.
Dans la boîte, quelques trésors : une clef de fer ressemblant à celles de Road, une pierre précieuse montée sur un pendentif probablement d'argent, et un papier avec trois mots seulement.
Éric Bookman. Altnaharra.
