A/N: Bonjour ! Comme prévu, voici le chapitre ce week-end~ A ma grande déception, je n'ai pas eu le droit à des commentaires rageurs et emplis d'insultes me concernant, bien que certaines aient un peu peur de ce qui va ensuite se passer. x) Mais ne vous inquiétez pas, ce chapitre est extrêmement important dans l'évolution de la relation Ho-chan x Yuya, et un surtout un énorme pas en avant.

Merci à Nemuu, qui est encore en train de lire cette histoire, et à qui je répondrai plus tard en PM. Il y a tellement de choses à dire que je ne sais pas par où commencer ! ^.^

Yachiru-chan92: Eh bien, toute leur relation est expliquée dans ce chapitre-ci. Donc pas de spoiler de ma part ! °x° Eh oui, Yuya est véritablement la victime du chapitre précédent ! Mais ne la sous-estime pas; Ho-chan VA lui rendre des comptes~ x)

Ayaka Kurenai: Hmm, à vrai dire, j'ai quelque peu hésité à faire ce choix, mais je me suis dit "Après tout, pourquoi pas ! Ça ne fera pas de mal à Kyo de s'en prendre un peu dans la tronche en étant réduit à la seconde place !". Et puis, cela me permettait d'introduire Shinrei et sa relation avec Ho-chan, pour ainsi faire évoluer le couple Ho-chan x Yuya.

LayaCaldin: Eh non, le plus chaud est passé avec la rencontre du chapitre précédent. x) Chapitre tout, tout calme. ;)

Bloody Kyo: Ah, mais quelle intuition terriblement impressionnante ! En effet, la phrase était là pour cet effet inquiétant. Je suis heureuse qu'elle ait fonctionné. \o/ Non, non, non, je tiens mes promesses, c'est à dire pour aujourd'hui. Mais tu peux m'appeler Dieu malgré tout. o/

Bonne lecture !


HELLISH PARADISE

Chapitre 14

Une semaine.

Cela faisait une semaine qu'Hotaru avait disparu, sans qu'il ne laisse aucune trace de son passage. A vrai dire, lorsqu'il l'avait quitté dans les couloirs de la compagnie, elle était persuadée qu'elle le retrouverait dans leur appartement, tôt ou tard. Alors, elle était rentrée, et avait attendu. Elle avait observé l'horloge, avait écouté le tic-tac incessant, mais la porte d'entrée ne s'était jamais ouverte. Il ne s'était rien passé, absolument rien. Il n'y avait eu qu'elle, elle et cette affreuse horloge qui n'avait cessé de briser le silence avec ce son incessant. Cette interminable attente lui avait rappelé des souvenirs qu'elle croyait enfouis jusque-là, des moments terrifiants dont elle ne connaissait que trop bien l'issue.

Elle avait choisi d'aller travailler, ignorant les regards curieux de ceux qu'elle avait pu croiser dans la compagnie, regards qui ne faisaient que souligner d'autant plus l'absence assourdissante à ses côtés. Elle n'avait guère prêté attention aux yeux compatissants de Sakuya, ni à l'œil observateur de Muramasa. Elle s'était contentée de continuer comme avant, lorsqu'elle n'avait qu'à se préoccuper d'elle-même, lorsqu'elle n'avait aucun partenaire agaçant à se traîner. C'était cela, la normalité.

La normalité n'avait rien à voir avec un lunatique aux tendances pyromanes et aux réactions étranges et/ou inexpliquées.

Lorsqu'elle se fit blesser dans un moment d'inadvertance, tellement habituée qu'elle était au fait d'avoir un partenaire surveillant ses arrières, Akari lui adressa un regard inquiet, mais ne dit rien. Elle ne lui demanda aucun secret, se contentant de parler, de faire disparaître le silence suffocant.

Elle tenta de garder sous silence la disparition d'Hotaru. Malgré sa réhabilitation, il restait un criminel aux yeux de tous. Laisser un criminel sans surveillance tandis qu'il arpentait les rues de la ville n'était en général pas très bien vu. Cependant, beaucoup soupçonnaient que quelque chose ne tournait pas rond, et elle savait qu'il ne faudrait pas beaucoup de temps avant que ses supérieurs ne s'intéressent à son cas, et viennent poser des questions dont elle n'était pas encore sûre d'avoir des réponses satisfaisantes.

Cette semaine avait été empreinte d'une tranquillité affligeante, apportant avec la réalisation que, non ce n'était pas ce que Yuya souhaitait. Elle aurait dû être satisfaite de ne plus devoir prêter attention au danger que posait son partenaire dans nombre de situation, elle aurait dû apprécier le repos qui s'était installé depuis sa disparition, elle aurait dû être soulagée de ne plus avoir un boulet pareil dans les pattes. Elle savait pertinemment tous les sentiments positifs qui devraient l'assaillir.

Et pourtant, aucun n'était là. Au lieu de cela, elle se surprenait à se demander où il se trouvait, s'il était en danger, que faisait-il, où dormait-il, pensait-il au moins à se nourrir ? Les questions s'entrechoquaient, se mélangeaient, et aucune ne trouvait réponse. Elle était dans l'ignorance la plus totale, et l'envie de retourner toute la ville à sa recherche se faisait de plus en plus forte.

L'impuissance qu'elle avait ressentie en voyant son dos tourné ne faisait que s'amplifier, et la peur d'attendre quelqu'un qui ne reviendrait pas commençait à prendre prise. Pourtant, cela ne faisait qu'une semaine. Sept petits jours, rien de plus. Quelque chose ne tournait pas rond chez elle, ou peut-être était-elle plus masochiste qu'elle ne l'avait pensé. Après tout, qui désirerait le retour de cet imbécile, alors qu'il ne faisait que rendre sa petite vie calme et paisible plus compliquée ? Elle l'avait toujours perçue comme un électron libre, quelqu'un qu'il était difficile de garder à un endroit précis. N'était-il pas logique qu'il ait finalement décidé d'abandonner ce train-train quotidien empli d'obligations et d'interdits ? Pourquoi avait-elle été si surprise qu'il lâche sa main pour lui tourner le dos ?

Elle connaissait la réponse, même si elle se plaisait à la taire. Elle lui faisait confiance, comme elle lui avait déjà avoué. Elle l'avait intégré à sa vie, lui avait confié ses arrières comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Oui, elle avait rechigné à le faire, mais sans s'en rendre compte, elle avait appris à le connaître et l'avait jugé digne de sa confiance. Et maintenant, elle était seule dans leur appartement – c'était devenu le leur sans qu'elle ne le réalise –, attendant le retour de quelqu'un qui s'en fichait sans doute royalement, ressassant le troublant sentiment de trahison qui l'envahissait. Aussi simplement que cela, il l'avait blessé. Sans même un regard en arrière, sans même une arrière-pensée, il était parvenu à lui faire du mal. Depuis quand était-il devenu aussi aisé pour lui de l'atteindre ainsi ?

Elle observa l'horloge qui ne jamais stoppait, assise à la fenêtre. Sans même le vouloir, elle vit un autre appartement, plus petit. Elle se vit plus jeune, l'anxiété la rongeant tandis que l'obscurité terrifiante l'envahissait. Elle posa la tête contre la fenêtre, le contact avec la vitre glacée la faisant frissonner. C'était pathétique, cette faiblesse qui l'empêchait de se mouvoir. Elle avait grandi, était devenue plus forte. Alors, pourquoi ne pouvait-elle pas bouger ? Pourquoi ne pouvait-elle pas partir à sa recherche ? Elle était chasseuse de prime, avait empêché de nuire plus de criminels qu'elle ne daignait se souvenir.

Elle était Yuya Shiina.

Cette simple pensée la sortit de sa torpeur. Dans ce cas, que faisait-elle encore là ? Elle avait passé l'âge d'attendre qu'on lui revienne. Elle n'était pas une petite fille de treize ans attendant le retour de son grand frère. Elle n'était pas une gamine se morfondant sur son sort. Elle n'était pas une petite chose faible et sans défense qui se devait de rester en sécurité. Elle était plus que cela. Elle avait appris à vivre sans compter sur personne. Elle avait grandi en se débrouillant comme elle le pouvait; elle avait affronté plus qu'elle n'aurait dû. Elle avait compris que se résigner n'était pas une solution et avait rayé le mot 'abandonner' de son vocabulaire. Elle s'était relevée, avait encaissé tous les coups que la vie avait pu lui imposer, tout en gardant la tête haute.

Elle était Yuya Shiina, bon sang !

Elle se leva brusquement, saisit sa veste, et enfila ses chaussures. Elle ignorait où ce crétin se trouvait, ne savait pas pourquoi il avait fait le choix de s'enfuir. Tout ce qu'elle savait, c'était que sa place était ici, et qu'il le veuille ou non, elle allait le ramener là où il devrait être ! Il faisait des caprices et décidait que rester ici n'était plus digne d'intérêt ? Dans ce cas, elle allait le traîner par le col jusque leur appartement pour qu'il saisisse qu'il était son partenaire, celui qu'elle avait choisi, et qu'elle était assez intelligente pour ne pas porter son choix sur un lâche !

Elle ouvrit violemment la porte d'entrée, maintenant bien décidée à prouver au monde entier que personne n'échappait à Yuya Shiina, fusse-t-il son partenaire.

Puis elle stoppa net, trop surprise pour esquisser un geste. Sa détermination déserta soudainement, son esprit se laissant engourdir par le choc.

Son crétin de partenaire, cet imbécile pyromane, Hotaru, se tenait juste devant elle.

Il était visiblement aussi surpris qu'elle, ne s'attendant visiblement pas à ce qu'elle surgisse ainsi de leur appartement.

Quelques secondes passèrent, et il commença à la détailler, cherchant des signes de sa colère. Il se doutait qu'elle ne devait pas vraiment avoir apprécié qu'il la laisse ainsi, et qu'il disparaisse pendant tout ce temps. Il avait été d'ailleurs relativement étonné que personne ne soit lancé à sa recherche. Puis il s'était rappelé qu'elle avait affirmé qu'elle lui confierait sa vie, et il la voyait mal alerter toute la compagnie afin que tous les chasseurs de prime du coin s'amusent à lui courir après dans un raid sanglant. Il avait été étrangement rassuré par ce fait, cette simple pensée que jamais elle ne le trahirait lui procurant cette douce chaleur dont elle seule était l'origine.

Il avait erré, ici et là, comme il avait tant l'habitude de le faire. Au départ, cela n'avait été qu'une simple marche, dans le seul but de se calmer. Voir l'autre dans la même pièce que lui, le voir si proche de la fille, c'était trop pour lui. Mais le fait qu'elle l'empêche de l'attaquer, qu'elle le force à fuir devant l'autre, qu'elle prenne le parti de cet hypocrite sans intérêt au lieu du sien l'avait plongé dans une colère froide. Il lui en avait voulu, à elle. L'espace d'un instant, elle avait préféré l'autre, et une rage destructrice – et pourtant si différente de la haine pour l'autre – l'avait envahi. Elle n'avait pas le droit. Elle n'avait pas le droit.

Il s'était surpris à vouloir s'en prendre à elle, elle qui lui avait dit avoir besoin de lui, elle qui lui faisait confiance, elle qu'il voulait protéger.

Alors, il était parti.

Loin de la source de ses sentiments haineux, et surtout loin d'elle.

Il avait dérivé comme un chien errant, avait essayé de vider sa tête de tous sentiments, comme il savait si bien le faire. Mais toujours, elle parvenait à s'infiltrer, à lui rappeler sa présence. Il avait été forcé à réfléchir de nouveau à la situation, et ce qu'il n'avait vu, aveuglé par la colère, lui parvint comme une évidence. Tous les regards sur eux, tous les témoins, le statut de l'autre, mais surtout son propre statut d'ancien criminel. Ce n'était pas pour l'autre qu'elle avait agi.

C'était pour lui.

A cette simple conclusion, à la simple pensée qu'elle ait voulu l'aider, le protéger, lui, l'ancien criminel, toute la colère avait disparue. Tout ce qui comptait, c'était qu'elle le voulait à ses côtés, qu'elle comptait sur lui, qu'elle tenait à lui. Pourquoi était-il dans ces rues, au milieu de tous ces gens pour qui son existence importait peu, alors qu'il l'avait, elle ? Que faisait-il dans ces endroits où tous se fichaient de ce qui pourrait lui arriver, alors qu'il pouvait l'imaginer avec cette lueur d'inquiétude dans les yeux ?

Il avait un endroit où rentrer, maintenant. Il n'était plus seul.

Et, avant qu'il ne l'ait vraiment réalisé, il s'était retrouvé devant cette porte, se questionnant quant à la réaction de la fille. Et, comme si elle l'avait entendu, elle était apparue, visiblement prête à sortir.

Elle n'avait toujours pas esquissé le moindre geste, et il se demanda la raison de son immobilisme. Lui en voulait-elle tant que cela d'avoir disparu ? La connaissant, il ne serait pas étonné qu'elle soit actuellement en train d'envisager le moyen le plus brutal et douloureux pour le torturer. Elle avança d'un pas, puis deux, à une allure si lente qu'il commença à se préparer à recevoir un coup. Il ne comptait pas l'esquiver. A elle, et elle seule, il laisserait le droit de le frapper. Elle seule le méritait, elle seule était en droit de manifester sa colère de cette manière.

Ce ne fut pas un coup qu'il reçut.

Avant qu'il n'ait le temps de réagir, ses bras étaient venus l'entourer, l'emprisonnant dans une étreinte tremblante. Elle enfouit son visage dans son épaule.

Dire qu'il ne s'attendait absolument pas à cela était l'euphémisme du siècle.

Il mit quelques secondes à réaliser que, oui, il était bien dans les bras de la fille, et que non, il n'était pas gravement blessé, ni à la limite du coma sous ses coups rageurs. Ses bras vinrent entourer sa forme, qui lui sembla soudainement fragile, tellement fragile. La chaleur de son corps contre le sien était étrangement agréable, et il se surprit à inspirer son parfum. Son odeur l'entourait, et il se rendit compte qu'il s'était détendu dans son étreinte, et avait baissé sa garde. C'était bien la première fois qu'une telle chose lui arrivait. Il aurait dû se sentir vulnérable, voire faible, mais rien ne lui parvint sinon cette satisfaction qui l'envahissait.

L'étrange envie que ce moment ne s'arrête pas s'empara de lui. Lui qui avait toujours fui le contact physique avant sa rencontre avec elle, lui qui avait toujours vu cela comme un moyen d'être blessé, comme une attaque contre lui, se retrouvait soudainement à resserrer ses bras autour d'elle dans le vain espoir qu'elle reste ainsi. Pourquoi ? Cette situation était tellement bizarre, tellement inattendue, et sa manière de réagir l'était d'autant plus. Elle éveillait en lui des instincts, des sentiments, qu'il ne comprenait pas. Il savait qu'elle lui apportait quelque chose de précieux, quelque chose que personne jusque-là ne lui avait offert. Elle changeait son monde, et lui avec.

Ce n'était qu'une simple étreinte, ses bras autour de lui. Un simple geste, si commun…

Elle releva la tête, et se détacha quelque peu de lui. Il eut un instant peur qu'elle ne recule, loin de lui—un rejet, encore un, non, elle ne pouvait pas, pas elle—, mais elle se contenta de rester près de lui.

« J'ai cru que tu ne reviendrais pas. »

Elle dit cela calmement, d'un ton presque badin, mais son soulagement était inscrit sur son visage.

« Je me suis perdu. »

Il ne savait plus trop s'il parlait de ses errances, ou de son besoin de s'enfuir loin d'elle. Un rire léger s'échappa de ses lèvres, et il songea qu'elle devrait rire plus souvent. C'était agréable.

« Le contraire m'aurait étonné de ta part. »

L'amusement était toujours présent sur ses traits mais le ton posé qu'elle prit exprima tout le sérieux de ses mots lorsqu'elle ajouta :

« Il est temps de rentrer, maintenant. »

Et, comme le chien obéissant qu'il était devenu, il la suivit.

[&-((Y&H))-&]

Ils étaient maintenant tous deux assis sur le canapé, la tête d'Hotaru reposant contre son épaule. Cela ne faisait que deux petites heures qu'il était rentré, et il semblait avoir développé une étrange habitude. Quels qu'aient été ses déplacements dans l'appartement, il l'avait suivi, comme un petit chiot égaré le ferait. Elle aurait pu considérer cela adorable si elle n'avait pas dû dépenser son énergie en une tirade colérique lorsqu'elle avait voulu aller aux toilettes. Même lorsqu'elle avait fait du thé, il lui avait imposé sa présence. Il ne l'avait pas touché, mais elle avait senti la chaleur de son corps, lui faisant comprendre qu'il était malgré tout trop proche pour que cela soit jugé convenable. Cependant, elle n'avait pas le courage de l'en dissuader, surtout après son absence prolongée. Elle était déjà surprise qu'il soit revenu de lui-même, elle ne tenait pas à le faire fuir de nouveau avec son tempérament dévastateur.

Elle avait toujours du mal à croire qu'il ait jugé leur appartement assez important pour y revenir. Elle avait été véritablement prête à mener un combat pour le faire revenir, mais il semblerait que cela ait été un combat gagné d'avance. Peut-être n'était-il pas aussi indifférent qu'elle aurait pu le croire. Peut-être qu'à sa manière, il lui faisait comprendre que sa nouvelle vie ne lui déplaisait pas tant que cela. Elle était étrangement rassurée par ce fait. Si la coller ainsi était sa manière maladroite de s'excuser, alors elle lui pardonnerait autant de fois qu'il le faudrait.

Tout ceci expliquait sans doute la proximité physique dans laquelle ils étaient actuellement, fait qu'elle n'aurait pu imaginer quelques heures auparavant, ou même une semaine auparavant (s'endormir dans les bras l'un de l'autre lorsqu'ils étaient franchement ivres ne comptait pas). Elle décida de profiter de l'occasion pour lui caresser la tête, curieuse malgré elle. Ses cheveux trouvaient toujours le moyen de défier cette merveilleuse loi qu'était celle de la gravité, et elle s'était toujours demandée s'il utilisait un quelconque produit pour parvenir à ce résultat. Il fallait dire que l'image d'un Hotaru atrocement sérieux devant un miroir tandis qu'il appliquait consciencieusement du gel sur ses cheveux afin de parvenir à l'effet requis était plus qu'amusante. Mais cette image ne resterait apparemment qu'un délire douteux de son imagination, puisqu'il avait les cheveux atrocement doux.

Quelle déception.

Dire qu'il passait sans doute moins de temps qu'elle à prendre soin de sa chevelure, et qu'il parvenait malgré tout à un tel résultat. Le monde était véritablement injuste.

« C'est mon demi-frère, tu sais. »

Elle fut tirée de ses pensées par le murmure d'Hotaru, qui, à sa grande surprise, ne dormait pas. Il n'avait pas bougé depuis un certain temps, et elle était jusque-là persuadée qu'il était tombé dans les bras de Morphée.

Puis elle saisit ses propos, et se demanda si elle avait manqué des mots qu'il aurait pu prononcer auparavant. Après tout, son affirmation déclarée d'un ton tranquille était plus que difficile à comprendre sans aucun contexte. Elle ne répondit pas immédiatement, ne sachant s'il attendait d'elle qu'elle intervienne ou non. Elle arrêta de caresser sa tête dans ce moment de réflexion. Elle réalisa que la main d'Hotaru était posée sur sa taille lorsqu'il se rapprocha d'elle en resserrant sa prise, en réponse à la manière brusque dont elle s'était arrêtée. Sa tête était désormais calée au creux de son cou, son souffle chaud la faisant frissonner.

Elle eut l'étrange impression que c'était sa manière de réclamer son attention.

« De qui parles-tu ? »

Elle lui répondit doucement, comme si elle était effrayée qu'il se renferme de nouveau sur lui-même si jamais elle parlait trop fort.

« De l'autre. »

Son refus froid et direct de prononcer le nom de celui dont il souhaitait discuter compliquait un brin la conversation. Elle retint un soupir.

Puis elle se souvint de l'altercation au moment du classement, qu'elle avait légèrement – oui, elle osait le dire – oublié au vu des événements récents.

« Shinrei-san ? »

Il se crispa à l'entente du nom. C'était une réponse on ne peut plus claire.

« Lui et moi avons le même…géniteur. »

Si le ton méprisant qu'il employa en prononçant ces mots n'était pas suffisant pour comprendre l'aversion que celui-ci lui inspirait, son refus d'employer le mot père était un autre moyen de percevoir ladite aversion.

« Un homme haut placé. Un politicien véreux. »

Son manque d'intérêt pour cette personne était évident.

« L'autre est né de la femme officielle. Je ne suis que le fils d'une des maîtresses. »

Oh.

« Il a refusé de me reconnaître. Lorsque ma mère a menacé de parler à la presse pour qu'il le fasse, il l'a faite tuée. »

Elle pouvait comprendre d'où venait son mépris, maintenant.

« J'ai été envoyé à l'orphelinat pour lui donner bonne conscience. »

Il ne lui confia pas qu'il avait également eu le droit à quelques tentatives d'assassinat, auxquelles il avait échappé grâce à son Gift.

Au moins, elle savait d'où venait son manque visible d'affection. Avec une enfance pareille, c'était pour le moins difficile de recevoir de l'amour parental. Cependant, quelque chose clochait.

« Je peux comprendre que tu détestes ton père… Mais pourquoi Shinrei-san aussi ? »

Il ne répondit pas, et elle crut qu'elle avait finalement été trop curieuse, et qu'il n'avait aucunement envie de lui faire part de cela. Quelques minutes de silence s'écoulèrent, où il en profita pour se recaler contre elle.

« Je crois que je l'ai envié, il y a longtemps. Plus généralement, lorsque je le rencontrai dans la résidence, il m'énervait. »

Il s'interrompit quelques secondes, avant de reprendre.

« Il a toujours eu cet air hautain, comme s'il était en droit de juger les autres. En attendant, il est devenu l'héritier légitime parce que son père a fait en sorte que les bâtards comme moi disparaissent, et c'est l'argent sale qui lui permettait de se nourrir. »

De la rancune, mélangée à une lucidité cynique.

« Apparemment, quelle que soit la provenance de l'argent, la nourriture reste la même. »

La moquerie était acerbe, mais elle ne la releva pas. Que pouvait-elle dire ? Quels mots voulait-il entendre ? Elle avait connue l'amour de son grand frère, et même si elle l'avait perdu, elle savait ce que c'était d'être aimée, de pouvoir croire que le monde lui appartenait. Mais lui, à quoi avait-il eu droit ? Peut-être l'amour d'une mère, dont il se rappelait vaguement mais qui avait été effacé par des années de solitudes, où il n'avait pas été question de vie mais de survie. C'était terrifiant, l'idée d'une existence aussi vide de contact humain, de rejet complet. Lui avait-on au moins donné une chance ? Aurait-il été en mesure de la saisir ?

« Peut-être devrais-tu être moins dur avec lui. »

Il se crispa. Elle savait que c'était visiblement un sujet sensible, et qu'il s'exposait énormément en faisant le choix de lui parler de son passé. Cependant, se contenter de prendre son parti n'était pas forcément ce qu'il y avait de meilleur pour lui.

« Tu es de son côté. »

Ce n'était qu'un chuchotement de sa voix grave, mais il y avait clairement de l'amertume et de la déception dans ses mots.

« Tu crois vraiment que ce n'est qu'une question de côté ? »

Elle posa une main sur sa joue, le forçant à s'éloigner quelque peu d'elle et à relever la tête pour qu'il la regarde dans les yeux.

« Ton père est responsable de ses actions. Que voulais-tu que Shinrei-san fasse, alors qu'il n'était qu'un enfant ? Il a peut-être eu plus de chance que toi, mais cela ne fait pas de lui le méchant de l'histoire. »

La contrariété était toujours présente dans ses prunelles, mais il s'était quelque peu détendu. Elle prit cela comme un bon signe.

« Pourquoi crois-tu qu'il a développé ce sens exagéré de la justice ? Il est conscient du passé de son père qu'il ne peut laver, et il essaye de racheter cela avec ses propres actions. Il travaille plus dur que nous tous, et même si ses préjugés prennent quelquefois le dessus, sa démarche n'est pas si mauvaise que cela. »

Il pencha légèrement la tête pour se caler plus confortablement contre la main qu'elle avait placée contre sa joue. Ses yeux étaient mi-clos, mais il continuait de l'observer attentivement.

« En un sens, il te ressemble. »

L'amusement s'était emparé des traits de la chasseuse de prime, mais les sourcils froncés de son partenaire signifiaient qu'il était scandalisé par ses propos.

« Il ne prend bien souvent en compte que son point de vue, et a tendance à foncer sans prendre en compte la situation générale. »

Il entrelaça ses doigts avec les siens, éloignant quelque peu sa main de son visage.

« Tu le connais bien. »

C'était fou comme il pouvait faire sonner une simple affirmation comme une accusation.

« Il nous ait arrivé de travailler ensemble. Il ne s'est jamais caché de son passé, mais j'avoue que je n'aurais jamais fait le lien avec toi de moi-même. »

Il ne sembla pas satisfait de sa réponse, mais ne dit rien. Elle émit un rire amusé devant son air visiblement boudeur.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es jaloux ? »

Ce n'était qu'une plaisanterie évidente, et elle s'attendait à un déni froid et direct. Elle fut surprise de le voir considérer ses mots avec tout le sérieux dont il était capable.

« Je ne sais pas. Sans doute ? »

Il la regardait sans détour, aucune honte ne se dégageant de lui face à sa déclaration soudaine, même si celle-ci ressemblait étrangement à une question. Elle ne lui répondit pas, stupéfaite. Comment devait-elle prendre ce qu'il venait de dire ? Il sous-entendait bien quelque chose, non ?

Puis elle se dit que c'était Hotaru, et que, très franchement, il serait fort étonnant qu'il ait ce genre de sentiment pour elle. De l'affection, sans doute. Quelque chose de plus ? C'était peu probable. Il était vrai qu'ils partageaient une confiance mutuelle, et qu'apparemment, ils étaient tous deux capables de se supporter sans en venir aux mains (enfin, à part quelques situations exceptionnelles, dont une incluait une lampe de chevet, mais elle se convainquit que ce n'était que de la légitime défense). Elle savait aussi qu'il avait une tendance à réclamer son attention et à la monopoliser, mais elle pouvait aisément mettre cela sur le compte de son passé et de son manque de relations sociales. Cela relevait plus du comportement d'un enfant lorsqu'on lui voulait son doudou qu'autre chose.

« Je veux dormir avec toi. »

Elle mit quelques secondes à enregistrer ce qu'il venait de dire, le changement de sujet soudain et le contenu de ses propos la déstabilisant.

« Pardon ? »

Elle réalisa qu'il était en train d'afficher son expression bornée (ou déterminée, cela dépendait du point de vue).

« Je veux dormir avec—

-J'ai compris ce que tu as dit, mais je tiens à te rappeler que tu as un lit et une chambre qui t'attendent—

-Je ne veux pas.

-Mais pourquoi ?

-Parce que je veux dormir avec toi.

-Enfin, Hotaru, tu as passé l'âge de faire des caprices—

-Je veux dormir avec—

-Non !

-Pourquoi ?

-Deux adultes de sexes opposés dans le même lit, ce n'est jamais une bonne idée—

-Pourquoi ?

-…Tu es sérieux, là ? »

Son air effaré ne le déstabilisa pas.

« Je veux—

-Non !

-Pourquoi ?

-Malgré ton attitude actuelle, et les doutes que j'ai quelquefois, tu restes un homme—

-Et alors ?

-Alors je n'ai pas envie que tu profites de moi ! On ne sait jamais !

-Je ne le ferai pas.

-Ah oui ? Vraiment ? »

L'ombre d'un sourire passa sur le visage d'Hotaru, et elle se dit qu'il devait forcément avoir un piège quelque part—

« Pas sans ton consentement. »

Elle retint l'envie de faire un signe de croix de ses doigts et d'hurler à l'esprit de Yukimura de sortir du corps de son partenaire. Il n'y avait pas d'autre explication possible, n'est-ce pas ? Après tout, c'était bien plus plausible que d'admettre qu'Hotaru venait de lui faire une proposition indécente sans l'once d'une gêne !

Elle porta une main à ses tempes, soudainement fatiguée.

« Tu sais quoi ? Fais ce que tu veux, je m'en moque. »

Parce que si elle tentait de continuer à débattre avec lui, soit elle perdrait le peu d'esprit qui lui restait et éventuellement irait se coucher, soit le débat allait continuer jusqu'à l'aube. Nulle alternative n'étant véritablement désirable, elle décida de le laisser gagner, ne serait-ce que pour qu'il lui fiche la paix et arrête de lui embrouiller la tête.

…Dire qu'elle avait souhaité le retour d'un imbécile pareil.