// Chapitre 10 : Saki, le contrat de Dobby

Ce fut Saki qui leur ouvrit la porte d'entrée. A la vue de Severus, l'elfe trembla et lança des coups d'oeils frénétiques de tous les côtés. Constatant l'absence de Sirius, la créature se détendit et ses énormes oreilles cessèrent de s'agiter. Harry se fit la réflexion que son Saki semblait nettement surmené…

Ce qui n'était pas spécialement pour lui plaire.

- Maître Harry, Saki a préparé le repas. L'étranger reste pour le dîner ? » Babilla l'elfe.

- Et dormir aussi ! » S'exclama Jemmy en se déchaussant. Une fois ceci fait, l'enfant alla inspecter l'elfe sous toutes les coutures. Son inspection terminée, le môme laissa passer un soupir soulagé. « Je suis content que tu n'te sois pas pendu par les pieds mon Saki ! »

L'une des oreilles de Saki battit l'air, signe de nervosité. « Dormir ? Maître Harry ? »

Le dit Maître Harry haussa les épaules, légèrement perdu. Oui, rester dormir… il comprenait le scepticisme de Saki, lui-même ne comprenait pas comment une telle chose puisse être possible. Snape était le frère de Maéra, pourquoi dormait-il chez lui ? Est-ce que tout ça avait la moindre logique ? Le survivant soupira et chassa son trouble. L'homme ici présent –et qui l'observait silencieusement- l'avait déjà beaucoup trop troublé par le passé. Harry n'en était plus là. Il ne pouvait plus en être là !

- L'homme fatiguant dort chez Tante Maéra ce soir. » S'empressa de le rassurer Jemmy. « Monsieur Severus n'est pas aussi agité, tu ne risques rien ! »

Severus haussa un sourcil et échangea un regard amusé avec Harry. Au moment où les deux réalisèrent ce qu'ils faisaient, les sourires disparurent de leurs visages. Harry détourna la tête, gêné, et se déchaussa à son tour.

- S'il vous plait, déchaussez-vous, Saki est très maniaque question propreté. »

N'ayant aucune envie de tenter le diable, Severus obéit sagement. L'intérieur de la maison des Potter, constatait-il, ne ressemblait en rien à celui de Maéra. La décoration mettait en avant des jouets et des dessins plutôt que des plantes, autant de choses témoignant de la présence d'un enfant ici. Aux murs, des tableaux représentaient les divers habitants de Butterfly City. Severus reconnut Joe, Lindiana, Owen, la fille de ce dernier… En avançant dans la maison, l'homme nota la présence de portraits de Jemmy, Harry, Maéra et Saki, concentrés plutôt dans le salon. Le dit salon ne comptait qu'un canapé couleur terre, occupé par un Dobby profondément endormi. Pas le moindre fauteuil. En revanche, des placards habillaient la pièce –beaucoup de placards- ainsi qu'une vitrine remplie d'objets hétéroclites.

Harry suivait l'elfe, acquiesçant vaguement à son incessant babillage, ses yeux attirés par l'autre homme. Severus leur emboîta le pas, toujours dans son étude des lieux.

La cuisine, constata l'ex-espion, semblait excessivement petite et peu fournie en ustensiles. Elle comptait tout juste le nécessaire, une table en bois de 6 places et tout autant de chaises.

- Asseyez-vous ! Asseyez-vous ! » S'emballa l'elfe. « Ici Monsieur ! »

Jey sauta sur sa chaise, en bout de table, et Harry prit place à côté de lui. Severus émergea de ses pensées et accepta de prendre place à l'endroit que lui indiquait, quasi-hystérique, Saki. Soit juste en face du Survivant.

Il avait l'impression d'être entré dans la 3ème dimension. Vraiment. Saki s'assit à côté d'Harry, tout naturellement, et claqua des doigts, faisant passer les plats de la cuisinière à la table.

- Un elfe de maison qui mange à table… » Severus avait du mal à en revenir.

Son expression devait être comique puisqu'Harry ne put retenir un rire. Severus –à son propre étonnement- ne le prit pas mal.

- Saki ne va pas manger par terre. » Indiqua l'elfe, outré. « Saki salirait le sol ! »

Harry se perdit dans une contemplation béate du plafond mais Severus ne fut pas dupe. Difficile d'ignorer les dents blanches du jeune-homme, mordillant et re-mordillant cette jolie lèvre inférieure… Si Harry arrivait à se maîtriser, ce n'était en revanche pas le cas de Jemmy qui gloussait comme un môme dégénéré.

- Une déclaration pleine de logique. » Murmura Severus.

- Les maîtres aiment les pattes à la carbonara ? » S'enquit l'elfe, changeant radicalement de sujet.

- Elles sont délicieuses Saki. » Lui répondit Harry avec un léger sourire. « Mais elles seraient encore meilleures si tu cessais de t'agiter et pensais enfin à manger, comme tout le monde. »

L'elfe de maison se figea et rougit. C'était un phénomène intéressant à observer, jugea Severus. Autant qu'un Harry autoritaire veillant sur sa couvée… Severus cligna, déconcerté par son propre comportement. Est-ce qu'il n'avait pas un peu trop tendance à penser à Potter en tant qu'Harry ? Comment réagirait le jeune-homme s'il savait que lui, l'horrible Snape, ne ressentait aucun dédain à penser ce nom. Qu'il lui semblait même apaisant… qu'il l'avait pensé durant les cinq dernières années… et même avant.

- Raconte à papa ton affreuse journée ! » Jeta Jey. « Saki était tellement fatigué, tu aurais dû voir ! J'ai cru qu'il allait tomber au milieu de la rue ! »

- Ah ? » Harry fronça les sourcils et jeta un regard suspicieux à Severus.

Manifestement, songea Severus, Potter restait Potter…

- Traumatiser un elfe de maison ne fait pas partie de mes passe-temps. » Signala Severus d'un ton amer. « Je ne me sens absolument pas concerné par la remarque. »

Harry fit la moue mais baissa les yeux, soumis. Ce n'était pas des excuses, mais Severus s'en contenta.

- Saki n'aime pas se faire plaindre. » Intervint l'elfe d'un air un peu trop avide pour être sincère. « Mais le maître doit savoir qu'il manque des cases à certains sorciers. »

Harry releva brusquement la tête, comme brûlé par la remarque. « Saki, ça ne se dit pas. »

- Mais l'autre homme l'a fait pleurer ! » Le défendit Jemmy, visiblement scandalisé par ce fait. « Tu te rends compte ? »

Harry se gratta la tête, abasourdi. « Vraiment ? »

- Black a tenté d'étrangler votre elfe. » Glissa Severus en tentant de capturer le regard de l'élu. En vain. Frustré plus que de raison, l'homme se crispa et baissa les yeux sur son assiette.

Saki approuva et raconta –avec force de détails- toutes ses mésaventures de la journée. Mais Harry ne l'écoutait qu'à moitié, captant l'essentiel seulement. La nervosité l'envahissait alors qu'il zieutait du coin de l'œil l'air crispé de Snape. Ce n'était pas tant qu'il veuille que Snape se sente bien chez lui… mais Harry se sentait coupable de son état.

Le jeune-homme essaya de se déculpabiliser. Pourquoi Snape chercherait-il son regard, de toutes façons ? Ils ne s'étaient jamais entendus, non ?

#Ce qui n'empêche pas qu'il t'ait toujours regardé dans les yeux, souviens toi.#

Et c'était vrai… Snape et lui avaient toujours osé s'affronter en face, yeux dans les yeux, communiquant leur rancœur par ce lien visuel. Du moins, ce fut le cas jusqu'à que Harry décide de ne plus plonger dans les orbes noires, lors de sa dernière année à Poudlard.

Lors de sa prise de conscience…

L'elfe, essoufflé, retourna à son repas. Harry délaissa le sien.

Il était difficile de savoir comment gérer l'arrivée de Sirius, Remus et Snape. A bien y réfléchir (parce que oui, Harry sait réfléchir), même cinq ans plus tôt, le survivant n'avait jamais su comment se comporter envers chacun d'entre eux. Snape le méprisait. Sirius avait traversé le voile avant même qu'ils ne se connaissent réellement. Quant à Remus, il restait son « ancien professeur », soit un homme gentil dont il n'avait jamais été proche.

# Trois gars obnubilés par le souvenir de James et Lily Potter…# Songea avec amertume Harry. # Pour qui je n'existais pas vraiment.#

- Le maître n'aime pas ? » S'inquiéta Saki.

Harry sursauta et tenta par tous les moyens de ne pas croiser le regard de Snape. « Je n'ai pas très faim, désolé Saki. »

Jey affichait un air maussade et picorait dans son assiette. Parfois, il lui semblait que chaque émotion de son père le traversait comme un poignard. Comme si un lien s'était établi entre eux deux, des années auparavant. Il lui suffisait de survoler sa posture, la moindre expression de son visage, pour s'imprégner de son humeur.

Le môme soupira et reporta son attention sur Severus. L'homme transperçait son père du regard, constata l'enfant. Jey se sentit étrange face à une telle intensité. Comme si cet homme – Severus- voulait graver chaque trait de son papa dans sa mémoire. Comme lui-même l'avait fait de nombreuses fois…

Il aurait dû être jaloux mais il n'y parvint pas, plus fasciné qu'autre chose par l'attitude de cet homme. Était-il possible qu'on chérisse autant son père que lui le faisait ? Au point de désirer se souvenir à tout moment des moindres plis de son visage ? Même Maéra n'avait jamais fait une telle chose ! Seul Saki le faisait aussi.

Son observation fut stoppée par un mouvement de Saki. L'elfe avait sauté de sa chaise et s'affairait désormais à débarrasser les couverts. Rapide comme l'éclair, Saki leur servit le dessert (une mousse au chocolat) et reprit place à table, les yeux gourmands.

- Qu'est-ce qu'on va faire de l'autre elfe ? » Demanda Jey en se servant maladroitement de sa cuillère.

Saki, à côté, se tendit brutalement. « Dobby est un elfe libre. Dobby est à Butterfly City. Donc Dobby choisit, n'est-ce pas ? »

- Ben… » Jey se lécha le doigt, pensif. « P'pa, qu'est-ce que t'en penses ? »

- Hein ? Penser ? Harry émergea difficilement, un rien à l'ouest. « J'en pense que… » Ses sourcils se froncèrent sous la concentration. « J'en pense que j'aimerais déjà savoir ce que Dobby fait ici. »

Jey se frotta le nez, gêné par la mousse qui y avait élue domicile. Severus leva les yeux au ciel et lui tendit sa serviette, mine de rien.

- Merci Monsieur Severus ! » Et le gamin replongea dans sa mousse.

Harry se racla la gorge et repoussa du mieux qu'il pût l'envie qui le gagnait. Une envie de manger de la mousse au chocolat comme un gosse de 5 ans, de s'en mettre partout, et que Severus lui tende à lui cette foutue serviette.

Ri-di-cu-le. Non ?

- Dobby voulait voir Saki. » Lâcha l'elfe comme si cette simple déclaration allait éclairer la pièce entière. « Saki pense que la mission de Dobby était terminée et qu'il a voulu revenir auprès de Maître Harry. »

- Il a l'air drôlement vieux Dobby. » Remarqua Jey, comme traversé par la pensée. « Avec toutes ses rides ! »

- Non. » Corrigea le seul autre acteur de cette discussion, soit l'elfe. « C'est Saki qui est très jeune. Saki est un enfant, comme Jemmy. »

Le dit Jemmy sentit sa mâchoire se décrocher, estomaqué par l'idée que Saki soit en réalité un enfant. Son regard bovin traduisait parfaitement ce qu'il pensait de cette déclaration. En même temps, réalisa Jemmy, Saki débordait toujours d'énergie et jusqu'à aujourd'hui, il lui avait même parut inépuisable ! Les autres elfes qu'il connaissait, en revanche… Par exemple Merine, l'elfe cuistot du Voile, adoptait une attitude sage et posée en permanence. Il ne l'avait jamais vu sauter sur les tables ! Elle devait bien faire une à deux tailles de plus que Saki qui –à côté d'elle- pouvait même paraître minuscule. N'étant lui-même pas bien grand, Jey avait écarté la thèse d'un Saki plus jeune que ses compères.

A tort.

- Dobby est le cousin de Saki. » Révéla l'elfe en rougissant. « Saki n'a que 6 ans, Dobby doit en avoir… au moins le double ! Ou le triple ! »

Jey en laissa tomber sa cuillère pleine de mousse au chocolat et Severus disséqua l'elfe du regard, intrigué par ce que cachait tout cela… Harry, lui, se contenta de s'essuyer la bouche, l'air non-concerné et parfaitement détendu.

- Donc, Dobby a envoyé son cousin veiller sur son cher Harry Potter. » Résuma Severus. « Cela n'a pas l'air de surprendre le Maître des lieux, comme c'est étrange. »

Le dit maître des lieux rougit et recula dans sa chaise, cherchant une réplique, une échappatoire, n'importe quoi qui puisse démentir les propos de Snape. Et ses soupçons. Bizarrement, rien ne lui vint.

- C'était dans le contrat de Dobby. » Expliqua Saki avec surprise. « Maître Harry était forcément au courant puisque c'est lui qui a contracté cet accord magique avec Dobby. Harry Potter veille sur Saki, l'élève et Dobby veille sur… »

- SAKI ! » Harry s'était levé, brusquement, son regard foudroyant le pauvre elfe de maison. « Il est l'heure pour Jey d'aller dormir. La discussion est close. »

Saki secoua frénétiquement ses grandes oreilles, stressé. Son air mi-coupable, mi-incertain (comme s'il ignorait ce qu'il lui était reproché) piqua l'intérêt de Severus, plus encore que l'échange précédent.

Il y avait quelque chose de louche là-dessous. En un sens, cela le rassurait un peu, parce qu'il y avait toujours quelque chose de louche avec Potter, et qu'au moins ceci n'avait pas changé.

- Saki est désolé. Maître Jemmy a terminé ? » Couina Saki en s'agitant.

- Dobby devait veiller sur qui ? » Relança Jey, clairement curieux.

Saki lança un coup d'œil nerveux à Severus et se balança d'un pied à l'autre. Harry, crispé, fit signe à son fils de se taire.

- Saki ne s'en souvient plus. » Osa l'elfe de maison. « Maître Jemmy a école ! Au lit ! Maître Harry a donné un ordre ! »

- Mais… »

- Ne discute pas Jemmy. » Siffla le survivant. Le môme se renfrogna mais sembla enfin saisir le message.

- Le monsieur dort dans ma chambre. » Rappela l'enfant avec une moue.

- Saki va installer une couchette ! » Hurla presque l'elfe, content de changer de sujet. « Pendant que Maître Jemmy et le Monsieur Snape vont se brosser les dents, Saki va s'occuper de tout ! »

Harry se passa une main dans la tignasse, fatigué, et pris sur lui pour débarrasser la table. Jey se lava les mains, la tête basse.

- Inutile de bouder mon ange, l'heure du coucher ne changera pas. »

Jey rougit doucement et leva un regard inquiet vers son père. « Saki va devenir hystérique. » Et ce grand mot dans la bouche de Jey rendit Harry horriblement fier. « Le pauvre. Il fait déjà que bouger dans tous les sens, et tu as vu comment il se triture les mains, hein ? »

Harry haussa les épaules, incertain, puis tourna son attention sur Severus. « Vous avez le nécessaire Snape ? »

Celui-ci sortit de sa poche une malle miniature, l'air entendu. « Je ne suis pas un débutant, Potter. »

Jey fixa l'homme, interpellé. « Moi aussi, je m'appelle Potter, Monsieur. Pourquoi vous n'appelez pas papa Harry, comme vos amis ? »

- Mes… amis ? » Snape grogna, visiblement horrifié par l'idée. « Aucun de ces dégénérés n'est mon ami. »

- Mais mon Papa s'appelle quand même Harry. »

Le dit Harry sembla profondément mal-à-l'aise, alors que Severus –lui- haussa juste les sourcils, amusé. « J'essayerais de m'en souvenir. »

- Je pourrais vous le rappeler Monsieur Severus. » Proposa naïvement Jey.

- Jey, arrête d'incommoder Monsieur Snape. »

L'enfant acquiesça rapidement et attrapa très naturellement la main de Severus, comme si –à présent- un lien fort les unissait. Severus cependant ne semblait pas du tout en avoir pris conscience, au vu de son air stupéfait.

- Venez Monsieur Severus, je vais vous montrer ma chambre ! »

Et Jey emporta l'homme à sa suite. Lorsqu'ils furent montés à l'étage, Harry s'autorisa à respirer de manière plus convenable. Il ne savait pas pourquoi Snape jouait à ce jeu avec Jemmy, mais cela ne lui plaisait qu'à moitié. Snape n'aimait pas les mômes, non ? Outre sa haine –évidente- pour lui, Snape n'avait jamais montré de gentillesse envers n'importe quel élève. Sauf Malfoy.

Jey ne ressemblait pas à Malfoy, et il n'était pas le fils d'un mangemort, il était son fils à lui, Harry Potter. L'attitude du maître des potions ne suivait aucune logique. Quand bien même l'homme aurait décidé de tolérer Jey… était-ce une raison suffisante pour se laisser emmener par ce môme de huit ans sans protester ?

Harry se laissa tomber au sol et se prit la tête dans les mains. Le survivant pouvait déclarer sans mentir avoir changé en cinq ans. Son rôle de père, conjugué à son devoir d'élu –qui même à Butterfly City s'était rappelé à lui- l'avaient transformé en un homme. Mûr, sérieux, adulte. Du moins le pensait-il jusqu'à présent. Mais de toute évidence, ses élans pour Severus Snape n'étaient pas enterrés suffisamment profondément et Harry se sentait presqu'aussi inconfortable qu'une midinette en la présence de cet homme.

Maéra la savait pertinemment et il pouvait déjà imaginer tous les stratagèmes qu'elle monterait pour le pousser vers son précieux frère. Un frère qui le méprisait depuis toujours.

Pourquoi, lui, aurait-il changé ? Harry se mordit furieusement la lèvre, un tantinet énervé. Il avait été impossible de faire entendre à Maéra que Severus Snape était un homme amputé du cœur. Un bâtard ne souhaitant que sa mort prématurée. Maéra préférait assurer qu'elle croyait en son frère, même si elle ne le connaissait pas beaucoup. Peut-être n'avait-il pas assez insisté sur les sentiments de l'homme à son égard. Pour le reste, il ne l'avait jamais jugé. Peut-être Snape pouvait il être sympathique, hors de sa présence. Il devait l'être, au moins un peu. Sinon, pourquoi Dumbledore l'aurait-il autant aimé et protégé ?

De toutes façons, il n'avait jamais râlé très fort à propos de Severus. Maéra avait le droit d'aimer son frère et Harry avait même participé activement à monter une belle image de l'homme pour elle. Ca n'avait pas été difficile, après tout il avait été amoureux de l'espion. Le seul point qu'il ne voulait pas lâcher concernait cette aversion de Severus pour lui. Snape ne l'avait jamais apprécié, un point c'est tout.

Harry pria fort pour que Maéra ait oublié la raison pour laquelle il l'avait contacté la première fois.

En attendant, il ne fallait surtout pas que l'homme pénètre dans sa chambre. Question d'honneur.

- Saki ! » Souffla Harry d'un ton pressant. « SAKI ! »

L'elfe apparut aussitôt.

- J'ai un service à te demander. »

- Tout ce que veut le Maître ! » Lança vivement la créature, les yeux brillants d'envie.

- Il ne faut pas que Severus Snape essai d'entrer dans ma chambre, sous aucun prétexte. Est-ce que c'est compris ? »

L'elfe acquiesça précipitamment et afficha un grand sourire.

- Saki surveillera le Monsieur Snape. Saki ne le laissera pas entrer dans la chambre du Maître ! » Promis l'elfe.

- Merci Saki. » Chuchota Harry avec soulagement. « Montons, va. »

Sautillant, c'est aux côtés de son Maître Harry que Saki –le plus précieux et sûr allié qu'il fut- monta les marches de l'escalier.


Severus agrandit sa malle et en sortit tout le nécessaire. Jemmy, à ses côtés, regardait sa baguette avec envie.

- Moi je n'ai pas encore le pouvoir pour le sceptre. » Confia le garçon en rougissant. « Je l'aurais bientôt. »

Severus haussa un sourcil, pas certain de comprendre. « Sceptre ? »

- Oui, pour la magie. » Bafouilla le môme. « Mais c'est dur. »

L'adulte secoua la tête. « Peux-tu faire un effort gamin ? Je ne comprends pas de quoi tu parles. »

Le garçon grimaça et tira une chaîne en argent de sous son haut. Un pendentif pendait au bout de la chaîne mais Severus ne su pas dire immédiatement de quoi il s'agissait. Jey l'enleva et –après un moment d'hésitation- le lui tendit. Severus s'en saisit avec précaution et l'étudia plus attentivement, curieux. Une vague de pouvoir s'échappait de l'item qui –s'il s'en remettait à ses connaissances- avait bien la forme d'un sceptre.

- Qu'est-ce que c'est ? » Souffla l'homme, intrigué. Le pouvoir provenant du pendentif ne le repoussait pas, mais ne l'appelait pas non plus. Il glissait simplement avec indifférence sur lui, comme s'il n'était pas concerné par cette magie là.

- Son sceptre. » Répondit Harry en entrant dans la pièce. Il adressa un regard de reproche à son fils. « Jemmy, ne confie pas ton sceptre à n'importe qui, je ne l'ai déjà dis il me semble. »

N'importe qui ?! Severus pinça les lèvres, subitement coléreux. Se vexer maintenant n'était certes pas une bonne idée, mais il ne pouvait pas supporter que Potter le prenne de haut, lui cache des choses ou encore l'ignore. Et Potter se comportait ainsi bien trop souvent à son goût.

- Je ne suis pas n'importe qui, Potter. » Grinça l'espion en croisant les bras, se donnant l'air plus boudeur qu'imposant.

Harry cligna et rougit, déstabilisé. « Bien sûr que non, vous n'êtes pas n'importe qui ! Mais… »

Étrangement, Severus se sentit se détendre face à cette simple affirmation. L'élu ne continua pas sa phrase mais Severus s'en fichait éperdument. Seul le début comptait. Leurs regards s'accrochèrent, les plongeant chacun dans la contemplation de l'autre. Radouci, Severus tendit l'item à l'enfant.

- C'est l'équivalent de nos baguettes. » Tenta de se rattraper Harry, mais le regard de Severus –posé ainsi sur lui- le mettait dans tous ses états. « Il est –euh- miniaturisé. »

- On doit avoir le pouvoir pour s'en servir ! » L'aida Jey. « Sinon, c'est pas possible. »

Severus fronça les sourcils, ses yeux inquisiteurs cherchant des réponses dans ceux émeraudes de son vis à vis. « Le pouvoir ? »

- Ils apprennent à miniaturiser et agrandir les choses grâce à la magie naturelle. C'est à dire sans baguette. C'est un moyen de… » Harry sembla buter sur les mots à employer. « …de les habituer à leur magie elle-même, en quelques sortes, plutôt qu'à l'objet qui sert de catalyseur. »

- Donc tant qu'ils ne sauront pas redonner à ce sceptre sa taille d'origine, les enfants d'ici ne pourront pas s'en servir. » Résuma Severus, fasciné.

- Exactement. » Approuva Harry avec un sourire qui fit trembler l'autre homme. « Maéra utilise un sceptre aussi, comme bon nombre d'habitants ici. »

Harry s'extirpa à contre cœur du regard de Severus et sourit à son fils. « Brosse toi les dents, mets toi en pyjama et attends nous dans ton lit. »

- Nous ? » Souleva Severus en frissonnant. Est-ce que ce mot lui avait toujours parut si excitant ? L'homme se secoua les neurones et chassa les pensées dérangeantes qui l'envahissaient. Le moment viendrait…

- Oui, nous n'en avons pas pour longtemps. Suivez-moi. » Le ton déterminé d'Harry ne laissait pas de place à la discussion. Le jeune-homme entraîna l'aîné dans le couloir et indiqua la seule porte blanche du doigt. « Ici, vous avez la salle de bain. En face, les WC. » Il l'entraîna un peu plus loin. « Ici, mon bureau. En face, cette porte noire… c'est celle de ma chambre. »

Un tic nerveux prit le maître des potions alors qu'il avisait la porte fermée. Harry n'y fit pas attention et continua. « Il est interdit d'y entrer, sous aucun prétexte, Saki est très attentif à cette consigne… mais je suppose que je peux vous faire confiance. »

- Vous y cachez des cadavres Potter ? » Souffla Severus, maintenant agacé.

Harry décida de ne pas lui répondre. « Au bout du couloir, vous avez la bibliothèque. En fait, il s'agit surtout d'un petit salon. » Le jeune-homme hésita légèrement et baissa les yeux. « Je sais que vous n'allez pas rester mais, si l'occasion se présentait, je veux dire si vous étiez ici pour une raison ou une autre, il vaut mieux que… »

- J'ai compris, Harry. »

Le ton doux et amusé fit frissonner le concerné. « Bien. Je ne vous retiens pas plus. » Et le brun tourna les talons, fuyant nettement en direction de la chambre de Jemmy. Severus décida de lui laisser un peu de temps avant d'y revenir aussi. Au moins quelques secondes d'avance. Quand il entra finalement dans la pièce, Harry embrassait son fils sur le front. L'homme attrapa un pyjama dans sa malle et se glissa dans la salle de bain, les laissant à ce moment d'intimité. Lorsqu'il se fut changé, Harry avait disparu, ne restait que Jemmy lui souriant de toutes ses dents.

- Il vous va bien votre pyjama. » Complimenta le môme. « Vous êtes très beau. Papa penserait la même chose. »

Abasourdi, Severus renonça à lui faire remarquer que son pyjama –noir et simple- n'avait rien d'extraordinaire. Et surtout qu'il n'était pas beau, loin de là.

Malheureusement. La beauté, même si considérée superficielle, était toujours moins encombrante qu'un nez crochu…

- Bonne nuit Monsieur Severus. » Souffla Jey en fermant les yeux.

- Bonne nuit Jey… »

Et son surnom, dans la bouche de cette homme là, fit bondir le petit cœur de Jemmy.


A suivre :p


Réponse aux commentaires des non enregistrés

xX-Khiri-Elle-Xx : Trop court, toujours et toujours, je sais. Pour les cours d'Harry (et la façon dont il les donne), ils en parleront (faut bien s'marrer un peu !). No soucis ! :D En tous cas merci pour ton commentaire, j'espère ne pas trop te frustrer... (Le jet de tomates est toujours possible, sinon, ça ne me gêne pas, j'adore les tomates !).

Gwladys Evans : Merci pour le commentaire ! :D Et si le fait que tu râles est significatif de ton intérêt... alors vas-y, donne t'en à cœur joie ! (J'aime bien les râleurs de toutes façons :p)

Zarakinel : Me souviens plus si je t'ai répondu... dans tous les cas, merci pour le commentaire :)

Chacha : Le Snarry est enclenché ! :p Enfin... logique, puisqu'ils sont enfin en présence l'un de l'autre... Ravie que tu apprécie cette fic :) Merci merci merci !

YAMIA : Merci beaucoup, je suis ravie que ça te plaise. Pour la vitesse, j'ai arrêté de promettre (trop de contre-temps ennuyeux !) mais je t'assure que cette histoire ira jusqu'à sa fin ! :)


J'espère avoir répondu à tous les autres. Encore merci pour tous ces commentaires (c'est ahurissant, je n'en reviens pas). Je suis tellement contente que vous appréciez cette petite histoire :)

A bientôt :)