Avertissement: Ce chapitre est plus long que les précédents, mais c'était impossible de faire plus court... Pas de scènes, pas de violence, rien de rien ici non plus.
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Bonne Lecture !
~ Chemins de traverses ~
Chapitre 6 : Avancer tant bien que mal...
Les rayons d'un timide soleil matinal, passant par une grande fenêtre ronde, tombaient sur une forme couchée sur le flanc. Sasuke ouvrit lentement les yeux, se les frottant pour en chasser les dernières traces de sommeil. Pour une fois, il avait réussi à faire une nuit correcte. Se redressant avec précaution sur le matelas confortable, il observa ce qui l'entourait, décidant qu'il pouvait bien faire un peu connaissance avec son nouveau chez lui temporaire, et il se leva.
La chambre était spacieuse, les murs blancs accentuant l'impression d'espace, un parquet fatigué recouvrant le sol. En dehors du grand lit et de ses chevets assortis, elle ne contenait rien d'autre qu'une console en plus des placards intégrés dans le mur derrière des portes coulissantes de la même couleur neutre. Sasuke ouvrit un à un les espaces de rangement, constatant qu'ils étaient totalement vides. Puis, avisant la cheminée éteinte à laquelle il jeta un regard absent, il sortit de la pièce.
Une douleur soudaine et inattendue irradia de ses orteils sans protection. Étouffant une exclamation endolorie, il baissa les yeux, tombant nez à nez avec un plateau repas posé à même le sol. La vue des aliments froids et figés fit se contracter violemment son ventre, l'obligeant à courir dans le couloir jusqu'aux toilettes avec précipitation. Alors qu'il rendait le maigre contenu de son estomac, accroché à la cuvette comme un rescapé, il maudit intérieurement cent fois l'idiot qui avait cru bien faire en lui laissant la nourriture sur le pas de sa porte.
Naruto sentit le chakra de Sasuke fluctuer légèrement, signe que son colocataire était déjà réveillé. Il soupira profondément en voyant l'heure qu'affichait son réveil, les aiguilles pas très avancées sur le cadran. C'était pas possible, mais quelle idée de se lever si tôt ! Le blond avait passé la nuit à tourner et se retourner dans le petit lit qu'il occupait. Trop de choses hantaient son esprit. La culpabilité qu'il ressentait face à la situation de Sasuke et sa joie de l'avoir à nouveau à ses côtés étaient un paradoxe qui le tenaillait, l'empêchant de fermer l'œil.
Son regard erra dans la chambre aux murs nus, à part le lit simple dans lequel il était allongé, il n'y avait qu'un chevet, une console et une cheminée ronde. La veille, il avait rapidement rangé ses quelques effets personnels dans les placards intégrés dans le mur face à lui. La chambre était petite et simple mais lumineuse, comme toute la maison. La maison de ses parents. La maison où il aurait dû vivre, où il aurait dû grandir. Il avait tenté d'imaginer ce qu'aurait été sa vie avec ses parents dans cette maison, pendant qu'il la préparait à les accueillir lui et son ancien coéquipier. Son cœur se serra à ces pensées.
Un bruit de vaisselle bousculée le tira de ses tristes réflexions. Il eut à peine le temps de se rappeler le plateau qu'il avait laissé dans le couloir la veille au soir, que des pas précipités retentirent, le faisant s'asseoir soudain alerté. Le claquement d'une porte le fit se lever, les bruits, forts peu gracieux, de régurgitation le précipitèrent hors de sa chambre. Alarmé, il courut vers les toilettes contiguës à l'espace qu'il occupait où il trouva Sasuke agenouillé, plié en deux.
La pièce était suffisamment grande pour s'y tenir à deux et le blond n'eut aucun mal à y rejoindre son ami. Prenant sur lui pour ne pas vomir lui aussi, il se pencha vers le brun et lui lança un regard inquiet avant de lui demander :
- Ça va ?
Un regard noir lui signifia clairement à quel point sa question était idiote et malvenue, le figeant un instant sur place.
L'Uzumaki ne sachant trop que faire, lui tapota légèrement le dos d'une main malhabile et hésitante, un peu gêné. Il tenta de réconforter le malade :
- Mamie Tsunade a dit que c'était normal, et que ça passerait... Les vomissements, hein... se sentit-il obligé de préciser.
Un brusque coup d'épaule le bouscula, lui enjoignant de quitter la pièce.
Revenu dans le couloir, il vit que le repas, qu'il avait déposé la veille au soir, n'avait pas été touché. Dépité, il ramassa le plateau et se dirigea d'un pas lourd vers la cuisine. Il avait le désagréable pressentiment que la collocation avec son ancien coéquipier allait être difficile, très difficile. Posant son fardeau sur le plan de travail, il ouvrit les différents placards pour trouver un verre qu'il remplit d'eau fraîche. De retour auprès du brun, il constata que celui-ci avait cessé de rendre tripes et boyaux mais restait agenouillé devant les cabinets. Il lui tendit le verre qu'il tenait à la main avec un petit sourire encourageant.
Les iris noirs de Sasuke se posèrent sur le gobelet transparent, sérigraphié d'éléphants roses et bleus tenant des ballons jaunes dans leurs trompes. L'un de ses sourcils eut un soubresaut offusqué devant l'objet infantile malgré ses hauts le cœur. Il le prenait pour quoi l'autre là, un gamin ? D'une main vengeresse, le jeune homme indigné renversa le verre. Naruto poussa un cri d'orfraie et fit un bond en arrière, se cognant douloureusement le dos dans le lave-mains encastré dans le mur derrière lui.
Mais cela ne sauva pas l'avant de son pantalon qui se retrouva irrémédiablement mouillé. Sasuke se releva finalement, jetant un oeil moqueur à l'entrejambe humide de sa victime. Naruto, vexé, s'écria :
- Enfoiré ! Tu pourrais faire gaffe !
- … Tss !
Sur cette réponse sibylline, le brun quitta la pièce, laissant derrière lui un blond fulminant et grommelant mille noms d'oiseaux à son encontre.
Sasuke retourna dans sa chambre où il récupéra sa brosse à dents, dans son sac posé au pied du lit qui contenait les maigres possessions qu'il avait emmenés en partant du repaire de l'Akatsuki, avant de repartir en direction de la salle de bains sans plus prêter la moindre attention à son colocataire qui râlait toujours, le regardant entrer dans la pièce d'en face. Le brun examina avec un intérêt tout relatif l'endroit, s'y dépêchant de procéder à ses ablutions et de se rafraîchir.
~oOo~
Naruto sautait de toit en toit, tout en réfléchissant à l'entretien qu'il venait d'avoir avec Tsunade dans le bureau de cette dernière. Sa cohabitation avec l'Uchiwa s'avérait moins pire que ce qu'il craignait. Ils ne s'étaient pas encore disputés une seule fois, enfin pour cela il faudrait déjà que son colocataire lui adresse la parole. Ce dernier avait passé la journée enfermé dans sa chambre alitée, sans même prendre la peine de se sustenter.
Ce comportement apathique l'inquiétait, il avait connu le brun renfermé et asocial mais jamais éteint comme maintenant. Il avait toujours été jusque là un homme d'action, réfléchi et posé, mais en constant mouvement. Il avait fait part de ses préoccupations à sa grand-mère de cœur, qui l'avait rassuré en lui expliquant qu'il fallait laisser à Sasuke un peu de temps pour accepter sa situation et trouver ses marques dans cette nouvelle vie. Entre son retour à Konoha et le reste, ça faisait beaucoup de choses à digérer.
Arrivé dans la rue qui longeait son nouveau logis, il aperçut Kakashi adossé contre le haut mur blanc qui ceignait le jardin, son éternel livre à couverture orange à la main. Le ninja copieur lui adressa un sourire qu'il devina encourageant sous son masque. Le blond rendit son sourire à son maître et poussa le portail, se préparant à retrouver son fantomatique compagnon. Serrant le sac de courses qu'il tenait entre ses doigts, il espéra que le menu qu'il avait acheté attiserait l'appétit de Sasuke.
Ôtant ses chaussures à la va vite dans l'entrée sans prendre la peine de les ranger, il se dirigea vers la cuisine, déposant son précieux fardeau sur le plan de travail. Il déballa ses achats et les mit à réchauffer tout en dressant le couvert sur la table non loin. Le jinchuriki frappa à la porte de la chambre du brun, et n'obtenant pas la moindre réponse, finit par ouvrir le battant. En entrant dans la pièce, ses yeux tombèrent sur la masse emmitouflée sur le lit, couchée sur le flanc dans une couverture bleue et une autre, orange, par dessus.
Surpris, il pointa un doigt vers le corps roulé en boule, et ouvrit la bouche pour protester vertement contre le vol manifeste de sa couverture. Constatant brutalement que l'immobilité du brun signifiait sûrement que celui-ci s'était endormi, il stoppa net sa tirade scandalisée avant même le premier mot. S'approchant à pas de renard du lit, il se pencha vers la tête brune qui émergeait à peine de l'amas coloré.
La respiration calme et régulière faisait se soulever une mèche de cheveux posée sur la bouche entrouverte. Les longs cils noirs ombraient les joues pâles et amaigries, cachant les orbes sombres que Naruto connaissait si meurtrières. Un soupir de soulagement franchit les lèvres du blond, heureux de constater que son ami se reposait enfin un peu. Dégageant la mèche qui retombait sur le visage gracile, il effleura le front du bout des doigts. La fraîcheur de la peau lui fit clairement comprendre la raison du kidnapping de sa couverture, Sasuke avait froid.
Le porteur de la pupille à virgule papillonna vaguement des paupières, des effluves de nourriture chatouillant délicieusement ses narines, faisant crier famine à son estomac malgré ses caprices. S'étirant comme un chat, dans son cocon de couvertures, son regard fut attiré par une lueur rougeoyante. Un bon feu brûlait dans la cheminée de sa chambre, réchauffant agréablement l'atmosphère. Se redressant dans son lit, ses iris noirs tombèrent sur un patchwork chamarré. Une épaisse couette bariolée de couleurs vives, qui lui agressèrent les rétines, était posée sur lui.
S'interrogeant sur la provenance de la chose, il l'examina, éprouvant son épaisseur bien plus que raisonnable et sa douceur chaleureuse. Il devina aisément l'origine de ce présent. Il n'y avait qu'une seule personne capable d'acheter une couette aussi colorée. Touché bien malgré lui par l'attention, Sasuke s'extirpa à contrecœur de son cocon, et se laissa guider par son estomac jusqu'à la cuisine, tout en se demandant vaguement comment Naruto avait bien pu deviner qu'il crevait de froid dans cette bicoque.
Sur la table de la cuisine refroidissaient un bol de soupe au miso et un plat de ramen. Surpris de voir le repas intact, il se demanda où était passé l'amateur du plat en question. Un ronflement discret attira son attention sur le canapé dans son dos. Un léger, très léger, sourire lui vint au coin des lèvres en voyant une paire de pieds nus dépasser d'un accoudoir chocolat. Cet idiot s'était tout bonnement endormi en l'attendant pour manger.
Naruto bailla bruyamment, sortant de sa petite sieste inopinée qui l'avait pris au dépourvu alors qu'il patientait jusqu'au réveil du brun. La sensation de quelque chose de pelucheux, lui glissant de dessus, le fit porter son regard vers son torse qu'il découvrit recouvert de sa couverture orange. Clignant plusieurs fois des yeux surpris, son cerveau fit peu à peu le lien, tirant la conclusion qui s'imposait : Sasuke s'était levé et était venu jusqu'ici, lui rendant enfin son bien.
Se redressant brutalement, il jeta un oeil inquisiteur en direction de la cuisine. Apercevant un bout de la table qu'il avait dressé pour le repas, il constata que le bol de soupe avait disparu. Précipitamment, il se leva et se dirigea vers le bar où il vit le bol soigneusement lavé en train de sécher sur l'évier. Fermant les yeux, il se concentra pour repérer le chakra de son ancien coéquipier. La présence de ce dernier dans sa chambre, immobile, le rassura. Visiblement, Sasuke s'était recouché.
Satisfait de constater que le brun avait enfin mangé, mais déçu de ne pas avoir réussi à partager son dîner avec lui, Naruto s'installa devant ses ramens qu'il entama sans vraiment d'entrain, plus motivé par son estomac criant famine qu'autre chose. Récupérant sa couverture sur le canapé, il alla se coucher directement, espérant que le lendemain serait moins morose.
~oOo~
Il y avait longuement réfléchi, c'était le meilleur moyen pour se débarrasser de ce parasite qui lui retournait les entrailles depuis trop longtemps déjà. Une semaine qu'il énumérait toutes les solutions à sa portée pour mettre un terme à ce problème qui lui pourrissait la vie. C'était risqué, il en avait parfaitement conscience. Mais au vu de son état actuel, il n'avait pas vraiment beaucoup d'options. Il fallait que cette chose dégage de son corps, à tout prix.
Assis dans la baignoire, de l'eau froide jusqu'à la poitrine, complètement nu, Sasuke se concentra pour malaxer son chakra. Ses intentions étaient simples : former un chidori et le retourner contre son ventre, profitant de la conductivité de l'eau pour pallier à son manque de puissance actuel. Ainsi il se délivrerait du truc immonde qui grossissait en lui un peu plus chaque jour. Son pantalon le serrait plus que de coutume alors qu'il ne mangeait qu'à peine un bol de soupe par jour, son manque d'appétence et ses nausées le privant de toute envie de se nourrir. C'était la preuve que cette chose grandissait en lui. Il fallait que cela cesse, et vite.
Le crépitement caractéristique retentit dans la pièce, l'aura bleutée et les petits éclairs commençant à recouvrir son poing. Le carrelage en damier orange, blanc et vert de la salle de bain s'illumina sous l'effet des arcs électriques de plus en plus intenses. Arrivé péniblement à son paroxysme, une goutte de sueur perlant de son front, il dirigea sans aucune hésitation sa main crispée et tremblante en forme de serre d'aigle sur son ventre immergé dans le liquide gelé qui faisait bleuir sa peau.
La décharge électrique se répandit rapidement en lui et ses abdominaux se crispèrent abominablement. La douleur intense noya ses sens mais il serra les dents, poursuivant la manœuvre, continuant à s'infliger l'atroce souffrance. Des points blancs commencèrent à danser devant ses pupilles de plus en plus vitreuses mais il insista encore et encore, épuisant jusqu'à l'ultime limite son chakra. Sasuke sentit la maîtrise de son corps lui échapper et ses pensées s'embourber peu à peu dans un brouillard bleuté de plus en plus opaque. Il perdit pied, s'affaissant dangereusement dans le bain.
Son corps devint lourd comme du plomb et le chidori mourut dans sa paume. Se sentant définitivement partir, il tenta de se raccrocher au rebord du bassin alors qu'il sombrait lentement mais sûrement dans les limbes profondes de l'inconscience. Dans la salle de bain colorée, émergeant à peine de l'eau glaciale qui remplissait la baignoire, une chevelure noire aux reflets bleus flottait mollement alors qu'une main pâle glissait, inerte, sur la paroi mouillée pour finir par plonger dans le liquide transparent.
- Ne t'inquiète pas, il a dépassé le stade fatidique des trois mois, les nausées vont aller en diminuant. Enfin, normalement.
La voix calme et rassurante de Tsunade apaisa Naruto. Il espéra sincèrement que les choses allaient s'arranger. Depuis une semaine qu'il cohabitait avec Sasuke, le brun ne lui avait pas adressé une seule fois la parole, et surtout ne mangeait pratiquement rien, sortant à peine de sa chambre.
Les seules escapades que son colocataire effectuait hors de son antre étaient liées aux nausées fréquentes dont il souffrait, et à ses ablutions matinales. Le jinchuriki sourit, rassuré, à sa grand-mère de coeur. Soulagé, il écouta les explications de Tsunade sur le déroulement d'une grossesse normale et lui fit son rapport quotidien. C'était un petit moment qu'il appréciait particulièrement ces derniers temps, ça lui permettait de s'éloigner de l'ambiance lourde et pesante qui régnait dans la maison de ses parents.
Un intense et fulgurant sentiment de malaise lui broya le coeur. Portant convulsivement la main à son torse, Naruto entendit la voix grave de Kyuubi résonner dans sa tête :
- Y'a un sérieux problème, bouge gamin !
L'urgence contenue dans le ton impérieux du renard suffit à alerter le blond qui sans même donner d'explication, le visage décomposé par l'angoisse, se leva précipitamment et sauta par la fenêtre. Il n'hésita pas une seconde à utiliser toutes ses ressources, créant une déflagration bruyante quand il disparut de la vue de la Godaïme, qui lui emboîta le pas aussitôt, plus qu'inquiète pour les deux garçons, ayant deviné sans mal la destination de son protégé.
Shikamaru, posté nonchalamment au pied d'un arbre du jardin, fronça les sourcils. Se concentrant sur ses ressentis, il perçut avec clarté l'augmentation des émanations de chakra à l'intérieur de la maison. Soucieux, il activa sa radio :
- Neji, tu m'entends ?
- Oui.
- J'ai senti un truc, est-ce que tu peux regarder de plus près ?
- Ok.
Neji, posté de l'autre côté de la maison, sur le haut mur d'enceinte, écarquilla ses yeux et activa son Byakugan immédiatement. Un pli soucieux barra son front quand il vit le flux de chakra se concentrer en un point de la bâtisse.
- Shikamaru, il y a une concentration inhabituelle de chakra dans la salle de bain.
- Galère, va peut-être falloir qu'on aille voir ce qu'il se passe.
- Attends, ça vient de disparaître.
- Comment ça, ça vient de disparaître ? demanda Kakashi, intervenant à son tour.
- Il n'y a plus rien... plus rien du tout... je ne vois plus de chakra du tout...
L'affolement dans la voix du Hyuga fut parfaitement perceptible, poussant les autres membres de l'équipe à se précipiter vers la demeure. Saï se laissa tomber immédiatement de la branche où il était perché, Yamato descendit rapidement du toit et Kakashi sauta lestement par dessus le mur d'enceinte. Shikamaru et Néji, qui avaient été les premiers à réagir, allaient atteindre l'entrée de la maison quand un éclair orange les devança.
Naruto passa à travers la porte comme une tornade et se rua à l'intérieur. Sans ralentir une seconde, il se jeta dans la salle de bain qui faisait face à l'entrée, défonçant le fin battant fermé à clef sans la moindre hésitation. Avisant immédiatement Sasuke effondré et sans connaissance dans la baignoire, il se hâta vers lui, plongeant ses mains, sans prendre garde à ses vêtements, dans l'eau qu'il trouva glaciale.
Tirant à lui le corps lourd et inanimé de son ami, il le prit contre son torse, glissant un de ses bras sous ses genoux et l'autre sous ses aisselles, et il le souleva hors de l'eau. La tête brune pendit mollement et les membres finement musclés ballottèrent dans le vide, l'alertant davantage. Affolé, le coeur battant fortement dans sa poitrine, Naruto se jeta hors de la salle d'eau et se précipita dans la chambre du brun, portant son précieux fardeau qu'il déposa sur le lit avec précaution.
Le blond se pencha contre la figure pâle aux lèvres bleuies, approchant sa joue et son oreille, guettant un souffle de vie, paniqué. Il glissa précipitamment sa main tremblante à l'emplacement du cœur sur le torse délicatement ciselé et retint sa respiration. Il perçut finalement un pouls rapide et filant, mais aucune respiration ne venait caresser sa joue. Sans réfléchir, il ouvrit les voix aériennes de Sasuke, pinça le nez aquilin et colla sa bouche ouverte sur celle gelée de son ami, lui insufflant tout l'air qu'il put, comme il l'avait appris.
Tsunade arriva dans la pièce, essoufflée. Traversant l'équipe qu'elle avait elle-même choisie et dépêchée à la surveillance de l'Uchiwa, elle rejoignit le lit en quelques enjambées rapides. Écartant Naruto vivement, elle assena un grand coup violent dans le sternum du brun qui déclencha enfin un réflexe. Sasuke se mit à tousser et la médic-nin le bascula immédiatement sur le flanc. De l'eau coula des lèvres entrouvertes et du nez, inondant la couette multicolore.
Une profonde respiration sifflante retentit dans la pièce, un immense soulagement envahissant instantanément Naruto. Des larmes de délivrance montèrent aux yeux de l'hôte du démon renard qui prit une inspiration tremblante, se rendant compte qu'il avait oublié de respirer jusque là, suspendu au souffle de Sasuke. Le brun toussa encore et commença à trembler de tout son être. Rapidement, des volutes orangées se mirent à sourdre de son épiderme, agressives, obligeant Tsunade à s'éloigner.
Naruto réagit immédiatement et se précipita aux côtés du rescapé. Il l'enveloppa promptement dans la couette chamarrée malgré les effluves ondoyantes, inoffensives envers lui. Se couchant instinctivement à son tour sur le flanc derrière le futur père, tournant le dos à la porte, il se lova contre lui et le frictionna vigoureusement dans ses bras alors que ce dernier grelottait et claquait des dents. Sasuke, percevant une source de chaleur dans son dos, chercha inconsciemment à se blottir contre elle.
Le blond, attentif à la faible tentative infructueuse du corps transi qu'il tenait dans ses bras, le retourna doucement face à lui, l'enserrant plus fort dans son étreinte, cherchant à le réchauffer du mieux qu'il le pouvait. Son colocataire se cala confortablement contre ce radiateur inopiné, sa tête se coula sous le menton de Naruto, son nez se lovant dans le cou de ce dernier. Le jinchuriki perçut, soulagé, l'ombre faiblarde de la respiration de son ami caresser son épiderme avec fragilité. Il frotta délicatement le dos frissonnant de froid sous l'épais duvet, profondément affecté par ce qu'il venait de se passer.
Tsunade recula vers la porte, faisant signe aux ninjas toujours présents dans l'encadrement de la chambre de sortir, laissant les deux jeunes hommes seuls dans la pièce. Réunis dans le séjour, les cinq ninjas firent face à leur supérieure, tendus devant le silence de celle-ci. Le regard sévère de la blonde les foudroya sur place. Elle s'adressa à eux d'une voix cinglante.
- Que s'est-il passé ?
Le chef d'équipe, Kakashi, expliqua factuellement le déroulement des événements à la Godaïme, conscient que son équipe avait commis une erreur. La reine des limaces fronça les sourcils et se tourna vers le Hyûga, demandant plus de détails sur la concentration de chakra que celui-ci avait perçue.
- Elle était localisée dans la main droite de Sasuke, et très concentrée, mais de puissance moyenne.
- C'est impossible ! Il porte des bracelets inhibiteurs de chakra, il ne peut utiliser aucune technique, affirma la blonde.
- Il les a enlevés, déclara calmement Saï. Je les ai trouvés au pied de la baignoire.
Le peintre tendit à sa patronne les deux bandes de tissus sur lesquelles étaient dessinés des sceaux complexes. Elles étaient parfaitement intactes. La surprise se lut sur les visages des ninjas réunis : jusqu'à présent, jamais personne n'avait réussi à enlever ces bracelets.
Décidant de se pencher sur la question ultérieurement, la chef du village caché de la Feuille darda un regard noir vers son équipe et s'adressa à eux d'une voix forte et virulente :
- Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans "Mission de surveillance" ! Je croyais pourtant avoir été très claire ! Sasuke Uchiwa est une bombe à retardement, soyez vigilants ! Aurai-je surestimé vos capacités ?
La colère de la blonde continua à s'abattre sur les cinq garçons devant elle.
- Il a réussi à se défaire des bracelets réputés pour être parfaitement inaltérables, a utilisé une technique de ninjutsu sur lui-même, et il s'est presque noyé dans une baignoire. Tout ça sous vos yeux ! C'est totalement inacceptable ! Vous devez le surveiller et intervenir immédiatement à la moindre alerte. Suis-je suffisamment claire ou vous faut-il un traducteur ?
Arrachant des mains de Saï les bandes de tissus trouvées dans la salle d'eau, elle se dirigea d'un pas vif vers la chambre qu'occupait la cause de tant de soucis, non sans lancer d'un ton autoritaire à ses subordonnés :
- Retournez à vos postes ! Prouvez-moi que j'ai eu raison de vous faire confiance. Et ne sous-estimez plus ses capacités et son ingéniosité, il a quand même vaincu de grands ninjas !
Les ninjas réprimandés disparurent immédiatement, regagnant piteusement leurs observatoires respectifs, trop heureux de s'éloigner au plus vite de la blonde à la force légendaire.
Dans la chambre, les deux adolescents couchés sur le lit ne bougèrent pas d'un pouce quand la porte s'ouvrit, laissant entrer Tsunade. La femme coiffée de deux couettes basses contourna la couche et vint s'asseoir à côté d'un Sasuke toujours endormi et lové dans les bras hâlés du blond. Naruto l'interrogea d'un regard angoissé, resserrant son étreinte autour de la masse encore frissonnante contre lui.
Tsunade posa un regard soucieux sur le jeune brun emmitouflé dans la couette multicolore, et doucement elle écarta les mèches de cheveux humides qui lui collaient au front. Chargeant sa main de son chakra médical, elle fit un rapide examen de l'état général du garçon à partir de ce point là, avant de se tourner vers son protégé.
- Il n'a presque plus de force et son flux spirituel est toujours instable, mais il va s'en remettre. Ça va aller, ses jours ne sont pas en danger, même s'il s'en est fallu de peu... Je voudrais examiner son ventre un instant, mais pour ça il faut que tu le relâches.
Le ton doux de celle qu'il considérait comme sa grand-mère rassura le blond. Il se détacha délicatement du brun, qui grogna faiblement à la perte de son confortable radiateur, tentant inconsciemment de s'y raccrocher. Tsunade souleva légèrement la couette pour avoir accès aux abdominaux de son patient. Les deux blonds regardèrent surpris les brûlures sur la peau pâle se résorber d'elles-mêmes alors qu'une aura orangée s'étendait sur celles-ci.
Visiblement le chakra de Kyuubi se chargeait de soigner les blessures que le jeune homme s'était infligé. En toute logique cela signifiait que le foetus était toujours là. Quoique le futur père ait tenté, c'était un échec. Tsunade rabattit soigneusement le tissus épais et coloré sur le corps svelte, laissant Naruto le reprendre dans ses bras où Sasuke se pelotonna en soupirant faiblement. La blonde regarda, soucieuse, la façon dont son petit protégé s'enroula en une étreinte protectrice et possessive autour de son ami lové contre lui, cachant le rescapé aux yeux du monde.
Elle s'inquiétait beaucoup pour ces deux là. Le brun semblait, non était, prêt à tout pour se débarrasser du fœtus, quitte à se mettre lui-même en danger. Le blond, lui, ne semblait pas se rendre compte d'à quel point toute sa vie tournait autour de Sasuke. C'était déjà vrai avant, et le retour de l'Uchiwa dans une situation plus que délicate n'avait fait qu'amplifier les choses. Depuis qu'il l'avait ramené inconscient, Naruto ne parlait que de Sasuke, ne pensait qu'à Sasuke, ne semblait vivre que pour Sasuke. Et il souffrait sûrement plus qu'il ne voulait le montrer de la froideur de celui-ci, minimisant le fait que ce dernier soit "enceinte".
Montrant les bracelets inhibiteurs de chakra qu'elle avait précédemment posés sur la table de chevet, Tsunade expliqua calmement à Naruto.
- Il a besoin de repos, mais surtout de reprendre du poids. Il a beaucoup maigri, beaucoup trop. C'est certainement pour ça qu'il a pu enlever les bracelets sans les forcer. Je vais les faire réajuster. Laisse-le dormir pour l'instant et tiens-le bien au chaud. Je reviendrais demain pour m'assurer que tout va bien et essayer de discuter avec lui.
Naruto répondit à sa grand-mère de cœur d'un simple hochement de tête, reportant toute son attention sur son colocataire. Il n'entendit que vaguement la porte se refermer derrière elle, tous ses sens focalisés sur celui qu'il avait failli perdre, définitivement cette fois. Il retint un sanglot soulagé, plongeant son visage dans la chevelure noire et encore humide, ses bras se refermant davantage autour de celui qui lui avait fait si peur.
Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris, à cette banane ? Il avait quand même failli mourir électrocuté par son propre chakra dans une baignoire ! Question classe et mystère il y avait mieux, non ? Naruto eut un sourire en imaginant la réaction des autres à cette mort plus qu'improbable pour un Uchiwa. Sûr que l'honneur et la fierté du clan s'en seraient trouvées redorées ! Bon d'accord, il avait un polichinelle dans le tiroir, et alors ? Des milliers de femmes y étaient passées avant lui, ce serait quand même un comble que le grand Sasuke Uchiwa n'y survive pas.
Le pire étant effectivement, qu'il avait vraiment bien failli ne pas y survivre. Une onde de culpabilité l'envahit. Il aurait dû être plus vigilant. C'était Sasuke après tout, il ne renonçait pas facilement, et le blond le savait mieux que personne. Il aurait dû se douter que son colocataire préparait un coup en traître malgré son apathie apparente. A l'avenir, il ne le lâcherait plus d'une semelle, il ne comptait pas lui laisser une seule occasion de recommencer ses conneries.
Si Kyuubi ne l'avait pas prévenu à temps, Kamisama seul savait ce qu'il se serait passé. Les ninjas postés autour de la maison auraient-ils été assez rapides pour le sauver ? Un désespoir effroyable lui broya le cœur à cette pensée. Non, il n'aurait pas pu le supporter ! Sasuke avait bien trop d'importance pour lui ! Comment aurait-il pu continuer à avancer sans le nukenin pour moteur ? Sans même qu'il ne s'en rende compte une larme coula le long de ses joues allant s'échouer dans les mèches sombres.
Un geignement étouffé et douloureux résonna près de son oreille. Se rendant compte qu'il serrait le brun avec une telle force qu'il pourrait bien briser son corps fragilisé, il relâcha légèrement son étreinte. Ses mains se murent d'elles-même, allant caresser le dos et les cheveux du porteur du sharingan. Calant sa respiration sur celle de son camarade, Naruto sombra peu à peu dans le sommeil, se promettant de redoubler de vigilance et de tout faire pour que son ami aille mieux, quitte à devoir le traîner par la peau du cul hors de sa chambre si besoin était.
Sasuke fronça le nez, un souffle chaud s'écrasant sur ses joues le gênant. Un poids lourd sur sa taille l'incommoda. Bougonnant dans sa barbe inexistante, il se décida à ouvrir les yeux. La peau fine qui recouvrait ses iris lui sembla peser dix tonnes, mais il finit par réussir dans sa manœuvre. Ses pupilles s'élargirent, il fronça les sourcils. Une odeur fruitée et virile emplit ses narines, lui rappelant vaguement quelque chose.
La peau cuivrée lui donna l'indice final qui lui manquait pour réunir les pièces du puzzle. Naruto... Comment avait-il atterri dans les bras de cet idiot ? Il fouilla sa mémoire engluée et plus que défaillante, cherchant à comprendre comment il avait bien pu arriver là. Aux dernières nouvelles, il se flanquait un chidori dans les entrailles... entrailles... Sasuke glissa sa main toujours sous la couette, retrouvant sa peau nue, sur son ventre... normal...
Pas de trou, pas de blessure, pas de brûlure, rien... rien de rien... Se serait-il loupé ? Sasuke chercha à se concentrer pour voir s'il sentait quelque chose d'autre en lui. Son chakra était bien là, le sien. Il le sentait, très légèrement, mais il était tout de même bien présent, même si réduit à peau de chagrin. Fermant les yeux, sur le point de hurler de rage, il ressentit avec une considérable clarté une boule de chakra flamboyante et reconnaissable entre toute, celui de Kyuubi, là, au creux de son estomac. Une autre sensation étrange se mêla à cette dernière.
Un autre chakra, présent en moindre quantité, incisif et énergique, était étroitement entremêlé à celui du démon renard. Ce chakra qu'il aurait pu reconnaître n'importe où, même au milieu d'une nuée de clones, celui inimitable... du blond. Incroyable... Non seulement il se payait le luxe d'être un incubateur à chakra démoniaque, mais visiblement en prime il y avait un bonus ! Choqué par sa découverte, Sasuke se sentit au bord de la rupture, de la crise de nerfs, de... de...
Un grognement résonna à son oreille alors que le poids sur sa taille se resserrait. Le brun estomaqué, plaqua immédiatement ses deux mains sur le torse contre lui et poussa. Pas question qu'il reste près de ce... ce... crétin. Glissant de l'étreinte chaude et de l'entrave de la couette colorée qui se défirent, le brun se sentit basculer en arrière. Il essaya de se rattraper au tissu duveteux mais son mouvement ralenti manqua de précision.
Un choc sourd se fit entendre dans la pièce, accompagné d'un juron bien senti, sortant Naruto de son sommeil. Clignant des yeux pour s'habituer à la forte luminosité ambiante, il remarqua un maigre bras pâle posé sur le matelas. Un bras sans corps… un bras qui bougeait ! Se reculant précipitamment, il ne vit pas tout de suite la touffe de cheveux bruns qui émergeait difficilement de dessous le matelas.
Un grognement résonna, rassurant le blond sur le fait que ce bras ne devait pas être si seul que ça. S'approchant avec prudence du bord du lit, à quatre pattes, Naruto pencha précautionneusement la tête pour voir à qui appartenait le membre esseulé sur la couette chamarrée.
- Sasuke ? Mais qu'est-ce que tu fous là, par terre... Tu as perdu quelque chose ?
- Toi... c'est toi... c'est ton chakra à toi... à toi...
Naruto fixa un regard confus sur le visage éberlué de son ami. Les yeux écarquillés, la bouche ouverte et le doigt pointé sur lui, le brun bégaya une suite de mots totalement incompréhensibles pour le blond. Baissant ses iris sur le corps de l'Uchiwa, le jinchuriki tomba nez à nez avec la nudité pleine et entière, bien qu'amaigrie, de son colocataire. Rougissant jusqu'aux oreilles, affichant une expression digne de la plus prude des pucelles effarouchées, il se rejeta vivement en arrière et dit d'une voix hésitante :
- Tu... Tu … tu devrais te couvrir... tu vas attraper... froid, non ?
Sasuke,réveillé de son hébétude par les paroles pudibondes du jinchuriki, tenta de se redresser. L'incompréhension se peignit sur son visage grave quand il réalisa qu'il était tout bonnement incapable de se relever. Il avait beau pousser sur ses bras et ses jambes, il lui était tout simplement impossible de bouger. Paniqué, il força un peu plus mais ne réussit qu'à se soulever de quelques misérables centimètres avant que son corps ne cède à nouveau à l'attraction terrestre avec fracas.
- Je vais nous préparer un petit déjeuner, et tu n'as pas le choix, tu vas me faire le plaisir de...
L'Uzumaki fut interrompu dans sa tirade alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la porte par le bruit incongru d'une chute. Se retournant brusquement, il vit le brun toujours au sol et nu, grimacer de douleur. En deux, trois enjambées rapides, il rejoignit le corps échoué sur le parquet et voulut le relever en le saisissant par le bras.
Énervé, Sasuke chercha à le repousser, mais ne réussit qu'à esquisser quelques mouvements gourds et approximatifs avant de retrouver sans douceur le plancher des vaches une nouvelle fois.
- Arrête de faire ton fier ! Après ce que tu as fait hier, tu n'es pas vraiment en état. Mamie Tsunade ne va pas tarder à revenir. Et il faut que tu manges. La preuve, tu tiens plus debout !
Il reçut pour seule réponse un regard assassin accompagné d'un silence de mort, ce qui ne l'arrêta pas pour autant.
~oOo~
Sasuke fusilla des yeux le bol de riz blanc posé devant lui sur la table de la cuisine. Naruto revint vers lui et déposa une tasse de thé clair et parfumé à côté de l'aliment incriminé par les iris sombres. Décidant d'une trêve avec les grains immaculés, le brun reporta son attention sur la petite coupelle d'un orange agressif. Passant outre la couleur criarde, il leva mollement sa main et avec une lenteur sénile, il réussit à se saisir de l'objet.
Naruto s'attabla en face de lui devant un bol de ramen copieux. Les prunelles azurées ne lâchèrent pas son vis-à-vis des yeux, scrutant le mouvement malhabile qui ramena l'objet aux lèvres fines et pincées par la colère et l'impuissance. L'assentiment silencieux du brun sur le thé quand il lui avait soigneusement énuméré les possibilités des placards concernant les options pour ce petit déjeuner l'avait étonné. L'hôte du démon renard n'aurait pas imaginé deux secondes que Sasuke était à classer dans les buveurs de thé matinaux.
En y réfléchissant bien, il ne connaissait finalement pas tant que ça les habitudes et les goûts de son ami. Mis à part son penchant pour les couleurs neutres et les umeboshi, il était bien incapable de citer ce qu'il aimait et ce qu'il n'aimait pas. Sasuke était un brin maniaque de la propreté et du rangement, il l'avait constaté plusieurs fois lors de missions effectuées quand ils étaient plus jeunes, mais c'était bien la seule manie dont il se souvenait.
Un ricanement moqueur fit lever les yeux noirs vers le blond qui fixait sa main avec amusement.
- Quoi ! s'énerva le brun.
- Tu bois ton thé comme une princesse, se moqua l'amateur de ramen. T'as le petit doigt en l'air ! ajouta-t-il en imitant le geste qui l'amusait.
- La tasse est trop petite, Baka ! cingla ladite princesse.
Le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvrit, des pas faisant grincer le parquet, suivis des bruits d'une conversation qui s'achevait, mirent fin à l'échange ténu entre les deux adolescents. Tsunade entra dans la pièce avec Sakura, rompant l'atmosphère presque amicale. Naruto les accueillit avec un grand sourire alors que le brun retourna placidement à son thé sans leur accorder le moindre intérêt.
- Je ne m'attendais pas à te voir debout, Sasuke, constata la blonde tout en observant la scène, soulagée.
Sasuke coula un regard en coin totalement inexpressif vers la medic-nin avant de darder ses orbes sombres durcies sur le blond.
- Oh ! Pas la peine de me regarder comme ça, Teme ! s'exclama Naruto.
S'adressant à Tsunade, il rajouta :
- J'ai quasiment dû le porter pour arriver jusqu'ici. Il ne tient plus sur ses jambes. Il est tombé deux fois, je crois qu'il a dû se casser quelque chose...
- Idiot ! s'écria Sakura en frappant violemment la tête blonde de son coéquipier. Et tu l'as bougé quand même ! S'il s'est cassé quelque chose, tu vas avoir aggravé la situation. Mais qu'est-ce que t'as dans le crâne !
- Sakura... t'es chiante ! lâcha flegmatiquement le pseudo blessé en reposant sa tasse sans aucune délicatesse.
La jeune fille posa ses iris verts sur son amour de jeunesse, ne sachant pas trop comment réagir, tiraillée entre l'envie de lui sauter au cou et celle de lui donner une gifle bien méritée. Impassible, le jeune Uchiwa soutint sans sourciller l'oeillade indécise de la rosée. Franchement, de quoi elle se mêlait celle-là ! Toujours à faire des reproches au blond et à le couver lui d'un regard bovin ! Quel boulet cette fille !
- Et si tu allais t'allonger sur le canapé, que je t'examine.
Sous l'injonction de Tsunade, le brun se leva péniblement et commença à se diriger vers sa destination, se servant des rares meubles dans la pièce comme appui, tenant à peine sur ses jambes mais tentant de préserver au mieux sa fierté. Alors qu'il se demandait comment il allait traverser la salle à manger dépourvue de mobiliers hauts, il sentit un bras se glisser dans son dos, lui apportant le soutien qui lui manquait. Tournant la tête, il tomba dans l'océan azur du jinchuriki, qui lui tendit la main avec un sourire timide et encourageant.
N'ayant de toute façon pas d'autre choix, Sasuke prit la paume offerte et profita de l'assistance qui lui était ainsi donnée, et finit par arriver au canapé chocolat où il se laissa gracieusement tomber. La blonde aux couettes basses le rejoignit sans commentaires mais rassérénée par ce qu'elle venait de voir. Elle se pencha vers le corps étendu et prit tout son temps pour l'ausculter avec soin.
- Tout va bien, juste une grosse baisse de ton chakra et de ton énergie vitale. Il faut que tu manges correctement et que tu te reposes. Tes réserves ne peuvent pas se recharger sans carburant. Et ce que tu as essayé de faire était complètement stupide, tu as risqué bêtement ta vie. Mais grâce au chakra de Kyuubi, le fœtus va parfaitement bien.
- Tu vois Teme, il faut que tu manges ! renchérit Naruto, soulagé de savoir que tout allait bien, malgré les apparences.
La Godaïme sortit de sa poche les bracelets inhibiteurs de chakra, et les passa d'autorité aux poignets de son patient, en lui assenant d'une voix dure :
- Je les ai fait ajuster, pour être sûre que tu ne pourras plus les perdre par inadvertance.
Le porteur du sharingan sentit un étourdissement le prendre et des étoiles dansèrent devant ses yeux, alors que les bandes de tissus enserraient étroitement ses articulations.
Durant ce temps, Sakura ouvrit un à un tous les placards, fouillant dedans sans aucune gêne, poursuivant son inspection par le cellier dont elle ressortit furieuse, les poings sur les hanches.
- Mais c'est quoi ce garde-manger totalement vide. Comment veux-tu que Sasuke se nourrisse convenablement si tu ne fais pas les courses correctement ! s'emporta-t-elle contre le blond posté à ses côtés, dubitatif face au comportement de la jeune femme.
Passant sa main sur un meuble et frottant ensuite ses doigts les uns contre les autres, elle poursuivit :
- Et ça t'arrive de faire le ménage ? Il lui faut un environnement sain, surtout dans son état. reprocha-t-elle d'un ton acerbe.
D'un pas rapide et déterminé, suivie de près par un Naruto embarrassé, elle se dirigea vers les autres pièces de la maison, avec la ferme intention de passer en revue tout ce qui n'allait pas.
- Tu pourrais acheter du désodorisant pour les toilettes ! Ou au moins penser à aérer ! … Achète des produits de toilettes pour Sasuke ! Et des serviettes de toilettes plus grandes aussi ! … C'est tout ce qu'il a comme vêtements ?! Tu comptes le laisser se promener dans ses fringues ridicules encore longtemps ? Et c'est quoi cette horreur de couette ! Tu vas me faire le plaisir de la brûler !
- Sakura... t'es lourde ! maugréa Sasuke du fond du canapé, alors que la demoiselle sortait dans le couloir, tenant du bout des doigts l'objet de son mépris.
- Mais enfin Sasuke, je fais ça pour toi ! Je pense à ton bien-être, moi ! se récria la rosée tout en jetant un œil accusateur à Naruto qui leva les paumes en avant en signe de paix.
- Usuratonkachi... j'ai froid, lança calmement le malade agonisant, sans porter le moindre intérêt à son ex coéquipière.
Le blond prit la couette précédemment violemment critiquée des mains de son amie, lui faisant un sourire timide et désolé, et la porta derechef à son colocataire. S'enveloppant dans le duvet bigarré, l'Uchiwa fusilla d'un regard meurtrier celle qui avait osé proférer des menaces à l'encontre de l'innocent édredon. Il s'y était attaché mine de rien, elle était bien chaude et douce malgré ses couleurs criardes.
~oOo~
Naruto poussa un profond soupir de soulagement quand il referma la porte. Les deux intruses, dont une particulièrement envahissante, enfin parties, il revint d'un pas soulagé dans la cuisine. Débarrassant son bol vide, il avisa le bol de riz intact encore sur la table. Sans mot dire, il récupéra le récipient et les baguettes et emmena le tout dans le salon où Sasuke reposait toujours, roulé en boule sur le flanc dans sa couette. Le canapé couleur chocolat paraissait presque trop grand pour l'amas informe ramassé sur lui-même contre l'accoudoir.
- Il faut que tu manges, dit simplement le blond en déposant son fardeau sur la table basse. Même Mamie Tsunade te l'a dit. Et le thé, ça ne compte pas comme un aliment, acheva-t-il, certain d'être suivi par deux puits noirs encadrés de mèches sombres.
Une respiration lasse fut la seule réponse qu'il reçut à son assertion. Sasuke se redressa avec difficultés et Naruto rapprocha la table basse du canapé.
Un juron énervé fleurit sur les lèvres à peine rosées quand les baguettes glissèrent pour la énième fois entre les doigts pâles devenus malhabiles. Il n'y arrivait pas. Il n'y arrivait tout simplement pas. Saisir les deux tiges de bois n'avait pas été une sinécure, mais les tenir correctement et assez fermement pour piocher dans le bol de riz qu'il tenait contre lui alors qu'il était assis en tailleur sur le sofa, émergeant à moitié de l'édredon bariolé devenu son refuge, était tout simplement impossible. Les derniers vestiges du calme tout relatif de Sasuke disparurent alors qu'il repêchait la paire de stupides bâtonnets récalcitrants échoués dans les plis du duvet douillet.
Naruto, assis à ses côtés, se leva et fila dans la cuisine, dépité par le constat que les maigres forces qu'il restait à son ami n'étaient même plus suffisantes pour qu'il puisse se servir d'une simple paire de baguettes. Ouvrant les tiroirs au tout venant, il finit par trouver ce qu'il cherchait. Revenant au près de cet être qu'il avait failli perdre, il posa une cuillère à soupe sur la table basse, devant ce dernier.
Sasuke jeta un regard torve à l'objet qui venait d'atterrir sur le meuble. Non... il n'allait quand même pas tomber si bas ? Manger du riz avec ça, ça remontait à son enfance... C'était tout simplement hors de question ! Naruto reprit sa place à l'autre bout du sofa, posant son coude sur l'accoudoir et sa joue dans sa paume alors que ses yeux bleus restaient posés sur la silhouette emmitouflée. Un regard acerbe, qui aurait dû être probablement sanglant et orné de virgules tourbillonnantes dans d'autres circonstances, croisa le sien avant de revenir vers l'innocent couvert puis refit le même chemin après quelques secondes.
Le jinchuriki ne dit rien, défiant ces yeux aussi affûtés que des lames de rasoir quand les deux puits sombres croisèrent les siens pour la troisième fois, attendant une phrase bien sentie qui finalement ne vint pas. Sasuke abandonna enfin les baguettes au profit de la cuillère et Naruto détourna ses yeux quand la première micro bouchée passa la barrière de la bouche définitivement boudeuse. Avisant la télécommande du téléviseur, posée sur la surface matinée de couleur vert pomme, le blond s'en empara et mit en marche l'appareil un peu vieillot mais qui fonctionnait encore, se lançant dans une séance de zapping d'une chaîne à l'autre.
Tombant sur une page de publicité pour un gel douche quelconque, les paroles de sa camarade, Sakura, lui revinrent en mémoire. Naruto, prit d'une inspiration subite, se redressa et forma rapidement avec ses mains les signes qu'il connaissait par cœur. Accompagnés de quelques nuages de fumée, plusieurs clones de lui-même apparurent auxquels il confia presque à regret son porte-monnaie rebondi en forme de grenouille.
- Il faut faire quelques courses, leur lança-t-il d'un ton décidé.
Les clones prirent presque immédiatement la poudre d'escampette sous le regard noir qui resta fixé sur le blond quand ce dernier se rencogna dans le canapé.
- Ben quoi ! C'est vrai non ? répliqua Naruto au coup d'œil silencieux avant de retourner à son saute mouton hertzien.
Sasuke leva les yeux au plafond et recommença à se sustenter sur fond sonore télévisuel, quand une exclamation presque enfantine faillit lui faire avoir une crise cardiaque.
- Oh regarde, c'est Fairy Tail ! J'adore cet anime ! Ah, j'ai déjà vu cet épisode. Attends, tu vas voir. Grey, il a vraiment trop la classe ! s'exclama Naruto, trépignant presque de plaisir devant l'écran luminescent.
Sasuke fixa son attention sur les images mouvantes, cherchant à comprendre de quoi diable pouvait bien parler l'idiot assis à sa gauche et ce qui pouvait bien l'exciter autant.
Alors qu'ils étaient maintenant passés à un anime sur un héros ressemblant furieusement à Naruto; avec ses cheveux orange, sa propension à gagner les combats grâce à une volonté démesurée et se servant de temps en temps de pouvoirs d'un être avec lequel il semblait cohabiter; le blond expliquait à toute allure tout ce que le brun avait raté de l'histoire pour qu'il comprenne ce qu'il se passait.
Le bol vide reposait devant Sasuke qui essayait de suivre tant bien que mal les explications abracadabrantes et désordonnées de l'Uzumaki, confortablement calé sur les coussins chocolat. Le jeune Uchiwa sentit poindre une migraine des plus sonnantes et trébuchantes tandis qu'il essayait de remettre un peu d'ordre dans les informations mélangées données sur les images mouvantes.
- Mais alors c'est qui Bleach ? finit-il par demander, presque à contrecœur.
- Roooh, c'est pas possible ça ! Ton escapade dans la baignoire t'a aussi ramollie le cerveau ou quoi ? Bleach c'est le nom de la série, c'est tout ! Lui, c'est Ichigo. Il est trop fort avec son katana... Ah ! Regarde, il va faire son bankai pour battre le hollow ! Vas-y Ichigo, massacre-le !
Sasuke fronça les sourcils, il n'y avait bien que Naruto pour regarder un anime où le héros avait un prénom aussi ridicule... Se rencognant dans les plis de sa couette, ses jambes repliées sous lui, le brun se laissa tant bien que mal aspirer par la série, songeant à sa chère Kusanagi dont on l'avait si injustement privé.
Du bruit dans la cuisine tira le brun de la semi-inconscience dans laquelle il avait subrepticement glissé alors que ses yeux contemplaient la télévision. Il s'était tout bêtement assoupi devant il ne savait même plus quel programme, bercé par la voix enthousiaste de son colocataire et le tintamarre sonore. Jetant un oeil vague autour de lui, il constata la disparition de ce dernier, et tourna la tête vers la cuisine, resituant ce qui l'avait réveillé.
Un ballet de copies à chevelure dorée s'ébattait en tous sens, certains porteurs de sacs en plastiques rebondis pendant que d'autres les vidaient et rangeaient avec frénésie. Il y en avait partout, jusque dans le couloir que le nukenin pouvait entrapercevoir de là où il était en se tordant le cou. Mais qu'est-ce qu'il avait foutu l'autre là... Il avait acheté tout un supermarché au complet ou quoi ?
Des Naruto porteurs de sacs et encore de sacs entraient dans la maison, des Naruto qui ouvraient puis refermaient les placards, fourrageant dedans, des Naruto qui emportaient des objets d'un côté ou de l'autre, qui entraient à deux dans le cellier, les bras chargés, des Naruto, des Naruto partout... Sasuke eut un haut le coeur et son estomac se tordit, rendu nauséeux par les mouvements incessants de cette marée blonde qui ne tenait pas en place.
Réprimant tant bien que mal les soulèvements de son estomac, le descendant du clan Uchiwa reporta son attention sur la télévision restée allumée. Il regarda d'un œil désabusé des gens bizarres faire des épreuves tout aussi étranges dans des tenues ridicules, tout ça pour conquérir un château en papier mâché. Quel était l'intérêt de ce truc ? Et pourquoi ces gens ne réfléchissaient-ils pas avant de se lancer tête baissée sur les obstacles ? Et c'était quoi ces tenues ? Des cosplays ?
Fasciné malgré lui, Sasuke ne vit pas l'armée de clones disparaître, ni son colocataire se rapprocher de lui, restant derrière le canapé, et se pencher vers lui. S'il n'avait pas été un Uchiwa, et donc entraîné à rester impassible en toute circonstance, il aurait sans aucun doute violemment sursauté quand la voix grave et railleuse du blond souffla à son oreille :
- Alors comme ça, même les glaçons comme toi, aiment ce genre de débilités ?
Tournant un regard de tueur vers l'idiot qui osait se moquer de lui, il tomba sur le visage narquois du blond, dont le sourire s'élargit face à l'expression assassine du brun. En se relevant, le jinchuriki s'adressa à lui d'un ton ferme.
- Allez, maintenant que j'aie fait les courses, tu vas te laver et te changer. Je t'ai pris tout ce qu'il faut, gel douche, shampoing, rasoir, déodorant, dentifrice, des vêtements... bref, tout ce dont tu as besoin.
Aller dans la salle de bain releva du parcours du combattant, malgré l'aide de son ex coéquipier, et ce fut avec soulagement que Sasuke entra dans la pièce. Enfin seul ! pensa-t-il. Mais à peine eut-il formulé cette idée que la voix de celui qui était supposé avoir quitté la salle de bain retentit.
- Je t'ai mis un tabouret dans la douche, pour pas que tu tombes.
Se retournant vivement, il jeta un regard surpris vers le blond, avant de poser un oeil furibond sur le siège en plastique jaune qui trônait fièrement dans la cabine de douche.
Bon, vu ses difficultés actuelles, ce n'était pas la pire idée que ce crétin ait pu avoir pu avoir, mais pourquoi... oui pourquoi cette couleur canari ? Blanc ou noir, ça aurait été tout aussi bien, non ? Un soupir désespéré mourut sur les lèvres pâles quand Sasuke vit le nombre impressionnant de produits de toilette posés autour des deux vasques et sur les étagères en dessous. Il y en avait même qui étaient posés directement sur le sol. C'était quoi tout ça ? Les clones avaient réellement dévalisé un magasin ou quoi ?
Naruto gêné, se gratta la nuque avant de s'expliquer sous le regard clairement interrogateur de Sasuke.
- Ben je savais pas ce que tu préférais... Alors j'ai pris de tout... Comme ça, tu as le choix...
Le choix, c'était le moins que l'on puisse dire ! Le brun parcourut des yeux l'étalage de cosmétiques en tout genre, lisant les étiquettes au passage.
Gel douche vanille, chocolat, fruits de la passion, noix de coco, monoï... Shampoing pour cheveux gras, pour cheveux secs, pour cheveux coloré ? Sérieux, cet idiot croyait vraiment qu'il se teintait les cheveux ? ... Mousse à raser pour peau sensible... Gel à raser pour peau grasse... Démaquillant ? Est-ce qu'il avait une tronche à se maquiller ? … Crème anti-ride ?! Il avait dix-sept ans, pas soixante-dix ! Et la liste continuait ainsi, sidérant Sasuke qui n'avait jamais de sa vie prêté attention plus que nécessaire à ces produits là.
L'Uchiwa prit finalement un flacon de gel douche senteur amande douce et un shampoing parfumé à la pomme verte qu'il déposa dans la cabine de douche avant de se tourner vers Naruto qui s'était tranquillement assis sur le rebord de la baignoire. Ah, parce qu'il comptait rester là longtemps ?
- Pas question que je te laisse tout seul, ne serait-ce qu'une minute ! déclara fermement le blond en réponse à l'interrogation muette de son ami. Il appuya ses propos d'un regard implacable et croisa les bras sur son torse.
Il voulait jouer à ça ?! Pas de problème, il était son homme ! Sasuke eut un rictus goguenard qui fit légèrement frémir le blond. L'Uchiwa n'était pas particulièrement pudique, se déshabiller devant un autre homme ne lui posait pas de problème. Par contre il avait pu constater que ce n'était pas le cas du blond. Sa réaction quelques heures plus tôt quand il l'avait vu nu sur le plancher de la chambre en était la preuve, et il avait bien cru que Naruto allait finir par s'évanouir quand il avait dû l'aider à se relever, puis à s'habiller.
Un frisson d'angoisse remonta le long du dos de l'Uzumaki alors que le sourire ouvertement sardonique du brun s'élargissait. Qu'est-ce qu'il préparait encore comme coup tordu ? Méfiant, il ne lâcha pas du regard son vis-à-vis qui commença à se déshabiller, descendant avec lenteur la fermeture éclair qui fermait son haut gris. Naruto se sentit rougir tandis que le torse pâle se dévoilait sans pudeur. Il déglutit difficilement devant les muscles finement dessinés, se faisant vaguement la remarque que les côtes étaient un peu trop saillantes, et suivit des yeux les mains pâles qui descendirent ouvrir le pantalon, longeant une fine ligne de poils noirs qui partait du dessous du nombril pour disparaître sous le tissu noir de la ceinture.
Un reniflement dédaigneux le sortit de sa troublante contemplation, lui faisant vivement relever les yeux vers le visage ouvertement moqueur du brun. Vexé comme un pou d'être tombé dans le piège perfide de son traître d'ami, Naruto tourna brusquement la tête sur le côté, bougonnant que c'était pas bien malin de se désaper comme ça sans prévenir et qu'il pourrait au moins avoir l'air gêné. La pudeur c'était pas pour les chiens, zut alors !
Amusé par l'expression de vierge effarouchée du ninja le plus imprévisible de Konoha, Sasuke finit de se dévêtir et d'un geste élégant lança son pantalon qui atterrit mollement sur la tête blonde aux joues plus que rougies d'embarras. Se retournant sans prendre garde aux cris de protestation du blond, il pénétra prudemment dans la cabine de douche, fier de sa petite vengeance. Il n'y avait aucune raison qu'il soit le seul à se retrouver dans des situations gênantes.
Il posa un pied sur le sol lisse de la cabine, mais malheureusement celui-ci dérapa. Tentant vainement de se rattraper à quelque chose pour s'éviter une chute honteuse, le brun eut la pensée fugace qu'il devait être maudit et que Kamisama devait lui en vouloir tout particulièrement. Deux bras couverts de tissus noir s'enroulèrent autour de sa taille dénudée, l'empêchant de s'étaler comme une crêpe sur le carrelage.
- Au lieu de faire ton malin et te foutre de moi, tu ferais mieux de regarder où tu marches, stupide Uchiwa ! sermonna gentiment Naruto, aidant Sasuke à s'installer sur le tabouret jaune posé au milieu de la cabine.
- Ça va aller ? Ou tu veux que je t'aide ? demanda-t-il, malicieux.
Seul un grognement lui répondit. Le jeune adolescent sortit de la cabine, se rassit sur la bord de la baignoire et observa son ancien rival. Celui-ci se saisit de la pomme de douche, et commença à se laver après avoir réglé la température de l'eau. La buée envahit rapidement la pièce, posant une fine pellicule d'eau sur les carreaux de faïence colorés qui couvraient les parois. La porte semi-opaque de celle-ci ne permettait à Naruto de ne distinguer que la silhouette floue de son ami.
L'eau chaude qui s'écoula sur son corps pâle le détendit, l'envahissant de ses bienfaits. Sasuke leva le pommeau de douche, appréciant avec délectation ce moment de détente, avant de le poser sur ses genoux libérant ainsi ses deux mains pour se savonner. L'odeur d'amande douce vint délicieusement titiller ses narines, alors que le savon moussait sur sa peau blême. Le bruit de l'eau couvrit le babillage de son gardien, le transformant en un fond sonore incompréhensible.
N'ayant rien d'autre à faire, Naruto commença à raconter à son colocataire les différents événements qu'il avait manqués au cours de son absence, parlant de ceux avec qui ils avaient usé les bancs de l'académie et de ses années sur les routes aux côtés de Jiraya.
- ...Tu sais, les livres oranges que Kakashi-sensei lit tout le temps ? Et ben, figure-toi que c'est Ero-sennin qui les écrivait ! Il m'en a fait lire, et je peux te dire que c'est un sacré pervers...
Un juron, vite couvert par le bruit métallique de la pomme de douche tombant au sol, interrompirent le jinchuriki dans son monologue. Se précipitant, il ouvrit sans hésitation la porte vitrée qui le séparait de Sasuke et se figea sur place, ne sachant s'il devait rire ou pleurer devant ce qu'il voyait. Assis sur son tabouret, dangereusement penché en avant, les paupières closes et crispées, de la mousse blanche couvrant ses cheveux et glissant sur son visage, ses mains tâtonnants sur le sol mouillé de la cabine, Sasuke cherchait le pommeau de douche en grommelant.
Le blond roula le bas de son pantalon jusqu'à ses genoux et ses manches jusqu'à ses coudes, ramassa l'objet des recherches infructueuses et pénétra complètement dans l'espace assez large pour accueillir trois personnes. Se plaçant dans le dos de son camarade, il l'incita à relever la tête en lui saisissant le menton, chassant la mousse importune des yeux de Sasuke.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il, se mordant les lèvres pour réprimer son envie de rire.
- … glissé... fut la seule réponse qu'il obtint.
Avant même que l'idée de protester ne lui traverse l'esprit, Sasuke sentit une main douce passer dans ses cheveux, rinçant la mousse parfumée à la pomme qui s'y trouvait. Il faillit soupirer de bien-être sous la caresse. Mais il se retint de justesse. Personne ne devait jamais savoir qu'il adorait qu'on lui caresse les cheveux. Petit, sa mère le lui faisait souvent le soir en lui racontant une histoire. Il avait depuis toujours réussi à cacher ce point faible. Pas question que cet idiot le découvre, juste parce que du shampoing avait perfidement glissé dans son œil. Il avait déjà dit qu'il était maudit, hein ?
To be Continued...
Commentaire des auteurs :
Naruto et Sasuke emménagent ensembles, et nous on a pendu leur crémaillère ! Des hauts et des bas pour eux, et pleins de fous rires pour nous. Non, non, promis, on l'aime Sasuke, on l'adore même... Bref, un chapitre qui se termine tout en douceur.
Au fait qui a reconnu Takeshi's castle ?
NB : Pour les tatillons, Sasuke fait sa tentative d'avortement par électrocution dans l'eau froide parce que la conductivité est moindre en eau froide qu'en eau chaude. Il veut se débarrasser du foetus... pas se suicider !
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Les deux auteurs regardent surprises Sasuke enroulé dans sa couette bariolée, qui leur tourne le dos, regardant le mur en boudant.
- Ben, qu'est-ce qu'il a Sasu ?
Itachi pousse un soupir à fendre l'âme et leur dit, blasé :
- Il a failli mourir électrocuté dans une baignoire ! Vous n'auriez pas pu trouver mieux ?
- Ben quoi ! C'est original au moins !
Naru et Kyuubi arrivent alors en chantant en chœur et en effectuant une chorégraphie bien connue :
- Les sirènes du port d'Alexandrie... chantent encore la même mélodie... Oh oh la lumière du phare d'Alexandrie... fait naufrager...les pavillons … de ma jeunesse... Aaahh !
- Pas si original que ça non ! déclara d'un ton dogme Itachi.
Yahiko, vêtu d'un grand tablier blanc à rayures vertes arrive sur ces entrefaites, complètement catastrophé.
- Dites ? Vous n'auriez pas vu passer Naruto ? Il vient de totalement vider le supermarché dans lequel je travaille... Quoi, comment ça qu'est-ce que je fous là !? Ben je suis mort, remarque peut-être pas dans cette fanfic... Mais faut bien que je gagne ma vie, non ? En tout cas, quand mon patron va le découvrir, ça va être ma fête, c'est sûr ! Pitié, postez une review aux auteurs pour qu'elles me rendent au moins les marchandises en trop... Allez quoi, soyez sympa, une petite review...
Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 7 : … Mais avancer quand même.
Avancer tant bien que mal, mais avancer quand même. Le chemin que Sasuke pensait tout tracé est plein de surprises et bien difficile à poursuivre, se retrouver en colocataire forcé de Naruto n'est pas de tout repos !
