A/N: Bonsoir ! o/ J'ai finalement réussi à finir ce chapitre, bien qu'avec un peu de mal. Il faut dire que je ne suis pas vraiment à l'aise avec les scènes comportant beaucoup de personnages, alors autant dire que ce chapitre-ci a été un véritable cauchemar ! Mais voilà, j'ai vaincu ! x)

Yuki: Hmm, c'est vrai que le nouveau système qu'ils ont mis en place est pas top. Perso, j'ai failli envoyer un rapport au lieu de mettre une fic en favori. Je me suis faite peur toute seule ! Hotaru et ses grandes réflexions sont terribles, hein ? x) Eh bien, Sakuya étant Sakuya, elle essaye simplement d'aider. Et puis, elle connaît l'avenir. Alors, elle essaye de le tirer dans la bonne direction. :) Oh, j'aurais pourtant pensé que la visite de Kyo paraîtrait assez logique, vu que dans les premiers chapitres il est largement dit que c'est le squatteur avéré chez la pauvre Yuya~ J'essayerai de faire moins prévisible, alors ? On ne dit pas assez à quel point ne pas pouvoir finir ses phrases est une torture en soi. u.u' Yukimura tout seul, c'est une chose. Tout le reste de la bande avec Yukimura, c'est encore autre chose ! (ouups, spoiler) ;)

Chibi-yuya: Eh oui, Ho-chan voit les chasseurs de prime comme des chiens en laisse, mais il est pas vraiment mieux dans son comportement avec Yuya. Quel petit hypocrite, hein ? ;) Contente que tu aies apprécié le chapitre précédent. Au niveau de l'humour, celui-ci devrait lui faire une sacrée concurrence ! :D

Camille-chan: Si tu savais à quel point je me sens fière à chaque fois qu'une lectrice passe du côté obscur grâce à (ou à cause de) moi ! Ça donne un peu ça: "MOUHAHAHAHA ! UNE NOUVELLE VICTOIRE !" \o/ (oui, tout va très bien dans ma tête, c'est gentil de t'inquiéter) Merci beaucoup, tes mots me vont droit au cœur. Et j'espère bien la finir, celle-ci ! Ce sera peut-être un peu long, mais je la finirai ! o/

Bloody Kyo: Dix minutes de fou rire, rien que ça ? Hmm, peut-être devrais-je viser plus... Il faut de l'ambition, dans la vie. ;)

Haneshiro: Bien vu, c'est une crise de jalousie de Kyo ! :D Hmm, dire qu'il est un peu plus concerné est encore difficile à dire. Je dirais plus qu'il s'est habitué à sa présence, et il aime bien avoir son attention sur lui. Un peu comme un gosse qui a tendance à faire des bêtises pour qu'on le remarque. Du coup, être séparé d'elle est une chose qu'il ne peut pas envisager. En plus, même s'il le réalise pas encore tout à fait, il la voit comme quelqu'un à protéger de manière plutôt instinctive; elle s'inquiète pour lui, quelque chose qui ne lui ait jamais arrivé auparavant. Ce qui a pour conséquence de le pousser à protéger cette personne qui s'intéresse à lui, mais qui implique aussi de rester à ses côtés. Je ne sais pas si on peut déjà définir cela comme de l'amitié ou de l'amour. Je vois plus cela comme une sorte d'affection. [oui, tu as juste balancé une petite phrase et je viens de te faire toute la psychologie d'Ho-chan vis-à-vis de Yuya. Normal.] Merci beaucoup pour tes compliments ! o/

Yachiru-chan92: Merci beaucoup ! Suite demandée, suite arrivée ! :)

Bonne lecture !


HELLISH PARADISE

Chapitre 10

Yuya Shiina était de mauvaise humeur. Oh, bien sûr, on pourrait attribuer cela au fait que l'anniversaire de la mort de son grand frère adoptif approchait à grand pas, mais malheureusement (ou heureusement, on ne le saura jamais), sa mauvaise humeur n'avait absolument rien à voir avec cela. Non, ce qui agaçait profondément la jeune femme n'était autre que la bande d'idiots qu'elle osait appeler amis, qui n'avaient apparemment rien de mieux à faire de leur temps libre que d'accepter l'invitation de Yukimura Sanada afin de l'accompagner lors de cette visite solennelle sur la tombe de son frère, qu'elle effectuait d'habitude seule. Cependant, de manière surprenante, sa colère et ses ondes négatives n'étaient pas dirigées contre le fauteur de trouble qu'était sans nul doute Yukimura, mais bien contre Kyo. Il était la source des problèmes qu'elle affrontait actuellement, étant celui qui n'avait rien trouvé de mieux que d'encourager Sanada à prévenir une grande partie de la joyeuse bande de collègues qu'elle côtoyait un peu trop souvent pour son propre bien afin que ceux-ci l'accompagnent pendant ses trois jours de congé.

Qu'est-ce qu'il lui avait pris, à ce sombre imbécile ? Ces trois jours étaient son moment à elle, celui qu'elle passait à ressasser les souvenirs et à se remémorer le visage et la voix de son grand frère adoré. C'était son petit passage emo, où elle pouvait bouder tranquillement dans son coin sans que personne ne l'embête, tandis qu'elle vidait avec acharnement toutes les boîtes de mouchoirs qui étaient à sa portée ! N'était-il donc pas capable de respecter cela, lui qui passait son temps à faire la tronche non-stop ? Elle, elle n'exigeait que trois foutus jours dans l'année ! Mais non, bien sûr, c'était trop demander ! Et après, il s'étonnait qu'elle ait piqué une crise d'hystérie après qu'il ait terminé sa conversation au téléphone avec Yukimura ! Parce que, évidemment, elle était celle qui était en tort ! Môsieur Kyo n'avait jamais tort, et incarnait la voix de la raison !

Très franchement, elle avait fait preuve d'une retenue exemplaire à son égard : elle ne lui avait jeté qu'une partie de la vaisselle à la figure. Sa retenue n'avait bien sûr absolument rien à voir avec le fait que la vaisselle était nécessaire afin de manger et que dépenser son salaire à renouveler ladite vaisselle ferait un trou non négligeable dans son budget. Ce n'était que grâce à sa volonté de fer qu'il n'avait pas subi de dégâts ! Rien à voir avec sa rapidité et son habilité à esquiver !

D'ailleurs, en parlant de ceux à qui elle en voulait particulièrement, Hotaru était également en tête de liste. Après tout, s'il n'avait pas décidé de s'imposer, Kyo n'aurait probablement jamais agi comme il l'avait fait. Mais voilà, Hotaru s'était incrusté, et l'homme plein de fierté qu'était Kyo n'avait pu le tolérer (et n'avait bien sûr rien trouvé de mieux que d'emboîter le pas à son imbécile de partenaire, et d'embarquer le reste du quartier tant qu'il y était). Mon Dieu, elle détestait les sombres idiots qui composaient son entourage.

Tout cela nous amenait à la situation actuelle, où elle était actuellement assise dans le train, à côté d'Hotaru, qui contemplait le paysage qui défilait d'un air absent. Non pas qu'elle l'ait vu avec un autre air que celui-ci, mais passons. Elle avait décidé de se mettre à côté de lui pour diverses raisons : il ne lui ferait probablement pas la conversation, et même s'il venait à lui parler, ses répliques méchantes et pleines de contrariété ne le vexeraient probablement pas; ensuite, elle voulait s'assurer qu'il n'utiliserait pas son Gift pour une raison obscure. Elle n'était vraiment pas d'humeur à payer les dégâts qu'il pourrait commettre. Elle se dit qu'elle avait vu juste en le plaçant du côté fenêtre : il était trop absorbé par ce qu'il y voyait pour dire ou faire des choses étranges.

Malheureusement, le fait de s'être mis à côté de l'un des plus silencieux ne l'empêchait pas d'entendre le boucan habituel que les autres énergumènes faisaient avec une joie apparente.

« Oooh, Kyo a apporté du saké ! »

Bien sûr, l'alcoolique ne se déplaçait jamais sans sa réserve. Elle se demanda où il pouvait bien cacher toutes ces bouteilles, d'ailleurs. Puis elle se dit qu'elle s'en fichait royalement, et qu'avec un peu de chance, il se noierait dedans avant la fin du trajet.

« Bas les pattes, Sanada. »

Elle pouvait presque voir son regard de chien battu. Étonnant qu'il n'en ait pas ramené aussi, d'ailleurs.

« Donne-lui en, Kyo ! Il a l'air si malheureux ! »

Ah, Akari et sa faiblesse face à Yukimura.

« Hey ! S'il peut en avoir, pourquoi pas moi ?

-Reste dans ton coin, la bête ! Ne gâche pas l'espace de beaux gosses avec ta tête de borgne ! »

Elle se demanda un instant pourquoi ils prenaient la peine de supplier Kyo pour obtenir du saké alors que ce radin ne leur en donnerait probablement jamais. Les yeux doux de Yukimura n'avaient d'effet que sur Akari, et les protestations de Bonten ne faisaient qu'amuser le sadique qui sommeillait chez le détenteur actuel dudit alcool. De plus, les provocations de l'infirmière ne feraient qu'envenimer la situation, et tout le monde finirait plus ou moins mêlé à la bagarre générale qui n'allait pas tarder à prendre place.

…Peut-être qu'on la croirait, si elle prétendait ne pas les connaître.

« Je suis le grand Bontenmaru, et je n'ai rien à envier à Kyo, ni à Sanada ! Tu n'es pas d'accord, Akira ?

-Ne me mêle pas à ça, la brute. »

Un court silence.

« …Attends, tu viens de te comparer à Kyo ? »

Le ton incrédule d'Akira était terriblement prévisible. Elle n'avait jamais pu saisir comment un jeune homme aussi poli que lui pouvait à ce point admirer Kyo; il y avait des choses en ce monde qu'elle ne comprendrait probablement jamais et que, très franchement, elle ne souhaitait pas comprendre. Elle se demanda si la tirade qui n'allait pas tarder à s'échapper des lèvres de l'aveugle pour montrer à quel point Kyo dépassait en tout point Bonten valait le coup d'être écoutée.

« La supériorité de Kyo n'est plus à prou— »

Elle ferma les yeux, et la voix d'un Akira actuellement passionné fut promptement étouffée par la censure automatique qu'effectua son esprit fatigué. Elle poussa un soupir, et tenta de se détendre. Elle était épuisée, agacée, et rongée par l'envie meurtrière de saisir son arme afin de finalement faire régner le silence. Cependant, bien que cette solution extrême lui plaise plus que de raison, elle n'avait pas le droit de faire une telle chose. Rappelle-toi, Yuya. Ce sont tes amis, ceux sur qui tu es censée compter, ceux qui sont prêts à n'importe quel sacrifice pour t'aider, ceux qui sont en train de faire un bordel monstre dans ce foutu wagon—

« Tu dors ? »

Elle sentit le doigt de son partenaire contre sa joue, et ouvrit un œil. Il semblerait qu'il se soit lassé du paysage. Quel dommage.

« Si je te réponds oui, tu me laisseras tranquille ? »

Il pencha la tête sur le côté, prenant apparemment très au sérieux sa réplique pleine d'ironie.

« Ce serait un mensonge, non ? »

Dire qu'il lui avait fallu quelques minutes de réflexion pour parvenir à cette conclusion.

« Juste une déformation de la réalité. »

Après tout, elle avait très envie de dormir. Il sembla perturbé par sa réponse.

« …Ce n'est pas le principe du mensonge, ça ? »

Elle émit un léger son, qu'il pouvait interpréter comme un assentiment ou une négation, et referma les yeux. Avec un peu de chance, il comprendrait le message et la laisserait en paix.

« Tu ne réponds pas ? »

Elle avait oublié que sa chance s'était fait la malle depuis un petit bout de temps. Sûrement en train de s'amuser avec sa raison, qui commençait elle aussi à s'enfuir.

Soudain, elle sentit un léger tiraillement au niveau d'une des mèches de cheveux qui encadraient son visage, et elle tenta d'ignorer la sensation dérangeante. Cela recommença.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Elle ouvrit brusquement les yeux, et s'aperçut que le visage d'Hotaru était bien plus près que ne l'autorisait les codes sociaux conventionnels. Apparemment, le concept d'espace vital lui échappait. Puis elle réalisa que le tiraillement qu'elle avait senti quelques secondes auparavant n'était autre que son partenaire qui tirait sur ses cheveux. Quand est-ce que cet imbécile avait glissé sa main aussi près de son visage sans qu'elle ne le réalise ? Elle était vraiment fatiguée, pour ne pas s'en rendre compte.

« Retire ta main tout de suite, Hotaru. »

Son ton était menaçant, ses sourcils froncés. N'importe qui de censé obéirait à la jeune femme lorsqu'elle se montrait ainsi.

« Non. »

Hotaru n'avait jamais été quelqu'un de très censé.

« Je suis certaine que tu changeras d'avis lorsque j'aurais brisé tes doigts. »

Sa voix se changea en un murmure.

« Un par un, Hotaru. »

Il ne bougea pas d'un pouce.

« Je ne veux pas. »

Elle s'apprêtait à mettre sa menace à exécution lorsque—

« Regardez-moi cet adorable petit couple, flirtant à tout va ! »

Elle tourna la tête pour voir Yukimura, debout dans le couloir du wagon, un coude appuyé sur le siège devant elle, la dévisageant avec son grand sourire, osa-t-elle penser, innocent. Devait-elle comprendre qu'il passait sur elle la frustration de ne pas avoir obtenu de saké de la part de Kyo ?

« Voyons, Yukimura, ne les dérange pas ! »

Et bien sûr, Akari la reine des potins ne pouvait s'empêcher d'ajouter son grain de sel. Que quelqu'un lui donne une corde. Ou que le sol s'ouvre sous ses pieds, à la rigueur.

« Vous n'êtes pas sérieux ! Yuya-han ne ferait jamais ça avec quelqu'un d'autre que moi ! »

Tigre Rouge, qui jusque-là n'avait pas manifesté sa présence, n'avait pu se retenir plus longtemps en voyant que sa précieuse Yuya était maintenant le centre de l'attention.

« Parce que tu penses qu'elle ferait quelque chose avec toi ? En voilà, une idée saugrenue !

-Mon pauvre Akira, tu es juste jaloux ! Tu voudrais être à ma place, n'est-ce pas ?

-Et subir les coups de Yuya-san à chaque fois que je la croise ? Regarde la vérité en face : tu n'es que son punching-ball ! »

Il n'avait pas tout à fait tort sur ce point.

« Yuya-han ne sait exprimer son amour autrement que par la violence ! Mais je ne lui en veux pas, je suis prêt à recevoir ses coups emplis de—

-Tigre Rouge, les seuls sentiments que j'ai pour toi se résument à du mépris et de l'indifférence. »

Elle ignora les larmes qui pointèrent aux yeux de son prétendant, ainsi que le ricanement discret d'Akira.

« Par contre, Hotaru-chan est une toute autre histoire, n'est-ce pas ?

-Parfaitement, Hotaru est— Pardon ?

-Oh, ne fais pas l'innocente, ça ne prend plus ! Pas avec ce que je sais ! »

Elle leva la tête, et vit la lueur inquiétant qui brillait dans les yeux d'Akari, qui s'était levée pour s'appuyer contre son siège afin de se joindre à la conversation de manière plus efficace. Elle n'aimait pas du tout la tournure que prenait cette conversation. Et avec une perche aussi évidente, Yukimura allait sûrement—

« Que sais-tu donc, Akari-san ? Cela a l'air d'être de la plus haute importance !

-Voyons, mon petit Yukimura, c'est un de mes précieux secrets ! Je ne sais pas si je peux le dévoiler ainsi !

-Les secrets sont faits pour être divulgués, tu ne crois pas ?

-Ce ne sont plus des secrets, dans ce cas-là. »

Elle était intervenue dans l'espoir de stopper l'infirmière. Elle avait une petite idée de ce qu'elle savait, mais vu qu'Hotaru ne lui avait pas tout dévoilé, elle n'était pas sûre des conclusions exactes qu'avait tirées Akari.

« De quoi est-ce qu'ils parlent ? »

Hotaru avait parlé à voix basse, n'ayant apparemment pas écouté ce qu'il s'était passé ces dernières minutes. Elle remarqua distraitement qu'il n'avait pas encore lâché ses cheveux.

« Le secret que tu as donné en échange de la guérison de ton bras. »

Il fronça les sourcils, pensif, avant que son expression ne s'éclaire.

« Ah, la nuit où je t'ai enlevé ton— »

Ce ne fut que par pur réflexe qu'elle plaqua sa main contre sa bouche pour l'empêcher de finir sa phrase. Malheureusement, le mal était fait, et tout le monde avait saisi les propos de son inconscient de partenaire. Il y eut un court silence, où chaque personne présente imagina des scénarios plus ou moins douteux, incluant Hotaru et Yuya, et ce quelque chose qu'il lui avait enlevé.

Puis ce fut le chaos.

« Yuya-han ! Comment as-tu pu—

-Ha ha ha ! La petite nous traite toujours de pervers, mais elle ne perd pas de temps !

-Yuya-san, quelle surprise ! Je ne pensais pas être si proche de la vérité !

-Planche à pain, tu as des choses à expliquer…

-Eh bien, on ne peut pas me reprocher d'avoir parlé de ce secret-là ! Il l'a fait avant moi !

-…Yuya-san ? Avec lui ?

-Mais arrêtez de vous imaginer n'importe quoi, bande de vieux pervers ! Vous avez pensé au pauvre Sasuke-kun ? »

Ledit Sasuke, qui n'avait jusque-là pas dit un mot, rouge jusqu'aux oreilles, tentait désespérément de se faire aussi petit que possible sur son siège.

« Rien entendu… Veux pas imaginer Nee-san… »

Le garçon fut prestement ignoré, et sa tentative de diversion tomba lamentablement à l'eau. Elle remarqua que Kyo s'était également levé, ses yeux plissés la dévisageant avec une certaine colère. Dire qu'en temps normal, elle serait tranquillement en train de dormir en attendant d'arriver à destination. Mais bien sûr, c'était trop demander que d'avoir le privilège de piquer un petit roupillon lorsqu'elle était accompagnée de la joyeuse troupe, dont les yeux étaient actuellement braqués sur elle, visiblement en attente d'une explication, ou mieux, d'un récit croustillant. Elle soupira, pour la énième fois de la journée.

« Alors, planche à pain ? Tu as quelque chose à dire ? »

Elle avait l'impression d'être l'accusée dans le box du tribunal, tentant désespérément de se justifier à propos d'un crime qu'elle n'avait pas commis. Une intervention divine serait la bienvenue, à ce niveau-là.

Et, à sa grande surprise, une intervention divine eut véritablement lieu, en une personne complètement inattendue, mais plus que bienvenue.

« Messieurs dames, contrôle des billets. »

Mon Dieu, elle n'avait jamais été aussi heureuse de voir un contrôleur ! Elle bénit intérieurement toutes les personnes qui faisaient ce métier, et elle retint l'envie terriblement pressante qui l'envahit de le prendre dans ses bras. Tous se rassirent, bien que Kyo mette quelques secondes de plus à s'exécuter, visiblement récalcitrant à l'idée de ne pas avoir de réponse tout de suite.

Les quelques minutes que prit le contrôle fut assez pour que leur attention soit portée ailleurs (elle avait toujours su qu'ils avaient un temps d'attention ne dépassant pas les trente secondes; à croire qu'ils tentaient de faire concurrence à Hotaru), et ils oublièrent bien vite le sujet précédent de conversation. Elle fut soulagée de remarquer que sa chance ne s'était pas totalement faite la malle, bien qu'elle puisse encore sentir le regard de Kyo lui brûler le dos (ou le siège, mais ne nous attardons pas sur les détails) pendant le reste du trajet. Même Hotaru eut la décence de s'endormir pendant le voyage, et elle eut le plaisir de somnoler quelque peu pendant le temps restant avant d'arriver, sans qu'aucun imbécile qui composait son entourage ne vienne la déranger. Miracle !

[&-((Y&H))-&]

Yuya aimait croire que la bande d'amis particulièrement excentrique qu'elle se traînait l'avait rendue complètement blasée. Bien sûr, ils se sentirent obligés de lui prouver le contraire au lendemain du trajet plutôt turbulent en train.

« Je peux savoir ce que vous êtes en train de faire ? »

Il y avait une pointe d'incrédulité dans sa voix, et un Yukimura particulièrement joyeux s'empressa de répondre.

« Un pique-nique, pardi !

-…Sur la tombe de Nii-chan ?

-Bien sûr ! Nozomu aurait été enchanté, tu ne crois pas ? »

Elle haussa un sourcil face à la réponse pleine d'entrain d'Akari.

« Vous n'avez pas du tout l'impression de profaner une tombe, ou quelque chose d'aussi grave… ?

-Ne sois pas aussi coincée, planche à pain.

-Ce n'est pas une question d'être coincée, mais de principe ! Et arrête avec ce surnom ridicule, bon sang !

-Pourquoi ? Il sonne trop vrai ? »

Elle inspira profondément, espérant atténuer l'envie de meurtre qu'elle sentait lentement mais sûrement poindre. Au pire, si elle en venait vraiment aux mains, il fallait voir les points positifs : elle n'aurait pas à aller bien loin pour enterrer le corps. Cependant, la pensée d'enterrer Kyo dans le même cimetière que son grand frère lui déplaisait plus que de raison. Après tout, la paix éternelle dans laquelle il était censé reposer ne devrait pas être perturbée par cet imbécile. Elle s'en voudrait réellement si c'était le cas.

« Yuya-han ! Tu peux venir t'asseoir à côté de moi ! »

Il semblerait que Tigre Rouge se soit bien vite remis de sa réplique glaciale lors du voyage en train. Elle ne se découragea pas pour autant. Il faudra seulement qu'elle veille à être plus méchante la prochaine fois !

« Qui voudrait s'asseoir à côté de toi ? Personne ne mérite une telle torture ! »

Et bien sûr, Akira sauta sur l'occasion pour rabaisser l'éternel prétendant. Ils n'étaient pas censés être meilleurs amis, ces deux-là ?

« Parce que ton caractère de cochon, ce n'est pas de la torture ?

-Caractère de cochon ? Quel caractère de cochon ? »

Ah, il était vexé. L'air de rien, le jeune homme était plutôt susceptible.

« Bon, planche à pain, tu comptes venir t'asseoir un jour ou tu continues à jouer le pot de fleur ? »

Elle retint une remarque cinglante in extremis, et se contenta de s'asseoir, bien qu'encore récalcitrante. Akari lui tendit immédiatement de quoi se nourrir, et elle remercia l'infirmière. Ce fut alors qu'elle remarqua qu'elle s'était installée entre Yukimura et Tigre Rouge, bien que ce dernier ne l'ait pas remarqué, trop occupé à se disputer joyeusement avec Akira. A vrai dire, elle s'était assise sans vraiment réfléchir, choisissant simplement l'endroit le plus proche d'elle. Grossière erreur. Être à côté de Yukimura signifiait avoir une conversation avec lui.

Yuya n'aimait pas les conversations avec Yukimura.

En général, cela finissait avec elle en train de rougir et de crier un quelconque démenti, tandis qu'il avait fait en sorte que tout le monde prête soudainement attention au moindre mot qui pouvait s'échapper de ses lèvres. Elle se dit que, peut-être, si elle regardait fixement sa nourriture, il la laisserait tranquille en croyant qu'elle avait une conversation silencieuse avec celle-ci. Et Yukimura, malgré tous ses défauts, était quelqu'un de très poli. Il n'oserait jamais interrompre une conversation aussi passionnante, n'est-ce pas ?

Cependant, elle n'eut pas vraiment à s'inquiéter de ce que pourrait dire l'homme à ses côtés, son partenaire un brin trop excentrique exécutant une intervention que personne ne put ignorer. Enfin, intervention était peut-être un grand mot. Mais reprenons la situation du point de vue de notre chère Yuya, qui avait décidé de suivre sa résolution, et s'apprêtait à fixer sa nourriture comme si sa vie en dépendait. Du moins, jusqu'à ce qu'elle voit Tigre Rouge s'étaler comme le sombre idiot qu'il était. Ce qui était assez surprenant, vu qu'il était assis quelques secondes auparavant. Bien qu'elle sache que l'idiotie avait fait de lui un cas désespéré, elle doutait que celle-ci soit responsable de cet événement. Stupide ne voulait pas dire maladroit. La chasseuse de prime leva les yeux et s'aperçut que Hotaru était juste derrière l'imbécile pour l'instant sonné, et que son pied était encore levé.

Ah. Il semblerait que son partenaire ait légèrement provoqué la chute de son habituel prétendant.

Elle haussa un sourcil il ne répondit pas à sa question silencieuse, et se contenta de pousser un peu plus Tigre Rouge du pied (personne ne songea à lui faire remarquer qu'il était en train de gâcher la nourriture en mettant l'autre homme dessus), avant de s'asseoir nonchalamment à côté d'elle. Il sembla remarquer que l'attention de tous était sur lui, mais il se contenta simplement de lancer un regard interrogateur à la jeune femme, se demandant probablement pourquoi elle le fixait ainsi.

Il venait de virer Tigre Rouge à coup de pied au derrière (de manière plus que littérale) pour récupérer la place à côté d'elle, et il avait le culot de prendre son petit air interrogateur comme s'il venait de faire la chose la plus naturelle au monde. Elle retint un soupir, avant de se tourner vers sa nourriture. Elle n'avait absolument rien à voir avec lui, et ne voulait même pas savoir ce qui l'avait poussé à commettre un tel acte. Elle n'avait pas vraiment envie qu'il lui embrouille encore l'esprit avec ses réponses plus ou moins vagues.

Cependant, tout le monde n'avait pas la décence d'être aussi indifférente que notre héroïne terriblement blasée.

« Comme il est adorable ! »

Yuya ne voyait vraiment pas ce qu'Akari trouvait d'adorable dans le fait de mettre Tigre Rouge dans la nourriture de manière aussi…délicate. Ce fut le murmure d'un Yukimura rieur qui lui fit finalement relever la tête.

« Il y a donc bien quelque chose entre vous deux ! »

Et voilà, Hotaru venait de gâcher tous ces précieux efforts l'homme à côté d'elle avait maintenant de quoi discuter avec elle. Qui plus est, un sujet qui se transformerait probablement en ragot. Merveilleux.

« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, Yukimura-san. »

Elle espéra que son sourire éblouissant respirait assez l'innocence pour qu'il la croie.

« Au contraire, je suis persuadé que tu vois exactement de quoi je parle. »

Il glissa un bras autour de ses épaules, l'attirant à lui. Elle le laissa faire, sachant que sa force physique dépassait largement la sienne. Sa voix se changea en un murmure, et malgré l'éternel sourire qui était accroché à ses lèvres, il n'y avait plus rien de rieur dans son attitude.

« Tout le monde sait que tu es une grande fille et que tu sais te débrouiller, Yuya-san. Seulement… »

Sa prise se resserra un peu plus sur elle.

« Être trop proche d'un homme tel que lui n'est peut-être pas la chose la plus intelligente à faire. »

…Yukimura s'y mettait aussi ? Allait-on finir par lui foutre la paix un jour à propos d'Hotaru ?

« C'est sûr qu'un homme tel que toi sait de quoi il parle. »

La pique était basse, voire même blessante. Elle s'en fichait.

« Justement, Yuya-san. Justement. »

Elle le dévisagea de ses grands yeux verts, visiblement troublée. Elle ignorait si c'était le fait que Yukimura soit soudainement sérieux (événement rare et ô combien perturbant), le fait qu'il soit en réalité tout aussi protecteur que les autres alors qu'il était celui qui s'amusait à montrer du doigt la relation qu'elle avait avec son partenaire comme étant suspecte, ou cette sagesse qu'elle pouvait sentir derrière ce regard qui semblait presque sans âge, lui rappelant étrangement Muramasa. Toujours était-il qu'elle ne savait que répondre devant son air presque inquiet (ça y est, elle avait osé le penser !), et elle ne put réprimer un frisson devant la présence imposante qu'il représentait en cet instant.

« Ses ténèbres vont t'engloutir, tu sais. »

Il lui dit cela d'un ton presque badin, avant de remettre en place les cheveux derrière son oreille en un geste affectueux, son sourire habituel de retour.

« Mais je suis persuadé que tu sais ce que tu fais, n'est-ce pas ? »

Elle hocha la tête, incapable de prononcer un mot.

Le moment qu'ils partageaient fut soudainement interrompu par les cris d'un Tigre Rouge qui venait de se remettre sur pied et commençait à s'époumoner contre Hotaru (qui, bien sûr, l'ignora complètement), avant qu'il ne remarque la position dans laquelle était Yukimura et Yuya. Ses cris furent donc dirigés vers l'éternel plaisantin, qui la relâcha tout en continuant à provoquer le prétendant le plus têtu (et peut-être bien le plus stupide) de l'Histoire. Cependant, l'attitude enfantine et d'habitude distrayante de Tigre Rouge ne fut pas assez pour effacer le trouble de la jeune femme.

Pas un seul mot ne franchit ses lèvres pendant le reste du repas.