A/N:Bonjour bonjour~ Bon, comme prévu, je suis terriblement en retard. D'ailleurs, l'université a recommencé pour moi, ce qui ne va donc pas faciliter les choses. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas prête d'abandonner cette fic'; j'ai encore pas mal d'idées~ Je suis juste très longue à écrire, et j'aime toujours attendre un peu avant de publier, histoire de bien relire et de vous offrir un chapitre potable. Ce chapitre est relativement court, et je m'en excuse à l'avance. Cependant, il permet de voir que certains changements commencent à se mettre en place dans la relation Hotaru/ Yuya, mais surtout qu'une certaine personne s'en rend compte ! \o/

Chibi-yuya: Eh oui, Yukimura aussi a ses moments d'égarement, où il peut se montrer sérieux ! Ah, c'est sûr, c'est plus du tout dans la même catégorie ! A vrai dire, lorsque j'ai écrit ce passage avec ce geste très drôle d'Ho-chan, je n'avais pas vraiment la jalousie en tête; en fait, c'est avec Yuya qu'il est le plus familier, et il ne connait pas bien les autres, et ne leur fait absolument pas confiance. D'où son choix de 'réserver' la place à côté de Yuya~

Bloody Kyo: Ha ha ha ! J'ai l'impression qu'un Yukimura sérieux fait flipper tout le monde ! x) Merci beaucoup, c'est très gentil de ta part ! Oh, tu sais, même si je n'ai pas une critique ultra précise expliquant ce que chaque phrase a pu te faire ressentir, ce n'est pas très grave. Déjà savoir que je t'ai fait rire et que tu as passé un bon moment est largement suffisant. :) Voilà un sacré compliment ! Ne t'inquiète pas, le jour où j'ai un bouquin qui sort, le monde entier le saura, vu que je serai probablement en train d'hurler ce fait dans la rue, histoire de manifester ma joie. ;) YAY, OBJECTIF ATTEINT ! \o/

Ayaka: Au moins une qui est contente de voir Yukimura sérieux ! xD Eh oui, Yuya sait se contrôler. Quelquefois. Mais pas trop souvent, hein.

Yachiru-chan92: Encore un peu (beaucoup) de patience concernant le passé d'Ho-chan. ^.^ Merci, je suis très heureuse que mon sens de l'humour douteux te fasse rire ! o/

Bonne lecture !


HELLISH PARADISE

Chapitre 11

L'obscurité était finalement tombée, mais la joyeuse troupe de fêtards avaient continué à boire et plaisanter dans l'auberge où ils logeaient sans que cela ne dérange qui que ce soit. Il lui fallut attendre bien plus longtemps qu'elle ne l'avait supposé avant que toutes les personnes présentes soient finalement endormies (ou trop ivres pour bouger). Lorsqu'enfin, tous furent finalement dans leur chambre respective, elle se glissa au dehors. L'air frais de la nuit la frappa de plein fouet, lui rafraichissant les idées par la même occasion. Elle jeta un dernier coup d'œil en arrière, et fut satisfaite de n'apercevoir personne. Elle était seule.

Elle savait que ses amis avaient essayé de la distraire par leur présence pour rendre le voyage moins douloureux; elle savait aussi que, même si elle appréciait leur inquiétude à son propos, elle n'était pas sûre de totalement approuver leur attitude pour autant. Ces quelques jours qu'elle se réservait d'habitude pour elle-même avaient été complètement chamboulés, envahis par les blagues douteuses et les disputes joyeuses. Ce n'était plus une visite où l'on rendait hommage à une vie perdue, mais un voyage qui semblait avoir pour unique but de s'amuser. Elle avait clairement l'impression de manquer de respect à son grand frère en riant sur sa tombe (car c'était là clairement le sentiment qu'elle avait eu lors de ce fameux pique-nique).

Ses pas ralentirent alors qu'elle approchait de sa destination, et elle était loin d'en ignorer la raison. Quoiqu'elle en dise, quelle que soit l'image de la fille forte qu'elle se plaisait à entretenir, revenir chaque année ici n'était pas facile. Chaque année, se rappeler qu'il était parti. Chaque année, se rappeler ce qu'elle avait perdu. Chaque année, réaliser que c'était toujours aussi difficile de l'accepter.

A vrai dire, elle était terrifiée. Terrifiée à l'idée de se souvenir; terrifiée à l'idée de revivre cette journée.

Elle savait aussi que c'était nécessaire. Même si elle luttait de toutes ses forces, les souvenirs laissaient lentement place à l'oubli. Ses traits, ses mots, ses actions, tout s'effaçait lentement. Elle n'était même plus sûre d'être encore capable de décrire cette sensation si agréable qu'était celle d'être entourée de ses bras, d'être rassurée à l'idée que son grand frère soit là pour la protéger de tous ceux qui pourraient lui vouloir du mal.

Alors elle s'imposait cette souffrance, trop apeurée à l'idée que tout disparaisse. C'était un mal nécessaire.

Puis elle fut devant la tombe. Ce n'était qu'une pierre froide, avec son nom gravé dessus. Elle s'agenouilla, avant de la toucher du bout des doigts. C'était glacé, à l'opposé même de l'image qu'elle avait de lui. Le silence régnait, et sa voix douce ne viendrait pas le troubler. Elle effleura les lettres gravées comme elle aurait effleuré son visage lorsqu'il dormait. Elle tenta d'esquisser un sourire, mais il n'y avait nulle comparaison avec celui qui venait étirer ses lèvres et éclairer son visage lorsqu'il était encore là.

Elle réalisa que sa main tremblait.

« Tu pleures. »

Elle ne sursauta pas, bien trop fatiguée pour réellement montrer sa surprise. Elle tourna la tête et leva les yeux vers Hotaru. Apparaître aux moments où elle s'y attendait le moins sans qu'elle ne s'en rende compte était vraiment une mauvaise habitude qu'il avait prise.

Elle porta une main à ses joues et s'aperçut qu'en effet, il disait vrai. Elle se demanda de manière presque absente quand cela avait-il bien pu commencer.

Il vint s'accroupir à ses côtés, son visage ne trahissant aucune émotion.

« Il fait froid. »

Tentait-il de faire la conversation ? Non, cela ne lui ressemblait pas. Vouloir faire la conversation demandait un minimum de réflexion, après tout. Lorsqu'il commença à la fixer, elle s'aperçut qu'il attendait une réponse. Elle n'avait absolument aucune idée de ce qu'elle était censée dire.

« Si tu as froid, tu n'as qu'à rentrer.

-Non. Je ne veux pas. »

Quel était donc l'intérêt de faire remarquer qu'il faisait froid, dans ce cas ?

« Tu trembles. »

Il avait de nouveau repris la parole, et elle se demanda ce qui se cachait derrière ses actions inhabituelles.

« Ce n'est pas le froid. »

Il pencha légèrement la tête sur le côté.

« Qu'est-ce que c'est, alors ? »

Elle essuya ses joues d'un geste distrait.

« C'est comme ça à chaque fois. »

Elle ne répondait pas vraiment à la question, mais elle s'en fichait.

« C'est normal, alors ?

-Je suppose, oui. »

Quelques minutes de silence régnèrent, avant qu'il n'ouvre la bouche de nouveau. Vraiment, elle ne l'avait jamais vu parler autant.

« Je ne l'aime pas. »

Elle finirait bien par comprendre la logique étrange qui se cachait derrière ses propos. Un jour.

« Qui ça ?

-Lui. »

Il désigna la tombe du doigt. Elle fronça les sourcils, hésitant entre la stupéfaction et la colère face à son affirmation.

« Qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne l'as jamais connu ! »

Il haussa les épaules.

« Il te rend encore plus bizarre que d'habitude. Je n'aime pas ça. »

Elle réalisa dans un éclair de lucidité que son partenaire exprimait de l'inquiétude.

Avant qu'elle ne puisse se retenir, un rire s'échappa de ses lèvres. Vraiment, quelle manière ridicule de lui faire comprendre qu'il s'inquiétait ! Il la suivait en plein milieu de la nuit alors qu'elle se recueillait sur la tombe de son grand frère, lui faisait remarquer qu'elle pleurait et tremblait, tout cela pour conclure qu'il n'appréciait pas Nozomu ! C'était à la limite du gag, cette attitude grotesque ! Sérieusement, n'était-il tout simplement pas capable de lui demander si elle allait bien ? Etait-il réellement obligé de passer par tous ces détours simplement pour s'assurer de son bien-être ? Mon Dieu, il avait sincèrement besoin de leçons dans le domaine social ! Ne pas savoir à ce point comment interagir normalement avec les autres n'était même plus un défaut à ce niveau-là, cela relevait carrément du handicap !

Il sembla surpris de sa réaction, et la dévisagea. Son air déboussolé (oui, elle était restée assez longtemps avec lui pour reconnaître le peu de changements dans son visage, et ce qu'ils signifiaient) ne fit que doubler son amusement. Qu'est-ce qu'elle était censée faire avec un maladroit pareil ? Et elle qui pensait auparavant avoir trouvé un maître en matière d'incapacité à exprimer correctement ses émotions en la personne de Kyo, elle s'était lourdement trompée ! Celui-ci était bien pire !

Au bout de quelques instants, elle fut assez calmée pour être en mesure d'aligner quelques mots sans glousser comme une collégienne.

« Tu sais que tu es vraiment terrible lorsqu'il s'agit de consoler quelqu'un ? »

De nouveau, il pencha la tête sur le côté.

« Tu souris. »

Il y avait une pointe d'étonnement et de contentement dans sa voix, et elle savait qu'elle n'avait pas besoin de vérifier si c'était vrai.

« Je ne peux que sourire face à ton manque de compétence.

-Oh. Je te fais sourire, alors ? »

Elle frappa son épaule.

« Ne retiens pas que la partie qui t'arrange ! »

Peut-être n'était-ce qu'un sentiment fugace, mais elle était heureuse de ne pas être venue seule.

Peut-être était-ce le manque de sommeil, mais elle crut se sentir plus légère.

Peut-être était-ce une illusion d'optique, mais elle vit les lèvres d'Hotaru s'étirer en un sourire.

La nuit commençait à se lever…

…Le silence laissant place au chant des oiseaux.

[&-((Y&H))-&]

Elle souriait. Ce n'était pas ce sourire forcé qu'elle maintenant d'habitude à cette époque de l'année, ni le sourire qu'elle arborait alors que son tempérament était à deux doigt d'exploser. Non, c'était son sourire. Celui qu'il associait toujours à elle, celui qui obligeait tous ceux qui la connaissaient à sourire en retour. Il n'était pas mécontent de la voir de nouveau ainsi, presque heureuse. Cependant, il avait une petite idée de la cause de ce changement d'attitude soudain. Ou plutôt, qui. Et cela ne lui plaisait pas vraiment.

Bien sûr, il l'avait entendu partir hier soir. Nulle dose d'alcool n'était suffisante pour le rendre sourd, et le son de ses pas l'avait alerté de son intention. Il n'avait pas relevé le fait qu'il était capable de dire que c'était elle qui se glissait au dehors, ne préférant pas s'attarder sur ce détail qui en révélait bien trop sur l'attention particulière qu'il lui portait. Il aurait pu la suivre, mais il savait parfaitement où elle allait. Elle avait probablement besoin de quelqu'un; cependant, elle était trop fière pour laisser quiconque voir sa faiblesse. Ou peut-être n'était-ce qu'une excuse qu'il formulait pour ne pas admettre qu'il était dans l'incapacité totale de l'aider. Les mots n'étaient pas son fort, ne l'avaient jamais été. Consoler une jeune femme endeuillée ne faisait pas non plus partie de ses compétences. Alors il se contentait de rester éveillé, les yeux mi-clos, l'imaginant devant cette tombe, tandis que la solitude l'engloutissait.

Ce fut sans doute la raison qui expliqua pourquoi il mit autant de temps à réaliser que quelqu'un d'autre était en train de quitter l'auberge. Il se dépêcha de se relever et d'ouvrir la porte de sa chambre, curieux malgré lui. Il eut tout juste le temps d'apercevoir un homme à la fine stature et aux cheveux blonds disparaître dans l'escalier.

Son partenaire. Hotaru.

Il fronça les sourcils. Pourquoi prendrait-il le temps de la suivre ? Quelles étaient ses intentions ? Cela aurait été n'importe qui d'autre de la bande, il aurait simplement mis cela sur le compte de l'inquiétude. Mais lui… Allez savoir ce qu'il avait dans le crâne !

Il était vrai qu'il le trouvait quelque peu intéressant, voire même vaguement amusant. Cependant, il n'appréciait guère l'attention qu'il commençait à porter à la jeune femme. Oh, bien sûr, il doutait qu'il l'ait vraiment réalisé. Son regard était bien souvent tourné vers elle, et bien qu'il refuse toute sorte de contact physique avec les autres, il autorisait la chasseuse de prime à le toucher. Il se plaçait à ses côtés en une sorte de réflexe conditionné, et il n'avait touché qu'à la nourriture qu'elle lui offrait.

La première fois qu'il l'avait vu, il n'avait jamais pensé que ce soit disant partenaire se transformerait en chien de garde. Il l'avait jugé trop froid, trop indifférent pour réellement s'attacher à quelqu'un. Il avait fait une grossière erreur de jugement, et il avait eu le malheur de le réaliser pendant les deux jours qu'ils avaient tous passés ensemble. Le seul fait qui le poussait à ne pas réagir était qu'elle ne s'était aperçue de rien; elle ne le traitait pas différemment des autres. Pas de rougissement, pas de gêne, pas d'hésitation en sa présence. Il n'avait aucune raison de s'inquiéter.

Jusqu'à aujourd'hui.

Elle souriait, et il savait que son partenaire en était responsable. Il lui avait dit quelque chose, avait fait quelque chose, et elle était de nouveau elle-même. Il arrivait comme une fleur, la connaissait depuis bien moins longtemps que n'importe lequel d'entre eux, et pourtant, il réussissait là où tous avaient échoués auparavant. Il ignorait ce qui était le plus rageant : le fait qu'il ne se rende même pas compte de ce qu'il avait fait, le fait que ce soit son partenaire et pas lui qui ait réussi à lui rendre le sourire, ou encore le fait qu'il ne se soit pas aperçu plus tôt que cet imbécile apparent était capable de tout changer.

Kyo se contenta d'en vouloir à Yuya pour autoriser ainsi un autre que lui à la faire sourire.

[&-((Y&H))-&]

Les trois journées de congé étaient terminées, laissant place au quotidien tranquille auquel elle était habituée. Enfin, aussi tranquille que pouvait être le quotidien d'une chasseuse de prime s'amusant à courir après des criminels (qui étaient bien entendu incapables de se contenter de s'enfuir, mais se sentaient également obligés d'attenter à ses jours) pour gagner sa vie tout en se traînant un partenaire aux tendances légèrement sociopathes et sans doute plus dangereux que lesdits criminels. Mais voilà, elle s'y était maintenant habituée, et gérer le comportement étrange d'Hotaru était devenu un réflexe banal lui demandant très peu d'effort. Sa capacité d'adaptation à cette situation aurait dû l'inquiéter, mais à vrai dire, quelque chose d'autre la troublait ces derniers temps.

Oh, bien sûr, ce n'était rien de très grave, rien qui lui nuise réellement. Elle avait simplement remarqué que, ces derniers temps, l'adorable petit Sasuke semblait toujours trouver le moyen pour miraculeusement se retrouver à ses côtés. Au début, ce n'était presque rien. Quelques petites visites par-ci, quelques rencontres totalement hasardeuses dans les locaux où ils travaillaient. Non, vraiment, presque rien. Puis les visites étaient devenus plus fréquentes, voire carrément quotidiennes, et les rencontres se prolongeaient et ne semblaient plus si hasardeuses que cela. Dans des circonstances différentes, Yuya aurait été enchantée par le fait que Sasuke prenne ainsi le temps de rechercher sa compagnie; elle ne pouvait nier l'affection réelle qu'elle avait pour le garçon, et un peu plus de temps passé en sa compagnie était plus que bienvenue. Cependant, elle avait l'étrange intuition que cela n'avait absolument rien à voir avec une quelconque envie de passer du temps avec elle.

Intuition qui pourrait s'expliquer par les regards suspicieux qu'il lançait continuellement à son partenaire et le fait qu'il se crispait dès que celui-ci entrait s'approchait d'elle à moins de cinq mètres. Chose qui arrivait plus souvent qu'elle ne daignait y prêter attention; Hotaru avait toujours eu un problème avec la notion d'espace personnel lorsque cela la concernait.

Elle savait pertinemment que Sasuke faisait probablement cela avec pour volonté de la protéger, mais bien que ses instincts de protection soit relativement forts chez lui, elle doutait fortement que l'initiative vienne réellement de lui. Elle savait aussi que la seule personne en mesure de lui donner des ordres qu'il daignerait suivre était Yukimura Sanada. Elle ignorait les circonstances qui poussaient Sasuke à obéir à Yukimura comme un petit chiot récalcitrant, mais le lien entre les deux était indéniable.

La situation lui paraissait d'autant plus étrange puisque Yukimura, malgré une mise en garde plutôt claire (dont elle se souvenait un peu trop distinctement) ne semblait pas se méfier assez d'Hotaru pour faire intervenir Sasuke. Alors, qui avait bien pu pousser le plus jeune d'entre eux à agir de cette manière ? Elle ne voyait vraiment pas qui connaissait assez le passé d'Hotaru, ou qui avait des doutes assez exacerbés pour prendre des mesures aussi drastiques et manipuler de cette façon Sasuke afin de s'assurer de son bien-être. Vraiment, qui serait assez tordu pour agir de la sorte ?

Elle crut entendre la voix de Kyo en son for intérieur lui souffler que c'était digne d'une renarde.

…Okuni.

Bien sûr. Elle aurait dû se douter que l'informatrice ne se contenterait pas de partir sans vague alors qu'elle doutait sincèrement d'Hotaru et qu'elle était persuadée qu'il avait des tendances meurtrières. Ce qui n'était pas tout à fait faux, mais elle préféra ne pas y songer. La question était maintenant de savoir comment elle allait résoudre ce problème. Oui, la présence continuelle de Sasuke était devenue un problème. Partager son espace de vie avec un lunatique pyromane était déjà suffisant, elle n'avait pas envie d'y rajouter en plus un garçon qui émettait des ondes terriblement négatives dès qu'Hotaru s'approchait un peu trop d'elle ou saisissait un couteau. Cela commençait sérieusement à rendre l'ambiance à l'appartement exécrable, et ne faisait qu'ajouter à sa fatigue.

La première solution serait de convaincre Okuni qu'elle était en sécurité avec son partenaire, mais elle était consciente que l'informatrice était terriblement têtue et ne la croirait jamais. Une autre solution serait de virer Sasuke à coups de pied aux fesses, mais elle était bien trop faible face à lui pour parvenir à faire une telle chose. La dernière solution serait de parler à Yukimura pour qu'il se charge du problème.

…Négocier était probablement un mot plus juste.

Très franchement, elle n'avait absolument aucune envie d'appliquer la dernière solution, mais elle n'était pas vraiment sûre d'avoir un quelconque choix dans cette histoire. Yukimura était le seul à avoir une réelle influence sur le garçon. La question était maintenant de savoir combien de plumes elle allait laisser pendant sa conversation avec Yukimura.

Elle frissonna à la pensée d'un entretien avec l'homme.

Yuya Shiina n'avait pas peur.

Elle était juste légèrement paniquée à l'idée de tout ce qu'il essayerait de lui faire faire en échange de ce petit service qu'elle allait lui demander.

Mais elle n'avait pas peur.

Du tout.

[&-((Y&H))-&]

Yukimura Sanada, comme tout bon ivrogne qui se respecte, était actuellement au bar, tranquillement assis à la terrasse, observant le flot continu des personnes qui parcouraient la rue. L'alcool qu'il avait ingurgité jusque-là le rendait joyeux, mais son esprit aiguisé n'était pas pour autant ralenti par ses précédentes consommations. Le fait d'avoir passé des années à se demander quand le prochain tueur à gage allait surgir pour attenter à sa vie jouait probablement dans le fait qu'être sur le qui-vive était naturel pour lui. Pourtant, lorsqu'il perçut la présence de sa chasseuse de prime favorite, il ne put s'empêcher de vérifier à deux fois, trouvant étrange qu'elle soit dans les parages seule. Il fut d'autant plus surpris lorsqu'il réalisa que c'était bien vers lui qu'elle se dirigeait; Yuya n'était vraiment pas le genre de personne à passer du temps en sa compagnie, allez savoir pourquoi. Elle était toujours méfiante autour de lui, comme s'il allait lui faire une mauvaise plaisanterie dès qu'elle avait le dos tourné.

… Bon, il était vrai que c'était déjà arrivé quelques fois. Mais de là à le fuir comme la peste ! Il n'était pas un monstre, tout de même !

Elle le salua, avant de prendre place en face de lui. Il l'observa d'un œil curieux, attendant patiemment la raison de sa présence. Il dû attendre qu'elle prenne commande avant qu'elle ne daigne de nouveau porter son attention sur lui. Il remarqua distraitement que, même si elle le regardait sans ciller, ses mains étaient serrées, comme si elle se préparait à s'engager dans une dure et longue bataille. Il fut amusé à la pensée qu'elle considérait une conversation avec lui comme un combat.

« Je suis venu te parler de Sasuke-kun, Yukimura-san. »

Comme à son habitude, elle mit les pieds dans le plat avec la délicatesse d'un éléphant. Peut-être qu'un jour, il lui apprendrait la subtilité. Mais une Yuya subtile ne serait sans doute pas aussi intéressante. Il haussa un sourcil.

« Sasuke ? »

Elle hocha la tête nerveusement.

« Ces derniers temps, il est… étrange. »

Il commença à comprendre où elle voulait en venir, ayant bien sûr remarqué que le garçon passait beaucoup de temps chez la jeune femme, alors qu'il préférait d'habitude travailler ou jouer tranquillement dans l'appartement qu'ils partageaient. Malgré cela, il pencha la tête sur le côté, jouant le rôle de celui qui n'était au courant de rien.

« Étrange ? Que veux-tu dire ? »

Elle hésita quelques secondes, et il savoura le fait qu'elle était terriblement mal à l'aise. Vraiment, toutes les émotions qui la traversaient s'inscrivaient sur son visage. La taquiner était un véritable jeu d'enfant !

« Il est un peu… comment dire ? Collant ? »

Il comprit dans un éclair de lucidité que son hésitation n'était dû qu'au fait qu'elle ne voulait pas dire de mal de Sasuke ou de sa conduite. Il se demanda si c'était dû à son affection pour le garçon, ou si c'était parce qu'elle connaissait la relation très proche qu'il partageait avec l'adolescent.

« Ooh, notre petit Sasuke connaîtrait-il les premiers émois de l'amour ? »

Elle haussa un sourcil face à sa réplique pleine d'entrain.

« Il faut toujours que tu ramènes tout à cela, n'est-ce pas ?

-Je l'avoue, c'est plus fort que moi. Ne t'inquiète pas, je ne te dénoncerai pas pour détournement de mineur ! »

Elle manqua de s'étrangler avec son café. Ah, le rouge aux joues lui allait terriblement bien !

« Yukimura-san ! Tu sais très bien que cela n'a rien à voir avec cela ! C'est Okuni qui lui a mis dans le crâne que j'avais besoin de protection ! »

Lui tendre une perche pareille était presque trop beau.

« Hmm, je suis d'accord avec elle. On dit toujours qu'il faut sortir couvert, n'est-ce pas ? »

Son rougissement s'intensifia. Il retint un gloussement, délicieusement amusé.

« Cela vous tuerait d'être sérieux ?

-Oh, mais ce sujet est très sérieux.

-Yukimura-san !

-Ne sois pas comme cela, Yuya-san. Je comprends parfaitement la situation. Tu es fatiguée que le petit Sasuke vienne s'inviter dans le nid d'amour que toi et Hotaru-san avait créé, n'est-ce pas ?

-Pardon ?

-Ah, j'en étais sûr ! »

Il tapa dans ses mains joyeusement. Elle se releva brusquement avant de poser brutalement ses mains sur la table, se penchant vers lui, ses grands yeux verts étincelants. Il dû reconnaître qu'elle était terriblement intimidante, quelquefois.

« Cesse tes sous-entendus douteux, Yukimura-san. Je veux que Sasuke trouve un autre hobby que celui de me suivre en étant persuadé qu'il me protège. Est-ce que je suis assez claire ? »

La manière dont elle le dévisager lui fit comprendre qu'elle n'hésiterait pas à recourir à la violence si jamais il ne répondait pas par l'affirmative. Bien que l'idée qu'elle pouvait véritablement le blesser était relativement risible, il savait qu'elle pouvait quelquefois se révéler vicieuse (il blâmait Okuni pour ce nouveau trait de caractère), et qu'elle serait tout à fait capable d'envoyer Kyo à ses trousses.

Un combat avec Kyo était intéressant.

Un Kyo qui le poursuivait parce qu'il avait fait du tort à sa planche à pain était une mise à mort.

Il finit donc par hocher la tête.

« Très clair, Yuya-san~ »

Elle le scruta quelques secondes de plus, histoire de bien terminer son petit moment d'intimidation. Elle sembla satisfaite de ce qu'elle avait vu, et elle finit par se relever. Elle posa l'argent pour sa consommation sur la table, et parti sans oublier de le saluer.

Il réalisa qu'il venait de se faire menacer par une jeune femme qui faisait une tête de moins que lui, et qu'il avait complètement cédé face à elle. Le monde de la pègre serait probablement choqué s'ils avaient pu voir la scène.

Il esquissa un sourire.

Il n'y avait pas à dire, Yuya Shiina était la plus forte.