In Colours---source propriété J.K. Rowling
--- texte Xunaly
Rouge sang
Le devoir.
C'est peut être là un mot que j'affectionne plus que de raison. Il résume à lui seul une vie, la mienne, peut être celles d'autres mais cela ne m'intéresse en rien. Il est tout à la fois, demeure implacable, méprisant de tout son lettré ces autres notions qui ne peuvent rien contre lui. Arrogant, fier, qui me laisse à chaque fois ce goût de fiel dans la gorge. Capricieux, qui s'est se fait haïr autant qu'aimer, parce que je le déteste sans pour autant m'y opposer et qu'à chaque instant il sait me tirer quelques sourires tendancieux.
Oh je hais ce mot tout autant qu'il m'est indispensable. Parce qu'à lui seul il explique chacun de mes actes, m'excuse sans honte mon comportement et mes objectifs. Je n'ai que lui à l'esprit, il est mon guide, mon exécutoire ; que je mesure mes actions sur son modèle dans le seul but de remplir toutes les conditions nécessaires pour n'en tirer que plus de fierté. Qu'il pèse sur mes épaules et m'étreint avec cette même dureté qui le définit, qu'il me retient et me libère tout autant, le devoir m'étrangle et je me laisse mourir pour lui.
Connerie.
Mais qu'ils en soient tous assurés je m'effondrerai dignement, je ne supplierai pas. Eux dont l'orgueil ne tient plus à présent qu'à baiser son ourlet, qui m'entraîneront avec eux et me plaqueront le front à terre, qui oseront me faire plier face à lui. Qu'ils volent des vies en l'honneur d'un sang à leurs yeux inestimables, sans comprendre que lui aussi peut venir à manquer. Ce ne sont que des pantins soigneusement contrôlés auquel j'appartiendrai bientôt. Mais je me veux de ne pas oublier qui j'étais à défaut de pouvoir le demeurer.
Tout ce que j'ai pu dire ou faire, par simple volonté autre que de remplir ce devoir qui a tant dicté ma vie. Frapper ta belle gueule d'enfoiré, par exemple, pourrir encore un peu ta vie avant que je ne m'en aille, ne plus te laisser en paix...que tu goûtes toi aussi à cet abus de pouvoir sur ta personne. Voilà mon propre devoir, mon orgueil de cœur et non de race, celui qui me pousse chaque fois davantage à te détruire, qui me hurles de te faire sombrer, d'entraîner dans ma chute un petit souvenir de toi. En tant que ton ennemi le plus personnel, je te dois bien cela.
Et quel plaisir plus grand que celui d'imposer mon contrôle sur toi ? Je suis seul à pouvoir m'en vanter, de tous ces autres abrutis contre lesquelles tu te débats. Ils ne sont rien, ou ne seront bientôt plus, comme lui. Ils pensent pouvoir t'atteindre, te frôlent sans jamais parvenir à te frapper. Ce que pourtant je fais même à l'instant.
Le mur est dur, n'est-ce pas Potter ?
Ne répond pas, qu'est-ce que j'en ai à foutre après tout ? Que tu ais mal ou que je te fasse du bien, tu dois bien être masochiste sur les bords, je ne suis là que pour me défouler un peu. Remplir mon devoir, le mien, celui que je m'accorde et non que l'on m'impose. Cogner encore ta sale face, me dire qu'ainsi tu m'appartiens un peu, toi le pathétique Sauveur de l'humanité. Et toujours en moi, cette envie de te contrôler, briser ce sourire que tu parviens à arborer chaque jours avec plus de force.
La confiance te tuera, mon petit Pote-Potter ! Il va te baiser si tu continues à te surestimer ainsi, et je t'en voudrais de te faire avoir aussi bêtement. Tu es mon ennemi après tout, mon putain d'ennemi pour qui je m'abaisse à nier mon don de sorcier pour éclater ta gueule de balafré. Mais avoue que cela est beaucoup plus plaisant. N'aimes-tu pas que je te touches ainsi ? Sentir ta respiration s'emballer, n'est-ce pas appréciable ? Nous jouons franc jeu à chaque fois ainsi, tu le sais comme moi, Potter. Que les autres croient bénéficier de ton aura, d'une miette de leur héros, je m'en bats. Parce qu'ici et maintenant tu n'es qu'à moi. Je suis seul à pouvoir te soumettre, te mettre à genoux.
Si tu savais à quel point cela me rend vivant. De t'entendre geindre, blessé dans ton amour propre ; le summum serait de te tirer des larmes de rage... Oui tu te débats, mais tu as beau tenter, ma poigne est de fer où tu ne fais que te couler davantage. Dont tu ne peux pas t'échapper, parce qu'entre nous, tu ne le veux pas n'est-ce pas ? Tu es bon ou stupide ? Peu m'importe, mais nous savons tous deux qu'à la fin je suis le seul à gagner, tirer profit de mes avantages pour avoir le dessus. Et toujours je demeure le vainqueur sous tes yeux verts qui triomphent et me laissent cette impression d'être cependant le véritable perdant. Ces yeux que je hais parce qu'il y a cette flamme que je n'aurai jamais qui y brille.
Arrogant. Même échoué à mes pieds faut-il que tu me défies encore. Tu es définitivement stupide, c'est même bien pire que je ne le pensais. Tu ne t'en sortiras pas en demeurant ainsi Potter. Ce n'est pas une misérable fierté qui te préservera de lui. J'en ai la preuve à l'instant même...
Regarde-moi.
Moi et mon devoir. Regarde-moi m'étouffer de tes grands yeux verts, en dominateur. Moque-toi de mes faiblesses qui demeurent sous une couche d'omissions. Rie de mes mensonges et ce qu'ils m'ont conféré : quelques instants de survie pour des années de mort. Trouve-là de quoi tirer leçon et deviens plus fort, parce qu'il n'y a que contre toi que je peux me résigner à perdre. Ne le laisse pas me tuer. Je n'en ai aucune envie. Et donne-moi de quoi me permettre de t'attendre. Un peu de ton souffle cela suffira bien,...
De ton goût de vainqueur pour oublier mes propres défaites.
Une p'tite note : Je pense clôturer définitivement cet ensemble sur ce dernier one-shot. L'idée d'un relatement des faits du point de vue d'une troisième personne m'a bien traversé l'esprit mais je préfère demeurer aux deux personnages qui m'intéressent le plus. Soit, ici.
Je sais qu'il n'y a dans ces textes que beaucoup de réflexion et d'introspection sans réelle prise d'appui dans le récit. C'est volontaire. Je tenais à aborder un autre genre d'écriture plus éloignée du "live" pour parvenir à une autre dimension plus réfléchie. Si vous préférez, j'avais envie de faire du triturage de cerveau quant à ces deux personnages et ceux qui auraient pu les pousser à se rapprocher ainsi davantage. Bien sûr, cet ensemble ne demeure là qu'une hypothèse bien ridicule face aux nombres de possibles mais j'ai pris quand même bien plaisir à le rédiger.
Sur ce, en espérant ne pas vous avoir ennuyer.
Bonne soirée.
