L'attrait du danger


La rumeur m'était arrivée bien sûr. Comme tout ce qu'il se passait au Capitole. Une rumeur dangereuse mais passionnante ! Un nom, un seul courait sur toutes les lèvres. Rose. Un nom assez étrange, pour une femme tout aussi mystérieuse, dont on disait ni plus ni moins qu'elle était l'amante du président Snow. Une rumeur croustillante, vous n'en douterez point ! Forcément, en entendant quelque chose d'aussi passionnant et dangereux, je ne pouvais m'empêcher d'être heureux. C'était une rumeur si intéressante, si passionnante et qui se répandait avec une vitesse incroyable. Le président Snow allait devoir y faire face, et la démentir ou la confirmer… C'était ce moment-là que j'attendais surtout, cette confrontation finale entre le bruit du peuple et la vedette visée. Parce que c'était généralement à ce moment que j'entrais en scène.

Mais cette fois-ci, les choses se passèrent différemment. Je n'aurais pas dû être étonné en vérité : nous parlions ni plus ni moins du président, cela ne pouvait pas être quelque chose d'ordinaire… Et en effet, cela fut pour le moins surprenant !

Alors que je rentrais d'une interview de quelque célébrité en vue, j'appris de mon serviteur que quelqu'un m'attendait dans mon bureau. Imaginez ma surprise, sachant que je n'attendais personne et que je n'avais donné mes clefs à personne non plus ! Je me précipitais dans le lieu-dit pour me retrouver, évidemment… face au président en personne. C'était la première fois que je le voyais en « vrai », dans un cadre non-officiel. Et la raison de cette venue m'échappait totalement.

- Flickerman, j'ai besoin d'un service de votre part.

J'étais surpris, bien sûr. Qui ne l'aurait pas été à ma place ? Le président Snow, demander une faveur ? Impensable !

- Vraiment ? Et en quoi puis-je aider le Président ?

Il n'a pas répondu immédiatement, me sondant d'un regard glacial auquel je répondais avec un sourire commercial. C'était évidemment un acte d'une insolence qui pourrait me valoir une perte d'emploi… Ou pire encore. Mais la tentation était trop forte pour que j'y résiste. Le danger de la situation me plaisait et je voulais en profiter au maximum.

- Vous savez qu'une rumeur circule à mon sujet…

- Vraiment ?

- N'essayez pas de prétendre, vous savez tout ce qui se passe au Capitole et la rumeur à mon sujet aussi.

- En effet… Une certaine… Rose, c'est exact ?

Il ne répondit pas, se contentant de hocher la tête à mon intention.

- Et qu'attendez-vous de moi ?

- Que vous fassiez taire cette rumeur.

Dès cet instant, les choses commençaient à devenir intéressantes. Parce que lorsque quelqu'un demande une chose pareille, c'est forcément qu'il se sent coupable de quelque chose, vous en conviendrez. Donc s'il voulait à tout prix faire taire cette rumeur…

C'était forcément que cela n'en était pas une. Cette conclusion me tira un sourire de victoire. Je venais de découvrir une faiblesse au président. Il était donc humain !

- Hum… Et pourquoi ferais-je cela ?

- Parce que sinon vous le regretterez !

L'emportement du président ne faisait qu'augmenter ma certitude d'avoir touché un point sensible. Je pouvais gagner le jeu avec un peu d'efforts. Un jeu dangereux, mais passionnant dans ce monde de paillettes et d'illusions.

- Mon cher Coriolanus, je ne pense pas que des menaces nous mènerons où que ce soit. Après tout, si vous me tuez, qui taira cette rumeur ?

- Il y en a d'autres que vous, Caesar, ne vous croyez pas si unique !

Je me suis mis à rire, l'air sûr de moi. Je ne l'étais pas tellement, en vérité, mais l'important, c'était de préserver les apparences... Tant qu'il pensait que je n'avais pas peur de ce qu'il pouvait me faire, il ne pourrait pas m'atteindre. Même si au fond de moi, je ne me sentais pas si sûr de ma position de sécurité. Il pourrait aussi simplement décider de laisser aller cette rumeur et de me tuer… Dans ce cas, c'était très mal joué de ma part. Mais que voulez-vous ! L'attrait du danger…

- Dans ce cas, pourquoi êtes-vous venu me voir, plutôt qu'un autre, monsieur le président

Tout était dans la provocation. J'étais alors survolté, et j'aurai pu sauter partout sous l'effet de l'adrénaline. Mais je me suis contenu, cherchant à voir la réaction de mon interlocuteur. Il se tenait silencieux, semblant peser le pour et le contre. J'avais donc une chance de m'en sortir, voire même de bien m'en tirer…

- Bien. Qu'est-ce que tu veux, Caesar ?

Sa réponse me surprit. Je ne m'attendais pas à ce qu'il cède aussi facilement. Cela ressemblait presque à un piège à vrai dire… Il valait donc mieux que je me méfie. Que j'agisse prudemment, pour rester en vie et garder mon atout.

- Qu'est-ce que je pourrais bien désirer ? N'ai-je pas déjà tout ce qu'un homme peut vouloir ? La célébrité, l'opulence…. La sécurité…

Le visage du président se mit à pâlir, ce qui, d'une, était quelque chose d'assez difficile à faire étant donné sa pâleur naturelle, et de deux, signifiait que j'avais touché juste. La sécurité dans mon emploi. Voilà quelque chose que je pouvais exiger de lui. Pouvoir dire ce qui me passait par la tête sur le plateau de télévision, sans en subir la moindre conséquence. Il ferma les yeux en soupirant, savant parfaitement ce que j'allais dire.

- Voilà ce que je veux, Coriolanus. La sécurité.

Il sembla peser le pour et le contre encore une fois avant de rouvrir les yeux et de dire calmement :

- Je vois. J'accepte. Tu auras le droit à une certaine indulgence.

- Une indulgence ? C'est-à-dire ?

Il soupira à nouveau.

- Tes… écarts à propos du Capitole, du gouvernement, de tout Panem… Tout cela sera toléré… Dans une certaine mesure.

Je levais un sourcil interrogateur, cherchant à savoir exactement ce qu'il voulait dire par « une certaine mesure ». Il comprit parfaitement ma demande, puisqu'il y répondit sans même que je la pose.

- Tant que vous travaillerez pour le Capitole, vous serez intouchable.

J'ai incliné la tête respectueusement en signe de remerciement.

- Au fait, monsieur le président… Était-elle vraie, cette fameuse rumeur ?

Il ne répondit pas, mais me regarda droit dans les yeux. Et dans ce regard, il me disait tout ce dont j'avais besoin de savoir.

- Je vois.

J'ai souri. J'avais gagné ce combat. J'étais victorieux. Bien sûr, il y avait une contrepartie, mais si simple en vérité… Éteindre une rumeur, rien de plus simple ! Le président se retira alors sans plus rien dire, tandis que je savourai fièrement ma récompense. Sans le savoir - ou sans doute le savait-il d'ailleurs - Coriolanus Snow venait de m'offrir un nouveau jouet dangereux mais passionnant. Jusqu'où me serait-il permis d'aller ? C'était quelque chose de tellement excitant à découvrir... Que voulez-vous, l'attrait du danger…

x

C'était il y a une dizaine d'années, et pourtant, il me semble que c'était hier. J'ai su profité du cadeau qui m'était offert. Une remarque par ici, une autre par là… Des remarques de plus en plus insistantes, de plus en plus précises et de plus en plus dangereuses. J'aimais cela. J'aimais sentir cette excitation suivant ces remarques. Savoir comment il allait réagir. Savoir si j'avais dépassé les limites ou non. Ce genre de choses….

D'autant plus qu'aujourd'hui, j'ai le droit à deux nouveaux jouets particulièrement intéressants. Katniss et Peeta. Deux jeunes gens pas comme les autres. Prêts à se rebeller dès que l'occasion s'en présentera. De quoi pousser encore les limites de cet acquis.

Mon seul regret, c'est que je n'ai jamais pu rencontrer cette fameuse Rose. Pourtant, j'aurais tellement aimé pouvoir la connaître, la remercier. Après tout, c'est grâce à elle que j'ai acquis tant de pouvoir… Je me demande à quoi elle peut bien ressembler…