Avertissement : Présence d'une scène pouvant heurter les âmes sensibles et pudibondes. Cette scène est signalée par le premier et le dernier mot en gras.
Bonne Lecture !
~ Chemins de traverses ~
Chapitre 3 : Errances
La porte s'ouvrit laissant entrer Sasuke, éreinté par la longue marche qu'il venait d'effectuer et les combats qu'il avait menés au pays du Fer. Le jeune homme referma le battant avant d'appuyer son dos sur le bois sombre, satisfait d'être enfin arrivé à bon port. Rejetant la tête en arrière, il fixa un regard las sur le plafond inégal du réduit qui lui servait de chambre, faisant jouer avec précaution les muscles noués de ses épaules.
Il se dirigea finalement vers sa couche, sortant le lit escamotable du mur. C'était un simple futon posé sur une planche, une couverture grise et râpeuse soigneusement pliée en quatre dessus. Il s'allongea sur le matelas dur aux draps rêches qui sentait le renfermé, ne prenant même pas la peine d'allumer la chandelle posée non loin de là sur un vieux tabouret, préférant rester dans la pénombre.
Ses pensées dérivèrent vers ses anciens compagnons de route, qu'il n'avait pas hésité à abandonner à leur triste sort. Il fit un simple constat : les geôles du pays du Fer devaient sûrement être plus confortables que cette misérable chambre, quand à Karin, et bien... qu'elle repose en paix. Elle avait été au mauvais endroit au mauvais moment et avait eu son utilité. Un soupir s'échappa des lèvres fines du nukenin, qui regretta l'absence d'un minimum de confort.
Depuis quand n'avait-il pas sentit sous son corps un bon matelas bien épais et des couvertures chaudes dignes de ce nom ? D'aussi loin qu'il puisse s'en souvenir, ça n'avait pas été le cas depuis son départ de Konoha. Par un tour perfide de son esprit, lui revinrent en mémoire les moments passés dans le village au sein de l'équipe sept. Leurs bons et leurs mauvais moments, mais surtout... Naruto.
Naruto... et le démon qu'il abritait. A l'époque, il ne voyait que le blond, cet idiot de blond bruyant et remuant, toujours volontaire, déterminé et fidèle à ses propres principes, et qui passait son temps à vouloir le défier. Il n'avait découvert l'origine de la puissance phénoménale de celui-ci que lors de leur affrontement dans la Vallée de la Fin. C'était à ce moment là qu'il avait réalisé d'où venait la solitude du jeune genin turbulent. Il avait alors mieux compris pourquoi les villageois méprisaient autant son meilleur ami.
Les mots de celui-ci résonnèrent encore à ses oreilles, cette promesse d'emporter sa haine avec lui l'avait troublé plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Ce fut sur ces réflexions que le sommeil l'emporta.
~oOo~
Un mois s'était écoulé depuis son combat contre Danzo, et depuis toutes les journées se ressemblaient. Matinal, Sasuke se levait de bonne heure, aimant profiter de la fraîcheur du jour levant pour s'entraîner. Après un petit déjeuner peu copieux, il se détendait sous une douche bien chaude avant de s'isoler sous un arbre pour méditer. Il passait son après-midi à éplucher des parchemins de techniques de combats qu'il n'hésitait pas à tester immédiatement quand elles retenaient son intérêt. Le repas du soir était souvent l'occasion pour lui d'échanger quelques mots avec Madara, puis il s'enfermait dans sa chambre. Bref, Sasuke s'ennuyait.
Quelques grains de sable venaient parfois troubler sa routine bien huilée. Il était de temps en temps tiré du lit par des maux de ventre qui se transformaient en nausées, l'obligeant à courir vers les toilettes qu'il n'atteignait pas toujours à temps, contrariant son souci de la propreté et du rangement. Il faut dire que la cuisine de l'Akatsuki n'était pas de première qualité et les ingrédients certainement pas toujours très frais.
Malgré le peu d'efforts et d'activités qu'il fournissait, il se sentait fréquemment fatigué et avait parfois du mal à récupérer quand il essayait une technique particulièrement éprouvante. Pourtant depuis quelques temps, il dormait bien mieux la nuit, sombrant dans les limbes d'un sommeil sans rêves dès que sa tête touchait l'oreiller, pour n'en sortir qu'au petit matin. Sans doute avait-il surestimé ses forces, accumulant les combats intenses et ne pouvant plus compter sur son sceau maudit depuis son duel fracassant avec Itachi, son frère aîné.
Lors de ses entraînements quotidiens, il éprouvait de temps à autre des difficultés à malaxer son chakra, même pour des techniques basiques qu'il maîtrisait depuis des années. Ce phénomène l'inquiétait, mais il n'avait pas jugé bon d'en parler à qui que ce soit... Si cela perdurait, il faudrait qu'il envisage de consulter un médecin. Bien que cette gêne soit minime, en combat réel elle pourrait devenir un véritable handicap.
Se dirigeant vers la salle commune où il prenait ses repas avec Zetsu et Madara, Sasuke posa soudain sa main sur le mur suintant d'humidité du couloir, un vertige subit le surprenant. Portant une main à son front devenu moite, il sentit ses jambes se transformer en coton. Une vague incontrôlable de chaleur diffuse se répandit dans tout son corps, l'étourdissant davantage et le recouvrant d'une fine couche de sueur.
Sentant son coeur s'emballer, il s'obligea à respirer plus calmement, prenant de profondes inspirations et soufflant longuement après. Au cours du mois écoulé, ces drôles de bouffées de chaleur étaient apparues. Elles étaient rares mais surtout totalement imprévisibles. Petit à petit son malaise disparut, le laissant le corps las et engourdi. Il mit cela sur le compte de l'humidité perpétuelle de la grotte, et peut-être sans doute d'un léger rhume, attrapé à cause des nuits trop fraîches sous sa maigre couverture ou bien des trop nombreux courants d'airs qui sillonnaient l'endroit.
Un peu plus pâle qu'à l'accoutumée, il s'assit pourtant avec dignité et froideur, en face des deux autres habitants du repaire, déjà attablés.
- Tiens Sasuke, justement, j'ai des nouvelles intéressantes à t'annoncer... commença Madara.
- ... Hn ? questionna le brun sans grand enthousiasme.
- Figure-toi que Tsunade a repris sa place de Hokage de Konoha. Elle s'est finalement rétablie, et se porte comme un charme.
- … Hn... le jeune brun ne leva même pas la tête, totalement indifférent.
- Tu es bien pâlichon, Sasuke... tu te sens bien ? s'inquiéta le Zetsu blanc.
- Il est peut-être malade ? suggéra son jumeau noir.
- Peut-être devrais-tu consulter un médecin, poursuivit le blanc.
- Et comment tu veux qu'il fasse ? Il est recherché dans tout le pays... crétin ! conclut le noir.
- Hn... ça va… répondit laconiquement Sasuke, fatigué par les discutions bipolaires de Zetsu.
- Et moi qui pensais justement te confier une mission... Peut-être qu'il vaudrait mieux que Zetsu s'en charge après tout... réfléchit Tobi à haute voix, son unique oeil visible posé sur son descendant, décidément d'une pâleur vespérale.
- Quelle mission ? s'enquit le brun.
- Il s'agit d'une mission de repérage et de recueil d'information, au pays de la Foudre...
- Hn ?
- Je voudrais que tu trouves le jinchuriki d'Hachibi, et que tu récoltes le plus de données possibles sur lui, pour monter un plan de capture efficace et sûr.
- Le jinchuriki d'Hachibi ? Celui que je suis supposé avoir tué ? rétorqua laconiquement le brun, triturant le contenu du bol qu'il venait de se servir avec ses baguettes sans grande conviction.
- Lui-même, reprit Madara d'un ton tranquille.
- Il est vivant ?
- Tout ce qu'il y a de plus vivant.
Sasuke leva un sourcil interrogatif, demandant silencieusement plus d'explications à son interlocuteur.
Madara laissa planer le suspense, prenant le temps d'avaler soigneusement une bouchée de riz puis de déglutir avant de répondre à la question muette de son descendant.
- En fait, le Raikage s'est affolé parce que son frère adoré avait disparu. Et comme tu aurais été aperçu dans les environs à cette même période, il en a conclu, certes un peu trop rapidement, que tu l'avais tué. Alors qu'en fait, Killer Bee avait simplement décidé de prendre un peu l'air et de trouver un nouveau coin pour s'entraîner. Étant un peu tête en l'air, il a oublié de prévenir son frère un peu trop protecteur, expliqua-t-il placidement avec une pointe d'amusement.
~oOo~
Sasuke ferma sans un regret la porte du réduit qui lui servait de chambre dans le repaire, sa cape noire sur les épaules. Sortant de la grotte, il sentit avec plaisir l'air frais s'écraser sur son visage. La perspective de prendre un peu de distance avec l'antre humide et glauque éclaircit quelque peu son humeur maussade. Manger autre chose que les tentatives culinaires franchement médiocres de Zetsu calmerait peut-être ses aigreurs d'estomac, sans compter qu'évoluer au grand air le débarrasserait sans doute du mauvais virus responsable de ses légers soucis de santé de ces derniers temps.
Oui, sans conteste, partir en mission lui ferait le plus grand bien. S'il pouvait en plus avoir un peu d'action et tester ses techniques de combats nouvellement apprises, il le ferait avec joie. L'inaction n'était pas pour lui, vraiment pas. La preuve que rester sans rien faire lui était vraiment nocif : son propre corps protestait énergiquement en lui jouant des tours. En plus, il serait seul, totalement seul. Pas de coéquipière hystérique et collante, ni de coéquipier à forte tendance schizophrène, ni de râleur assoiffé, pour lui faire perdre son temps... Oui, définitivement, cette mission était idéale et tombait à point nommé, il avait grandement besoin d'air et d'action.
Ce fut d'un pas rapide et léger que Sasuke s'engagea sur le chemin de terre qui devait le mener jusqu'au premier village isolé avoisinant. De là, il pourrait sans mal se diriger vers le pays de l'Herbe, et ensuite, il lui faudrait encore traverser cinq pays, avant d'arriver au pays de la Foudre. Un long périple l'attendait, mais cela le réjouissait. La compagnie de Madara et de Zetsu n'était pas des meilleures, et il n'était pas pressé d'être de retour.
L'ironie de la mission portrait à sourire. Il partait, lui, recueillir des informations pour capturer un bijuu dont il avait été accusé, et à tord, d'avoir abrégé la vie du porteur.
- Humpf... fit-il en reniflant dédaigneusement à haute voix, savourant le fait d'être seul avec lui-même, tout en poursuivant ses réflexions alors qu'il longeait la voix couverte de poussière qui le mènerait à la petite bourgade.
Le Raikage devait beaucoup y tenir à son frère pour réagir ainsi, au quart de tour. Si c'était la même chose à chaque fois que le jinchuriki prenait la poudre d'escampette sans rien dire à son frère, ils ne devaient pas rigoler tous les jours au pays de la Foudre. Le regard de Sasuke s'assombrit et son visage se ferma, toute joie ou presque d'être sur les routes et au grand air s'étiolant brusquement.
Une pointe d'envie amère lui perça le cœur. Il aurait aimé avoir eu un frère comme ça, qui se serait préoccupé de lui de cette manière... Konoha l'avait privé de tout ça, obligeant Itachi à devenir un meurtrier et un déserteur, une personne que Sasuke avait détestée toutes ces années durant alors qu'il n'avait fait que le protéger. Konoha, ce nid de vipères et de vautours, qu'il tuerait tous, un à un... quitte à y laisser la vie.
Sa mâchoire se crispa. Il n'avait pas peur de mourir. Il s'était préparé à passer de vie à trépas en affrontant son propre frère... Il vengerait son clan, au prix de sa vie s'il le fallait. Ça ne faisait pas grande différence, seul le résultat comptait. Quelque part, il avait hâte d'en finir et de rejoindre enfin son frère et toute sa famille. Qui, aujourd'hui, se préoccupait de savoir ce qu'il faisait et où il allait ? Personne... Absolument personne. Il avait tout perdu le jour où le conseil avait scellé le destin de son clan et de son frère, et ils allaient payer pour ça !
Mais à peine formula-t-il cette réflexion que l'image candide d'un certain blond intrépide se forma dans son esprit.
"Je ne serais ni un perdant, ni un héros qui aurait ton sang sur les mains. Je trouverais une autre solution."
Naruto... Est-ce que lui s'inquiéterait ? Se préoccuperait-il de lui ou de ce qui pouvait bien lui arriver ? Sûrement... De toute manière, ça ne faisait aucune différence. Ils n'étaient pas de la même famille, ne partageaient aucun lien du sang. Ce n'était pas la même chose, ça ne serait jamais la même chose !
Rien, absolument rien ne pourrait jamais remplacer la perte cruelle dont il avait été victime. Rien ne l'empêcherait d'aller au bout de sa vengeance. Rien ne pourrait jamais compenser la perte de sa famille, massacrée par son propre frère pour le pseudo bien d'un village. Et il allait réclamer à Konoha le prix du sang pour tout ça, et peu lui importait que ce soit celui de Naruto qu'il verserait en premier. Une amitié, quel que soit la profondeur du lien, n'équivaudrait jamais les liens du sang !
Une violente contraction de son ventre stoppa net Sasuke dans ses réflexions sinistres et haineuses. Il n'eut que le temps de quitter le sentier pour faire un pas dans l'herbe que déjà il se pliait littéralement en deux sous la force des crampes. Le contenu de son estomac se répandit à ses pieds alors qu'il hoquetait bruyamment, appuyant ses mains sur ses genoux. Fichu Zetsu et sa saleté de cuisine... Il n'avait pourtant pas avalé grand chose du gruau de riz à l'allure plus que suspecte. Visiblement, le peu qu'il en avait mangé avait suffit à lui retourner les entrailles, encore une fois. Le brun se demanda fugacement comment Madara faisait pour ne pas être malade...
Il s'essuya la bouche du revers de sa manche et attendit encore un peu, les vagues houleuses de son haut le cœur diminuant petit à petit. Il reprit progressivement contenance, fatigué par le malaise. Au final, il avait hâte d'arriver au village. Peut-être qu'un peu de repos et de vraie nourriture ne serait pas du luxe avant d'entamer son long périple. Décidément, son séjour au sein de l'Akatsuki ne lui valait rien de bon et était même pire que son exode chez Orochimaru.
Son malaise passé, le jeune Uchiwa reprit sa route, revenant sur le chemin de terre qu'il avait momentanément quitté. Une brise légère lui caressa le visage, soulevant ses mèches brunes, apportant avec elle une odeur de terre humide. Le soleil dardait de timides rayons dans le ciel nuageux. Le pays de la Pluie portait bien son nom, les jours sans pluie étaient peu fréquents, le ciel restant constamment gris et couvert de nuages, et Sasuke apprécia la douce chaleur de ce jour d'automne.
Le jour commençait à tomber quand il parvint à l'entrée du bourg. C'était un petit village composé d'une seule route qui le traversait et de quelques ruelles adjacentes, ruelles qui étaient presque toutes des impasses quand elles ne menaient pas en plein milieu d'un champ. Les maisons traditionnelles s'alignaient le long de la rue principale, agrémentées ici et là de jardinières plus ou moins fleuries. Seul le nom gravé sur la plaque qui pendait au dessus de la porte distinguait l'auberge du reste des habitations anodines.
Une appétissante odeur de grillade emplit les narines du jeune homme quand il poussa la porte du "Riz qui fume", aiguisant immédiatement son appétit. L'endroit était sobre et chaleureux avec sa petite salle où se dressaient quelques tables rectangulaires. Un escalier qui menait à l'étage, desservant probablement les chambres à louer, était situé à côté d'un comptoir en bois. Une femme plantureuse et souriante salua le voyageur de derrière la large console rustique. Sasuke répondit d'un signe de tête à peine ébauché à ses salutations joviales et prit une chambre pour la nuit, répondant par l'affirmative quand l'aimable aubergiste lui demanda s'il voulait dîner.
La salle d'eau s'ouvrit, laissant un nuage de vapeur s'échapper dans la chambre. Le jeune Uchiwa s'allongea avec délectation sur le lit. La chambre était simple mais confortable. Un lit, une table de nuit et une chaise, c'était là le seul mobilier de la pièce. Mais le matelas était moelleux, la couverture épaisse et douce, et l'oreiller bien douillet. La patronne cuisinait aussi divinement bien, et le brun avait mangé plus que de raison. Il posa sa main sur son ventre, ravi de le sentir bien plein et glissa dans un sommeil sans rêves, détendu et repu.
Le matin vit émerger une tête brune et ébouriffée de dessous la couverture verte qui couvrait le corps pâle de son occupant. Sasuke soupira de contentement avant de s'étirer comme un chat. Le confort d'un bon lit dans une chambre bien isolée et chauffée lui avait été plus que bénéfique. La fatigue qu'il se traînait ces derniers jours s'était totalement envolée. Au souvenir des talents culinaires de son hôtesse, il saliva bien malgré lui, se délectant d'avance du petit déjeuner savoureux qu'il allait pouvoir prendre avant de repartir sur les routes, frais et dispos.
Reposé et parfaitement rassasié, le jeune homme sortit du village, prenant la direction du pays de l'Herbe. Il avait soigneusement choisi son itinéraire. Certes, il aurait pu faire plus court, mais cela l'aurait obligé à traverser le pays du Feu, et il n'avait pas particulièrement envie de prendre le risque de tomber sur l'un des nombreux ninjas de Konoha qui pouvait traîner sur les routes. Surtout qu'avec sa chance, il tomberait forcément sur un shinobi de sa génération, ou pire... un de ses anciens coéquipiers.
Un océan de vert s'étendit sous ses yeux : le pays de l'Herbe... Enfin, il y était. Cela faisait plusieurs jours qu'il avait quitté l'auberge "Riz qui fume", et il n'avait pas cessé de pleuvoir. Il n'en pouvait plus de ce perpétuel crachin. L'eau alourdissait sa cape qui ne le protégeait plus de la fraîcheur ambiante, et les succulents repas que la généreuse aubergiste lui avait offerts quand il était reparti n'étaient plus qu'un lointain souvenir.
Glacé jusqu'aux os, il faisait triste mine tout en laissant enfin derrière lui les paysages crayeux du pays de la Pluie, pour s'attaquer aux étendues herbeuses du pays de l'Herbe, son corps protestant de plus en plus contre l'humidité ambiante. Il ne put se retenir d'espérer que le climat se montrerait plus clément dans sa traversée des étendues vertes, probablement constituées de rizières, qui formaient à présent le décor qui l'entourait.
Prit d'un soudain vertige, Sasuke fut obligé de s'asseoir dans l'herbe humide, n'ayant rien d'autre que le sol pour se soutenir. Ses avant-bras posés sur ses genoux fléchis et son front appuyé dessus, il n'entendit pas le bruit des roues sur le chemin couvert de gravillons alors que le malaise diffus ne semblait pas vouloir refluer.
- Vous allez bien, mademoiselle?
La voix grave et inquiète lui fit lever un regard surpris sur la personne l'interpellant de cette manière.
- Oh ! Pardon jeune homme, je vous avais pris pour une petite demoiselle... Ben dites donc, vous avez pas l'air bien. Vous êtes plus pâle que la mort elle-même !
Son interlocuteur était un homme d'âge mûr, comme en témoignaient ses tempes grisonnantes et les fines rides qui parsemaient son visage buriné. Sur le chemin derrière lui, se trouvait une charrette vide, tirée par un bœuf.
- Où c'que vous allez donc comme ça ?
Tiré de son observation de l'attelage pour le moins désuet par la question dite sur un ton traînant, le jeune Uchiwa répondit à contrecœur, n'ayant de toute manière visiblement rien à perdre à livrer sa destination à un paysan du cru sans intentions particulièrement belligérantes.
- Au pays de la Cascade, répondit il d'une voix atone.
- Ah ben dites donc, c'ti pas la porte à côté ce coin là. Vous en avez encore pour un sacré bout avant d'arriver mon ptit gars.
Sasuke n'eut pas le temps de répondre, un haut le cœur lui souleva brusquement l'estomac. Se détournant précipitamment sur le côté, il vomit, à sa grande honte, dans l'herbe, son ventre refusant de descendre des montagnes russes sur lesquelles il semblait être soudain monté sans le prévenir. L'homme s'approcha brusquement de lui et empêcha de justesse sa cape, déjà trempée, de s'imbiber des substances bileuses qu'il répandit.
- Eh ben... Vous vlà dans un drôle d'état... constata le vieux paysan en lui tapotant doucement les épaules.
Sasuke fut bien en peine de répondre quoi que ce soit, trop pris par les caprices virulents de son ventre qui se crispait à n'en plus finir, l'obligeant presque à se recroqueviller sur le sol sous le regard désolé de l'homme à ses côtés.
La crise finit par passer, le laissant aussi énergique qu'une limace neurasthénique.
- Ben mon ptit père, cte pas dans ct'état là que vous allez avancer... surtout pour une aussi longue route...
- Hn...
- Je vais jusqu'à Kusa. Montez, ça sera toujours ça de moins à faire à pied. Je serai vraiment un homme sans coeur de vous laisser là. Et pis, un peu de compagnie fera plaisir à ce bon vieux Niobé. Ct'une brave bête vous savez, mais elle a pas beaucoup de conversation, acheva le paysan d'un air satisfait.
Sans crier gare, Sasuke fut littéralement levé du sol par une poigne ferme sur son avant bras. Remis sur pied, il ne put qu'acquiescer silencieusement à l'offre faite par le fermier qui l'observait de ses yeux gris délavés, un air circonspect étirant les traits de sa figure parcheminée et avenante. Le brun n'aurait jamais soupçonné autant de force chez la silhouette décharnée, et dans l'état actuel des choses, il ne se voyait pas vraiment refuser.
Le vieillard l'aida à monter à l'arrière de son chariot, lui conseillant de s'installer bien au fond pour éviter de tomber lors du voyage, puis il se remit sur son siège et la charrette repris sa route. Sasuke ferma les yeux un court instant, espérant pouvoir se reposer et récupérer de son malaise. Malheureusement il y renonça vite, dans le noir il ressentait chaque creux et chaque bosse de la route, lui donnant encore plus le mal de mer.
- Ah, ça m'fait penser à quand ma femme était grosse, elle ne supportait plus rien et passait son temps à dégobiller... C'te calvaire ! J'vous l'dis moi, j'suis bien content d'être un homme, jamais ça nous arriverait ça, et c'est tant mieux, z'êtes pas d'accord ?
- Hn...
Pas perturbé par le peu de répondant de son passager, le brave homme continua sur sa lancée.
- Sûr que c'est un sale microbe qu'vous avez choppé ! C'est pas sain tout' c'te pluie et c'te humidité. Faut être sacrément solide pour pas tomber malade dans ce pays ! Et vous, vous avez l'air tout maigre, z'êtes fragile, ça se voit !
Sasuke eut à peine la force de jeter un regard noir et assassin en réponse à celui compatissant de son chauffeur. Au moins, le vieux bonhomme n'avait pas besoin de grand chose pour faire la conversation. Quelques monosyllabes de temps à autre lui suffisaient pour enchaîner sur un sujet ou un autre, entretenant placidement la conversation à lui tout seul. Le jeune Uchiwa l'écouta d'une oreille distraite lui parler de sa femme et de ses enfants, de son travail, de ses amis... bref de sa vie, éprouvant un peu de compassion pour le pauvre bœuf à qui le vieillard avait dû casser les oreilles avec ses monologues quotidiens, assommant de banalités.
~oOo~
Accroupi derrière un buisson, le pantalon baissé, Sasuke se tenait le ventre à deux mains, grimaçant de douleur, alors que ses intestins se tordaient dans tous les sens. Bordel, il était maudit ! Il ne voyait que ça comme explication. Après ses nausées, qui n'allaient pas en s'arrangeant, voilà qu'il avait la courante ! Aucun doute que l'eau qu'il avait bue quelques heures auparavant était responsable de son état. Il aurait dû être plus méfiant, mais il avait si soif.
Il arpentait depuis quelques jours le pays de la Cascade, et les points d'eau potable étaient rares, alors quand il avait vu cette fontaine il s'était empressé d'y étancher sa soif. L'eau fraîche l'avait désaltéré malgré un très léger arrière goût terreux dont il ne s'était pas méfié. Il rougit de honte quand un bruit fort disgracieux sorti de son arrière train. Heureusement pour lui, le coin était désert de toute présence humaine. Il n'aurait pas supporté que quelqu'un le voit, ou l'entende, dans une telle situation. Surtout l'entendre...
Sasuke se traînait donc ses maux de ventre qui semblaient ne pas vouloir le lâcher et se vidait régulièrement d'un côté ou de l'autre, quand il arriva enfin le jour suivant, à la nuit tombée, à la frontière du Pays du Bois, bon an mal an. Le paysage changea petit à petit, se transformant en forêt dense, lui rappelant vaguement celles qu'il avait pu traverser dans le pays du Feu, bien qu'ici les espèces d'arbres soient légèrement différentes.
Normalement, en tant que ninja aguerri, dormir à la belle étoile n'aurait pas dû lui poser le moindre problème. Mais dans l'état actuel des choses, il fut heureux de décrypter des panneaux à un croisement, grâce à une torche fabriquée sur place et allumée par un Katon, qu'il eut d'ailleurs un peu de mal à sortir tant son chakra était fluctuant, probablement à cause de son état de santé détérioré.
Il se remit vivement en marche, empruntant une route détournée de son itinéraire initial, mais qui lui permettrait de tomber sur une petite bourgade où il trouverait non seulement de quoi se soigner, mais aussi de quoi se restaurer, se laver et dormir confortablement, et pour finir, enfin de vraies toilettes. Ce qui dans l'état actuel des choses ne serait pas un luxe superflu. Sasuke grommela dans sa barbe, râlant une fois de plus sur sa malchance et sur le fait que ce qui s'annonçait être une banale mission, se transformait en véritable parcours du combattant.
Un bruit furtif lui fit lever les yeux vers les faîtes des arbres qui bordaient la petite route sinueuse. Sa torche éclaira deux billes qui luisirent dans la nuit comme des perles de verre. Le croassement que fit le corbeau quand, dérangé par la luminosité, il s'envola à tire d'aile, renvoya les pensées de Sasuke vers son frère aîné. Était-ce Itachi qui veillait sur lui depuis l'au-delà par le truchement de l'oiseau, que son aîné avait toujours utilisé ?
L'eau s'écoulait sur le corps finement ciselé, délassant les muscles fourbus, et entraînant la poussière dans le conduit d'évacuation. Adossé à la paroi carrelée, la tête rejetée en arrière, le jeune homme profita pleinement du confort, même rudimentaire, que lui offrait la modeste auberge. Une vague de chaleur se répandit dans tout son corps, celle-ci n'ayant visiblement rien à voir avec le jet cristallin sous lequel il se détendait. Sasuke fronça les sourcils mais se dit qu'il devait sûrement faire un peu de fièvre à cause de tous les menus soucis de santé qui s'étaient accumulés.
Une bonne nuit de sommeil lui ferait le plus grand bien, sans aucune doute, ce fut sur cette pensée que le nukenin sortit de la douche. Levant les yeux vers le miroir accroché au dessus du lavabo de la salle de bain, il eut du mal à se reconnaître. Il était effectivement très pâle, bien plus que d'habitude, et les nuits à la belles étoiles ne lui avaient pas réussi, les ombres sous ses yeux en étaient la preuve.
S'examinant de plus près, il eut l'impression d'avoir perdu du poids. Ses joues lui semblaient plus creuses qu'il y a quelques temps, à l'auberge du "Riz qui fume". Pourtant, ses vêtements lui allaient toujours aussi bien. Décidant que ces considérations de peu d'importance ne lui ressemblaient pas, il sortit de la pièce et se dirigea vers le lit où il s'allongea, appréciant le confort, pourtant sommaire, du matelas. Quelques minutes suffirent pour qu'il rejoigne les bras de Morfée.
Le soleil était haut dans le ciel, illuminant l'orée de la forêt qui lui faisait face. La frontière avec le pays du Son était à un peu moins de quatre jours de marche, mais il s'était éloigné de son itinéraire initial en allant à l'auberge dont il sortait. Rattraper son retard serait facile, il lui suffirait de traverser cette forêt et dans quatre jours il franchirait la frontière. S'il ne coupait pas par les bois, le trajet lui prendrait cinq jours...
Le choix était vite fait, ce fut d'un pas sûr et déterminé que Sasuke s'avança vers les premiers arbres. Il concentra son chakra sous la plante de ses pieds, fronçant les sourcils devant la difficulté qu'il ressentait à exécuter cet exercice pourtant simple, et s'élança sur la première branche à sa portée. Il bondit agilement vers l'arbre suivant, mais lors de la réception, son chakra se perturba et il perdit l'équilibre et bascula en arrière.
Déstabilisé, il tenta en vain de concentrer son flux spirituel dans sa main pour se rattraper à la ramure, et il chuta vers le sol. Réussissant finalement à reprendre le contrôle de la situation en plantant Kusanagi dans un tronc, il s'agrippa à elle et stoppa ainsi son plongeon involontaire à quelques mètres de la terre ferme, où il se laissa gracieusement tomber non sans avoir récupéré son katana.
Rangeant son sabre dans son fourreau, il se redressa et s'épousseta les mains, plissant le front. Levant les yeux vers la cime des arbres qu'il venait de quitter sans vraiment le vouloir, il essaya une nouvelle fois de malaxer son énergie. Un bruit discret détourna son attention de son objectif, baissant ses orbes sombres, il n'eut que le temps d'entrapercevoir un éclair de fourrure rousse. Un renard...
Son cœur se mit à battre plus vite et une sueur froide le transperça, lui glaçant les os. Des images fugaces d'instants honnis et humiliants qu'il espérait avoir oubliés resurgirent dans son esprit, brouillant sa vision. Portant une main malhabile à son front, Sasuke chancela. Les bruits pourtant si familiers de la forêt autour de lui s'intensifièrent, bourdonnant en un amalgame de plus en plus assourdissant et dérangeant à ses oreilles.
Ses jambes se mirent à trembler et cédèrent sous son poids, l'entraînant vers le sol. Il posa un genoux au sol. Quand il releva son regard, une sensation d'étouffement le prit à la gorge. Tout autour de lui, les troncs semblaient l'écraser, assombrissant son champ de vision. Il haleta, cet environnement d'habitude si familier lui apparaissait subitement menaçant, alimentant un profond sentiment de malaise et d'angoisse qui l'ensevelit tout entier.
Un craquement sinistre lui fit porter son attention vers un buisson qu'il distinguait à peine dans les profondeurs obscures de la forêt. Là, le fixant sans ciller, une paire de pupilles animales et incandescentes luisait d'un air diabolique et cruel. Kyuubi... Le rythme de ses palpitations cardiaques s'affola. Un éclair de panique le traversa, le faisant tomber sur son séant. Reculant précipitamment dans cette position, son esprit focalisé sur une seule idée : fuir, il ne prit aucune précaution alors que ses mains s'écorchaient sur le sol inégal.
Se retournant vivement vers l'orée de la forêt, il entraperçut un peu de lumière et un coin de ciel bleu. Il se raccrocha à l'azur qu'il devinait au loin, et se dirigea vers cette vision tout à coup salvatrice. Sortant à-la-va-comme-je-te-pousse de l'enfer vert, devenu l'écrin de cette paire d'yeux méphistophélique, il trébucha sur le bord du chemin qu'il avait quitté un peu plus tôt. Ébranlé, essoufflé, le cœur au bord des lèvres et les mains moites et tremblantes, il resta au sol, prostré pendant de longues minutes.
Il chercha à se reprendre, ne comprenant pas qu'il ait eu une telle réaction, ça ne lui ressemblait pas. Il s'était affolé pour un vulgaire renard et une paire d'yeux... Comment avait-il pu perdre le contrôle de lui-même à ce point ? La seule fois de sa vie où il avait paniqué ainsi, c'était le soir où son clan avait été massacré, et il s'était juré que jamais plus il ne s'affaiblirait ainsi.
~oOo~
Des souvenirs de ses années passées au côté d'Orochimaru lui revinrent alors qu'il s'enfonçait dans les terres du pays du Son. Il avait finalement pris la décision de suivre les routes, évitant les sylves et les grandes villes trop fréquentées. Son voyage n'avait vraiment rien de reposant. Outre tous les soucis de santé qu'il subissait, depuis peu, il avait régulièrement des maux de têtes intenses, qui n'arrangeaient en rien son état général. Peut-être devrait-il envisager sérieusement de consulter un médecin, bien trop fier pour se résigner à cette extrémité plus tôt.
Observant les différents stands de nourriture qui s'étalaient sous ses yeux dans la petite rue commerçante, le brun chercha de quoi se sustenter. Mais rien ne le tentait, pas même son plat favori, les onigiris à l'umeboshi, qui le dégoûtèrent. Le florilège d'odeur qui lui chatouillait les narines l'écœura plus qu'autre chose. La chaleur qui habitait son corps augmenta quand il passa devant les étals où les aliments étaient cuits directement devant les consommateurs.
Un violent haut le cœur le prit quand il vit des poulpes marinés sur leurs brochettes. Portant vivement une main à sa bouche, il s'éloigna précipitamment des stands culinaires, s'engageant dans une ruelle adjacente. Contenant avec peine la bile qui lui montait dans la gorge, il se courba abruptement, s'appuyant d'une main sur un mur à sa portée. Il tenta de faire refluer les vagues acides en prenant de profondes inspirations.
Une violent migraine lui vrilla brutalement le crâne, faisant danser devant ses yeux une myriade de points blancs.
- Uchiwa-san ?!
L'exclamation incrédule fit relever la tête brune rapidement, trop rapidement... Sasuke eut juste le temps d'entrevoir une chevelure grise vaguement familière avant de sombrer dans l'inconscience.
Les paupières fines et ourlées de cils noirs papillonnèrent avec difficulté, offrant une vision brumeuse de ce qui l'entourait. Le décor se fit peu à peu plus précis autour du nukenin. Un visage amène se superposa sur l'environnement méconnu. L'héritier du sharingan tenta de se redresser quand une main douce mais ferme se posa sur son torse, l'obligeant à rester allongé.
- Uchiwa -san, vous avez fait un malaise dans la rue et vous avez brusquement perdu connaissance. Il vaut mieux que vous restiez couché.
La voix lui semblant familière, le malade chercha à mettre un nom sur la figure qui visiblement le connaissait.
- Docteur Tanaka ?
- Effectivement, c'est bien moi. Je vous ai ramené dans mon cabinet pendant que vous étiez inconscient. Maintenant que vous êtes réveillé, je vais pouvoir vous ausculter. C'est la première fois que vous faites ce type de malaise ?
Sasuke soupira doucement, raconter ses soucis de santé ne l'enchanta pas vraiment, même s'il avait une confiance toute relative dans le praticien qu'il avait vu une fois ou deux lors de son séjour chez Orochimaru. Il était compétant et surtout discret.
- … Hmm, jamais au point de perdre connaissance.
- Quels symptômes avez-vous eu exactement ?
- … Sensation de chaud, peut-être un peu de fièvre... nausées... maux de tête... vertiges...
- Vous mangez suffisamment bien ?
- … Ces derniers temps, je n'ai pas vraiment faim...
- Vous sentez-vous particulièrement fatigué ? Des troubles du transit ? Des douleurs ?
- … Fatigué, oui. J'ai eu quelques troubles du transit il y a quelques jours, mais c'est fini maintenant. Parfois des maux de ventres.
- Rien d'autre ?
- … Je ne sais pas si c'est lié mais mon chakra est instable, je n'arrive pas toujours à le malaxer comme je l'entends.
- Depuis combien de temps présentez-vous ces symptômes ?
-... Environ un mois... peut-être un mois et demi, je ne sais pas vraiment.
- Bien. Je vais vous faire une prise de sang, et un examen complet pour voir ce qu'il se passe dans ce corps qui est le votre !
Le médecin lui adressa un sourire encourageant, avant de s'exécuter. Le jeune homme fixa d'un oeil noir et meurtrier l'aiguille qui s'approcha dangereusement de son bras. Il retint une grimace quand l'acier mordit la chair tendre et sensible du pli de son coude.
Le médecin, dubitatif, recommença son auscultation pour la troisième fois quand Sasuke finit par perdre patience. Sous le coup de l'énervement, des éclairs bleutés commencèrent à crépiter au bout de ses doigts. Voyant cela, le Docteur Tanaka se recula prudemment.
- Euh... Uchiwa-san ? Gardez votre calme, s'il vous plaît.
- … Je suis calme.
Le praticien sentit une sueur glacée couler le long de sa nuque, ne quittant pas des yeux les mains fines et pâles de son patient. Inconscient du phénomène, Sasuke se redressa, s'asseyant au bord de la table d'examen.
- … Alors, Docteur... Votre diagnostic ?
Le diplômé en médecine se racla la gorge et déglutit avant de répondre, pas rassuré par l'attitude froide de son client, les petits arcs électriques ayant enfin disparu des mains de ce dernier.
- … C'est une belle grippe intestinale. Je vais vous prescrire quelques médicaments et des vitamines qui vous feront le plus grand bien.
Le voyageur sortit de la pharmacie de la petite bourgade, un sachet à la main, quand des cris d'enfants retentirent non loin de lui, juste avant qu'il ne soit bousculé. Baissant le regard vers le garnement qui venait de lui rentrer dedans, il croisa deux iris bleus et insolents. Le gamin lui tira la langue, juste avant de reprendre sa course effrénée dans la rue. Sasuke évita de justesse un deuxième garçon en culottes courtes qui cria après le premier.
- Attends-moi, baka !
Un léger sourire se dessina sur les lèvres fines du descendant des Uchiwa. Ces deux chenapans le ramenèrent des années en arrière, à l'époque où Naruto et lui se disputaient pour des broutilles sans importance, se défiant mutuellement, rivaux et pourtant si proches.
~oOo~
Assis au bord d'une rivière, ses pieds plongés dans l'eau, Sasuke savoura la fraîcheur bienfaisante. Après le pays des Sources chaudes, il arpentait le Pays des Glaces depuis quelques temps, les routes caillouteuses parsemées de bosses ayant éprouvé sa voûte plantaire, il avait décidé de s'octroyer une petite pause afin de soulager ses extrémités douloureuses. Cela faisait, après tout, longtemps qu'il n'avait pas autant marché, habitué à traverser par les futaies en se déplaçant d'une branche à l'autre..
Le pays de la Foudre n'était plus très loin, quelques jours devraient lui suffire pour atteindre la frontière, sauf imprévus. Mais ces derniers temps, il se sentait légèrement mieux. Les nausées avaient fortement diminuées, il pouvait à nouveau faire des repas corrects. Ce qui le souciait le plus était l'instabilité persistante de son flux de chakra. S'il devait en venir à se battre, ce serait un véritable handicap, et face à un jinchuriki comme Killer Bee, il ne pouvait pas se le permettre, la moindre erreur pouvait être fatale.
Selon ses sources, l'hôte d'Hachibi avait réussi à fusionner avec son bijuu, le rendant quasiment invincible. Il pouvait même, selon les dires, prendre la forme du démon à huit queues. Le déserteur s'interrogea sur la façon dont Killer Bee était parvenu à s'entendre avec son parasite personnel. Certainement que si Naruto apprenait qu'une telle chose était possible, il n'hésiterait pas à la tenter.
L'idée que le ninja blond fusionne avec le démon renard fit frissonner le porteur du sharingan. Comment verrait-il son ancien camarade si celui-ci ne faisait véritablement plus qu'un avec le monstre qui avait abusé de lui ? Pourrait-il encore lui faire face comme avant ? Naruto serait-il capable de rester lui-même ? Deviendrait-il, lui aussi, un monstre assoiffé de sang et de vengeance, ou bien conserverait-il cet optimisme et cette foi en la nature humaine qui le caractérisaient ?
Encore faudrait-il que le shinobi amateur de ramen ait un jour connaissance de cette possibilité. Quoi qu'il en soit, l'héritier de la pupille légendaire songea que de toute façon, il l'aurait tué bien avant. Mû par un regain d'énergie à cette idée, il sortit ses orteils rafraîchis et moins douloureux de l'eau, se rechaussa et reprit fièrement sa route. Il n'eut que le temps de faire quelques pas sur le sentier graveleux avant qu'un violent malaise ne le fauche, le laissant au sol, inconscient.
~oOo~
Une silhouette bondissait énergiquement d'arbre en arbre, quand elle avisa une forme étendue au sol, à quelques pas d'une rivière. Atterrissant souplement sur la terre ferme, elle s'approcha prudemment de ce qui était indubitablement un corps humain. C'était un jeune homme brun au teint pâle, qui gisait là, inerte. L'ombre tenta de lui faire reprendre connaissance, en vain, vérifiant ses signes vitaux au passage.
Aucune blessure n'était visible, les vêtements ne présentant aucune trace de sang, les alentours vierges d'une quelconque marque de combat, le faisant s'interroger sur les causes d'un tel résultat. La forme, soucieuse, s'accroupit prestement et chargea l'être amorphe sur son dos avant de repartir plus vite encore qu'elle n'était arrivée, se fondant à nouveau dans les ombres des hauteurs des arbres, à peine alourdie par son précieux fardeau.
To be continued…
Commentaires des auteurs :
On aime Sasuke, si, si, on l'aime, juré ! Et non, il ne souffre pas inutilement ! Vrai de vrai ! Tout vous sera révélé dans le prochain chapitre... Promis ! Juré !
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Kisame penché par dessus les épaules des deux auteurs appliquées, fixe désespérément les écrans :
- Eh ! Mais je suis où moi ? Je suis supposé être encore là !
Les auteurs se retournent et répondent innocemment :
- Ben, non. Tu es mort...
- Hein ! Quoi ! Mais comment ?
- Tu t'es auto-tué en te faisant bouffer par des poissons rouges dans une flaque d'eau !
- Avec Madara et Zetsu dans la grotte des horreurs, on en avait bien assez !
Naruto arrive en hurlant :
- On a kidnappé Sasu ! Vite, il faut le trouver et le sauver ! Rendez-moi Sasu !
Les auteurs s'entre-regardent perplexes.
- Sasu ? Ben non, il a pas disparu, il est derrière le buisson là, juste là derrière.
- Il a mangé les brochettes de poulpes et apparemment ça ne réussit pas à son transit intestinal !
Un hurlement de rage retentit de derrière un fourré :
- Je vais les buter ! J'en ai marre de ces deux folles ! Elles en ont pas marre de me torturer à longueur de chapitre ? Elle vont me la lâcher ma pomme oui !
Les deux fanfiqueuses complices échangent un regard surpris :
- Pourquoi il se plaint ? On lui a rendu sa porte, non ? Et dès les premières lignes en plus !
Itachi, tranquillement assis dans un fauteuil confortable, un verre de whisky à la main, répond placidement :
- Arrête de râler petit frère ! Moi elles m'ont butées dès le deuxième chapitre. Dites les filles, vous avez pas l'impression de faire un génocide ? Trois chapitres, huit morts ! C'est un beau score !
Killer Bee arrive en rapant :
- Sasu a pas fini d'en chier Yé Yé ! Allez-y Reviewez ! Yoooo ! Pour le sortir de la mouise ! Yeaaah ! Car sa survie n'est pas acquise ! Hiiii ha !
Vous saurez tout dans le prochain chapitre : Chapitre 4 - Quand la pente devient glissante.
Après quelques errances, une pente glissante s'annonce. Sasuke saura-t-il y faire face ?
