Avertissement : On y vient petit à petit, mais là encore rien de choquant.

Note des auteurs : merci à tout ceux qui nous laisse des review, ça nous fait vraiment très plaisir. Mais pour répondre à une question qui nous a été posé : oui, nous somme deux ! Yzanmyo et Lilicat ! Et cette histoire est une collaboration complète : l'idée, le squelette, l'écriture, le travail de recherche et de réflexion pour rester cohérente par rapport au manga ET à la réalité, tout ça s'est fait à deux ! La béta-correction est elle faite par Jen Uchi et Meylhana, donc elles sont deux aussi. Alors pitié, pensez-y nous ne sommes pas schizo mais bien deux personnes différentes. Merci de nous lire.

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Bonne Lecture !


~Chemins de traverses~

Chapitre 9 : Tourner en rond

Sasuke était assis, contre le mur du fond de la petite pièce, se débattant toujours, luttant sur le siège de bois qui le gardait prisonnier à l'aide de plusieurs attaches de bois qui le maintenaient. Ses bras étaient collés aux accoudoirs par plusieurs large arceaux, son torse était arrimé au dossier par le même procédé et ses jambes aux pieds du meuble. Naruto s'assit en tailleur, tête basse, face à son ami qui écumait toujours de rage, encore recouvert du chakra flamboyant.

- Sasuke...

- Dès que je serai libre, je t'arracherai les yeux et je te découperai en rondelle ! Ensuite, ce sera le tour de tous les êtres vivants de ce trou à rats ! claqua la voix déformée et plus grave qu'à l'accoutumée.

Naruto, choqué par tant de haine, regarda le visage de son colocataire à l'apparence bestiale déformé par la fureur, cherchant comment il pourrait parvenir à le calmer et à comprendre ce qui se passait dans sa tête.

Dans le jardin, les cinq ninjas chargés de la surveillance fixaient sans mot dire la structure en bois d'où sortaient les hurlements indistincts d'une discussion houleuse. Ils échangèrent un regard entendu, ils devaient rester sur leurs gardes. Le moins que l'on puisse dire c'était que ces deux là avaient un certain nombre de choses à mettre au clair... et du coffre. Les cinq shinobis avaient été surpris de voir l'Uchiwa en mode mini-Kyuubi courser un Naruto visiblement peu enclin à se battre. Qu'est-ce que ces deux-là avaient encore fabriqué pour en arriver là ? Leur mission était claire : Surveiller le porteur du sharingan, intervenir à la moindre alerte, mais si Naruto était présent, le laisser en priorité essayer de gérer la crise. Et surtout s'assurer que le brun ne se fasse pas la malle...

Du coin de l'œil, Kakashi vit une ombre bouger dans un arbre. Il fronça les sourcils et reporta son attention sur la structure au milieu du jardin. Il n'avait pas besoin de regarder les membres de son équipe pour savoir qu'eux aussi les avaient repérés. Ils n'étaient pas les seuls à surveiller la maison et ses deux habitants. Le conseil n'avait aucune confiance en Tsunade, rien d'étonnant à ce qu'ils aient dépêché leur propre équipe, composée d'anciens ANBUS de la racine dont ils avaient repris le commandement à la mort de Danzo. Finalement, c'était une bonne chose que Naruto et Sasuke soient enfermés pour régler leurs différents. Moins le conseil en saurait et mieux ce serait... pour tout le monde.

Les cris disparurent soudainement, laissant un silence de mort derrière eux. Néji, ses byakugan activés ne lâcha pas des yeux la cabane de bois, guettant le moindre signe de chakra, Shikamaru s'accroupit, prêt à déployer son ombre, Saï serra la main autour de son pinceau, Yamato se tendit, un signe sur le bout des doigts, Kakashi enclencha son mangekyu sharingan se préparant à l'assaut. Mais rien ne vint. Seul le bruit du vent se fit entendre, l'attente tendant encore d'avantage les cinq combattants.

A genoux au sol, tenant à peine sur ses bras tendus pour éviter de finir vautré comme un sac par terre, la tête basse, Sasuke tenta de remettre de l'ordre dans son esprit perturbé. Bordel, mais qu'est-ce qui lui avait pris ? C'était quoi cette scène qu'il venait de faire ? Il avait complètement perdu le contrôle de ses actes et de ses mots, l'attaquant comme une bête sauvage, balançant à l'idiot de blond qui cohabitait avec lui tout ce qu'il avait sur le cœur, l'accusant des pires ignominies. Mais ça avait été plus fort que lui, il s'était complètement laissé submerger par la haine et la colère. Et maintenant il était là, aussi faible qu'un nouveau né, et pas particulièrement fier de sa conduite, le chakra flamboyant n'étant plus qu'un lointain souvenir.

Il lui avait tout craché à la figure. Le viol dont il avait été la victime qui lui restait en travers de la gorge, sa situation grotesque bien loin du shinobi vengeur qu'il était censé être, et pour finir, cette idée tordue de complot contre lui où Sakura et Naruto n'attendaient plus que de se débarrasser de lui pour récupérer le fruit de ce que le démon renard lui avait fait ce jour là dans les bois... La rage et la fureur l'avait dévoré alors que Naruto récusait une à une ses paroles pleines de fiel, hurlant aussi fort que lui d'une voix franche et déterminée.

Et puis, petit à petit, le brouillard écarlate qui nimbait son esprit avait lentement reflué, se désagrégeant en même temps que le chakra démoniaque, fondant comme neige au soleil sous les arguments acérés et virulents de celui qui continuait malgré tout à se targuer d'être son meilleur ami et qui lui avait fait face. Ses bras soutenaient à peine le poids de son propre corps, le laissant exsangue, ses yeux douloureusement fermés. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Comment avait-il pu déballer tout ça à Naruto ? Le targuant d'être responsable, l'envie de le tuer chevillée à son corps...

Le blond s'approcha doucement de son ami, craignant un nouvel éclat, inquiet de le voir ainsi soudainement si affaibli alors que quelques minutes auparavant encore il se débattait avec une force surhumaine dans les entraves de bois, hurlant de rage, recouvert de ce chakra orangé si caractéristique du démon renard. Lui qui se demandait ce qui ce passait dans la tête brune, eh bien maintenant il savait ! Et même s'il ne comprenait pas comment le brun pouvait en être arrivé à la conclusion que ce qu'il s'était passé entre eux dans la forêt était une mission, ni par quelle tournure de son esprit, il semblait persuadé que lui, Naruto, et Sakura étaient en couple et le tueraient pour récupérer le bébé... Au moins maintenant, il savait.

Les yeux toujours baissés vers le sol, le brun vit une paire de chaussure entrer dans son champ de vision, puis le bas d'un pantalon qui s'agenouilla devant lui. Deux mains se posèrent sur les genoux face à lui, et un visage hâlé lui apparu, bizarrement penché. Les yeux bleus qui le fixèrent n'étaient pas hostile, pas du tout même. Inquiets, soucieux, oui, mais pas hostiles. Mais ce fut la franchise de ce regard qui le fit se sentir encore plus mal. Ces yeux ne savaient pas mentir... mais ça, il le savait déjà...

Naruto, agenouillé devant le brun, la tête penchée pour pouvoir le regarder dans les yeux, vit les orbes sombres se détourner de lui. La bouche fine de son ami s'ouvrit et les mots qu'il entendit, en un faible murmure, le figèrent un instant, avant de le faire doucement sourire. La mauvaise foi de Sasuke était plus qu'évidente.

- Tu lui as donné ma tasse...

A peine les mots avaient-ils franchi la barrière de ses lèvres que Sasuke les regretta. Il n'avait pas mieux pour justifier sa crise de jalousie paranoïaque ? Juste une tasse ? Il eut l'envie, pas du tout Uchiwesque, de se glisser dans un trou de souris. L'autre idiot allait se foutre de lui pendant des plombs après ça. Une main légère lui saisit le menton, l'obligeant à relever la tête vers l'idiot en question qui lui souriait avec une tendresse amusée.

- Je suis désolé, je ne le referai plus. C'est vrai que cette tasse est à toi, dit simplement Naruto, souriant toujours affectueusement.

Petit à petit, la main qui était sur son menton glissa le long de son cou et enveloppa ensuite son épaule avec douceur et un autre bras prit le même chemin. Et sans que Sasuke ne comprenne vraiment comment, il fut enfermé dans une étreinte puissante qui se referma sur lui et le colla contre ce torse recouvert de noir et d'orange, son visage se retrouvant plaqué dans ce cou couleur caramel qui dégageait une odeur si particulière qui remontait à présent dans son nez.

Naruto serra Sasuke contre lui, aussi fort qu'il le put, pour lui communiquer toute la force de ce qu'il ressentait mais qu'il n'arrivait pas à exprimer, la force de ce lien si puissant qui les unissait lui et l'Uchiwa et qui maintenant allait bientôt prendre une toute autre tournure avec cet enfant qui allait arriver.

- Il faut vraiment que tu fasses attention tu sais, te laisser envahir par ces pulsions sanglantes pourrait être mauvais pour toi et pour... commença le blond avec douceur.

- Je vais parfaitement bien ! trancha l'Uchiwa, se tendant comme un arc entre les bras tièdes.

Naruto fronça les sourcils alors que Sasuke tentait de se décoller peu à peu de lui, son visage à nouveau hermétique et renfermé alors qu'il était encore à moitié écroulé sur lui.

- Sasuke... Tu dois l'accepter. Il est là. Il est bel et bien là. Que tu le veuilles ou non, il grandit en toi, dit-il calmement d'une voix basse mais ferme.

Le jeune homme blond glissa sa main sur les vêtements du brun et posa sa paume sur l'abdomen dur et légèrement renflé.

Les yeux de Sasuke s'écarquillèrent, fuyant une nouvelle fois les deux puits azurés, rassurants, fixés sur lui. Si seulement il lui était resté un peu de force, il aurait repoussé cette main-là.

- C'est notre enfant, Sasuke... à toi et à moi... que tu portes, dit lentement Naruto d'une voix sécurisante mais déterminée. C'était pas prévu dans tes plans et c'était pas dans les miens non plus. Mais c'est comme ça, et il va falloir qu'on fasse avec. Avant, toi et moi, on était une équipe, et même si on se disputait, on fonctionnait bien ensemble. Je ne vais pas te laisser tomber. Cette aventure, on va la traverser tous les deux.

Une main caressante resserra son corps bien trop faible pour lui permettre de bouger contre cette enveloppe solide et familière. Il fut pelotonné contre le large torse et enserré dans une étreinte chaude et confortable, puis il fut bercé comme un enfant effrayé que l'on console. Sasuke remonta ses mains vers son visage et l'y enfouit. Des larmes impuissantes perlèrent peu à peu à ses yeux et coulèrent sur ses joues pâles, discrètes et silencieuses, douloureuses et démunies.

- … Je te déteste... souffla t-il entre ses doigts tremblants.

- Je sais... répondit Naruto en berçant un peu plus son ami entre ses bras, faisant de son étreinte un rempart entre Sasuke et le monde, Sasuke dont le masque froid et impassible, détaché, venait de se briser, le laissant à nu et fragilisé face à cette réalité qu'il avait fui jusqu'ici.

Il lui faudrait du temps pour accepter, il leur faudrait du temps à tous les deux, songea le blond. Mais au moins ce soir, ils avaient fait un premier pas. Ils avaient crevé des abcès et Naruto avait jeté un premier pavé dans la mare trouble qui entourait son ami et son déni de son état.

Quand les sanglots discrets et silencieux se turent, le visage pâle et défait lui fit peine à voir et Naruto s'en voulut, sentant sa culpabilité d'avoir perdu le contrôle de Kyuubi ce fameux jour le dévorer un peu plus.

- … Je suis fatigué, lâcha faiblement Sasuke sans lever les yeux vers son ancien coéquipier, s'essuyant furtivement les yeux avec un léger reniflement. Son visage redevenant froid et fermé.

- Je vais te mettre au lit et te préparer un bon chocolat chaud. J'adore te border ! dit gaiement le jinchuriki avec un immense sourire apaisant.

- ...Idiot ! lui lança le brun, ses yeux lançant des éclairs à la figure joviale ornée de cicatrices en forme de moustaches.

Un éclat de rire résonna et la porte du réduit qui avait abrité les deux adolescents durant leur petite explication s'ouvrit. Naruto apparut, tout sourire, portant un Sasuke en mode princesse, qui râlait comme un putois et boudait ouvertement de devoir subir, encore, pareil traitement, et devant public en plus ! Et sa fierté alors ! Les cinq ninjas de l'équipe de Tsunade se détendirent immédiatement, relâchant leur vigilance presque instantanément, réagissant au tableau chacun à leur manière, rassurés.

Les deux adolescents rentrèrent sans prêter la moindre attention aux ninjas dans le jardin, retrouvant la maison dont la pièce principale portait les marques de leur échauffourée. Naruto marqua un temps d'arrêt, contemplant le cataclysme qui semblait avoir ravagé l'intérieur, Sasuke faisant de même.

- Et bien, quel désastre ! Bah, ce sera l'occasion de redécorer, non ? lança t-il joyeusement.

-... Hn, répondit laconiquement la "princesse" dans ses bras.

Sasuke était couché sur le flanc dans le grand lit. Sa tasse, oui, la sienne, rien qu'à lui d'abord, vide, reposait sur la table de chevet. Il n'aimait pas particulièrement le chocolat chaud, mais la boisson lui avait fait du bien et l'avait quelque peu réconforté. Naruto venait de le recouvrir de sa couette bariolée et s'était couché derrière lui. Oui, il l'avait bordé, à son corps défendant, corps qui à nouveau était aussi faible que celui d'un nouveau né. Nouveau né...

Sasuke se recroquevilla un peu plus sur lui même. Pourquoi ça lui arrivait à lui, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Ce fut presque avec soulagement qu'il sentit un corps se coucher et se rapprocher du sien, se collant naturellement à lui, un bras passant sur sa taille, une main se glissant dans ses cheveux et commençant à brosser ses mèches brunes avec lenteur. Sasuke ferma les yeux, enveloppé dans les sensations agréables et la chaleur de cette présence rassurante et sécurisante tout contre lui. Il était fatigué, si fatigué...

Naruto observa la silhouette contre laquelle il était lové se détendre peu à peu, le visage se décrisper et la respiration légère devenir de plus en plus profonde. Comme ça lui arrivait souvent ces derniers temps, le shinobi observa son ami sombrer peu à peu dans le sommeil. Il se rencogna dans l'oreiller, une fois sûr que Morphée avait bel et bien emporté le brun, espérant qu'aucun cauchemar ne viendrait troubler son repos cette nuit.

- Je te protégerai Sasuke, je vous protégerai tous les deux, murmura le jeune homme à la chevelure dorée, le marchand de sable passant à son tour pour le cueillir.

~oOo~

Naruto abattit son poing furieux sur le bureau de la Godaime, envoyant valser une partie des parchemins qui le recouvrait.

- Ça ne peut plus durer ! Ça doit s'arrêter ! Et maintenant ! éructa t-il d'une voix emportée.

- Tant qu'il ne parle pas, je ne peux rien faire pour l'aider, Naruto, répondit la femme blonde, son calme mis à mal par un certain blond en colère qui avait fait irruption dans son bureau.

- Si tu l'avais vu ce matin, il était complètement à plat ! Il a même fait un malaise durant la session. Il est tombé dans les pommes si vite qu'il est tombé sur le sol et s'est blessé au coude et au front ! s'emporta le blond, survolté, désignant les endroits incriminés, sous le regard blasé de sa Hokage.

Cette dernière ne dit rien et se contenta d'observer son protégé laisser libre cours à sa colère. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous aujourd'hui, bon sang ! Elle maudit intérieurement le jour où elle avait pris le poste de chef du village de la feuille.

- Ça ne sert à rien ces séances d'interrogatoires. Il est tellement buté que ça ne changera rien ! Même dans cent ans il n'ouvrira pas la bouche. Il préférerait mourir plutôt que de dire quoi que ce soit à ces rats du conseil ! Et je ne le laisserai pas mourir ! Il faudra me passer sur le corps !

- Naruto ! Surveilles ton langage ! Je t'avais prévenu. Je ne peux rien faire. Tu n'as qu'à le convaincre de parler ! trancha la plantureuse médic-nin d'un ton sans appel.

Le blond croisa les bras sur son torse et se campa devant le bureau surchargé.

- Si Ibiki Morino se pointe demain, je le défonce moi-même ! Il ne touchera pas à un cheveux de Sasuke !

- Et tu finiras dans les prisons de Konoha pour avoir fait ça, et on ne sera pas plus avancé. Et Sasuke sera dans une situation encore plus délicate, seul, et sans protection. énonça t-elle avec calme.

Naruto dut reconnaître, contrarié, que sa grand mère de cœur avait raison.

- Alors qu'est-ce qu'on peut faire ! Il faut l'aider, ça ne peut pas continuer. Surtout maintenant qu'il commence à se faire à l'idée qu'il va avoir un bébé. Obaa Chan, s'il te plaît...

Tsunade ne dit rien, son regard glissa de Naruto vers Shizune qui n'avait rien dit durant tout l'échange, serrant Ton Ton contre elle, et dont le regard devenu sévère était maintenant planté droit sur sa supérieure.

La femme en kimono vert décida d'ignorer les yeux marrons qui lançaient discrètement des éclairs dans sa direction.

- Dis-moi plutôt pourquoi tu as envoyé un clone ici. Ce n'est pas Sakura normalement qui te remplace quand tu viens me faire ton rapport ?

Naruto détourna la tête, visiblement gêné, et finit par fourrager dans ses mèches dorées.

- Si, mais depuis sa dernière grosse crise... Sasuke est fragile. Il n'est pas vraiment dans son assiette et je crois qu'il a besoin d'être tranquille. Moi, je sais comment le prendre quand il est comme ça. Mais il pourrait péter un câble avec Sakura et quand il est en mode manteau du renard, tu sais qu'il n'y a que moi qui arrive à le calmer. Alors... expliqua le blond.

- Je vois, répondit simplement la sannin, préoccupée, pensant à son élève aux cheveux roses qui avait dû souffrir de se voir ainsi écartée.

Tsunade eut un pincement au cœur à cette pensée. Elle se souvenait de la discussion qu'elle avait eu avec sa disciple. Celle-ci lui avait assuré qu'elle acceptait la situation actuelle entre ses deux anciens coéquipiers. La Godaïme avait craint que la jeune fille n'en souffre, mais celle-ci avait été claire. Oui, plus jeune elle avait été amoureuse de Sasuke et ses sentiments actuels pour Naruto était plus qu'ambigus, mais elle avait parfaitement conscience que celui-ci n'avait pas d'autre choix que de s'occuper du brun, et que la relation des deux jeunes hommes avait toujours été particulière.

Naruto déglutit, mal à l'aise. Il ne se voyait pas vraiment expliquer à la Godaime que c'était Sakura qui avait mis indirectement le feu aux poudres quand Sasuke avait ravagé la maison, s'imaginant des choses complètement tordues. Aussi, le blond avait décidé d'écarter sa coéquipière du brun, au moins le temps pour celui-ci de redevenir un peu plus rationnel et un peu moins paranoïaque. La rosée avait eu du mal à digérer, lui lançant un regard blessé et un "je vois" du bout des lèvres avant de repartir quand il l'avait accueilli sur le pas de la porte, lui expliquant maladroitement que non, il n'allait pas laisser Sasuke avec elle et que non, elle ne pouvait pas entrer. La présence d'une main sur son bras le sortit de ses pensées moroses.

- Tu devrais y aller maintenant Naruto, dit calmement Shizune tout en retirant sa main. Ne t'inquiète pas. On va trouver une solution, lui dit-elle chaleureusement.

- Vraiment ? Super ! Merci Shizune-sensei !

Naruto serra fort les mains de la jeune femme brune dans les siennes. Pour un peu, il l'aurait bien prise dans ses bras, mais il avait un brun à la maison qui requerrait son entière attention, il ne pouvait pas se permettre de se disperser trop longtemps. Surtout que maintenant, le dit brun en question avait un magnifique bleu sur un coude et une belle bosse violacée sur le coin du front. Ce qui n'arrangeait rien bien sûr à ses migraines... ni à son humeur...

Le jinchuriki, authentiquement soulagé, disparut dans un nuage de fumé, saluant les deux jeunes femmes. L'Uchiwa, depuis leur dernière altercation violente semblait être un poil de meilleure composition que tout ce qu'il avait pu montrer jusqu'ici. Bien sûr, tout n'allait pas dans le meilleur des mondes et Sasuke restait quand même Sasuke. Mais Naruto sentait qu'il y avait un léger mieux, et il voulait y croire, il avait espoir que les choses s'arrangent.

Le panache blanc se dissipa, sous le regard protecteur de Shizune qui se retourna vers la Godaime, ses yeux retrouvant leur aspect dur et sévère d'un peu plus tôt.

- Comment ça, tu ne peux rien faire ! s'exclama la medic-nin, ses poings sur ses hanches.

- Shizune, j'ai une journée particulièrement difficile. Est-ce qu'on ne peut pas remettre ça à plus tard ? Et en parlant de ça, je parle bien sûr de la dispute que tu t'apprêtes à déclencher, souffla la sannin légendaire.

Les deux femmes s'affrontèrent silencieusement, les yeux dans les yeux. Celle qui était devenue sa compagne ouvrit la bouche et Tsunade souffla profondément.

- Naruto a raison, le conseil doit cesser de maltraiter Sasuke. Dans son état, ce n'est pas raisonnable ! proféra t-elle, véhémente.

- Tu n'aurais pas dû lui promettre une chose pareille ! trancha sèchement Tsunade, déjà fatiguée par l'altercation qui s'annonçait houleuse.

- Et toi, tu devrais montrer un peu plus de compassion. D'accord, c'est un traître, d'accord il a quitté le village, tué et j'en passe. Mais ce n'est qu'un gosse, qui a trop souffert, et qui se retrouve enceinte ! Un jeune homme, à dix sept ans, qui n'a plus de famille, qui n'a plus rien, à cause de ce duo racorni ! Et on ne sait même pas ce qu'il peut se produire ! Si ça se trouve Naruto a raison et ces séances vont bien finir par le tuer ! tempêta la jeune femme brune.

- Et qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ! Il n'a qu'à dire ce qu'il sait, cet entêté ! tonna Tsunade tout en abattant son poing sur son bureau.

Shizune soupira, affichant une mine réprobatrice, puis face au visage renfrogné de la Godaime, elle se radoucit. Elle s'approcha du bureau de sa supérieure et le contourna avec lenteur, ravalant sa colère. Elle savait qu'attaquer de front la femme assise en face d'elle ne servirait à rien, sinon à la braquer un peu plus. Elle posa une main apaisante sur l'épaule recouverte de tissu vert bouteille, ses pupilles plongeant dans le regard courroucé.

- Tsu... s'il te plaît. Il dois bien y avoir un moyen, non ? Peut être que si son interlocuteur était quelqu'un en qui Sasuke a un peu plus confiance, il finirait par parler ? énonça t-elle d'une voix conciliante.

- Hum... et je suppose qu'en disant ça tu penses à moi, n'est-ce pas ? répliqua la Hokage, ruminant son emportement.

- Je suis certaine que si c'est toi, Naruto pourra sûrement le convaincre. Ça vaudrait le coup d'essayer, tu ne crois pas ? reprit la medic-nin aux cheveux noirs.

- C'est une idée... dit pensivement la femme blonde, sans grande conviction.

Shizune se pencha vers la sannin et embrassa sa tempe avec légèreté, glissant ses bras autour du cou délicat. La princesse des limaces se laissa aller dans l'étreinte légère et releva la tête, plongeant dans le regard noisette.

- Je n'aime pas quand nous sommes fâchées. Tu as gagnée, soupira t-elle contre les lèvres de la kunoichi avant de l'embrasser fugitivement.

Shizune sourit avec tendresse et lui retourna son baiser avec un peu plus de fougue, transmettant toute sa gratitude et son amour à la puissante femme de tête qui venait de lui céder.

Naruto s'approcha à pas de renard du canapé. Sasuke était pelotonné contre l'accoudoir, l'édredon coloré simplement posé sur lui tel que le blond l'avait déposé avant de faire un peu de rangement et d'essayer de continuer à réparer le bordel qu'ils avaient mis dans la pièce quand ils s'étaient battus. Son colocataire n'avait même pas réagi quand il s'était donné un coup de marteau sur le doigt, un glapissement douloureux et un juron bien sentit franchissant ses lèvres.

Sasuke regardait droit devant lui l'écran de télé pas même allumé, son regard absent, la magnifique bosse, récoltée un peu plus tôt dans sa chute, déformant le coin de son front lisse. Le jinchuriki posa une main sur l'une des épaules couverte par l'immuable haut gris que le brun s'entêtait à porter. Les orbes sombres se posèrent sur lui, un peu froncés, détournés de leur contemplation abstraite.

- Une bonne douche ? proposa le ninja tout sourire, faisant preuve de motivation et d'entrain pour deux.

Le brun détourna la tête et la hocha silencieusement, cherchant à s'extirper de l'assise moelleuse mais n'y parvenant pas vraiment. Naruto s'approcha et glissa l'un des bras de son ancien coéquipier en travers de ses épaules, le tirant à lui et le soutenant de l'autre par la taille.

- Allez hop ! Direction la salle de bains. ajouta t-il avec un enthousiasme forcé.

Sasuke se laissa entraîner, sans mot dire. Délaissant les préoccupations qui tournaient dans sa tête pour se focaliser sur une chose aussi triviale et banale que prendre soin de son corps. Il se sentait comme anesthésié. Tout ce qu'il y avait dans son crâne, c'était des constats effrayants. Il allait être père, il allait devenir parent, il allait avoir un enfant avec Naruto, est-ce qu'il pourrait vraiment être un bon père, est-ce que son enfant aurait le sharingan, est-ce que son enfant aurait le chakra de Kyuubi en plus du sien et de celui de Naruto, est-ce que, est-ce que, est-ce que... Et plus effrayant que tout : il allait bien falloir que cette chose... ce... ce bébé... sorte de son ventre à un moment donné... il n'allait quand même pas rester là pour toujours...

Naruto laissa Sasuke se tenir contre le meuble supportant les deux vasques dans la salle de bains, préparant la cabine de douche et le tabouret jaune. Comme il l'avait dit à Tsunade, le brun leur refaisait une phase bizarre depuis sa grosse crise mini-Kyuubi et leur fumasse explication dans la petite cabane dans le jardin. Il n'était pas vraiment en mode larve, non, ce n'était pas ça. Le brun semblait juste être complètement dans la lune et plongé dans ses pensées.

Sasuke observa d'un œil vague son colocataire préparer la douche, son regard déviant irrémédiablement vers la baignoire. Son corps était entièrement courbaturé et ses muscles ne cessaient de protester depuis la fin de sa séance avec le ninja balafré, interrompue par sa perte de connaissance. Ça le tirait et ça le lançait, surtout au niveau des reins, un peu comme s'il était mâché après une dure séance d'entraînement. Un entraînement... ça faisait des lustres...

Naruto coula un regard vers son ami pour lui demander ce qu'il voulait comme gel douche, vu que celui-ci était presque vide, quand il tomba sur l'expression absente, tournée vers la baignoire, un éclat d'envie brillant faiblement dans les yeux éteins. S'interrompant dans ses préparatifs, sans la réponse à sa question qui n'avait probablement même pas été entendue, le jinchuriki resta planté là, partagé. Il se souvenait encore du fameux jour où il avait sortit l'Uchiwa de l'eau glaciale, plus mort que vif. Est-ce que Sasuke lui préparait encore un tour de ce goût-là ?

Définitivement, Sasuke tuerait pour un bon bain chaud. Pouvoir se prélasser dans une eau parfumée et barboter un peu pourrait faire le plus grand bien à son corps éprouvé. Il ne se souvenait même plus à quand remontait la dernière fois qu'il s'était autorisé et offert un tel luxe. Il avait vraiment besoin de se relaxer et de se détendre, de faire autre chose, n'importe quoi, pour détourner son esprit de toutes ces questions sans fin qui tournoyaient sans réponses.

L'Uzumaki souffla dans sa barbe inexistante, décidant que peut-être se retrouver dans un bon bain ferait revenir son ami de la planète éloigné où il semblait s'être réfugié, gardant encore une fois pour lui-même ses tourments et ses pensées. Il abandonna la cabine de douche et se dirigea vers la baignoire dont il ferma la bonde avant d'ouvrir l'eau. Vérifiant la température du bout des doigts, ses manches roulées sur ses coudes, il se retourna vers le futur père totalement distrait et lui redemanda ce qu'il voulait comme gel douche, projetant quelques gouttes d'eau sur le visage pâle.

Les gouttelettes d'eau qui atterrirent sur son visage, tirèrent Sasuke de ses pensées, le ramenant à l'instant présent. Un peu surpris il releva les yeux vers son colocataire qui réitéra la question qu'il venait de lui poser. Voyant le bain chaud que le blond était en train de faire couler, il jeta un œil surpris à son ami qui lui fit un sourire engageant avant de s'expliquer.

- Tu as l'air d'en avoir envie... Tu veux quel gel douche ?

Posant son regard sur les nombreux flacons qui s'alignaient dans la pièce, le brun ne réfléchit pas longtemps avant de saisir un flacon bleu parfum "Marine".

Pendant que la mousse se formait à la surface de l'eau, Sasuke entreprit la difficile tâche de se déshabiller. Sa faiblesse actuelle rendait cet acte, pourtant anodin, difficile, l'obligeant à prendre appui régulièrement sur le meuble derrière lui. Un soupir de soulagement lui échappa quand il ouvrit son pantalon, relâchant la pression sur son estomac. Une fois en tenue d'Adam, il pénétra précautionneusement dans la baignoire, appréciant la chaleur de l'eau en plongeant son corps fourbu dans le liquide parfumé.

Naruto n'avait pas quitté le brun des yeux, le laissant faire mais se tenant prêt à intervenir en cas de besoin. Il ne rougit même pas en voyant le corps pâle se dénuder devant lui. Il avait vite appris que l'Uchiwa n'était pas pudique et en avait pris son parti, évitant de s'attarder outre-mesure sur la nudité décomplexée de son ami. Il regarda celui-ci s'alanguir en soupirant de bien-être dans la mousse odorante, et s'assit sur le bord de la baignoire, caressant du bout des doigts l'hématome qui ornait le front du baigneur.

Posant l'arrière de son crâne sur le rebord en faïence derrière lui, Sasuke ferma les yeux, se laissant envahir par l'odeur soi-disant marine du gel douche. Dans ses souvenirs, la mer n'avait pas cette odeur délicatement parfumée, mais plutôt une odeur de sel. Celui qui avait trouvé le nom devait avoir bu, ou n'avoir jamais mis les pieds à la mer. Les pensées du brun divaguèrent un moment sur le sujet, alors qu'une main douce venait lui caresser le front.

Machinalement, le jeune homme immergé laissa ses mains voguer sur son corps, frottant doucement sa peau, la débarrassant de la sensation de moiteur qui traînait depuis la fin de la séance avec Ibiki. Il lui fallut un certain temps pour s'apercevoir qu'inconsciemment il évitait de toucher son ventre, habitude qu'il avait prise depuis l'annonce de sa grossesse. Les lèvres fines furent nerveusement mordillées alors qu'il repensait à ce que Naruto lui avait dit : "Tu dois l'accepter. Il est là. Il est bel et bien là."

Le crétin blond n'avait pas complètement tord sur ce coup, il devait le reconnaître. Ce… bébé..., Kamisama, même penser ce mot-là lui était difficile, était là, en lui, dans son ventre qui s'arrondissait peu à peu, ce ventre qu'il ignorait de toute ses forces. Il devait l'accepter... il n'avait pas le choix. Réunissant tout son courage et prenant une profonde inspiration, Sasuke, les paupières closes, leva lentement une main tremblante et alla effleurer le renflement de son ventre du bout des doigts.

Rien. Il ne se passa rien. Pas de décharge électrique, ni de catastrophe apocalyptique. Juste la sensation de ses doigts caressant son ventre un peu plus rond que d'habitude. Précautionneusement, craignant encore il ne savait quoi, Sasuke posa sa paume sur son abdomen, la laissant immobile un instant avant de la faire voyager sur ce petit mont. Il en apprécia la taille, il ne pensait pas avoir autant grossi, et la texture, c'était doux et ferme, se concentrant sur ce qu'il ressentait.

Semblant partir de son nombril et remontant jusqu'à son cœur, une étrange sensation l'envahit, lui faisant monter les larmes aux yeux. Il allait avoir un enfant... Là, sous sa main, il y avait un bébé... son bébé... à lui et à Naruto... Le visage souriant de sa mère passa devant ses yeux clos. Une vie grandissait en lui. Les émotions qui l'envahirent le prirent totalement au dépourvu, il s'était tant échiné à l'ignorer et pourtant pendant tout ce temps ce petit être poussait chaque jour un peu plus. Sa main se crispa sur son ventre alors qu'il se mordait férocement les lèvres pour retenir les larmes qui menaçaient de perler sous ses paupières crispées.

La main qui lui caressait le front dévia dans ses cheveux, les caressant tendrement, lui faisant ouvrir ses yeux noirs qui tombèrent dans ceux si bleus de Naruto. De quelle couleur seraient les yeux de ce bébé ? Noirs comme les siens ou... bleus comme ceux de Naruto ?

- Ça va ? demanda le blond.

Un simple hochement de tête lui répondit. Oui, ça allait. Il avait peur, peur de ce qui se passerait au cours des prochains mois, peur de devenir père... mais il n'était pas seul face à tout ça, alors ça irait. Naruto et lui, ils étaient une équipe, ils affronteraient tout ça ensemble, comme quand, plus jeune, ils combattaient côte à côte.

Naruto sourit en voyant son ami refermer les yeux et se détendre sous ses caresses. Sa main continua à coiffer les mèches brunes alors qu'il souriait bêtement en comparant le propriétaire de ces mèches à un gros chat. Il pouvait presque l'entendre ronronner. Que le grand, fier et froid Sasuke Uchiwa aime qu'on lui caresse les cheveux l'amusait beaucoup. Même s'il n'en montrait rien... C'était que son colocataire était un brin susceptible et il n'apprécierait certainement pas que Naruto se moque de lui à ce sujet.

Le jinchuriki détailla le visage fin et altier de son colocataire, admirant presque malgré lui les traits fins et réguliers. Il retint un soupir, il se laissait trop souvent aller à contempler son ami, surtout quand celui-ci dormait. Il avait été forcé d'admettre que cet enfoiré était beau... très beau même. Il comprenait mieux le succès qu'il pouvait avoir auprès de la gente féminine. A son grand désarroi, il s'était plus d'une fois surpris à détailler le corps dénudé de l'Uchiwa, rageant au début parce que ce type n'avait aucun défaut visible, puis ses pensées avaient changé au fil du temps, l'amenant sur un terrain où il préférait ne pas trop s'aventurer. Foutu exhibitionniste !

Quelle idée de se déshabiller sans complexe devant lui, bon d'accord ils étaient tous les deux des mecs, et étaient fait de la même façon, mais quand même. Pas étonnant après qu'il se demande si la peau du fessier (non, non il n'allait pas penser parfait) du brun était aussi douce que celle de son visage. Un mouvement de la mousse qui couvrait le corps de son ami attira son attention. Son cœur rata un battement avant de reprendre une course folle, étrangement ému en voyant la main pâle caresser avec pudeur et délicatesse le ventre rebondi.

Il retint un soupir de soulagement et l'envie subite de joindre sa main à celle de Sasuke. Un nouveau pas était fait, il risquait de brusquer les choses en cédant à son impulsion. Accentuant ses caresses dans les cheveux noirs du gros chat qu'était le brun, il sourit sachant qu'enfin celui-ci allait avancer. C'était dans sa nature, une fois une décision prise, il s'y tenait. Il espéra que son ami si fier lui laisserait prendre la place qu'il souhaitait prendre dans sa vie... et dans celle de leur enfant.

Les souvenirs du clone qu'il avait envoyé voir Tsunade lui revinrent brutalement, celui-ci s'étant sans aucun doute dissipé. Il fronça les sourcils. Vraiment, la vieille avait intérêt à trouver une autre alternative qu'Ibiki, sinon il ne répondrait plus de rien. Demain, si le ninja balafré osait pointer le bout de son affreux nez, il serait accueilli par un Kyuubi en mode protecteur-va-voir-ailleurs-si-j'y-suis ! Non mais! On voyait bien que c'était pas eux qui ramassaient les pots cassés après. Merde alors !

Il se redressa finalement, laissant une dernière fois sa main traîner dans la chevelure aux reflets bleutés et tira Sasuke de sa somnolence d'une voix douce.

- Tu vas finir par fondre.

La petite phrase sortit le brun de ses pensées, un frisson le parcouru quand il constata que l'eau avait refroidi. Il sortit doucement de la baignoire, s'enveloppant dans une grande serviette de toilette orange et verte, sous le regard attentif et protecteur du blond.

Dans une chambre simple mais fonctionnelle, la silhouette enrageait, faisant les cents pas dans la petite pièce. Ces plans avaient connu un contretemps. Elle avait mésestimé un facteur important, et elle devait revoir toute sa stratégie. Furieuse, elle balança un coussin sur le mur. Ces connards... Elle devait leur faire payer ! Et pas qu'un peu ! Qu'ils souffrent comme elle souffrait ! Une idée lumineuse lui traversa l'esprit... Tout n'était pas perdu. Elle avait jeté les premiers pavés dans la mare, alors certes ça n'avait pas pris exactement la tournure qu'elle escomptait mais rien n'était encore fait... Un sourire cruel fendit ses lèvres. Oui, elle aurait sa vengeance.

~oOo~

Assise dans un des fauteuils du salon, Tsunade fixait d'un œil noir le jeune homme qui se tenait bien droit sur le canapé. Elle faillit sourire en pensant qu'il lui manquait la couette bariolée dans laquelle il s'enveloppait tout le temps à une époque. Elle s'adressa à lui d'une voix ferme.

- Tu as l'air bien plus en forme.

- … Hn...

- Toujours aussi causant, hein. Il serait pourtant tant que tu te mettes à table.

- … Ce n'est pas l'heure de manger, claqua la voix calme dans la pièce.

Tsunade retint un sourire face à l'impertinence de l'adolescent. Il allait effectivement bien mieux que quelques semaines auparavant. Ses joues étaient moins creuses, lui donnant meilleure mine, preuve que, comme Naruto le lui avait signalé, les nausées avaient diminué et qu'il se nourrissait mieux. Ses yeux descendirent sur la silhouette devenue bien arrondie au niveau de l'abdomen. Le tissu du haut gris se tendait sur le ventre en plis disgracieux qui étiraient les coutures, bon il arrivait encore à le fermer mais ça ne durerait plus très longtemps.

Sasuke fixa la Godaïme sans ciller, les mots de Naruto résonnaient encore dans sa tête. Depuis la veille, où la Hogake leur avait transmis sa décision de se charger elle-même des interrogatoires, le blond n'arrêtait pas de le soûler pour qu'il se décide à parler, arguant que Tsunade n'était pas le conseil, qu'à elle il pouvait lui faire confiance et que, de toute façon, s'il ne se décidait pas c'était lui, Naruto, qui se chargerait de lui tirer les vers du nez.

- J'ai jusque là été plutôt conciliante avec toi, mais ton silence obstiné ne joue pas en ta faveur, poursuivit la blonde d'une voix calme. Je peux comprendre que tu ne nous fasses pas confiance, mais dans ta situation tu devrais peut-être la jouer profil bas, non ?

- Qu'est-ce que j'y gagne ? demanda froidement Sasuke. Rien. Alors pourquoi vous révélerais-je ce que je sais dans ce cas ?

La chef du village caché de la feuille fronça les sourcils, oui, elle se doutait bien que le jeune homme ne lâcherait pas le morceau sans contrepartie. Elle y avait déjà réfléchi, et avait même commencé des recherches dans ce sens. Mais il ne fallait pas qu'elle abatte toute ses cartes d'un coup. Elle devait la jouer fine. Se rengonçant dans le fauteuil, elle ancra ses iris noisettes dans les orbes sombres de son vis à vis, avant de parler.

- Et si je te disais que tu aurais beaucoup plus à gagner que tu ne le penses, tu parlerais ?

Les sourcils noirs se froncèrent, montrant tout le scepticisme de leur possesseur.

- Que voulez-vous dire ?

- J'ai moi aussi perdu des êtres chers, je connais la souffrance que cela engendre. Je comprends ton envie de vengeance, même si je ne l'approuve pas. Massacrer tous les habitants n'est pas une solution. J'ai bien mieux à te proposer, mais pour ça il faut que tu parles. C'est donnant donnant.

- Donnant donnant ?

-Parfaitement. J'ai accès à des documents top secrets, et je peux prouver l'implication du conseil dans le massacre de ton clan. Mais pour que je me donne la peine d'aller fouiller dans des archives mal rangées et poussiéreuses, il faut que tu me fournisses des informations en échange.

- Vous mettriez le conseil en faute ?

- Le conseil et moi sommes régulièrement en désaccord sur beaucoup de choses, la façon dont tu es actuellement traité entre autre, et un peu de sang neuf ne ferait pas de mal au village.

Sasuke regarda cette femme face à lui, cette femme dont il ne savait pas grand chose, mais qui lui proposait son aide d'une façon totalement inattendue.

En tant que Hokage, elle avait effectivement accès à tous les documents relatifs aux missions attribuées au ninja. Et d'après ce que lui avait dit Naruto, elle n'aimait ni le conseil, ni Danzo. Pouvait-il lui faire confiance ? Au point de lui révéler ce qu'il savait sur l'Akatsuki ? Ses méninges tournaient à toute allure envisageant toutes les options possibles, qui à l'heure actuelle se résumaient à deux : parler ou se taire.

- Tu cherches à redorer l'honneur de ton frère, et ça je peux certainement t'y aider.

Voyant les yeux noirs s'humidifier, elle rajouta avec un sourire :

- Et je peux répondre à toutes tes questions sur ton état actuel... entre autre tes problèmes de contrôle émotionnel.

Rageur, Sasuke fixa la medic-nin. Problèmes de contrôle émotionnel, hein ?! Il pleurnichait pour un oui ou pour un non ces derniers temps, et ça avait le don de l'énerver au plus haut point.

- Qu'est-ce que vous voulez savoir au juste ? lâcha le brun de mauvaise grâce.

- Quels membres de l'Akatsuki as-tu rencontré ?

- Deidara... mais il est mort. Kisame... mort aussi... Zetsu et Madara, ou Tobi, comme vous préférez, eux sont encore vivants, aux dernières nouvelles.

- Comment sont morts Deidara et Kisame ?

- Pour Kisame je ne sais pas. Deidara s'est fait exploser avec ses propres bombes. Il espérait m'emmener avec lui, mais il a échoué. Il est mort tout seul... comme un raté.

- Que sais-tu sur les autres membres encore vivants ?

- Zetsu est schizophrène, à part ça, pas grand chose. Pour Madara, c'est plus compliqué.

- J'ai tout mon temps, répliqua la Godaïme.

Naruto et la blonde écoutèrent attentivement les réponses que Sasuke faisait aux questions qui lui étaient posées, révélant les quelques informations qu'il possédait sur l'organisation. Il révéla à contrecœur les raisons de sa présence aux frontières du pays de la Foudre, et sa mission concernant le jinchuriki d'Hachibi.

- J'ai pris mon temps pour y aller, parce que franchement Zetsu n'a rien d'un cordon bleu, lâcha Sasuke d'un ton tranquille.

La Godaïme forte de ces précieuses révélations, bien qu'elle ne voyait pas vraiment en quoi être au courant des mauvais talents culinaires de Zetsu serait d'utilité pour Konoha, fut satisfaite par la tournure qu'avait pris la conversation avec le brun. Au moins, il répondait à ses questions et visiblement faisait preuve d'une honnêteté complète, confiant même des menus détails sans importance.

Elle se pencha en avant, posa ses coudes sur ses genoux, déposant son menton sur ses mains jointes. Comme Sasuke avait si obligeamment répondu à ses questions, elle allait lui retourner la faveur.

- Alors, qu'est-ce que tu veux savoir sur ta grossesse ?

Le brun la dévisagea, stoïque, absorbé dans ses profondes réflexions.

- C'est quoi cette histoire de problèmes de contrôle émotionnel...

Les yeux de la plantureuse femme blonde brillèrent d'un éclat victorieux avant qu'elle ne se lance dans ses explications en réponse à la question que l'adolescent venait de lui poser.

- Tu dois avoir remarqué que tu es plus à fleur de peau et que tu as plus de mal à contrôler tes émotions. J'ai vérifié, tu expérimentes les joies des hormones de la grossesse. Les montées d'hormones sont fréquentes tout au long de la grossesse, et cela cause des sautes d'humeurs imprévisibles et te rend plus fragile émotionnellement et plus réceptif à tes sentiments.

Sasuke fronça les sourcils, tentant de saisir toute la portée des paroles de la sannin. Alors c'était pour ça qu'il pleurnichait si facilement depuis tout ce temps, qu'il s'énervait rapidement pour pas grand chose souvent. Pas plus tard que ce matin, il avait violemment agressé la machine à laver parce que ses boxers étaient ressortis roses du tambour, tout ça à cause d'une chaussette rouge de ce crétin de Naruto qui traînait par là.

Sans parler des nuits où il se réveillait systématiquement dans les bras du blond, collé à lui comme une moule à son rocher, totalement angoissé et les yeux humides. Et toutes ces idées bizarres qu'il avait en regardant son colocataire... c'était donc à cause des hormones qu'il regardait occasionnellement avec discrétion le derrière du blond. Et toute cette période larvaire, dont il restait des réminiscences, c'était aussi à causes de ces foutus hormones. Et ça devait durer toute la grossesse ?! Encore un peu moins de quatre mois comme ça !

Sasuke se retourna brusquement vers Naruto, le fusillant d'un regard assassin. Tout ça, c'était de sa faute ! Pourquoi c'était lui qui se retrouvait en cloque, merde ! Il aurait bien aimé l'y voir là l'autre idiot dans cette situation ! C'était profondément injuste. La vie était mal faite, non mais franchement ! Une moue boudeuse s'étala sur ses traits. Se rendant compte de la puérilité de sa réaction et qu'en plus il l'affichait, Sasuke sentit une pointe d'énervement le traverser. Mais qu'on l'abatte ! C'était tout sauf Uchiwa ça, c'était tout sauf lui de réagir comme ça. Un peu plus et il n'aurait plus qu'à demander à l'autre imbécile de lui acheter un masque !

Tsunade surprit l'échange de regards électriques entre les deux garçons. L'Uchiwa, au bord de la crise de nerfs et son petit protégé qui visiblement ne comprenait pas pourquoi il était à nouveau la cible des foudres Sasukiennes. Un éclair de malice traversa les yeux noisettes de la Godaime. Elle se leva, lissant des plis imaginaires sur sa tenue avant de rajouter, moqueuse :

- Et bien évidement, avec les hormones vient le développement appréciable de la libido.

- Hein ?! De la quoi ? C'est quoi ce truc ? Et alors, c'est grave ? Enfin, je veux dire, est-ce que ça peut être dangereux pour Sasuke ? s'exclama le blond alarmé.

- Oui, ça peut effectivement être dangereux, et même très dangereux pour une certaine partie de son anatomie, se moqua ouvertement la Godaïme. Dis moi, Naruto, tu es vraiment sûr d'être le disciple de Jiraya ? Car j'ai comme l'impression que certaines parties de son enseignement ne t'ont pas atteintes. Remarque, l'avenir nous dira si c'est une bonne chose ou pas... acheva-t-elle tout sourire.

Elle dégusta les expressions sur les visages des deux adolescents. Si le blond semblait surpris et nageait en pleine incompréhension, les yeux de ce dernier sur le point de sortir de leurs orbites tant ils étaient écarquillés d'affolement, le brun, lui, restait impassible, mais elle put distinguer dans les yeux noirs une pointe d'inquiétude. Elle retint un ricanement regrettant presque de ne pas pouvoir camper dans le jardin pour ne rien rater de ce qui allait se passer entre les deux garçons quand ce moment fatidique arriverait car, elle pouvait faire confiance aux hormones en folies de Sasuke, au moins sur ce point, ça allait arriver. Elle se demanda si Kakashi serait d'accord pour faire un petit pari sur lequel des deux sauterait sur l'autre en premier. Elle parierait sur Sasuke, les yeux fermés... vive les hormones !

Naruto la raccompagna jusqu'à la porte, essayant d'en savoir plus sur cette fameuse histoire de "libido" qui semblait si dangereuse pour le brun. La sannin éluda ses questions avec espièglerie. Cependant, dans l'entrée, elle retrouva un peu de son sérieux.

- Naruto, il lui faut d'autres vêtements. Ça ne peut plus durer. Ceux-là sont trop rattachés à son statut de nukenin et commencent à être franchement trop petits. Penses-y la prochaine fois que tu iras faire des courses.

Elle accompagna son conseil d'une pichenette tendre sur le front, et sorti de la propriété, ses obligations l'attendaient… et bien cachée dans son bureau, une bouteille de saké.

Il se trouvait à nouveau devant eux... Eux, sa famille, ou plutôt leurs cadavres en décomposition, qui l'accusaient de ne pas les venger et de se prélasser dans le confort de cette vie alors que leurs âmes erraient dans les ténèbres, incapable de trouver le repos auquel elles aspiraient. A nouveau cette sensation d'étouffement qui l'étreignait nuit après nuit. Puis Sakura l'accusant d'être un faible et d'avoir abandonné Naruto. Toujours cette spirale qui menaçait de le noyer.

Il avait beau se défendre, se débattre, rien n'y faisait. Il sombrait dans les ténèbres liquides sans avoir d'échappatoires, rien à quoi se raccrocher. Sauf ce petit bout de bleu mais il était loin, si loin... Allait-il l'abandonner lui aussi ? Mais le bleu se rapprochait toujours, finissant par le sortir de cet enfer, pour arriver dans les bras rassurants de Naruto auquel il s'agrippait de toutes ses forces, ne voulant pas rester seul avec ce mauvais rêve obsédant, récurrent et pourtant toujours si puissant et terrifiant.

Sasuke sentit la respiration profonde et régulière effleurer ses cheveux. Naruto s'était visiblement rendormi, le serrant toujours dans ses bras dans lesquels il s'était réfugié, tortillant entre ses mains presque tremblantes le tissu de couleur vive qui recouvrait le torse de celui qu'il commençait à considérer à nouveau comme son ami. Les accusations de sa famille résonnaient en boucle dans sa tête, l'amenant à d'autres réflexions plus cruciales sur son avenir.

Il avait toujours autant envie de se venger, c'était un fait. Mais c'était vrai qu'avec sa grossesse et tout le reste, ce désir là était passé au second plan de ses préoccupations. Venger sa famille, venger son frère, venger son clan... Cela voulait dire quitter Konoha, et à l'heure actuelle, vu son état, ce n'était pas une option... Serait-il capable de détruire le village s'il partait, sachant que son propre enfant y vivait ? Serait-il capable de rester au village caché de la feuille et d'y reprendre une vie bien loin de ses pulsions punitives, sachant que ceux qui l'avait trahi y vivaient ?

Tsunade lui avait proposé une autre manière de réparer le mal qui avait été fait, mais voir le nom de son frère sur une stèle suffirait-il à l'apaiser ? Révéler les ignobles manigances du conseil et le rôle qu'ils avaient joué dans le massacre de son clan éteindrait-il cette soif sanguinaire qui le tenaillait ? Serait-il capable d'encaisser de nouvelles révélations sur les ombres qui entouraient son histoire familiale et que la Godaïme pourrait être en mesure de lui révéler ?

Après la naissance, s'il tenait le coup jusque là, que ferait-il ? Rester ou partir... Se venger ou tenter de pardonner et vivre autrement... et avec Naruto... où ils en étaient exactement tous les deux... Amis ? Ennemis ? Parents ? Naruto le soutenait et était là pour l'instant, mais que ferait le blond après... Vivre avec lui, tout le temps, tous les jours, dans ce village... Naruto était-il réellement attaché à lui ou bien plutôt à ce bébé qui grandissait et dont il était le père lui aussi... ou l'abandonnerait-il…

Inconscient des sombres pensées qui tournaient dans la tête brune de son compagnon de lit, Naruto dormait, bien loin de toutes ces considérations épineuses. Dans son rêve, il pique-niquait dans un parc avec Sasuke et un petit bonhomme brun qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'Uchiwa. Le mini-Sasuke se leva d'un bond et se mit à courir dans la direction de deux silhouettes qui venaient vers eux d'un pas tranquille. L'enfant sauta dans les bras de la plus haute des deux silhouettes se détachant à contre jour en criant : " Jiji!".

Le grand père ainsi interpellé, souleva sans effort le petit brun et le fit tournoyer dans ses bras levés, au dessus de sa tête, alors qu'une femme aux longs cheveux roux riait en les regardant. Naruto vit ses parents se rapprocher tout sourire et saluer chaleureusement Sasuke, celui-ci leur répondant avec un sourire discret et leur proposant de s'installer avec eux. Alors que les contours de l'image idyllique commençaient à s'estomper, Minato se tourna vers son fils et, lui adressant un grand sourire, lui dit :

- Prends bien soin d'eux !

Sortant peu à peu de son rêve Naruto senti un poids peser sur sa poitrine, tendrement sachant déjà qui se trouvait là, il enlaça plus étroitement le corps chaud de Sasuke, plongeant son nez dans les mèches brunes où il inspira l'odeur fraîche et sophistiqué qu'il connaissait bien maintenant. Oui, il prendrait soin de lui et du bébé. Là, tout de suite, maintenant, il avait l'étrange et incompréhensible impression que chaque chose était exactement là où elle devait être. Et il ferait tout pour ne pas que ça change.

Un grognement indistinct retenti alors que le brun se tortillait dans ses bras, le poussant à relâcher son étreinte. Avec un soupir, Sasuke, libéré, se retourna présentant son dos au blond, qui pas décidé à le laisser lui échapper se colla à lui, passant un bras autour de la taille épaissie. Hésitant, le jinchuriki s'assura du sommeil de son ami, écoutant se respiration régulière, avant de glisser doucement sa main sur le ventre arrondi, posant précautionneusement sa paume ouverte au niveau du nombril.

Les yeux de Sasuke s'ouvrirent en grand dans la pénombre de la pièce. Là, exactement là, sous la couette, alors qu'il faisait semblant de dormir, Naruto venait de poser sa grande paluche bien à plat sur son ventre, son ventre à lui. Le brun serra les dents, faisant grincer sa mâchoire. C'était clair maintenant ! La seule chose qui intéressait vraiment cet idiot, c'était le polichinelle qui se développait en lui, déformant ses abdominaux, résultats d'entraînements quotidiens faits à la sueur de son front. Il se força à ignorer le pincement au cœur qu'il ressenti à ce constat. Il n'avait pas de regrets à avoir... ce serait plus simple, finalement...

~ oOo ~

Naruto laissa Tsunade s'installer dans le salon, et la salua, pressé de les laisser seuls et d'avoir l'opportunité de sortir de la maison et de souffler, lui, oui, lui, pas ses clones. Ces derniers temps bizarrement, si Sasuke était plus en forme, lui, en revanche en prenait plein la gueule. Pas plus tard qu'hier, alors qu'il faisait innocemment la sieste sur le canapé après une nuit plus qu'agitée grâce aux rêves terrifiants de son butor de colocataire, il avait été sorti de son repos bien mérité par une douleur affreusement cuisante.

Sasuke n'avait trouvé rien de mieux pour tuer son ennui de plus en plus visible, surtout maintenant qu'il avait retrouvé un tant soit peu d'énergie, que de tester sur lui, Naruto, pauvre victime innocente et assoupie, l'un des trucs qu'il avait ramené sans regarder lors de sa première razzia dans un supermarché : la cire épilatoire. Après un cri de castrat démentiel, il avait constaté la disparition d'une bande de poils sur son mollet.

Son bourreau n'avait même pas semblé désolé, il n'avait fait que constater platement, le visage impassible : " La publicité est mensongère... C'est écrit "sans douleur" sur la boite...". Il l'avait alors regardé un rictus au coin des lèvres avant de rajouter : "Ou alors c'est toi qui est une chochotte...". Naruto, estomaqué et rendu muet par la tirade du brun, l'avait regardé partir les yeux grands ouverts ne sachant s'il devait lui courir après pour l'étrangler ou courir sous la douche éteindre le feu qui irradiait de son mollet maltraité.

C'est en enrageant après les lubies douteuses de celui qu'il n'était plus si sûr de considérer comme un ami que le blond entra dans la supérette, bien décidé à faire quelques courses. Remplissant son panier, il arpenta les rayons qu'il connaissait par cœur avant de tomber sur un étalage de bonbons en tout genre. Bon, lui il adorait ça les bonbons, mais il n'était pas certain que Sasuke en mange, aussi hésita-t-il un moment avant de se dire que toute façon, vu tout ce qu'il subissait en ce moment, il avait bien droit à un peu de réconfort.

- Naruto !

La voix surprise et joyeuse qui l'interpella alors qu'il reprenait le chemin du retour d'un pas traînant dans la rue poussiéreuse, était celle de nul autre qu'Iruka, qui visiblement revenait de sa journée à l'académie, s'il en croyait les dossiers que son tuteur tenait sous le bras.

- Iruka-sensei ! salua le jinchuriki d'une voix enjouée, un sourire spontané fleurissant sur ses lèvres.

Le chunin sourit et rejoignit de son pas tranquille celui qu'il considérait comme son fils. Avisant les sacs bien remplis que celui-ci portait, il lui demanda:

- Tu viens de faire les courses ? Tu as laissé ton colocataire seul ?

- Non, il est avec Mamie Tsunade... Ils s'entendent assez bien tout les deux, donc j'en profite pour sortir.

Iruka leva un sourcil étonné, vu l'air un peu embarrassé du blond. Visiblement, il ne lui disait pas tout. Serait-il possible qu'il soit jaloux de la bonne entente entre sa grand-mère de cœur et le brun ? Non, Naruto n'était pas comme ça. Il y avait donc forcément autre chose. Bien décidé à tirer les choses au clair, l'homme, coiffé d'une queue de cheval et au visage barré d'une cicatrice qui passait sur ses joues et son nez, s'enquit :

- Et tout se passe bien à la maison ? Il va mieux ou il a encore des soucis de santé ?

Le professeur recula d'un pas, surpris, voyant les yeux bleus de son ancien élève s'allumer d'une lueur furieuse. Oh la ! Qu'est-ce que l'Uchiwa avait encore pu inventer pour énerver ainsi l'Uzumaki ? Il eut rapidement sa réponse, Naruto le lui expliquant d'un ton irrité accompagné de grands gestes rageurs.

- Cet enfoiré va beaucoup mieux ! Vraiment beaucoup mieux ! Et du coup Monsieur s'ennuie ! Et il ne trouve rien de plus intelligent à faire de son temps que de me faire crasse sur crasse et me pourrir la vie !

- Crois-tu que sa seigneurie lèverait le petit doigt pour m'aider à réparer ce qu'il a cassé dans la maison ? Non! Il ne faudrait pas qu'il abîme ses petites mimines en faisant des travaux ! Par contre, il ne se gêne pas pour passer derrière moi et critiquer ! Ah ça, il sait faire ! Mais planter un clou, hein ! C'est pas assez bien pour lui ! Et hier, il m'a carrément épilé le mollet ! Pendant que je faisais une sieste ! Regarde ! Mon pauvre mollet ! Il lui manque des poils ! J'ai froid moi maintenant !

Le chunin baissa les yeux sur l'endroit désigné par un doigt tremblant de colère, et dû se mordre les lèvres pour ne pas rire en constatant effectivement, qu'il manquait une bande de poils blonds sur le dessus du mollet. Relevant la tête, il regarda, de plus en plus amusé, le blond s'agiter dans tout les sens alors qu'il lui racontait toutes les misères que Sasuke lui faisait subir. Inconscient de l'amusement de son tuteur, Naruto poursuivit sa tirade enragée, bien content d'avoir trouvé une oreille attentive et compréhensive pour conter ses malheurs quotidiens.

- L'autre soir, il a fait exprès de rater mes ramens ! Il a mit de l'eau... froide ! Et il les a laissé comme ça pendant vingt minutes ! MES ramen ! En plus c'était l'avant dernier pot, et Monsieur a mangé le dernier pot... DEVANT MOI ! Le pire, oui le pire, c'est qu'il les a même pas fini et il a jeté le pot PAS FINI ! Tout ça sous prétexte qu'elles étaient périmées ! MES RAMEN ! Il ne bouffe jamais de ramen d'habitude ! Je suis sûr qu'il le fait exprès !

Iruka se mordit férocement la lèvre inférieure, il ne devait surtout pas rire, surtout pas ! Le jeune homme avait besoin d'écoute et de soutien... pas que l'on rie de lui. S'attaquer aux précieuses ramen de Naruto... Tous ceux qui connaissaient le blond savaient à quel point s'était risqué. Il n'y avait bien que Sasuke pour oser le faire, surtout aussi ostensiblement. Réprimant tant bien que mal son envie de rire, le professeur tendit l'oreille, curieux de savoir ce que le brun, qu'il ne connaissait pas ainsi, avait bien pu inventer d'autre.

- … parce que pas question, après ce qu'il m'a fait vivre, de le laisser seul dans la salle de bain. Et bien, il fait volontairement tourner le bouton d'eau chaude du robinet quand MOI je prend ma douche. Et après, il fait l'inverse ! J'ai droit à la douche écossaise tous les jours, enfin ça c'est quand Monsieur a eu la gentillesse de me laisser un peu d'eau chaude... J'en ai marre des douches froides ! Si je l'engueule, il me regarde avec cet air là, tu sais cet air qui veut dire " T'es con ou quoi ? " et il se barre comme ça, sans plus, en m'ignorant royalement !

Voyant que le blond fulminait de plus en plus, attirant vers eux les regards curieux des badauds, Iruka proposa calmement à Naruto d'aller manger des ramen chez Ichiraku, à son compte bien sûr. Naruto accepta avec un enthousiasme débordant, et somme toute habituel, et ensemble ils prirent le chemin de la modeste échoppe, le blond continuant ses récriminations contre un brun visiblement très imaginatif.

- Ma bouteille de shampoing préférée… Celui que j'utilise tout le temps. Spécial cheveux blonds ! Est-ce qu'il a les cheveux blonds lui ? Non, mais tant pis, il la vide quand même... et c'était la dernière bouteille ! Je lui pique pas son gel douche à l'amande moi !

- Ce n'est que du shampoing, non ? tenta de temporiser Iruka.

- Mais s'il n'y avait que ça ! éructa l'opprimé, avant d'énumérer en comptant sur ces doigts.

- Il a fait rétrécir mes fringues, TOUTES mes fringues en les faisant bouillir dans la machine à laver; il s'est servi de MA brosse à dent pour cirer SES chaussures, alors qu'elles étaient parfaitement propres; et l'autre jour il a fini le rouleau de PQ et ne l'a pas remplacé. Forcément, quand je suis allé aux chiottes, j'en avais besoin... et il n'y en avait plus !

- Tu ne lui as pas demandé de t'en ramener ? questionna Iruka qui avait de plus en plus de mal à réprimer un fou rire, se rapprochant peu à peu de leur destination, la petite échoppe de ramen.

Le blond jeta un regard furieux vers l'adulte.

- Bien sûr que si, mais cet abruti a fait le sourd ! Il a augmenté le son de la télé pour ne pas m'entendre crier ! J'ai fini par faire appel à un clone pour qu'il aille m'en chercher. Mais le pompon c'est quand sa seigneurie est passée devant les toilettes et a dit à mon clone : "... y'en a plus du tout... Faut aller en racheter..." avant de vaquer à ses occupations de son côté. Je suis resté presque une demi-heure sur le trône, le temps que mon clone aille à la supérette pour en racheter !

Ce fut plus fort que lui, Iruka éclata de rire, s'attirant un regard outré de son ancien élève.

- Vous marrez pas ! J'ai eu froid au cul moi pendant tout ce temps !

Tentant tant bien que mal d'articuler une phrase correcte, le chunin entreprit d'expliquer au blond ce qui le faisait tant rire. Les larmes aux yeux tant ses efforts étaient intenses, il préféra d'abord s'installer au comptoir de la petite cahute de restauration, Naruto faisant de même d'un air un peu vexé, commandant presque immédiatement au Chef Teuchi qui lui fit un sourire immense, voyant son meilleur client s'installer sur l'un des tabourets.

Iruka s'obligea à souffler profondément pour chasser les effluves de ce grand fou rire qui menaçait, mettant à profit le temps qu'il fallut à son ancien élève pour passer sa commande habituelle, impressionnante. Le professeur se contenta d'un bol, attendant que tous deux soit servis, et son calme intégralement restauré ou en tout cas assez pour parler avec un peu plus de retenue pour pouvoir enfin reprendre le fil de la conversation.

Le visage balafré couva d'un œil paternel le blond survolté qui plongea ses baguettes avec un geste furieux dans son premier bol. Fort heureusement, rien ne semblait jamais autant réconforter Naruto que le goût inimitable des ramen d'Ichiraku et quand la première bouchée fut enfournée, les traits crispés se détendirent instantanément, respirant de bonheur et de contentement. Non, décidément, rien ne valait un bon bol de ramen pour remonter le moral d'un adolescent aux quatre cent coups. « Si tout le monde était aussi facile à calmer et satisfaire, le village de Konoha serait bien moins agité, songea le chunin pour lui même. »

Songeant à toutes les facéties vicelardes dont il avait été la victime innocente que son protégé venait de lui raconter, le regard noisette de l'adulte se teinta de nostalgie alors que le dynamique blond qui avait bien grandi depuis toutes ces années entamait déjà son deuxième bol. Oui, ce que Naruto venait de lui rapporter le renvoyait furieusement à un passé pas si lointain qui le concernait directement, lui, mais aussi un certain ninja copieur.

…" Je peux savoir ce qui est arrivé à mes vêtements ?"... "Pourquoi tous mes kunais sont dans la machine à laver ?"... "Ne me dis pas que tu te sers de mes bandeaux comme chiffons à poussière !"... " Tu as utilisé mon ordre de mission pour noter la liste des courses ?!"... Oui, ce que lui avait décrit le jeune homme lui rappelait quelque chose de tout aussi concret et du même genre. Les pupilles noires se firent compatissantes et s'attendrirent, regardant d'une toute autre manière le jinchuriki qui mangeait avec toujours autant d'entrain à côté de lui, sa bonne humeur et ses sourires bon enfants revenus alors que ce dernier conversait avec Ayame.

Profitant que la jeune fille soit demandée par un autre client, Iruka décida de montrer toute sa compassion à son ancien élève.

- D'après ce que tu me dis, la cohabitation a l'air difficile. Je n'aurais jamais cru qu'il soit comme ça. Mais si tu as besoin de quoi que se soit, n'hésite pas, je suis tout prêt à t'aider autant que possible.

Naruto sourit en remerciant son tuteur, puis soupira doucement avant de dire d'une voix bien plus douce que précédemment.

- C'est vrai que c'est pas toujours simple, mais je peux comprendre qu'il m'en veuille, après tout c'est ma faute s'il est dans cet état. Et puis, avec nos caractères fallait pas s'attendre à des miracles. Déjà quand on était dans l'équipe sept on se disputait tout le temps, alors... Et puis il y a de bons côtés. Il a appris à cuisiner et même si au début c'était immangeable, maintenant c'est super bon !

Le chunin sourit doucement en entendant le ton où perçait la fierté du jinchuriki. Oui, décidément la situation lui rappelait furieusement la sienne il y a quelques années. Le regard azur du blond devint tendre alors qu'il poursuivait son monologue.

- Et puis, il adore qu'on lui caresse les cheveux, il ronronne presque dans ces moments là. On dirait un gros chat. En fait, c'est un gros chat. Fier, têtu, indépendant, qui vous file des coups de griffes si vous l'emmerdez, mais qui vient se coller à vous quand il veut des câlins. Et bonne chance pour le déloger.

Le jeune adulte ne put retenir un léger pouffement à la comparaison faite par son fils de cœur, qui le fixa soudainement gêné.

- Pas qu'il veuille des câlins, hein! C'est pas vraiment son genre... sauf quand il dort, mais bon il dort alors ça compte pas. Dans ces cas-là, c'est moi qui dort pas parce qu'il m'étouffe, en plus il prend toute la couette et...

Une main lui ébouriffant les cheveux stoppa net le blond dans ses piètres tentatives pour se justifier. Se justifier de quoi d'ailleurs ? Il n'en avait aucune idée, mais quand il avait vu le petit sourire tendre et paternel d'Iruka, il avait ressentit le besoin de se disculper. Ayant l'attention pleine et entière de Naruto, le chunin lui parla d'un ton affectueux.

- Tu n'as pas à te sentir gêné. Tout ce que tu me racontes prouve juste que tu es très attaché à lui. Ça me rapelle Kakashi et moi au début.

L'adolescent fronça les sourcils. Il ne voyait pas le rapport entre Sasuke et lui, et le couple que formaient Iruka et Kakashi. Pas que ça le dérange d'ailleurs qu'ils soient ensemble ces deux là. Il savait qu'il était l'un des rare à savoir vraiment ce qu'il se passait entre eux. En même temps, il les avait pris sur le fait, bouche contre bouche, alors qu'ils se croyaient seuls aux abords d'un terrain d'entraînement éloigné du village, un jour qu'il avait besoin de se calmer.

Il se souviendrait toujours de la tête embêtée d'Iruka qui avait tenté vainement de se rattraper avec un "Ce n'est pas ce que tu crois... enfin si mais..." avant de rendre les armes sous l'œil inquiet puis un peu plus détendu d'un Kakashi qui n'en menait pas bien large non plus. Le fameux "Est ce que ça te choque ?" qui avait suivi alors que son ancien instituteur glissait doucement sa main dans celle du ninja copieur avait poussé Naruto encore plus près de l'incompréhension.

"... Bien sûr que non..." avait-il répondu avec franchise, provoquant le soulagement du Chunin. Kakashi lui avait ensuite longuement fait la leçon sur le fait que ce qu'il avait vu devait rester entre eux, car tout le monde au village ne serait pas aussi compréhensif que lui. Depuis, Naruto avait inconsciemment remarqué tous ces regards, ces attitudes et ces petits gestes anodins qui trahissaient ses aînés. Et puis, il avait mieux compris aussi pourquoi son chef d'équipe au masque énigmatique était souvent en retard, quelque chose lui disait que l'homme à ses côtés y était probablement pour quelque chose.

Quoi qu'il en soit, il ne voyait absolument pas le rapport entre le fait qu'Iruka et le ninja partageaient des liens au-delà de l'amitié; même s'ils étaient du même sexe, après tout, s'ils étaient heureux comme ça, qui était-il pour juger, lui le réceptacle du démon renard qui avait tant souffert de la solitude; et dans sa situation actuelle avec un brun déchaîné et bien décidé à lui en faire voir de toutes les couleurs.

- Ce n'est pas la même chose. Kakashi et vous... vous êtes ensemble.

- Peut-être que tu devrais réfléchir à ce que tu ressens exactement pour Sa... pour ton ami.

Le chunin s'était rattrapé de justesse. Peu de personnes étaient au courant du retour de l'Uchiwa, mieux valait ne pas ébruiter la nouvelle et encore moins dans un lieux public.

Ce qu'il ressentait pour Sasuke ? Naruto fronça les sourcils, ne comprenant pas en quoi il devait y réfléchir. Sasuke était son ami, son meilleur ami, bon son meilleur-ami-qui-lui-pourrisait-la-vie-je-vais-finir-par-l'encastrer-dans-un-mur à l'heure actuelle, mais c'était son meilleur ami. Il n'y avait rien à réfléchir... si ? Il grommela sur les adultes qui parlaient par énigmes en finissant son bol, et se leva de son siège, vite suivi par Iruka. Ensemble, ils reprirent leur route vers la maison qu'occupait le blond, le chunin allant lui aussi dans cette direction.

Alors qu'ils cheminaient en discutant tranquillement de tout et de rien, ils croisèrent un homme qui se promenait avec une petite fille sur les épaules, tout en l'écoutant parler d'une voix enjouée et enfantine. Les deux ninjas suivirent le duo des yeux avant de reprendre leur route en silence. Iruka fut surpris de ce silence soudain et coula un coup d'œil soucieux vers le blond à ses côtés. Le voyant le visage pensif et concentré sur ses pieds, il posa une main sur son épaule, attirant ainsi son attention sur lui.

- Quelque chose ne va pas ? s'enquit-il.

Les yeux bleus le fixèrent un moment, semblant chercher une réponse dans les iris noirs, puis se grattant la nuque gêné, Naruto demanda à voix basse et hésitante, ce qui ne lui ressemblait en rien.

- Dites, Iruka-sensei... C'est quoi être père ?

Le professeur stoppa sa marche, comprenant ce qui perturbait l'adolescent. C'est vrai qu'il n'avait pas connu sa famille, et son questionnement était légitime, surtout dans la situation actuelle. Être sur le point de devenir parent à dix sept ans avec un Uchiwa dans le rôle de la femme enceinte, c'était déjà pas mal compliqué. Mais quand en plus on était orphelin et sans repaire sur ce qu'était une famille, Iruka comprenait que celui qu'il considérait comme son fils soit carrément paumé et démuni.

- Être père ? reprit-il doucement. C'est une question délicate et chacun voit les choses à sa façon.

Iruka parla doucement, cherchant avec soin ses mots, l'adolescent avait besoin d'aide et il ferait tout pour le soutenir, le guider. Mais sa seule expérience dans ce domaine c'était justement, le jeune homme qui lui posait la question. Il avait le souvenir de son propre père et l'exemple de tous ceux qu'il voyait de loin à l'académie.

Naruto fixait son père de cœur avec espoir, cette question qu'il se posait depuis plusieurs jours allait peut-être enfin avoir une réponse. Suspendu au lèvres du chunin, il fut attentif à ce que lui expliqua Iruka.

- Tu sais, il y a autant de façon d'être père qu'il y a d'hommes. Mais tous ont le même objectif. Protéger leur enfant, l'aider à grandir, le préparer à la vie adulte, le soutenir, le guider quand il est en difficulté, lui apprendre aussi, lui apprendre pleins de choses différentes et l'ouvrir au monde.

Naruto fronça les sourcils, tout cela lui semblait bien compliqué et au final il n'était pas rassuré du tout. Comment allait-il réussir à faire tout ça ? Devinant les inquiétudes du blond, Iruka poursuivit d'une voix assurée et confiante.

- Je suis sûr que tu t'en sortira très bien. Tu fais déjà des merveilles avec Konohamaru. Et puis tu n'es pas le seul parent, lui a connu ses parents, même s'il les a perdu jeune. Vous devriez en discuter tous les deux. Et surtout fais-toi confiance, suis tes instincts. Tout se passera bien, je suis certain que tu sera un très bon père.

Le sourire confiant de l'adulte rasséréna l'adolescent qui lui rendit son sourire. Oui, Iruka avait raison, avec Sasuke à ses côtés il s'en sortirait. Ensemble, ils avaient fait face à des situations bien pires que celle la. Tout son entrain habituel retrouvé, il remercia son tuteur, qui lui répondit sur le même ton.

- Et puis si vous avez des problèmes, je suis sûr que vos amis vous aiderons avec plaisir. Moi le premier.

- Eh, hé ! De toute façon, vous n'allez pas avoir le choix Iruka-sensei... vous allez être grand-père, en quelque sorte...

La réplique dite sur un ton légèrement moqueur figea sur place le ninja à la queue de cheval et à la cicatrice sur le nez. Grand-père ? Lui ? Les larmes lui montèrent aux yeux, et avec un sourire éblouissant, il ébouriffa la chevelure blonde avant de répondre, d'un ton taquin.

- Grand-père, hein ! J'en serai honoré mais ne me trouve-tu pas un peu jeune pour ce rôle ? Ou me vois-tu déjà si vieux ?

Tsunade écoutait calmement Sasuke répondre à ces questions. Aujourd'hui, elle l'interrogeait sur Orochimaru, et comme les jours précédents le brun lui transmettait toutes les informations qu'il possédait, seulement quand elle le questionnait. Son regard erra sur la silhouette de plus en plus arrondie du jeune homme. Il portait un pantalon noir avec un tee-shirt kaki, Naruto avait visiblement suivi son conseil et refait une garde robe au futur père.

D'après ce que lui disait le jinchuriki dans ses rapports quotidiens, la grossesse se déroulait normalement. La chose qui différait d'une grossesse normale était le contrôle du chakra. Malgré de nombreux essais l'Uchiwa n'avait pas été capable de faire le moindre début du commencement d'un jutsu. Et, toujours d'après le blond, s'en était suivi une crise de colère digne des plus grandes divas, et d'une période de bouderie.

- Comment va-t-il naître ?

La question posée d'une voix glaciale mais dans laquelle perçait une certaine appréhension, sortit la Godaime de ses pensées. Les iris noirs la fixaient intensément, attendant une réponse. Elle hésita un instant à lui répondre que le bébé lui sortirait par l'orifice que tout homme normalement constitué possédait au niveau du séant, mais elle renonça quand elle perçu l'angoisse latente de l'adolescent.

- Étant donné que tu es un homme et donc que tu ne possèdes pas le… nécessaire pour un accouchement par voies basses, ce sera une césarienne.

- … ?

- Je vais pratiquer une incision juste au dessus de ton pubis et je sortirais le bébé par là. Ensuite je suturerais la plaie comme pour une césarienne normale. La seule différence sera au niveau de l'anesthésie. Ce sera une rachianesthésie*, comme pour une femme, mais beaucoup plus légère. Vu ton cas particulier, je préfère te garder conscient et capable de crier si je te fais mal.

Sasuke se renfrogna, il allait souffrir... Quelle bonne nouvelle, vraiment ! Voilà qui allait égayer sa journée. Déjà qu'il avait été plus qu'enchanté quand, ce matin, il avait, enfin, trouvé un dictionnaire qui l'avait renseigné sur ce qu'était la libido, et qu'il avait donc compris ce que la Godaime voulait dire par "Dangereux pour une certaine partie de son anatomie", alors franchement savoir qu'il allait être éventré vivant ET conscient, oui ça illuminait sa journée, vraiment.

La medic-nin et lui s'entendaient plutôt bien, se trouvant étrangement des points communs. Il respectait cette femme qui avait souffert de la perte d'êtres chers et qui s'était noyée fut un temps dans le jeu et l'alcool, avant de se relever et de prendre la direction d'un village qu'elle avait quitté longtemps auparavant. Elle comprenait la détresse du jeune homme et appréciait son impertinence subtile, pas du tout du même style que celle de Naruto. Elle s'y était attaché et était intimement persuadé qu'il représentait, tout comme le blond, l'avenir du monde ninja.

Naruto marchait vers la maison, le cœur un peu plus léger, en tout cas sa colère envers un certain brun, trucideur de poils, n'était plus qu'un lointain souvenir. Sa tête, elle par contre, était en pleine ébullition. Sa conversation avec Iruka lui laissait une impression mitigée. D'un côté, il était un peu rassuré face à ce nouveau rôle qu'il allait devoir endosser et qu'il n'avait jamais connu de quelque manière que ce soit. Iruka avait raison, entre ses amis, Sasuke et sa famille de cœur, il finirait bien par s'en sortir.

D'un autre côté, il ne comprenait toujours pas où celui qui se rapprochait le plus pour lui d'un père voulait en venir... Ses sentiments... Sasuke était un enfoiré, ça c'était sûr ! Et une putain de tête de mule aussi ! C'était son ami, son meilleur ami, son rival, son ancien compagnon d'armes... N'est-ce pas ? Mais quand Sasuke avait mal, lui aussi souffrait. Quand Sasuke était mal en point, lui, il s'inquiétait. Quand Sasuke avait bien failli y passer, il avait cessé de respirer.

Sasuke... Quand il l'avait trouvé sur le chemin, évanoui, là aussi il l'avait cru mort, et il avait cru mourir. Quand Sasuke faisait des cauchemars, il le récupérait dans ses bras et le consolait. Depuis que Sasuke était revenu, c'était bien simple, il ne voulait plus le laisser partir. Il l'avait tant cherché, il avait tellement tout tenté pour le ramener. Et maintenant qu'il était là, enfin là, de retour, à Konoha, toute sa vie à lui tournait autour du brun.

Honnêtement, même si Sasuke n'avait pas été enceinte, il serait quand même tout le temps avec lui, à le défier, à s'entraîner avec lui, à faire des missions avec lui... Sasuke... toujours et encore Sasuke... Sauf que là, c'était différent. Il était bien conscient que dans un autre cas de figure, il ne l'aurait jamais tenu dans ses bras toutes ces nuits, il n'aurait jamais découvert la sensation magique de ses doigts dans ses cheveux, il n'aurait jamais pu voir d'aussi près la plastique de porcelaine et y perdre son regard tout en la comparant à la sienne. Non ! ça, il ne fallait pas qu'il y pense...

Il ne voulait pas qu'il parte, il voulait qu'il reste... mais surtout, il voulait que Sasuke reste à ses côtés... qu'il puisse encore avoir l'occasion de le sentir contre lui, qu'il puisse encore avoir l'occasion de lui caresser les cheveux, qu'il puisse encore glisser sa main sur ce ventre qui abritait une vie qu'ils avaient créés tous les deux et dont ils seraient bientôt responsables sur cette terre. Sasuke... Sasuke et son regard si noir et pénétrant, Sasuke et son visage si particulier qu'il aurait pu redessiner les yeux fermés, Sasuke et son caractère tranché...

Naruto souffla. Oui, des sentiments pour Sasuke, il en avait. Et c'était vrai qu'ils allaient un peu plus loin que l'amitié. Mais, c'était bien normal non ? Sasuke portait leur enfant. Ils allaient devenir parents... C'était normal que leur relation évolue et soit plus intime, surtout après tout ce que ce teme lui faisait traverser. Son petit doigt lui disait qu'il n'avait pas fini de le voir à poil et de le consoler celui-là... Pas que ça le dérange hein, mais bon... des fois, il aimerait bien qu'ils arrivent à communiquer autrement qu'en se cognant dessus, en se hurlant dessus ou en se faisant la tête.

Le jinchuriki tourna le coin et arriva dans la rue, la remontant de son pas toujours aussi tranquille. Plongé dans ses pensées, il ne prêta pas attention à ce qu'il y avait autour de lui, se faisant vaguement la remarque que son colocataire avait eu l'extrême gentillesse de sortir les poubelles. Arrivé au portail, il leva les yeux pour saluer Kakashi, fidèle à son poste, mais s'arrêta net en voyant l'œil malicieux du ninja copieur.

- Eh bien Naruto ! Je ne sais pas ce que tu lui as fait mais je te souhaite bien du courage, lui lança, goguenard, son sensei.

- Hein ?! De quoi ?! s'étonna le blond.

L'argenté tendit un doigt, désignant la rue derrière le jinchuriki qui se retourna et… hurla de surprise.

- Ah ! Mais c'est quoi ça ?

Un léger ricanement attira son attention vers les arbres alentours, où il vit Sai le regarder en souriant.

- Je ne savais pas que tu avais des goûts aussi étrange. Peux-tu m'expliquer quel est l'intérêt d'avoir des caleçons vert avec des grenouilles oranges ?

Aux paroles de son coéquipier, Naruto examina de plus près les différentes choses qui gisaient de ci, de là sur la surface pavée de la rue. Au fur et à mesure qu'il identifiait les dites choses, ses yeux s'écarquillèrent d'abord de surprise puis de colère. Cet espèce de… de... avait jeté ses affaires dans la rue ! TOUTES ses affaires ! Ses malheureux caleçons voletaient au fil du vent, ses chaussettes pleuraient loin de leurs jumelles, ses pantalons et ses tee-shirt subissaient le même sort, bref sa garde robe au grand complet était étalée là, sous ses yeux.

Tournant la tête vers Kakashi, furieux, il tendit un doigt rageur vers lui et s'écria :

- Et ça vous fait rire ! Vous n'auriez pas pu l'empêcher au lieu de lire votre bouquin de pervers ! Je croyais que vous deviez l'empêcher de quitter la maison.

- Techniquement, il n'a pas quitté la maison, dit Néji d'un ton dogme. Il a tout balancé par dessus le mur.

- Je dois d'ailleurs reconnaître qu'il a un beau lancé ! rajouta Yamato, non sans une certaine admiration dans la voix.

Naruto explosa. Cet enfoiré allait le lui payer. Conjurant une masse de clone, il les laissa ramasser ses affaires éparses et traversa le jardin d'un pas décidé. Il pénétra dans la maison, écumant de rage, et fit immédiatement connaître son humeur à son colocataire.

- TEME ! On peut savoir ce qui t'as pris ? Espèce d'enfoiré, je vais te faire bouffer tes chaussettes sales ! T'es où ?

L'objet de sa colère n'était pas bien loin, puisqu'il le trouva dans le séjour, un balai brosse à la main, une serpillière dans l'autre. Avant même que le blond n'ai eu le temps d'ouvrir la bouche, il se retrouva avec le balai et la serpillière dans les bras et un brun qui lui tournait le dos en lui lançant froidement :

- … J'ai rangé, tu laves.

Le choc figea le blond. Non... cet... ce... il n'avait pas osé ? Il suivit des yeux, incrédule, l'Uchiwa vers le canapé où ce dernier se laissa gracieusement tomber avant de saisir sa grande amie : la télécommande. N'entendant aucun bruit, Sasuke se retourna et fixa le blond, toujours planté sur place, à quelques pas de lui, avant de lui demander d'une voix moqueuse.

- Tu comptes prendre racine ?

S'en fut trop ! Naruto jeta violemment ce qu'il tenait au sol et se jeta sur son putain de colocataire au caractère merdique, avec la ferme intention de lui effacer ce rictus dédaigneux de sa face avec ses poings. Mais alors qu'il était à califourchon sur le brun à même le sol où ils étaient tombés, son poing prêt à frapper, il croisa le regard noir chargé de défi, et se souvint brutalement que le brun était... enceinte. Soufflant de frustration, étouffant un cri de rage, il abattit son poing sur le plancher, juste à côté du visage altier.

- Je te jure que dès que le bébé est né, je te mets la raclé de ta vie ! dit-il avant de partir dans la chambre pour ranger ses affaires, laissant le balai et la serpillière au beau milieu du séjour.

Il ne vit pas les sourcils noirs se froncer de colère, ni la bouche à peine rosée se pincer de frustration. Merde, lui qui espérait que le blond arrêterait de le considérer comme une petite chose fragile, c'était raté.

To be continued...


Commentaires des auteurs :

Moralité de ce chapitre : ne jamais laisser un Sasuke s'ennuyer !

*Rachianesthésie : Anesthésie n'incluant que le bas du corps, de la taille jusqu'aux pieds.


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Zetsu débarque furieux :

-Comment ça je ne suis pas un cordon bleu ? C'est l'autre là qui l'a engrossé ! Du coup, il avait des nausées déjà avant de manger ma délicieuse cuisine ! Je me suis inscrit au concours du meilleur pâtissier de France, moi Mesdames ! Et puis Tobi il l'aime bien ma cuisine, hein choupinet que tu l'aimes ma cuisine?

Reviews ?


Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 10 : Intempéries et éclaircies.

Comment continuer à marcher vers sa destinée quand celle-ci vous échappe ? Quand tout semble se liguer contre vous pour que vous ne parveniez pas atteindre votre but ? Sasuke en fait l'expérience, et ce n'est pas prêt de s'arrêter.