// Chapitre 8 : Saki préfèrerait se pendre par les pieds...
A l'époque, Pétunia Dursley avait vu en l'adoption de Jemmy une solution parfaite à son petit problème de stérilité. Après Dudley, son corps avait manifestement refusé de lui donner un autre enfant. Face au premier spécimen mis au monde, Harry comprenait parfaitement pourquoi... D'ailleurs, si vous lui aviez demandé son avis sur le sujet, Harry vous aurait probablement avancé qu'une Pétunia ne pouvant plus avoir d'enfant était un bienfait pour l'humanité.
Mais nul n'ignorait qu'Harry Potter n'aimait pas sa famille.
A Privet Drive, chacun savait que le « délinquant du quartier » entretenait une relation difficile avec ses gardiens. Harry ferma les yeux et soupira lourdement, avisant à peine les multiples regards posés sur lui.
A l'époque -avait il appris plus tard- les habitant du 6 Privet Drive, Mme et M. Holsen, s'étaient eux même constitué « foyer » d'une orpheline, arguant qu'ils souhaitaient aider -à leur manière- les pupilles de la nation. Leur acte, soutenaient ils, avait été longuement réfléchi. Le quartier les avait admiré pour cela. Pour cet engagement, cette contribution active au bien-être de l'Angleterre. En fait, les Holsen, bourgeois sympathiques aux lubies étranges, avaient réussis bien malgré eux à convaincre leur voisinage que pour être un bon citoyen, il fallait prendre des risques et se mettre à la disposition des plus démunis. Du moins, c'était l'idée. Visiblement, Pétunia et Vernon y avaient vu une occasion de redorer leur image.
Et après moult manœuvres et démarches, Jemmy était arrivé sous leur toit. Harry n'osait même pas se poser la question du comment -bordel- les Dursley's avaient pu se faire passer pour une famille idéale. Mais après tout, la seule anormalité au 4 Privet Drive s'appelait Harry Potter... Peut-être qu'une fois le monstre soigneusement écarté, ses moldus avaient paru être de bons parents.
Et puis Vernon avait le bras long, presque autant que le cou de sa chère et tendre.
Quoi qu'il en soit, Jemmy avait fait son entrée chez les Dursley. Et, évidemment, aucun de ces abrutis de moldus n'avait ne serais-ce que supposé qu'il puisse d'agir d'un petit sorcier. Leur taré de neveu aurait dû être un cas isolé.
Pauvre môme. Harry se passa une main dans les cheveux, las. Une fillette, l'une de ses élèves, leva une main timide. Le professeur Potter haussa un sourcil dans la direction de la gamine de douze ans, manifestant qu'elle avait son attention.
- Je peux aller aux toilettes, s'il vous plait Monsieur ? »
Harry s'empêcha de répondre à haute voix, se contentant de hocher sèchement du couvre-chef. Visiblement soulagée, la môme s'empressa de sortir de la pièce sous les regards envieux de ses camarades. Harry replongea dans ses pensées sans donner l'air de s'en soucier.
Harry se doutait que la réaction des Dursley vis-à-vis de la magie accidentelle de Jemmy tenait plus du coup de tête que de l'acte réfléchi. A la manière des parents qui hurlent des insanités à leurs rejetons puis se surprennent à regretter, Pétunia et Vernon, une fois le choc passé, devaient avoir réalisé avec horreur la portée de leur geste. Quand bien même ce n'était pas le cas, Jemmy était un enfant surveillé par des services et autorités moldues... Harry était persuadé qu'en prison, ces imbéciles avaient finis par s'en mordre les doigts.
Les choses auraient pu être différentes.
# J'aurais pu faire appel à Dumbledore. # Admit Harry. Cela aurait été un acte beaucoup plus censé. Même avertir Severus Snape aurait semblé plus censé. # J'étais Harry Potter, même en dépit de notre inimitié, Snape se serait chargé d'au moins reléguer le problème. #
Mais Harry avait choisi Maéra, inconscient de ce qu'impliquait une décision pareille. A sa décharge, il avait lui-même agi sur un coup de tête, pris de court (et affolé) par les évènements.
Oui, les choses auraient pu être différentes.
# Mais le destin semble joueur. # Un sourire amusé gagna les traits du jeune homme. # Je ne regrette pas d'avoir décidé de courir chez Maéra avec Jey. #
Parce que Maéra le considérait comme Harry -juste Harry- plutôt que comme le surivant. Cette donnée, à elle seule, expliquait qu'il se soit tourné vers elle plutôt que vers n'importe quel membre de l'Ordre. Parce que le survivant n'avait pas besoin d'aide, mais Harry -le sorcier du 4 Privet Drive, si.
Il doutait cependant que cette explication convienne à ses anciens amis, s'il les recroisait un jour.
Mathilde Nott reprit sa place, silencieuse, parmi ses camarades, un rien soulagée. Harry lui adressa un sourire doux. Son voisin de table se renfrogna à cette vision mais le professeur Potter ne parvenait pas à mettre le doigt sur le « pourquoi du comment » d'une telle réaction. Le seul adulte présent -en l'occurrence lui-même- secoua sa baguette en direction du tableau noir accroché au mur. En réponse à son geste, une craie blanche s'éleva dans les airs et inscrivit quelques mots sur la surface ardoise.
« Mr Avery, auriez-vous un problème ? »
Le môme baissa la tête, se renfrognant un peu plus encore. Harry haussa les épaules et fit mine de s'en désintéresser. Le silence se fit plus pesant qu'auparavant, si possible.
Le jeune-homme se prit à imaginer ce qu'il en aurait été s'il n'avait pas bêtement fuit avec Jey. Il considéra l'idée d'un Vernon et d'une Pétunia repentants, essayant de visualiser leur mine défaite et désolée... L'image provoqua en lui une vague d'incrédulité. Tout à fait impossible ! Il transposa à cela le visage de Jemmy, lui donnant bien malgré lui le physique peu avantageux de Dudley.
L'incrédulité manqua de se transformer en horreur. #Oh mon dieu...# Le survivant grogna sourdement et se massa le front. # Doux Jésus... #
Visiblement masochiste, Harry poussa le vie jusqu'à imaginer Jemmy face à une montagne de cadeaux, étouffé par les bras de Pétunia, Madame Je-t'aime-à-t'en-faire-crever. L'enfant aurait possédé tout un tas de surnoms ringards, évidemment, tels que « Jemmychounet d'amûr » ou « Mon sucre de canne adoré ». Et pourquoi pas « mon lardon » , tiens ? A cette pensée, Harry gloussa, sous l'œil inquiet de ses élèves.
N'importe quoi.
Jemmy, heureux et choyé par les Durlsey ? Non sens ! Ces moldus ne supportaient pas l'anormalité. Ou plus simplement la magie, et tout ce qui s'y rapportait. Accepter leur propre neveu sous leur toit leur avait semblé un si grand sacrifice qu'Harry se souvenait même avoir du les remercier de pouvoir occuper le placard sous l'escalier ! Pourtant, Pétunia l'avait trouvé lorsqu'il était encore un nourisson... Comment ne pas s'attacher à un bébé ? Pourquoi auraient-ils, de toutes manière, été plus tolérants envers Jemmy ?
Le môme habiterait son ancien placard, coucherait sur son matelas poussiéreux à l'heure actuelle s'il n'avaient pas pris la poudre d'escampette, lors de ce noël. Fort de son analyse, Harry retourna son attention sur sa classe, s'attardant particulièrement sur Jeanus Avery, le neveu du mangemort du même nom. Fils de la seule cracmol de la famille, mise à mort par son propre frère. Marghan le lui avait confié sans même qu'il ne l'eut demandé.
Ce gosse le détestait. Du moins Harry considérait que les sorts -à répétition- que Jeanus lui envoyait dès qu'il tournait le dos signifiaient que le môme ne pouvait pas le sentir. Dans le cas contraire, Jeanus devrait probablement recourir à un psy, parce que jeter des malédictions à une personne que l'on apprécie n'a rien de logique -ni de sain.
Le concerné, se sentant épié, rougit de la racine des cheveux jusqu'aux oreilles. Harry afficha un sourire en coin, attendri, avant de se rabrouer mentalement. Il avait presque oublié la raison pour laquelle il communiquait par l'intermédiaire d'un tableau avec sa classe ! Le môme-attendrissant-qui-le-détestait l'avait gracié, plus tôt, d'un gentil mais malvenu sortilège de silence, alors qu'il épiloguait sur les détraqueurs.
Et aucun de ces gamins ne savait comment lever le sort. Évidemment. Harry savoura leur embarras, une fois de plus. Juste délicieux...
- Venez, nous allons chez moi. » Déclara Maéra lorsque l'idée de lâcher son frère ne lui parut plus si difficile. « Nous pourrons parler. »
L'étreinte passée, Maéra avait regagné un minimum de contenance. La jeune femme ne lâchait pourtant pas la manche de son frère, comme si elle craignait qu'il ne s'évapore. Mais ni Severus, ni aucun des individus présents ne songea à ne serais-ce que rire de son attitude.
Lindiana leur ouvrit la porte d'entrée sous l'œil plutôt soulagé d'Owen.
- Pourquoi on ne passe pas par la cheminée ?! » Questionna Sirius, l'air ahuri.
- Marcher forge le caractère. » Se moqua Lindiana. « Vous ne saviez pas ? »
Sirius ne goûta pas à la plaisanterie, au contraire de Remus qui rit ouvertement. « C'est sans doute pourquoi vous avez emprunté la cheminée pour arriver ! » Répliqua le cabot, piqué au vif.
- Oui mais Lindiana a déjà un caractère épouvantable. » Souligna Maéra. « Une véritable bête féroce ! »
Lindiana eut le bon goût de grogner en signe d'approbation. Remus cligna, déconcerté.
- Il s'agissait d'une plaisanterie. » Lindiana leva les yeux au ciel.
- La question est compréhensible. » Nota Severus à contre-cœur. C'était comme approuver Black, il détestait cela.
- Et ma réponse était une boutade. » Fit remarquer la lycanthrope. « Du 2ème degré quoi. »
- Bon, allons y. Et avant que vous ne reposiez votre question... » Maéra lança un coup d'oeil ironique à Sirius. « Je veux juste vérifier que tout est rentré dans l'ordre sur l'avenue. »
- C'était leur elfe qui mettait un tel bordel. » Lui indiqua Lindiana avec une moue. « Il demandait Saki, donc si Saki y est allé, il ne devrait plus y avoir de problème. »
Maéra grimaça et sa poigne de crispa sur le bras de Severus. Ce dernier lui adressa un regard curieux.
- Jemmy était avec Saki. » Lâcha finalement la Snape, ennuyée. « Harry me tuerait si quoi que ce soit lui arrivait. »
Lindiana gloussa. « Évidemment... »
- Jey a l'habitude des elfes de maisons tarés et hyperactifs. » Trancha Owen. « Maintenant, dehors ! »
- Quelle amabilité. » Bougonna Maéra. « Allez, en route. Ne vous inquiétez pas, la maison n'est pas très loin. »
- Harry y est ? » Demanda brusquement Sirius, un brin fébrile.
Maéra stoppa et lui adressa un regard amusé. « Non, bien sûr que non. Il passera probablement ce soir. Vous saurez bien patienter... »
- Nous avons de toutes façons beaucoup de choses à nous raconter Maé. » La rassura instinctivement Severus. « N'est-ce pas ? »
- Oui. » Souffla sa sœur. « Mais avant... »
Sans le lâcher, Maéra traversa la rue et héla Joe, lequel sirotait un breuvage -quel qu'il soit- d'un air inspiré.
- Maéra. » Salua l'homme. « Que puis-je faire pour toi ? »
- Saki et Jemmy ont réglé le problème, visiblement. » Jeta Maé faussement confiante. « Tu sais où ils sont maintenant ? »
- Pas de soucis, Jey a invité l'elfe Dobby chez lui. La chose pleurait à n'en plus pouvoir, alors Saki les a fait transplaner. »
- Merci Joe. » Soupira Maéra. « Il ne semblait pas particulièrement dangereux, je suppose... »
- Ne t'inquiète pas. » Rassura Joe avec un sourire affable. « Jemmy est rôdé, si l'elfe avait été une menace Saki ne l'aurait même pas laissé approcher. »
- Probablement. » Marmonna Maéra. « A plus tard Joe. Encore merci. »
Elle laissa là l'homme, entraînant les autres à sa suite le long de l'avenue. Les voyageurs observèrent les alentours au fur et à mesure de leur progression. Maéra les fit quitter l'avenue centrale au bout de quelques minutes, leur faisant emprunter de petites ruelles étroites et dans lesquelles il leur aurait été facile de se perdre. Jusqu'à un petit lotissement comportant une dizaine de masures de t'ailles plutôt moyennes, chacune dans un style particulier.
- Lotissement Lumos." Lut Sirius, ses yeux rivés sur la petit plaque de bronze flottant à l'entrée du dit lotissement. "Lumos ?"
- Le sort, Black." Grogna Severus. "Un première année le connait, ça devrait te revenir..."
" Ah ah ah..." Siffla Sirius en serrant les poings. "Snape qui fait de l'humour, tiens moi Rem', je vais défaillir."
Maéra cligna, décontenancée, peu habituée aux affrontements entre les deux hommes. Lupin prit heureusement sur lui pour détendre l'atmosphère. "Tous les lotissements ont-ils un sort pour désignation ?"
- Plus ou moins." Marmonna Maéra en fronçant les sourcils. "Ce n'est pas quelque chose de très significatif. On ne partage pas la population en fonction des sorts que les individus préfèrent... ou ceux qui leur correspondent le mieux. Enfin, vous avez saisi l'idée."
Les trois hommes se sentirent comme mal à l'aise lorsque Maéra leur tourna le dos, secoua la tête et s'éloigna rapidement. Severus fusilla Black du regard et accéléra l'allure, soucieux de rester à la hauteur de sa sœur.
- Ma maison." Lui indiqua Maéra en pointant l'une des bâtisses du doigt. Un léger sourire fier s'afficha sur ses lèvres alors que Severus haussait un sourcil surpris.
Chacun des trois hommes posa un regard fasciné sur la maison. En soi, elle n'avait rien d'extraordinaire. Son toit cuivre dépassait tout juste de derrière le feuillage de deux énormes arbres -des chênes, visiblement. La porte cuivre (elle aussi) se détachait nettement entre les deux troncs. Ce qui fascina le plus les trois hommes fut la vision du jardin de Maéra. Une multitude de plantes diverses se côtoyaient en abondance, toutes magiques et précieuses. Severus en reconnu plusieurs dont il se servait pour la composition des potions les plus difficiles et coûteuses de son stock. Derrière la maison se dessinait les contours d'une serre, probablement fournie à l'image du jardin. A cette pensée, Severus sentit l'envie le gagner. Sur la porte d'entrée, une serpe d'or trônait et Remus aurait juré qu'elle avait une signification bien particulière, probablement en rapport avec le métier de la jeune-femme.
Severus ne s'en fit pourtant pas la réflexion. Son regard avait dévié sur la maisonnée d'en face. Le toit noir de celle-ci semblait être fait d'ardoise et surplombait des murs d'un blanc clair presque dérangeant. Un petit perron entouré de fleurs blanches menait à la porte d'entrée. Sur celle-ci, un phœnix -gravé dans le bois- volait autour d'un éclair brillant argenté, sous l'œil attentif de quatre autres animaux placés en retrait : un cerf, un chien, un loup et un corbeau. Dans le jardin -plus basique- de petites boules (certainement lumineuses le soir venu) flottaient autour d'une balançoire perdue au beau milieu des mêmes fleurs blanches que celles du perron. Severus s'arracha à sa contemplation, le cœur battant à vive allure, et avisa le regard figé de Sirius et Remus qui -devant son absence d'attention avaient suivi son regard.
- C'est la maison de Jey et Harry." Indiqua Maéra avec une tendre affection. "Mais pas la peine de vous y ruer, Harry est absent et je doute que Saki apprécie que vous entriez par effraction chez ses maîtres."
Les voyageurs acquiescèrent bêtement et lui emboitèrent le pas, regagnant l'entrée de sa propre demeure. Elle les fit pénétrer chez elle, le sourire aux lèvres.
- Saki va prendre les bagages de Dobby et les ranger dans..." L'elfe buta, incertain. "dans... euh..."
- Tu n'as qu'à les mettre dans ta chambre !" Solutionna Jey avec entrain. "Papa lui installera une couchette !"
Les yeux de Dobby semblèrent plus globuleux encore lorsqu'ils s'emplirent de larmes. Jey se fit la réflexion que cet elfe devait être spécialisé dans les sit-in et les sanglots.
- Saki a une chambre ?" Pleura finalement Dobby sous l'œil ennuyé de Saki et de Jey. "Harry Potter a donné une pièce rien que pour Saki ?!"
- Saki n'allait pas dormir dans le couloir !" S'étonna l'enfant, éberlué. "Moi j'ai bien une chambre !"
Dobby couina et sanglota plus fort, si possible. "UNE CHAMBRE ! Comme les sorciers !"
- Oui oui !" S'emporta Saki. "Dobby pourrait-il cesser de geindre un instant ? Il irrite les oreilles de Jemmy !"
Mais Dobby ne semblait pas pouvoir. "Mais Saki est un ELFE !"
Jey se gratta la tête, incapable de saisir le problème (et largement dépassé par la chose face à lui). "Bon, vous voulez pas quelque chose à boire ?"
Que ne venait-il pas de proposer ! Dobby fondit en larmes et manqua de s'étouffer avec sa propre salive. "Le jeune maître Jemmy propose à Dobby de boire !"
Saki secoua la tête et ses grandes oreilles se secouèrent nerveusement. Il claqua mollement des doigts, provoquant la disparition instantanée des bagages de l'autre elfe. Son maître et lui n'étaient pas sortis de l'auberge, selon l'expression d'usage...
- DE BOIIIRE !!!"
Mais alors vraiment pas...
Le salon de Maéra respirait la fraîcheur, rappelant aux hommes le jardin qu'il avait vu en arrivant. Des plantes trônaient ça et là, dispersées sur les meubles et dans les coins de la pièce, dans des pots peints à la main.
Installés dans le canapé - ou les fauteuils pour Maéra et Severus- nos compères organisaient leur esprit, cherchant par où commencer la discussion.
- Si nous débutions par les présentations ?" Supposa Maéra, à nouveau rayonnante. "Sauf toi Sev', évidemment."
- Hum, je suis Remus Lupin." Se lança le loup-garou, non sans que le souvenir d'une discussion avec un portail magique ne lui revienne, le faisant rougir comme un idiot.
- Le loup-garou ?" S'exclama Maéra sous leurs airs étonnés. "Vous êtes l'homme qui a enseigné à Harry, je me trompe ? Il a parlé de vous la première fois qu'il a rencontré Lindiana."
Lupin, figé, ouvrit bêtement la bouche, en perdant ses mots. "Je..."
- J'aurais du le deviner plus tôt ! Vous avez les yeux ambrés, c'est un signé distinctif chez les lycans." Son engouement retomba lorsqu'elle avisa le choc provoqué chez Remus. Severus et Sirius, quant à eux, semblaient profondément amusés. "Oh, excusez-moi Remus, je vous ai mis mal à l'aise."
- Pas de soucis." Souffla Remus en essayant un sourire.
- Et vous alors ?" Questionna la jeune-femme en se tournant vers Sirius, soucieuse de détendre le loup (en lui foutant la paix). "Qui êtes-vous ?"
- Sirius Black." Hésita Sirius, redoutant sa réaction. Le fait qu'il ait été innocenté n'avait jamais calmé les esprits, qui n'avait pas encore et toujours un infernal mouvement de recul à sa vue ?
- Oh." Grimaça Maéra avec un regard étrange. "Vous n'êtes pas supposé être mort ?" De toute évidence, Maéra Snape n'avait aucun tact, en témoigna l'air de poisson rouge de Sirius. "Je ne dis pas que c'est un mal, hein, que vous soyez finalement vivant..."
Elle semblait sincère, et c'est sans doute ce qui fit rire Remus. Sirius cligna, choqué, en envoya un regard incendiaire à son meilleur ami. "C'est que... c'est une longue histoire..."
- Hm. Quelqu'un vous a extirpé du voilé, j'imagine. J'espère que vous l'avez remercié... Quelle prouesse !" Son sourire taquin prouva aux trois hommes qu'elle savait -en réalité- de quoi elle parlait. Severus haussa d'ailleurs un sourcil soupçonneux. "Enfin, il n'est jamais trop tard."
Le maître des potions adressa un regard lourd de sens au cabot idiot. "N'est-ce pas, Black ?"
Étrangement, Sirius essaya de se fondre dans les coussins du canapé.
- Harry va être heureux de vous voir." Annonça joyeusement la femme, espiègle. "Du moins, j'espère..."
Remus se racla la gorge, gêné. "Vous espérez ?"
- Selon sa journée, il accueillera plus ou moins bien la vision d'un revenant." Exposa malicieusement Maéra.
Severus posa un regard plein d'adoration sur sa sœur, charmé par l'idée que celle-ci ait une langue aussi acérée. Ses souvenirs de Maéra restaient limités à l'enfance. Lorsqu'il l'avait vu pour la dernière fois, elle allait tout juste sur ses dix ans, lui sur ses quinze. Leur séparation datait de la première ascension du seigneur des ténèbres, mais elle coïncidait surtout avec la mort de leur mère, sous les coups de leur père alcoolique et anti-magie. Subitement, Severus craint que Maéra ne demande des nouvelles de leurs parents. Ne serais-ce que parce que la dernière chose qu'ait fait leur mère fut justement de cacher Maéra à Butterfly City. Pour lui, il était déjà trop tard, mais pas pour sa pétillante petite sœur.
Severus se crispa légèrement puis chassa ces pensées dérangeantes. Maéra n'était certainement plus une enfant, elle apparaissait désormais comme une jeune-femme vive et visiblement brillante, capable de surmonter et de rattraper avec lui deux dizaines d'années perdues.
Sirius renifla mais le coin de sa bouche frémit, signe de son amusement.
- Et toi alors, grand-frère ? Qu'est-ce que tu as fais pendant toutes ces années ?" Le sourire doux et confiant de Maéra agit comme un cataclysme sur l'homme. Elle semblait si avide de savoir. Severus eut l'impression que la terre s'ouvrait sous ses pieds.
- Rien dont je puisse me vanter." Avoua piteusement l'ex-mangemort, abattu. "Peut-être vaut-il mieux que tu l'ignores."
Maéra haussa un sourcil, stupéfaite. "Tu as tort. En soi, la potion tue-loup est déjà une trouvaille dont tu peux te vanter. Demande à Lindiana."
- Severus a été l'un des plus brillants espions pour le camps de la lumière." Tenta de le glorifier Remus. "Il a mis son existence en danger pour sauver des vies."
- Sans compter qu'il s'agit du plus jeune maître des potions de Grande-Bretagne." Ajouta Sirius, l'air de rien. "Un homme franchement merdique, comme nous venons de le démontrer, n'est-ce pas Snape ?"
Severus cligna mais n'ouvrit pas la bouche.
- Nous aurons bien le temps de discuter tous les deux, Sev'." Déclara Maéra, sérieuse. "Combien de temps projetez-vous de rester ?"
Un lourd silence lui répondit.
- Je vois. Je reformule : votre autorisation périme à quelle date ?"
Les hommes lui adressèrent un regard stupéfait. Maéra eut un rire nerveux.
- Ne me dites pas que vous n'en savez rien."
- Peut-être seulement quelques jours." Supposa Remus, peu convaincu.
- Peut-être ?" Maéra fronça les sourcils. "Voyons, regardez sur votre autorisation. C'est noté !"
- Nous ne l'avons pas." Annonça Severus avec tact. "Albus l'a gardé."
Maéra grommela mais abdiqua, bien forcée. "Nous demanderons à Marghan demain. Il faut de toutes façons vous présenter au seigneur." Maéra s'empêcha de sourire, moqueuse. Marghan avait déjà eu un apperçu des trois hommes, même si aucun n'était au courant. "Au fait, dormir chez moi ne vous dérange pas, je suppose ? J'ai une chambre d'ami."
- Au contraire, ce sera avec plaisir Maé." Rassura Severus. "A condition que Black dorme dehors, évidemment."
Maéra pouffa, croyant à une plaisanterie. Elle déchanta pourtant rapidement en croisant le regard sérieux de son frère. Le souvenir de la bagarre entre les deux hommes lui revint en mémoire, la faisant frissonner d'horreur.
- Harry... hébergera l'un d'entre vous deux, dans ce cas." S'avancer ne lui plaisait pas, mais elle ne voyait pas d'autre solution.
Les yeux de Sirius brillèrent d'envie. "Ça me va, ça !"
Severus s'assombrit un peu mais ne protesta pas. Passer du temps chez sa soeur était une chance, après tout. Savoir Black avec Potter, pourtant, le renfrognait. Qui sait ce que ce sale cabot aliéné pourrait bien raconter au morveux. Ou bien faire.
Maéra tapa dans ses mains, coupant ses pensées, et poussa un soupir soulagé. "Allons, dites moi, comment est le monde des sorciers ?"
S'ensuivit une longue et fertile discussion où chacun y alla de son point de vue. L'atmosphère eut au moins le mérite de se faire plus légère. Il fallait bien ça pour que Severus, Sirius et Remus se détendent et s'habituent à Butterfly City - et à Maéra Snape.
Théoriquement, les classes finissaient à 17h00. Pour Jeanus et ses camarades, la journée s'éternisait. Il était près de 18h00 et aucun des bambins n'avait quitté sa chaise, mis-à-part pour se rendre aux toilettes.
La directrice de l'établissement, Miss Stones, n'osait pas intervenir, au grand desespoir des tuteurs et parents. Ce n'était ni la première ni la dernière fois -sûrement- que le professeur Potter retenait ses élèves prisonniers. Ceci dit, plus les minutes s'écoulaient, plus elle et les tuteurs s'impatientaient et songeaient à parler très sérieusement avec le professeur Potter, au sujet de la démagogie à appliquer avec des marmots.
Emmanuelle Damingo, la sexagénaire ayant en charge Jeanus, devait en être à son 300ème soupir.
- Miss Stones, pourquoi n'iriez-vous pas voir le professeur Potter ?" Suggéra Emanuelle, las.
La dite Miss Stones grimaça mais rendit les armes (quoi qu'avec une évidente réticence). Elle traversa l'école et s'arrêta avec appréhension devant la porte de la classe de Potter. Avant même de frapper, elle savait déjà qu'elle ne gagnerait pas le combat, et ce qu'importe sa position au sein de l'établissement ou le nombre de parents attendant devant le portail. Son professeur d'enchantements et de français ne lui faciliterait jamais la vie.
Il ne fallut pas plus de dix secondes à Harry pour sortir de la classe, l'air ennuyé. Le garçon créa une bulle de silence autour d'eux et lui sourit paisiblement, faignant d'être innocent.
Comme à l'ordinaire, Sophie Stones fondit. Il semblait difficile de résister aux beaux yeux émeraude et au sourire doux d'Harry Potter. En fait, elle n'en avait jamais été capable. D'où le fait qu'elle parte systématiquement vaincue d'un entretient avec lui.
- Harry, les enfants sont attendus." Essaya t'elle tout de même.
- Je suis désolé." Déclara platement Harry, sans paraître préoccupé pour autant par une foule de parents et tuteurs impatients. "Mais les enfants sont consignés."
- Qu'ont-ils fait cette fois ?" La femme semblait presque résignée.
- J'ai reçu un sort de mutisme qu'aucun d'entre eux n'est capable de lever." Exposa calmement Harry.
- Mais..." Stones fronça les sourcils, perturbée. "Harry, vous semblez en pleine possession de votre voix, si je n'm'abuse."
Harry ne sembla pas le moins du monde touché par l'air de reproche de sa supérieure. Au contraire, un sourire malin gagna ses lèvres.
- Mais ça, ils ne le savent pas."
- Mais..." Miss Stones essaya de se convaincre qu'elle était capable de remettre en question les idées de son professeur.
- Je suis désolé." Répéta Harry, avec un agacement visible. "Mais cesser maintenant la punition, alors qu'aucun d'entre eux n'a trouvé de solution, rendrait toute cette expérience inutile. Je passerais pour un idiot, vous comprenez ?"
- Vous ne pouvez pas les garder indéfiniment !" Protesta mollement Stones.
- Exact." Sourit Harry. "Mais ça aussi, ils ne le savent pas. Écoutez, Sophie, je vous promet de les libérer bientôt. Mais il semble important que ces enfants comprennent dès maintenant -alors qu'ils sont jeunes et font leurs expériences- qu'on ne doit pas lancer un sort sans songer aux conséquences. Et surtout sans en connaître le contre-sort. Je n'ai pas raison ?"
Et Miss Stones eut l'impression fugace d'être entrain de se faire manipuler par Harry Potter.
- Très bien." Abdiqua finalement la femme. "Je vais parler à leurs tuteurs..."
- Merci, vous êtes un ange !" Sur un dernier sourire affable, Harry la planta là, sans un mot de plus. Sophie Stones était probablement la directrice la plus en peine de toute la galaxie, en cet instant.
Pour la trentième fois consécutive en une heure de temps, Jemmy demanda l'heure à Saki. L'elfe répondit sombrement et soupira.
- Tu crois qu'il peut faire une inondation avec ses larmes ?"
Et re-soupira...
Jey avait pensé que la situation avec Dobby s'arrangerait. Ô douce illusion... Saki, démoralisé, essayait régulièrement de s'assommer avec tout ce qui lui passait sous la main. Chaque fois que Jey l'en empêchait, Dobby fondait en larmes, bafouillant à propos "d'humains tellement prévenants !".
En fait, dès que Jemmy parlait, Dobby pleurait. Dès qu'il faisait un geste, Dobby pleurait. L'impuissance de Saki face à une telle situation laissait un goût amer à l'enfant et une envie de hurler au plus petit des deux elfes de maison lui-même.
- Papa devrait déjà être rentré." Râla Jemmy. "Qu'est-ce qu'il fait ?"
- Monsieur Harry Potter est réellement le père de Monsieur Jemmy ?" Couina Dobby, le regard interrogatif et indéniablement humide.
Jey haussa les épaules. "Ouai. Vraiment mon papa..."
- Harry Potter PAPA ! C'est si fantastique ! Un enfant si GENTIL ! Comme lui !" Et cette fois, Dobby sanglota, mais de bonheur.
Saki grogna sourdement et lança un regard désolé à son jeune maître.
- Ne t'inquiète pas mon Saki." Essaya de sourire Jey. "Je savais déjà que tu étais l'elfe le plus potable de cette planète. Le meilleur..."
C'est sûr qu'en comparaison avec le truc hoquetant et dégoulinant sous leurs yeux...
- MON SAKI !" Cria Dobby, chamboulé, tout tremblotant d'une émotion qui dépassait clairement Jey. "Monsieur Jemmy est tellement tendre avec Saki ! Le meilleur !"
Face à l'emballement -et les nouveaux sanglots- de Dobby, Saki perdit le peu de sang-froid qu'il possédait encore.
- Saki conseille à Jemmy d'aller chez sa tante Maéra. Saki pense aux oreilles de Jemmy, et à sa propre santé mentale !"
- Je suis juste capable de le faire pleurer." Marmonna Jey, défait.
- Saki le pense aussi, oui." Avoua l'elfe d'un air entendu. "Alors Maître Jey va s'en aller."
Ok. Son elfe de maison le mettait à la porte... Jey s'empêcha d'ouvrir bêtement la bouche, saisit par l'idée d'un Saki le jetant dehors.
- Bon, bah, euh..." Jey soupira, vaincu. "A plus tard Saki... et euh... Dobby."
Et Jey sortit, laissant Saki-le-grand seul face à cette épreuve.
Chez Maéra, l'ambiance était détendue - voir chaleureuse. La jeune-femme leur avait confié être herboriste, d'où son merveilleux jardin et sa serre personnelle. Depuis, la conversation tournait quasi-exclusivement autour des plantes les plus merveilleuses qu'il leur fut permis de voir ou d'utiliser.
Sirius, au ravissement de Maéra, participait allègrement, beaucoup plus intéressé qu'elle ne l'aurait pensé.
La clochette d'entrée cassa net leur discussion et une sorte de fébrilité les envahit chacun.
- Ce doit être Harry !" Sourit joyeusement Maéra. "Laissez-moi aller l'avertir !"
Maéra bondit de son fauteuil et fonça à travers les couloirs, rejoignant la porte d'entrée, prête à recevoir l'hôte le plus attendu de la soirée. A sa grande stupeur, elle ne tomba pas sur un adonis aux yeux verts mais sur un petit garçon au sourire à l'envers.
- Jey ? Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ?" Maéra eut une moue inquiète en avisant le visage maussade du môme.
- Tante Maéra, je peux venir ?" Supplia le gosse. "Je vais être très sage..."
- Bien sûr mon ange, entre. Je vais te présenter des hommes très gentils, tu vas voir."
Les sourcils de Sirius se haussèrent très haut alors que l'écho de la conversation les atteignait. De toute évidence, il s'agissait de Jemmy.
Le petit garçon la suivit mais ne se dérida pas. C'est à peine s'il afficha de la sympathie pour les trois hommes assis dans le salon. Il leur adressa juste un regard terne et haussa les épaules, faussement indifférent. Puis alla s'assoir dans un coin du salon, les lèvres serrées.
- Jey ?! C'est malpoli de..."
- Je les connais déjà." Indiqua Jey à une Maéra stupéfaite. "Faites comme si j'étais un pot de fleur."
Maéra fit les gros yeux. "Voyons, pourquoi... Enfin ! Qu'est-ce que..."
Elle en perdait ses mots. Ce fut Remus qui vint à son secours. Il se leva souplement et alla s'accroupir face au môme, un sourire doux aux lèvres.
- Alors, petit, qu'est-ce qu'il se passe ?" Souffla le lycanthrope en lui ébouriffant les cheveux.
Jey cligna, surpris par l'attention, mais ne regagna pas son sourire. "Saki m'a mis dehors."
Le choc de la révélation passé, Maéra commença à glousser sans aucune retenue. Severus semblait particulièrement incrédule tandis que Sirius s'empêchait d'éclater de rire. Remus, lui, garda un visage parfaitement neutre.
- Vraiment ?"
- Enfin, chéri, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?" Se moqua ouvertement Maéra. "Saki préfèrerait se pendre par les pieds plutôt que de te mettre à la porte !"
Les yeux de Jemmy s'écarquillèrent et il pâlit atrocement.
- Saki va se pendre par les pieds ?!"
Severus ricana. "Non."
- Mais, Maéra a dit..." Commença le môme.
- Je plaisantais !" Coupa Maéra. "Saki ne va pas réellement... Voyons Jey, c'était une simple..."
Mais Jey ne l'écoutait plus, simplement soulagé que Saki ne fasse pas une chose aussi idiote. Quoi que 'soulagé' fut un grand mot. Remus lui saisit la main avec un regard si profond et troublé que -brusquement- Jey se demanda ce qu'il pouvait bien faire là, face à un adorable loup-garou qu'il ne connaissait pas, assis dans un coin du salon de Maéra. Puis il se souvint de Dobby et la question le quitta aussi vite qu'elle lui était venue.
- Tantine, c'est vraiment ton frère le monsieur ?" S'enquit Jey, changeant maladroitement de sujet, avec cependant une réelle pointe d'intérêt dans la voix.
Son regard passa outre Remus pour se poser sur Severus. L'homme semblait le fasciner, contrairement aux deux autres. Quoi que le loup-garou lui avait caressé les cheveux, avec une sorte d'affection réconfortante. Mais ce n'était rien en comparaison des attentions de son père. A voir le lycan, Jey pouvait dire qu'il était du genre à être affectueux avec tous les enfants. Ceci dit, il ignorait qui le loup était, tout autant qu'il ne savait pas qui était le troisième homme, celui le fixant avec émerveillement.
- Tout à fait." Approuva Maéra en lui désignant une place à côté de Sirius. Jey hésita, saisit la main du loup-garou et alla s'y poser en rougissant. "Il s'agit de mon grand-frère : Severus."
- Comme Jeanus !" Lâcha Jey, toujours étrangement pâle, mais également plus vif. "Quand papa voudra bien de lui, ce sera mon grand-frère."
Maéra le fixa, bouche-bée.
- Jeanus ?" Répéta Severus.
Jey sourit enfin, bêtement heureux que l'homme s'adresse à lui. "Jeanus va à l'école comme moi, mais il est plus grand. Il habite avec une vieille dame mais c'est pas sa maman. C'est mon ami." Jey rougit, sans raison. "Il dit qu'un jour mon papa l'aimera et qu'on sera comme des frères tous les deux. Ou alors peut-être qu'il se mariera avec moi, si papa veut pas de lui."
- Que merlin nous en préserve." Souffla Maéra, désabusée. "Lui et Harry sont censés se détester. Mieux vaut ne pas chercher... "
Severus eut un sourire en coin, adressé à Jey qui en rougit de plaisir. "Va t-on enfin savoir pourquoi c'est un petit garçon malheureux qui est entré ici ?"
- Comment vous savez que j'étais malheureux ?" S'ébahit Jey. "Vous savez deviner les choses ?"
Sirius rit très fort et intervint enfin. "Non, ça se voyait petit !"
Jey sursauta et se tourna vers lui, sceptique. "Vous dites ça parce que vous voulez pas que je sache que monsieur Severus sait tout."
- Bien sûr que non !" S'esclaffa Sirius. "Je dis ça parce que c'est vrai."
- Et donc ?" Relança Severus d'un ton amer, bizarrement agacé que l'attention du môme se porte sur Black plutôt que sur lui. Remus lui adressa un sourire amusé, soulignant qu'il l'avait découvert.
- Oui Jey, qu'est-ce qu'il se passait ?" Insista Maéra.
Mais l'enfant ne l'écoutait pas, son regard rivé sur Severus. Il fixait l'homme avec une sorte d'envie mal dissimulée. Son père lui manquait atrocement. A cette heure-ci, normalement, il devrait déjà être là, avec lui. Pourquoi n'était-il pas là ? Jey sentit sa gorge se nouer à l'idée que son père ne veuille simplement plus de lui. Peut-être qu'il avait trouvé un meilleur petit garçon ! Jey maudit furieusement toutes les personnes de l'école, tous ces enfants retenant l'attention de son papa...
Cette pensée effaça tout sourire de son visage. Soudain très las, Jey rêva de s'allonger sur des genoux agréables pour raconter ses malheurs et être réconforté. Que quelqu'un lui dise que son papa l'aimait. Que Dobby ne pleurait pas à cause de lui. Que Saki serait moins fatigué demain. Tout ça, tout ça. Lui aussi se sentait fatigué d'ailleurs. Où était son père ?
Il n'était pas là. Jey cligna, gagné par le vide. Il lui sembla qu'un gouffre voulait l'emporter une fois de plus et qu'une armée de frissons monstrueux et démoniaques allaient le pousser à l'intérieur. Bon sang, où était son papa ? Ses yeux, plantés dans les orbes noires de Severus, s'embrouillèrent sans qu'il n'en ait conscience.
- JEY !" S'écria Maéra et se ruant sur l'enfant. Elle l'enferma dans ses bras et lui caressa le dos. "Chut. On se calme. C'est rien, d'accord. Tu m'entends ? Jey !"
Sirius -qui avait bondit sur le côté- jeta un coup d'œil incrédule à Remus, lequel secoua la tête, prouvant son ignorance. Severus se leva et écarta sa sœur sans un mot. Il saisit l'enfant sous les aisselles et l'emporta avec lui jusqu'au fauteuil. Là, il allongea Jey sur ses genoux, le tout sous les exclamations effarées de Sirius.
- Snape, qu'est-ce que tu penses faire ?!" Cracha le cabot.
Maéra le frappa sur la tête tandis que Remus lui disait très clairement de la fermer. Severus les foudroya du regard et caressa machinalement le dos du petit. Jey se détendit et ferma les yeux.
- Crise d'angoisse, crétin ahuri." Cracha l'ex-mangemort. "Il fait souvent des crises ?"
- Régulièrement." Bafouilla Maéra en s'asseyant automatiquement sur le canapé à côté de Sirius, les yeux braqués sur le môme. "Moins qu'avant. Je n'ai jamais su les gérer, je ne dois pas être assez masculine, je ne sais pas, ma présence ne le calme pas. Harry est le plus efficace, avec Marghan et Joe."
- Pourquoi est-ce qu'il fait des crises d'angoisse ?" Questionna Sirius, le regard braqué sur le môme qui avait -visiblement- prit ses aises sur Severus.
- Trop d'émotions." Maéra ne prit pas la peine de développer. "En tous cas merci, Sev'... tu as un don avec lui. Je crois qu'il t'aime bien, n'est-ce pas Jey ?"
Sirius leva les deux sourcils et Remus s'empêcha de glousser comme un gamin. Cela semblait étrange, comme tableau, et en même temps assez naturel. Le loup-garou ne savait pas dire qui était le plus touchant, Jemmy Potter ou Severus Snape ?
Le maître des potions l'assassina d'un regard, le dissuadant de faire la réflexion à voix haute.
- Alors, Jemmy ? Explique nous." Retenta Maéra.
- Papa est en retard." Jey bougea mais ne rouvrit pas les yeux, se calant juste un peu mieux contre Severus, lequel se mordit la lèvre. "Et Dobby pleure sans arrêt. Je le fais pleurer tout le temps même quand je fais rien. Alors Saki m'a envoyé dehors."
Et ceci paraissait être un affront particulièrement important, du point de vue de Jey.
- Dehors ou ici ?" Souleva Maéra.
- Ici." Admit Jey en grognant et ouvrant les yeux. "C'est pas pareil ?" Il regardait Severus.
- Non." Répondit l'homme, quoi qu'avec réticence. "Saki voulait que tu sois avec des personnes, que tu ne te sentes pas seul. J'en suis... persuadé. Il préférerait sûrement être ici avec toi."
Jemmy lui sourit doucement. "Je ne crois pas. Il y a le monsieur fatiguant."
Severus ricana et Sirius protesta. "Je ne suis pas fatiguant !"
- Voyons Sirius, pourquoi te sens-tu visé ?" Le ton de Remus, ouvertement moqueur, fit rire Maéra.
- Et pourquoi Dobby pleurait, d'ailleurs ?" Sirius changea de sujet avec une lourdeur impressionnante. Maéra lui sourit d'un air malin.
- Ben, je lui disais 'tu veux boire", il pleurait. Je disais 'Saki a une chambre' et il pleurait. Je disais 'mon papa c'est Harry Potter' et il pleurait. Je disais... en fait, à chaque fois, il pleurait." Débita Jey, agacé. "Saki ne pleure pas lui !"
Severus échangea un regard avec Lupin et grogna. Pourquoi avait-il pris le môme sur ses genoux, d'abord ? Il n'aimait pas les enfants ! Remus ricana et haussa un sourcil. D'accord, peut-être qu'il aimait bien celui-là. Mais de là à lui faire la leçon...
Jey serra les lèvres, ennuyé. Severus leva les yeux au ciel, vaincu.
- Saki est habitué à vivre ici. Hors de la cité, les elfes de maisons sont maltraités, on ne les aime pas comme tu aimes Saki. Dobby doit simplement être bouleversé face à tant... d'amour." Expliqua Severus en rougissant bêtement au mot amour, sous l'oeil narquois de Remus et l'air sidéré des deux autres. "Comprends-tu ?"
Sirius semblait passablement ahuri par la prévenance de Snape. L'animagus chien essaya d'ailleurs d'échanger un regard avec Remus, mais celui-ci gardait un air entendu dérangeant.
- Je comprends." Jey lui attrapa les mains et les serra fort dans les siennes. "Merci monsieur Severus. Je dirais à mon papa que vous vous êtes occupé de moi et que vous répondez aux questions."
Maéra toussa, cachant un rire.
- Que je réponds aux questions ?"
- Oui, Papa dit souvent qu'il faut bien expliquer aux enfants quand ils demandent, au lieu de leur raconter n'importe quoi et tout." L'éclaira avec sérieux Jey.
- Monsieur Sagesse." Se moqua Severus.
- Non il est pas sage." Gloussa Jey. "Il fait peur tout le temps !"
Maéra toussa plus fort et se dandina, mal à l'aise.
- Il fait peur ?" Répéta Remus.
- Plus que Snape ?" Ajouta Sirius.
- Mon papa est trop fort pour ça !" Jeta Jey avec un réel plaisir. "Même que tous les gens aimeraient bien lui mettre des punitions parfois !"
- Oui bon." Coupa Maéra en réfrénant son envie de se marrer. "En attendant, quel que soit son talent, il est en retard !"
A peine avait-elle dit cela qu'on sonna à la porte d'entrée. Severus se tendit et Sirius jeta des regards frénétiques vers la porte du salon. Maéra leur sourit et disparut par cette dernière, empruntant une fois de plus le couloir menant au hall.
Réponse globale à vos commentaires (parce que c'est mal de répondre en fin de chapitre kuf kuf – mais comme je suis une rebelle, je le ferais quand même...) : Non, j'ai pas honte de couper ici. Je n'ai jamaaaais honte ! Niark niark. A croire que cette fic aurait dû se nommer "l'interminable attente" (tient je retiens ça hum hum). Sinon, pour le "comment Dobby connait Saki", la réponse viendra bientôt ! :) Et pour le relookage de Dobby par Lindiana, je note je note !
Hey Azuli, tu as vu... il est plus long ce chapitre ! :D Hein hein ! (Et moi aussi je suis longue, à recopier... mais chuuut...). Après, sisi, je jure, c'est un Snarry... on dirait pas - à ce stade là- mais en fait si.
Pour une fin heureuse, évidemment, j'adore les fins heureuses... (n'oeils tout pétillants).
En tous cas, merci à toutes et à tous pour vos commentaires. Retour amorcé, en avant toute !
