Avertissement : Pas d'avertissement, pas de scènes choquantes, pas de violence, pas de lemon, rien de rien...
Bonne lecture !
~ Chemins de traverses ~
Chapitre 5 : Tours et Détours...
Un souffle de vent fit tournoyer la poussière sur le sol lunaire d'un terrain d'entraînement dévasté et silencieux. Une silhouette solitaire était assise sous un arbre, un peu à l'écart de l'endroit.
Naruto était en position de méditation, ses vêtements portant encore les traces de son entraînement acharné. Il avait enchaîné les kages bunshin et les orbes tourbillonnantes pour se vider la tête et décharger sa colère. A l'ombre du noisetier, si à l'extérieur, il paraissait calme et apaisé, il en était tout autre à l'intérieur.
Dans le couloir sombre de son esprit, le jeune homme faisait face au renard dans sa cage dont les portes étaient grandes ouvertes, une colère virulente suintant par tous les pores de sa peau.
- Comment as-tu pu faire une chose pareille ! éructa le blond, sa voix vibrante de ressentiment se répercutant en écho dans les tréfonds de l'endroit noyé de pénombres et humide.
- Et pire que tout, comment as-tu pu me le cacher ! Tu aurais dû m'en parler ! On a fusionné toi et moi je te signale. Et dire que je te faisais confiance ! s'emporta-t-il.
Oui, il lui faisait confiance. Depuis qu'ils avaient fusionné, le jinchuriki et son bijuu étaient arrivés à s'entendre, et Naruto faisait confiance au démon renard. Celui-ci s'était avéré être un esprit perspicace et intelligent, et, malheureusement pour le blond, particulièrement moqueur. Les deux "colocataires" avaient longuement discuté de leur histoire respective, le jeune Uzumaki ayant ainsi appris les raisons de cette haine viscérale que son renard portait au clan Uchiwa.
Ils avaient aussi parlé de tout ce qu'il s'était passé les fois où le blond avait perdu le contrôle au point de ne pas se souvenir de ce qu'il avait fait, que ce soit au pont du Ciel et de la Terre, lors de l'attaque de Konoha par Pain ou lors de sa rencontre avec Sasuke dans les bois. Mais le renard ne lui avait visiblement pas tout dit, et ce qu'il lui avait caché n'avait rien d'un détail anodin. Bordel, il avait... fait ça à Sasuke ! Il n'arrivait même pas à penser le mot, tellement ça lui semblait aberrant.
Kyuubi, roulé en boule, regarda Naruto s'agiter, sa truffe nichée dans ses queues. Un léger grognement s'éleva de sa gorge alors que le blond lui hurlait dessus, lui cassant les oreilles.
- Tu devrais plutôt me remercier. Grâce à moi, tu vas devenir père après tout, gronda-t-il, pas plus traumatisé que ça, contemplant son réceptacle qui faisait les cent pas dans un sens puis dans l'autre devant les grilles.
Dire que le jeune homme était en colère serait un euphémisme. Il était totalement hors de lui, entendant à peine ce que sa boule de poils personnelle lui disait, la seule chose qu'il voyait étant que celui-ci ne semblait aucunement repentant. Sa fureur n'avait d'égale que sa culpabilité, s'il n'avait pas perdu le contrôle ce jour là, rien de tout ceci ne serait arrivé. Il s'en voulait énormément, et si son démon pouvait bien avoir l'obligeance de se sentir aussi coupable que lui, cela soulagerait sa conscience torturée. Mais c'était sans compter sur le caractère parfois irascible de celui-ci.
- Non mais tu te rends compte de ce que tu as fait ! A Sasuke en plus ! reprit Naruto, ses poings se serrant convulsivement le long de son corps, fusillant le bijuu du regard de temps à autre.
- Tu es bien mal placé pour me faire des reproches. Ne me dis pas que c'est une chose à laquelle tu n'avais jamais pensé, je lis en toi comme dans un livre ouvert je te rappelle. Tu as toujours eu un penchant plus que louche pour le porteur des Sharingans, le poursuivant pendant toutes ces années comme un forcené. Moi au moins, je suis passé à l'action... Tu es juste jaloux parce que tu ne t'en souviens pas, rétorqua placidement le démon de sa voix grave, soupirant dans ses poils roux, désabusé.
Naruto, estomaqué par la tirade du renard, ouvrit puis referma plusieurs fois la bouche pour lui répondre, lui faisant face. Comment ça il avait des sentiments louches pour Sasuke ?! Comment ça cette satané carpette butée était passée à l'action à sa place ?! Comment ça il était jaloux ?! Il n'en avait pas marre de se payer sa tête pour justifier ses actes !
- Tu es attiré par lui, je n'ai fait que concrétiser tes désirs, alors tu devrais plutôt être content, termina la bête, tout en l'observant d'un oeil vaguement goguenard.
Le blond écarquilla les yeux, réussissant enfin à cracher ce qu'il avait sur le coeur depuis tout à l'heure.
- N'im... N'importe quoi ! Sasuke c'est mon meilleur ami ! Et toi, tu... tu l'as... Et aujourd'hui, il est dans cet état par ta faute ! Comment je vais faire MOI maintenant pour réparer ça ! Ce que tu lui as fait, c'est dégueulasse ! Tu as profité que tu avais l'avantage, tu as utilisé MON corps pour... s'exclama-t-il, ses bras s'agitant avec de grands gestes pour souligner ses paroles acerbes.
Kyuubi leva les yeux au ciel, fatigué. Il tourna finalement le dos à son jinchuriki, lui coupant la parole.
- Oui, oui. Je me suis vengé, voilà. On va pas en faire tout un plat. Je considère que compte tenu de ce que ce maudit clan m'a fait, c'est un juste retour des choses...
Naruto referma sa bouche, abasourdi par l'attitude nonchalante du renard démoniaque, ne trouvant plus un exutoire à sa colère et à son ressentiment.
Le bijuu ne semblait pas plus préoccupé que cela par ce qu'il avait fait et des conséquences désastreuses. Mais après tout, à quoi le jeune homme s'attendait-il de la part de cette satané boule de poils... à des excuses ? à un repentir larmoyant ? La vengeance... c'était là sa seule explication pour ce qu'il avait fait subir à Sasuke. Sans la moindre trace de regrets, Kyuubi poursuivit sa tirade d'un calme olympien, avec sa voix grave et grondante qui lui parvenait depuis le dos tourné.
- Je suis curieux de voir ce que ça va donner puisque visiblement il a aussi hérité d'un peu de mon chakra dans le processus...
Naruto serra les poings et grinça des dents. Apparemment, sa machiavélique bestiole personnelle considérait le sujet clos et sans réelle importance.
- Si jamais il lui arrive quoi que ce soit à cause de toi, je ne te le pardonnerais jamais ! lança-t-il avant de tourner le dos au renard et quitter finalement les lieux, pas plus avancé, se sentant toujours aussi en colère et coupable.
Naruto sortit de sa méditation, son visage reflétant son désarroi et sa tristesse. Il se sentait mal, si mal. Il était à la fois coupable et fautif. C'était lui qui avait fait appel à la puissance de Kyuubi, lui qui avait perdu le contrôle. Certes le renard en avait profité, mais c'était lui qui lui avait fourni l'opportunité de se "venger" de Sasuke. Sasuke... Le brun avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir et cela n'allait pas arranger leur relation déjà bien boiteuse. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire maintenant pour arranger les choses ?
Si tant est qu'elles puissent l'être... Le brun n'était pas prêt de lui pardonner, et avec raison en plus... Naruto se gratta furieusement la nuque, dépité. C'était trop bête... Sasuke était enfin de retour à Konoha. Il ne voulait pas le perdre maintenant qu'il l'avait ramené. Il ne voulait pas le perdre tout court d'ailleurs, il avait trop d'importance pour lui. Que faire ? Une idée lui traversa l'esprit. De toute façon, il avait besoin de parler à quelqu'un de tout ça, et d'entre tous au village, Mamie Tsunade était très certainement la mieux indiquée.
~oOo~
Le bureau de Tsunade était couvert de parchemins déroulés en tous sens, agrémentés de schémas, de planches anatomiques et de ses propres notes. Les résultats des recherches de Kabuto s'étalaient sous ses yeux plissés par la réflexion alors qu'elle les parcourait. La situation de Sasuke la préoccupait. Si le servile ninja à lunettes avait parfaitement documenté le comment du pourquoi une telle aberration était possible, il n'y avait absolument rien là dedans sur la suite.
La tentative d'avortement catastrophique avait mis à mal les forces du brun qui se reconstituaient avec une lenteur inquiétante. Si Naruto n'était pas intervenu, Kami-sama seul savait ce qu'il se serait passé, l'Uchiwa aurait très bien pu y passer. Renouveler l'opération avec un Sasuke en pleine forme était exclu, elle s'y refusait. D'une part parce que les résultats de l'expérience étaient imprévisibles, d'autre part parce que le temps qu'il se remette complètement, il serait trop tard pour intervenir, le foetus serait déjà un petit être à part entière, et ce serait contre ses principes d'agir après le cap des douze semaines.
Elle porta une main à son front soucieux. Il n'y avait bien que ces deux là pour se mettre dans des situations pareilles, et lui causer autant de soucis, songea-t-elle. Reprenant une planche anatomique qu'elle avait annotée, elle poursuivi son cheminement de pensées initial. Il allait falloir surveiller de très près cette grossesse pour le moins hors norme. La santé de Sasuke pourrait très bien en être gravement altérée, peut-être même qu'il y aurait des effets irréversibles...
Fort heureusement, pour le moment, le brun ne semblait être affecté que de grosse fatigue et de malaises. Le développement de l'embryon ne semblait pas être nocif pour lui à ce stade. Par contre les crises qu'il faisait l'inquiétait beaucoup plus. Le corps du nukenin avait visiblement du mal à supporter le chakra de Kyuubi. La blonde pinça ses lèvres, soucieuse, il fallait espérer que celui-ci soit en assez faible quantité pour ne pas altérer l'intégrité physique de son porteur.
Il faudrait également songer à trouver une solution pour lui, il n'allait pas rester indéfiniment dans son hôpital à se morfondre dans sa chambre. Sa réintégration dans le village n'allait pas être une sinécure, loin de là. Une migraine commença à poindre quand elle pensa à la façon dont réagirait le conseil face à de telles nouvelles, et aux nombreuses mesures qu'elle allait devoir prendre. Il fallait aussi le préparer à tout ce qui l'attendait, l'accouchement et l'après, si les choses se déroulaient bien... lui et Naruto allaient devenir parents...
La porte du bureau de la Godaime s'ouvrit avec discrétion et Shizune entra dans la pièce, portant Ton-Ton dans ses bras. Refermant le battant derrière elle, elle s'approcha de la femme aux longs cheveux blonds, installée derrière son bureau, affichant une mine concentrée et pensive. La médic-nin brune savait d'expérience que Tsunade ferait tout ce qu'elle pourrait pour assister le renégat dans cette épreuve, même si c'était effectivement un traître à son village.
Elle passa derrière le bureau et posa une main douce sur l'une des épaules recouverte de tissu vert foncé.
- Tu travailles trop, murmura Shizune sur un ton doux.
- Je ne peux pas les laisser comme ça. Et puis, je ne sais absolument pas comment vont se présenter les choses. Nous n'avons jamais eu à faire à un tel cas de figure auparavant. Il y a tellement de paramètres imprévisibles. Il faut se préparer à toute éventualité, souffla la Godaime tout en se pinçant le nez.
Elle se rengonça dans son fauteuil, et laissa sa tête reposer contre la femme derrière elle, couvrant la main sur son épaule de la sienne et en caressant le dos de son pouce avec tendresse.
- Ces deux là s'en sortiront. J'en suis convaincue, dit Shizune tout en se penchant pour nicher son visage dans le creux de l'épaule et du cou de la sannin.
Tsunade appuya sa joue contre celle de la médic-nin. En fait, s'il n'y avait pas eu ces deux empêcheurs de tourner en rond, elle serait probablement en train de faire des choses bien plus agréables en compagnie de sa très chère Shizune; son indéfectible soutien, celle sans qui elle serait probablement incapable d'affronter chaque journée à la tête de ce village, se réfugiant dans le jeu et dans l'alcool...
Mais voilà, elle se retrouvait là à étudier des parchemins et des planches anatomiques, faisant en même temps le comparatif avec une grossesse standard, essayant d'envisager tout ce qui pourrait bien arriver à un certain brun dans une position plus que compliquée. Un profond soupir désabusé lui échappa, ses yeux noisettes plongèrent vers la bouche de sa compagne et ses lèvres se rapprochèrent lentement des siennes.
Un coup frappé à la porte, attira l'attention des deux femmes qui se séparèrent à regret.
- Entrez, tonna Tsunade, agacée.
Le battant s'ouvrit, laissant passer un jeune ninja blond vêtu d'une tenue orange et noire. La chef du village fronça les sourcils devant la tête basse de son protégé.
- Obaa-chan...
- Qu'est-ce qu'il se passe, Naruto ? C'est quoi cette tête ? Pourquoi tu me déranges en plein travail ?
Le blond releva la tête, plongeant ses iris azurés dans ceux noisettes de celle qu'il considérait comme sa grand-mère.
- Je suis désolé... C'est ma faute... Sasuke... son état... tout ça quoi... c'est ma faute...
La Godaïme posa ses coudes sur son bureau, joignant ses mains sous son menton, et fixa le jeune ninja debout en face d'elle, s'obligeant à ignorer le pincement de coeur qu'elle ressentit face à l'expression piteuse de son protégé.
- Alors, il te l'a dit finalement.
Naruto écarquilla les yeux de surprise :
- Tu savais ?
- Je l'avais deviné en voyant sa réaction après que je lui ai annoncé sa grossesse... et mes doutes se sont confirmés quand tu as réussi à traverser le flux de chakra qui l'entourait hier. Par contre ce que j'aimerais que tu m'expliques, c'est pourquoi tu n'as pas jugé bon de me dire que tu avais rencontré Sasuke...
Se balançant d'une jambe sur l'autre, gêné, le jeune Uzumaki s'expliqua sous l'oeil sévère mais plein d'une affection soucieuse, de la blonde.
- Ben... en fait... C'était quand Ero-sennin est mort...
- Et que tu as disparu pendant des heures, sans te soucier de savoir si tes amis s'inquiétaient, reprocha Tsunade.
- Euh... oui, c'est ça. En fait, j'ai croisé Sasuke ce jour là... on s'est battu... et...
L'embarras du jeune homme alla croissant, inquiétant la princesse limace, qui commençait à craindre le pire.
- J'ai... j'ai fait appel au pouvoir de Kyuubi... et… poursuivit Naruto de plus en plus mal à l'aise.
- Jusqu'à combien de queues es-tu allé ? s'enquit la chef de Konoha.
-... Quatre...
Le silence qui suivit la réponse fut assourdissant. Les deux femmes regardèrent le jeune homme qui leur faisait face sans oser lever la tête qu'il avait baissée, honteux, le regard fixé sur ses pieds.
- Quatre ? commença Shizune, affolée. Mais… que s'est-il passé après ?
Se grattant la nuque et tournant les yeux sur le côté, Naruto répondit d'une voix à peine audible :
- Je ne m'en souviens pas... Mon dernier souvenir, c'est Sasuke se transformant avec le sceau maudit... Quand je me suis réveillé, j'étais seul. C'est Sasuke qui m'a dit... ce que je lui ai fait...
Les deux medic-nin échangèrent un regard choqué, comprenant ce que le blond ne disait pas : de quelle façon cet enfant avait été conçu. Voilà qui compliquait encore plus les choses.
- … Ce n'était pas toi, c'était Kyuubi, tenta de le rassurer la brune, compatissante face à la détresse visible du jeune homme.
- Je sais... mais… si je n'avais pas perdu le contrôle ça ne serait pas arrivé... Il me déteste vraiment maintenant...
La mine désespérée et coupable de son protégé serra le coeur de la Godaime.
Tsunade se leva de son siège, contourna son bureau et frappa d'un coup de poing le haut du crâne blond.
- Ne commence pas à te plaindre ! Je ne pense pas qu'il te déteste vraiment. Il t'en veut peut-être, mais ce n'est pas ça qui va t'empêcher d'être à ses côtés, non ?
Le blond surpris par le ton sans réplique de sa grand-mère de coeur, redressa enfin le regard, croisant le léger sourire encourageant ornant le visage fin de celle-ci.
- Ne jamais abandonner. C'est bien ça ton nindo, non ?
Un large sourire répondit à la Hokage, Naruto remonté à bloc lui emboîta le pas, fermement décidé à faire face à un brun irascible. Non, il n'abandonnerait pas son ami, même si celui-ci n'était pas décidé à faire preuve de bonne volonté. Il sortit du bureau à la suite de Tsunade et de Shizune, étant de toute façon plus que temps d'aller rendre visite au premier concerné.
~oOo~
Les infirmières sortirent de la chambre après avoir refait le lit, laissant un jeune homme brun, seul avec lui-même. Assis dans le lit, son regard noir fixait la fenêtre, ses cheveux encore humides de la douche qu'il avait pu prendre. Le fait d'avoir dû faire sa toilette sous la surveillance d'un anbu, ne lui avait fait ni chaud, ni froid. Il avait l'habitude d'être constamment surveillé, que se soit chez Orochimaru ou au sein de l'Akatsuki. La principale différence tenait dans le fait qu'au moins ici, il avait été prévenu.
Un haut le coeur le sortit de sa contemplation hagarde du ciel bleu. Il grimaça, attendant que la nausée passe, se retenant de vomir sur les draps propres. Bordel, il en avait marre de ne plus rien contrôler dans son corps ! Tout lui échappait : la maîtrise de son chakra et la maîtrise de son organisme, le privant de ses ressources, sans quoi il y aurait bien longtemps qu'il se serait fait la malle de ce putain de village et qu'il les aurait tous massacrés au passage. Mais le pire dans tout cela, c'était qu'en plus, cela affectait aussi son humeur et ses sentiments.
Que dire de ce qu'il avait ressenti quand il s'était retrouvé avec Naruto au dessus de lui après sa crise, ses mains sur ses joues et son corps contre le sien. En temps normal, il aurait dû avoir des envies de meurtres envers le blond. Après tout, il avait juré sa mort, et plutôt deux fois qu'une, après ce que Kyuubi lui avait fait. Mais là, quand il s'était raccroché à ces yeux bleus, à ces mains sur son visage, à la sensation de ce corps qui pesait contre le sien, et quand ensuite la crise avait reflué, il était bien loin des idées meurtrières. Il se refusa à mettre un mot sur cette émotion qui l'avait envahi, cela n'avait aucun sens.
Bien sûr, il lui en voulait et il en voulait au connard de parasite que l'autre avait dans le bide, mais il ne savait pas vraiment comment déterminer ce qu'il ressentait. Une chose était sûre, plus rien n'était normal, tout avait changé et le fait qu'il soit la victime impuissante, le dindon de la farce, était loin de le faire rire. Seulement, à l'heure actuelle, il n'y avait pas d'issue à sa situation. Il enrageait car il était condamné à attendre que Konoha statue sur son sort, incapable de faire quoi que ce soit à cause de cette cochonnerie qu'il avait dans le ventre.
Sasuke sentit une sueur glacée lui couler le long du dos au souvenir des émanations de chakra orange qui avait jaillies de lui. Kami-sama ! C'était sans aucun doute l'énergie démoniaque du nuisible à poils. C'était pas possible... Il se retrouvait avec un truc ayant le chakra de l'autre pervers dans le bide ! Se tapant le ventre de manière frénétique, il chercha des yeux quelque chose de tranchant qui lui permettrait de s'ôter cette horreur.
Avisant le plateau du petit-déjeuner à peine entamé posé sur la table à proximité, il saisit d'une main ferme et décidée l'une des baguettes en bois à côté du bol qu'il avait à peine touché. Sans une once d'hésitation il réunit toutes ses forces pour planter l'objet légèrement effilé dans la chair ferme de ses abdominaux. Il fallait que ça sorte ! Cette chose abominable devait sortir de lui ! Et il refusait catégoriquement que ce soit dans neuf ou six mois. Ça allait être maintenant, là tout de suite ! Il était hors de question qu'il héberge quoi que ce soit en lien avec ce foutu salopard de renard.
Le bruit que fit la porte de sa chambre quand elle s'ouvrit l'interrompit. Tsunade, suivie de Naruto et de Shizune qui fermait la marche, entrèrent dans la pièce. Immédiatement, Sasuke tira sur son drap, cachant sa main et la baguette qu'il tenait fermement serrée en dessous. Il jeta un regard noir et meurtrier à son ancien coéquipier. Ce crétin osait revenir le voir ! Sa poigne se resserra convulsivement sur le bout de bois au creux de sa paume. Peut-être pourrait-il la planter dans le bide de cet idiot... avec un peu de chance, il pourrait buter le parasite qui y nichait.
Tsunade se plaça au pied du lit, Shizune non loin d'elle et Naruto plus en retrait, tout proche de la porte. Elle dévisagea son jeune patient décidément bien pâle et aux joues creuses, dont les yeux lançaient des éclairs sur le blond. Elle songea avec un brin de contentement que la décision qu'elle avait prise était la bonne. Rester à l'hôpital ne réussissait pas vraiment au nukenin et vu ce qui les attendaient, Naruto et lui avaient intérêt à se réconcilier, et plutôt deux fois qu'une, sans quoi elle n'était pas du tout sûre que l'issue de cette histoire leur soit favorable.
Il leur faudrait faire face à des responsabilités nouvelles si la grossesse de Sasuke arrivait à son terme, et le conseil ne leur faciliterait certainement pas la vie, ni pendant ni après. La solidarité leur serait plus que nécessaire pour affronter tout ça. Mais pour cela les deux garçons allait devoir s'entendre. La Godaïme comptait sur la promiscuité et l'intimité d'une vie à deux, sans oublier le fait que seul Naruto semblait pouvoir approcher Sasuke en cas de crise grave, pour leur permettre des resserrer leurs liens, fortement fragilisés.
- Bon, lança-t-elle. Mis à part le fait que tu es "enceinte", je ne vois aucune raison de te garder ici plus longtemps. Cependant, je ne peux pas non plus simplement te laisser sortir d'ici et faire comme bon te semble avec l'espoir que tu restes sagement parmi nous.
Le regard du brun se fit plus acéré quand il se tourna vers la sannin, attendant stoïquement ce qu'elle lui réservait encore, son unique main visible froissant l'étoffe qui le couvrait jusqu'à la taille. Il était dans l'incapacité de faire autre chose que subir, pour son plus grand mécontentement, mais qu'elle ne compte pas sur lui pour lui faciliter les choses.
- J'ai donc pris une décision. Tu vas emménager avec Naruto, dans la maison de ses parents. Kami-sama merci, malgré les attaques des uns et des autres contre le village, elle est toujours debout et intacte. En plus, elle est située dans un coin tranquille, elle sera donc parfaite pour vous deux, dit-elle d'un ton dogme.
- Quoi ? s'étrangla Naruto en se tournant vers elle, faisant enfin un pas dans la pièce. Mais... mais... Obaa-chan...
Le visage de Sasuke se froissa de colère.
- Il est hors de question que je me retrouve à partager mon quotidien avec cet enfoiré, persifla-t-il, son regard clouant Naruto sur place et le défiant d'avancer plus, avant de revenir vers la Godaime.
Cette dernière croisa les bras sur sa poitrine, ses yeux allant de l'un à l'autre avant de revenir vers Sasuke, retenant un soupir d'exaspération face à la mauvaise volonté évidente de son patient.
- Tu n'as pas le choix, Sasuke. Naruto est le seul à pouvoir t'approcher en cas de crises importantes. Je pense d'ailleurs que ça a beaucoup à voir avec le fait qu'il est le père. De plus, je te signale que tu n'as pas que des amis dans ce village. Négocier ta réintégration avec le conseil ne va pas être aisé et Kami-sama seul sait ce qui peut arriver, alors mieux vaut se montrer prudents. Naruto saura veiller sur toi, c'est le ninja le plus fort de Konoha, surtout depuis qu'il a fusionné avec Kyuubi. Je serais plus tranquille de te savoir...
Mais la Reine des Limaces ne put achever sa phrase.
Le visage de Sasuke passa d'une pâleur mortuaire à la fureur, son esprit focalisé sur une seule chose. Cet idiot, ce sombre crétin de blond, avait fusionné avec l'autre connard à neuf queues ! Ses yeux se plissèrent, poignardant le ninja d'un regard plein de hargne. C'était comme si son pire cauchemar devenait réalité. Non, son pire cauchemar devenait bel et bien réalité ! Naruto, celui qu'il avait considéré comme son meilleur ami, ne faisait plus qu'un avec le monstre qui l'avait agressé. Son coeur se mit à battre plus fort alors qu'il tremblait de colère.
- Tu as fusionné avec cet enfoiré ?! Tu as osé fusionner avec cette sale bête dépravée ! hurla-t-il en direction de Naruto, sortant de ses gonds et interrompant le laïus de la Godaïme.
Plus vive que l'éclair, sa main qui serrait toujours la baguette sortit de sous le drap et il la lança de toutes ses maigres forces actuelles vers le concerné qui esquiva l'objet de justesse. Le fin bâtonnet siffla aux oreilles du blond, stupéfait, avant de se ficher droit dans le mur derrière lui, à quelques centimètres de la porte. Le regard éberlué de Naruto alla de la baguette au brun et il leva les mains en signe d'apaisement.
- Sasuke, calme-toi. Même si Kyuubi et moi avons fusionné, tu n'as... tenta le ninja.
- Faites le sortir d'ici ! Je ne veux pas qu'il m'approche ! s'égosilla Sasuke, lui coupant la parole, prenant la Godaime à partie. Vous savez ce qu'il m'a fait ? Et vous voudriez que ce salaud devienne ma nounou ?! Que j'emménage avec lui ?! Que... que...
La respiration du brun devint sifflante, il porta soudainement une main à son torse, se penchant en avant, luttant pour retrouver sa respiration alors qu'une nouvelle crise s'annonçait.
La médic-nin s'approcha vivement du lit, ses paumes déjà recouvertes de chakra médicinal. Elle obligea le brun à s'allonger pendant que l'aura verte se diffusait dans son corps.
- Il me semble t'avoir déjà dit que dans ton état, t'énerver ne donnait rien de bon, Sasuke, le morigéna-t-elle alors que les pupilles noires étaient passées de meurtrières à plutôt vitreuses.
Sasuke déglutit, recouvrant peu à peu ses esprits, ses pensées complètement embourbées dans un marasme obscur et léthargique.
- Je ne vous ai rien demandé... Je ne veux pas réintégrer ce village de tarés... et il est... il est hors de question que Naruto et moi... on... vive... sous le même... toit... murmura Sasuke alors que ses paupières papillonnaient sur ses orbes sombres pour finalement s'abaisser.
- Mais oui, c'est ça, dit la blonde à forte poitrine penchée sur lui.
Naruto, encore sous le choc des paroles venimeuses à son encontre et de la nouvelle crise qui s'en était suivie, observa d'un air peiné la sannin remonter le drap sur la forme à présent assoupie.
- Obaa-chan, c'est une mauvaise idée. Ça ne peut pas marcher. Il me déteste, ça ne va faire qu'empirer les choses, souffla-t-il, dépité.
Tsunade se redressa et se tourna vers lui, consciente que le jeune homme avait besoin de son soutient.
- Je n'ai jamais dit que ce serait une partie de plaisir. Il a besoin de toi Naruto, maintenant plus que jamais. Le conseil ne se montrera pas d'aussi bonne composition que moi. Il va avoir besoin d'aide pour traverser ce qu'il lui arrive, et tu es la personne la plus indiquée vu que tu en es en partie responsable, dit-elle, le dévisageant d'un air décidé.
- Il ne tient qu'à toi de faire en sorte que Sasuke revienne à de meilleurs sentiments envers Konoha et envers toi. Si tout se passe bien, vous allez devenir parents. Ce n'est pas rien. Beaucoup de choses vont changer dans vos vies. Ce sera ta seule et unique mission durant les prochains mois, acheva-t-elle, posant une main encourageante sur l'épaule du jeune shinobi.
- Quoi ? Mais... Mais... fit Naruto désarçonné.
- C'est une mission de rang S. Et à mon avis, elle va t'occuper à temps complet. Ne t'inquiète pas, Shizune, Sakura et moi, nous serons là pour t'épauler.
Le blond laissa son regard errer sur la forme assoupie sous le drap immaculé, un air tracassé se peignant sur son visage.
- Dis Obaa-Chan, c'est quoi ces crises qu'il fait Sasuke ? C'est grave ? demanda-t-il enfin.
- Grave ? Je ne sais pas encore... Ces crises sont dues au chakra de Kyuubi. Le corps de Sasuke n'arrive pas à le gérer parce qu'il n'y est pas habitué. En plus les hormones générées par la grossesse influent sur ses émotions, le rendant plus instable, et la fatigue n'arrange rien non plus. Tout ça fait que sous le coup d'une émotion forte, il perd totalement le contrôle et la machine s'emballe.
Naruto regarda d'un air soucieux la Godaime, inquiet par ses explications.
- Mais si ça lui arrive et que je suis seul avec lui, je fais quoi moi ?
- Je te fais confiance. Suis ton instinct. De toute façon tu n'as jamais été doué pour suivre les consignes...
Avec un sourire, la blonde donna une légère pichenette sur le front du blond, qui la regarda, pas vraiment rassuré, ne sachant pas s'il devait être flatté ou vexé par sa remarque dite sur un ton tendrement moqueur.
Tsunade sortit la baguette plantée dans le mur près de la porte et passa légèrement sa main sur le trou que l'objet avait laissé.
- Je vais faire préparer la maison pour vous deux. Vous y emménagerez dès que possible. Je vais aller voir le conseil et les informer de la situation. Ils vont encore me faire la morale et risquent de ne pas être particulièrement enchantés par mes décisions. Ça ne va pas être une partie de plaisir, soupira-t-elle.
- Je viens avec toi, Obaa-chan. Je ne les laisserai pas faire n'importe quoi avec Sasuke, lança le blond, pris d'une inspiration subite alors qu'il se préparait tout comme elle à quitter la pièce.
- Hmm, ce n'est pas une mauvaise idée. Tu sauras peut-être trouver les mots pour les convaincre, qui sait, rétorqua la Godaime, reprenant une expression préoccupée. Mais je te préviens, tu restes sage et tu me laisses leur exposer la situation, poursuit-elle en jetant un oeil sévère au blond.
- Promis, lança-t-il avec entrain.
Dans le couloir, de l'autre côté de la porte, une silhouette se décolla précipitamment du mur, encore choquée par tout ce qu'elle venait d'entendre. Elle serra les poings, blessée et en colère. Elle tourna les talons et s'enfuit par le corridor, des perles salées emplies de tristesse et de rage coulant silencieusement sur ses joues. Pourquoi les choses avaient-elles tournées comme ça ? C'était injuste ! Mais elle ne se laisserai pas faire, ils allaient le lui payer, d'une façon ou d'une autre.
~oOo~
Aucun bruit ne résonnait dans la salle largement éclairée où s'étaient réunies quatre personnes. Les deux et uniques membres du conseil regardaient la Godaïme avec de grands yeux écarquillés.
- Quoi ! cria la vieille Koharu.
- Calme-toi... Probablement avons nous mal compris, tenta le vieux Homura. Tsunade est parfaitement consciente des énormes risques qu'elle ferait courir au village si elle faisait ça.
Ladite Tsunade soutint sans fléchir le regard acéré que le vieux conseiller posa sur elle.
- Vous m'avez pourtant parfaitement comprise. Sasuke Uchiwa est de retour à Konoha, et il n'est pas question de l'emprisonner ou de l'exécuter.
La vieille conseillère, Koharu, fixa d'un oeil torve la Godaïme, avant de déclarer d'un ton sans réplique :
- Sasuke Uchiwa est un déserteur, un traître, un assassin. Il ne mérite aucune clémence. S'il est vrai qu'il est de retour, il sera emprisonné, puis interrogé et enfin exécuté. C'est le sort réservé aux traîtres.
Naruto, jusque là très silencieux, bondit hors de son siège, posant ses deux paumes sur le bois sombre de la table qui les séparaient lui et Tsunade des deux conseillers, et planta un regard presque bestial dans les yeux de la vieille femme.
- Je ne vous laisserai pas faire ! Les seuls responsables des choix de Sasuke, c'est vous. Vous et Danzo. Si vous n'aviez pas ordonné le massacre de son clan, jamais Sasuke ne se serait retourné contre Konoha.
Outrée par le comportement du blond, Koharu se leva à a son tour et soutint le regard bleu figé sur elle, emplis de reproches et de colère.
- Nous avons fait ça pour le bien du village. De plus, il a tenté de te tuer à plusieurs reprises, il a tué le Rokudaïme Danzo, il s'est allié aux pires ennemis du village. Ce garçon est pourri jusqu'à la moelle, il doit mourir. Pour la paix du village, il mourra. Comme nous l'avons toujours dit, un bon Uchiwa est un Uchiwa mort.
- Danzo n'avait pas encore officiellement le titre de Rokudaïme, et c'était une pourriture qui ne pensait qu'à son propre intérêt. Sasuke a rendu service à Konoha en l'éliminant. Il a aussi supprimé Orochimaru, Kabuto et Itachi Uchiwa, tous trois reconnus, à tort pour Itachi, comme étant des ennemis du village. Des ennemis dont vous n'avez jamais réussi à vous débarrasser auparavant. Il a fait beaucoup pour la paix de Konoha !
Naruto parlait d'une voix ferme et tranchante, bien décidé à faire voir à ces deux vieux séniles la vérité, sa vérité.
- Sasuke Uchiwa ne peut pas être emprisonné, il a besoin d'une surveillance médicale constante et d'un environnement sain, la voix calme de la Hogake retentit au moment même où Koharu ouvrait la bouche pour répliquer.
- Et pourquoi ça ? s'enquit Homura en fronçant les sourcils.
- Il porte un enfant en son sein... Il est "enceinte".
La déclaration faite sur un ton tranquille par la chef du village caché de la feuille eu l'effet d'un cataclysme. Homura s'étrangla avec le thé qu'il buvait alors que Koharu ferma sa bouche précédemment ouverte, avant de la rouvrir comme un poisson hors de l'eau. Posant sa main sur le bras de Naruto, Tsunade l'incita à se rasseoir, ce qu'il fit en lui jetant un coup d'oeil interrogatif. La main de la vieille conseillère s'abattit sur le dos de son ami d'enfance qui toussait désespérément, avant que celle-ci ne se laisse lourdement tomber sur son siège.
Le rire du vieil homme retentit dans la pièce.
- Ah ah ah ah ! Tsunade ! Je ne vous savez pas un tel sens de l'humour ! Ah ah ah ah !
Voyant un sourire relever le coin des lèvres de la blonde, Koharu se détendit et sourit légèrement à son tour.
- J'ai beaucoup d'humour, merci Homura. Mais en l'occurrence Sasuke Uchiwa est bel et bien "enceinte". D'après mes recherches, c'est là le fruit surprenant des expérimentations d'Orochimaru, poursuivit la Godaime.
Un silence surpris s'abattit dans la salle. Les deux vieux conseillers s'entre-regardèrent, leurs sourcils froncés, avant de revenir vers la plantureuse femme blonde qui avait lâché cette information d'un ton tranquille, assise dans son siège.
- Tu es sûre de ce que tu avances ? dit Koharu, son visage trahissant son scepticisme.
- Absolument certaine, appuya la Godaime.
- Ne nous dis pas qu'il porte le fruit d'expériences malsaines faites par ce savant fou, ce serait une catastrophe... et une autre bonne raison de l'éliminer, finit par dire Komura encore choqué.
- Ce n'est pas le cas, rétorqua la sanin, toujours aussi tranquille.
- Il ne l'a pas fait seul, si ? s'enquit Koharu d'un ton désagréable.
Voyant le signe de tête négatif de Tsunade, elle poursuivit, acerbe.
- Alors qui ?
- De moi... et de Kyuubi... lâcha finalement Naruto, se forçant à garder la tête haute, prêt à défendre bec et ongle son ami.
Les deux vieux conseillers se retournèrent vers le jeune homme, leurs sourcils froncés, cherchant à comprendre.
- Mais comment...
- C'est une longue histoire. Ce qui est fait est fait. Et on ne peut rien y changer. Ce qui compte c'est ce qu'il faut faire maintenant. Et tourner le dos au jeune Uchiwa ou le tuer est proscrit, dit la Godaime en coupant la parole au vieil homme, d'une voix tranchante.
Elle n'était pas vraiment encline à fournir les détails aux deux vieux acariâtres. Moins ils en savaient, mieux c'était.
Homura se pencha en avant, posant un coude sur la table, il glissa son menton parcheminé dans sa main, son expression traduisant ses intenses réflexions. Il échangea un regard, lourd de sous-entendus, avec sa voisine. Il n'avait pas besoin de parler pour que la vieille femme comprenne ce à quoi il pensait. La possibilité de pouvoir récupérer un enfant porteur de la fameuse pupille à virgule ou bien de la puissance du démon au sein du village pourrait s'avérer plus qu'intéressant. Surtout que si la génétique était généreuse cet enfant pouvait allier les deux.
Koharu suivit parfaitement le cheminement de pensées de son ancien coéquipier. Le fait que l'Uchiwa mette au monde un rejeton de ce maudit clan ou un porteur de la puissance du bijuu serait l'occasion de récupérer ces pouvoirs au compte du village et d'engendrer ensuite une nouvelle lignée qui cette fois serait fidèle à la volonté du feu. Avec un peu de chance, le traître ne survivrait pas à l'enfantement, ou bien ils régleraient son sort de manière à récupérer le descendant une fois celui-ci venu au monde et l'élever dans la tradition et le respect des valeurs du village caché.
Un enfant, éduqué dès sa naissance, serait bien plus facile à façonner et à manipuler. L'idée d'avoir à nouveau la puissance du Sharingan au service de Konoha ne fut pas sans déplaire aux deux vieux conseillers, sans parler de la possibilité d'y voir s'y ajouter le chakra démoniaque. Ils avaient fait une erreur en permettant à Itachi Uchiwa d'épargner son petit frère. Ils avaient espéré, à tort, que Sasuke serait facilement malléable. Cette descendance imprévue leur offrait une occasion de corriger le tir.
- Effectivement, cela change la donne, dit Koharu, tournant à nouveau son regard vers la Godaime, à peine plus aimable.
- Vu que le cas est exceptionnel, nous sommes d'accord pour le réintégrer, reprit Homura.
- C'est vrai ? s'exclama Naruto avec entrain, se relevant de sa chaise.
Tsunade le fit rasseoir d'un regard, sachant pertinemment que le conseil ne se montrerait pas aussi magnanime que Naruto voulait bien le croire, attendant la suite. La vieille femme fusilla le jeune blond intrépide qui se rapetissa dans son siège sous le regard dur.
- Mais de façon temporaire. C'est une mise à l'épreuve. Son cas sera révisé après la naissance de l'enfant. S'il se montre coopérant, nous reverrons notre position. Il possède très certainement des informations capitales sur l'Akatsuki... Qu'il commence donc par nous dire tout ce qu'il sait, et ce n'est pas négociable. Confiez-le aux bons soins d'Ibiki Morino si nécessaire, lui saura le faire parler, acheva la vieille femme.
- Au vu de son passif de traître et de ses nombreuses actions néfastes à l'encontre de Konoha, nous ne pouvons pas lui faire confiance. Il est hors de question qu'il se ballade dans le village en toute liberté, il pourrait nous filer entre les doigts dès que nous aurions le dos tourné pour rallier une nouvelle fois nos ennemis avec en sa possession des données qui pourraient les aider à nous abattre, reprit Homura.
- Je m'en porte garant. Sasuke ne sera pas une menace. Je ne le quitterais pas d'une semelle, si c'est tout ce que vous craignez, dit Naruto, revigoré par la tournure que prenait la conversation.
Les deux conseillers semblèrent accepter cette proposition.
- Il faut qu'il soit tenu à l'écart et sous bonne garde, dit l'homme âgé en reportant son attention sur la Godaime.
- C'est bien ce que j'avais prévue, rétorqua la sannin d'un ton pondéré.
- Tu nous tiendras informés de l'avancée de sa... de son état, et nous voulons un rapport complet sur ses faits et gestes. Le temps nous dira si tu as eu raison de le recueillir. A la moindre incartade, au moindre signe de mauvaise foi, il sera emprisonné et considéré pour ce qu'il est : un traître, et il sera traité comme tel. J'espère que tu es bien consciente des risques que tu fais courir à Konoha, termina Koharu en épinglant Tsunade d'un regard d'épervier.
Les deux membres du conseil sortirent de la pièce, laissant derrière eux les deux blonds qui attendirent que la porte soit refermée pour commencer à parler. Naruto, plus qu'enthousiaste, se tourna vers Tsunade et s'exclama :
- C'est génial ! Ils ont accepté !
- Calme-toi ! Ce n'est que temporaire. Sasuke devra fournir des informations, et à mon avis il ne sera pas coopérant, temporisa la blonde.
Mais Naruto ne l'entendait pas de cette oreille, ils avaient l'accord du conseil, tout irait bien. Et si Sasuke faisait sa mauvaise tête, il se chargerait de lui faire entendre raison. La Godaïme était plus réservée. Les deux vieux singes étaient malins et ils avaient rendu les armes un peu trop facilement. Cela ne présageait rien de bon, elle devrait redoubler de vigilance.
~oOo~
Un silence de plomb régnait dans le bureau de l'Hokage. Cette dernière laissa son regard naviguer sur les personnes en face d'elle par dessus son bureau couvert de papiers. Naruto affichait une expression mitigée, tirant sur l'inquiétude, debout devant la table de travail. Sakura, non loin de lui, était plutôt dubitative et préoccupée. Shizune, à sa gauche, attendait dans l'expectative la suite de ses directives après la réunion mouvementée avec les deux conseillers.
- Nous devons garder le retour de Sasuke secret, au moins jusqu'à la délivrance. Personne ne doit être au courant de sa présence dans le village. Naruto, tu t'occuperas de lui et de faire en sorte que cet entêté ne fasse rien qui puisse lui mettre le conseil à dos.
Le concerné hocha la tête en silence et croisa les bras sur son torse, son regard plus déterminé que jamais plongeant dans celui noisette chargé de confiance à son égard.
- Tu les as entendus comme moi. Ils n'hésiteront pas à agir en conséquence et je ne pourrais rien faire pour le protéger. Sakura et Shizune, je compte sur vous pour prendre soin de Sasuke et suivre sa grossesse, nous ne serons pas trop de trois pour seconder Naruto dans cette aventure, dit-elle en se tournant vers les deux médic-nin.
- Obaa-chan, est-ce que je peux y aller maintenant ? Je voudrais aller voir la maison avant de retourner à l'hôpital prendre des nouvelles de Sasuke, demanda le blond tout en se grattant l'arrière du crane, mal à l'aise par la conversation qui prenait un tour trop concret pour lui.
Tsunade lui donna son assentiment et il disparut par la porte sans demander son reste, songeant que son quotidien n'allait pas être de tout repos et que les choses n'allaient pas être facile pour composer avec un certain brun plutôt bien remonté contre lui. Mais il ne se laisserait pas faire, et soutiendrait son ami quoiqu'il arrive, même contre son gré.
Quand la porte se referma, la Godaime posa ses coudes sur son bureau et son menton sur ses mains jointes.
- Je compte sur vous deux pour préparer aussi nos futurs pères à l'accouchement et à la venue au monde de ce petit être. Je doute que ces deux là y connaissent grand chose en maternage et en contractions, et si tout se déroule bien, ce sont deux choses qu'ils vont devoir affronter... termina-t-elle avec un soupir.
Les deux jeunes femmes acquiescèrent et la blonde les renvoya à leurs activités, se retrouvant seule avec elle-même dans la pièce vide. Elle fit pivoter sa chaise et contempla le coin de ciel et de toits du village qui étaient visibles depuis la fenêtre de son bureau. Le conseil s'était montré tout à coup beaucoup plus coopérant et moins agressif envers l'Uchiwa, mais le jeune brun était une véritable bombe à retardement. Il avait montré tant de haine... Elle espéra que Naruto saurait le ramener à de meilleurs sentiments et éteindre le feu vengeur qui le dévorait... Et si les choses tournaient mal ? Et si cette grossesse, pour le moins peu ordinaire, tournait au cauchemar ?
S'il arrivait quelque chose de fâcheux à Sasuke, la réaction de Naruto risquait d'être tout aussi dangereuse. Il était allé jusqu'à huit queues pour venger la mort de Jiraiya, il serait bien capable de pire si l'ancien disciple d'Orochimaru venait à périr... Un frisson inquiet parcourut son corps, la Reine des limaces se retourna vers son bureau et en ouvrit le dernier tiroir. Dévoilant une cache secrète, elle en sortit une petite bouteille et un gobelet en terre cuite. Le liquide fort et alcoolisé lui brûla la gorge. Un peu de saké s'imposait... Ne serait-ce que pour trinquer au fait que, si tout allait pour le mieux, son petit protégé allait devenir papa, à dix sept ans... A cette pensée, elle ricana. Imaginer Naruto et Sasuke en train de pouponner était fort divertissant.
Il ne lui restait plus qu'à choisir parmi ses ninjas, quelques éléments de confiance, pour protéger et surveiller non seulement Sasuke mais aussi Naruto, au cas où. Avec ces deux là, il valait mieux se préparer à toute éventualité. Ils seraient parfaitement capables de faire voler la maison en éclats s'ils venaient à se disputer pour une chose ou pour une autre. Tsunade n'aimait pas être prise au dépourvu, mais quand il s'agissait de ces deux là, imprévisible était ce qui les définissait le mieux.
~oOo~
Naruto poussa prudemment la porte de la chambre, peu sûr de l'accueil qu'il recevrait. Deux pupilles noires le clouèrent sur place. Le nouveau venu déglutit mal à l'aise face au silence glacial et à l'attitude hostile de son meilleur ami. Courageusement, il pénétra dans la pièce et s'approcha à pas mesurés du lit blanc.
- Je suis venu te chercher, pour t'emmener dans la maison que mamie Tsunade nous a attribuée.
Le jeune Uchiwa se contenta de fusiller du regard son ex-coéquipier, aussi immobile qu'une statue grecque. Le blond retint un soupir, et se dirigea vers l'armoire où étaient rangés les effets personnels du brun. Durant tout le temps qu'il fallut à Naruto pour sortir les vêtements du placard, Sasuke n'esquissa pas le moindre geste, ne le quittant pas des yeux. L'air de chien battu qu'arborait son camarade quand il lui tendit sa tenue faillit lui tirer un rictus moqueur.
Sortant du lit sans même esquisser un geste vers les pièces de tissu, le jeune Uchiwa se dirigea vers la penderie qu'il commença à fouiller méticuleusement. Naruto, l'ayant suivi du regard et ayant deviné ses intentions, intervint :
- Si tu cherches ton katana, Mamie Tsunade te l'a confisqué.
Seuls les poings pâles qui se crispèrent montrèrent que le brun l'avait entendu.
- Tu as besoin d'aide pour t'habiller ? demanda timidement le jinchuriki alors que l'Uchiwa revenait vers le lit.
Le nukenin arracha avec brusquerie les vêtements que le blond tenait encore entre ses mains, et retira sans délicatesse le haut du pyjama blanc qui le recouvrait dans un silence buté.
Les yeux bleus s'agrandirent de stupéfaction en voyant que le ventre habituellement pâle de son ami était recouvert d'hématomes violacés de toutes formes et de toutes tailles.
Tendant la main vers le corps meurtri du brun, il questionna son vis-à-vis, l'inquiètude perçant dans sa voix.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est à cause de… de tu sais quoi ? Ou... Ou alors c'est le chakra de Kyuubi qui t'as fait ça ?
Sasuke ne prit pas la peine de répondre, se bornant à jeter un regard assassin au porteur du parasite responsable de son état, ses yeux aussi acérés que l'aurait pu être la lame de sa chère Kusanagi s'il l'avait eu entre les doigts, rabattant violemment les pans de son kimono couleur de neige sur ses abdominaux blessés.
Provoquant un rougissement intense des joues marquées de trois cicatrices parallèles semblables à des moustaches, le pantalon blanc fut baissé sans pudeur, dévoilant la virilité du brun dans toute sa splendeur. Naruto, gêné, se détourna brutalement du spectacle, tournant le dos à l'Uchiwa le temps que ce dernier finisse de se vêtir. Il osa discrètement couler un regard par dessus son épaule quand les froissements de tissus cessèrent.
Tendant une lourde cape noire à son ancien coéquipier, Naruto baissa les yeux sous le regard meurtrier. Il déploya la sienne sur ses épaules et se dirigea vers la porte de la chambre, tout en ne cessant de couler un regard en coin vers le brun. Passer par les toits était proscrit vu l'état plutôt instable du chakra de Sasuke. Il ne manquerait plus que ce dernier se casse une jambe et le tableau serait complet. Ils étaient donc bon pour passer par les ruelles, comme des gens normaux somme toute. Dans d'autres circonstances, il en aurait bien rit et profité pour se moquer de son ami, mais là, ce n'était pas franchement le moment.
Dans la rue noyée d'ombres, deux silhouettes encapuchonnées sous la lune blafarde, s'arrêtèrent devant un portail de bois sombre surmonté d'un auvent de tuiles rouges qui ne laissait rien voir de ce qu'il se trouvait de l'autre côté des hauts murs blancs qui le ceignaient.
- Voilà, c'est là. La voix sourde de l'Uzumaki résonna dans la ruelle qui semblait déserte.
Le porteur du Sharingan fouilla des yeux la pénombre alentour, cherchant à distinguer les ombres des ninjas qu'il savait être là, les ayant probablement accompagnés depuis l'hôpital, même si dans l'état actuel des choses il ne réussissait pas à sentir leur chakra.
Il s'était finalement résigné à accepter cette condition que la Godaïme avait posée, pensant qu'il lui serait plus facile de fausser compagnie à ses gardiens dans une maison un peu isolée du village, plutôt qu'à l'hôpital situé en plein centre ville et à proximité de la tour Hokage. La vigilance de ses geôliers finirait bien par se relâcher à un moment ou à un autre, lui fournissant l'occasion de fuir.
Tout en se déchaussant, Sasuke étudia l'endroit où il allait devoir vivre durant quelques temps. C'était une maison simple, entourée d'un jardin que les ombres de la nuit dissimulaient à son regard. Avançant plus avant dans le logis, il arriva dans une grande pièce à vivre, meublée d'un canapé et de deux fauteuils à l'air comfortable. Dans le coin juste après l'entrée, un bar séparait du reste de la pièce la cuisine ouverte sur le séjour, où trônait un kotetsu entouré de coussins.
Naruto se tourna vers son tout nouveau colocataire qui l'ignora superbement.
- Tu vas manger quelque chose, Sakura a préparé des Yakisoba au poulet. Bon, c'est pas une grande cuisinière mais ça a l'air mangeable.
Il eut tout juste le temps de voir le brun s'engouffrer dans le couloir à droite de l'entrée, absolument pas concerné par ces questions culinaires.
Poussant les portes les unes après les autres de part et d'autre du corridor, le jeune Uchiwa trouva les toilettes, puis en face, une salle de bain contenant une cabine de douche et une baignoire. Alors qu'il ouvrait l'avant dernière porte au bout du couloir, à côté des cabinets, le blond surgit derrière lui et lui annonça :
- C'est ma chambre. Je t'ai laissé l'autre qui est plus grande, j'ai pensé que ….
Mais le brun ne l'écouta pas plus, refermant sèchement la porte avant d'aller s'enfermer dans la dernière pièce restante qui était en face, à côté de la salle de bains, devenue de fait sa propre chambre.
Le jeune Uzumaki resta les bras ballants, seul dans le couloir, face à la porte close de celui qui allait partager son quotidien désormais. Il se passa une main lasse dans les cheveux, avant de reprendre la direction de la cuisine pour se sustenter. Le regard triste, il avala sans entrain son repas avant de préparer un plateau pour le brun. Juste avant de refermer le battant de sa chambre qui contenait déjà ses affaires, il pensa que la cohabitation n'allait pas être facile et joyeuse. La lumière qui filtrait sous la porte qu'il venait de fermer disparut, laissant le couloir dans la pénombre, un plateau repas sur le seuil de la chambre d'en face.
To Be Continued...
Commentaires des auteurs :
On souffre autant que Sasuke en fait, nous aussi on accouche ! Et de chaque chapitre en plus !
Bureau des plaintes et des réclamations des personnages martyrisés :
Sasuke jette un œil inquiet aux deux auteurs, qui font une pause bien méritée, accompagnée de café et de coca.
- Il se passe pas grand chose dans ce chapitre. Vous m'avez à peu près épargné... Mon calvaire serait-il fini ?
Les deux acolytes ne prennent même pas la peine de lui répondre, savourant leur boisson respectives et faisant jouer les articulations de leurs doigts.
Jiraiya, revenu d'entre les morts, rétorque d'un ton goguenard :
- Tu n'as pas encore vu la suite ! Prépare-toi au pire !
Naruto arrive en courant et secoue violemment une des deux auteurs :
- Le plateau repas ! Est-ce qu'au moins l'autre Teme va le manger ? On ne gâche pas la nourriture !
- C'est Sakura qui a préparé la bouffe, c'est forcément imbouffable ! lui répond l'auteur non martyrisée.
Gamakichi et Gamatatsu sautent devant les lecteurs, et croassent en choeur :
- Reviewez, pour la présence des batraciens dans les prochains chapitres !
Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 6 : Avancer tant bien que mal...
Une pente glissante suivie de quelques tours et détours, mais il faut continuer à avancer, tant bien que mal. Sasuke est-il au bout de ses peines sur ce chemin qu'il croyait tout tracé ?
