Avertissement : Petit chapitre tout soft... enfin presque ! Mais rien de choquant.

Bonne Lecture !


~Chemins de traverses.~

Chapitre 17 : Glissement de terrain.

Sasuke ouvrit un à un tous les placards de la cuisine puis passa dans le cellier pour en examiner le contenu. Ses sourcils se froncèrent en constatant que rien, non décidément rien, ne pouvait étancher cette nouvelle envie qui le tenaillait. Pourquoi diable avait-il fallu que sa série préférée soit entrecoupée d'une plage publicitaire vantant les mérites d'une barre chocolatée quelconque ! Parce que, parce que maintenant, et bien... il avait justement envie de manger du chocolat ! Lui, oui, lui, qui détestait le sucré ! Et bien sûr, aucune trace de l'aliment en question !

Il en aurait presque trépigné de rage. Il voulait du chocolat ! C'était simple non ? Pourquoi il n'y en avait pas dans cette putain de baraque ! L'envie le tenailla, revenant avec force hanter son esprit. Pas moyen de s'en détourner. Il referma la porte du cellier avec un claquement sec et outragé, ses mains presque tremblantes. Le futur père s'y adossa, passant des doigts fatigués dans ses mèches brunes. Mais qu'est-ce qu'il en avait marre de tout ça ! Quand est-ce que ça allait s'arrêter ? Quand redeviendrait-il enfin lui même, loin de tous ces tourments ?

Naruto, alerté par les bruits des placards se refermant avec fracas et du battant de bois percutant le chambranle avec force dans la cuisine, se dirigea vers celle-ci, inquiet. Ces derniers jours, l'humeur de son brun n'était pas franchement au beau fixe et jouait en prime au yoyo, alternant des phases plus ou moins tranquilles avec des grands moments d'agitation qui épuisaient celui qui portait son enfant et le laissait, lui complètement perplexe et un peu perdu. Les discussions les plus anodines, sur ce qu'ils allaient manger par exemple, prenant parfois au choix soit des allures dramatiques, soit tournant à la crise de nerfs où il s'en prenait des vertes et des pas mûres alors qu'il avait juste demandé ce que Sasuke prévoyait de faire.

Il trouva l'objet de ses pensées anxieuses appuyé contre la porte du cellier, une main masquant les yeux sombres. Bon ! Visiblement, ça ressemblait assez à une mauvaise passe... S'armant intérieurement de courage, il osa signaler sa présence en se raclant la gorge, s'attirant presque immédiatement un regard noir teinté de désespoir.

- Quelque chose ne vas pas ? demanda-t-il, forçant un sourire sur ses lèvres.

- … J'ai... j'ai envie de chocolat... souffla la voix de son amour, comme si la fin du monde s'annonçait.

Le sourire de Naruto s'élargit.

- … Je déteste le sucré... Et pourtant... Je veux manger du chocolat... reprit-il plus pour lui-même que pour le blond qui s'était rapproché de lui.

Des doigts tannés effleurèrent sa joue avec douceur, ramenant définitivement son attention à l'instant présent.

- Et je suppose qu'on en a pas, c'est ça ? Je vais aller t'en acheter, d'accord ? Est-ce que tu veux quelque chose de particulier ? En tablette ? Que du chocolat ? Avec des amandes ou autre chose, des noisettes ?

Ses poings se fermèrent. Mais qu'est-ce qu'il en avait à foutre que ce soit avec des noisettes ou des amandes ! Il voulait juste calmer son envie point à la ligne ! Peu importe que ce soit en tablette ou même en pâte à tartiner, seul ou accompagné. Il voulait manger du chocolat, là maintenant tout de suite ! Et ce besoin ridicule était en train de le rendre fou.

-... Prends tout, je m'en fous... Je veux du chocolat !

Naruto battit subrepticement en retraite. Mieux valait pour lui qu'il s'exécute dans la seconde. Formant les signes du jutsu de multiplication, il fit apparaître plusieurs copies de lui-même qui prirent la poudre d'escampette à peine apparues, comme si le diable en personne était à leurs trousses. Satisfait, il fit une nouvelle tentative vers l'être à bout de nerfs, prostré, les bras croisés au-dessus de son ventre rebondi.

Quelques minutes plus tard, ce fut un Sasuke ravi qui entama un énorme pot de pâte à tartiner plongeant une petite cuillère dedans avant de la lécher sous les yeux amusés de Naruto. Confortablement installé dans son canapé crème, l'amour de sa vie était entouré de toutes les sortes et formes de chocolats que ces clones avaient pu trouver. Pâte à tartiner, tablettes de toutes tailles, ballotins, barres, boissons, au lait, noir, blanc, aux noisettes, aux riz soufflés, à l'orange, à la noix de coco, etc... La supérette avait vu son stock de produits chocolatés fortement diminuer.

Le sourire du blond s'adoucit en voyant les traits de son bien-aimé s'illuminer du plaisir gustatif qu'il éprouvait. Chaque jour qui passait l'attachait un peu plus à cet homme qui donnait tout son sens à sa vie. Avant de rencontrer Sasuke, il était seul et plein de haine. Au fil des ans à le regarder de loin, puis à se battre à ses côtés, à lui courir après, il avait tissé un lien avec lui, un lien si fort que jamais il n'avait envisagé son avenir sans lui dans sa vie, et aujourd'hui moins que jamais !

Avec Sasuke, ils allaient former une famille. Leur enfant grandirait dans cette maison qui aurait dû le voir grandir. Son imagination s'emballa. Il se voyait assis dans ce salon avec son amour et son fils, ou sa fille, en train de regarder un dessin animé ou jouer aux cartes. Dans le jardin, ils pourraient jouer au ballon tous les trois, l'hiver faire des batailles de boules de neige, et le soir ils s'attableraient tous ensemble autour du kotetsu pour partager un repas préparé par son brun.

Une vague d'amour irrépressible pour celui qui rendrait tout cela possible l'envahie, il s'approcha du canapé occupé par l'objet de ses pensées et se pencha pour lui dérober un baiser chocolaté. Une lueur malicieuse traversa les yeux bleus devant l'air surpris du futur père victime d'envies alimentaires impérieuses. D'un coup de langue, il nettoya les restes de chocolat collé à la petite cuillère en inox, ricanant doucement en voyant l'expression offusquée de celui à qui il venait de voler une miette de son plaisir.

- … C'est ma cuillère ! claqua la voix froide du jeune Uchiwa.

Ricanant doucement le jinchuriki plongea un index gourmand dans le pot ouvert dans les mains pâles et fines de l'élu de son coeur et l'englouti, le suçant goulûment, fermant les yeux quand le goût capiteux de la pâte onctueuse envahi ses papilles. Il ouvrit les paupières juste à temps pour voir son amant se jeter sur lui en grognant.

-... C'est mon chocolat !

Une langue gourmande vint lécher son index toujours enfoui dans sa bouche, se mêlant à la sienne avec passion. Le gémissement qui s'échoua sur ses lèvres lui tira un sourire tendre. Depuis la semaine dernière, et l'attaque perfide dont il avait été l'innocente victime, il avait plus d'une fois eu l'occasion de constater que les hormones en ébullition du futur père ne lui donnait pas que des sautes d'humeur et des envies alimentaires. Et, bien évidemment, il était plus que ravi de satisfaire Sasuke, dans tous les domaines, même les plus osés !

Glissant un de ses bras sous les genoux de son brun, et l'autre sous ses aisselles, il le souleva et se dirigea tant bien que mal vers la chambre où leur lit les attendait. La bouche finement ourlée se détacha un instant de la sienne alors que Sasuke plongeait à son tour son doigt dans le pot de pâte à tartiner qu'il n'avait pas lâché. La surprise dû se lire sur son visage car le brun murmura avec un souffle un peu penaud:

- … J'ai toujours envie de chocolat...

Le rire léger de Naruto s'éleva dans la maison; décroissant alors qu'ils s'éloignaient dans le couloir, interrompu par le bruit de la porte de la chambre qui se refermait derrière les deux amants. Oui, les montées d'hormones de Sasuke avaient du bon, et si le brun était encore parfois un peu hésitant pour certaines caresses, il apprenait vite et étant de nature curieuse, expérimentait de nouvelles choses suivant ses envies et ses pulsions. Et Naruto ne s'en plaignait pas, bien au contraire !

~oOo~

Kakashi souffla sur son café, heureux d'être là tout simplement, dans cette cuisine, au calme. Pas qu'il ait quoique ce soit contre le charmant petit couple dont il avait la charge de surveiller, mais tout de même un peu de tranquillité de temps en temps, ça avait du bon. Il porta la tasse à ses lèvres, dégustant le breuvage fort et réconfortant. Iruka lavait et essuyait tranquillement la vaisselle devant son évier, lui donnant quelques nouvelles de ses jeunes élèves.

Son unique oeil visible tomba sur le visage de son compagnon quand ce dernier s'installa à son tour à la table, une tasse de thé entre ses doigts. L'homme à la chevelure argentée se souvint soudain de la discussion qu'il avait eu avec Sasuke tout près de l'étendoir à linge. Le brun l'avait presque supplié à demi-mot de convaincre Iruka d'accompagner Naruto qui partirait le lendemain en expédition acheteuse pour les fournitures qui manquaient concernant le bébé.

Le quasi désespoir vibrant dans la voix glaciale l'avait touché. Effectivement, Naruto était loin d'être la personne la plus indiquée pour acheter tout ce qu'il convenait à un nouveau né. Reposant son mug sur la table, et profitant du silence qui s'était étendu entre eux, Kakashi se décida à aborder le sujet avec sa moitié.

- Tu fais quelque chose de particulier demain ? lança-t-il au premier intéressé.

Le chunin le dévisagea d'un air interrogatif avant de répondre.

- Non, pas spécialement pourquoi ?

- J'ai une faveur à te demander...

L'air ennuyé de celui qui partageait sa vie fit tiquer l'homme aux cheveux châtains et au visage barré d'une fine cicatrice.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? finit-il par demander.

- Naruto doit faire des courses demain, pour le bébé... et Sasuke n'est pas tranquille.

- Comment ça pas tranquille ?

- Vu la propension de Naruto de faire un peu tout ce qui lui passe par la tête, Sasuke m'a demandé si tu ne pouvais pas accompagner Naruto demain pour refréner ses impulsions parfois un peu trop débordantes.

Iruka garda le silence quelques instants, méditant la demande. Kakashi, sentant les réticences de son bien-aimé, posa une main sur la sienne et la caressa doucement.

- Ça rassurerait Sasuke de savoir que tu es avec Naruto. Et puis, ça vous permettra de passer un peu plus de temps tous les deux. Qu'en penses-tu ?

La chaleur de la paume qui recouvrait la sienne, détourna un instant l'instituteur de ses pensées. Ses doigts se nouèrent doucement à ceux qui s'étaient entremêlés aux siens.

- C'est vrai que Naruto agit bizarrement. Quand je me suis arrêté à l'épicerie tout à l'heure, le tenancier se plaignait de ne plus avoir de chocolat, tout son stock dévalisé par un certain blond...

Kakashi retint un sourire au souvenir de la nuée blonde qui était rentrée à la maison dont il avait la charge, les bras chargés de paquets débordants de la précieuse denrée. Iruka souffla doucement, ramenant son attention sur lui.

- Entendu, j'accompagnerai Naruto demain. Comme ça tu pourras tranquilliser ce pauvre Sasuke. Je n'aimerais pas être à sa place, ça doit être dur pour lui en ce moment. Et avec cet enfant qui arrive, il doit se faire des cheveux blancs. On ne peut pas dire que Naruto, ni lui, soient prêts à être parents. Ils sont si jeunes... Est-ce que tu crois qu'il va rester au village après la naissance ? Naruto a l'air assez optimiste à ce sujet, mais j'ai du mal à le croire. Il est tellement amoureux...

Kakashi prit son temps pour répondre. Rien dans l'attitude du brun n'indiquait qu'il allait rester ou bien partir. Et son ancien élève était tout aussi imprévisible que le jinchuriki. Quand à savoir de quel côté pencherait la balance, seul l'avenir le dirait.

- Je ne sais pas... Pour l'instant en tout cas, il est là.

- S'il s'en va, je ne suis pas sûr que Naruto s'en remettra. Encore moins si Sasuke l'abandonne avec le bébé.

L'inquiétude palpable sur les traits masculins pinça le cœur de Kakashi. Il n'avait malheureusement aucune certitude à offrir à son compagnon. Il relâcha la main sous la sienne et la porta à la joue de celui auprès de qui il avait trouvé le bonheur après tant d'années passées dans la solitude et autant dans l'atermoiement le plus complet. S'il n'y avait pas eu cette fameuse soirée où il avait dû raccompagner chez lui le chunin qui avait trop bu, sans doute ne seraient-ils pas ensemble aujourd'hui se contentant l'un et l'autre de se regarder, et de respecter leurs distances, inconscients que le fossé qui les séparaient n'était pas si infranchissable qu'il y paraissait.

Doucement, il se rapprocha des traits un peu anxieux et s'accapara les lèvres au goût d'amande. Iruka répondit à l'échange tendre et chaste, sentant une main calleuse caresser sa nuque. Kamisama qu'il l'aimait... Et il était heureux que cette fois il soit affecté à une mission de simple surveillance qui se déroulait dans l'enceinte même du village. Attendre son retour quand il partait en missions le plongeait toujours dans l'angoisse qu'un jour il ne revienne pas.

Le baiser dériva vers quelque chose de moins innocent et Iruka fut le premier à rendre les armes et à glisser dans une pente plus désireuse et avide à laquelle Kakashi fut plus qu'heureux de répondre, car soyons honnêtes, avoir sous les yeux deux jeunes de dix-sept ans dont l'un des deux était un peu trop souvent pendu aux lèvres de son acolyte avait de quoi vous aiguiser les sens, surtout quand vous aviez un homme magnifique à choyer d'attentions qui vous attendait à la maison

Ce fut ainsi que le lendemain, Iruka accompagna celui qu'il considérait comme son fils, le ninja le plus imprévisible de Konoha, Naruto, dans les magasins de puériculture. Dés qu'ils étaient entrés dans la boutique, le chunin avait compris l'inquiétude du jeune Uchiwa. Les rayons regorgeaient de tentations pour l'adolescent qui s'extasiait devant les peluches en tous genres et les doudous colorés. Un coup d'oeil sur la liste, que Sasuke lui avait discrètement confié quand il était allé chercher Naruto, lui confirma que rien de tout ceci n'était prévu.

Avec beaucoup de peine, il ramena le jeune homme enthousiaste vers les accessoires nécessaires. Mais là encore, il lui fallut freiner les ardeurs Uzumakiennes, lui expliquant calmement que non un chauffe-biberon ne devait pas absolument être musical et lumineux, qu'un stérilisateur simple d'emploi serait plus approprié qu'un ressemblant vaguement à un vaisseaux spatial, et pleins de choses du même style encore.

Quand ils passèrent aux rayons vêtements pour bébé, Iruka maudit intérieurement sa trop grande gentillesse qui l'avait fait accepter cette périlleuse mission. Comment convaincre un adorateur des couleurs vives que la grenouillère rayée bleue et blanche était tout aussi jolie et plus discrète que celle jaune fluo avec des pois verts et orange ? Malgré toutes ses tentatives, le panier se remplissait de tissus aux couleurs criardes qui faisaient mal aux yeux même pour lui.

En désespoir de cause il laissa son ancien élève faire selon ses goûts, et prit des choses bien moins colorées, décidé à les offrir au futur père pour se faire pardonner d'avoir lamentablement échoué dans cette partie là de sa tâche. Une véritable vague de soulagement l'envahit quand enfin, oui enfin, ils passèrent à la caisse et quittèrent le magasin. Soulagé d'en avoir fini avec ces courses éprouvantes pour ses pauvres nerfs, il proposa à Naruto de le raccompagner pour l'aider à porter les nombreux sacs qu'il avait dans les bras.

Sur le chemin du retour le jinchuriki et l'instituteur discutèrent de choses et d'autres, un sujet revenant souvent sur le tapis: Sasuke et l'enfant qu'il portait. Iruka sourit, amusé, en écoutant son fils de cœur lui parler du brun et des problèmes hormonaux dont il était la victime collatérale. Se souvenant d'un détail que son amant masqué lui avait confié, le chunin posa un regard malicieux sur le dynamique ninja qui s'agitait à ses côté et l'interrompit sans vergogne.

- Tu te plains mais d'après ce que je sais, les choses se sont grandement améliorées entre vous, non ?

La rougeur qui monta instantanément aux joues marquées de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches agrandit le sourire moqueur de l'instituteur. Gêné, l'adolescent se gratta la nuque et baissa les yeux avant de répondre.

- Oui... Beaucoup mieux, oui...

Relevant son regard bleu, il le planta dans celui noisette de son père de coeur.

- D'ailleurs, je voulais vous remercier, Iruka sensei, pour tous les conseils que vous m'avez donné. Ils m'ont été très utiles, vous savez. Sans vous, je ne crois pas qu'on en serait là lui et moi.

Le sourire éclatant qui barra le visage tanné par le soleil n'empêcha pas Iruka de se sentir embarrassé.

Il n'était pas sûr de mériter ces remerciements. Bon, il était heureux de savoir que grâce à lui les choses se passaient bien dans ce domaine, mais quand même... Il se faisait l'effet d'un pervers qui aurait débauché une pucelle. L'amour plus que palpable qu'éprouvait Naruto pour le jeune Uchiwa l'inquiétait. Comme il l'avait dit à Kakashi, si Sasuke partait en laissant Naruto seul avec le bébé, le blond ne s'en relèverait pas facilement.

N'aurait-il pas mieux fait de s'abstenir de conseiller son ancien élève ? Ainsi la relation des deux garçons n'aurait pas atteint une telle profondeur, si ? Ou les choses auraient-elles été encore pire qu'avant ? Un léger soupir fataliste lui échappa. Il était de toute façon trop tard pour revenir en arrière, ne restait plus qu'à attendre et espérer que la suite des évènements serait positive. Dans le cas contraire... il ferait tout son possible pour ramasser et recoller les pots cassés.

Arrivés au portail en bois sombre à côté duquel Kakashi était posté comme à son habitude, Naruto invita son accompagnateur à entrer prendre le thé, invitation que le jeune adulte accepta avec joie. S'il avait rapidement aperçu Sasuke quelques heures auparavant, il était assez curieux de pouvoir l'observer un peu plus, espérant déceler dans son comportement le moindre indice sur ce que le jeune homme projetait de faire à l'avenir.

Les deux shinobis entrèrent donc ensemble dans la maison, se dirigeant immédiatement dans le salon d'où provenait un fond sonore télévisuel. Ils y trouvèrent Sasuke avachi dans son canapé, la télécommande en main. Saluant son ancien instituteur d'un signe de tête, le futur père se redressa péniblement pour s'asseoir d'une manière un peu plus décente malgré son ventre qui le gênait de plus en plus.

Naruto étala devant son bien-aimé les nombreux achats qu'il avait effectué, lui montrant les divers appareils achetés et lui décrivant ceux qu'il aurait aimé prendre, arguant qu'on pouvait toujours faire un échange si ceux-là ne convenaient pas. Les orbes sombres remercièrent silencieusement le chunin de lui avoir épargné les objets inutilement kitch que le jinchuriki lui dépeignait avec passion.

- Tiens regarde, j'ai pris pleins de vêtements ! Ils sont trop choux ! Je vais faire le thé pendant ce temps ! lança le blond avant de partir vers la cuisine.

Le regard contrit que lui lança Iruka ne rassura nullement le futur père sur le contenu des sacs devant lui. Lui tendant les baluchons qu'il tenait encore à la main, Iruka dit sur un ton d'excuse.

- Tiens. C'est mon cadeau pour le bébé... Je pense que tu préféreras...

Ce fut avec une appréhension grandissante que Sasuke entreprit de sortir des sachets en papier ce qui composerait la garde robe de l'enfant à venir. Ça y était ! Ce crétin l'avait définitivement rendu aveugle ! Il s'en doutait que ça arriverait un jour, mais il n'aurait jamais cru que ce serait à cause d'une multitude de grenouillères, bodys, bonnets, chaussettes et autres gigoteuses. Le seul avantage qu'il voyait à cet arc-en-ciel de couleurs plus vives les unes que les autres c'était qu'au moins même dans le noir, ils n'auraient aucun mal à repérer le bébé !

Heureusement, les choix d'Iruka s'avéraient être bien plus judicieux selon lui. Et de bien meilleur goût ! Une chose cependant l'interpella, il en fit part à son colocataire quand celui-ci revint, un plateau chargé d'une théière fumante et de trois tasses entre les mains.

- … Tu sais à quelle vitesse grandit un bébé ?

Surpris, l'interpellé leva les yeux vers l'élu de son cœur avant de répondre.

- Ben oui. C'est écrit dans le livre que Shizune nous a prêté hier. Pourquoi ?

Levant les yeux au ciel d'exaspération, le brun pointa un doigt vers la montagne de tissus multicolores qui s'était formée à côté de lui.

-... Et tu crois qu'il aura le temps de tout mettre ? Il y a de quoi habiller au moins quatre bébés, là. Et je n'en porte qu'un ! Baka !

- Ne m'appelle pas Baka, Baka ! rétorqua l'Uzumaki. Et puis un bébé ça se salit, il faudra le changer plusieurs fois par jour !

-... On a une machine à laver, Dobe !

- Les enfants abîment vite les vêtements ! Tu feras quoi quand il y aura des trous aux genoux ! De la couture ?

- … Les enfants ! Pas les bébés, idiot ! Les bébés ne marchent pas ! Comment veux-tu qu'il se fasse des trous aux genoux ?

Bien calé au fond du canapé rayé, une tasse de thé fumante entre les mains, Iruka cachait son sourire très amusé en buvant prudemment des gorgées de son breuvage. Kakashi avait raison, voir ces deux là se disputer comme des chiffonniers pour des broutilles était fort divertissant. Son regard se posa sur le visage de Sasuke, se faisant la réflexion qu'il ne l'avait jamais vu aussi expressif devant personne d'autre que Naruto.

Peut-être son fils de cœur avait-il raison de croire en un avenir radieux avec son amoureux. Peut-être effectivement, les choses se dérouleraient-elles pour le mieux entre eux. Peut-être qu'au bout du compte, Naruto n'aurait pas le cœur brisé. En tout cas, il était sûr et certain d'une chose... Si Sasuke restait à Konoha après son accouchement, la vie dans cette maison serait plus qu'animée !

~oOo~

Naruto se gratta la tête, regardant pour la énième fois la notice de montage et maugréant dans sa barbe. Comment Z prime pouvait-il se retrouver dans K deux tout en étant en face de C douze ? Non mais c'était quoi ce bordel, ils étaient sûr que c'était bien un lit à barreau qu'il montait et pas un vaisseau spatial ? Parce que là, honnêtement, il se posait la question... Relisant une nouvelle fois le schéma technique plein de flèches, de lettres et de chiffres, il regarda les pièces de bois étalées devant lui, à même le sol. Là, très sincèrement, il était un tout petit peu perdu et très en colère.

Il revérifia trois fois qu'il avait le bon nombre de pièce, râlant après ces magasins de Konoha qui importaient des meubles suédois sans prendre la peine de vérifier que la notice était compréhensible. La petite icône indiquant "montage facile en une heure" le nargua copieusement. Une heure, hein ? Il y était depuis au moins trois bonnes heures ! Soupirant lourdement, il reprit les étapes pas à pas, tournevis en main, un clone à l'appui. Il fallait quoi pour monter ce truc, un niveau de sanin ?

Sasuke haussa un sourcil, entendant vaguement son esclave personnel chargé de monter le mobilier du futur bébé dans la chambre enfin terminée, râler à qui mieux mieux. Il souleva vaguement ses épaules tout en branchant l'appareil dans la prise murale du plan de travail de la cuisine. Le chauffe-biberon posé devant lui ne lui sauta heureusement pas à la figure, bien qu'il s'en soit méfié. Il testa soigneusement le bouton frontal qui tourna sur lui même sans aucune difficulté. Bon, jusque là, pas de problème majeur, ça avait l'air de marcher.

Examinant la notice qu'il avait ouvert par inadvertance à la page "mode d'emploi en russe", ses sourcils se dressèrent devant les caractères bizarres qui semblaient danser sous ses yeux en petites lignes serrées. Reprenant le livret à la première page, il se rendit compte de son erreur et alla à la page indiquée pour pouvoir lire le fameux mode d'emploi de l'engin dans sa langue. Parcourant rapidement les instructions simplissimes, il referma le bouquin qu'il jeta dans le carton vide avant de passer au suivant.

L'utilisation facile le rasséréna, même l'autre dobe pourrait s'en sortir tout seul. Au pire, Iruka viendrait l'aider... Nul besoin pour lui de s'inquiéter, il pourrait partir l'esprit tranquille. Plus les jours passaient, moins il était sûr de ce qu'il ferait après la naissance. Il s'investissait trop, il le savait, dans les préparatifs pour l'arrivée prochaine de cet enfant, et sa relation avec Naruto avait prit une tournure à laquelle il ne s'attendait pas.

Que se passerait-il quand le bébé serait né ? Serait-il toujours aussi enclin à profiter de ces bras chauds, de cette bouche sucrée, de l'attention sans borne que le blond lui témoignait ? Que resterait-il de tout cela quand cette vie qui grandissait en lui serait là, bien présente, et qu'il récupérerait ses facultés, car il espérait bien les récupérer, même si cette partie là de cette aventure l'angoissait. Et si le bébé mourait lors de l'accouchement ? Et s'il se vidait de son sang sur la table d'opération ? Un frisson lui parcourut l'échine, écartant toutes ces sombres pensées pour mieux se concentrer sur le nouvel appareil qu'il déballait.

En y réfléchissant bien, lui, il était préparé à mourir, il aurait dû mourir en combattant son frère, alors, ça ne faisait pas une grande différence que ce soit maintenant, n'est-ce pas ? Ou bien, regretterait-il de ne pas voir grandir ce petit être qui poussait dans son abdomen depuis plus de sept mois maintenant ? Et Naruto, lui pardonnerait-il une fois encore s'il l'abandonnait ? S'il partait, se jetterait-il encore à sa poursuite avec l'intention de le ramener ? Sans doute pas avec un bébé dont il devrait s'occuper...

Mais rester, ça voulait dire trop de choses : renoncer définitivement à sa vengeance, accepter de vivre dans ce village qui l'avait trahi lui et les siens, accepter définitivement les sentiments de Naruto et vivre avec lui et leur progéniture, devenir un père, prendre ses responsabilités et élever leur enfant, accepter les conditions que poserait la Godaime à sa réintégration, se battre et exécuter des missions sous le bandeau frontal du village caché de la feuille. Un bandeau frontal... ça faisait des lustres qu'il n'en portait plus... à supposer qu'après l'accouchement, il soit encore capable d'être un ninja.

Un juron très imagé le sortit de ses pensées, alors qu'un blond furibond surgissait dans la cuisine brandissant une feuille en papier froissée sous son nez. Au milieu des récriminations de son ancien coéquipier, Sasuke comprit que le montage du lit posait un sérieux problème. Soupirant de lassitude, il se saisit du mode d'emploi, soi-disant incompréhensible, et se dirigea vers le lieu du crime mobilier.

- Parce que tu crois que tu peux faire mieux, teme ?! s'exclama rageusement le jinchuriki.

N'obtenant pour toute réponse qu'un reniflement dédaigneux, il s'assit boudeur à la table de la cuisine et fixa en bougonnant la boite contenant le stérilisateur pour biberons. Bon si l'autre enfoiré prétendait réussir là où lui avait échoué, grand bien lui fasse, rira bien qui rira le dernier ! Lui, pendant ce temps avait tout le temps nécessaire pour comprendre le fonctionnement de ce stérilisateur, bien moins joli que celui qu'il avait vu et qui brillait dans le noir.

Il en était à trouver comment réussir à faire entrer les six biberons dedans quand Sasuke revint un rictus moqueur au coin des lèvres. Sans un mot, il s'installa sur son canapé et alluma la télévision. Intrigué, Naruto alla dans la chambre, un doute affreux lui étreignant le cœur. A la porte, restée ouverte, il se figea. Devant ses yeux : son pire cauchemars... Un lit à barreaux parfaitement monté trônait au milieu de la pièce. Découragé et blessé dans son amour propre, il rejoignit son bien-aimé dans le salon et lui lança boudeur :

- Puisque c'est comme ça, tu t'y colles pour la table à langer !

~ oOo ~

Assis sur une chaise, Madara fixait sans mot dire la carte étalée sous ses yeux. Grâce aux indications de Zetsu, il avait pu retracer le parcours de Sasuke depuis son départ du repaire jusqu'au moment où l'homme plante avait perdu sa trace. Théoriquement, son unique descendant aurait dû se dirigeait vers le pays de la Foudre. Mais aucune trace de son passage ni à la frontière du pays du Son, ni au pays des Sources chaudes, ni à celle du pays des Glaces. Où cet imbécile avait-il bien pu passer ?

Il n'aurait quand même pas eu l'idée stupide et suicidaire d'aller libérer ses deux anciens comparses des geôles du pays du Fer ? L'idée que le jeune Uchiwa ait pu retourner à Konoha lui traversa l'esprit, mais il la chassa bien vite. S'il y avait bien un endroit sur cette terre où l'adolescent ne remettrait jamais les pieds, c'était bien celui-là. Sauf pour le détruire ! De plus, il avait prit la précaution d'éviter le pays du Feu, il y avait donc très peu de chance pour qu'il ait rencontré des ninjas du village caché de la feuille.

Restait la possibilité que d'ancien sous-fifres d'Orochimaru se soient attaqués à lui. En temps normal, la victoire du porteur du sharingan n'aurait fait aucun doute, mais selon les dires de Zetsu, le jeune brun n'était pas au mieux de sa forme. Se pourrait-il qu'il soit mort ? Voilà qui n'arrangeait pas du tout ses plans. Il avait besoin de Sasuke pour mettre la main sur Kyuubi. Il était l'appât idéal pour ça !

- A table !

L'exclamation de son acolyte le sortit de ses réflexions. Un soupir désespéré lui échappa quand il vit le contenu du bol que le chef cuisinier venait de poser devant lui.

- Itadakimas ! lança joyeusement l'homme végétal.

Quand le goût particulier de la mixture indéfinissable envahit ses papilles, Madara se dit qu'il devrait peut-être offrir des cours de cuisine à son complice.

~ oOo ~

Shizune était une nouvelle fois dans le salon de la petite maison, expliquant comment Naruto pouvait aider Sasuke à passer le cap difficile des contractions, en lui faisant des petits massages sur le bas des reins ou bien le ventre, et l'aider à utiliser le gros ballon vert pâle qu'elle avait apporté avec elle afin de soulager son corps qui serait durement éprouvé. Le ballon en question qui servirait également à aider le brun dans les prochains mois qui seraient les plus contraignants.

Sasuke se renfrogna au fil des explications et des démonstrations de la medic-nin. Non mais et puis quoi encore, ils s'attendaient sérieusement à ce qu'il utilise ce... ce truc ! Et puis il n'aurait qu'à jouer avec comme une otarie tant qu'à y être ! Il posa sa tasse sur la table basse, son regard passant alternativement de Shizune à Naruto qui visiblement attendaient de lui qu'il se prête au jeu du mimétisme et répète les positions qu'avait effectuées la jeune femme avec la grosse balle emplie d'air.

Et là, juste là, son fameux sang froid, tout à fait Uchiwa, vola en éclat. S'en était trop ! Beaucoup trop ! Il en avait ras le bol de toutes ces conneries, ça tournait définitivement au cauchemars ! Et là, juste là, il n'en pouvait plus, voilà ! Il en avait ras le bol de toutes ces histoires de bébé, de grossesse et de tout le reste. Il était un homme, merde ! Un ninja ! Un Uchiwa ! Pas l'une de ces baleines prêtes à pondre ! Ses poings se serrèrent sur le bord du canapé, ses jointures blanchissant sous la force que ses doigts exerçaient.

- Allez Sas'ke, essaye, tu vas voir, c'est rigolo et puis c'est super confortable en plus, lui lança Naruto, tout en testant lui-même l'objet en question sous les instructions bienveillantes de Shizune, l'air encourageant et joyeux.

Il se leva, son visage fermé et durci par la colère qui bouillait en lui. Sa voix claqua comme un orage dans la pièce.

- … Jamais ! Plutôt mourir ! Toi et ton ballon débile, vous pouvez aller vous faire voir ! Tu entends ! J'en ai assez ! Assez ! Je jette l'éponge ! Rien à foutre de savoir ce qui sera plus pratique, moins douloureux et que sais-je encore ! Y en a marre ! J'entends à longueur de journée bébé ceci bébé cela, fais attention, ne fais pas ci, mange ça, repose toi,... Y en a marre ! Je ne veux plus entendre un mot de plus au sujet de ce bébé ou de cette grossesse !

L'énervement fut palpable jusque dans sa démarche alors qu'il quittait la pièce d'un pas lourd et rageur. La porte de la chambre s'écrasa avec violence sur le chambranle sous l'impulsion brutale dont elle fut la victime. Ivre de rage, Sasuke envoya valser tous les catalogues qui trônaient encore sur la console, prenant un plaisir malsain à en déchirer quelques uns au passage. Il s'en prit ensuite au lit qu'il débarrassa brutalement de ses oreillers puis des draps qu'il envoya valser à l'autre bout de la pièce. Un cri colérique s'échappa de sa gorge alors qu'il ouvrait tous les placards de la pièce et les vidait de leur contenu, piétinant tous ces satanés kimonos si représentatifs de son état actuel.

Son bras vengeur débarrassa ensuite les deux tables de chevet de leurs lampes, réveils et autres menus objets, les deux meubles finissant renversés sur le plancher. Il s'attaqua ensuite aux rideaux qu'il arracha de leurs tringles et roula en boule avant de les jeter au sol. Le dessus de la cheminé orné de deux bougeoirs fut lui aussi violemment déblayé avec fracas. La paire d'objets de décoration s'écrasa au sol dans un vacarme assourdissant.

Naruto fit un sourire d'excuse à Shizune, la raccompagnant à la porte tout en faisant amende honorable pour la conduite de son brun.

- Ne t'inquiètes pas Naruto, je comprends, le rassura la médic-nin, plus ennuyée pour lui que pour le cours écourté.

Les bruits qui résonnèrent dans le couloir firent se dépêcher le jinchuriki vers leur origine. Il poussa la porte de la chambre, pas du tout rassuré quand à ce qu'il allait découvrir.

Le jeune Uchiwa était debout au milieu de la pièce ravagée, haletant, ses yeux étrécis par toujours autant de colère. Non, se venger sur le mobilier ne l'avait pas apaisé. Naruto, consterné devant le désastre qui s'étendit sous ses yeux, eut une exclamation inquiète :

- Sas'ke... mais... qu'est-ce que tu as tout à coup ?

Le profil de statue grecque se tourna vers lui, le poignardant d'un regard si sombre que le blond frissonna.

- Toi ! Tout ça c'est de ta faute ! Pourquoi il a fallu que je tombe sur toi dans cette putain de forêt ! T'aurais pas pu contrôler ta saleté de démon ? Non, bien sûr ! Tu m'as sauté dessus et maintenant... maintenant... Regarde-moi ! Je n'ai jamais demandé à être là moi ! Et encore moins avec toi ! Tu n'es qu'un égoïste ! Tu n'as jamais pensé qu'à toi ! Toujours à me courir après uniquement parce que tu ne supportais pas de ne pas pouvoir tenir une de tes putains de promesses à la con ! J'aurais dû te tuer à la vallée de la fin ! Ça m'aurait épargné bien des emmerdes ! Encore maintenant, tu me pourris l'existence avec ton soi-disant amour ! La seule chose qui t'intéresse c'est ce môme et ton foutu village ! Tu espères quoi, hein ? J'espère que ce mioche va crever à la naissance ! J'en ai jamais voulu de toute façon ! Et je te laisserai dans ta merde, je buterai tout le monde, en commençant par tes si précieux amis ! Et tu n'auras pas d'autre choix que de me regarder faire !

Les yeux de Naruto s'arrondirent puis se tintèrent de tristesse et de désarroi. Sasuke venait de taper là où ça faisait mal, et il avait mal, terriblement mal. Il porta une main à sa poitrine, craignant presque avoir entendu son cœur se briser sous les attaques venimeuses et pleines de fiel. Une boule se forma dans sa gorge. Il fit un pas en arrière, puis un autre encore, avant de définitivement tourner les talons à la scène cauchemardesque et fuir la maison aussi vite qu'il le pouvait.

Ses pas touchèrent à peine le plancher alors qu'il courait et qu'il courait encore, il courait aussi vite qu'il le pouvait. Fuir, fuir ces paroles si douloureuses qui résonnaient à présent jusque dans sa tête, fuir cet être qui venait de réduire en miette avec quelques phrases tous ses espoirs et toutes ses joies, tous ces efforts et ces compromis qu'il avait fait jour après jour pour composer avec celui qui représentait tant pour lui. Le village et ses toits défilèrent sans même qu'il ne les voit, ses yeux humides de larmes difficilement contenues qu'il essuya d'un revers de manche rageur. Il arrêta sa course folle quand il fut au sommet du mont Hokage, sa bouche s'ouvrant sur un grand cri de souffrance avant qu'il ne tombe à genoux sur le sol dur. Cette fois, Sasuke était allé trop loin... enceinte ou pas.

La respiration de Sasuke ralentit petit à petit. Il passa une main encore tremblante de colère dans ses mèches sombres. Il en avait assez de tout ça. La coupe était pleine, elle débordait même. Bébé ou pas, il était à bout. Il était à bout de toutes ces histoires d'enfant, d'avenir, de son corps qui ne lui appartenait plus, qui ne lui ressemblait plus, de tout ce qui lui arrivait et qui se bousculait, de ce ventre très arrondi dont il ne savait plus que faire, de toutes ces choses qui lui pourrissaient la vie depuis des jours, des semaines et des mois entiers.

Et maintenant ? S'énerver contre Naruto n'avait servi à rien, pas même à le soulager. Et son abdomen rebondi était toujours là avec ce qu'il y avait dedans et dont il ne pouvait pas se défaire, pas faute d'avoir essayer d'ailleurs. Son cœur battait à tout rompre dans sa cage thoracique et un peu de sueur perla à son front moite. Son regard parcourut le théâtre cauchemardesque qu'il avait lui même créé. Pourquoi sa vie lui échappait-elle à ce point, sans qu'il n'ait aucune autre option que de subir ce qui lui arrivait ? Sa gorge se contracta et son estomac se tordit violemment.

La peur... Il avait peur. Il pouvait le sentir tout au fond de lui. Cette angoisse qu'il refoulait depuis des jours et des jours, qu'il tentait par tous les moyens d'ignorer. Elle était là, bien réelle, tangible. Dans moins de deux mois, ce bébé, cet enfant, sortirait de son ventre, d'une manière ou d'une autre. Et que se passerait-il alors ? Survivrait-il ? Mourait-il ? Serait-il diminué ou non ? Retrouverait-il ses facultés de ninja ou pas ? Resterait-il ou bien partirait-il de Konoha ?

Et cet enfant... comment serait-il ? S'il survivait à sa naissance hors normes, serait-il en bonne santé ? Posséderait-il le Sharingan ? Aurait-il le caractère de Naruto ou le sien ? Il n'était pas près à vivre ça. Il ne voulait pas vivre ça. Être père et toutes ces questions sans réponses, il ne voulait plus se les poser ni en entendre parler. C'était trop, beaucoup trop. Haïr, se venger, agir en ninja sans avoir à penser était bien plus simple, si simple.

Pourquoi ne pourrait-il pas se réveiller en découvrant que tout ça n'avait été qu'un rêve cauchemardesque et reprendre le cours de sa vie tel qu'il aurait dû être, pavé de sang et de cadavres... Pas de vie, pas d'amour, pas d'espoir, pas de descendance... C'était trop dur... Il n'était pas fait pour tout ça. Naruto oui, lui non... Il avait fermé les yeux pour ne voir que les ténèbres et la nuit sombre. Il ne pouvait pas vivre dans toute cette agitation joyeuse et positive.

Une nouvelle torsion de son estomac l'obligea à se précipiter dans les toilettes où il vomit tripes et boyaux, accroché à la cuvette des toilettes. Il se releva avec toutes les peines du monde et s'adossa dans le couloir, épuisé. Une pointe de culpabilité lui perça le cœur. Tout ce qu'il avait dit à Naruto... Kamisama. Il avait voulu lui faire mal et le blesser, le réduire physiquement en miettes s'il avait pu. Et il était quasiment certain d'y avoir réussi. Il se laissa glisser le long de la paroi rugueuse et releva ses genoux, posant ses coudes dessus, son front tomba sur ses avant bras et il resta là, sans bouger.

Naruto s'étendit sur la roche, laissant son corps se faire balayer par le vent qui soufflait, son regard se perdant dans les nuages et le ciel bleu loin au dessus de lui, inatteignable. Est-ce que Sasuke pensait sincèrement tout ce qu'il lui avait jeté à la figure ? Peut être pas tout, mais une grande partie très certainement. Est-ce qu'il avait été trop loin en lui avouant qu'il l'aimait, en faisant toutes ces choses avec lui, en lui prouvant chaque jour qu'il comptait plus que tout ?

Entêté et buté, un enfoiré, voilà ce qu'il était. Et pourtant... il ne pouvait s'empêcher d'avoir tous ces sentiments pour lui, de vouloir à toute force qu'il reste avec lui, ici à Konoha, qu'ils forment une famille, qu'ils élèvent ensemble leur enfant... Pourquoi c'était si dur pour Sasuke, et qu'est-ce que lui Naruto avait fait de travers pour être traité aussi injustement ? D'accord, il avait perdu le contrôle de Kyuubi. D'accord par sa faute, Sasuke se retrouvait avec un bébé dans le ventre.

Mais il ne pouvait rien faire pour effacer tout ça. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était croire en l'avenir, croire en des lendemains meilleurs comme il l'avait toujours fait. Sasuke lui en voulait terriblement et tous ses efforts n'avaient rien changé, s'il en croyait le brun, c'était même plutôt l'inverse. Sasuke ne voulait pas de son amour, ne voulait pas de tous ce qu'il pouvait faire pour lui, ne voulait pas de cet enfant, ni même d'une vie avec lui, il ne le voulait même pas à ses côtés. Alors, il n'y avait plus rien qu'il puisse faire...

De toute façon, entre eux, il n'y avait plus rien à sauver, si tant est qu'il y ait eu un jour quelque chose. C'était lui qui s'était bêtement enferré dans ses espoirs, croyant que Sasuke finirait par y croire lui aussi et accepter cet avenir qu'il lui offrait. Mais Sasuke n'avait jamais rien dit, ni rien promis. Naruto n'avait fait que projeter ses désirs idéalistes sur cet enfoiré qui était, en définitive, resté fidèle à lui même. Et lui, Naruto, s'était fourré le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.

Neji aida Sasuke à se relever et le conduisit jusque dans la cuisine où il fit chauffer du thé.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé... avec Naruto. On l'a vu quitter la maison comme un fou furieux.

Il versa le breuvage dans deux tasses et s'installa face au descendant Uchiwa dont les traits étaient froids et fermés. Le jeune Hyuuga haussa les épaules, qu'il soit dedans ou dehors pour le surveiller, ça ne changeait rien pour lui, et il avait tout son temps.

L'héritier du Byakugan quitta la maison tard dans la nuit, abandonnant un jeune brun endormi sur son canapé, recouvert de sa sacro-sainte couette de toutes les couleurs. Naruto revint dans la maison bien des heures plus tard, au petit matin. Il rangea sans mot dire le désastre provoqué par la crise de rage de Sasuke, mettant à la poubelle tous les objets brisés, enterrant avec eux dans la poubelle tous ses espoirs vains et ses désirs irréalisable.

Il passa devant le canapé et son cœur se pinça devant la figure endormie. Oui, il le laisserait tranquille, il lui foutrait la paix à partir de maintenant, et Sasuke ferait ce qu'il voudrait comme il l'entendait. Ses pas le conduisirent jusque dans la chambre de cet enfant à venir. Que le brun reste ou parte, ça n'avait plus d'importance. Il ferait ce qu'il voudrait, comme bon lui semblerait. Et s'il devait revenir le tuer après et bien soit. Il ferait tout ce qu'il pourrait pour l'en empêcher, le moment venu, ils s'affronteraient et ce jusqu'à ce que mort s'en suive si c'était le désir de Sasuke.

Quand Sasuke ouvrit les yeux, il s'étira difficilement, tout son corps protestant et regrettant le matelas confortable auquel il s'était habitué. Il se frotta machinalement les yeux, une envie pressante due à sa vessie le priant de se lever au plus vite. Il bascula ses jambes sur le plancher et s'extirpa avec difficultés du canapé, la couette bariolée chutant au sol. Son regard se posa sur le tissu coloré qu'il ramassa d'un air absent. Naruto...

Le pas pesant de Sasuke résonna dans le salon, puis dans les toilettes et enfin la chambre qu'il avait littéralement détruite. Il s'arrêta sur le pas de la porte, interloqué. La chambre avait été rangée et nettoyée. Perplexe, il fit le tour du propriétaire avant d'en ressortir. Dans toute la maison, nulle trace du blond. Il sortit sur la véranda où il trouva enfin la personne qu'il cherchait. Naruto discutait et riait avec Sai qui avait visiblement interrompu l'entraînement du jinchuriki.

Quand le brun s'approcha d'eux, la conversation se tut et Sai s'en retourna à son poste de surveillance avec un vague sourire d'excuse envers Sasuke. Naruto se retourna vers lui, le dévisageant avec une dureté et une antipathie que le jeune Uchiwa fut choqué de voir sur ce visage qui d'habitude était si ouvert et souriant. Les yeux bleus étaient aussi froids que des icebergs. Le futur père se figea sur place, ne sachant plus vraiment ce qu'il devait faire ni comment aborder les choses. Il savait que c'était à lui de faire le premier pas, parce qu'il avait été trop loin, mais il ne savait juste pas comment faire.

Naruto passa à côté de lui sans plus lui prêter la moindre attention et reprit son activité première qui était son entraînement. Sasuke, refroidit, n'insista pas et battit en retraite, se repliant dans la maison où il tenta de reprendre le fil de son quotidien un peu chamboulé. Le blond l'ignora toute la journée, ne passant pas plus de trois secondes dans la même pièce que lui, frustrant à chaque fois un peu plus le brun. Ce fut seul qu'il s'attabla à la table de la cuisine, à tous les repas, le jinchuriki restant sourd à ses propositions et se contentant de répondre du bout des lèvres qu'il mangerait des ramens, qu'il n'avait pas à se préoccuper de lui.

Naruto le battit froid toute la journée durant, ne se départissant pas de son attitude détachée et distante. Et quand arriva l'heure du coucher, ce fut le coup de grâce : Sasuke vit le blond récupérer un oreiller pour décréter qu'il irait dormir sur le canapé. Seul dans ce grand lit qu'il avait prit l'habitude de partager, le brun chercha désespérément le sommeil, s'efforçant de ne pas penser à l'attitude de Naruto. S'il le faisait, il était pratiquement sûr de pleurer, foutues hormones ! Ce ne fut que tardivement dans la nuit qu'enfin il s'endormit.

A nouveau ce cauchemar, toujours le même. D'abord son frère, puis ses parents, et Sakura. Mais cette fois, il n'y avait pas de bleu pour le sortir du tourbillon noir où il se débattait en vain. S'enfonçant plus dans les ténèbres humides, il vit au loin une tâche orange... Naruto... Naruto qui lui tournait le dos et s'éloignait inexorablement de lui. Il eut beau l'appeler, le supplier, essayer de le retenir, rien n'y fit... Le blond ne se retourna même pas vers lui, la distance entre eux ne faisant que croître.

Le cri d'un bébé résonna dans l'obscurité qu'il l'entourait, le faisant frémir de la tête au pied. Pourquoi son bébé pleurait-il ? Où était-il ? Cherchant à tâtons autour de lui, il trébucha sur quelque chose qu'il ne voyait pas. Se penchant il ramassa ce sur quoi il venait de buter, le ramenant devant ses yeux. Un cri strident lui déchira la gorge quand il l'identifia. C'était un bébé, son bébé, sauf que le bébé n'avait pas de visage et qu'il avait un trou béant et sanguinolent à la place du ventre.

Affolé il appela à l'aide, priant pour que quelqu'un vienne sauver son bébé qu'il serra convulsivement contre lui.

- Pourquoi pleures-tu Sasuke ? C'est pourtant bien ce que tu voulais, non ?

La voix de Naruto retentit face à lui, lui faisant relever la tête vers son ancien coéquipier qui le regardait en souriant, comme il avait l'habitude de le faire.

-... Naruto... Sauve-le... S'il te plaît...

Sa voix tremblait et son ton était suppliant, mais ça n'avait pas d'importance, son bébé... Il devait sauver son bébé... Le sourire du blond s'agrandit alors qu'il lui répondait :

- Je ne peux pas Sas'ke ! Je suis mort ! Tu m'as tué !

Sous les yeux horrifiés du brun, le jinchuriki ouvrit sa veste orange, dévoilant son torse musclé, puis il plongea sa main dans sa poitrine, extrayant son cœur de sa cage thoracique.

Toujours avec le sourire, Naruto tendit son cœur inerte à Sasuke et lui dit joyeusement :

- Regarde ! Je te l'avais donné ! Mais il est cassé, maintenant !

L'organe vital explosa devant lui, éclaboussant son visage de sang, répandant des lambeaux de chair sur lui et son bébé qu'il tenait toujours dans ses bras. Naruto... Il avait tué Naruto... Sa bouche s'ouvrit sur un hurlement de désespoir.

Sasuke se redressa d'un bond, hurlant encore dans l'abominable cauchemar qu'il venait de faire. Une violente nausée le prit, l'obligeant à se lever précipitamment pour aller aux toilettes. Agenouillé devant la cuvette en faïence, il vomit le contenu de son estomac, hoquetant et pleurant, incapable de se débarrasser de l'impression d'avoir des morceaux du cœur de Naruto sur le visage et le cadavre sanglant de leur bébé dans les bras.

Allongé sur son canapé, Naruto serra les dents, se retenant à son oreiller pour ne pas se précipiter au secours de son colocataire. Il avait été réveillé un peu plus tôt par les cris que celui-ci poussait, visiblement plongé en plein cauchemar. La détresse et le désespoir parfaitement audible du futur père de son enfant l'avait touché en plein cœur. L'entendre l'appeler, le supplier, pleurer avait été une véritable torture pour lui qui se répétait sans cesse comme un mantra "N'y vas pas, n'y vas pas, n'y vas pas !".

Pourquoi, oui pourquoi alors même qu'il lui avait dit toutes ces choses horribles la veille ne pouvait-il pas cesser de l'aimer ? Il aurait tant aimé ne plus ressentir toute cette affection pour le brun, les choses seraient tellement plus simple s'il ne lui était pas si attaché. Les sanglots et les hoquets qui résonnaient depuis les toilettes ouvertes se calmèrent progressivement lui faisant desserrer sa prise sur l'oreiller.

Le bruits du plancher craquant sous le poids du porteur du sharingan indiqua au jinchuriki que celui-ci venait dans sa direction. Se forçant à garder les paupières closes et une respiration régulière pour laisser croire qu'il dormait, il attendit, l'oreille aux aguets. Les pas se stoppèrent tout près de lui, le souffle court de Sasuke effleura sa joue et Naruto se concentra sur sa propre respiration, se faisant violence pour ne pas ouvrir les yeux.

Une main fine passa dans ses cheveux en une caresse légère et aérienne. Les mèches brunes vinrent effleurer sa pommette alors que Sasuke se penchait au-dessus de lui, avant de se relever et de partir en direction de la chambre. Ce ne fut que quand le bruit caractéristique de la porte se refermant lui parvint que Naruto ouvrit des yeux humides, laissant couler une unique larme, le murmure du brun résonnant encore à son oreille:

- … Je suis désolé...

Assis à même le sol, sur le tapis vert pâle qui ornait la chambre de l'enfant à venir, Sasuke fixait sans vraiment les voir les murs bicolores. Il n'arrivait pas à se rendormir, non, il ne voulait pas se rendormir. Pas pour revivre cet affreux cauchemars. C'était sa faute, il en avait parfaitement conscience. C'était lui qui avait craché des horreurs au visage de Naruto. Il avait voulu lui faire mal, le faire souffrir... et il avait réussi... très bien réussi ! La discussion qu'il avait eu avec Neji la nuit précédente lui revint en mémoire.

Et maintenant, qu'allait-il faire ? Le blond se montrait distant et froid, avec raison, et il était évident qu'il ne reviendrait pas vers lui sans un effort de sa part. Mais comment lui dire que ces mots avaient dépassés sa pensée ? Qu'il ne lui en voulait pas à lui, Naruto, pour ce qu'avait fait Kyuubi ? Que cet enfant... il s'y était attaché ? Qu'il avait juste peur, très peur de l'avenir ? Qu'il était complètement perdu, incapable de prendre une décision ? Et surtout... surtout... qu'il ne voulait pas que Naruto l'abandonne... comme lui l'avait fait... comme lui le ferait peut-être...

L'ironie de la situation prêtait presque à sourire. Lui qui avait toujours dit qu'il voulait couper les liens entre eux, maintenant qu'il avait réussi, il ne souhaitait qu'une seule chose, les reformer. Quelque part au fond de lui, il avait toujours eu la certitude que Naruto serait toujours là, à portée de main, juste derrière lui, où qu'il aille et quoiqu'il fasse. Et à présent, dans cette chambre qui abriterait bientôt un petit être innocent, à quelques mètres de son ancien coéquipier, qui pourtant semblait si loin, il se sentait seul, si seul... Jamais de sa vie, il ne s'était senti aussi seul.

Le soleil se leva éclairant la pièce où le futur père fixait, l'esprit vide, le mur qui lui faisait face. Ce fut le bruit de la porte d'entrée qui le tira de sa léthargie. Tournant la tête, il vit par la fenêtre Naruto quitter la maison. Sa gorge se serra, il le laissait seul... Il aurait tant voulu pouvoir lui courir après et le rattraper, mais le simple fait de se relever lui prenait un temps fou. La preuve, quand il réussi enfin à se mettre debout, le blond avait déjà franchi le portail.

Assis sur un tabouret, devant un bol de ramen à son échoppe favorite, Naruto ruminait de sombres pensées. Il n'avait pas réussi à se rendormir, les cris, les pleurs de Sasuke, et ses excuses qu'il lui avait soufflé au creux de l'oreille tournaient sans cesse dans sa tête, l'empêchant de retourner dans les bras de Morfée.

- Bonjour Naruto !

La salutation un peu timide lui fit tourner la tête vers la gauche, pour voir Sakura qui le regardait un peu craintive.

- Oh. Bonjour Sakuran-chan, répondit-il platement, se forçant à sourire.

- Comment vas-tu ? interrogea doucement la kunoichi.

-Bien. Merci. Et toi ?

La jeune fille se mordit nerveusement les lèvres, semblant hésiter sur ce qu'elle devait dire.

- Bien. Je voulais te voir... Tu sais pour la dernière fois... Je suis désolée d'avoir dit toutes ces méchancetés... Je ne le pensais pas... C'est juste que pour moi... C'est difficile de vous voir si proches tout les deux, je me suis sentie exclue... Je n'aurais pas dû dire tout ça, mais mes mots ont dépassés ma pensée... Sa... Il m'avait énervée, j'ai juste... voulu lui faire mal... S'il te plaît... Pardonne-moi. Je ne veux pas te perdre.

Le jinchuriki fixa sans mot dire sa coéquipière qui lui présentait des excuses. Des excuses pour quoi déjà ? Ah oui, la dispute avec Sasuke ! La fois où il avait dû l'assommer pour empêcher une transformation en mini-Kyuubi. Il avait l'impression qu'une éternité s'était passée depuis. Avec un sourire un peu plus franc, il invita d'un geste la rosée à s'asseoir, ce que la jeune fille fit immédiatement, soulagée de ne pas être rejetée.

- Tu as l'air épuisé... dit-elle, passant un doigt sur les cernes visibles sous les yeux bleus de son coéquipier.

- Ah, oui ! Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit, expliqua le blond.

- Comment il va ? demanda-t-elle innocemment.

- Mieux. Il est moins malade.

- Ah, c'est bien.

Un peu gêné et ne sachant trop quoi dire, les deux jeunes gens se regardèrent, avant de soudain éclater de rire. Un rire un peu nerveux, mais libérateur. Une fois calmés, ils commencèrent à discuter de tout et de rien, mais surtout pas d'un certain brun enceinte de sept mois et en proie à des sautes d'humeur éreintantes. Le temps passa et ils se retrouvèrent peu à peu, à travers toutes ces discussions anodines qui finalement leur avaient manquées à l'un comme à l'autre. Ils étaient coéquipiers depuis si longtemps.

Quand ils se séparèrent, Sakura promit à Naruto de venir lui rendre visite prochainement, et le blond repartit vers son domicile le coeur un peu plus léger qu'il ne l'avait quitté. Revoir la jeune fille lui avait fait le plus grand bien, elle lui avait permis durant un temps d'oublier Sasuke et la situation actuelle, de renouer avec un peu de normalité et de quotidien, des habitudes qu'il avait presque oublié. Les missions, sa voie de ninja, tout ça, des choses qu'il avait inconsciemment mis entre parenthèse pour s'occuper de Sasuke.

To be continued...


Commentaire des auteurs :

On trouvait que tout était trop rose, et comme on avait peur que vous vous ennuyez on a mis une bonne grosse crise pour Sasu. En plus avouez que ça faisait longtemps qu'il n'en n'avait pas fait. Et une bonne grosse dispute entre ces deux là, c'est toujours tellement plus sympathique.


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés : euh... spoil pour ceux qui ne suivent pas les scans !

Les deux auteurs sont penchées sur leurs écrans d'ordinateurs, seul le bruit des touches brise le silence.

Sai arrive et interpelle les deux demoiselles :

- Pourquoi c'est Néji qui s'occupe de Sasuke-kun ? Pourquoi c'est lui qui a la vedette ?

Les deux fanfickeuses se retournent le visage baigné de larme et entre deux sanglots expliquent:

- C'est parce qu'il est mort dans le manga ! Sniff ! Alors on proteste, on lui donne un joli rôle dans notre fic !

Shikamaru soupire un "galère" et Sai réfléchit à voix haute :

- Donc, pour avoir un rôle plus important avec vous, je dois mourir dans le manga et dans les bras de Naruto ?

- NON ! Hurlent les deux demoiselles. Les bras de Naru sont réservés à Sasu !

Yamato, désespéré, se tourne vers les lecteurs et maugrée :

- Et moi, je suis sinon déjà mort au moins salement amoché dans le manga, et j'ai un tout petit rôle de rien du tout. Pour protester, reviewez !


Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 18 : Repartir du bon pied.

Sa vue se trouble, pourtant sous ses pieds, il sent toujours les pierres de cette route qu'il suit. Son désir de vengeance ne lui a jamais paru aussi loin et il risque bien de s'éloigner encore. Le destin marche derrière lui comme une ombre. Que lui réserve-t-il vraiment ?