Avertissement : Patience ça vient... pas dans ce chapitre, mais très bientôt promis !

Bonne lecture !

Yzan & Lili.


~ Chemins de traverses ~

Chapitre 10 : Intempéries et éclaircies.

Naruto était assis, la tête basse, les épaules voûtées. La seule personne encore vivante qui s'occupait de lui et s'inquiétait, était appuyée contre l'évier, s'essuyant les mains dans un torchon à carreaux, son regard posé sur le jeune homme. La cuisine de son tuteur était chaleureuse et accueillante, mais résolument masculine, bien que décorée avec goût.

- C'est pas possible... lui et moi... c'est pas possible... murmura le blond d'une voix atone.

- Tu voulais des explications et des réponses. Je te dis simplement ce que j'en pense, Naruto. Après, c'est toi qui vois. Je me trompe peut-être, qui sait. Mais tu l'as dit toi-même. Tu tiens à lui, il a toujours eu beaucoup d'importance pour toi. Ton univers a toujours tourné autour de lui, et aujourd'hui plus que jamais.

Le blond releva la tête, ses yeux bleus, troublés, plongeant dans les pupilles noires de son vis à vis au visage barré d'une grande cicatrice.

- C'était pareil pour vous ? Je veux dire... entre vous et Kakashi ?

- … Si on veut. Ça nous a pris beaucoup de temps. Mais nous, nous n'allions pas avoir un enfant. Nous avions tous deux des sentiments l'un pour l'autre, chacun de notre côté, sans le savoir.

Le chunin laissa son regard s'attarder sur ses mains, repensant à tous ces souvenirs avec nostalgie.

- Il a fallu une soirée un peu trop arrosée et que Kakashi me ramène chez moi pour que... les choses changent entre nous. Je lui en ai beaucoup voulu après ça. Je l'ai rendu responsable de ce que je portais au fond de mon coeur. Je ne voulais pas voir la vérité en face. Moi aussi, je lui ai fait payer... Jusqu'à ce qu'on s'explique... Et que j'accepte ce que je ressentais... et que je nous laisse une chance, poursuivit Iruka d'un ton doux.

Il eut un petit soupir désabusé avant de continuer, couvant Naruto d'un regard qui en disait long.

- Je ne te dis pas que c'est ce que tu ressens, je te dis juste que c'est une possibilité. Il n'y a que toi qui connais la réponse... Je ne te dis pas non plus que ce sera facile, parce que ça ne l'est jamais, encore moins dans votre situation, avec vos caractères respectifs, vos passés, et le fait que vous soyez du même sexe.

Naruto contempla le visage paternel et grave.

- Et comment je vais faire moi pour savoir que c'est ça ? lâcha-t-il, désenchanté.

- Essaye d'imaginer quelqu'un d'autre à la place de Sasuke. Hinata, Sakura ou qui tu voudras... Est-ce que tu réagirais pareil ? Est-ce que cette personne aurait autant d'importance pour toi ?

Le jinchuriki abaissa à nouveau sa tête et ferma les yeux. Il connaissait déjà la réponse. Non, ça n'aurait pas la même importance. Il le savait bien...

Debout dans la cuisine, sa tasse de thé à la main, Sasuke dardait un regard meurtrier sur la jeune fille appuyée avec les coudes sur le bar. C'était bien sa veine ça, tiens. Tsunade n'avait pas pu se libérer pour venir le voir aujourd'hui, du coup c'était sa disciple qui était venue. Et voilà que maintenant, il se retrouvait seul avec Sakura. Tout ça parce que Naruto, lui faisant un peu plus confiance, avait décidé de partir quelques minutes à peine avant que la demoiselle aux cheveux roses ne pointe le bout de son nez, à la place de la sannin.

Et depuis, il devait supporter le monologue incessant de son ancienne coéquipière. Sa main se crispa sur l'anse de sa tasse, alors qu'il sentait un début de migraine lui vriller le cerveau. Il n'écoutait même pas ce qu'elle lui racontait, probablement des histoires sans intérêt sur leurs soi-disant amis communs. En fait, la seule présence de la jeune femme suffisait à l'horripiler. Si Naruto avait su que c'était elle qui viendrait et non Tsunade, serait-il resté ? Et puis merde, qu'est-ce qu'il foutait lui aussi, il devrait être rentré depuis le temps !

- … Naruto est un héros pour le village depuis, dit la jeune fille sur un ton admiratif.

Contournant le bar, elle se rapprocha de celui qu'elle avait tant aimé plus jeune, posant une main douce sur le bras dénudé du jeune homme pour attirer son attention. Les orbes sombres fusillèrent la main fine posée sur lui, avant de se relever vers le visage de Sakura. Qu'est-ce qu'elle lui voulait ? La kunoichi le regarda d'un air tendre avant de lui dire doucement.

- Tu sais, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu pourras toujours compter sur moi. Tu as toujours eu beaucoup d'importance pour moi, je te l'ai déjà dit juste avant de que tu partes, ça ne t'as pas retenu... mais ça n'a pas changé depuis, tu sais.

Sasuke fixa, écoeuré, les yeux verts papillonnants de la rosée. Elle se prenait pour qui celle la ?

D'une voix réfrigérante, il lui lança :

- Naruto ne te suffit pas ? Tu tentes ta chance avec moi aussi ? Je n'étais pas intéressé à l'époque et ça non plus, ça n'a pas changé.

La jeune fille, vexée, recula, lâchant le bras de son ancien coéquipier. Son regard se durcit et sa bouche se déforma avec un pli amer. Croisant ses bras sur sa poitrine, elle se redressa, tenant tête au brun irascible qui lui faisait face.

- Mais qu'est-ce que tu t'imagines ! Qu'il est là pour toi peut-être ? Naruto n'a toujours pensé qu'au bien du village, c'est uniquement pour ça qu'il s'occupe de toi. Konoha a déjà subi deux attaques, Naruto fera tout pour qu'il n'y en ait pas de troisième. Et on sait tous que tu as juré de détruire le village.

Les pupilles du brun s'étrécirent. Oh comme il aurait aimé, là maintenant, tout de suite, pouvoir lui sortir un Mangekyo Sharingan bien senti, juste histoire de lui faire suffisamment peur pour qu'elle se taise.

- Et ce que tu portes en toi sera mis au service du conseil, éliminé si jamais il posait trop de problèmes.

- Naruto ne laissera jamais faire ça. Il y a bien une chose dont je suis sûr, il tient à cet enfant ! Tu es juste jalouse, parce que c'est moi qui porte la descendance de Naruto, rétorqua le brun, piqué au vif.

- Ne fais pas comme si cette chose était voulue ! Je sais ce qu'il s'est passé dans la forêt... Je ne savais pas que tu étais du genre à écarter les cuisses pour le premier venu ! Quoique, en y repensant, tu étais prêt à laisser ton corps à ce serpent d'Orochimaru pour un peu de puissance ! C'est peut-être lui qui t'a appris à…

La jeune fille ne put finir sa phrase, un bruit de verre brisé l'interrompant. Surprise, elle vit le sang couler de la main du brun, la main qui tenait la tasse qu'il venait de briser entre ses doigts. La rage la plus sauvage déformait le visage, habituellement si impassible. La voix devenue plus grave et bestiale de Sasuke retentit dans la pièce dont l'ambiance était plus qu'électrique.

- Tu sais ce qui s'est passé, hein ?! Tu n'en sais absolument rien, tu n'y étais pas. Comme d'habitude, tu ne comprends rien à rien. Tu as toujours été inutile, un vulgaire boulet qui traînait dans nos pattes et qui nous attirait des problèmes. Tu as toujours été incapable de te débrouiller seule, toujours à pleurnicher en appelant à l'aide. QU'EST-CE QUE TU SAIS DE MOI POUR POUVOIR ME JUGER !

Les yeux écarquillés, Sakura vit un chakra orange sourdre du corps entier du nukenin, l'enveloppant en un brouillard dense. Elle avait déjà vu Naruto se transformer ainsi, aussi reconnut-elle immédiatement le manteau du démon renard. Prudemment, elle recula, effrayée par les yeux rouges et animales braqués sur elle, elle vit la bouche fine du brun se déformer sous l'apparition des crocs et l'Uchiwa émit un grognement bestial à la fin de sa tirade enragée.

Naruto courut, il courut à perdre haleine. En rentrant de chez Iruka, encore un peu troublé, il avait croisé Shizune. Surprise, cette dernière s'était étonnée de le voir dans les rues du village. Tsunade n'avait pas pu venir, Sakura l'avait remplacée. Sakura... Sans attendre la fin des explications de la medic-nin, il s'était mis à courir, mu par un sentiment d'urgence, passant par les toits pour aller plus vite. Vite, toujours plus vite, bondissant d'un faite de tuiles colorées à un autre, d'une terrasse à un balcon.

Un mauvais pressentiment le poussait à rejoindre Sasuke de toute urgence. Sakura... la dernière fois, c'était elle qui avait inconsciemment mis le feu aux poudres, provoquant la première transformation complète en Mini-Kyuubi du brun, et la dévastation d'une partie de la maison. Mince ! Pourvu qu'il ne soit rien arrivé. Si Sakura se retrouvait blessée, il ne se pardonnerait jamais de ne pas avoir été là pour la protéger. Si Sasuke était blessé... il ne préférait même pas envisager cette option. Sasuke... Pourvu qu'il arrive à temps !

Naruto survolait littéralement le village pour rentrer chez lui à toute allure. Il n'ouvrit pas le portail, sautant directement par dessus le mur, voyant du coin de l'oeil l'équipe de ses amis bouger eux aussi. Il atterrit devant la porte qu'il franchit, l'ouvrant à la volée, ne prenant même pas la peine de retirer ses chaussures, les cris d'une conversation plus que houleuse, nettement perceptibles à travers les cloisons de la demeure.

Naruto arriva dans la cuisine comme un boulet de canon et marqua un temps d'arrêt qui se résuma en un freinage pas totalement contrôlé, mais presque, devant la scène qu'il découvrit. Sakura et Sasuke se faisaient face, la jeune femme reculant, éberluée et effrayée devant, bien sûr il aurait dû s'y attendre, un brun plus que menaçant qui s'apprêtait à avancer vers elle, recouvert du manteau flamboyant, déjà tous crocs dehors.

Le sang de Naruto ne fit qu'un tour. Sakura était réellement en danger. Si Sasuke se lançait après elle, et que comme la fois d'avant Naruto était incapable de le raisonner, ça allait se transformer en catastrophe. Ne réfléchissant pas plus, le jinchuriki enchaîna des signes rapides avec ses mains. Un deuxième lui-même fit son apparition dans un nuage blanc. Immédiatement, Naruto se jeta entre Sasuke qui avançait et sa coéquipière qui reculait, ceux-ci sortant peu à peu de la cuisine.

Les traits de l'Uchiwa se durcirent à l'apparition blonde qui le sépara de sa cible rose. Un nouveau grognement furieux se transformant en un hurlement féroce franchit la gorge du brun redevenu mi-homme mi-renard, ses pupilles luisantes d'un puissant désir de tuer. Le blond leva ses mains en signe d'apaisement.

- Sasuke, arrête. Du calme...

Mais comme la fois précédente, son colocataire fut sourd à ses paroles et esquiva sa tentative de contact, lançant sa main griffue en avant pour chasser l'avorton importun qui osait le détourner de sa proie. Les yeux de Naruto s'emplirent de peine, il aurait tellement aimé avoir pu éviter de faire ça à son meilleur ami. Son clone surgit de derrière le bar, sautant silencieusement par dessus et atterrissant souplement derrière la bête enragée.

Sasuke ne vit pas le coup venir. Le clone du jinchuriki leva son bras sans la moindre hésitation et la main tannée par le soleil fendit l'air d'un coup sec, précis et plein de force. La tranche de la paume s'abattit sans aucune merci à la base de la nuque fine et pâle à découvert. Les prunelles rouges s'ouvrirent démesurément alors qu'une lueur d'incompréhension brillait au fond d'elles. Un sentiment de trahison traversa fugacement la victime de ce coup.

Les fines paupières ourlées de longs cils noirs se fermèrent et le corps alourdi plongea en avant comme une masse. Naruto se propulsa à la rencontre de la silhouette arrondie qui s'apprêtait à rencontrer le sol sans douceur et récupéra entre ses bras un Uchiwa complètement K.O, assommé par ses propres soins. Son clone se désagrégea une fois sa mission réussie. Il n'aurait pas aimé avoir eu à renouveler l'opération avec une poêle ou la première chose qui traînait, mais il s'y était préparé, juste au cas où.

Le blond glissa ses bras sous les épaules et les genoux de "sa belle" endormie. Il sentait qu'il risquait de prendre cher quand "elle" allait se réveiller. Mais en même temps, il n'avait pas eu vraiment le choix. Emportant Sasuke dans son étreinte, il se dirigea vers le canapé chocolat où il allongea son précieux fardeau. Il s'en voulait d'en être arrivé à une telle extrémité. Dégageant les mèches brunes du visage assoupi, Naruto s'assura que "la belle au bois dormant" allait bien, malgré tout.

Kakashi apparut aux côtés du blond, ses yeux luisants d'inquiétude. Naruto se retourna vers lui d'un air grave et coupable et le ninja copieur lui tendit alors ce qu'il manquait. Le blond le remercia avec gratitude et s'empara de l'objet, le déployant sur le corps endormi que la grossesse commençait à déformer. Le jeune homme à la chevelure dorée remonta le précieux édredon bariolé sur la silhouette, remarquant alors un détail qui ne lui avait pas sauté aux yeux jusque là. Se penchant, il prit entre ses mains les doigts fins de son ami. Sasuke saignait, sa main était couverte d'égratignures et de coupures ensanglantées. Naruto sentit une pointe de consternation le traverser. Comment s'était-il blessé ? Que s'était-il donc passé entre ces deux là avant qu'il n'arrive pour que le père de son enfant soit dans cet état ?

Un sanglot discret attira son attention. Relevant la tête, il vit des larmes inonder les joues de sa coéquipière aux cheveux roses. Posant délicatement la main blessée, qu'il tenait toujours, sur le canapé, Naruto se releva et demanda d'une voix grave et impérieuse.

- Il est blessé. Que s'est-il passé ?

Recroquevillée sur elle-même, la jeune fille lui répondit d'une voix tremblante.

- Je ne sais pas. On était dans la cuisine, on discutait et tout d'un coup, il s'est énervé... Il m'a dit des choses horribles... il a cassé la tasse qu'il avait dans les mains et… et... il s'est transformé... Oh Naruto... J'ai eu si peur...

Naruto fronça les sourcils, un peu surpris. Oui, Sasuke avait parfois des sautes d'humeur, mais quand même pas au point de se transformer ainsi, plus depuis la fin des séances d'interrogatoire avec Ibiki en tout cas.

Se tournant vers Kakashi, il vit que celui-ci semblait hésiter à intervenir.

- Je ne pense pas que Sasuke-kun se soit énervé pour rien.

La voix placide de Sai se fit entendre, faisant se tourner vers la baie vitrée les têtes des membres de son équipe.

- Sai ! prévint le ninja copieur.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? coupa le blond, ne laissant pas le temps à son maître d'en dire plus. Lui, il voulait savoir.

Plantant ses yeux noirs dans les lagons azurés du jinchuriki, le peintre s'expliqua, sous le regard acerbe des autres membres qui froncèrent les sourcils et le fusillèrent du regard.

- Nous étions dehors, je n'ai pas tout entendu de la conversation. Mais Sakura a dit des choses très désagréables à Sasuke-kun. Il m'a semblé tendu dès que Sakura est arrivée, mais il ne s'est véritablement énervé qu'après.

Naruto se retourna lentement vers la jeune fille qui ouvrit immensément les yeux, surpris par les propos de l'artiste, et il serra les poings avant de l'interroger d'une voix vibrante de colère.

- C'est vrai... Sakura-chan ?

- Quoi ?! Mais bien sûr que non ! Jamais je ne ferai une chose pareille. Tu me connais, non ? Tu sais que je suis incapable de faire du mal à Sasuke.

Les yeux verts de la kunoichi se remplirent de grosses larmes, déstabilisant le blond qui ne savait plus qui croire. Sai aurait-il mal compris ? Sakura pourrait-elle mentir ? Perdu, il se tourna vers les autres membres de l'équipe, les interrogeant du regard. Un peu gênés, les ninjas semblaient hésiter sur la conduite à tenir. Finalement, ce fut Néji qui brisa le silence embarrassé.

- Sai a raison. Sasuke a eu l'air tendu dès que Sakura est arrivée, mais il n'a perdu le contrôle qu'après une longue conversation.

La demoiselle aux cheveux roses mit ses poings sur les hanches et tempêta :

- Vous ne savez rien de ce que nous avons dit ! Je lui racontais quelques anecdotes de ce qu'il avait manqué durant son absence et je lui donnais des nouvelles de nos amis communs.

Sai intervint d'une voix curieuse et demanda :

- Oh ? Vraiment ? Dans ce cas Sakura-chan, tu vas pouvoir m'expliquer l'expression que tu as employée, car sur le coup je ne l'ai pas comprise. Ça veut dire quoi "écarter les cuisses pour le premier venu" ? C'est bien ce que tu lui as dit, non ? Pourtant j'ai beau réfléchir, je n'ai jamais vu Sasuke écarter les cuisses quand quelqu'un vient le voir. Il a toujours l'air plus mécontent qu'autre chose.

Naruto, choqué par les paroles pas si innocentes que ça du peintre, se retourna d'un bloc vers sa coéquipière, serrant ses poings contre ses flancs.

- Quoi ?! Sakura, tu as osé lui dire ça ?! Dis-moi que je me trompe, que c'est une blague !

- Mais pourquoi tu prends sa défense, il t'a fait courir d'un bout à l'autre des cinq grands continents et a même juré de te tuer. Qu'est-ce que tu as à la fin, pourquoi tu le protèges

toujours ? J'ai jamais eu mon mot à dire, ça n'a toujours été que vous deux !

Naruto s'adressa à celle qu'il considérait comme une amie précieuse d'une voix forte et tranchante.

- Je te l'ai déjà dit il y a quelques années ! Ne te mets pas entre nous ! Ce qu'il se passe entre Sasuke et moi ne te regarde pas, ça ne regarde personne d'ailleurs. C'est seulement entre lui et moi.

- Ah oui ? Ça ne regarde que vous deux vraiment ? Tu n'oublierais pas un tout petit peu Kyuubi dans l'histoire ?

Le jinchuriki blêmit, blessé par les paroles acides de la medic-nin qui avaient fait mouche.

- Je m'en veux suffisamment pour ça, j'ai pas besoin d'un rappel, merci.

Naruto garda un instant le silence les mâchoires serrées, avant de poursuivre :

- De toute façon, ça ne change rien. Ne te mets pas entre nous et mêle-toi de ce qui te regarde. Tu n'as pas idée de la force de ce que je ressens pour lui. Il est la personne la plus importante à mes yeux, la plus précieuse en ce monde. Je ne laisserais personne lui faire du mal... pas même toi. Ce que je ressens pour lui est encore plus fort qu'avant. Avant il comptait beaucoup, j'étais prêt à mourir avec lui. Et aujourd'hui il porte notre enfant, ça ne le rend que plus beau à mes yeux. Alors je me moque de ce que tu peux penser ou dire, ou qui que ce soit d'ailleurs. Il est inestimable pour moi et personne n'y touche ! C'est clair ?!

Sakura blêmit de colère au fur et à mesure du discours de son coéquipier. Folle de rage, elle tourna les talons et prit la direction de la porte d'entrée. Juste avant de claquer violemment le battant derrière elle, elle hurla d'un ton acerbe :

- Et tu crois que lui, il s'intéresse à toi après ce que tu lui as fait ? Tu rêves mon pauvre Naruto. Quand il sera reparti en te laissant derrière lui, ne compte pas sur moi pour te consoler.

Le silence qui régna dans la pièce après le départ de la kunoichi était à couper au couteau. Naruto, debout, les poings serrées le long du corps, gardait la tête basse, fixant sans la voir la couette qui recouvrait le corps de son colocataire. Une main encourageante se posa sur son épaule, lui faisant relever la tête vers Kakashi qui lui sourit à travers son masque avant de lui dire :

- Ne t'inquiète pas, ça va aller. Si tu as besoin, tu sais où nous trouver.

Un soupir agrémenté d'un "Galère" résonna, faisant tourner la tête blonde vers les autres membres de l'équipe de surveillance qui lui montrèrent discrètement, et chacun à leur manière, leur soutien avant de s'éclipser pour reprendre leur poste aux abords de la maison. Fourrageant dans sa chevelure dorée, le jeune homme soupira, puis alla dans la salle de bain chercher de quoi panser la main blessée du brun.

Une migraine atroce lui transperçait le crâne. Mais qu'est-ce qu'il s'était passé encore ? Une voix forte et parfaitement reconnaissable se fit entendre tout proche de lui. Dans le marasme obscur qui noyait son esprit, il ne saisit pas tout ce qu'elle disait.

- … Et aujourd'hui il porte notre enfant, ça ne le rend que plus beau à mes yeux... Il est inestimable pour moi, et personne n'y touche !

La dernière phrase lui parvint, parfaitement distincte. De qui ce baka parlait-il avec autant de détermination ?

Peu à peu, les souvenirs confus de ce qu'il s'était passé lui revinrent. Sakura... Alors, c'était comme ça qu'elle le voyait ? Et bien, on était loin de la vénération aveugle qu'elle lui vouait plus jeune. Étrangement, même si la jeune fille n'avait pas d'importance pour lui, il était déçu qu'elle pense cela de lui. A l'époque de l'équipe sept, il la considérait comme une amie, et même si elle l'énervait plus qu'autre chose depuis son retour, son attitude à son égard le touchait plus qu'il ne voulait l'admettre.

Sasuke sentit une main saisir la sienne avec douceur. Il réalisa à ce moment que sa paume lui faisait mal. La sensation humide et froide de ce qu'il supposa être du désinfectant, vu l'odeur, lui fit ouvrir les yeux. Son regard tomba sur Naruto qui, le visage concentré, soignait les plaies qu'il avait à la main. Comment s'était-il fait ça déjà ? Ah oui, sa tasse... Un picotement désagréable se fit sentir, lui soutirant une grimace.

Le jinchuriki vit les doigts entre les siens se crisper soudainement, il tourna la tête vers le visage du brun, qu'il découvrit grimaçant. Il lui adressa un petit sourire d'excuse.

- Désolé, ça pique un peu. Mais il faut désinfecter.

- ... Hn...

- Tu n'as pas trop mal à la tête ? s'inquiéta le blond d'un air coupable.

Sasuke fronça les sourcils, pourquoi son colocataire avait-il l'air coupable ? Il devrait lui en vouloir d'avoir attaqué Sakura, non ? Le souvenir d'un coup brutal porté dans sa nuque lui revint, le faisant écarquiller les yeux.

- Tu m'as assommé ! accusa-t-il.

La culpabilité s'accentua sur les traits de l'Uzumaki qui détourna les yeux et se reconcentra sur les soins à apporter aux légères blessures du brun.

- Désolé... murmura-t-il. C'était le seul moyen que j'avais pour éviter que tu ne fasse du mal à Sakura.

- Tch ! Elle n'aurait eu que ce qu'elle mérite ! répliqua Sasuke d'une voix dure et éteinte.

- … Je sais... Mais quand je suis arrivé, la priorité c'était de te calmer. Et si tu l'avais blessée, tu aurais eu des ennuis.

Tout en parlant, le jeune homme à la chevelure dorée finit de panser la main mutilée et planta ses prunelles azurées dans celles noires comme la nuit de son ami.

Sasuke sonda les profondeurs limpides des deux océans qui le fixaient, cherchant à analyser les émotions contenues dans ces deux topazes étincelantes. De l'inquiétude, de la culpabilité, de l'honnêteté, mais surtout de l'affection... tellement d'affection... S'en était presque effrayant. Depuis quand quelqu'un l'avait-il regardé ainsi ? Comme s'il était la chose la plus précieuse en ce monde ? Sa mère et son frère avaient été les seuls à avoir eu ce regard là sur lui. Enfin presque... Il y avait dans les yeux de son ami quelque chose en plus, quelque chose qui lui donnait l'envie, pas du tout Uchiwesque, de rougir.

- … J'ai cassé ma tasse… souffla-t-il, déstabilisé.

- Je t'en rachèterais une autre, promis, répondit sur le même ton Naruto. Une encore plus grande, d'accord ? rajouta-t-il, un éclat malicieux passant dans ses pupilles.

- Pas aussi flashy.

La réplique dite d'une voix coupante fit sourire le blond qui se redressa et passa brièvement une main dans les cheveux noirs avant d'aller ranger la trousse de soins dans la salle de bain.

Sasuke regarda le jinchuriki s'éloigner, un peu perdu. Il avait du mal à mettre les choses en ordre... S'il se fiait à ce qu'il avait vu dans les yeux azurées, le blond avait dû prendre sa défense contre Sakura... La phrase qu'il avait distinctement entendu parlait donc, sans aucun doute, de lui. Une émotion étrange l'envahit. Naruto tenait à lui... Pas seulement au bébé... N'est-ce pas ? Pourquoi ça avait tant d'importance pour lui ? Il n'en savait rien, mais ça en avait. Il avait besoin de croire que Naruto tenait à lui. Il regarda le blond revenir dans le salon, et planta ses yeux dans les siens, hésitant.

Un léger pincement au niveau de son nombril lui fit soudainement poser une main sur son ventre arrondi en grimaçant alors qu'il se recroquevillait légèrement sur lui-même par pur réflexe. La couette colorée qui le recouvrait glissa au sol. Naruto se rapprocha brusquement de lui, mais n'osa pas le toucher. Il se contenta de lui demander, un brin d'inquiétude perçant dans sa voix :

- Est-ce que ça va ?

L'intervention soucieuse du blond poussa le futur père à lever les yeux vers lui, croisant le regard troublé, anxieux et teinté d'envie que celui-ci posa sur sa main.

Sasuke se mordilla les lèvres, hésitant un instant avant de finalement inviter d'un signe de tête le jinchuriki à s'asseoir à ses côtés, lui faisant un peu de place. Ce que fit ce dernier immédiatement, sans quitter des yeux la main posée sur l'abdomen rebondi du brun. Surpris, Naruto vit d'autres doigts pâles venir s'emparer de l'une de ses paumes bronzées. Lentement, sa main, recouverte par celle du futur père, fut soulevée puis déposée tout près de sa jumelle blanche, sur le ventre proéminent de celui qui portait son enfant.

Ému au delà des mots, Naruto vit leurs doigts s'entremêler peu à peu sur le monticule couvert d'un tee-shirt noir. Se mordant les lèvres pour ne pas pleurer, tant il était touché par la vue de leurs phalanges entrelacées sur cette partie de l'anatomie de son ami si cher à son coeur, il leva les yeux, tombant sur le visage un peu gêné de Sasuke. Devant l'embarras visible de celui-ci, il voulut retirer sa main, mais les doigts fins emprisonnèrent les siens, l'en empêchant.

Il fallait que les choses soient claires. Il avait vraiment besoin que les choses soient claires. Il n'en pouvait plus du yoyo émotionnel qu'il ressentait face à cette situation. Il en avait assez de se torturer l'esprit et de se poser des questions, d'en vouloir à Naruto puis de se sentir touché par son attention constante envers lui. Il avait besoin de certitudes, même si, quelque part, il avait peur de ce qu'il pourrait entendre. Il fallait clarifier certains sujets plutôt flous. Il en avait marre de naviguer d'une conclusion à une autre, lesquelles se contredisaient dans la même journée. Il avait besoin de réponses.

C'était le bon moment pour éclaircir certains points de leur relation compliquée. Ça ne pouvait plus durer. Il était fatigué de tergiverser. Et même s'il devait en souffrir ou être déçu, au moins il saurait exactement ce qu'il en était et où ils en étaient tous les deux. Se battre et être rivaux étaient tellement plus simples... Prenant, mentalement, son courage à deux mains, Sasuke ouvrit la bouche et lâcha d'une voix basse mais ferme, heureux de ne pas s'entendre trembler :

- J'ai entendu ce que tu as dit... à Sakura. Tu… tu le pensais ?

L'intensité du regard azur, qui fut dardé instantanément sur lui, lui fit détourner légèrement la tête, avant qu'une main douce ne caresse sa joue. Sasuke, touché par l'effleurement agréable et marqué par la tendresse, s'obligea à affronter du coin de l'oeil les prunelles couleur d'océan et ce visage qu'il croyait pourtant connaître par coeur. Naruto souriait, pas avec l'un de ses grands sourires joyeux, non, mais avec un sourire affectueux et ému, cet océan d'un bleu limpide, posé sur lui, empli d'une chaleur et d'une affection sans bornes.

La bouche attendrie s'ouvrit et Sasuke, quelque part, retint presque son souffle. Est-ce que Naruto n'avait pas tout simplement pitié de lui ? Est-ce que tout ça, c'était des paroles en l'air ?

- Chaque mot. Tu es la personne qui compte le plus pour moi... et depuis très longtemps. Mes sentiments ont évolué depuis l'époque où nous n'étions que des gamins dans la même équipe... Ils sont devenus si forts... Tu sais, quand je t'ai dit qu'on mourrait ensemble, tu m'as demandé pourquoi je ferais ça pour toi...

Oui, Sasuke se souvenait de cette déclaration si typique de Naruto. Et il se souvenait aussi très clairement de la réponse.

- … Parce que tu es mon ami... c'est ce que tu as dit ce jour là... murmura le brun.

Le sourire de Naruto s'accentua, devenant plus affectueux et tendre encore, avant qu'il ne poursuive sur un ton de confidence, ses yeux se chargeant de quelque chose que le brun ne sut définir.

- J'ai menti... C'est parce que je ne supporterais pas de vivre dans un monde où tu n'es pas...

L'intensité de l'émotion qui étreignit tout son être fit monter des perles cristallines dans les yeux démesurément ouverts de Sasuke. Il ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas non plus quoi faire. Il était statufié, là, assis dans le canapé, foudroyé par ce simple aveu qui en disait si long. Naruto... Naruto tenait à lui... Vraiment à lui... Rien qu'à lui... Une larme coula le long de la joue pâle et une main fine monta vers les lèvres entrouvertes et de plus en plus tremblantes.

Sans savoir comment, il se retrouva enveloppé dans ces bras puissants et rassurants, son refuge lors de toutes ces nuits agitées, mais ses propres bras à lui étaient fermement enroulés autour des épaules athlétiques, ses mains s'accrochant aux mèches blondes, son visage profondément enfoui sous le menton et dans le cou de cet idiot qui avait le don de le chambouler complètement. Personne d'autre que lui, ce baka là, n'était capable de lui faire ressentir des émotions aussi fortes, parfois même d'un extrême à l'autre, en un clin d'oeil.

- Je te protégerais, toujours... J'irais parler à Tsunade, lui dire ce qui s'est passé avec Sakura. N'écoute pas ce qu'elle t'a dit, elle est bizarre depuis que tu es revenu... Je n'aurai jamais pensé qu'elle pourrait tomber si bas... C'est complètement faux ce qu'elle t'a dit... Pardonne-moi de ne pas avoir été là... Si j'avais su que ce serait elle qui viendrait, je ne t'aurais pas laissé seul. Et pardonne-moi pour ce que Kyuubi t'a fait. Tu n'es pas responsable. Le seul à blâmer ici, c'est moi. Si tu savais comme je m'en veux...

Resserrant son étreinte autour du corps de Sasuke, Naruto plongea son nez dans la chevelure noire. Oui, il s'en voulait. Il ne s'en voudrait jamais assez pour ce qu'il s'était passé. Mais en même temps, sans ça, il n'aurait jamais pu ramener son bien le plus cher à ses yeux à Konoha. Il avait besoin qu'il lui pardonne. Il fallait que Sasuke lui pardonne. Parce que... ce qu'il ressentait pour lui était bien trop grand pour être contenu plus longtemps. Glissant sa bouche tout près de l'oreille délicate, Naruto murmura avec sincérité, d'une voix vibrante d'émotion :

- Sas'ke... Je t'aime.

La déclaration, chuchotée comme le plus précieux des secrets, fit définitivement perdre tout contrôle au descendant du clan décimé qui versa des larmes d'émotions intenses dans le cou de celui qui était devenu son refuge. Ses bras se resserrèrent autour des épaules rassurantes sur lesquelles, il le savait maintenant, il pourrait se reposer, quoi qu'il arrive. Il renifla âprement, tentant tant bien que mal de se reprendre. L'odeur caractéristique, apaisante et réconfortante de celui qui venait de lui ouvrir son coeur avec franchise, comme il l'avait toujours fait, envahit ses narines.

- … Foutues hormones... grommela-t-il piteusement, enfoui dans les plis des vêtements orange et noir, tout contre la peau gorgée de soleil.

Un léger ricanement un peu ironique résonna à son oreille, mais Sasuke perçut toute l'émotion aimante contenue dans ce pouffement doucement moqueur émit par Naruto.

- … Usuratonkachi... souffla-t-il derechef.

Heureusement, certaines choses ne changeaient pas. Elles ne changeraient jamais, aussi immuables que la lune qui se levait et se couchait.

~ oOo ~

Sasuke ouvrit les yeux, sentant dans son dos la présence de son colocataire, une main pesant comme toujours sur sa taille. La pénombre dans la chambre fit plisser les yeux noirs de dépit. Pourquoi était-il réveillé tout à coup ? En plein milieu de la nuit en plus... Un grognement sourd et ensommeillé s'échappa du dormeur derrière lui, lui arrachant un soupir. Il y en avait au moins un qui passait une bonne nuit.

Fronçant les sourcils, Sasuke perçut un autre bruit et comprit ce qui l'avait éveillé. Son ventre se tordit à nouveau, criant clairement famine. Le brun leva les yeux au plafond qu'il ne voyait pas et souffla profondément. D'accord, là, maintenant, tout de suite, il était mort de faim. Il avait mangé pourtant, partageant son dîner avec Naruto qui l'avait même gentiment complimenté, sincèrement admiratif concernant sa cuisine.

Son estomac se remit en branle, faisant clairement comprendre à son possesseur qu'il fallait vraiment, absolument, faire quelque chose. Sasuke se dégagea du bras qui l'entravait et se débarrassa de sa couette avec un mouvement excédé, cédant de mauvaise grâce à cette pulsion qui le tenaillait avec de plus en plus d'intensité. Arrivé dans la cuisine, pieds nus, il se mit donc à faire l'inventaire des placards, à trois heures du matin lui indiqua gentiment l'horloge sur le mur.

Il fit un tour d'horizon des victuailles et poursuivit ses recherches jusque dans le cellier, observant tout ce qu'il y avait d'un oeil torve. Il avait faim, oui, mais rien, absolument rien de ce qu'il voyait ne lui faisait vraiment envie, pas même ce bocal d'Umeboshi, ces prunes salées qu'il adorait. Maugréant dans sa barbe inexistante, l'adolescent atteint de fringale sévère revint dans la cuisine, ouvrant une nouvelle fois le frigo dont il passa le contenu en revue.

Un pot de yaourt attira soudain son attention, aiguisant son appétit. Un petit frisson glacé le parcourut alors qu'il le kidnappait pour lui faire son affaire. Refermant le frigo du bout du pied, il attrapa une cuillère et ne tarda pas à engloutir le fromage blanc et liquide délicieusement parfumé. Un petit soupir béat lui échappa alors qu'il dégustait sa trouvaille. Arrivant au fond du contenant de plastique, il lécha artistiquement, et avec application, sa cuillère avec sa langue, ouvrant à nouveau le frigo contre lequel il était resté adossé pour manger.

Drame ! Pas d'autre yaourt parfumé... Enfin si, mais pas de ce goût là ! Tétanisé devant le réfrigérateur grand ouvert, Sasuke sentit son envie de fraise prendre de plus en plus d'ampleur... Il avait faim ! Mais rien ne lui convenait, sentant confusément que s'il avalait autre chose que ça, il risquait bien de tout vomir. Une frustration intense tordit ses traits. Rien à faire ! Il lui fallait des fraises ! Là, maintenant, tout de suite, pas demain, ni après demain; maintenant ! Sans quoi, il allait mourir d'inanition !

Quelques secondes de réflexion suffirent à trouver une solution à cet épineux problème, cette envie continuant à le tarauder avec encore plus de flammes. Non, il n'oserait pas lui refuser ça... Revenant d'un pas décidé dans la chambre qu'il avait quittée, il monta à quatre pattes sur le lit et secoua sans ménagement son colocataire, le blond là, celui qui dormait de tout son saoul, étalé comme une étoile de mer échouée dans le grand lit, profitant visiblement de son absence pour prendre toute la place. Et qui ronflait en plus !

Sasuke remua sans la moindre arrière pensée la grande carcasse à la chevelure dorée.

- ... Hé... réveille-toi ! Usuratonkachi... debout...

Naruto fronça les sourcils, courant après un Gamateuchi qui s'enfuyait avec ses précieuses ramen, le poursuivant dans un grand bol vide, déguisé en nouille géante.

-... Usuratonkashi... debout... lui criait la grenouille qui continuait à sautiller hors de sa portée avec le précieux plat.

Une secousse brutale fit s'effondrer le monde féerique dans lequel il évoluait, la chimère agréable fondant dans son cerveau qui quitta peu à peu le mode sommeil pour passer difficilement en veille. Le jinchuriki se frotta les yeux, encore groggy, grognant dans sa barbe il ne savait trop quoi après la grenouille qu'il aurait dû attraper, forcément ! Ses pupilles distinguèrent vaguement la silhouette en contre jour d'un Sasuke qui avait allumé la lampe de chevet et le regardait d'un air plus ou moins meurtrier. Qu'est-ce qu'il se passait encore... Il pouvait pas dormir la nuit comme tout le monde ? Ces derniers temps, faire une nuit complète relevait du pur miracle.

A cette pensée peu amène, le blond se redressa soudain sur ses coudes. En général, quand Sasuke se réveillait la nuit, ce n'était jamais bon signe... Sasuke s'assit sur le lit, regardant par dessous ses paupières celui qui allait être la malheureuse victime collatérale de sa fringale. Perplexe, Naruto se redressa à son tour complètement.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il en observant le visage grave et fermé, digne des plus grands drames hollywoodiens.

- … J'ai faim...

La phrase fut sortie d'un ton sans appel. Naruto regarda le brun qui affichait une mine ouvertement boudeuse et décidée. Étouffant un bâillement et fourrageant dans ses mèches en désordres, il répondit à l'affirmation péremptoire.

- Et c'est pour ça que tu me réveilles ? Et bien mange... Et ne me dis pas qu'il n'y a plus rien, j'ai fait les courses hier. Je t'ai même acheté de tes prunes là, celles que tu aimes.

- … Y a pas de fraises...

Naruto regarda l'Uchiwa, sans comprendre l'assertion sibylline.

- Ben non... C'était pas sur la liste, si ? Parce que bon avec ton écriture illisible, y a des fois c'est vraiment pas évident de te relire, Teme.

Le jinchuriki coula un regard vers le réveil sur la table de chevet qui affichait fièrement à peine trois heures du matin. L'information remonta jusqu'à son cerveau. Quoi ? Comment ça trois heures du matin ?! Naruto ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez.

- Sasuke... est-ce que tu sais l'heure qu'il est ? On peut pas juste se recoucher et en reparler demain ? Demain, genre quand on aura dormi ?

- … Je veux des fraises...

Naruto leva les yeux au plafond alors que le futur père croisait ses bras sur son torse, fronçant les sourcils et continuant à vriller un regard de plus en plus assassin sur son colocataire.

Les yeux bleus accrochèrent le dos pâle de l'une des mains encore bandé. Après l'épisode avec Sakura, la blessure n'avait pas été guérie comme la fois de la baignoire. Inquiet, il en avait parlé à Tsunade qui avait émit la supposition que le bébé se développait et absorbait donc tout le chakra du brun, celui de Kyuubi y compris. De ce fait, Sasuke ne bénéficiait plus des pouvoirs cicatrisant des ondes orangées.

- Oui, j'ai compris. J'irais t'en acheter demain, promis. Allez viens te recoucher. Et puis tu vas finir par attraper froid, soupira Naruto tout en s'allongeant sur le flanc, invitant son ami à faire de même en lui faisant une place à ses côtés.

Un gargouillis sonore répondit à sa proposition.

- … J'ai faim... je veux des fraises... conclut le brun quand son ventre se calma un peu.

- Sasuke, il est trois heures du matin... tenta Naruto d'un ton conciliant, sa joue sur sa main dont le coude était planté sur le matelas.

Les yeux noirs ne cillèrent même pas quand le mangeur de ramen lui proposa de se recoucher. Non mais qu'est-ce qu'il croyait celui là ! Peut-être que qui dort dîne, mais certainement pas à l'heure actuelle ! Il avait envie de fraises, point. C'était si dur à comprendre ? Et il en avait rien à cirer qu'il soit trois heures du matin. Il voulait des FRAISES ! un point c'est tout ! Il voulait des fraises, il voulait des fraises, il voulait des FRAISES ! Il était "enceinte" et il avait envie de fraises. Alors l'autre là, il allait se bouger, sinon lui, il ne répondait plus de rien.

Sentant pointer des relents de colère derrière la figure fermée, Naruto se mordilla les lèvres.

- Tu ne peux pas manger autre chose en attendant ? J'irais t'en chercher demain à la première heure. Tout un cageot même si tu veux... proposa-t-il d'une voix plus douce.

- ... Baka, tu crois pas que j'y ai pas pensé avant ? J'y peux rien moi, c'est de ta faute ! Alors trouve une solution parce que j'ai faim moi. J'ai faim là maintenant, pas demain ! Et je veux des FRAISES ! Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment, mais j'en veux. Alors démerde-toi !

La tirade cinglante, tirant légèrement sur l'hystérie, fit se redresser Naruto. Il évita de justesse un oreiller qui frôla ses cheveux, jeté dans sa direction avec rage. Doucement, il s'approcha du brun qui venait d'abattre ses poings serrés sur le lit, son visage contracté et tremblant de colère. Le regard mi-furieux mi-atterré qui passa sur lui finit de le convaincre que ce n'était pas un simple caprice qui passerait et que Sasuke était à nouveau au bord d'une nouvelle crise. Il posa une main sur l'avant bras pâle un peu trop chaud, sûrement à cause de l'énervement du possesseur des Sharingans.

Le blond le prit dans ses bras avec lenteur, ses gestes empreint de tendresse et Sasuke sentit son coeur faire un looping dans sa cage thoracique. L'odeur fraîche et fruitée si caractéristique l'enveloppa et il se détendit légèrement, torturant entre ses doigts le pauvre drap qui recouvrait le matelas et qui n'avait rien demandé. Il n'y pouvait rien lui s'il avait une furieuse envie stupide au milieu de la nuit. Ce n'était pas de sa faute si son estomac se révulsait, uniquement appâté par ces fruits. Il ne contrôlait plus rien du tout dans son corps, tout lui échappait. Il fallait que Naruto fasse quelque chose.

- Ok, ok. Calme-toi, d'accord ? murmura le jinchuriki apaisant, tout en caressant le dos raidi.

Sasuke s'accrocha au t-shirt qui recouvrait le torse musclé, sentant une irrépressible envie de pleurer monter en lui. Il jugula le sentiment avec force, se refusant à se laisser aller. Il savait que ce n'était pas rationnel. Il savait que c'était même débile de vouloir manger des fraises à cette heure là. Mais, il n'y avait rien à faire. Il en aurait presque trépigné de dépit comme un gosse trop gâté. Un profond désarroi s'empara de lui.

Il fallut un petit moment à son brun pour qu'il se reprenne. Quand Naruto se détacha du corps rasséréné, il leva le menton, résolument baissé, vers lui. Le regard presque suppliant qu'il découvrit le surprit et le peina, réveillant sa vieille amie la culpabilité. Un petit sourire réconfortant fleurit spontanément sur ses lèvres.

- Je vais aller te les chercher tes fraises... finit-il par abdiquer, déposant un baiser léger sur le front encore un peu trop moite.

Le jinchuriki enfila ses chaussures à la va vite dans l'entrée en laissant Sasuke devant la télé, en mode cocon dans sa couette, un thé fumant à sa portée. Se disputant intérieurement avec son démon squatteur personnel, qu'il accusa d'être responsable de sa nuit écourtée, et sur qui il déversa sa frustration pour un brun au bord de la crise de nerf à cause d'un stupide fruit, il quitta rapidement le logis où son lit chaud et douillet attendrait.

Il réfléchit à toute vitesse alors qu'il bondissait sur les toits du village, dans la nuit noire. Où diable allait-il bien pouvoir trouver ces satanées machins rouges à une heure pareille ? Il était maudit ou quoi ? Lui qui pensait qu'après leur petite discussion, il avait fini d'en baver, l'Uchiwa ayant cessé de le battre froid et de lui jouer des tours vicieux. Mais visiblement, il s'était lourdement trompé. Il ne demandait pourtant pas grand chose, une simple nuit correcte, une, une seule... juste une nuit à dormir d'une traite... Il avait bien conscience que Sasuke n'y pouvait rien, mais à ce rythme, c'était lui qui allait finir par faire un massacre !

Naruto revint avec un sachet en papier bien rebondi, pas vraiment fier du comment il s'était procuré le contenu de ses emplettes nocturnes. Il serait bon pour aller voir l'épicier demain et lui expliquer pourquoi il avait légèrement forcé la porte du magasin en pleine nuit, laissant scrupuleusement en partant, l'argent de son achat impromptu à une heure totalement indue sur le comptoir, à côté de la caisse enregistreuse.

Sasuke sentit une main toucher légèrement son épaule alors qu'il s'assoupissait à moitié devant les images mouvantes du téléviseur, les boites à rires de la stupidité qui défilait sous ses yeux suffisant à peine à le maintenir éveillé. Levant les yeux, il tomba sur son ami dans une tenue un peu dépenaillée, tout fier de lui tendre un sachet de papier brun avec un franc sourire. Il réagit avec lenteur, s'emparant de la chose comme si elle allait lui exploser entre les mains.

Le blond s'assit à côté de lui sur le canapé avec un petit soupir satisfait et un bâillement sonore, s'étirant de tout son long. Le jinchuriki laissa son attention se faire happer par ce que Sasuke regardait quand un bruit curieux attira à nouveau ses pupilles azurées sur son colocataire. Le brun étouffa un nouveau sanglot, contemplant le contenu du sac, un abattement sans nom gâchant ses traits fins.

Une larme puis une autre et une autre encore dévalèrent les joues masculines de son précieux trésor, qui avait été victime de cette envie irrépressible.

- Et ben alors ? Tu les manges pas ? Je croyais que tu en crevais d'envie ? tenta Naruto aguicheur et guilleret même s'il surjouait clairement.

- … Si mais... elles sont... elles sont... toutes petites... et même pas belles en plus... je voulais... je voulais... des belles fraises... toutes grosses... et là... là... elles sont... elles sont toutes riquiqui... et puis... t'es parti ! Tu m'as laissé... tu m'as laissé tout seul... Et... et... tu as mis trop de temps à revenir... je... je suis... je suis fatigué moi maintenant... et... et j'ai pas pu me coucher en plus... parce que t'étais pas là... et... et que tu revenais pas... et... et..., se lamenta Sasuke d'une voix brisée, entrecoupée de gros sanglots.

La tirade laborieuse fut accompagnée de larmes incontrôlées, entrecoupée de reniflements sonores, qui débordèrent comme un vase trop plein d'un Sasuke complètement paumé, qui le regarda avec une tristesse sans nom au fond de ses deux puits noirs, chagrinés et éperdus. Naruto sentit son coeur se serrer et se jeta à nouveau sur son colocataire inconsolable, étouffant le reste de ses paroles misérables dans le creux de son cou, donnant asile tout contre son coeur à un Uchiwa au bord de la déprime et déboussolé.

- Chut... Là, je suis là maintenant, d'accord ? Ça va aller. Tout va bien. C'est rien, c'est pas grave, Sasuke. Ça va aller. chuchota-t-il dans les mèches brunes alors que le jeune homme continuait à pleurer d'une manière irrépressible dans son étreinte.

Il serra aussi fort qu'il put le ninja le plus doué de sa génération, réduit à un pauvre être larmoyant entre ses bras, le berçant tout en caressant ses cheveux, le consolant comme il le pouvait alors que les perles salées et les bruits désespérés se déversaient à torrent, mouillant sa peau et l'encolure de sa veste. La détresse palpable et sans bornes qui sourdait du corps qu'il avait lové contre lui, encore à moitié emmitouflé dans l'édredon, lui fit mal au coeur. Et tout ça pour une putain d'envie de fraises... Bordel, fichues hormones !

Demain, c'était sûr il irait encore vider un supermarché, toutes sortes de légumes et de fruits y compris, juste histoire d'être certain d'avoir en permanence tout ce dont Sasuke pourrait bien avoir envie. Il ne supportait pas de le voir dans cet état, ça lui donnait, à lui aussi, envie de pleurer tant il se sentait touché et démuni. Naruto se demanda fugacement si Tsunade accepterait de prendre en charge cette future grosse dépense qui risquait de s'avérer permanente. Ses économies fondaient comme neige au soleil, mine de rien. Son porte-monnaie grenouille faisait bien triste mine ces derniers temps.

Le petit matin trouva les deux garçons profondément endormis, enlacés sur le canapé chocolat du salon. Les rayons du soleil qui percèrent le ciel d'hiver vinrent frapper les visages détendus, plongés en plein sommeil, tirant des grimaces et des grognements aux adolescents. Le premier à se lever fut le plus brun des deux. Il s'extirpa difficilement de l'étreinte de son camarade et du sofa puis se dirigea en soupirant vers la cuisine, où il prépara le petit déjeuner.

Naruto et Sasuke étaient à moitié affalés sur le canapé, la télé affichant un anime quelconque qu'ils suivaient du coin de l'oeil. Le brun était étrangement avachi sur son colocataire, son dos reposant contre le torse athlétique. Un bol de jolies fraises bien grosses, bien mûres et bien rouges, trônait sur ses cuisses recouvertes de la couette colorée. Le jinchuriki était rentré avec un peu plus tôt, et les lui avait offertes avec un grand sourire lumineux.

Sasuke plongea délicatement ses doigts et piqua un fruit qu'il engouffra, un immense sentiment de satisfaction irradiant tout son être. Qu'est-ce qu'il était bien là, juste là, confortablement calé, à moitié allongé sur cet idiot qui avait dû remuer ciel et terre pour lui dégoter les jolis fruits en question qu'il dégustait avec délice. L'un des bras de Naruto était passé derrière ses épaules et caressait distraitement sa nuque.

Pris d'une inspiration subite, le brun décida de partager au moins un peu son cadeau avec celui qui avait dû transpirer pour le lui faire et qu'il dévorait de son côté, une pointe de culpabilité le taraudant. Il ne savait absolument pas ce qui lui avait pris. Des fraises, lui, vouloir absolument des fraises à trois heures du matin, et être ensuite victime de pleurs incontrôlés. Lui qui détestait le sucré en plus en temps normal... Fichus hormones ! Il saisit l'un des beaux spécimens rouges, frais et juteux, du bout des doigts et leva sa main vers le visage au dessus de lui.

Naruto était rassuré de retrouver un Uchiwa un peu plus dans la norme, quoique légèrement plus tactile que d'habitude. La preuve : il s'était de lui-même laissé subrepticement glisser contre lui sans un mot et l'air de rien, alors qu'ils regardaient ensemble un dessin animé, choix neutre au vu de la sensiblerie dont le porteur des Sharingans faisait preuve ces derniers temps. Ses yeux bleus s'agrandirent de surprise quand il vit la main pâle lui présenter l'une des fraises qu'il avait ramenées grâce aux indications d'Ino qu'il était allé supplier ce matin.

Le jeune homme à la chevelure dorée esquissa un sourire tendre. Par jeux et sans réfléchir, il se pencha et attrapa directement l'objet maintenu au bout des doigts effilés avec sa bouche. Sa langue passa innocemment sur la pulpe du pouce et de l'index de son colocataire alors qu'il mordait franchement dans la chair sucrée, tout content. Sasuke leva soudain son visage vers lui, un oeil perplexe et légèrement surpris parcourant les traits bronzés du visage mutin.

Naruto ricana devant l'expression presque outrée qui froissait la figure aux yeux noirs, notant au passage, la légère couleur rosée qui habitait les pommettes sculptées. Sasuke écarquilla les yeux en sentant un appendice chaud et humide lécher ses doigts. Une drôle de sensation curieuse agita ses entrailles. Faisant fi de ce nouveau truc qui lui arrivait, il fronça les sourcils et récolta un rire moqueur.

- ... C'est pas moi la fraise ! lâcha-t-il vexé, une chaleur troublante s'insinuant en lui.

- Regarde c'est joli ça !

- Non ! Ça c'est mieux ! C'est sobre !

- Sobre ? C'est triste et moche ! Y'a pas de couleur du tout ! On dirait une chambre de moine ! Ça c'est mieux !

- Y'a trop de couleur ! Comment tu veux dormir dans une chambre aussi colorée ? Du gris et du blanc, c'est ce qu'il y a de mieux !

Toujours assis dans le canapé, Naruto et Sasuke se disputaient sur la décoration de la chambre à coucher. Sur l'évier séchait la vaisselle du petit déjeuner et sur la table basse étaient étalés devant eux des catalogues de décoration. Le blond avait réussi à convaincre son colocataire qu'il était plus que temps d'aménager à leur goût la maison qu'ils occupaient. Surtout maintenant qu'il avait fini de réparer le carnage causé lors de leur confrontation avec un brun en mode mini-Kyuubi.

Bon grès, mal grès, l'Uchiwa avait feuilleté d'un oeil distrait les magazines que le blond avait ramenés lors de ses courses. Il ne voyait pas vraiment en quoi il fallait refaire la déco de la chambre, il l'aimait bien telle qu'elle était : des murs blancs et nus, des meubles certes un peu vieillots mais de couleur sombre et une pièce peu meublée. Mais quand il avait vu le choix de son ami, il avait frémi d'horreur. Non, non, non ! Pas question qu'il dorme dans une chambre aux murs oranges et verts avec des poufs de couleurs aussi vives étalés dans la pièce. Sans parler du tapis violet et des rideaux arc-en-ciel.

Depuis, les deux adolescents se livraient une bataille féroce à coup de pages de papier glacé et de regards meurtriers, aucun des deux ne voulant céder. Naruto refusait tout net les choix de Sasuke. Non mais c'était quoi ces goûts d'ecclésiastique ? Des murs blancs et un grand lit sombre... et rien d'autre ! Pas de tapis ! Pas de couleur ! Même les rideaux étaient tristes ! Gris c'était pas une couleur, blanc ou noir, encore moins ! Comment pouvait-on dormir dans une chambre pareille ? Rien qu'à voir la photo, il avait froid !

- Ça !

- Non. Ça !

- C'est moche ! Ça !

- Et des coussins en forme de grenouilles tant que tu y es ! Ça !

- Vite une corde que je me pende ! Ça !

- Mais vas-y je ne te retiens pas. Ça !

- Teme !

- Dobe !

Des éclairs leur sortaient littéralement des yeux alors que les deux jeunes hommes se fixaient, boudeurs et entêtés, aucun des deux ne voulant céder. Le jinchuriki fut le premier à parler après de longues minutes de cet affrontement silencieux de regards de défi.

- Ok ! Je te propose qu'on joue ça à shifumi. Celui qui gagne choisit la déco de la chambre... et celui qui perd celle du salon. Comme ça, on est gagnant tous les deux.

- Dis tout de suite que tu sais que tu vas perdre et donc tu essayes de t'en tirer à bon compte.

- Tu ne me fais pas peur Teme ! Je te bats quand je veux !

Le Teme en question se contenta d'hausser un sourcil dubitatif, les bras croisés sur son torse, regardant d'un oeil goguenard le blond s'énerver tout seul. C'était quoi cette idée à la noix ? Jouer la déco d'une maison au shifumi...

Et puis pourquoi il s'intéressait à ça d'abord ? Avait-il vraiment envie de s'investir là dedans ? Choisir la décoration de la maison voulait dire qu'il comptait y vivre, et il n'était pas sûr d'en avoir envie. Vivre ici... à Konoha... son village natal... Celui où toute sa famille était morte, massacrée au nom de la paix. Cela voulait dire renoncer à sa vengeance... de manière ferme et définitive. Pourrait-il le supporter ? Vivre chaque jour ici en sachant que le village ne devait sa tranquille quiétude qu'au sang versé par tous les siens.

- Prépare-toi, Teme ! Je vais te mettre ta raclée !

Les vociférations de Naruto ramenèrent le brun au moment présent et aux magazines étalées sur la table basse. Avec un soupir, il se leva difficilement du canapé, ses reins lui faisant de plus en plus mal, et partit en direction de la cuisine, lâchant d'une voix atone à son colocataire surpris :

- Fais comme tu veux... Je m'en fous après tout !

L'assertion dite d'un ton las figea le blond. Il lui faisait quoi là ? Il y avait quelques minutes à peine le brun avait l'air assez enthousiaste et se disputait avec lui, et d'un coup, comme ça, plus rien. Jetant un oeil désabusé vers les photos étalées devant lui, il fronça les sourcils cherchant à comprendre le changement d'attitude soudain de son ami. La photo qu'il avait défendu avec ardeur représentait une chambre aux murs blancs et orangés, bon d'accord très orangés, des meubles verts et blancs et des rideaux arc-en-ciel. C'était coloré et chaleureux, tout ce qu'il aimait.

Il grimaça en voyant la décoration qu'avait précédemment choisi Sasuke. Des murs blancs, un lit blanc, des draps blancs et noirs, et un chevet noir. Même le tableau au dessus de la tête de lit était noir et blanc. C'était triste, vide et froid. Tout ce que lui n'aimait pas. Mais rien de surprenant à ce que le brun préfère ça à des couleurs trop vives. Avec un soupir, le blond feuilleta mollement les pages de papier glacé, sa motivation soudainement envolée.

C'était bien moins drôle sans Sasuke ! Et puis il faisait ça pour lui aussi ! Pour qu'il se sente bien dans cette maison, pour qu'il y reste. Pris d'un doute soudain, le blond se retourna d'un bloc vers son colocataire qui avait commencé à cuisiner. Et si c'était ça le problème ? Si justement Sasuke ne voulait pas rester ? Le visage fermé et concentré du brun ne l'aida pas à répondre à cette interrogation et, inutile de lui poser la question... au mieux il ne répondrait pas, au pire il s'énerverait. Et Naruto n'avait pas vraiment envie de gérer une nouvelle crise, il n'en avait pas fait depuis quelques jours, et ça convenait parfaitement au blond.

Ses yeux se reposèrent sur les magazines qu'il feuilletait et il tomba sur la photo d'une chambre à la fois sobre et chaleureuse. Ce serait parfait pour eux deux ça ! Oui, parce que pas une seconde le blond n'avait envisagé de réintégrer la deuxième chambre de la maison qui servait maintenant plus ou moins de débarras. Non, la chambre qu'ils partageaient était leur chambre, et Naruto avait bien l'intention de tout faire pour que cet état de fait ne change pas.

Prenant le magazine avec lui, le jinchuriki se leva et se dirigea vers la cuisine, bien décidé à obtenir l'avis de son brun si têtu et borné. Se glissant silencieusement derrière le cuisinier, il passa ses bras autour du cou de celui-ci et posa son menton sur l'épaule couverte d'un tee-shirt blanc.

- Sas'ke ! Tu fais quoi à manger ? demanda-t-il d'une voix curieuse.

Perdu dans ses pensées, ledit Sas'ke ne répondit pas. Il coupait un morceau de poulet sans grand entrain, pensant à toutes les raisons qu'il avait pour ne pas rester à Konoha, puis à toutes celles qu'il avait de rester. Que devait-il faire ? Pourrait-il assumer sa décision quelle qu'elle soit jusqu'au bout ? S'il restait serait-il capable de ne pas en vouloir à Naruto un jour ou l'autre de l'avoir gardé près de lui ? S'il partait ne regretterait-il pas de laisser Naruto et leur bébé derrière lui ? Et pourrait-il vivre avec ses regrets ? Dans un cas, comme dans l'autre ?

Une photo entra dans son champ de vision, lui cachant la viande blanche qu'il découpait précédemment.

- Qu'est-ce que tu penses de ça ?

La phrase soufflée à son oreille le tira de ses tourments intérieurs, il sentit soudain le poids des bras puissants autour de son cou et l'os pointu d'un menton sur son épaule. Était-il tellement préoccupé qu'il n'avait pas senti Naruto se poser sur lui ainsi ?

- C'est sobre, et si la couleur ne te plaît pas, on peut en mettre une autre.

De quoi parlait-il donc ce baka ? Ah oui, la photo ! Posant un regard curieux dessus, il vit une chambre sobre et chaleureuse. Les murs étaient d'un blanc cassé lumineux, seules deux larges bandes de peinture chocolat encadrant le lit. Au dessus de la tête du dit lit était peint un rectangle de la même teinte, décoré d'un tableau marron clair. Les meubles de bois pâles étaient tous de ligne sobre, un tapis noir avec des arabesques blanches ornait le plancher sombre.

- C'est notre chambre, à nous deux, reprit Naruto. Il faut qu'elle nous plaise à tous les deux. Tu vois, là, à la place du tableau, on pourrait mettre l'emblème de ton clan, et au lieu du marron on peut mettre une autre couleur si tu veux, et à la fenêtre un rideau de couleur plus vive pour égayer un peu. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Je n'aime pas le lit... mais j'aime bien la tablette au dessus.

Naruto sourit et ricana doucement avant d'approuver les petites modifications que le brun proposait. Il profita que celui-ci ait l'air plus disposé à en discuter pour choisir le lit et les autres meubles qui composeraient le mobilier de leur chambre, ainsi que tous les détails. Sasuke se laissa faire, mettant de côté ses considérations sur son avenir pour plus tard, profitant simplement du sourire et de l'enthousiasme communicatifs de son ami.

- Et quand on aura fait la chambre, on s'occupera du séjour, de la cuisine et de la salle de bain, poursuivit le blond. Et il faudra qu'on s'occupe de la chambre du bébé aussi ! Tu crois que ce sera un garçon ou une fille ?

Sasuke failli se couper le doigt quand, sous le coup de la surprise, sa main armée d'un couteau dérapa. C'était quoi cette question ?

Éberlué, il tourna la tête vers Naruto qui le regarda en pouffant doucement.

- Hein ?

- Pfff, tu verrais ta tête Sas'ke ! On dirait un poisson hors de l'eau !

Devant l'expression choquée du brun, le jinchuriki repris son sérieux et demanda d'une voix douce.

- Tu ne t'es jamais posé la question ? Si ce sera une fille ou un garçon ?

Non, il ne s'était jamais posé la question. A vrai dire, cela ne faisait déjà pas si longtemps qu'il osait penser au mot bébé. Alors, se demander quel serait le sexe de celui-ci ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Il secoua la tête de gauche à droite, incapable de proférer le moindre son. Naruto lui sourit et lui dit d'une voix rassurante :

- C'est pas grave. On a encore le temps avant de s'inquiéter de ça.

Le reste de la journée s'écoula sans évènements notables, juste leur vie, leur quotidien à tous les deux. Naruto nota avec précision tout ce que le brun avait dit sur la décoration de leur chambre, ayant dans l'idée d'aller chercher tout ça demain. Le salon et le reste pourraient bien attendre encore un peu. Inquiet par les réactions de son colocataire concernant la déco et cette histoire de sexe de bébé, le jinchuriki surveilla du coin de l'oeil son ami tout le reste de la journée.

La nuit venant, les reliefs de leur dîner débarrassé et la vaisselle s'égouttant placidement dans l'évier, les deux adolescents se dirigèrent vers leur chambre qui subirait très bientôt un coup de neuf. Naruto passa rapidement par la salle de bain pour enfiler sa tenue de nuit. Il savait déjà comment il retrouverait son ami quand il intégrerait leur lit, en boxer. D'ailleurs, avec son ventre de plus en plus proéminent, ledit boxer commençait à devenir amusant, l'élastique marquant la taille, glissé sous l'estomac arrondi et bien en place à l'arrière.

- Papa !

Une voix enfantine retentit gaiement, derrière lui. Sasuke continua à marcher sur le chemin qui longeait la rivière en contrebas. De là où il était, il voyait parfaitement le ponton de bois où, plus jeune, il venait s'asseoir pour ruminer sur sa vengeance à l'égard de son frère.

- Papa !

Le cri se rapprocha alors qu'il ralentissait ses pas, hésitant. Il avait bien envie de descendre sur la passerelle en bois. Mais il n'avait pas le temps, Naruto l'attendait pour s'entraîner.

- Papa ! Attends-moi !

Ce baka l'avait presque supplié de venir s'entraîner avec lui et, lassé par les jérémiades incessantes de son coéquipier, il avait finalement cédé.

- Papa !

Une petite main saisissant le bas de son t-shirt dans son dos le fit se retourner. Là, devant lui se tenait un petit garçon aux cheveux noirs et aux reflets bleus. Ses cheveux se dressaient en pointe à l'arrière de son crâne, seules deux mèches épaisses encadrant son visage à la peau pâle. Se penchant vers l'enfant, Sasuke lui dit d'une voix calme.

- Je ne suis pas ton papa.

L'enfant ouvrit de grands yeux et avec un grand sourire lui répondit, le figeant sur place.

- Je sais ! Tu es ma maman !

Une sueur froide coula le long du dos du plus vieux des deux bruns alors qu'il remarquait des détails qui, jusque là, lui avait échappé. Ce garçon lui ressemblait beaucoup, énormément en fait. Mais il avait les yeux rouges, des yeux rouges aux pupilles animales. Rien à voir avec le Sharingan.

Dans le dos du garçonnet se balançaient des queues de fourrure rousse, neuf queues de fourrure rousse. Des queues de renard... Kyuubi… Cet enfant était la descendance du démon-renard, aucun doute. La respiration de Sasuke se fit plus courte alors que l'enfant, son enfant, le regardait avec un grand sourire faisant plisser ses joues marquées de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches sur chacune d'entre elles, et lui demandait d'une voix enjouée :

- Dis Papa ! Tu m'apprends à lancer des kunais ?

Sasuke se redressa d'un bloc, une respiration sifflante s'échappant de ses lèvres alors qu'il s'asseyait. Son coeur battait la chamade, l'obligeant à poser une main tremblante sur sa poitrine. Il haleta, ses yeux grand ouverts dans la pénombre. Le poids du bras de Naruto, qui avait glissé en travers de ses cuisses, lui parut insupportable et il le chassa comme s'il venait d'être brûlé par cette simple présence.

Son enfant, il venait de voir son enfant, son fils... avec des attributs démoniaques, parfait mélange de lui et de... Kyuubi... Un frisson d'horreur le glaça. Regardant le blond étendu à côté de lui qui dormait toujours, une pensée hideuse se fraya un chemin dans son esprit. L'enfant, cet enfant, ce garçon qui l'avait appelé "Papa", ce n'était pas un mélange de Naruto et lui, il n'avait même rien du blond à part les fameuses cicatrices... C'était un amalgame de ses traits à lui et de ceux... du démon-renard.

Naruto grommela, ouvrant vaguement un oeil assoupi. Dans la semi-luminosité toute relative de l'aube, la silhouette de Sasuke se découpa en contre jour, assise sur le lit. Frottant vaseusement ses yeux d'une main molle, le blond donna quelques grands coups de pieds à ses neurones pour finir de sortir de la torpeur ensommeillée dans laquelle il était enseveli. Qu'est-ce qu'il se passait encore... Quand est-ce qu'il pourrait enfin faire une nuit correcte, de bout en bout, une vraie, comme les gens normaux ?

Le blond se rapprocha de son ami, rampant sous les draps chauds. Il entoura la taille épaissie dans ses bras avant de se retourner et de finalement poser sa tête sur les cuisses qui disparaissaient sous les draps. Levant ses pupilles vers le visage penché qui n'avait pas esquissé un geste, le jinchuriki s'alarma. Sasuke arborait un air choqué, et même épouvanté, les deux puits noirs tombant sur lui sans le voir vraiment.

Fronçant les sourcils en une barre soucieuse, Naruto effleura le visage crispé.

- Sasuke... Qu'est-ce que tu as ? Tu as encore fait un cauchemar ?

Les yeux de l'interpellé se fixèrent enfin sur le visage tanné, les cicatrices parfaitement visibles sur les joues couleur caramel. Le brun se défit sans ménagement de l'étreinte et du blond, sortant du lit comme s'il avait vu un fantôme, sans quitter l'autre occupant de la couche de ses yeux noirs éberlués.

Naruto, bousculé violemment, n'eut que le temps de voir son ami sortir de la chambre précipitamment à reculons. Des bruits de pas pressés retentirent dans le silence du couloir, suivis du son sec d'une porte qui claque à toute volée. Le blond fourragea dans ses mèches désordonnées. Mais que se passait-il encore ? Quelle mouche venait de piquer celui qui portait leur enfant pour entraîner une réaction pareille ?

Sasuke ferma la porte de la salle de bain avec fracas, reculant encore dans la pièce. Son dos heurta brutalement le meuble supportant les deux vasques et un grand miroir. Il se retourna brutalement, la glace réfléchissante lui renvoyant le reflet de son visage plus pâle que la mort et décomposé par la frayeur qui était encore chevillée à son corps. Plongeant son regard dans celui de sa propre image, il ouvrit à tâtons le robinet du bout des doigts et passa ses mains emplies d'eau glacée sur sa figure.

Un mélange de lui et Kyuubi... Ses doigts se serrèrent à se briser sur la porcelaine blanche du rebord du lavabo. N'osant plus relever la tête, cette pensée horrifiante tournoya en boucle dans sa tête. Était-ce possible ? Oui, ça l'était... Il avait en lui le chakra de la maudite carpette ! Non ! Pas ça... Tout mais pas ça... avoir un enfant qui posséderait les caractéristiques si particulières et démoniaques... Il ne pourrait pas le supporter. C'était au dessus de ses forces...

Si le bébé naissait comme ça, autant quitter Konoha, et partir le plus loin possible. Naruto saurait y faire avec un enfant comme ça... Lui ne pourrait pas... pas après ce que lui avait fait cette sale bête... C'était pas possible, c'était même impossible qu'il surmonte une chose pareille et puisse regarder son enfant dans les yeux s'il ressemblait à ça. Ce serait la pire chose qui puisse arriver.

Envisager d'arriver au bout de sa grossesse n'était déjà pas simple. Arriver à s'imaginer cet enfant, et envisager de s'y attacher était à peine dans ses pensées. Être père... une idée complètement abstraite. Son père à lui avait été si froid et si distant... Serait-il comme ça lui aussi ? Quand à envisager de... de pondre... un enfant avec... avec ça... Sasuke sentit sa gorge se serrer et il déglutit tant bien que mal.

Naruto s'en sortirait bien mieux que lui, il en était certain. Lui n'était même pas sûr d'arriver à ne pas détester cet enfant. Et il avait trop souffert du mépris de son père pour accepter de faire subir cela à son tour. Même à l'enfant du démon-renard. Dans ce cas, il vaudrait mieux qu'il s'en aille, ce serait bien mieux pour tout le monde. L'enfant n'aurait pas à supporter le poids d'appartenir au clan maudit qu'étaient les Uchiwa et tout ce qui allait avec.

Ses yeux tombèrent sur le reflet de son abdomen distendu. Avec hésitation, il se mit de profil, constatant à quel point son corps avait changé. La dernière fois qu'il s'était vraiment regardé en entier dans une glace datait d'il y avait quelques années maintenant. Il avait grandi évidemment et s'était musclé. Mais ce qui le frappait le plus c'était son ventre, bien plus arrondi qu'il ne le pensait. Passant doucement une main dessus, il fixa cette proéminence de chair.

Là, sous sa main, il y avait son enfant. Celui dont il avait essayé de se débarrasser trois fois. Il se mordit les lèvres, une pointe de culpabilité lui serrant le coeur. Et s'il y avait des séquelles ? Si le bébé naissait difforme ou handicapé par sa faute ? S'il était mentalement attardé ? Mais ce ne serait pas pire que s'il naissait avec des attributs démoniaques... ou bien si ? Dans tous les cas, cet enfant le détesterait, lui qui l'avait porté et mis au monde ainsi.

Il n'était pas prêt... Il n'était tout simplement pas prêt... Naruto, lui, l'était... Il n'y avait qu'à voir comment il parlait déjà de redécorer la seconde chambre, tous les projets qu'il faisait et comment il le regardait lui et ce ventre distendu... Il ferait un très bon père... bien meilleur que lui... De toute façon, le blond avait toujours été bien plus doué que lui pour les relations humaines et pour les démonstrations d'affection.

Naruto ouvrit avec précautions la porte de la pièce. Pénétrant dans la salle d'eau sur la pointe des pieds, ne sachant trop ce qu'il allait y trouver. Crise d'énervement ? Crise de larmes ? Autre chose ? Il y avait des fois, il était complètement largué... Mais il ne pouvait pas l'abandonner. Il se figea en voyant le spectacle qui s'étalait sous ses yeux. En boxer, de profil, face au miroir, Sasuke se regardait en caressant son ventre rebondi, une expression songeuse et profondément triste peinte sur son visage grave de statue grecque.

S'approchant doucement de ce jeune homme qui lui était si cher, le blond se glissa derrière lui et colla son torse au dos nu du brun. Il entoura sa taille de ses bras, allant poser ses mains sur celles qui allaient et venaient lentement sur l'estomac tendu. Naruto posa sa joue sur l'épaule dénudée et fixa sans mot dire leur reflet dans le miroir, son regard bleu y croisant celui noir et tourmenté de Sasuke.

Il ne savait pas ce qu'il se passait dans la tête de son ami, mais il aurait tout donné pour le voir heureux, vraiment heureux. Le voir si triste lui déchirait le coeur. Il aurait voulu le voir sourire, un vrai sourire, pas un de ses rictus à peine perceptible. Il sourit doucement au reflet de celui qu'il aimait, et murmura :

- Tu es magnifique, tu sais ?

Les yeux noirs s'écarquillèrent légèrement, avant de poser un regard interrogatif sur le visage du blond qui souriait tendrement. Naruto rit légèrement avant de reprendre :

- Tu as l'air surpris. Pourtant, je ne dois pas être le premier à te le dire, si ?

Sasuke secoua doucement la tête, avant de murmurer :

- … Hn...

- Regarde, chuchota le blond. Regarde-nous ! Regarde-toi ! Tu es magnifique ! Et notre bébé sera le plus beau de tous, le plus fort et le plus intelligent aussi. Il sera parfait !

Le porteur du sharingan posa ses orbes sombres sur la glace, essayant d'y voir ce que Naruto lui disait. Ils étaient là tout les deux, lui torse nu en boxer, le blond derrière lui, portait son tee-shirt vert clair et un short, les bras puissants du jinchuriki encerclaient sa taille arrondie, leurs mains enlacées caressaient doucement la peau tendue qui cachait leur bébé. Deux hommes aux physiques si différents, deux parfaits contraires en tous points, même au niveau du tempérament.

- Je t'aime.

Le murmure qui lui parvint était si plein d'émotions, de tendresse, d'amour, que Sasuke se sentit frissonner. Il l'aimait vraiment ? Malgré tout le mal qu'il lui avait fait ? Malgré tout le mal qu'il risquait de lui faire encore ? Pourquoi ? Qu'avait-il fait pour mériter cet amour ? Plantant ses prunelles noires et interrogatives dans les iris azurés à travers le miroir, il tomba dans deux océans d'adoration et de douceur.

Naruto sourit, comprenant la question muette de Sasuke. Il tourna la tête et déposa un très léger baiser sur la tempe de son brun incrédule.

- Je t'aime parce que tu es toi, tout simplement. Je resterais toujours à tes côtés, et tu ne te débarrasseras jamais de moi. Je te l'ai déjà prouvé ça, non ? Maintenant arrête de te tourmenter, et viens te recoucher. Il est encore beaucoup trop tôt pour se lever.

Sasuke acquiesça en silence, et ensemble ils reprirent le chemin de leur chambre, leurs mains toujours jointes. Alors qu'ils se rallongeaient, Sasuke se dit que finalement les choses ne seraient peut-être pas aussi catastrophiques qu'il le pensait. Le corps chaud de Naruto se coula derrière lui, l'enveloppant dans une étreinte rassurante et protectrice où il se laissa aller, sombrant dans le sommeil, laissant pour demain toutes ses craintes et ses doutes.

Quelques heures plus tard, le quotidien reprit ses droits dans la maisonnée, et les interrogations nocturnes des deux adolescents furent remises dans un petit coin de leur esprit, jusqu'à l'après-midi et la visite devenue journalière de Tsunade. Depuis l'épisode désastreux avec Sakura, Naruto ne quittait plus la maison avant l'arrivée de la Godaime, et parfois, comme aujourd'hui, il restait et assistait à l'examen médical, interrogeant sa grand-mère de coeur sur tel ou tel sujet.

Naruto bougonna avant de partir vers la chambre, la blonde lui ayant fait remarquer qu'il devrait racheter des vêtements plus adaptés à l'avancée de la grossesse de Sasuke. La dernière fois qu'elle lui avait fait une remarque de ce genre, il avait dévalisé les magasins de vêtements, achetant un nombre considérable de pantalons souples à taille élastique et de tee-shirts larges. Et sur tout ce qu'il lui avait acheté, Sasuke n'en avait pas mis la moitié sous prétexte que la couleur ne lui convenait pas. Et il devait recommencer ? Mais ses économies diminuaient à vue d'oeil, et son porte-monnaie grenouille était de plus en plus flapi.

Déjà, le matin même, il avait envoyé une armée de clone acheter tout ce qu'il fallait pour refaire la décoration de la chambre et, justement, il comptait profiter de la présence de Tsunade pour commencer les travaux. Invoquant une dizaine de lui-même, il leur montra la photo, leur rappela les consignes à suivre et leur répartit les différentes tâches. A peine eut-il fini que le contingent de décorateurs blonds se mit à l'oeuvre. Sa présence n'étant pas requise, après tout c'était lui-même, il savait quoi faire, il retourna dans le salon où Tsunade venait de terminer son auscultation.

- Bon, tout se passe bien. As-tu encore des nausées ?

- Non, répondit Sasuke en se rhabillant.

- Bien. Alors, à moins que tu n'ais des questions, je vais y aller, reprit la blonde en se levant avec l'intention de partir.

- Tout va vraiment bien ?

La question posée brusquement d'une voix calme mais dans laquelle s'entendait une pointe d'inquiétude stoppa la Godaime, qui se retourna pour voir le brun, toujours assis dans le canapé, qui la fixait soucieux, une main posée sur son ventre arrondi. Avec un léger soupir, elle fit demi-tour et alla s'asseoir sur la table basse, faisant ainsi face au futur père.

- Tout va bien. Toi et ton bébé, vous allez bien. Je t'assure que tu n'as pas à t'inquiéter.

D'une voix ferme et rassurante, la médic-nin entreprit de rassurer les angoisses, somme toute naturelle, du futur père.

- Ce bébé est en pleine forme. Malgré les circonstances inhabituelles, il grandit tout à fait normalement. Il est juste un peu plus petit que la norme, mais rien d'inquiétant. Et puis, il a encore le temps de pousser avant de venir au monde. Alors continue à prendre soin de toi, et tout ira bien.

Naruto, qui avait assisté à la conversation sans mot dire, soupira intérieurement. C'était donc ça qui tourmentait le brun cette nuit. Il fut soulagé de savoir qu'au moins Sasuke avait osé en parler à quelqu'un. Il hésita quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait la langue.

- Et tu peux nous dire si c'est un garçon ou une fille ?

L'interrogation posée d'une voix curieuse attira sur lui l'attention des deux autres personnes présentes dans la pièce.

Tsunade vit le descendant du clan Uchiwa se retourner brusquement vers le blond avant de revenir vers elle, semblant ne pas savoir s'il voulait ou pas une réponse, alors que le blond, lui, semblait se retenir de lui sauter dessus pour qu'elle réponde au plus vite.

- Désolée, mais non. Le chakra qui enveloppe le foetus m'empêche de voir ça. Ce sera donc la surprise, jusqu'au bout, conclut-elle avec un sourire.

- Tant pis. On devra choisir deux prénoms alors, répliqua Naruto avec un grand sourire.

- Deux ? s'enquit Sasuke surpris.

- Ben oui, un pour une fille et un pour un garçon, répondit le blond sur un ton d'évidence.

Tsunade riait encore de la tête qu'avec fait le brun à la réplique de son ami quand elle réintégra son bureau. Décidément ces deux là ne cesseraient jamais de la distraire. Elle avait vraiment hâte de les voir pouponner !

Justement elle s'interrogeait. Est-ce que tout allait vraiment bien pour ce bébé ? Il était là, il grandissait, ça elle en était sûre. Mais quand au reste, c'était un mystère. Est-ce que Sasuke l'avait blessé lors de ses multiples tentatives d'avortement ratées ? Est-ce que les conditions de cette conception et le fait que ce soit un homme qui le porte pouvaient influer sur la constitution de l'enfant et provoquer des malformations ou d'autres problèmes ? Difficile à dire. A ce stade, elle n'était sûre de rien, mais elle préférait garder ses incertitudes pour elle. Il était inutile d'inquiéter le couple infernal qui avait déjà bien assez de soucis comme ça.

Alors que la Godaime pestait sur la paperasse qui l'empêchait de pouvoir rentrer chez elle profiter de sa soirée en compagnie de sa douce Shizune, dans une petite maison à l'écart de l'agitation du centre ville, deux adolescents paressaient sur un canapé chocolat devant une célèbre série. Le plus blond des deux était vautré sur l'assise, la tête de son colocataire posée sur ses genoux, et caressait d'un geste tendre la chevelure brune.

Mais qu'est-ce que Sasuke pouvait bien trouver d'intéressant aux tribulations de cette bande de jeunes adultes ? Bon d'accord, il admettait que parfois c'était très drôle. Il avait eu un fou rire phénoménal en voyant le dénommé Joey la tête enfoncée dans le croupion d'une dinde. Mais souvent, ça l'ennuyait. Tout le monde savait que Ross et Rachel s'aimaient et il était évident qu'ils finiraient ensemble... alors pourquoi se prenaient-ils autant la tête ?

Un soupir de bien-être résonna dans le séjour alors que Naruto accentuait ses caresses dans les mèches douces et sombres de Sasuke, soutirant un sourire amusé au blond. Un léger ricanement sortit de la bouche à peine rosée du brun quand Phoebe fit une remarque totalement décalée à un Chandler désabusé. Oui, cette série lui plaisait beaucoup. C'était simple, sans drame, sans bains de sang, et il avait noté quelques similitudes entre la grossesse de Rachel et la sienne, ce qui étrangement le rassurait.

Une sensation étrange lui fit froncer les sourcils et poser une main sur son ventre. C'était comme si une bulle venait d'éclater à l'intérieur de lui. Qu'est-ce que c'était que ça ? L'impression bizarre revint, et sous sa paume son ventre se déforma légèrement. Ce n'était pas douloureux, juste très étrange. Curieux il glissa sa main sous son tee-shirt, qui, comme l'avait très justement remarqué Tsunade, commençait à être trop petit, et la posa bien à plat sur sa peau tendue.

Quelques minutes s'écoulèrent sans que rien ne se passe. Puis à nouveau cette sensation de bulle qui éclate, et là sous sa main une infime déformation, comme si on frappait dans sa paume, de l'intérieur de lui-même. Ses yeux s'écarquillèrent largement quand Sasuke comprit l'origine de cette sensation nouvelle. Le bébé... Le bébé lui donnait des coups... Le bébé bougeait et il pouvait le sentir... Un maelström de sentiments l'envahit. Le bébé était vivant... Là, dans son ventre... Et il pouvait le sentir...

Sasuke tourna un regard éperdu vers Naruto, qui lui demanda inquiet.

- Ça va ?

Le brun hocha la tête, fixant le visage tanné de son colocataire. Incapable de proférer le moindre son, il prit la main du blond et la posa sur son ventre, juste à la place de la sienne. Naruto le regarda surpris et ouvrit la bouche pour l'interroger sur les raisons de son geste.

Mais une chose étrange le stoppa, avant même qu'il ait prononcé un mot. Sous sa paume, quelque chose venait de le frapper, c'était très léger, mais il l'avait senti. Choqué, il retira sa main et s'écria :

- Sas'ke ! Si tu as des gaz, garde-les pour toi !

- Pfff, crétin !

Énervé par la bêtise incommensurable de son ancien coéquipier, le brun lui frappa le crâne avant de lui reposer sa main d'autorité sur son ventre, l'emprisonnant entre les siennes.

- C'est pas des gaz, idiot. C'est le bébé !

La fin de la phrase fut murmurée, d'une voix où transperçait une émotion intense.

- Le... Le bé... Le béb... Le bébé … ? bégaya Naruto, les yeux exorbités.

Ce fut à ce moment là qu'ils le sentirent à nouveau, un nouveau coup sur la paume de Naruto. Sasuke retint son souffle et chuchota:

- Tu l'as senti ?

- … Oui...

Le blond baissa les yeux vers le ventre où sa grande main était posée, emprisonnée dans les paumes plus fines du brun.

Le bébé... Il pouvait sentir le bébé... Les larmes dévalèrent le long des joues marquées par trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches, allant s'écraser sur le corps du brun étendu sur le canapé. Leur bébé… Pris d'une impulsion soudaine Naruto se redressa, poussant Sasuke de sur ses genoux, il allongea le brun à la place qu'il venait lui-même de quitter et s'agenouilla devant le canapé, posant sa tête sur le ventre arrondi du brun qu'il avait découvert dans la foulée.

Étendu sur les coussins chocolat, son tee-shirt bleu marine remonté au niveau du torse, Sasuke éberlué sentit plus qu'il ne vit son idiot de colocataire coller son oreille sur son abdomen proéminent, les deux mains de celui-ci glissant sur sa peau tendue. Légèrement moqueur et pourtant ému plus qu'il ne voulait le montrer, il lui dit :

- Tu fais quoi, là ? Tu espères l'entendre ?

- Chut ! Laisse-moi le sentir encore, Sas'ke.

La voix doucement béate coupa toute envie de raillerie de la part du brun, qui glissa une de ses mains dans les mèches blondes et l'autre sur son ventre.

- … Usuratonkachi...

Le jeune Uchiwa se laissa envahir par l'émotion qui étreignait son coeur. Le bébé... Non, leur bébé, il pouvait le sentir bouger en lui, il pouvait le sentir vivre en lui. Son bébé... Le sien et celui de Naruto.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, la télé toujours allumée diffusant un fond sonore fluctuant auquel aucun d'eux ne prêta plus attention, trop concentrés sur ce petit être dont pour la première fois ils pouvaient réellement sentir l'existence. Ce petit être qui grandissait dans le corps de Sasuke, ce petit être dont bientôt ils seraient responsables. Pour la première fois, les mots "Parent" et "Famille" prenaient tous leurs sens.

Quand ils bougèrent enfin, la nuit était tombée depuis longtemps, envahissant le jardin d'ombres mouvantes, les arbres et arbustes se balançant au gré du vent. Arrivé devant la porte de leur chambre, Sasuke allait ouvrir le battant quand deux mains chaudes se posèrent sur ses yeux, le plongeant dans le noir.

- Ne regarde pas ! chuchota le propriétaire des paumes qui entravaient sa vue.

- Ouvre et entre... Mais ne regarde pas, d'accord ?

Sasuke soupira avant d'acquiescer silencieusement et de s'exécuter, pénétrant à l'aveugle dans la pièce. Qu'est-ce que ce crétin avait en tête ? Après quelques pas, il se stoppa et attendit que son facétieux colocataire ne se décide à lui rendre la vue.

- N'ouvre pas les yeux, d'accord ? Pas tant que je te l'ai pas dit.

-... Hmpf...

Les mains se retirèrent de ses paupières qu'il maintint closes et le bruit des pas sur le parquet lui indiqua que Naruto s'éloignait de lui.

- C'est bon... Tu peux ouvrir les yeux !

Sasuke hmpfa encore une fois avant de s'exécuter, découvrant la raison de tant de mystère et pourquoi il n'avait pas eu le droit de poser un pied dans la chambre de tout l'après-midi.

Naruto avait redécoré la chambre, suivant scrupuleusement les indications qu'il avait donné la veille. Les murs blanc crème, le plancher sombre, les deux larges bandes de peinture chocolat de chaque côté du lit en bois clair, la tablette au dessus de la tête de lit, mise en valeur par un grand rectangle de peinture chocolat et les rideaux ocres. Tout y était, jusqu'au tapis noir avec des arabesques blanches et les emblèmes de leurs clans respectifs peints au dessus de leurs chevets.

Se retournant vers le décorateur, Sasuke eu un très léger sourire en le voyant guetter la moindre de ses réactions. Sans plus de manière, le brun se déshabilla, ne gardant que son boxer, et alla se coucher. Naruto soupira doucement et partit se mettre en pyjama, un peu déçu du manque d'enthousiasme de son ami. Dix clones y avaient passé l'après-midi, il pourrait être un peu reconnaissant quand même cet enfoiré.

De retour dans la pièce, nouvellement décorée, le blond se glissa dans le grand lit et se colla au corps presque nu de celui qu'il aimait. Alors qu'il embrassait doucement l'épaule dénudé devant lui et glissait son bras autour de la taille épaissie, il entendit un murmure qui le toucha bien plus qu'il ne l'aurait cru.

- … Merci, Usuratonkachi...

To be continued...


Commentaires des auteurs :

Bon on sait notre Sasuke là, il est un peu OOC sur les bords MAIS on a l'excuse parfaite : il est enceinte et donc HORMONAL ! Et les hormones Messieurs, Dames, y'a absolument rien à faire contre ça (et on parle d'expérience).

On a fait le choix de lui faire vivre une grossesse la plus réaliste possible, donc les hormones, les envies alimentaires et autres joyeusetés, alors oui y'a des moments où c'est pas très Sasukien, mais ben voilà quoi, on assume pleinement...


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Dans la pièce où travaillent avec acharnement les deux auteurs, la télécommande, le tabouret en plastique jaune et la tasse bleue flashy débarquent en colère :

- Y'en a marre ! On est maltraités ! On veut une augmentation ! commence la tasse.

- Oui, et une prime de risque ! Je suis fragile moi, et l'autre là il me tape dessus comme si c'était ma faute s'il est énervé ! poursuit la télécommande.

- Je veux un rôle plus important ! J'ai fait Actor Studio moi Mesdames ! Ma place n'est pas dans une cabine de douche ! Je suis un tragédien ! Pas un faire valoir ! rétorque le tabouret.

- Et puis vous êtes tenues par la loi de me notifier mon renvoi par courrier recommandé et me verser une prime de licenciement ! rajoute la tasse, rafistolée.

Les deux auteurs, un peu surprises, cherchèrent une possible conciliation avec les objets vindicateurs.

- Nous exigeons le renvoi de notre tortionnaire commun : Sasu ! déclarent les trois revendicateurs.

- Vous n'avez pas fini de vous plaindre ! intervint alors la couette bariolée. Pensez un peu à ce pauvre garçon et à toutes ses souffrances ! En plus il nous aime, c'est juste qu'il ne sait pas nous le dire !

Dans le canapé, Sasu regarde, halluciné, la scène et se tourne vers ses voisins :

- Il se passe quoi là, au juste ?

La seule réponse qu'il obtint fut l'éclat de rire de Naru et d'Itachi, qui se tiennent les côtes pris dans leur fou rire.

Une bouteille de gel douche qui passait par là s'adresse aux lecteurs :

- Pour mettre fin à ce conflit : reviewez !


Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 11 : Perdre sa route...

Quand la nuit tombe, il est parfois difficile de continuer à marcher. Quand les ténèbres nous entourent, il y a de grande chance que le chemin que l'on croyait suivre finisse par disparaître.