A/N: Bonsoir à la populace ! Je suis actuellement en train d'arnaquer Wii first et leurs heures gratuites d'internet grâce à mon grand génie, simplement pour vos beaux yeux afin de publier ce chapitre ! C'est pas beau, ça ? Bon, bien sûr, on pourrait aussi prendre en compte le fait que j'ai un dossier à rendre qui nécessite internet, et que cela pourrait aussi être une raison (eh oui, fin de semestre oblige. u.u'). Mais j'avoue que vous rendre heureuses avec mon petit chapitre est largement plus gratifiant~ ;)
Ce chapitre est théoriquement empli d'humour, vu que j'ai trouvé qu'il n'y en avait pas assez ces derniers temps. J'en suis assez contente, fait ô combien rare et agréable. J'ai songé à publier le chapitre suivant en même temps pour me faire pardonner le fait que je ne publie pas assez souvent, mais j'ai jugé plus intéressant de laisser un peu de suspense quant à la suite de l'histoire. Il se pourrait également que ce soit mon côté masochiste qui meure d'envie de se faire joyeusement insulter par mes lectrices dégoûtées et enragée par la fin de ce chapitre. Allez savoir~ Cependant, sachez que le prochain chapitre sera publié la semaine prochaine, sans faute (vu qu'il est déjà écrit). Si cela peut vous encourager à ne pas m'abandonner, sachez que c'est empli de moments Hotaru x Yuya. Si, si, je vous assure.
Allez, il est temps de répondre à ces merveilleuses petites choses nommées reviews !
Chibi yuya: Un petit bijou, rien que cela? Mon Dieu, quel beau compliment tu me fais là ! =w= J'avoue avoir d'abord songé à faire en sorte que la situation entre Kyo et Yuya soit plus sérieuse, mais vu qu'elle n'a absolument pas conscience des sentiments qu'il arbore à son égard, c'était largement plus intéressant de la tourner ainsi ! Ah, et si cela ne te dérange pas, n'hésite surtout pas à me dire où se trouvent les fautes. Pouvoir fournir un meilleur chapitre sans faute est après tout la moindre des choses, et je serai plus qu'heureuse de corriger lesdites fautes.
Bloody Kyo: Oui, Hotaru est absolument choupidou~ Enfin, peut-être un peu moins dans ce chapitre-ci, plus particulièrement vers la fin. Il fallait lui donner un peu de crédibilité, après tout. ;) Et un peu (beaucoup) de tensions entre Kyo et Ho-chan pour ce chapitre-ci ! \o/
Yachiru-chan92: Eh oui, Kyo est un squatteur sans gêne! Je suis rassurée de voir que tu penses que c'est bien dans son caractère ! o/ Merci ! ^.^
Ayaka Kurenai: Merci à toi de préciser les passages que tu préfères~ ^.^
Tsume-en-force: Hahaha, Kyo, la victime officielle de cette histoire ! Eh oui, Kyo attend qu'un rival arrive avant de se bouger les fesses... Mais c'est déjà trop tard ! Oh, je ne pensais pas que quelqu'un comprendrait directement qu'il s'agit d'Haku ! En voilà, une bonne surprise~ A vrai dire, j'avais depuis un bout de temps la scène avec le chiot en tête, et seulement après j'ai songé à Haku, ce qui me permettait de refiler le problème de la boule de poil à Sasuke-chan. Que ne ferait-on pas pour se simplifier la vie ! Merci beaucoup pour tes compliments, mais nul besoin de menaces. Après tout, mes rendus/dossiers de fin de semestre ainsi que mes partiels approchent et j'ai tendance à me plonger dans l'écriture et le dessin dans une vaine fuite de la réalité. Oui, je suis une étudiante très sérieuse, comme toujours~
Bonne lecture !
HELLISH PARADISE
Chapitre 13
Yuya Shiina se réveilla avec l'impression que quelque chose ne tournait pas rond. Impression étrange et indéfinissable, que son esprit endormi avait quelques difficultés à saisir. Elle fut tentée d'ouvrir les yeux à la recherche de ce qui pourrait causer ce malaise, mais n'en eut pas le courage. Elle décida simplement d'examiner tranquillement la situation, convaincue que son imagination était seule responsable de cette impression. Premièrement, elle était dans son lit. L'oreiller moelleux sur lequel sa tête reposait lui assurait ce fait. Bien, c'était une bonne nouvelle. Pas d'enfermement dans un placard en cette belle matinée. Ô joie. Elle tira un peu plus la couette sur elle, et reconnut la douceur de sa couverture. C'était bien son lit, et pas celui de quelqu'un d'autre. Deuxième bonne nouvelle.
Le mal de crâne qui commençait à poindre ne l'empêcha pas de continuer ses observations. Elle avait probablement encore abusé de ce liquide merveilleux que l'on était censé consommer avec modération.
Elle remarqua néanmoins que quelque chose d'un peu plus lourd reposait autour de sa taille. Qu'est-ce que c'était ? Aurait-elle laissé trainer un objet quelconque sur son lit ? Non, attendez—
C'était sous la couette. Elle porta une main à l'endroit concerné, tentant de discerner ce que c'était à tâtons. C'était chaud, assez doux, et ressemblait étrangement à un bras.
Un bras.
Sur sa taille.
…Oh.
Elle ouvrit brusquement les yeux, et tenta immédiatement de se défaire de l'emprise de l'inconnu qui était actuellement dans son lit, et dont elle n'avait pas la moindre idée de la manière dont il était arrivé là. Elle se débattit, mais n'eut droit qu'à un grognement, et avant qu'elle n'ait le temps de vraiment saisir ce qu'il s'était passé, elle était encore plus proche du corps non identifié. Et au vu de sa physionomie, qu'elle ressentait actuellement plus qu'elle ne le voulait, c'était un homme.
Un homme.
Dans son lit.
Avec elle.
Tout allait bien. Cela pouvait arriver à tout le monde. Se réveiller avec un homme inconnu n'était pas une situation urgente ni dramatique. Ce n'était pas grave. Paniquer était inutile. Il fallait juste réfléchir. Oui, réfléchir, essayer de se rappeler. Hier soir. Que s'était-il passé hier soir ? Hier, hier… Ah, la pluie ! Un Hotaru insupportable, le chiot abandonné, la beuverie improvisée sans son accord – note à soi-même : songer à tuer Kyo –, Kyo qui avait agi bizarrement – seconde note à soi-même : rappeler à Kyo que le harcèlement sexuel est un crime avant de le tuer –, Hotaru et sa petit crise d'égocentrisme, et après… Ah, elle avait fini par participer à la soirée. Elle n'avait pas eu vraiment le choix, vu que c'était chez elle (fait que semblaient d'ailleurs volontairement oublier certaines personnes).
Elle avait bu. Beaucoup. Enfin, elle était déjà parvenue à cette conclusion, vu qu'un oiseau semblait avoir temporairement pris la place de son cerveau et n'avait apparemment que pour seul but de s'acharner à frapper de son bec pointu ses tempes de manière répétitive. Ce qui expliquait également la difficulté à se souvenir. Bon, puisque la réflexion ne lui apportait rien…
Elle se tordit de manière à apercevoir celui qui la maintenait contre lui avec une force dont il était difficile de se défaire, et se dit qu'elle aurait pu être contorsionniste dans une autre vie.
Puis elle pâlit, et un cri s'échappa de ses lèvres. Celui-ci fut assez fort pour momentanément surprendre l'autre et lui faire relâcher sa prise. Elle n'eut pas besoin de plus pour se précipiter hors du lit et en profiter pour saisir la couverture par pur réflexe afin de s'enrouler dedans. En état de panique complète, elle saisit l'objet le plus proche d'elle, qui se révéla être sa lampe de chevet, et le balança à celui qui n'avait absolument rien à faire ici.
Qui se prit ladite lampe en pleine poire.
« Hotaru ! Qu'est-ce que tu fais là ?! Oh mon Dieu, ne me dis pas que— non, non, non, ce n'est pas possible ! Tu as profité de moi, c'est cela ? Oh, je vais te— »
L'interpellé répondit par un grognement. Ce qui était déjà relativement exceptionnel, si l'on considérait le fait qu'il venait de se manger une lampe de chevet dès le réveil. Il porta une main à l'endroit qui lui faisait actuellement mal, et réalisa qu'il saignait.
Ah.
Il releva la tête pour voir la fille, ressemblant actuellement plus à un maki, vu la manière dont elle était enroulée dans son immense couette, hurlant à plein poumons et brandissant désormais un livre qu'elle s'apprêtait apparemment à utiliser comme projectile.
Son intuition lui souffla qu'il s'était fourré dans une très, très mauvaise situation, allez savoir pourquoi.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Le fait qu'il parvint tout juste à éviter le livre lancé dans sa direction lui fit penser que peut-être, ce n'était pas ce qu'elle voulait entendre. Un chien enragé lui paraissait actuellement plus sympathique que la personne qui se trouvait en face de lui. Il se demanda ce qui pouvait bien expliquer son attitude agressive. Cela faisait un certain temps qu'il ne l'avait pas vu aussi énervée. Ces derniers temps, elle exprimait principalement de l'agacement à son encontre, et ce changement soudain le déboussolait quelque peu. Cela, et le fait qu'il venait de se réveiller. La lampe transformée en arme temporaire pourrait également expliquer son manque de réaction.
Puis son agitation stoppa soudainement, et le second livre qu'elle brandissait retomba au sol. Il l'observa, restant néanmoins sur le qui-vive. C'était fou comme le fait de se prendre une lampe de chevet pouvait inciter à la méfiance.
« …Tu es habillé. »
Il baissa les yeux, et remarqua qu'en effet, c'était vrai. La question était de savoir quel était le rapport avec toute cette hystérie dont elle avait fait preuve. Son attention se porta de nouveau sur la fille, qui était en train de se défaire de la couette.
« Et je suis habillée aussi. »
Il haussa un sourcil. Si c'était cela qu'elle voulait savoir, il aurait très bien pu lui dire. Elle se laissa retomber sur le lit, un soupir s'échappant de ses lèvres. Elle porta un bras sur ses yeux, soudainement détendue, à l'opposé même de l'agitation colérique dont elle avait fait preuve quelques secondes auparavant. Il se pencha vers elle, curieux malgré lui.
« C'est une bonne chose ?
-Bien sûr que c'est une bonne cho— »
Elle s'interrompit, avant d'ouvrir brusquement les yeux.
« Ça ne me dit pas ce que tu fiches dans mon lit ! »
Il regarda autour de lui, réalisant que c'était en effet la chambre de la fille, et son lit.
Ah.
Il haussa les épaules.
« Je ne sais pas. »
Elle se releva d'un coup, avant de se tourner vers lui.
« Comment peux-tu ne pas savoir ? »
Son ton indigné le laissa de marbre.
« Tu ne sais pas non plus. »
Elle resta bouche bée, incapable de lui répondre. Son partenaire imbécile marquait un point. Elle se sentit rougir.
« J'ai beaucoup bu !
-Hmm.
-J'ai juste quelques difficultés à me souvenir !
-Hmm.
-Cela ne t'ait jamais arrivé, peut-être ? »
Il haussa les épaules.
« Oh, et je ne sais même pas pourquoi je tente de me justifier auprès de toi ! »
Il fut tenté de lui dire que lui non plus ne savait pas pourquoi, mais il préféra se taire; se prendre une nouvelle fois un objet volant non identifié n'était pas dans sa liste d'objectifs de la journée.
Il y eut quelques secondes de silence, avant que…
« Ah, mais tu saignes ! »
Elle sembla remarquer ce fait pour la première fois. Ce n'était pas comme si c'était elle qui avait décidé que lui balancer sa lampe de chevet dès le saut du lit était un réveil efficace, alors qu'il n'avait absolument rien fait. Non, ce n'était pas du tout comme si elle était la principale responsable de son état lamentable, ou même qu'elle lui avait vrillé les tympans pour une raison inconnue après avoir transformé ce qui était auparavant sa tête en pâté pour chat.
…Et non, il n'était pas rancunier.
« Bouge-toi, crétin ! Il faut soigner cela ! »
Elle le saisit par le poignet, et avant qu'il n'ait vraiment le temps de saisir tout ce qu'il s'était passé – il s'était arrêté au mot crétin, un brin contrarié –, il se retrouva dans la salle de bain, assis sur le rebord de la baignoire tandis que la fille s'affairait avec la boîte à pharmacie. Il ignorait d'où venait toute cette énergie alors qu'elle venait de se réveiller il y a quelques minutes à peine, mais il trouvait cela un brin terrifiant.
Cela ne devrait pas être autorisé, tiens. Depuis quand les gens étaient capables de s'agiter aussi tôt le matin ? C'était du jamais vu, complètement impensable. Imaginez, si on prenait le métro et que l'on découvrait des sourires et des personnes débordant d'énergie de vivre, dès le matin ! Toutes ces personnes, respirant l'amabilité et l'allégresse, ayant même l'audace de chantonner gaiement pendant le trajet ! N'était-ce pas une vision franchement effrayante ? On pourrait sûrement en tirer un film d'horreur, quelque chose comme—
« Voilà, c'est fini ! »
Il porta une main à l'endroit qui, encore quelques minutes auparavant, ressemblait à un formidable champ de bataille d'où le sang s'écoulait à flot, et ne sentit que la texture lisse d'un bandage. Elle était toujours aussi efficace lorsqu'il s'agissait de soigner les blessures.
…Enfin, si on excluait le fait qu'elle était la principale cause desdites blessures à la base, cette femme barbare.
Non, Hotaru n'était vraiment pas de nature rancunière.
[&-((Y&H))-&]
Après toute l'agitation dont Yuya avait fait preuve en cette belle matinée, elle était de nouveau nerveuse et remplie d'excitation, bien que cela n'ait pas grand-chose à voir avec Hotaru et ce qu'il aurait pu lui faire à l'insu de son plein gré. Non, cela n'avait absolument rien à voir. Aujourd'hui était le jour. Cette journée merveilleuse, où elle se réveillait toujours très tôt et qu'elle attendait avec une impatience qu'elle avait bien du mal à cacher. Oui, cette journée était terriblement importante, et avait le bonheur de revenir tous les trois mois. C'était une journée qu'elle marquait d'une croix rouge sur son calendrier, une journée bénie qu'elle ne ratait pour rien au monde.
Bref, c'était la journée.
Concept qui échappait totalement à son partenaire, et dont il ne semblait guère se soucier. Hotaru était étrangement ronchon depuis son réveil; elle pouvait comprendre le fait que recevoir une lampe de chevet en pleine tronche – elle avait toujours très bien su viser – dès le matin n'était pas une des choses les plus agréables qu'elle connaisse – quoiqu'elle en ait jamais fait l'expérience –, mais de là à afficher cette mine renfrognée ! C'était le jour, bon sang ! Il n'avait pas le droit !
« Allez, Hotaru ! Dépêche-toi ! »
Il grommela quelques mots – du moins, ce fut ce qu'elle déduisit. Après tout, quoi d'autre pouvait-il bien marmonner ? Elle le saisit impatiemment par la manche et le traîna à sa suite d'un pas sûr et rapide dans les couloirs de la compagnie où ils travaillaient. Il la laissa faire, même si elle savait pertinemment que l'envie de lui résister lui tordait les entrailles, surtout au vu de son penchant contrariant. Après avoir parcouru d'interminables couloirs qui se ressemblaient tous (selon Hotaru et son sens de l'orientation inexistant), ils débouchèrent finalement dans une immense salle. Il fut surpris d'y découvrir nombre de personnes, dont certaines qui lui avaient probablement déjà parlé mais dont il n'avait toujours pas retenu le nom. Non pas qu'il ait spécialement pour objectif de le faire, mais passons.
Une bonne partie du groupe se bousculait devant ce qui semblait être un panneau d'affichage; certains laissaient échapper des cris de joie tandis que d'autres s'affaissaient sur eux-mêmes. Il n'eut pas le temps de laisser la curiosité le gagner, car la fille s'empressa de se diriger vers ledit panneau, l'entraînant à sa suite. Il n'était même pas sûr qu'elle se souvenait encore qu'elle le tenait, si pressée qu'elle était. Il ne manqua pas les regards suspicieux qu'on lui lança, ni la surprise non dissimulée de certains face à la familiarité entre lui et la fille. Il les ignora avec son flegme habituel.
Du moins, avec autant de flegme qu'il est possible lorsque l'on se fait traîner d'un bout à l'autre d'une salle par une jeune femme soudainement hyperactive.
Il ne sut trop par quel miracle ils parvinrent au-devant du groupe – cela avait peut-être à voir avec la fille qui joua des coudes avec une agressivité et une combativité plutôt impressionnante au vu de sa taille –, et il remarqua ce qu'il n'avait pu voir auparavant à cause de l'attroupement. Un tableau était accroché sur le panneau d'affichage. Cela ressemblait étrangement à un classement.
« Voyons voir, on devrait être par ici… »
Il porta son attention sur la fille, qui cherchait avec frénésie quelque chose sur ce fameux tableau. Elle fronça les sourcils, apparemment perplexe.
« Peut-être un peu plus haut, dans ce cas ? »
Les secondes s'écoulaient, et ses sourcils se fronçaient de plus en plus. Ah. Ce n'était jamais bon signe.
« Ce n'est pas possible que nous soyons plus bas… »
Elle stoppa soudainement.
« Non… Non, il doit y avoir erreur. »
Elle pâlissait, maintenant. Hmm, elle était véritablement lunatique.
Ses épaules s'affaissèrent, et elle commença à se frayer un chemin à travers l'attroupement de manière dépitée, à l'opposé même de la passion dont elle avait fait preuve quelques minutes auparavant. Elle alla s'appuyer contre un mur, visiblement ébranlée. Il se plaça à côté d'elle, entre elle et la porte. Encore un étrange réflexe auquel il ne prêta pas attention.
Elle porta ses mains à son visage.
« Mon Dieu, c'est un cauchemar… »
Sa voix étouffée par ses mains lui parvint malgré tout, et il se demanda ce qu'il y avait d'aussi dramatique. Personne n'était mort, non ?
Enfin, même si c'était le cas, il ne pouvait pas dire qu'il ressentirait quelque chose. Des morts, il y en avait tous les jours, et personne ne s'en attristait.
« Alors, planche à pain ? Ta médiocrité t'a finalement sauté aux yeux ? »
Ses mains retombèrent à ses côtés, et elle dévisagea le nouvel arrivant.
« Kyo, ce n'est vraiment pas le moment. Reviens me voir plus tard, je te collerai une baffe. Ou mieux, mon poing.
-Le choc a été si grand que cela ?
-On est dans la dernière portion du classement. La dernière. »
Elle s'enfouit de nouveau le visage dans ses mains, comme si la réalité venait de la rattraper en prononçant ces mots.
« Un vrai cauchemar… »
Le soupir qui s'échappa de ses lèvres aurait fendu le cœur de n'importe quelle personne sensible.
Malheureusement, aucun des deux hommes en sa compagnie ne pouvait être qualifiés d'êtres sensibles.
« Dire que tu n'étais jamais tombé aussi bas même en étant seule… »
Il lança un regard moqueur à Hotaru.
« Quelle ironie. »
Elle s'accroupit, le visage toujours caché.
« Pas besoin de me le rappeleeer ! »
Elle releva brusquement la tête, les larmes aux yeux.
« Ma prime ! Ma superbe prime ! Réduite, diminuée ! Tu te rends compte ? »
Kyo haussa un sourcil.
« Bien sûr que non tu ne t'en rends pas compte, Môsieur je-suis-toujours-le-premier-et-je-récolte-le-plus-d'argent-pour-aller-le-claquer-en-saké ! Rah, je te déteste !
-Que veux-tu ? Les meilleurs récoltent plus. C'est logique.
-C'est ça, balance-toi des fleurs pendant que je pleure la disparition de mon argent. Sans cœur ! »
Il ignora la pique acerbe de la chasseuse de prime pour tourner son attention vers Hotaru.
« Les criminels ne sont plus ce qu'ils étaient, si ton partenariat a fait chuter la planche à pain dans le classement. Tu es plus faible qu'il n'y parait. »
Son partenaire se tendit immédiatement face à la provocation de l'autre.
« Je ne suis pas faible. »
Son ton menaçant ne lui valut qu'un regard moqueur qui ne cachait guère le mépris que ressentait Kyo.
« Étrange comme un simple bout de papier en vient à contrarier ce fait. »
Yuya vit les poings de son partenaire se serrer. Le signal était clair; il était prêt à se battre.
« Kyo. »
Ses yeux rouges se posèrent sur elle.
« C'en est assez. »
Elle se releva, ses yeux ne quittant pas les siens. Même s'il s'amusait à se moquer d'elle et à la rabaisser, elle savait très bien qu'il était mécontent que sa rentrée d'argent ait été diminuée à cause du partenariat fragile qu'Hotaru et elle entretenaient. Il lui en voulait de l'avoir fait chuter dans le classement, et ne s'en cachait nullement. Ses tendances protectrices ressortaient vraiment dans les moments les plus mal choisis, et de la pire manière qui soit.
« C'est le temps d'adaptation. Nous serons sans doute meilleurs la prochaine fois. »
Elle effleura les poings encore serrés de son partenaire.
« N'est-ce pas, Hotaru ? »
Il ne répondit pas, trop occupé à dévisager Kyo, son aura meurtrière indiquant clairement que l'homme était probablement dans liste de gens à tuer, de préférence en les torturant avant.
Bon, elle supposait qu'elle ne recevrait pas de soutien de ce côté-là.
« Oooh, Kyo, je ne suis pas certain que tu sois le mieux placé pour critiquer~ »
Yuya sursauta en s'apercevant de la présence de Yukimura, qui venait de joyeusement s'incruster dans la conversation, nonchalamment appuyé sur l'épaule de Kyo, comme s'il avait toujours été là. Paraître aussi naturel dans une telle situation relevait du don, à ce niveau-là.
« Qu'est-ce que tu veux dire, Yukimura-san ? »
Il tourna la tête vers elle, non sans lui offrir un sourire charmeur.
« Ah, ne me dis que tu ne l'as pas remarqué ! A moins que tu n'aie été trop occupée à te lamenter sur la place terriblement basse que tu subis grâce à ton adorable partenaire ? »
Il aurait été trop beau qu'il lui donne une réponse sans détour en évitant de remuer le couteau dans la plaie. Elle se demanda ce qu'elle avait fait pour mériter cela.
Sanada eut même l'audace de rire quelques secondes, comme s'il ne venait pas de lui balancer en pleine poire le fait que sa prime était diminuée et qu'elle devait subir l'humiliation de savoir que toute la compagnie était au courant. Ha ha ha.
« Enfin, pour en revenir à notre cher Kyo, il semblerait que l'on t'aie volé cette sympathique première place que tu maintiens depuis ton arrivée. Un véritable coup dur, n'est-ce pas ? »
L'homme ne cilla pas devant l'aura dangereusement meurtrière qui commençait à se dégager de Kyo. Quant à Yuya, elle resta bouche bée, incapable de réagir. Quelqu'un avait réussi à voler la première place à Kyo ? Sérieusement ? Elle ne pensait même pas que c'était possible jusque-là ! Il était vrai qu'il y avait tout un tas de critères pris en compte, comme le nombre de criminels capturés, ainsi que la valeur de leur prime, ou encore la régularité des captures—
« Qui ? »
Yukimura porta une main à son oreille, feignant visiblement de ne pas avoir entendu le murmure rageur de Kyo.
« Pardon ? Que dis-tu, numéro deux ? »
Elle commençait à croire que l'homme manipulateur qu'était Sanada était devenu suicidaire. Provoquer Kyo était une chose. Le provoquer alors que l'on venait ouvertement de bafouer sa fierté en était une autre. Cela revenait à essayer de lui piquer sa bouteille de saké en pleine beuverie. Kyo aimait le saké. Kyo n'aimait pas qu'on tente de lui prendre. Et, étant un homme pour qui la violence était un réflexe, voire un mode de vie, le contrarier n'était jamais une bonne idée, particulièrement lorsque l'on aimait que tous ses membres restent attachés au reste de son corps.
Apparemment, Yukimura Sanada n'était pas le genre d'homme à tenir à rester entier.
« Sanada—
-Oh, nul besoin de prendre ce ton menaçant~ Je compte bien te dire qui est le responsable de ta déchéance ! »
Il ricana une nouvelle fois, délicieusement amusé.
« C'est notre cher justicier, qui ne cesse de se battre pour enfermer tous les criminels et ainsi s'assurer que la sécurité règne bien en ville, ce charmant jeune homme—
-Shinrei-san ? »
Le nom s'échappa de ses lèvres avant qu'elle ne puisse s'en empêcher.
« Yuya-san, un peu de respect ! Je tentais de maintenir le suspense !
-Non, non, c'est juste qu'il est vraiment là… »
Yukimura daigna finalement délaisser l'épaule de Kyo pour se retourner, et son support jusque-là en fit de même. Et, en effet, le nouveau numéro un se tenait bien derrière eux.
« Oooh, et que nous vaut l'honneur de ta présence, numéro un tout puissant ?
-Je suis venu saluer Yuya-san, bien sûr. Je ne tiens pas spécialement à être vu avec des rebuts tels que vous. »
Elle grimaça à l'entente des propos méprisants du jeune homme. Il avait toujours été gentil avec elle, une personne à la compagnie fort intéressante. Cependant, comme l'avait si bien souligné Yukimura, Shinrei avait un sens de la justice particulièrement fort, et il fallait dire qu'il portait ses préjugés concernant les criminels comme une bannière. Alors, autant dire que venir la voir alors qu'elle était entourée de trois anciens criminels représentait actuellement un gros effort pour lui, et espérait-elle, un progrès.
« Quelle cruauté ! Les adorables rebuts que tu dénigres ainsi restent tes collègues~
-J'ai toujours dit que ce système était stupide et sans aucun intérêt. »
Bon, d'accord, les progrès en matière de tolérance n'étaient peut-être pas pour aujourd'hui.
De plus, au vu des formes tendues de Kyo et Yukimura – bien qu'il cache bien ses émotions par son sourire rieur – montraient clairement que Shinrei était tout sauf le bienvenu. Elle ne songea même pas à observer la réaction d'Hotaru. Le connaissant, il était encore en train de ruminer la pique blessante que lui avait faite Kyo avec un plaisir non dissimulé.
Shinrei passa entre les deux hommes, désormais numéro deux et trois, et s'approcha de Yuya, ignorant ouvertement les personnes qui étaient en sa compagnie.
« J'ai été vraiment désolé de voir que tu es descendue aussi bas dans le classement, Yuya-san. »
Bien sûr qu'elle aurait droit à de la sympathie et de la pitié concernant sa nouvelle position. Après que Yukimura ait remué le couteau dans la plaie, Shinrei venait rajouter du sel sur ses blessures avec sa compassion.
« Tu es tellement travailleuse, c'est terriblement injuste. »
Alors qu'il s'apprêtait à poser une main compatissante sur son épaule, Hotaru frappa ladite main avant que celle-ci n'ait le temps de l'effleurer. Il y eut un moment de stupeur, et tous se tournèrent vers son partenaire. Elle s'attendait à le voir vaguement contrarié pour une raison x ou y, ou même avec un air tranquille, comme s'il venait de faire la chose la plus naturelle au monde.
Rien ne la préparait pour ce qu'elle allait voir.
Hotaru, calme Hotaru, l'indifférence incarnée, était furieux. Sa forme était crispée, ses sourcils froncés et ses yeux…
« Ne la touche pas, putain d'hypocrite. »
Waouh. Elle n'aurait jamais cru le voir jurer un jour. Elle ne savait pas comment réagir face à cette nouvelle facette. Oui, elle l'avait déjà vu contrarié, et elle avait cru connaître ce qu'était son aura meurtrière. Mais là, cela n'avait rien à voir. Cela, c'était de la pure haine, comme cela faisait bien longtemps qu'elle n'en avait pas vu. Il était immobile, mais il suffisait d'un seul mouvement pour qu'il attaque. Elle avait la sincère impression de se retrouver face à un animal sauvage, où exposer la moindre faiblesse serait la mort assurée. Pour la première fois, ce fait qu'elle avait savamment ignoré jusque-là lui sautait aux yeux.
Cet homme était dangereux.
Elle réalisa que le silence s'était emparé de la salle entière, et que l'attention de tous étaient braqués sur eux, tandis que Shinrei jaugeait son partenaire d'un œil critique et dédaigneux. Ce n'était pas le moment qu'Hotaru dérape. C'était trop risqué, surtout devant le regard de tous les chasseurs de prime. Sa place ici était sa seconde chance, et beaucoup n'hésiteraient pas à le renvoyer à l'exécution à laquelle il avait échappé. De plus, elle savait pertinemment que Yukimura et Kyo n'interviendraient pas, trop heureux de voir quelqu'un avec pour volonté de 'remettre Shinrei à sa place'. Vraiment inutiles lorsqu'on avait besoin d'eux, ce duo d'imbéciles !
Yuya prit sa décision rapidement.
Elle saisit la main d'Hotaru. Il l'ignora, continuant de dévisager l'autre homme avec hargne. Elle leva les yeux au ciel, et pria pour son propre salut, quelques secondes avant que son coude ne vienne s'enfoncer dans le ventre de son partenaire. Tout à son honneur, il n'émit pas un son. Cependant, la distraction, bien qu'elle ne dure que quelques secondes, fut assez pour qu'il se laisse faire tandis qu'elle le trainait hors de la salle.
Surprendre les gens et profiter de ladite surprise pour en faire ce qu'elle voulait était sa spécialité; elle n'était pas devenue la chasseuse de prime qu'elle était par hasard, après tout.
Quelques minutes plus tard, ils étaient de nouveau dans le couloir, et avec un peu de chance, assez loin pour qu'Hotaru ne décide de retourner à la salle pour incinérer joyeusement Shinrei. Sa forme était toujours tendue, et malgré le fait que sa tête était emplie de questions concernant la réaction pour le moins brutale et inattendue de son partenaire, elle ne dit rien. Il n'était visiblement pas d'humeur à satisfaire sa curiosité.
Apparemment, il connaissait Shinrei, fait plutôt surprenant, et se souvenait également de lui (ce qui relevait du miracle, en un sens). Quant aux sentiments qu'il arborait à son égard, ce n'était apparemment pas de l'amitié, ni une quelconque affection.
Non, c'était tout sauf cela.
Son regard se posa soudainement sur leurs mains jointes, et il retira brusquement la sienne de la prise qu'elle maintenait sur celle-ci. Elle le laissa faire, trop surprise par son action. C'était bien la première fois qu'il mettait fin à un contact physique avec elle, et elle ignorait comment elle devait prendre ce fait. Il mit ses mains dans ses poches, dans sa posture habituelle. Pourtant, toute normalité avait disparue dans cette situation étrange, et elle sentait clairement qu'elle était en train de perdre son attention, et qu'il commençait à se renfermer sur lui-même. Comme pour lui donner raison, il commença à partir. Elle le regarda faire, son intuition lui soufflant que ce n'était guère le moment de le suivre, surtout au vu de l'état visiblement instable dans lequel il était. Elle hésita malgré tout, l'envie de ne pas le laisser seul la tiraillant.
Sa main se leva, comme pour le retenir, mais elle la laissa retomber mollement à ses côtés après quelques secondes. Elle n'avait rien à lui dire, et aucune action qu'elle pourrait faire ne lui venait à l'esprit. Elle observa son dos tandis qu'il s'éloignait d'elle, se sentant soudainement impuissante.
Et, juste comme cela, Yuya Shiina laissa partir Hotaru.
