Avertissement : Pas d'avertissement spécifique pour ce chapitre.

Bienvenue à Meylhana qui a rejoint notre joyeuse équipe et a béta-corrigé ce chapitre.

Bonne Lecture !


~ Chemins de traverses ~

Chapitre 7: …mais avancer quand même.

Assise sur son fauteuil confortable, Tsunade écouta attentivement Naruto lui faire son rapport quotidien sur l'état de Sasuke. Apparemment, le futur père mangeait mieux depuis quelques jours. Il avait encore quelques nausées mais moins qu'au début de leur emménagement presque deux semaines auparavant. Ce qui l'inquiéta le plus était sans aucun doute la vitesse de récupération du jeune homme.

Cela faisait quatre jours maintenant depuis l'épisode de la baignoire, et son chakra était toujours au plus bas. La possibilité que le fœtus absorbe le chakra de l'Uchiwa n'était pas à exclure. D'après les rapports de Naruto, le comportement de l'adolescent n'était pas des plus encourageants non plus. Au moins n'opposait-il qu'une faible résistance au blond, le laissant le traîner dans toute la maison, apathique et ralenti.

Elle-même avait pu constater, lors de ses visites, que le fier et obstiné Sasuke Uchiwa tenait plus de la larve neurasthénique que du combattant acharné. Les deux fois où elle était allée le voir pour faire un bilan de sa santé, il était tellement emmitouflé dans une couette bariolée, qu'on ne lui voyait plus que les yeux. Gisant sur le canapé, le regard posé sur la télévision où était diffusé un anime quelconque, il était la parfaite représentation de la chiffe molle.

Naruto cependant sembla confiant et tranquillisé, lui assurant que les moments où le brun sortait de son état larvaire se multipliaient, et que c'était normal qu'il soit fatigué dans sa situation. Tsunade réprima une remarque acerbe devant le ton d'évidence du blond. C'était elle qui le lui avait appris, et cet idiot osait le lui ressortir ! Il ne manquait pas de culot celui-là ! A voir son petit protégé aussi dynamique et optimiste, elle se demanda si ce dernier ne minimisait pas légèrement justement la dite "situation".

Un coup frappé à la porte interrompit la conversation des deux blonds, Sakura pénétra dans la pièce après y avoir été invitée. Elle salua son coéquipier d'un sourire franc et remit son rapport de mission à sa supérieure. Pendant que la blonde lisait le document qui venait de lui être transmis, les deux adolescents discutèrent chaleureusement, prenant des nouvelles l'un de l'autre, puis de leurs amis communs, le blond n'ayant pas eu l'occasion de les revoir depuis son affectation en tant que gardien/nounou/colocataire de Sasuke.

- Mais au fait... tu l'as laissé seul ? s'inquiéta soudainement la jeune fille aux cheveux roses. Tu est complètement inconscient, il pourrait lui…

- Du calme, Sakura-chan ! Bien sûr que non, il n'est pas seul ! Je ne suis pas assez idiot pour me faire avoir deux fois !

Interrompu dans sa tirade moralisatrice par un Naruto tout sourire, Sakura lui jeta un regard septique.

- Pas assez idiot, hein ? Vraiment ? Alors qui est avec lui, là maintenant tout de suite ? demanda t-elle.

- Moi !

Les yeux émeraudes de la jeune kunoichi s'agrandirent d'hébétement, avant de se plisser de colère.

- Baka ! Tu es là ! Pas là-bas ! Réfléchis avant de parler !

Tsunade qui avait fini de lire le rapport de sa disciple, regarda, amusée, les deux jeunes gens se disputer comme des gamins, ou plutôt son élève disputer un blondinet qui tentait vainement de s'expliquer. Sakura avait un caractère bien trempé et, partie dans son élan, ne laissait pas son ami en placer une. Décidant d'interrompre cette scène, pourtant fortement rafraîchissante dans son quotidien de paperasses, elle toussota fortement attirant sur elle l'attention des deux ninjas.

- Multiclonage ! lança t-elle calmement en regardant amusée le visage furibond de Sakura se décomposer quand elle intégra l'information.

- Voilà ! Tu vois Sakura-chan si tu m'avais laissé t'expliquer, tu aurais mieux compris! lança Naruto, vexé que son amie ait si peu confiance en lui.

- Désolée, Naruto ! Mais toute cette histoire me rend un peu nerveuse... Et, avec ce qu'il s'est passé l'autre jour... Je m'inquiète pour vous deux. Je suis désolée de m'être énervé comme ça.

Le sourire contrit de la jeune fille fit presque culpabiliser Naruto d'avoir été froissé par ses précédents propos. Une lueur étrange passa dans les prunelles vertes de la rosée, surprenant un instant le jinchuriki qui pensa avoir rêvé tant ce fut bref.

- Si tu veux, je peux te remplacer dans ces moments là. Je suis médic-nin et une amie de Sasuke, et ça me ferait plaisir de pouvoir passer un peu de temps avec lui .

La fin de la phrase fut murmurée timidement par la rosée.

Ignorant le léger pincement au cœur qu'il ressentit, l'amateur de ramen accepta avec entrain la proposition de sa coéquipière. Oui, elle était certainement la mieux placée pour le relayer auprès de Sasuke. Elle le connaissait bien, mais moins bien que lui quand même, et puis le brun la tolérait assez bien dans son entourage. En plus, elle était amoureuse de l'Uchiwa depuis tellement d'années. Peut-être qu'une présence féminine et aimante serait bénéfique au jeune dépressif.

Ensemble, ils convinrent d'une heure de rendez-vous pour le lendemain, et après avoir pris congé des deux femmes, Naruto disparu dans un nuage de fumée. Sakura regarda stupéfaite l'endroit où son coéquipier se tenait quelques secondes auparavant. Ses sourcils se froncèrent et tressautèrent, signe d'une colère contenue, alors qu'elle se tournait vers la Godaïme en ronchonnant.

- C'était lui le clone !

Tsunade, soucieuse, regarda la jeune fille repartir. Si Naruto ne l'avait pas vu, elle, elle avait parfaitement aperçu la lueur étrange qui avait hanté les yeux de sa disciple quand il avait accepté qu'elle le relaye quotidiennement auprès de Sasuke. Jusqu'à présent, la jeune fille avait semblé bien réagir face à la situation, et ce malgré les sentiments ambigus qu'elle ressentait pour ses deux coéquipiers, mais peut-être ne le prenait-elle pas aussi bien qu'elle ne le laissait croire. Décidant qu'il faudrait qu'elles en discutent ensemble, Tsunade se replongea en soupirant dans la montagne de papiers qui l'attendait.

~oOo~

Itachi se tenait debout devant lui, les yeux vitreux, du sang lui coulant des orbites, la peau blafarde. Ses bras se levèrent, tendus vers lui, les extrémités des mains tombant en morceau sous l'effet de la décomposition.

- Otoutooooo, tu ne m'as pas vengéééééé...

Ses parents surgirent brutalement aux côtés d'Itachi, dans un état pire que le sien, du sang coulant de leurs poitrines béantes et éventrées.

- Commennnnt veux-tuuuu que nouuuus reposionnnnssss en paix pendannt queeee toi tuuuu te prélasseeeee...

Sasuke recula, apeuré, bafouillant à mi-voix des excuses larmoyantes à sa famille. Son dos heurta une masse, le faisant violemment sursauter. Il se retourna d'un bloc, la panique lui broyant les entrailles. Sakura, le visage déformé par un rictus méprisant, le regarda de haut.

- Regarde-toi, tu es pitoyable. Pourquoi est-il à tes côtés ? Par pure bonté? Non ! Il ne fait ça que pour tenir la promesse qu'il m'a faite, après ton départ. Tu n'es qu'un faible, un moins que rien. Je suis la seule qui compte à ses yeux. Moi, j'ai toujours été là ! lui dit elle d'un ton dur et satisfait.

L'eau commença à monter, noyant ses chevilles, puis ses genoux, l'immobilisant. Levant un regard terrorisé, Sasuke tomba sur les portes grandes ouvertes de la cage de Kyuubi. Du fond de la cage emplie de ténèbres, deux prunelles animales et rougeoyantes le fixaient, moqueuses. L'eau lui arriva rapidement jusqu'au cou, glaciale, paralysant tous ses muscles, il ouvrit la bouche pour crier alors que le rire grave et sardonique du démon renard résonnait en écho, se répercutant à ses oreilles dans un vacarme assourdissant.

- Sas'ke !

Il sombrait dans les profondeurs obscures de ce puits sans fond, tombant sans fin dans le liquide glauque et tourbillonnant, se noyant dans ce fluide noir et gelé, incapable de se débattre alors qu'il cherchait à hurler.

- Sas'ke !

L'eau emplissait sa bouche et son nez, l'étouffant. La terreur le dévorait tout entier, son esprit prisonnier, la culpabilité rampant en lui comme un poison dévorant, rongeant son âme. Il tombait encore et encore, toujours plus loin, toujours plus profond, dans cette spirale aqueuse et noire.

- Sas'ke !

Les vibrations d'une voix qui l'appelait, une voix inquiète. Quelqu'un s'inquiétait encore pour lui ? Lui qui ne méritait l'attention de personne, lui qui était seul, lui qui avait abandonné tous ceux qui comptaient.

- Sas'ke !

Une lueur bleutée apparut loin au dessus de lui, si loin... inatteignable.

- Sas'ke, réveille toi !

La lueur devint plus intense, se rapprochant de lui au milieu des ténèbres liquides.

- Sas'ke !

Une voix paniquée, un visage flou devinrent de plus en plus précis dans le marasme dans lequel il s'engluait. Ses paupières clignèrent et, petit à petit, l'image devint plus nette, celle d'un certain blond penché sur lui. Il plongea dans le scintillement rassurant de ce regard azur. Les lagons bleus luisaient d'affolement, une expression bouleversée s'étalant sur le faciès marqué de trois cicatrices sur chaque joue.

Naruto dormait sur un futon, qu'il avait installé à même le sol dans la chambre du brun. Depuis l'épisode de la baignoire, il ne le lâchait pas d'une semelle, même la nuit. Il fut réveillé par des geignements et des gémissements disparates. Ouvrant un œil, une nouvelle plainte étouffée s'éleva du lit non loin de lui. Il se redressa sur un coude, piqué au vif, jetant un regard inquisiteur vers la couette bariolée. Les mouvements en tous sens de celle-ci montraient l'agitation de l'occupant.

Un murmure plaintif lui fit tendre l'oreille. Inquiet pour son ami, il se rapprocha de la couche, se penchant pour entendre ce que le brun marmonnait.

- Aniki... pardon...Okâsan... Otôsan... non... non... ...to... j'avais pas le choix... pardon... me laisse pas...

Des perles cristallines commencèrent à couler sur les joues pâles, sourdant une à une sous les paupières closes.

Catastrophé, le jinchuriki posa une main incertaine sur le torse de Sasuke, le secouant doucement.

- Sas'ke...

N'obtenant aucun effet, il remua un peu plus son ancien coéquipier par ce biais, l'appelant une nouvelle fois plus franchement.

- Sas'ke... sa voix trahit son angoisse qui grimpa d'un cran.

La respiration de l'Uchiwa devint de plus en plus laborieuse et fuyante, accompagnée de mouvements désordonnés, bousculant presque Naruto.

- Sas'ke !

Les sanglots devinrent plus intenses, s'y ajoutant des spasmes et des hoquets de plus en plus puissants. Le corps sous sa main devint flasque et inerte, seulement agité par les pleurs.

Naruto attrapa de ses deux mains les épaules qui tressautaient et se mit à franchement remuer le porteur des Sharingan.

- Sas'ke !

Deux orbes sombres s'ouvrirent démesurément, les pupilles noires excessivement dilatées, vides.

Bousculant sans ménagement son camarade, cherchant par tous les moyens à le tirer de sa transe noyée de larmes qui prenait une ampleur affolante, l'Uzumaki hurla :

- Sas'ke ! Réveille-toi !

Naruto plongea son regard dans les iris absentes du brun, prenant en coupe le visage humide entre ses mains. Il colla son front contre celui trempé de sueur de son vis à vis. Peu à peu, les spasmes et la respiration hachée baissèrent en intensité.

- Sas'ke... reviens... supplia Naruto.

Les paupières clignèrent faiblement, la vie revenant hanter le noir des yeux plongés dans les siens. Des doigts frêles et tremblants effleurèrent en une caresse fantomatique les cicatrices sur les joues tannées avant de retomber sur la couette qui ne couvrait plus son propriétaire.

- ...Na-ru-to ? souffla Sasuke d'une voix voilée de crainte alors que les larmes continuaient de perler au coin de ses yeux hagards.

- Je suis là, répliqua spontanément le blond d'une voix ferme et douce.

Naruto se coula contre le corps frissonnant, prenant Sasuke dans ses bras et roulant sur lui-même, jusqu'à ce que son dos soit sur le matelas, son ami reposant sur son torse. Il récupéra l'édredon multicolore et le rabattit sur eux deux. Posant une main réconfortante le long de l'échine toujours secouée de tremblements et plongeant l'autre dans les mèches sombres, il caressa l'être angoissé.

Sasuke se laissa peser de tout son poids sur le torse rassurant, refermant ses poings sur le t-shirt vert orné d'un tourbillon orange, s'y agrippant de toutes ses maigres forces comme un naufragé à sa bouée. Les battements du cœur du jinchuriki, émanant de la cage thoracique, le bercèrent, faisant peu à peu refluer la terreur sans nom qui l'avait envahi et qui lui collait littéralement à la peau.

- Je suis là. Je ne vais pas te laisser tomber. Tu m'entends, Teme...

La caresse dans ses cheveux et sur son dos rasséréna Sasuke mais pas totalement.

- … Promis ? souffla t-il d'une voix fantomatique dans le cou, l'odeur fruitée et virile de la peau de son colocataire l'enveloppant aussi sûrement que la chaleur corporelle de ce dernier.

Bien qu'à peine murmurée, Naruto entendit la requête timide et ourlée de crainte.

- Promis ! répondit-il franchement, enlaçant avec force cet être qui avait tant d'importance pour lui.

~oOo~

Naruto poussa un énième soupir alors qu'une main pâle venait s'abattre sans douceur sur sa poitrine. Encore une nuit où le sommeil agité de Sasuke le privait de quelques heures de repos pourtant bien mérité. Depuis l'épouvantable cauchemar, dont le peu de détails qu'il avait réussi à soutirer au brun lui avait suffit à en faire lui-même, les deux adolescents partageaient le même lit. Et si, sur le coup, ça lui avait paru une bonne idée, le blond avait vite déchanté en comprenant que la larve léthargique qui lui servait de colocataire était beaucoup plus dynamique la nuit.

Le brun se tournait et se retournait sans cesse durant un long moment, puis se mettait à le frapper avant de finir par s'agripper à lui comme une moule à son rocher. Une fois scotché à son nounours géant, le porteur du sharingan ne bougeait plus d'un pouce, l'étouffant presque, mais lui permettant enfin de dormir un peu. Sauf si les cauchemars s'en mêlaient ! Parce qu'allez donc dormir quand un Uchiwa en détresse s'accrochait à vous en geignant, marmonnant et pleurnichant dans vos oreilles !

Depuis presque deux semaines, Naruto ne quittait plus le brun d'une semelle. Il dormait avec lui, il se lavait avec lui, bon chacun son bac hein ! Lui la baignoire et l'asticot apathique sa douche, fallait pas exagérer non plus... il avait démonté la poignée de la porte des toilettes, histoire d'être sûr que là-dedans aussi aucune idée bizarre dans le genre de tenter de se noyer dans la cuvette ne traverse la matière grise plutôt de guingois à l'heure actuelle de son colocataire. Il se le faisait suivre, lui et son sacro-saint duvet bariolé, partout dans la maison, de la chambre au salon, et du salon à la chambre.

Les seuls moments où il n'était pas avec lui étaient quand il allait faire ses rapports quotidiens à sa grand-mère de cœur, sa coéquipière aux cheveux roses prenant alors le relais. Profitant de ce petit moment de liberté chèrement gagné, il prenait le temps de flâner un peu dans le village caché de la feuille, de manger quelques rapides bols de savoureux ramen chez Ichiraku, de saluer ses camarades qu'il lui arrivait parfois de croiser et de rendre visite à son ancien instituteur, qu'il considérait un peu comme son père, Iruka.

Quand il revenait, malheureusement, il trouvait de plus en plus régulièrement le lombric brun et bigarré davantage neurasthénique et renfermé, d'une humeur sombre et éteinte. Mais qu'est-ce qu'il avait donc celui-là ! Sakura lui avait pourtant dit que tout se passait bien, Sasuke allant même à miraculeusement échanger parfois trois mots avec elle. Peut-être les dérangeait-il dans des moments privilégiés ? Du coup, il n'hésitait pas à retarder au maximum l'heure de son retour. Mais rien n'y faisait, monsieur Moule-sur-son-rocher boudait et pas qu'un peu.

Sasuke était roulé en boule dans sa couette sur le canapé, ses pupilles hagardes vissées sur l'écran de télévision, suivant vaguement un énième feuilleton bien dégoulinant de guimauve larmoyante où tout se finit toujours bien quelque soit le problème, quand une main cuivrée vint lui tapoter l'épaule.

- Hé ! Arrête de rester coller devant la télé. Tu vas finir par griller les quelques neurones qu'il te reste et qui sont encore en forme ! Viens, il fait frais mais soleil dehors. Prendre l'air ne te feras pas de mal, tu as une mine de déterré.

Sasuke ne détourna pas son regard du petit écran où tout finissait toujours de façon idyllique dans le meilleur des mondes... Pourquoi ça ne lui arrivait pas à lui, hein ? Pourquoi le sort s'acharnait contre lui alors que visiblement ce n'était pas le cas pour tout le monde ?! Pourquoi ne pouvait-il pas tout simplement se réveiller un matin dans sa maison, avec son frère, sa mère et son père, et que rien de tout ça ne soit jamais arrivé ?

Naruto leva les yeux au ciel, bien décidé à faire bouger la bernique greffée au canapé. D'une main ferme, il attrapa un morceau de la couette aux couleurs vives et tira de toutes ses forces. Par un lien de cause à effet plutôt comique, Sasuke se retrouva dépouillé de son cocon protecteur. Le blond tourna les talons, emportant l'encombrante pièce de tissu entre ses bras, marchant d'un pas décidé vers la véranda qui entourait toute la maison.

Le brun se leva, emboîtant le pas à son colocataire, tentant par tous les moyens de récupérer son précieux bien qui avait été victime d'un kidnapping sauvage. Cependant, ses tentatives restèrent infructueuses du fait de ses forces encore trop maigres. Le jinchuriki ouvrit l'une des baies coulissantes qui permettait de passer du salon au jardin, esquivant sans aucune difficulté les malhabiles tentatives de sauvetage de la couette par un preux chevalier tenant plus du vieillard perclus de rhumatismes que du jeune homme vaillant.

Arrivé sur les lattes de bois clair protégées par le auvent aux tuiles vernissées, il s'installa à même le sol, assis en tailleur. Sasuke, arrivant sur ces entrefaites, lui extirpa son cher édredon des bras, se renveloppant immédiatement dedans.

- Assieds-toi, regarde. Tu as vu comme le ciel est bleu ?

L'Uchiwa leva le nez vers les cieux, vérifiant par lui même l'information.

Le temps était clair et le dôme azuré dégagé, le soleil hivernal dardant ses rayons obliques sur le jardin. Le jardin... Le jeune homme réalisa vaguement que c'était bien la première fois qu'il le voyait. Son colocataire tapota le sol à côté de lui, le regardant avec un sourire encourageant mais un regard ferme. Reniflant bruyamment, sachant que la bataille contre le blond buté était déjà perdue d'avance dans son état actuel, le brun finit par s'asseoir, pas assez proche pour être vraiment totalement collé à son ancien coéquipier, mais pas vraiment trop éloigné non plus, le duvet bariolé frôlant les vêtements de Naruto.

Un lézard sortit timidement d'un buisson à la forme vague, dépourvu de feuilles. Une brise légère souffla, agitant l'herbe un peu trop haute qui se coucha en vaguelettes jaunies. Les branches des arbres desséchés crissèrent avec quelques craquements sinistres, bougeant comme des serres décharnées. Des amas de feuilles vaincues par le passage de l'automne gisaient ça et là, en tas informes et putrescents. Un vol de grues du Japon passa dans le ciel, accompagnant son passage de "kroooh" funestes.

Sasuke frissonna, sentant une pointe d'angoisse l'étreindre au spectacle lugubre qui s'étalait sous son regard atone. Naruto devina la pulsion oppressante qui parcourut le brun dans son cocon multicolore.

- Ça aurait bien besoin d'être rafraîchit tout ça, dit-il, plissant le front.

Ramenant ses mains devant lui, l'Uzumaki exécuta les gestes qu'il connaissait par cœur et aurait pu faire les yeux fermés.

Surgissant dans un panache de fumée blanche, six copies de lui-même firent leur apparition, s'éparpillant dans le jardin en une nuée orange et noire. Les clones prirent en charge la remise à neuf du coin de nature contenu entre les hauts murs blancs. Naruto se pencha légèrement vers le brun, son épaule entrant finalement en contact avec la carapace moelleuse qui enrobait totalement Sasuke, ne laissant que son visage à découvert. Il engloba les épaules frileusement emmitouflées de son bras alors qu'ils assistaient tous les deux à la transformation rapide du jardinet non entretenu en un espace net et propre, moins angoissant.

- On pourrait planter des fleurs au printemps, ce serait joli non ? Et puis, on pourrait planter des légumes aussi ?! Et peut-être même mettre une fontaine. Qu'est-ce que t'en penses ?

- … Hn.

Sasuke haussa les épaules, indifférent. Naruto poussa un soupir sonore.

- Tu pourrais au moins faire semblant de t'intéresser, non ? rajouta le blond d'un ton las.

- … carpes Koï, rajouta finalement l'Uchiwa, cédant à l'étincelle de culpabilité qui le traversa quand il perçut la lassitude dans la voix du jinchuriki.

Naruto se tourna vers le visage blême qui contemplait toujours le jardin, regardant droit devant lui. Un léger sourire soulagé éclaira ses traits et ses yeux pétillèrent.

- Oh oui ! On leur fera un joli bassin ! En forme de grenouille ! D'ailleurs, on pourrait même en mettre dedans aussi ; avec... tu sais, ces grosses fleurs là !

- … lotus...

- Oui, voilà c'est ça ! Des fleurs de Lotus. Et on mettra tout plein de fleurs de Lotus. Tu verras comme ce sera joli !

Sasuke arqua un sourcil en accent circonflexe, dubitatif... Comment un bassin en forme de grenouille bourré de carpes Koi, de batraciens et de fleurs de Lotus pouvait-il être joli ?

Ils restèrent là, ensemble, collés l'un à l'autre, à regarder le jardin reprendre vie sous les bons soins d'une armée de blonds dynamiques. Ils demeurèrent là, sans bouger, même bien après la disparition des copies de Naruto, admirant la lumière changeante du crépuscule qui illumina le coin de verdure de mille couleurs chaleureuses. Ce fut la fraîcheur de la nuit tombante qui les poussa à rentrer dans la maison simple mais hospitalière.

~oOo~

Dans une maison anonyme du village, la silhouette se glissa sous les draps, un sourire satisfait et machiavélique s'étirant sur ses lèvres. Son plan se déroulait à la perfection, ils étaient si faciles à manipuler et à berner. C'était tellement simple, encore un peu de patience et elle aurait sa revanche. Ils avaient eu tord de ne pas faire attention à elle. Ils l'avaient trahie, ils devaient en payer le prix. La silhouette se laissa aller sur l'oreiller, emportée par le sommeil, l'esprit empli de pensées vengeresses.

Sasuke fixait, dans sa position habituelle, l'écran qui diffusait un match de catch, à peine intéressé par les figures de style des combattants. Sakura traversa le salon, un bac à linge plein de vêtements humides dans les bras, dans l'indifférence totale de son ancien coéquipier. La rosée s'arrêta, poussant un gros soupir de lassitude face à l'apathie de la forme roulée en boule sur le canapé chocolat.

- Tu pourrais te bouger un peu, non ? Je ne vais pas tout faire pour vous, c'est votre linge après tout ! lança t-elle en direction du sofa, calant son fardeau sur une hanche et posant un poing rageur sur l'autre, ses yeux émeraudes acérés.

-... Hn... Sakura... t'es chiante...

La sempiternelle remarque du brun vexa la jeune fille qui reprit sa route vers le jardin, non sans lâcher une constatation sentencieuse et acerbe.

- Si tu ne fais pas plus d'efforts, Sasuke, tu finiras tout seul !

La phrase abrupte le troubla même s'il n'en montra rien. Il ne risquait pas de se retrouver tout seul, pas avec ce qui lui poussait dans le bide. Il aurait aimé se retrouver tout seul, et surtout oublier l'existence de ce truc qui lui pourrissait la vie. Mais comment oublier cette saleté quand il n'arrivait presque plus à fermer son pantalon, obligé de laisser le premier bouton ouvert en permanence; quand il continuait à vomir tripes et boyaux dans les toilettes, des grains de riz lui sortant même par le nez tant les contractions de son estomac étaient violentes, ce qui était particulièrement désagréable; quand il avait la perpétuelle impression que son chakra était absorbé par son squatteur personnel; quand le moindre effort lui donnait des vertiges; quand il dormait mal nuit après nuit, ne sachant comment se mettre pour être bien installé.

Et ça, ce n'était que les problèmes liés à cette fichue anomalie. Ses nuits déjà mauvaises étaient souvent hantées par d'épouvantables cauchemars dont il se réveillait tremblant, en pleurs et pire que tout... accroché à Naruto comme un bébé koala à sa mère. La compassion et l'étrange douceur dont le blond faisait preuve dans ces moments-là n'arrangeaient pas sa fierté fortement mise à mal.

En parlant du blond et de son attitude envers lui, il était sans arrêt à le surveiller comme du lait sur le feu et à lui coller systématiquement au train, allant même jusqu'à se laver en même temps que lui dans la même pièce, l'assommant de paroles à travers la porte des toilettes qu'il ne pouvait même plus fermer, l'obligeant à quitter le refuge du canapé, fermant la porte de la chambre à clef la journée, allant même jusqu'à le forcer à manger alors qu'il en vomissait la moitié. Il n'en pouvait plus, il avait besoin d'intimité et que l'autre crétin lui fiche la paix, au moins un peu !

Il savait bien que son attitude amorphe, muette et froide pesait au blond en question. Ses escapades quotidiennes hors de la maison, chez la vieille chouette, duraient de plus en plus longtemps et il en revenait toujours avec un grand sourire qui l'horripilait au plus haut point. Qu'y avait-il de drôle quand ils en étaient réduits à partager un quotidien qui se rapprochait plus de la guerre froide que de la cohabitation amicale.

Naruto allait-il vraiment finir par lui tourner le dos ? Peut-être qu'il y aurait un jour où il ne rentrerait plus, l'abandonnant à son triste sort déjà joué d'avance et contre lequel il était impuissant. Après toutes ces années passées à le poursuivre, Naruto romprerait-il sa promesse ? Fatigué de le supporter jour après jour maintenant qu'il était là. Maintenant que l'idiot avait réussi là où il avait toujours échoué, il passerait sûrement à autre chose, le laissant derrière lui avec son polichinelle dans le tiroir.

Horripilé par cette mascarade ridicule de pseudo combat qui défilait sous ses yeux, Sasuke appuya sur le bouton de la télécommande cherchant un programme moins absurde. Un cri strident attira son attention sur une scène particulièrement sanglante sur laquelle il s'arrêta. Allongé sur une table, un homme se tordit de douleur, hurlant comme un goret qu'on égorge, alors que du sang jaillissait en quantité astronomique de son nez, de sa bouche, de ses yeux et de ses oreilles. La peau du ventre du supplicié se déforma, se soulevant comme si une main difforme essayait d'en sortir.

Les compagnons du pauvre malheureux s'agitèrent autour de lui, le maintenant de force sur la table, ne sachant que faire. Les hurlements de souffrance pure gagnèrent en intensité quand la chose monstrueuse réussit à percer la peau en une explosion de chair et de sang. L'homme mourut dans un dernier cri de douleur, ses entrailles sortant de son bide ouvert, où la bête poussa son premier cri strident abandonnant l'incubateur humain.

Sasuke, horrifié posa une main tremblante sur son ventre légèrement renflé, la scène le renvoyant à sa propre situation. C'était pas possible ! Il ne pouvait pas laisser ça se produire ! Il ne se laisserait pas faire par cet alien ! Quittant brusquement le canapé, abandonnant sa couette colorée sur place, il se précipita aussi vite qu'il le pouvait dans la cuisine. Il devait faire quelque chose ! Et vite ! Ce monstre ne sortirait pas de lui ainsi ! Il ne se laisserait pas faire !

Ouvrant tous les tiroirs avec affolement, Sasuke chercha paniqué un objet tranchant pouvant l'aider à se sortir ce truc du bide. Saisissant une grande fourchette à poulet, il allait partir quand il trouva bien mieux. L'arme en main, il s'enferma dans le cellier où une ampoule jaunâtre illumina le plafond quand il appuya sur l'interrupteur. Il ôta rapidement son haut et, sans attendre, dirigea vers son ventre sa main qui brandissait une grande lame dont l'éclat métallique luisit dans la pâle lumière du réduit.

Naruto marchait d'un pas tranquille et léger, ravi d'avoir croisé Konohamaru sur son chemin de retour et d'avoir pu converser avec le garçon. Il arriva devant le grand portail et salua Kakashi, toujours appuyé au mur, son éternel Icha Icha Paradise entre les mains. Entrant dans le jardin, il ne manqua pas Sakura en train de finir d'étendre du linge sur l'étendoir. Cette dernière, quand il s'approcha, lui lança un regard réprobateur accompagné d'une remarque bien sentie.

- J'ai encore fait la lessive ! Faudrait peut-être penser à t'y mettre, tu ne crois pas ?

- Gomen, Sakura-chan. Promis, je penserais à la faire.

- Bon, ben moi j'y vais, tu trouveras Sasuke sur le canapé, comme d'habitude.

Sur ces mots, la rosée planta la corbeille à linge vide dans les bras du blond et s'en fut. Naruto croisa le regard un brin moqueur de Shikamaru, accompagné d'un sourire en coin qui s'étira sur le visage du Chûnin, suivit d'un soupir assaisonné d'un "Galère".

Le shinobi à la chevelure dorée montra toute l'étendue de sa maturité en tirant la langue à son ami qui ricana en retour. Rentrant dans la maison, la corbeille sous le bras, il jeta un coup d'œil rapide vers le canapé alors qu'il se débarrassait de l'objet encombrant. Il se redressa brusquement, revenant vers le sofa couleur chocolat où reposait une couette multicolore... vide de son occupant habituel de ces derniers temps.

Vide ? Mais où avait donc bien pu passer cet enfoiré !? Naruto fouilla frénétiquement du regard la pièce autour de lui avant d'esquisser un pas vers les toilettes. Un détail inhabituel retint son attention. Les tiroirs de la cuisine étaient ouverts... Tous ouverts... Mais qu'est-ce que c'était que ce bordel ? Sakura n'aurait pas laissé un tel bazar. Il n'y avait qu'un seul coupable possible : Sasuke.

Arrivé de l'autre côté du bar, il ne put que constater que c'était encore pire que ce qu'il croyait. La totalité des tiroirs et des placards étaient béants, un certain nombres d'ustensiles traînaient au sol ou sur le plan de travail. Qu'est-ce qu'il avait foutu encore celui-là ? Un sentiment d'inquiétude l'envahit, son instinct lui criant qu'il y avait un problème. Un bruit ressemblant vaguement à un juron enragé retentit de derrière la porte close du cellier.

Naruto se précipita vers le battant, le faisant coulisser à toute volée. Rentrant dans le réduit comme un boulet de canon, le blond se glaça d'horreur devant le spectacle qui s'étalait sous ses yeux. La scène, éclairée par la lumière jaunâtre du plafonnier était surréaliste. A genoux sur le sol et torse nu, Sasuke tenait à pleines mains un grand couteau qu'il abattait sans relâche sur son ventre recouvert d'un bouclier orangé, qui bloquait ses attaques répétitives, son visage crispé de rage et proférant tout un tas d'insanités.

Une voix caverneuse résonna dans la tête de Naruto, statufié sur place.

- Laisse-moi ta place, gamin !

- Pas question ! protesta le blond. C'est toi le responsable, ça ne fera qu'empirer les choses.

- Cette situation a trop duré, il est temps que vous pigiez deux-trois choses vous deux, parce que sinon, il va vraiment finir par se foutre en l'air, cet abruti ! Laisse-moi essayer ! T'as rien à perdre de toute façon !

Naruto céda face au ton plus qu'impérieux du renard, ses yeux bleus devinrent rouge sang, alors que ses pupilles s'affinèrent jusqu'à n'être plus qu'une fente noire et animale. Kyuubi s'approcha d'un pas tranquille de Sasuke et s'assit en tailleur en face de lui, posant un coude sur son genoux, son menton dans sa paume.

- Tu compte faire quoi comme ça, Uchiwa ?

La voix caverneuse et ouvertement moqueuse fit relever la tête de l'interpellé, qui fixa surpris son vis-à-vis, ses yeux s'agrandissant d'horreur quand il comprit qui se trouvait face à lui.

- Toi ! grinça t-il, son regard se plissant de colère.

Sans réfléchir, il se jeta sur le démon-renard lui mettant son couteau sous la gorge. Kyuubi, impassible, soutint le regard haineux du brun sans ciller, un rictus sardonique lui étirant les lèvres.

- Tu comptes faire quoi là, Uchiwa ? Me tuer ? Ou tuer Naruto...

- Les deux ! Comme ça, je serais débarrassé ! cracha le possesseur du Sharingan.

- Tu n'as jamais été capable de le tuer. C'est pas aujourd'hui que tu vas y arriver, et c'est pourtant pas faute d'avoir essayé, non ?

La pression sur l'épiderme cuivré s'accentua, la lame affûtée fendit la peau en une légère estafilade d'où perla immédiatement une goutte de sang d'un rouge carmin.

Le bijuu défia en silence le brun enragé, un sourire franchement moqueur étirant ses lèvres, ses pupilles dardant un regard narquois sur son attaquant. L'Uchiwa soutint son regard durant de longues secondes avant de hurler de rage en assénant un violent coup de poing dans la mâchoire de sa victime, cherchant à y effacer ce sourire supérieur. Il se laissa à nouveau tomber au sol, épuisé, la tête basse, son arme toujours serrée dans son autre main.

- Bon, maintenant que tu es calmé, on va peut être pouvoir discuter, dit calmement le renard.

- Et discuter de quoi ! persifla le brun.

- De l'enfant que tu portes. L'enfant de Naruto... asséna le renard.

Sasuke ne dit rien et releva les yeux, plongeant ses orbes sombres dans le regard rougeoyant, défiant silencieusement le renard de poursuivre, troublé par les mots du bijuu et pas vraiment sûr de vouloir entendre la suite.

Le sourire de Kyuubi s'adoucit légèrement, sa voix prenant des intonations plus paternelles.

- Mais tu t'en doutais déjà, affirma le démon.

Sasuke garda le silence, se mordillant la lèvre inférieure, soutenant sans faillir le regard rouge de son vis-à-vis, plus perturbé qu'il ne voulait le montrer par la tournure de la conversation.

- Qui ne dit mot consent, dit-on. Dans ton cas, c'est plus que vrai, soupira le bijuu. Mais ça va me simplifier les choses, alors ouvre bien tes oreilles parce que je ne me répéterais pas deux fois : Cet enfant qui grandit en toi est ton enfant et celui de Naruto, pas le mien. C'est vôtre enfant à tous les deux !

- Alors pourquoi y a ton putain de chakra ! grogna Sasuke, énervé. Qu'il ne le prenne pas pour un con, ce putain de connard, il n'était ni idiot ni aveugle !

Un nouveau sourire narquois fleurit sur les lèvres du bijuu.

- On va dire que c'est un cadeau bonus.

Prenant quelques secondes pour digérer la nouvelle, le futur père redressa la tête et, plantant un regard accusateur dans les prunelles animales, demanda d'un ton amer :

- Pourquoi tu m'as fait ça... Pourquoi ?!

- Par pur esprit de vengeance. Il me semble que c'est un concept que tu connais bien, non ? Tu devrais être à même de comprendre. La suite n'était pas prévue au programme. C'est la faute d'Orochimaru si tu es "enceinte", pas la mienne.

Sasuke ricana aigrement. Oui, la vengeance, ça il pouvait comprendre, même si ce qu'il lui avait fait subir au nom de cette vendetta était plus que discutable. Mais le coup du : c'est pas ma faute... Fallait quand même pas non plus pousser mémé dans les orties.

- C'est vrai, j'avais oublié. Tu es l'innocence même. C'est bien connu, persifla le brun d'une voix amère.

- Évidemment… répliqua le démon, avant d'enchaîner. Mais ce n'est pas la seule chose dont je voulais te parler. Tu dois te méfier du Conseil, ils ont cédé un peu trop facilement. A mon avis, ils ont une idée derrière la tête. Imagine la puissance qu'aura cet enfant entre ton chakra, celui de Naruto et le mien en bonus... Naruto est un peu trop naïf et facile à duper, mais moi beaucoup moins. Je protégerais cet enfant, sois-en certain.

- Pourquoi toi, tu ferais une chose pareille ? rétorqua le futur père, la surprise faisant vibrer sa voix basse et atone.

- Je me suis attaché à ce gamin idéaliste. Et c'est de sa descendance qu'il est question. Et pour mon plus grand malheur, tu es le seul qui compte vraiment à ses yeux. Celui pour qui il est prêt à tout, même à mourir et à renoncer à ses rêves. Mais tu le sais déjà ça aussi, non ? Ou tu es aussi stupide que lui ? conclut d'un ton moqueur le renard. Accepte cet enfant comme un cadeau du destin. Et puis, j'ai hâte de vous voir pouponner, je sens que je vais bien me marrer !

Le rire démoniaque résonna d'abord dans le réduit puis uniquement dans la tête du jinchuriki, alors que les prunelles rouges redevenaient bleues et que les pupilles s'arrondissaient à nouveau. Les orbes sombres assistèrent fascinées au changement, avant de se baisser vers le sol au moment où un bruit de métal claquant à terre se faisait entendre. Sasuke avait relâché son arme.

Naruto, choqué, fixa le brun agenouillé devant lui, la tête basse et prostré, tentant de saisir la portée de l'échange surréaliste auquel il venait d'assister. Jamais encore il n'avait vu les choses sous cet angle, obnubilé par la santé de Sasuke. Sasuke portait un enfant en son sein. Sasuke portait son enfant, le sien, à lui, Naruto. Pas celui de Kyuubi. Le sien. L'enfant de Sasuke était le sien. C'était leur enfant à eux. Sasuke était le père de son enfant à lui.

Touché au-delà des mots, le blond, ému, tendit une main un peu tremblante vers son ami. La pulpe de ses doigts timides effleura légèrement l'une des mèches de cheveux noirs qui encadraient le visage pâle toujours baissé. Se penchant vers le brun, il s'apprêta à le prendre dans ses bras quand la voix aussi coupante qu'une lame l'arrêta dans son geste.

- Je te déteste...

Sasuke serra les poings avant de se redresser difficilement. Il sortit de la pièce sans même un regard pour le blond qui resta là, les bras ballants. Un cri de rage furieux et désespéré retentit dans la maison alors qu'un adolescent brun refermait la porte de sa chambre derrière lui et s'y adossait, abattu. Bordel, c'était quoi cette situation de merde !

Naruto sortit du cellier, bien décidé à avoir une discussion plus que nécessaire avec Sasuke. Ses pas furieux retentirent dans le couloir alors qu'il se dirigeait vers la chambre qu'ils occupaient actuellement. Arrivé devant la porte qu'il trouva close, il tenta de l'ouvrir en vain, s'acharnant sur la poignée verrouillée. Ses poings rageurs s'abattirent violemment sur le battant de bois clair.

- Sas'ke ! Ouvre-moi ! hurla t-il.

Seul le silence lui répondit, l'énervant un peu plus. Il tapa plus fort, ses paumes martelèrent la fine épaisseur de bois, la faisant trembler, menaçant de la sortir de ses gonds.

- Ouvre cette putain de porte, Teme ! Il faut qu'on parle !

L'absence de réaction de l'interpellé fut la seule réponse qu'il obtint. Naruto renonça à enfoncer l'obstacle ridicule qui le séparait de l'occupant de la pièce, tournant le dos à cette barrière pourtant si mince mais à la fois si considérable, tellement représentative du fossé qui les séparait. Il s'y adossa, se laissant glisser au sol, consterné.

Sasuke entendit vaguement les cris colériques derrière la porte, sa tête plongée dans l'un des deux oreillers qui traînait sur le lit, y étouffant son propre cri hargneux. L'agitation émanant du couloir mourut, cédant la place à un silence sinistre. Le brun resserra ses bras autour de l'oreiller y enfonçant plus profondément encore son visage. Si seulement il pouvait s'y enfoncer et y disparaître... Il était tellement en colère, en colère contre la terre entière, en colère contre lui-même, contre Naruto, contre Kyuubi, contre sa couette restée sur le canapé...

Il prit une profonde inspiration, tentant de calmer le tumulte de son esprit. Il ne faudrait pas qu'il fasse une crise maintenant, surtout pas après ce qu'il venait de se passer. Il voulait juste... rester seul... Une puissante fragrance fruitée et virile envahit ses narines. Naruto... Il trouvait même le moyen de le poursuivre jusqu'ici alors qu'il n'était même pas dans la pièce, tout ça à cause d'une stupide odeur. Sasuke se débarrassa du carré moelleux, qui n'avait pourtant rien demandé à personne, lui, le jetant avec violence contre la porte.

Naruto remonta ses genoux vers son torse et plia ses bras dessus, plongeant sa tête entre eux. Mais pourquoi fallait-il que le brun soit aussi buté ?! Pourquoi est-ce que tout devait toujours être aussi compliqué avec lui ?! Naruto en avait juste marre des silences, des bouderies, des "Hn", et de tout le reste. Parler serait tellement plus facile... Mais non ! Si seulement ils pouvaient se battre... ils s'exprimaient tellement mieux avec leurs poings... Mais vu l'état actuel de Sasuke, ce n'était pas possible.

Et puis qu'est-ce qui lui avait pris à cet abruti tout d'un coup ? Et comment avait-il réussi à échapper à la vigilance de tous une deuxième fois ? Même lui n'avait rien senti ! Fronçant les sourcils, il se demanda pourquoi il n'avait rien senti, alors que la première fois il l'avait bien ressenti. Se tournant vers Kyuubi, il lui posa la question. Le démon renard entreprit alors de lui faire comprendre l'étrangeté du lien qui les unissait tous les trois par le biais du bébé.

Immobile, allongé sur le ventre, les bras en croix, la tête tournée sur le côté opposé à la porte, Sasuke fixait le mur blanc d'un regard absent. Les paroles de la carpette à poils tourbillonnaient dans sa tête. Enfant ! Il n'avait jamais pensé à cette chose dans son bide en ces termes là. Un enfant... de Naruto... Lui... allait avoir... un enfant... de l'autre idiot. Il avait bien perçu le chakra particulier du blond, mélangé à celui de l'autre horreur poilue, mais de là à envisager que le bidule qui nichait actuellement en son sein, conséquence inattendue de ce que lui avait fait subir l'autre pervers démoniaque et des trucs que lui avait fait avaler l'autre serpent, était l'enfant, bordel un enfant, de l'usuratonkachi, ne lui avait jamais effleuré l'esprit.

Il allait être père... à dix-sept ans...alors qu'il avait une vengeance à accomplir... un village à exterminer... l'honneur d'un clan à laver dans le sang...Lui qui n'avait plus de famille, lui, un nukenin qui était inscrit au bingo book et était recherché mort ou vif par tout le monde ninja, lui qui n'avait jamais prévu de vivre assez vieux pour avoir une descendance... il allait être père à dix-sept ans ! Lui, il allait être parent... Et pas avec n'importe qui... avec le plus baka des bakas... Naruto ! Finalement, les choses étaient plus simples quand il l'ignorait, plus ou moins volontairement d'ailleurs, et restait persuadé que la chose dans son ventre était de Kyuubi...

Naruto ouvrit de grands yeux surpris quand le démon renard lui exposa la teneur du lien qu'ils partageaient grâce à l'enfant. C'était dû en grande partie au chakra de Kyuubi qui entrait en résonance avec celui de même essence contenu dans le corps de Sasuke. Naruto plissa le front, partageant avec son démon son questionnement sur le fait que s'il avait bien ressenti quelque chose la première fois que Sasuke avait attenté à la vie du bébé, il n'avait rien ressenti lors de la tentative d'avortement ratée avec Tsunade et tout à l'heure.

Faisant une petite mise au point, le bijuu fit remarquer à son porteur que les deux fois où ils n'avaient rien senti, étaient dues à des attaques extérieures et non à l'utilisation d'une technique de ninjutsu réalisée par Sasuke lui-même, et de ce fait le bébé avait été à même de se défendre seul contre ces tentatives d'interruption de grossesse. Naruto rejeta la tête en arrière, appuyant sa nuque contre la porte, maudissant son démon qui avait cédé à des pulsions plus que discutables, le mettant lui, Naruto, qui n'y était absolument pour rien, il tenait à le préciser, dans une panade plus que gigantesque avec bien sûr la seule personne au monde avec qui il voulait juste se réconcilier et juste ramener à Konoha. Le blond poussa un long, un très long, soupir.

Putain qu'il en avait marre de se traîner comme une limace desséchée ! Ça ne lui ressemblait pas de rester, jours après jours, sans rien faire, vautré dans le canapé à s'abrutir devant la télé ! Ce n'était pas lui ça, c'était même tout sauf lui ça... au point, en prime, de beaucoup trop dépendre de ce stupide blond et... d'une couette hideuse, mais chaude et douillette, un peu trop douillette sans doute... Il était plus que temps qu'il se reprenne en main. C'était quand même pas la première fois qu'il était fatigué et mal en point, et il s'en était toujours relevé jusque là. Sur ce constat bien amer, Sasuke sombra dans les bras de Morphée.

Naruto ferma les yeux. Et qu'allait-il se passer maintenant ? Déjà que les choses n'étaient pas bien brillantes avant, qu'est-ce que Sasuke allait bien pouvoir lui faire subir demain et les jours d'après ? Son colocataire en était quand même à sa troisième tentative d'interruption de grossesse, dont deux de son propre chef, mettant en jeu sa propre vie. Il avait autant de force qu'un nouveau né à peine sevré à l'heure actuelle et il s'était comporté comme une larve protozoaire pendant des semaines. Qu'est-ce qu'il lui réservait encore... Et comme il s'agissait de Sasuke, il fallait bien s'attendre à tout... Sur ces dernières pensées préoccupées, le blond, fatigué, fut cueillit par le marchand de sable très exactement à l'endroit où il se trouvait.

To be continued...


Commentaires des auteurs :

Oui, bon... on admet, on admet... Un Sasuke en mode larvaire, c'est pas très sexy, ni très Uchiwa... mais bon, il a de bonnes raisons, non ? Allez, rassurez-vous, ça va aller mieux après, promis !


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Sasuke poursuit un Naruto tout penaud dans toute la pièce, la magnifique technique des mille oiseaux luisant dans son poing alors qu'il cherche à tout prix à rattraper sa proie.

- Y en a marre ! C'est de ta faute toutes ces conneries ! J'en ai ras-le-bol de trinquer à ta place ! s'exclame-t-il.

- Mais Sasu, j'y suis pour rien moi... Ce sont elles, les auteurs... tente le blond.

Evitant de justesse de se faire chidoriser la tronche, Naruto glisse au sol et en profite pour faire un croc en jambe au brun un brin vengeur, entraînant la rencontre de celui-ci avec le plancher des vaches.

Le chidori manque de griller les ordis des deux auteures qui se lèvent d'un bond, prêtes à défendre leurs chers outils de tortures, pendant que les deux adolescents se chamaillent et se battent à leurs pieds comme deux voyous...

- Bon ! ça suffit maintenant ! Si vous vous calmez pas : pas de réconciliation, pas de lemon, et on peut très bien vous faire subir bien pire, à tous les deux ! s'écrient en chœur les deux demoiselles atterrées par la possibilité de perte de leurs ordinateurs, et franchement en colère.

- Mais...

- Mais...

Les deux garçons se relèvent la tête basse et repartent. Naruto chuchote à son partenaire :

- Dis, tu crois qu'elles étaient sérieuses ? Tu crois qu'elles seraient capables de faire pire ?

Sasuke lève les yeux au ciel, lui il n'a aucune envie d'aller vérifier...

Gaara arrive tranquillement, croisant le blond et le brun.

- Tiens, Naru ! J'ai appris pour ta future paternité ! Félicitations !

Naru qui s'apprête à le remercier, se fait clouer le bec par un Sasuke fumasse qui lui tourne le dos et s'en va.

- Sasu, attends ! Fais pas la gueule ! C'est pas ma faute ! s'écrie le blond en courant après son camarde.

Gaara hausse les épaules et se tourne vers le lecteur.

- Dites, ça vous direz pas de poster une review ? Demandez aux auteurs que j'apparaisse un peu dans cette histoire. Elle a l'air marrante cette fic, et je m'ennuie. Allez, soyez sympa...


Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 8 : Dos d'âne et autres montagnes russes.

Parce que rien n'est joué d'avance et que tout reste à faire, le chemin qu'il croyait sans embûches est loin d'être sans aspérités et sans heurts. Pourtant, Sasuke va devoir continuer à avancer.